04/05/2022

La biodynamie, les êtres élémentaires et la France régionaliste de Maurice Barrès

0000000000000.jpgBeaucoup de gens critiquent la biodynamie, mode d'agriculture inventé par Rudolf Steiner (1861-1925), en la reliant à la culture allemande qui serait trop archaïque, parce qu'elle fait appel aux forces élémentaires dont a beaucoup parlé la poésie romantique allemande, notamment Goethe – qui a aussi exploré la chose, à sa manière, dans ses traités scientifiques. Steiner, de fait, se réclamait de lui. D'autres font remarquer que ces êtres élémentaires se retrouvent aussi bien dans le folklore français, ou breton, ou provençal, et les contes populaires et les œuvres en dialecte de Frédéric Mistral et d'Amélie Gex de fait les contiennent en abondance. Le premier a par exemple chanté le Drac, esprit du Rhône, ou d'autres esprits liés aux lieux – parfois aussi liés au ciel, mais alors il s'agissait de la Vierge et des saints, car il était bon catholique, en plus d'être animiste. 

Et pour lui, c'était sûr: l'épopée n'était pas possible en français, elle l'était seulement en provençal, qui pénètre les mystères cosmiques et leur donne forme par les figures de la mythologie populaire, du folklore. Seule la langue régionale peut rendre compte, grâce à sa perception atavique du monde spirituel, des êtres élémentaires.

Et Steiner allait dans le même sens: dans son Cours aux agriculteurs, il affirme que les parlers paysans contiennent une sagesse d'ordre instinctif sur la nature – relative à ses forces cachées. Cela explique la présence constante, dans la poésie en patois, des lutins et des fées – pour résumer –, même chez les auteurs complètement convertis au matérialisme dialectique. Tel était par exemple le Savoyard Just Songeon (1880-1940), instituteur communiste fameux: dans un poème, il évoque le sarvant, esprit 00000000000000.jpgdomestique qu'il fait loger dans les machines modernes – notamment une sorte d'hélicoptère par lequel il essaie d'entrer de force au paradis: saint Pierre l'expulse. Science-fiction mythologique sublime. Cela tient réellement de la clairvoyance imaginative.

Cependant, mal gré qu'en ait eu Frédéric Mistral, cet attrait des êtres élémentaires est entré rapidement dans la littérature en français de Paris – avec Maurice Barrès (1862-1923) qui, dans La Colline inspirée, l'a particulièrement éprouvé, en présentant, dans la foulée du Provençal, le Christ comme le prince des êtres élémentaires qui constituaient l'âme de la France. Or Barrès a marqué durablement tout un courant de pensée, dont était largement issu Charles de Gaulle. Celui-ci, en effet, au début de ses Mémoires de guerre, évoque la France à la façon d'une personne, qu'il assimile à la madone des églises et à la princesse des contes: reines évidentes du monde élémentaire, génies féminins des lieux. Il rendait explicitement hommage à Barrès; et plus tard François Mitterrand le fera aussi.

En Romandie, au même moment, le mouvement littéraire autour de La Voile latine explore aussi en français cet attrait pour les êtres élémentaires. Gonzague de Reynold (1880-1970), outre ses Contes et légendes de Suisse, d'une grande beauté, a fait paraître des poèmes dans lesquels il personnifie les éléments avec une grande noblesse. C'est toute la logique de Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947), aussi, de donner corps, par le biais de l'âme des paysans, à ces êtres mystérieux, souvent effrayants, et mêlés aux figures de la religion chrétienne. La Grande peur dans la montagne s'appuie bien sur une telle croyance au démon des Alpes.

Le plus étonnant, néanmoins, est qu'André Breton à son tour a approuvé à cet égard Barrès et son effort de pénétration du monde occulte. Il a donné au peuple français, à son âme, à son génie, le visage de Mélusine, reine en quelque sorte des fées. Il a parlé de la France, dans Arcane 17, comme d'une Maison Animique. Son disciple Charles Duits (1925-1991), à son tour, en fera 000000000000000000.jpgpresque une mythologie – préférant néanmoins évoquer Isis, La Seule Femme vraiment noire, si liée à Paris depuis les temps anciens: Voltaire, Gérard de Nerval, Victor Hugo l'évoquent.

Il y a plus encore, c'est que Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) confirma, indirectement, les présupposés de la biodynamie, en évoquant le psychisme de l'inanimé, larvaire et ébauché, que contiennent les plantes et les pierres – et même les atomes. 

Or Steiner, dans ses conférences, ne parle pas des lutins, contrairement à ce que croient certains: il personnifie, plutôt, les éléments chimiques établis, tels que l'oxygène ou l'azote, et leur donnent une polarité morale: le carbone est ahrimanien, dit-il, et porte la mort; l'oxygène luciférien, et porte la vie. 

Il est en un sens très proche de Teilhard de Chardin. Il place, à son tour, l'Homme au sommet de la nappe spirituelle terrestre, et c'est pour cette raison qu'il regarde l'agriculteur comme le cœur battant et vivant de la ferme – comme abritant l'esprit de la 00000000000000000000.jpgferme: comprenez, au sens angélique, même s'il ne le dit pas clairement, car il ne s'adressait pas, dans ses conférences agricoles, à des anthroposophes. Mais ce n'est pas forcément le mot qui compte. C'est bien la chose.

Bref, ce n'est pas typiquement allemand, contrairement à ce que veulent faire croire certains, c'est un grand courant qui essaie de faire intervenir la connaissance du monde spirituel et élémentaire dans les pratiques professionnelles ayant partie liée avec le vivant, et qui est en retard en France à cause de l'uniformité de pensée qui caractérise ce pays, et la domination au monopole du matérialisme officiel. C'est dommage, mais c'est ainsi.

Il est du reste possible que, pour contourner l'obstacle, les biodynamistes ne parviennent pas toujours à mettre en avant, dans leur introduction à la chose, cette tradition française ou locale des êtres élémentaires et du psychisme de l'inanimé; on peut le supposer. Je l'ai vu un peu faire par un certain vigneron corse appelé Jean-Charles Abbatucci, sur son site Internet: il pratique la biodynamie, et en même temps dit vouloir renouer avec l'âme corse à travers ses vins, qu'il cultive exclusivement – regrettant, d'ailleurs, qu'aucune appellation vins corses n'existe et même ne soit permise, en France. Il ne lie pas explicitement la biodynamie aux ogres dont est peuplé le folklore corse, et qui y sont des sortes d'elfes effrayants, mais la superposition des idées suggère bien un lien. C'est une piste majeure à suivre.

20/02/2022

Le génie du Razès et les monstres du Bugarach, 7: les premières escarmouches

00000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé l'Homme-Corbeau alors qu'il venait de comprendre qu'il devait combattre les monstres de Bugarach, afin de libérer l'humanité de leur horrible invasion.

Regardant la fée qui l'avait instruit, d'instinct il déploya ses ailes, et s'éleva dans les airs. Elle le regarda s'envoler – et, d'un grand coup dont vibra l'air, il s'en fut.

Lancé dans le ciel à une vitesse prodigieuse, il se précipitait vers Bugarach, qui n'était pas loin.

Passant par-dessus la montagne, il survola Tournebouix, puis Saint-André, au bas de la pente, montra à ses yeux aigus ses maisons blanches. Il survola ensuite d'autres montagnes, laissant derrière lui le creux épaissi de substance forestière, et, après avoir distingué à sa droite les demeures branlantes de Val-du-Faby, il aperçut devant lui la ville plus large et serrée d'Espéraza, aux légendaires chapeaux.

Il fut tenté par quelque paresse planante, mais voyant devant lui la colline de Rennes-le-Château il redonna un magistral coup d'ailes, passant par dessus l'église rénovée par l'abbé Saunière, et fonça au-dessus de l'admirable plateau où jadis les bergers faisaient paître leurs moutons, et rencontraient de temps en temps des fées qu'on appelle les mitounes, et qui s'amusaient à se déguiser en ravissantes dames, ou en bêlantes brebis. Plus tard des curistes oisifs, après leurs eaux de Rennes-les-Bains, dirent qu'elles étaient toutes Marie-Madeleine, certains en eurent même la vision. Mais elles n'en firent qu'en rire, et en repensant à cette histoire l'Homme-Corbeau rit aussi.

Délaissant le creux où à sa gauche s'étendait, au bord de la Salz, la ville de Rennes-les-Bains, il s'élança vers le pic de Bugarach, qui, au-dessus du somptueux plateau de Rennes-le-Château, se dressait à l'horizon, implacable et mâle, 000000000000000.PNGsentinelle de la vallée, pilier des Pyrénées avancées, colonne rassurante que vénéraient autrefois les bergers comme une dame bienveillante. Mais désormais, d'ignobles créatures l'infestaient, s'apprêtant à envahir le monde!

Il devinait, à sa base, des colonnes de monstrueux guerriers sortant de ses failles et, s'avançant vers le village de Bugarach, la dévasteraient avant de s'emparer de Rennes-les-Bains et d'en faire une base arrière, afin d'envahir ensuite la vallée de l'Aude en commençant par Couiza. De là, un détachement se dirigerait vers Quillan, afin de fermer par là l'accès à la vallée, mais l'essentiel descendrait le cours de l'Aude vers Limoux, prise bientôt ensuite, puis vers Carcassonne, à coup sûr conquise sans coup férir, puis vers Narbonne, qui tomberait probablement aussi. Depuis le bord de la mer, en longeant les côtes, ils s'en iraient, il en était certain, assiéger et prendre Montpellier, ville glorieuse, puis Marseille, ville populeuse, et, remontant le cours du Rhône, Lyon. Délaissant Genève sur leur droite, ils se précipiteraient vers Paris par la terre aplatie pour enfin conquérir la capitale et les seuls maîtres du monde!

Car même s'ils n'ignoraient pas que depuis presque un siècle Paris n'était plus vraiment le chef-lieu de la planète, ils n'en espéraient pas moins, en devenant les seigneurs sans conteste de la première ville d'Europe, recréer un empire qui ferait envie aux plus puissants princes du monde! En tout cas ils visaient loin, ils visaient haut, et voulaient faire 242948982_442898893858837_6610917087039096791_n.jpgbeaucoup de mal, n'ayant aucune pitié pour les hommes et comptant même s'en nourrir, puisqu'ils étaient, assurément, les proies les plus faciles qu'ils pussent. Mais l'Homme-Corbeau ne pensait pas qu'il les laisserait faire, il ne l'entendait pas de cette oreille!

Et quand il fut à portée du pic de Bugarach, voici! déjà en longues bandes sombres, telles qu'il les avait imaginées, il voyait ces monstres hideux se déverser comme un torrent immonde de la montagne et infester les deux rues du village. Entrant dans les maisons, ils les incendiaient, et violentaient leurs occupants – prenant plaisir à les voir souffrir, se nourrissant de leur épouvante. Car ils étaient des démons, en plus d'être des monstres extraterrestres!

Et certains déjà se précipitaient vers eux et les mangeaient crus, les jetant dans des terreurs innommables. Le sang coulait, jaillissait en gerbes brillantes sous leurs dents acérées qu'animaient des mâchoires énormes – et l'on entendait des cris, et les monstres avaient de la joie à poursuivre les fuyards et à les rattraper, car ils allaient bien plus vite Bloch 03.jpgqu'eux. Et, jouant avec eux comme des chats avec des souris, ils les dévoraient avec d'autant plus de volupté qu'ils les avaient imprégnés d'épouvante. C'était affreux à voir. Une vision d'apocalypse.

L'Homme-Corbeau néanmoins ne prit pas le temps de s'appesantir, ou de craindre pour sa propre personne. Connaissant d'instinct l'étendue de sa puissance (puisque le costume même lui parlait et lui confiait les souvenirs de ceux qui l'avaient porté auparavant), il fit jaillir de ses yeux rouges deux rayons qui transpercèrent de leur feu concentré un monstre qui, ayant posé la main sur l'épaule d'une vierge, s'apprêtait à lui faire subir les pires outrages avant de la dévorer – à moins qu'il n'eût, cet être abominable, l'intention effroyable d'engendrer de force en cette fille des hommes une lignée qui lui fût propre. Avaient-ils, ces monstres, l'intention de créer même une race hybride, qui pourrait les servir, et se répandre en leur nom parmi les hommes, pour mieux les dominer, pour mieux les commander?

L'ennemi touché s'écroula, après avoir regardé surpris les deux traits rouges sortir de sa poitrine, et verser du sang sur son ventre – noir et gluant. Mais c'était le sien.

Les autres levèrent la tête, et de leurs yeux entièrement rouges, dans leur peau molle et verdâtre – de leurs yeux où ne pointait qu'une vague étincelle qui leur tenait lieu de prunelle –, ils virent l'Homme-Corbeau au-dessus d'eux, les ailes grandes étendues, noires ombres cachant les étoiles – car il était nuit, déjà.

Or comprirent-ils qu'ils étaient en face d'un vieil ennemi, qu'il avait refait surface; car ils le reconnurent. Et ils se demandèrent comment il avait pu resurgir, car ils l'avaient vu mort, ils croyaient l'avoir tué au cours de la grande bataille des champs de Sidorlaz, en Savoie. Et voici qu'il était de nouveau là, comme ressuscité! Quel était ce mystère?

Mais il est temps, chers et dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette effroyable histoire.

20/07/2021

Le malaise de ma thèse: ou la peur de l'esprit

00000000.jpgRepensant à ma soutenance de thèse, j'entends encore résonner la voix d'un des membres, professeur à l'université de Toulouse – disant gentiment que mon texte était bien écrit, et que je connaissais très bien mon sujet, mais que, pourtant, quand on en avait fini la lecture, on ne pouvait s'empêcher de ressentir un malaise.

Oh, mais quelle origine, donc, à ce malaise? Et de le chercher a posteriori. D'énumérer tous les défauts objectifs d'une thèse qui n'en pouvait mais – et n'en avait guère plus que les autres, en réalité, mais où l'on cherchait dans ce qu'on relevait d'habitude les vraies causes de ce malaise au fond inexplicable.

Certains défauts même d'être inventés: j'en ai déjà parlé. J'aurais dû évoquer les sociétés savantes françaises, pour expliquer l'Académie de Savoie pourtant branche détachée de celle de Turin et résurrection de la Florimontane également savoisienne, et inspirée par les italiennes. J'aurais dû accepter d'attribuer au roi Charles-Félix des motivations stratégiques lorsqu'il a restauré les évêchés de Maurienne et Tarentaise, alors qu'aucune preuve n'en existe et que les arguments officiels n'étaient que relatifs à la mythologie chrétienne de Savoie. Ou éviter de blaguer 00000000000.jpgsur les ressemblances manifestes entre la politique de Paris relativement aux cultures régionales, et celle de Pékin. Inconvenant. Mais de quoi ressentir un vertige?

Mais, mesdames et messieurs, la source du malaise, si vous m'aviez demandé, j'aurais pu vous la donner. Un de mes éditeurs, publiant un récit fantastique de ma plume, me disait: Te lire crée un drôle d'effet. Il faisait allusion au récit d'un cauchemar que j'avais fait, en le présentant comme une possible réalité vécue. Il n'a pas critiqué, étant amateur de bizarreries.

L'explication est très simple, au fond: je ne l'ai jamais fait exprès, mais j'ai toujours placé dans mes écrits, et même mes paroles, des éléments qui émergeaient de mon subconscient, et que je laissais venir à la surface. Je pense, oui, qu'en moi la trappe était ouverte, je ne sais pas pour quelle raison, car il en a toujours été ainsi.

Enfin, il y a eu un moment, dans mon enfance, où j'ai reçu comme une décharge électrique, pour ainsi dire, car ma mère m'a dit que soudain j'ai paru appartenir à un autre monde. Mais je ne suis pas sûr d'en connaître la cause.

On m'a reproché, à cause de cela, de n'être pas clair. J'ai beaucoup travaillé pour le devenir, et le reproche m'a rendu service, car il est réellement bon d'être clair. Mais Rudolf Steiner en a parlé: quand on sort des profondeurs quelque 0000000.jpgchose, les oreilles, choquées, surprises, se ferment. Le sens ne va pas jusqu'au cerveau.

Par clarté, on entend souvent: pensées communes.

Il faut dire qu'il y a quelque chose d'un peu ensorcelant, à la façon justement d'un rêve, dans ce qui surgit des profondeurs – même involontairement. C'est ce qui a beaucoup rebuté, notamment la critique académique, dans les écrits de H. P. Lovecraft, ou de Rudolf Steiner – encore.

L'ancien anthroposophe Grégoire Perra, grand détracteur à présent de Rudolf Steiner, en a parlé: il ne peut plus ouvrir un livre de celui-ci sans tourner de l'œil et se sentir mal – sans avoir peur de devenir fou. Toutes proportions gardées, je pense que la lecture de ma thèse avait des effets similaires. Moindres, je suppose, je ne suis tout de même pas Rudolf Steiner. Grégoire Perra s'est exprimé d'une façon similaire, un jour, sur l'ésotérisme islamique tel que l'exposait Henry Corbin: il avait désormais horreur de ces dévoilements de mystères.

Car, à l'origine, cela monte bien des profondeurs de l'âme, portées à la surface par un ange assimilé à la Muse! Cela ne vient aucunement d'une tradition prosaïquement transmise, comme se l'imaginait par exemple René Guénon. Je dis prosaïquement, et il n'aurait peut-être pas été d'accord, car il affirmait que cette transmission se faisait par de hauts 00000000.jpginitiés, et que cela la laissait à l'abri de tout prosaïsme. Mais ces hauts initiés sont au fond des hommes comme tout le monde, et un concept, même juste, même complexe, peut être exprimé prosaïquement, c'est à dire à partir du seul intellect, du seul sens, sans passer par les images montées des profondeurs, ou les rythmes émanant de ceux du corps, de la respiration et de la circulation sanguine. C'est là en effet qu'est la poésie, ce qui n'est pas prosaïque.

La critique de H. P. Blavatsky et même de Rudolf Steiner par René Guénon a sans doute cette source: ces deux auteurs sortaient des idées fabuleuses de leurs profondeurs intimes – celles qui étaient en relation cachée avec l'esprit de l'univers. En tout cas c'est ce qu'ils pensaient, mais, d'un point de vue factuel, il est clair qu'ils exposaient des choses sorties, sous forme d'images, de leur subconscient devenu conscient. Et cela faisait spontanément bondir Guénon, qui aimait ce qui était clair, c'est à dire, aussi complexe cela fût-il, ne laissait pas monter des profondeurs les idées et les figures, mais les conservait dans la surface du conscient, sous forme de pensées rationnelles. C'est ainsi que Guénon a déclaré que l'imagination était globalement illusoire.

Sauf celle qui a créé les symboles traditionnels, bien sûr! Mais évidemment, pas d'explication sur son origine, et sur la Muse qui l'a fait monter de l'Inconnu le premier jour de la Création...

C'est la vie. Les Romantiques ont été rejetés pour la même raison, et on trouve encore les écrits de Charles Duits, génie issu du Surréalisme, bizarres et dérangeants.

Au reste, moi-même je ressens du malaise, parfois, devant des surgissements vraiment étranges, comme dans les écrits d'André Pieyre de Mandiargues. J'en aime la vivacité fantastique, mais il est incontestable qu'ils sont moralement 00000000.jpgdéfaillants.

Cela me rappelle, cela dit sans fausse modestie, deux vers d'Alfred de Vigny – également, en son temps, condamné par la critique officielle pour ses imaginations assez ambiguës:

Les anges sont jaloux et m'admirent entre eux,
Et cependant, Seigneur, je ne suis pas heureux.

C'est Moïse, qui parle, isolé par la plongée de son esprit dans les mystères célestes.

Il est faux que ce lot ait été voulu, mais on le reproche quand même à Vigny, ou on le lui a reproché, et on le reproche encore à Duits - mais un jour on s'inclinera devant sa clarté tragique, assurément.