08/02/2021

Les seigneurs languedociens et le catharisme, ou le mythe de la princesse sarrasine

000000000000000.jpgJe ne comprends pas l'intérêt de l'histoire légendaire de Marie-Madeleine venue en Occitanie fonder une communauté gnostique, et je l'ai dit un jour, sur Facebook, à l'un des plus ardents défenseurs de sa véracité, l'écrivain Christian Doumergue. Historiquement, cela manque de vraisemblance, car une Juive du temps de Tibère avait peu de chance de se retrouver en Gaule, et le fait est que les plus anciens auteurs la disent installée à Éphèse, dans la Grande Grèce, avec Jean l'évangéliste et Marie mère de Jésus, et cela paraît infiniment plus logique. Le miracle qui la dit débarquée en Provence la place seulement dans la Sainte-Baume, et même si cette fable était vraie, elle n'aurait eu aucune raison de sortir de sa Sainte-Baume pour aller ailleurs qu'à Jérusalem ou à Éphèse, qui était un centre de mystère voué à la virginité cosmique. À la rigueur, elle aurait pu aller à Rome pour rejoindre saint Pierre, mais quel intérêt pouvait avoir pour elle le pied des Pyrénées ? C'est incompréhensible.

D'un point de vue moral, je ne vois pas, en outre, en quoi l'enseignement de Marie-Madeleine gagne à avoir été dispensé dans le Languedoc, car on ne juge pas de la qualité d'un enseignement selon le lieu où il a été dispensé.

Et sur le plan symbolique ou spirituel, je ne vois rien non plus d'intéressant dans ce cheminement, l'Occitanie ayant ses propres saints respectables, d'une part, et, d'autre part, le rayonnement des saints ne venant pas tant des lieux où ils sont passés, que de la capacité des âmes à se tourner vers eux, tels qu'ils sont à présent dans les étoiles, parmi les anges!

Mais il y a plus. On lie Marie-Madeleine aux cathares, et le fait est qu'aucune légende ancienne ne confirme un tel fait. Ce qui est propre au Languedoc, dans la mythologie universelle, n'est pas ce qu'on invente d'une façon plus ou moins 0000000000000.jpginspirée, mais ce qui existe dans les textes. Or, les chansons de geste déploient des symboles prodigieux, qu'on a tort de méconnaître pour les remplacer par des fariboles se posant comme des suites de la Bible. Les chroniques et épopées franques n'imitent la Bible que pour en reprendre l'esprit: elles n'évoquent pas les personnages de la Bible, mais des gens de l'histoire française tels que l'auraient fait les auteurs de la Bible. Ce qui est plus beau, plus fort, et en même temps plus logique et rationnel. Car la France a eu des Francs, des Languedociens et des Sarrasins, mais des disciples directs de Jésus, c'est douteux.

L'un des plus beaux symboles de l'épopée franque est celui de la princesse sarrasine – incarnant les vertus de la terre occitane, ou languedocienne – abritant son esprit, son âme, et épousant des comtes francs après la mort de leurs maris. On les voit se convertir, et livrer leur sagesse immense aux vainqueurs.

On peut sentir en ces femmes, au-delà de la tradition arabe, les héritières des vieux Wisigoths, à la culture si pure et belle. Là est un trésor de gnose noble, et la source de l'attachement des seigneurs du Languedoc à leurs libertés religieuses en général et au catharisme en particulier.

Car les cathares ne sont pas propres au Languedoc: il y en a eu en Champagne, en Touraine, ailleurs. Mais il n'y a qu'en Occitanie que les seigneurs locaux les ont assez protégés pour qu'une guerre survienne. Et la raison en est 0000000000000000.jpgl'ancrage, par les princesses dites sarrasines, en l'hérésie gnostique de ces seigneurs. L'importance des dames cathares chantées par Maurice Magre nous le rappelle: il y a là une allusion subtile aux princesses sarrasines des chansons de geste – consciente ou non.

On peut expliquer ainsi l'amour courtois, la vénération par les poètes de dames unies à des seigneurs lourdauds. Elles figurent le monde enchanté, les fées, l'âme du Languedoc – et on comprend, dès lors, pourquoi des seigneurs qui étaient issus d'elles n'ont pas voulu livrer les cathares aux croisés. Pourquoi ils ont eu de la sympathie pour le catharisme et ont peu à peu refusé de verser la dîme due depuis Constantin à l'Église. Ils se sont laissé gagner par l'esprit du lieu, en défiance de Rome depuis le roi Alaric. Peu importe qu'ils soient descendus de Francs placés là par Charlemagne: la force de la lignée féminine et du génie occitan les a emportés spirituellement, les a submergés.

Car il faut savoir que le Languedoc est issu de la seule région de Gaule que les mérovingiens n'ont pas prise: elle restait la Gothie, et c'est ce qui a provoqué son rattachement aux royaumes arabes – les Arabes ayant vaincu les Wisigoths non seulement en Andalousie, mais aussi en Catalogne.

On peut saisir dès lors le sens de la croisade contre les Albigeois: les Français pensaient répéter dans leurs actions celles des chansons de geste – de Guillaume d'Orange et d'Aimeri de Narbonne son père –, tandis que les 00000.jpgLanguedociens pensaient défendre la patrie et son âme, quelque chose de collectif, de non individualisé.

Car c'est un fait que la tradition arienne des Wisigoths ou gnostique des Arabes était peu individualisée. C'est tout le sens du combat philosophique de saint Thomas d'Aquin, contemporain de la croisade contre les cathares et mort à Toulouse, contre Averroès et le mysticisme oriental. Thomas défendait le caractère éternel de l'individualité humaine consacrée par Jésus-Christ – par Dieu s'étant incarné dans un homme –, tandis que les Orientaux et les Ariens défendaient l'idée d'une divinité générale, universelle, cosmique, dans laquelle les individus se dissolvaient, leur ego n'étant qu'illusoire. C'est tout le sens, plus loin dans le passé, du débat entre les catholiques et les ariens: l'arianisme subordonnant le Fils au Père, il avouait que l'Homme n'était pas divin, ni éternel, et qu'il devait se soumettre à la Mère Nature ou au Père Créateur. Dans les faits, c'était faire de Jésus un beau prophète, mais pas un dieu au sens fort. Le lien avec l'Islam apparaît ainsi clairement.

07/01/2021

Les cosmiques Mitounes de Rennes-le-Château

00000.jpgLe plus grand mystère de Rennes-le-Château est peut-être constitué par les méconnues Mitounes. Il s'agit de fées malignes que la tradition paysanne dit vivre dans le beau lieu qui entoure le village – lumineux, ouvert au ciel, ceinturé de montagnes. Là, les rayons des étoiles, entrant dans l'atmosphère terrestre, se déploient en formes ondoyantes et charmantes, douées de vie propre et humaines en apparence – ce sont les Mitounes.

La tradition assure qu'elles pouvaient se déguiser en toute sorte de choses – notamment en moutons, et ainsi s'amusaient à tromper les bergers, à les tourner en bourrique. Ils les entendaient rire, se moquant d'eux. Elles étaient facétieuses.

On disait en particulier qu'elles vivaient dans des grottes – notamment celle où Béranger Saunière crut voir, un jour, Marie-Madeleine en vision: rien d'autre qu'un bon tour des Mitounes.

Dans ses poèmes, Frédéric Mistral aussi nous rappelait que les fées en général vivaient dans les failles de la terre, et aimaient s'amuser avec les mortels – tombant amoureuse de chevaliers, ou de curés. Il ajoute qu'à cause de cela Dieu les a réduites au silence, éloignant leur présence par la force des Anges et des Saints.

Telles qu'on les décrivait dans les temps anciens, les fées n'aimaient rien tant que tisser des illusions trompeuses, et saint Augustin dit, de manière plus globale, que c'est la faculté principale des démons. Il 0000.pngest clair que les mitounes de Rennes-le-Château entrent dans cette catégorie.

Ce qui est remarquable est l'abondance d'idées farfelues énoncées sur Rennes-le-Château depuis un siècle et demi. On a cru y voir un tombeau de Marie Madeleine, à laquelle l'église du village est du reste dédiée: il y a fort à parier que le visionnaire qui l'a songé a vu une mitoune qu'il a prise pour la sainte, à laquelle il vouait une dévotion d'autant plus profonde qu'il n'était autre que le curé du lieu. Mais on peut raisonnablement penser que les Mitounes ont aussi pris l'apparence de tout ce qu'on a cru voir dans cet endroit magique: le Graal, les Templiers, les Cathares, les Wisigoths, le temple voué à Mithra, Jésus marié, sont tous nés de visions de mitounes mal évaluées et mal comprises.

On a vu la grotte des Mitounes et on l'a prise pour un temple solaire; on a vu une mitoune faire l'amour avec un berger, et on a cru que c'était Jésus et Marie-Madeleine; on a des mitounes boire dans un hanap, et on a cru que c'était le Graal; on a vu des elfes graves se mêler à leur reine, et on a nommé templiers et cathares. C'est en tout cas l'impression que cela me fait, après plus d'une année de recherches. Même le vaisseau spatial aperçu au au-dessus du pic de Bugarach n'est probablement qu'un bateau de mitounes: léger, il flotte sur les nuées, et les brouillards. Car elles ont le pouvoir d'aller et venir entre la Terre et la Lune, c'est sûr!

Il y a quand même quelque chose qui est prouvé par toutes ces imaginations: les Mitounes du lieu ont une grande puissance. Les Pyrénées leur en donnent certainement beaucoup. L'intensité de l'éthérique, comme disent les occultistes, y est incroyable.

Cela n'est d'ailleurs pas sans rapport avec le grand nombre de sources d'eau chaude qu'on y trouve. Maurice Magre liait intelligemment la déesse des eaux locale Ilixone à l'esprit des Pyrénées tout entières – mais aussi aux cathares, au Graal, à l'âme de Toulouse et de la Garonne, et elle 00000.jpgest certainement aussi la mère des Mitounes, qui ne sont peut-être rien d'autre que les nymphes de l'Aude.

Je veux dire: il y a peut-être des gens dont le corps le plus épais est fait de gouttelettes, et qu'on voit quand la Lune les éclaire, ou dans des grottes, dans la brume, dans ce qui justement tend à condenser les vapeurs sans pour autant les changer en eau liquide. H. P. Blavatsky assure que les anges sont des hommes qui ont pris conscience d'eux-mêmes en acquérant un corps d'air; les dieux, un corps de feu; pour les fées, sans doute, c'est un corps d'eau – et c'est pourquoi elles sont si liées à la terre: l'eau y monte et descend en rythme.

Pour d'autres planètes, la science-fiction a souvent exploré cette possibilité, d'êtres gazeux ou magnétiques, sans corps solide; mais l'a-t-elle fait assez pour la Terre même?

L'eau a ses reflets, et crée aisément des formes ou des illusions: le lien est patent.

Peut-être même que Marie-Madeleine, depuis le ciel, brille sur les vapeurs en suspension au-dessus du sol, et donne son visage à ces êtres qui n'en ont pas – n'ayant pas de chair palpable, encore moins d'os calcaires. De telle sorte que l'illusion de l'abbé Saunière aurait quelque chose de légitime: les Mitounes elles-mêmes étant vouées à Marie-Madeleine – ayant pour elle une dilection spécifique –, elles tendraient à prendre son visage, donnant l'occasion à toute sorte de gens d'en avoir la vision, et les poussant à croire que celle-ci émane du passé historique – ce qui, il faut bien le dire, est complètement impossible: les visions étant apparentées aux rêves, elles émanent du psychisme, et donc n'expriment que le monde psychique, qui n'est pas le monde physique dont s'occupent les historiens. Encore une fois, si Marie-Madeleine est venue à Rennes-le-Château, c'est en esprit, et les Mitounes lui ont servi de messagères.

Ce que je veux bien croire, pour le coup. C'est plus vraisemblable que sa venue physique dans ce lieu misérable. Mais la dévotion des braves gens qui y vivaient a pu l'attirer, 0000.jpgdepuis les étoiles où désormais elle demeure!

Je terminerai cet exposé en disant que s'il y a bien une œuvre d'art qui donne à voir le monde des Mitounes, c'est le gracieux, le coloré décor de l'église de Rennes-le-Château. Je ne sais pas si Béranger Saunière a bien interprété ce qu'il a cru voir en vision, mais il en a donné une forme chatoyante, belle, luisante, élégante, et même le diable qu'il a fait représenter est assurément présent dans le royaume des Mitounes. Il y est une sorte de gnome, avec des ailes. Les anges de l'église figurent du reste d'autres êtres qu'on peut y voir, et aussi les saints dont il a placé les statues. Et comme la reine des Mitounes prie continuellement les Dieux de bien vouloir lui pardonner d'avoir trop frayé avec des mortels (espérant, ainsi, que la porte fermée des cieux lui soit rouverte), je laisse au lecteur le soin de deviner que l'image de Marie-Madeleine qu'on voit sur l'autel s'en inspire évidemment. Sa statue aussi, peut-être, avec la croix et le crâne qui montrent qu'au grand jamais l'abbé Saunière a pu croire que Jésus n'était pas mort sur la croix, comme certains le prétendent – nouvelle blague de mitounes!

Le mystère de Rennes-le-Château en tout cas n'est pas forcément là où on dit qu'il est: car il est peut-être simplement dans ce qu'ont vu les paysans locaux – plus avisés, au fond, que les visionnaires et les philosophes qui sont venus après.

22/12/2020

Le mariage de Jésus

00000.jpgJ'ai lu, ici ou là, que l'on aurait des preuves suffisantes que Jésus et Marie-Madeleine auraient été physiquement mariés. À ma connaissance, cela n'est pas le cas, car un seul évangile – celui, apocryphe, dit de Philippe – évoque cette question, et on doit à ce sujet faire deux remarques. La première est l'adage romain: testis unus, testis nullus; un seul témoin ne suffit pas. Tout le monde peut mentir. La seconde est que l'expression évangélique est Épouse du Christ, et non Femme de Jésus, et que cela fait clairement référence au Cantique des cantiques. Or, pour la sagesse traditionnelle juive, il n'était pas question dans ce texte d'un amour terrestre, mais de l'union mystique de l'âme d'Israël à Dieu. On ne peut pas quand même prétendre que l'esprit d'une communauté ait des organes sexuels au sens physique. L'union était seulement mystique.

Et de fait, les esprits les plus avisés parlent d'une union mystique parfaite entre, d'une part, Jésus et saint Jean l'Évangéliste et, d'autre part, Jésus et sainte Marie Madeleine. On ne pourra pas s'imaginer, tout de même, que Jésus et Jean aient fait l'amour physiquement.

Ce qui suggère également l'absence de mariage terrestre entre Jésus et qui que ce soit, c'est la chose suivante: il existait des saints, déjà, qui s'étaient mariés, et d'autres non. Dans la tradition juive, on cite Hillel, immense 00000.jpgsage, rabbin légendaire que connaissait forcément saint Paul, qui était pharisien à l'origine. Il pouvait être marié, cela ne changeait pas la dévotion qu'on avait pour lui. Mais saint Paul a choisi Jésus-Christ, après avoir eu de lui une vision cosmique sur le chemin de Damas – et, ayant ensuite rencontré des gens qui l'avaient personnellement connu, il a recommandé aux prêtres le célibat sur son modèle.

Et de fait, si Jésus-Christ n'avait pas été célibataire, il est douteux que des gens qui regardaient le célibat comme important se soient voués à lui, comme fournissant la preuve d'une pulsion érotique totalement sublimée et spiritualisée – laissant libre les organes sexuels, placés complètement dans le cœur.

Certains croiront que ce n'est pas possible. Peut-être jugeront-ils selon eux-mêmes. L'antiquité en donne de nombreux exemples. Le Bouddha a quitté sa femme et vivait seul. Si saint Paul jugeait important le célibat, il n'avait pas besoin de falsifier la vie de Jésus par l'intermédiaire de son disciple Luc, évangéliste canonique: il lui suffisait d'adorer le Bouddha!

Chez les Romains mêmes, on a l'exemple de Caton d'Utique, qui a répudié sa femme et lui a conseillé de trouver un nouveau mari, parce que, disait-il, ayant suffisamment engendré pour avoir une descendance, il n'avait plus 0000000000.jpgbesoin de disperser son énergie spirituelle dans l'acte sexuel: il pouvait l'élever jusqu'à son cœur, jusqu'au seuil de l'âme où l'être humain s'assimile pleinement à l'esprit de la communauté – au génie de Rome. Car il le servait sans faille, de manière illimitée, et à cause de cela fut-il regardé comme un saint païen.

Le problème est le suivant: il y a un besoin de comprendre de façon concrète l'union mystique avec la divinité. Et cela peut se faire par l'imagination, comme on le faisait dans l'ancienne mythologie. Mais souvent l'imagination porte la marque excessive du pays dont elle vient: le monde physique, car les images sont bien liées à la mémoire. Et donc, le besoin de se représenter concrètement la chose la déplace inopportunément dans la sphère physique. Un glissement s'opère, faute de parvenir à se représenter le monde des esprits sans corps avec autant de précision, de netteté et de réalité que le monde des esprits corporés – si l'on peut dire.

Mais je ne crois pas que cela soit nécessaire, ni même justifié, car l'enjeu est justement de comprendre en quoi le monde spirituel est concret, et pas d'établir des faits historiques, physiques – en réalité indifférents en soi. Ce qu'ont fait Jésus et Marie-Madeleine les regarde eux seuls, et n'engage en fait à rien, ne prouve rien – moralement. Car si on raconte l'histoire de leur mariage pour dire que spiritualiser le sexe jusqu'à y renoncer est impossible, il reste les exemples de Bouddha Sakyamuni et de Caton d'Utique, et personne n'est obligé de s'intéresser aux personnages de la Bible.

Que l'idée d'un mariage terrestre entre Jésus et Marie-Madeleine ait surtout pris dans les pays anglophones nous rappelle ce qu'y a d'important la Bible. Mais en France, somme toute, la base est l'histoire romaine, et beaucoup de philosophes se sont 000000000000.jpgappuyés sur Caton pour montrer que le sexe n'était pas indispensable.

Même en Amérique, quelqu'un comme Lovecraft, dont la culture était tournée vers la romanité antique et le Stoïcisme, se vantait d'être célibataire et de mépriser les pulsions sexuelles dont le ressort lui apparaissait comme dérisoire – et en cela il était proche aussi de Spinoza. Celui-ci affirmait, comme plus tard Lovecraft, que quand on comprenait l'origine des affects, ils disparaissaient. Et somme toute, le Bouddha historique allait dans le même sens, en se tournant juste vers la lumière divine. Qui ne sait qu'il fut tenté par le dieu de la mort, Yama – justement comme l'étaient les saints du christianisme – par des apparitions de ravissantes nymphes? Mais il a renoncé à elles, et elles ont aussitôt disparu, pures illusions. Il est difficile de croire que l'homme dans lequel se serait incarné Dieu n'ait pas pu faire aussi bien. Et si on n'y croit pas, il est difficile peut-être de rester attaché à la Bible. Car dans la sainteté légendaire, on aspire à des vertus inaccessibles, plus qu'à consacrer ses désirs par des exemples luisants.

Saint Augustin disait qu'on attribuait à Jupiter des adultères pour se donner le droit de s'y adonner. Donc des saints célibataires ont détrôné Jupiter. Saint Augustin, par exemple, qui a fini par renoncer aux femmes après avoir eu beaucoup de mal. L'amour divin, dit-il, l'a aidé, en tournant son cœur vers les cieux. Et pourquoi pas?