28/03/2021

La nostalgie de l'eau

0000000000.jpgIl est possible de saisir – intérieurement, intuitivement – l'âme des choses. Goethe, Emerson, mille grands esprits le disaient, et ils avaient raison. 

Cela ne se fait toutefois pas par projections personnelles, comme le prétendent et ceux qui n'y croient pas, et les spiritualistes faciles que cela arrange, mais par un vrai travail d'observation et d'imprégnation de ce qu'on observe. C'est alors seulement qu'on sent monter en soi l'image de ce qu'est spirituellement même un objet naturel.

Lorsqu'on contemple l'eau, on peut sentir s'éveiller, dans son propre cœur, le reflet du psychisme correspondant – on entre en résonance avec sa propre eau. Et, comme le disait encore Emerson, cela n'a rien d'une illusion, d'une rêverie de poète, mais se tire de la profonde communion, à la fois physique et psychique, de l'être humain avec le reste du monde.

Or, voici ce que je pense de l'eau, quand je la vois s'agiter, ou couler devant moi.

Apparemment, elle court vers l'abîme – elle est comme entraînée par une force qui l'asservit, et elle est, sous sa coupe, comme prise de panique. Cependant, dès qu'elle arrive dans son puits qui est la mer, son désir constant est de regagner les hauteurs, le ciel.

Or la Lune la contrarie, la repousse – la repousse méchamment. Si la Terre était seule à agir, elle pourrait échapper à la pesanteur. Elle pourrait s'évaporer, sous l'action du Soleil, et se disperser dans le cosmos. 

Et elle le tente, bien sûr, elle se regroupe en nuages. Elle s'élève, s'élève – et puis soudain la Lune lui donne une gifle, et elle retombe, sous forme de pluie.

On raconte toutefois que quelques nuages parviennent à pénétrer l'espace cosmique. À leur arrivée dans l'orbe lunaire la Lune leur sourit, au lieu de les gifler, et ils peuvent s'épanouir dans l'or infini de l'univers divin.

Pourquoi ceux-ci et pas les autres, c'est un mystère. Sans doute que les nymphes qui alors l'habitent et forment ces nuages ont mérité cette rédemption – ce rachat. Car, indéniablement, le sort de l'eau dans la sphère terrestre évoque un péché, une faute 00000000.jpggrave. Il est triste, infiniment triste – puisqu'elle retombe toujours au sol après avoir essayé de rejoindre les astres. La tristesse de la pluie ne vient pas tant de ce qu'elle est froide et mouille, que de ce qu'elle est les larmes des Nymphes. Elles pleurent, et il pleut. 

Et sans doute les dieux pleurent avec elles, car ils ont voulu que cela fût le sort de l'eau: il est providentiel. On en avait besoin pour que l'homme puisse boire, vivre. Il a fallu donner ce sort à l'eau à cause de l'Homme. 

Peut-être que le Péché Originel est justement né de l'eau qui était en l'Homme et qui, à cette époque d'Éden, ne se différenciait absolument pas de l'eau qui était dans le monde. Car l'Homme, dit-on, était immense, il était comme un dieu, lui-même – quoique pas un dieu très sage, ni très conscient de lui-même, encore. L'eau extérieure est peut-être bien sortie de cet homme énorme – cet Adam Cadmon!

Oh! voyez la vague qui tente mélancoliquement de s'élever, de se constituer en serpent apte au moins à ramper sur le sol, en plein air, en pleine lumière – et, ce faisant, à échapper au puits de damnation qu'est la mer. On dirait qu'elle essaie, avec tant de peine! de se dresser, d'échapper aux mains de l'abîme qui la retiennent – et donc de créer un être vivant. Or, inéluctablement, inlassablement, fatalement elle s'écroule – dans une gerbe d'écume, essai lamentable, toujours raté!

Mais, d'un autre côté – d'un autre point de vue –, l'eau pleine de lumière est une nappe protectrice, pour l'Homme. Elle reflète, pour son âme, les clartés célestes, dont il a tant besoin. C'est pourquoi elle ne peut pas franchir le seuil de la sphère terrestre – passer le pas de la Lune: elle a une mission à remplir, et les Anges la lui rappellent. Car souvent elle préférerait s'amuser, se 00000000.jpgdivertir, prendre du plaisir à se mêler aux étoiles. Mais sa vocation est autre: il lui faut protéger la Terre et ses habitants – les hommes.

De fait la lumière qui la remplit et qu'elle garde en son sein, elle la concentre en petits grains d'argent protecteurs, bénéfiques, bienveillants, guérisseurs – et cela forme un couvercle, une trappe tissée dans la mer qui empêche les démons de l'abîme de sortir. En un sens les nymphes de l'eau sont des guerrières, des Amazones (leur modèle probable, puisqu'on dit que celles-ci n'ont pas existé historiquement) qui veillent sur la porte de l'abîme, de la prison où les dieux ont jeté les monstres qui voulaient anéantir l'être humain et faire par ce biais du mal à la Création. On peut se les représenter pareilles à des Valkyries, dans des armures d'argent, sous la mer – et guettant les obscurités profondes pour en voir les ombres démoniaques qui en montent, et se ranger en bataillons dès que cela advient, et qu'elles agissent contre ces monstres, qu'elles les combattent. Mais, dès la bataille finie, qui leur coûte tant, elles se tournent vers les astres, vers la Lune, et elles demandent, priant, levant les mains, faisant jaillir les vagues pour mieux lécher la lumière lunaire où sont les anges, si elles peuvent, cette fois! enfin revenir dans leur patrie originelle. Et inlassablement, fatalement, tristement, les êtres de 0000000000.jpgla Lune, ceux qui vivent dans sa clarté, leur répondent non de la tête, en fermant les yeux.

Parfois, néanmoins, des guerrières vaillantes qui ont vraiment mérité des dieux sont accueillies: on leur ouvre la porte de feu, et elles passent, et des anges chantent sur leur passage – et elles deviennent anges à leur tour, protégeant les hommes et la Terre depuis le premier des orbes célestes. C'est ainsi, c'est de cette manière que certains nuages, certains moutonnements de vapeur passent le seuil du ciel, et rejoignent l'espace cosmique! En fait, ils sont attirés par la Lune, et se collent à elle, comme étant ses fils véritables, et voici, ils rejoignent ainsi leur mère, et sont heureux.

Telle est l'histoire intime de l'eau, telle qu'elle apparaît en images dans l'âme quand on l'observe et qu'on laisse parler en soi l'eau qui fait écho à l'eau extérieure – puisqu'il n'y a pas de solution de continuité entre les éléments tels qu'ils sont dans le monde et tels qu'ils sont dans le corps humain. Et c'est pourquoi il est possible de saisir l'âme des choses, et pourquoi l'animisme est relativement justifié – qu'on le veuille ou non. 

12/03/2021

Microcosme et macrocosme: l'analogie ultime

00000.jpgOn croit que les éléments naturels sont dénués d'âme, de désirs, de sentiments, de pensées – mais Pierre Teilhard de Chardin a énoncé que même les atomes avaient une ébauche de psychisme. L'idée que l'attribution d'une âme à l'eau relève de l'anthropomorphisme méconnaît l'orgueil de l'être qui, d'une manière illogique et absurde, se croirait différent du reste de la Création.

L'Homme a de l'eau en lui, et même si Freud n'en savait rien, c'est surtout dans cette partie liquide que repose ce qu'on appelle l'inconscient.

À l'inverse, le monde extérieur contient au fond autant d'âme que les éléments dont est constitué le corps, parce que ce monde extérieur est fait des perceptions sensorielles que permet le corps. Si ces perceptions existent, c'est parce que le corps fait écho à ce qui est à l'extérieur. C'est parce que le corps a de l'eau en lui que l'on perçoit à l'extérieur l'eau qui coule. Il s'agit d'une résonance. Et nous ne saurions rien du monde si le corps ne se confondait pas avec lui, si des éléments n'unissaient pas le corps au monde extérieur – si le corps n'était pas la continuation, jusqu'au seuil de l'âme, du monde dans son ensemble.

L'âme perçoit le monde extérieur parce que le corps qui l'enchaîne est un écho du monde extérieur, donc le monde extérieur n'est fait de rien d'autre que de ce qui entre en résonance avec ce corps. Si la nature des étoiles ne se trouvait pas dans les 00000000000.jpgéléments physiques du corps, nous ne les percevrions pas.

Mais, à l'inverse, si nos éléments corporels sont doués de notre âme, il n'y a pas de raison de penser que les éléments correspondants dans le monde extérieur ne soient pas doués d'autres âmes: la correspondance s'étend forcément jusque-là. Nous ne percevons pas l'âme des choses, mais nous ne percevons pas non plus l'âme des corps humains qui se meuvent autour de nous: nous ne la percevons pas directement. Nous savons qu'elle est là, que chaque corps humain contient une personnalité, des sentiments, des pensées, des désirs – par pure analogie.

Et encore, certains en doutent – et c'est l'origine du racisme, du sectarisme, du nationalisme: ces péchés de l'esprit sont fondés sur le refus d'attribuer à certains corps humains des désirs, des sentiments, des pensées.

L'analogie généreuse fait au contraire partager l'humanité, et entrer en communion avec les autres, permettant de voir en eux un soi plein et entier, un soi divin – un Christ, comme le disait saint Paul –, ainsi que, spontanément, on le voit en soi.

Mais l'esprit avisé sait aussi que le monde est semblable – que les éléments visibles, pris dans leur totalité, cachent un Dieu, que l'humanité, prise dans sa totalité, est le corps sensible du Christ, et que, pris de façon plus éparse, les 000000000.jpgéléments sont toujours la partie visible de personnes – mais de personnes qui, dénuées de corps humain, n'en sont pas moins des substances individuelles pensantes, comme le disait Boèce: des anges.

J'ai été violemment attaqué, dans le cadre privé, parce que je disais tout cela, et je suppose que c'est le lot de ceux qui disent des choses que les autres ne veulent pas entendre, qui les empêchent de dormir et les font se retourner sur leur lit le soir ou la nuit. Ils voudraient qu'on ne puisse pas dire ces choses, sous prétexte qu'on ne peut pas en être sûr, en réalité parce qu'elles les troublent assez pour qu'ils en dorment mal.

Mais peut-on être sûr aussi que les autres êtres humains ne sont pas des automates nous donnant l'illusion, seulement, de la pensée, du sentiment, de la volonté? – Et c'est cette question qui justement tourmente les matérialistes quand on la leur met sous les yeux, et qui les amène à hurler qu'on veut les convertir, que c'est un scandale, et qui les rend eux-mêmes sectaires. Ils ont simplement peur du vrai et du vertige qu'il provoque – de ce que moralement il implique.

Le matérialisme mène spontanément à l'égoïsme, à l'idée qu'on est la seule âme digne d'honneur et d'attention, le seul esprit suffisamment doué d'intelligence pour reconnaître que le monde n'est que matière. Mais à cette âme intelligente, lucide, judicieuse, il n'est nul besoin d'ajouter des âmes dans les corps physiques 0000000000.jpgqui évoluent à l'extérieur. Le matérialisme tend à regarder les autres comme des machines, sans admettre que son jugement le laisse seul humain, dans sa pensée illusoire. C'est ce qui le lie manifestement à l'orgueil.

Naturellement, s'il a été bien éduqué, il a appris à respecter les autres, ou à feindre qu'il le fait, et à traiter autrui, extérieurement, de façon sainte et sacrée, à regarder chacun comme doué de libre arbitre, pour ainsi dire. Mais est-ce sincère? En toute logique il se contente d'être poli – et, le jour des élections, il n'en pense pas moins que les autres ont stupidement voté, comme l'auraient fait des robots.

Mais l'humanisme authentique renvoie bien à l'idée que chaque être humain contient en lui une étincelle divine, comme disaient les Romantiques, et l'amour de la Nature renvoie bien à l'idée qu'elle dissimule des personnes divines. Non, évidemment, qu'on doive vénérer un arbre ou un chien comme s'il s'agissait d'un ange ou d'un dieu; mais qu'il faut voir, dans les éléments de la Nature, des parties de corps d'entités invisibles – comme si une montagne, par exemple, était le pied, ou le doigt de pied d'un elfe, d'un ange, d'un dieu, la seule chose physique que son corps psychique ait concédée. Ou comme si toute l'espèce des chiens était les parties dispersées d'un autre ange, d'un autre rang. Comme si chacun n'était que les nombreux doigts, vivant par eux-mêmes en apparence, d'un grand être dont les éléments 000000000.jpgcorporels nous apparaissent comme dispersés parce que nous ne voyons pas ce qui les lie.

D'où l'identité parfaite au moins des espèces sauvages. Je veux dire, l'identité des exemplaires. Pour les chiens, sans doute, ils s'individualisent sous l'influence des êtres humains qui s'occupent d'eux, ils reçoivent leurs traits de caractère. Mais ils n'ont pas d'individualité venant du passé. Car les humains ont ce pouvoir de transformer des espèces, et les chiens par exemple les regardent comme des anges –  comme nous regardons les anges, ou les dieux. C'est méconnu, nié par les matérialistes. C'est pourtant vrai. Les chiens ne s'individualisent que parce que les hommes parviennent à entrer en concurrence avec l'esprit de leur espèce, à se montrer aussi forts que lui. Et comme cet esprit est de nature angélique, le chien regarde forcément l'être humain comme un ange. Qu'il se tienne debout lui semble d'emblée miraculeux. Et ça l'est, c'est en réalité extrêmement difficile, il faut être lié au ciel, pour y parvenir! Mais le matérialisme aura toujours la folie de ne pas l'admettre, sans doute.

08/02/2021

Les seigneurs languedociens et le catharisme, ou le mythe de la princesse sarrasine

000000000000000.jpgJe ne comprends pas l'intérêt de l'histoire légendaire de Marie-Madeleine venue en Occitanie fonder une communauté gnostique, et je l'ai dit un jour, sur Facebook, à l'un des plus ardents défenseurs de sa véracité, l'écrivain Christian Doumergue. Historiquement, cela manque de vraisemblance, car une Juive du temps de Tibère avait peu de chance de se retrouver en Gaule, et le fait est que les plus anciens auteurs la disent installée à Éphèse, dans la Grande Grèce, avec Jean l'évangéliste et Marie mère de Jésus, et cela paraît infiniment plus logique. Le miracle qui la dit débarquée en Provence la place seulement dans la Sainte-Baume, et même si cette fable était vraie, elle n'aurait eu aucune raison de sortir de sa Sainte-Baume pour aller ailleurs qu'à Jérusalem ou à Éphèse, qui était un centre de mystère voué à la virginité cosmique. À la rigueur, elle aurait pu aller à Rome pour rejoindre saint Pierre, mais quel intérêt pouvait avoir pour elle le pied des Pyrénées ? C'est incompréhensible.

D'un point de vue moral, je ne vois pas, en outre, en quoi l'enseignement de Marie-Madeleine gagne à avoir été dispensé dans le Languedoc, car on ne juge pas de la qualité d'un enseignement selon le lieu où il a été dispensé.

Et sur le plan symbolique ou spirituel, je ne vois rien non plus d'intéressant dans ce cheminement, l'Occitanie ayant ses propres saints respectables, d'une part, et, d'autre part, le rayonnement des saints ne venant pas tant des lieux où ils sont passés, que de la capacité des âmes à se tourner vers eux, tels qu'ils sont à présent dans les étoiles, parmi les anges!

Mais il y a plus. On lie Marie-Madeleine aux cathares, et le fait est qu'aucune légende ancienne ne confirme un tel fait. Ce qui est propre au Languedoc, dans la mythologie universelle, n'est pas ce qu'on invente d'une façon plus ou moins 0000000000000.jpginspirée, mais ce qui existe dans les textes. Or, les chansons de geste déploient des symboles prodigieux, qu'on a tort de méconnaître pour les remplacer par des fariboles se posant comme des suites de la Bible. Les chroniques et épopées franques n'imitent la Bible que pour en reprendre l'esprit: elles n'évoquent pas les personnages de la Bible, mais des gens de l'histoire française tels que l'auraient fait les auteurs de la Bible. Ce qui est plus beau, plus fort, et en même temps plus logique et rationnel. Car la France a eu des Francs, des Languedociens et des Sarrasins, mais des disciples directs de Jésus, c'est douteux.

L'un des plus beaux symboles de l'épopée franque est celui de la princesse sarrasine – incarnant les vertus de la terre occitane, ou languedocienne – abritant son esprit, son âme, et épousant des comtes francs après la mort de leurs maris. On les voit se convertir, et livrer leur sagesse immense aux vainqueurs.

On peut sentir en ces femmes, au-delà de la tradition arabe, les héritières des vieux Wisigoths, à la culture si pure et belle. Là est un trésor de gnose noble, et la source de l'attachement des seigneurs du Languedoc à leurs libertés religieuses en général et au catharisme en particulier.

Car les cathares ne sont pas propres au Languedoc: il y en a eu en Champagne, en Touraine, ailleurs. Mais il n'y a qu'en Occitanie que les seigneurs locaux les ont assez protégés pour qu'une guerre survienne. Et la raison en est 0000000000000000.jpgl'ancrage, par les princesses dites sarrasines, en l'hérésie gnostique de ces seigneurs. L'importance des dames cathares chantées par Maurice Magre nous le rappelle: il y a là une allusion subtile aux princesses sarrasines des chansons de geste – consciente ou non.

On peut expliquer ainsi l'amour courtois, la vénération par les poètes de dames unies à des seigneurs lourdauds. Elles figurent le monde enchanté, les fées, l'âme du Languedoc – et on comprend, dès lors, pourquoi des seigneurs qui étaient issus d'elles n'ont pas voulu livrer les cathares aux croisés. Pourquoi ils ont eu de la sympathie pour le catharisme et ont peu à peu refusé de verser la dîme due depuis Constantin à l'Église. Ils se sont laissé gagner par l'esprit du lieu, en défiance de Rome depuis le roi Alaric. Peu importe qu'ils soient descendus de Francs placés là par Charlemagne: la force de la lignée féminine et du génie occitan les a emportés spirituellement, les a submergés.

Car il faut savoir que le Languedoc est issu de la seule région de Gaule que les mérovingiens n'ont pas prise: elle restait la Gothie, et c'est ce qui a provoqué son rattachement aux royaumes arabes – les Arabes ayant vaincu les Wisigoths non seulement en Andalousie, mais aussi en Catalogne.

On peut saisir dès lors le sens de la croisade contre les Albigeois: les Français pensaient répéter dans leurs actions celles des chansons de geste – de Guillaume d'Orange et d'Aimeri de Narbonne son père –, tandis que les 00000.jpgLanguedociens pensaient défendre la patrie et son âme, quelque chose de collectif, de non individualisé.

Car c'est un fait que la tradition arienne des Wisigoths ou gnostique des Arabes était peu individualisée. C'est tout le sens du combat philosophique de saint Thomas d'Aquin, contemporain de la croisade contre les cathares et mort à Toulouse, contre Averroès et le mysticisme oriental. Thomas défendait le caractère éternel de l'individualité humaine consacrée par Jésus-Christ – par Dieu s'étant incarné dans un homme –, tandis que les Orientaux et les Ariens défendaient l'idée d'une divinité générale, universelle, cosmique, dans laquelle les individus se dissolvaient, leur ego n'étant qu'illusoire. C'est tout le sens, plus loin dans le passé, du débat entre les catholiques et les ariens: l'arianisme subordonnant le Fils au Père, il avouait que l'Homme n'était pas divin, ni éternel, et qu'il devait se soumettre à la Mère Nature ou au Père Créateur. Dans les faits, c'était faire de Jésus un beau prophète, mais pas un dieu au sens fort. Le lien avec l'Islam apparaît ainsi clairement.