10/05/2020

Frédéric Mistral et le poème du Rhône

000000000.jpgDans un salon du livre en Savoie, j'achète, au stand des écrivains de langue régionale, Lou Poèmo dou Rose, récemment réédité par la Région Rhône-Alpes, dans une collection créée par Jean-Baptiste Martin. Publié en 1897, il est de Frédéric Mistral, et chante les bateliers qui descendaient le Rhône de Lyon à Beaucaire pour la foire qui y avait lieu, et le remontaient ensuite. On en suit un équipage. Cela se termine mal: un vapeur, annonciateur du progrès et de la fin d'une tradition, brise en mille morceaux les barques à la remonte.

Mistral en profite pour évoquer l'histoire, la géographie et surtout les légendes qui courent sur le Rhône, selon les lieux. On apprend mille choses agréables, dans la tradition romantique qui mêlait science et poésie. Mais surtout, pour approfondir son récit et en donner une portée symbolique, mystérieuse, il a inventé une histoire d'amour entre un jeune prince hollandais appelé Guillaume, et une jeune orpailleuse surnommée l'Anglore, c'est à dire lézard.

Le premier appartient à la maison des princes d'Orange, Il descend le Rhône pour renouer avec ses ancêtres, supposés être les comtes d'Orange, descendants à leur tour de Guillaume d'Orange, le célèbre héros des chansons de geste, pair de Charlemagne et conquérant des pays occitans.

La seconde est une fille du peuple qui travaille sur le gravier du Rhône et que le bateau va emmener jusqu'à Beaucaire pour ses achats à la foire. Or, elle a, un soir, lors d'une veillée, entendu de sa mère un conte qu'en fait Mistral a pris de l'ouvrage latin de Gervais de Tilbury, anglais installé en Provence au treizième siècle: celui du Drac, esprit, génie du Rhône qui a tantôt la forme d'un ravissant jeune homme, tantôt celle d'un serpent, et qui aurait, un jour, capturé une lavandière des rives du fleuve pour qu'elle s'occupe d'un enfant qu'il avait eu avec une 0000.jpgmortelle noyée. Elle est restée sept ans avec lui, puis est revenue.

Une nuit, alors que dans la cabane de ses parents elle a beaucoup trop chaud, l'Anglore sort et se baigne dans le Rhône, après s'être dévêtue. Les vagues la caressent, la baisent, et, de ses mains de lumière, la lune fait de même; le vent est chaud et lourd, et l'eau, onctueuse et sensuelle. La pointe de ses seins est mouillée doucement par les vaguelettes. Et soudain, c'est la révélation: dans l'eau et la clarté de la lune, elle voit s'avancer vers elle le Drac, jeune homme pur et souple, qui lui tend une fleur. Elle tend la main, il disparaît.

Plus tard, elle essaiera de le revoir: elle a été saisie d'amour. Mais comme elle fait un signe de croix dès qu'elle entre dans l'eau, le Drac ne réapparaît pas.

Puis elle monte sur la barque d'Arpian, capitaine de notre équipage, et voit le jeune Guilhem. Elle le reconnaît, car il tient la même fleur dans la main: c'est le Drac, 0000000.jpgdéguisé en prince hollandais, il a pris une forme d'homme mortel. Elle tombe follement amoureuse de lui, et il le lui rend.

La jeune fille a-t-elle été prise d'une illusion? On peut le penser. Mais ce n'est pas sûr. Finalement ils se noient dans le naufrage de la barque dans laquelle ils étaient. Peut-être, dit un personnage qui était amoureux de l'Anglore, que le Drac a repris sa vraie fome et a emmené la jeune fille dans son royaume, grotte souterraine où l'on respire! Le doute est grand, que cela n'ait été qu'une hallucination. Mais la rencontre avec le Drac se charge de tant de sensualité, de détails corporels magnifiques, que le passage est sublime, et le poème en prend une profondeur et une beauté rares.

Des symboles sont disséminés pour donner corps à ce nouveau mythe. D'abord, celui de Mithra, qui est gravé sur une roche au bord du Rhône, à Bourg-Saint-Andéol: l'Anglore y fait allusion et se présente comme voyante, ou prophétique. Ce bas-relief est près d'une fontaine où dans l'antiquité on aurait accompli rituels et sacrifices. On y voit un taureau que menacent un scorpion et un chien, tandis qu'autour de ses pattes s'enroule un serpent. Un homme avec un bonnet phrygien tue le taureau: tout le monde connaît cette figure. L'Anglore assure que le serpent aux pieds du taureau est le Drac, génie du Rhône.

L'allusion à Mithra est intéressante car il a été prétendu que Mistral n'était pas attiré par les Cathares. Mais il semble que, s'il n'a pas parlé d'eux, il les ait perçus, lui aussi, comme liés à l'âme locale. Il défend 000000.jpgles Provençaux de Beaucaire assiégés par Simon de Montfort et les siens, et les loue de les avoir repoussés maintes et maintes fois, célébrant leur héroïsme et faisant montre de patriotisme, contre les Français du Nord. Et puis on sait que les Cathares se référaient à Mithra, qu'ils avaient avec lui un rapport. Or Mistral donne au symbole mithraïque une portée sourde et profonde, sans s'expliquer vraiment, mais en suggérant infiniment.

Un des noms constants du Rhône, en effet, est le taureau: son eau rappelait l'animal divin! Mithra est la force qui l'évapore. Le Drac celle qui le soutient. Le symbole en dit long, sans parole aucune.

Le paganisme est ici omniprésent: Mistral entend vénérer les dieux de la Terre plus que les saints du Ciel, dont il est peu question. Si saint Nicolas, qui a, le long du Rhône, une chapelle où on le vénérait, a bien effectué quelques miracles, il n'intervient pas pour sauver l'Anglore, ou consacrer le Drac. Loin de là. Il reste absent et muet. Sa puissance est limitée au passé.

J'aime l'idée de célébrer le Rhône, et d'y placer un dieu: les Français ne parlent que de la Loire et de la Seine. Mais Mistral montre que le Rhône est d'essence 0000.jpgplus mythologique! Qu'en tout cas grâce à lui il a une mythologie plus riche.

Autre élément symbolique: le vapeur qui détruit les barques d'Arpian est décrit comme un monstre infernal. Il n'est pas apprécié du Drac, sans doute. Mistral rejetait la civilisation mécanique. Il voulait seulement vénérer le monde des esprits. Et il préfigurait la pensée écologique moderne.

Quoique l'histoire en soit moins intéressante que celle de Mireille, ce Poème du Rhône est beau et chatoyant. La langue aussi en est belle. Car je l'ai lu en édition bilingue, m'efforçant de mieux connaître le provençal. C'est mon hommage rendu au Drac, peut-être. N'a-t-il pas suscité cette langue en l'âme des riverains? Je le crois, plus qu'on ne s'en doute.

07/03/2020

Temps raccourci des rêves, mondes obscurs

sed.jpgJ'ai évoqué il y a dix-sept jours les récits dans lesquels le temps chez les elfes ou les anges passe mille fois plus lentement que chez les hommes mortels – récits anciens et traditionnels – mais cela m'a fait me souvenir de récits plus récents et réalistes dans lesquels au contraire le temps du monde fabuleux passe plus vite: les mortels qui y sont plongés ont l'impression d'avoir vécu des années, et ils reviennent – et il ne s'est écoulé que quelques minutes, le temps d'un rêve. Nous savons tous que c'est une fréquente expérience du sommeil.

Sages étaient les mages qui créèrent les histoires dans lesquelles les hommes ne sont que des rêves d'anges – puisque leurs longues années ne sont que quelques minutes de la vie des êtres célestes. C'est simplement conforme à la logique, et l'expérience du rêve n'a pas alors été le point de départ d'un récit fabuleux, mais d'une méditation animée de plus de de profondeur, et d'intuition sur ce que nous sommes face aux dieux!

Mais il faut avouer que les récits dans lesquels l'être humain croit vivre de longues choses qui se révèlent n'avoir duré que quelques instants ont un aspect directement saisissant, puisqu'ils ressemblent directement à nos rêves. Je pense en particulier aux magnifiques Chroniques de Thomas Covenant de Stephen Donaldson. On se souvient que son héros est projeté dans un monde autre, dans lequel vivent des géants, des immortels, un diable, des mages, et des sortes d'elfes orgueilleux et étranges; et puis il revient, et seulement quelques minutes se sont déroulées, à sa grande surprise: car dans l'autre monde cela avait duré de nombreux mois.

Il y a encore quelque chose de cela dans l'également très beau Inland Empire de David Lynch: au début, l'héroïne a une pensée, dans laquelle elle s'enfouit. Puis elle vit des choses incroyables, dans inland.jpglesquelles elle se confond avec une autre femme, comme elle actrice, et traverse le temps; elle se voit elle-même à un autre moment de son aventure, et ne sait plus quand elle tourne son film ou quand ce qu'elle vit est réel. Enfin l'image revient à ce qu'elle était au début, sur son canapé – mais plus belle, plus jeune, plus rayonnante. Tout cela n'était qu'une méditation au cours de laquelle son âme s'était arrachée au temps et à l'espace, et avait pénétré des mondes mystérieux. Mais pour Lynch, ce ne sont pas des hallucinations simples, la méditation a réellement cette vertu de faire traverser le temps et l'espace à l'esprit. Seulement, désorienté, coupé du monde physique ordinaire, il ne comprend pas toujours, voire pas souvent ce qu'il vit. Il distingue également, sous la forme d'hommes ordinaires, des entités spirituelles puissantes, et l'image montre satan g.pngassez clairement le diable demandant à Dieu la permission de tenter une femme, comme dans le Faust de Goethe, ou le Livre de Job. Mais cela ne se passe pas au ciel, plutôt chez les Tsiganes de Pologne, et ils sont habillés comme vous et moi, et vivent dans des lieux normaux.

Le lien avec le rêve est patent, et c'est poignant. Toutefois, ce n'est rien moins que clair, contrairement aux récits mythologiques qui présentaient des mortels se rendant au pays des dieux – lesquels vivaient mille fois plus longtemps, et pour qui la vie humaine n'était qu'un songe!

J'ai demandé par lettre à S. R. Donaldson si le monde dans lequel tombe Thomas Covenant était en fait un passé mythologique de l'Amérique. Il m'a dit non. C'est un monde essentiellement intérieur, symbolique, renvoyant à l'âme d'un homme. Et si les forces qui y agissent sont réelles, c'est dans le sens où les forces morales sont pour lui réelles. Il est d'ailleurs troublant que, dans la troisième série de ces Chroniques de Thomas Covenant, le diable s'incarne physiquement dans le monde ordinaire, comme si la force morale qu'il représente était une réalité objective: il y a quelque chose de cela dans Twin Peaks, la série de David Lynch. En revanche, pas de géants ou d'elfes dans le monde ordinaire, pour Picture 20.pngDonaldson – ni d'anges. Il est curieux que pour la plupart des auteurs modernes de fantasy, même avec de fortes tendances spirituelles – même avec une spiritualité riche, comme c'est le cas pour Lynch et Donaldson, il n'y ait pas la possibilité, à leurs yeux, de disposer d'anges dans le monde physique – ou qu'il n'y ait guère cette possibilité. Maintenant que j'en parle, je me souviens que dans Twin Peaks: Fire Walk With Me, un ange délie une femme qui, menacée de mort, promet de se purger de ses péchés, si elle est délivrée. Elle s'enfuit, et échappe à la mort, mais tombe en catatonie. Au moins elle ne se prostitue plus, clouée sur son lit...

Quelle peut être la signification de ces récits modernes dans lesquels il y a des mondes dans lesquels le temps passe plus vite? Ils ont aussi un sens spirituel et symbolique, mais au lieu qu'il s'agisse de mondes supérieurs, il s'agit de mondes inférieurs, dans lesquels seules les passions, sans doute, se manifestent. Il existe bien un monde dont les habitants sont aux hommes ce que les hommes sont aux anges: celui des êtres élémentaires. La mich.JPGGrande Garabagne de Henri Michaux en est un reflet.

L'expérience de Thomas Covenant ou de l'héroïne d'Inland Empire est comme une plongée en enfer, dans les profondeurs inférieures et intimes de l'être humain, dans un inconscient freudien dont les forces sont objectives, liées à des entités obscures et autonomes.

Cela me rappelle un mot de Rudolf Steiner selon lequel il y a deux inconscients: le subconscient, situé dans la sphère élémentaire, et le supraconscient, situé dans le monde divin. Ces deux inconscients sont en eux-mêmes conscients: car, contrairement à ce qu'ont dit les matérialistes, les êtres spirituels disposent d'une pensée parfaitement claire. Le subconscient est d'abord lié donc au feu, dans lequel baignent les pensées humaines; mais précisément, cet élément reste proche ahriman-and-lucifer.jpgdu conscient. L'est moins l'air qui est en l'homme, et le rend semblable à l'animal, dans lequel il a une conscience comparable à celle de la bête. Là, dit Steiner, est la conscience de rêve. Est encore moins proche du conscient l'élément liquide qui vit en l'homme, et par lequel il est conscient comme l'est la plante, d'une conscience de sommeil profond. Enfin, tout en bas, la conscience la plus obscure à celle de l'homme est celle de la pierre, de l'élément solide, comparable à la mort. Au-dessous sont les démons, qui traversent les états de conscience inférieurs, et tendent à y régner. C'est dans ces strates obscures, brefs songes, que Donaldson, Lynch et Michaux nous plongent objectivement – parce qu'ils sont clairvoyants, et en même temps vivent dans une époque et une société matérialistes, qui ne regardent qu'au corps humain, qu'au sensible. Ils se contentent d'en saisir l'âme. C'est déjà beaucoup.

18/02/2020

Voyage dans le temps et contes traditionnels

fee japon.jpgOn sait qu'il existe des contes irlandais et bretons qui évoquent des voyages dans des pays enchantés dont les mortels ne reviennent qu'après plusieurs siècles. Parfois, lorsqu'ils touchent le sol ordinaire, ils tombent en poussière. D'autres fois, revenus à leur maison ils n'y reconnaissent plus personne.

Cela n'est pas propre aux Celtes, car on trouve dans des récits latins d'inspiration chrétienne la même idée. La chronique savoisienne de l'abbaye de Novalaise raconte la belle histoire d'un moine qui, parti écouter des oiseaux au chant angélique, n'est revenu à son monastère qu'après cinquante ou cent ans. Le poète québécois Émile Nelligan a mis en vers ce conte indiquant que dans le pays des anges le temps passe différemment – qu'un jour des anges, comme un jour des elfes, est cent jours des hommes!

J. R. R. Tolkien était nourri de ce type de récits et, dans Le Seigneur des anneaux, quelque chose s'en reflète, lorsque la Communauté de l'Anneau visite le royaume de Galadriel: plus de temps s'est déroulé, quand les neuf moins Gandalf en sont sortis, qu'ils ne s'en seraient doutés – en tout cas Frodo, si ma mémoire est bonne, le vit ainsi, et le constate: car la lune a évolué plus vite que les jours passés chez Galadriel en principe ne l'autorisaient.

Un récit en vers japonais, très beau, énonce les mêmes principes au sujet de fées visitées sur la mer par un mortel. Et, plus simplement encore, les récits mythologiques indiens énoncent qu'un jour de Brahma, de Shiva ou d'un autre dieu, équivalent à des milliers, ou à des millions de jours humains. La perspective est sublime, et vertigineuse. Oui, un jour d'un dieu est toute une vie d'humain. C'est dans le shiva-inde_1376-70.jpgtemps que les différences entre les hommes et les dieux se marquent le plus fortement. Et pour donner de la majesté à ses extraterrestres, la science-fiction devrait penser à cela, à cet écart entre les extraterrestres et les Terriens du point de vue du temps. Au reste, peut-être l'a-t-elle parfois fait. Cela ne me dit rien. Ses extraterrestres sont désespérément soumis aux lois physiques ordinaires, tout en se posant comme ayant beaucoup plus évolué que l'être humain. Mais cette évolution reste sur le même plan, ils n'ont franchi aucun seuil essentiel, ils ne sont que plus forts dans le même ordre cosmique, ils n'ont que des machines plus grosses et plus nombreuses. Même Lovecraft, l'écrivain qui a le plus donné à des extraterrestres l'allure de dieux, n'a pas évoqué réellement cette question.

Mais il a évoqué celle du voyage dans le temps, car ses Grands Anciens se projettent mystérieusement dans l'avenir, sous forme psychique. Leurs pensées caduques pénètrent l'âme de poètes du présent – cthulhu 2.jpgsoudain, du coup, ramenés dans le passé. À l'inverse, Olaf Stapledon, que Lovecraft avait lu, assure que les derniers hommes auront tellement évolué qu'ils parviendront à projeter leurs pensées dans le passé – et à apprendre, ainsi, aux poètes et philosophes éclairés l'histoire du monde à venir.

Mais y a-t-il des récits traditionnels d'êtres qui ont remonté le temps? Rudolf Steiner assure que dans le monde éthérique, c'est ce qui se produit, on remonte le temps que le monde physique descend. Au-delà, règne l'éternité – où, comme le disait Richard Wagner, le temps se fait espace. Les époques sont des pays, ou des pièces dans un château cosmique. Donc il est en principe possible aux anges de remonter le temps, ou de se projeter, même, à l'époque qu'ils veulent. Cela donne raison, en un sens, à Lovecraft et à Stapledon, car les anges sont des esprits, et c'est en esprit qu'on peut voyager dans le temps, non physiquement. Les anges sont des esprits et en même temps des personnes, ils sont des êtres vivants et réels sans corps, comme les great old one 2.jpgGrands Anciens de Lovecraft ou les spectres que sont devenus les derniers hommes de Stapledon – ou, peut-être, les hommes affranchis du monde physique que les religions décrivent comme étant les hommes futurs. À ce compte-là, les hommes du futur peuvent revenir, sous une forme d'esprits, dans leur passé, donc dans notre présent: mêlés aux anges, ils leur donnent un visage. Et cela a deux perspectives. Si l'homme a des vies successives, c'est aussi soi-même qui revient du futur, et donc l'ange est peut-être soi-même spiritualisé et divinisé. Et, à l'inverse, nous pouvons d'ores et déjà, en pensées substantielles, être les bons anges de ceux que nous étions dans le passé. Nous pouvons les visiter, comme dans les films de David Lynch ou le Voyage to Arcturus de David Lindsay...

Mieux encore, Rudolf Steiner assure que le sommet de l'initiation donne le pouvoir de commander à la matière, et de forger des corps: les purs esprits peuvent s'épaissir, ou se former des membres pour leur servir de véhicules, et c'est le sens probable des histoires dans lesquelles les dieux prennent l'apparence d'hommes ordinaires (souvent très beaux), ou alors de monstres, de bêtes. Les mages tibétains ont la réputation de pouvoir se créer des corps fictifs, projetés au loin par la pensée: Alexandra David-Néel en parle, et assure qu'elle a pu se créer un tel corps. Ensuite, tout le monde les voit, ils sont devenus réels, et agissent plus ou moins comme des automates: seules les forces élémentaires les animent. David Lynch parle aussi de cela dans ses films. Il nomme ces tulpa-effect.jpgcorps des tulpas. (Il y a un lien indéniable avec le monstre de Frankenstein, même si son origine est en apparence plus physique.)

Or, cela peut signifier que l'esprit du futur peut revenir dans le passé et y agir physiquement, s'il utilise un tel corps. Il peut dès lors sauver les gens avant qu'ils ne meurent, et il m'a semblé avoir une révélation en lisant l'Évangile: Lazare était déjà mort, il sentait; et Jésus le ressuscite. Il est allé le chercher avant qu'il ne meure, et l'a ramené dans le présent en utilisant son esprit pouvant remonter le temps, et en agissant physiquement dans le passé par l'intermédiaire d'un autre lui-même. Voici, Lazare revient, et il a ses bandelettes, mais il est vivant: le moment est bouleversant et probablement à prendre bien plus littéralement que les symbolistes le disent, ou y songent.

Il est en tout cas certain que le thème du voyage dans le temps provoque des moments bouleversants – comme David Lynch surtout l'a montré, parmi les contemporains.