07/09/2020

Saint Louis et les jardins royaux de l'Elfe

000000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de ce récit de la croisade de saint Louis au pays des fées, nous avons laissé ce bon roi de France alors que son frère Robert avait disparu après avoir été soigné par une nymphe ambiguë voire suspecte, et qu'Ostön l'elfe-guide avait pris soin d'expliquer les mystères du mal auquel cette nymphe exposait.

On craignait donc que Silasán n'eût enlevé Robert d'Artois pour quelque méfait, et Ostön déclara qu'il fallait commencer à chercher dans les jardins qu'elle se plaisait d'ordinaire à fréquenter. Car elle entretenait un lien intime avec les fleurs voluptueuses des jardins luxurieux – passait même pour leur jardinière privilégiée.

Elle s'y prenait toutefois d'une singulière manière, caressant les feuilles et leur parlant, chantant des chants étranges qui résonnaient entre leurs branches, et apportant une lumière qu'elle tenait entre ses mains comme une boule, et qu'elle plaçait à l'intérieur des fourrés fleuris pour leur donner la vie.

On disait que c'était la clarté des étoiles elles-mêmes qu'elle avait le pouvoir de capter ainsi, et de confier aux plantes; et qu'elle était comme une déesse – telle que celle que les anciens Latins appelaient Flore.

Parfois en vision les mortels la voyaient passer entre les fleurs brillantes (notamment le soir, juste derrière la colline) – et ils la prenaient pour cette déesse antique, bien qu'elle ne fût qu'une fée à la main heureuse, et aux doigts bénis.

Or, ayant entendu toutes ces choses, Louis neuvième décida de se rendre sans tarder dans le jardin d'Ëtön que Silasán privilégiait, réputé en effet le plus beau de tous. Ostön s'offrit alors à le guider, et le roi de France, le remerciant, le suivit – et lui faisaient cortège Alphonse de Poitiers et Imbert de Beaujeu, entre tous fidèles compagnons.

On marcha d'un pas rapide dans les couloirs du château du Roi, mais soudain un pas derrière eux et un appel les firent se retourner. C'était Solcum, qui courait sans effort à leur suite, semblant glisser sur l'air ou faire des sauts 0000000000.jpglongs à chaque pas, comme s'il pouvait sans peine se soutenir au-dessus du sol. Et tel était le cas, il avait ce pouvoir, car il était de la race des génies.

Il ne pesait pas aussi lourd que les hommes mortels, et les vapeurs épaisses du dessus du sol pouvaient le porter, s'il le désirait; s'il se dépêchait, ses pieds touchaient moins franchement le sol que s'il marchait d'un pas ordinaire, et accordé à celui des mortels ses amis. Or il les avait appelés d'un air joyeux, car il avait décidé de se joindre à eux.

Pendant le Conseil des Sages, il les avait vus converser dans le couloir, juste devant la porte de la salle. Il n'avait pu ouïr, de son oreille pourtant fine, l'ensemble de leur conversation, mais quelques bribes lui en étaient parvenues, et il avait deviné le reste. Ayant dit un mot à l'oreille d'Ëtön pour le prévenir de son départ et lui demander son congé, et l'ayant reçu d'un signe imperceptible (de simples paupières brièvement baissées), il s'était levé sans bruit, n'hésitant pas à perturber le discours long d'Ostöcil – qui, reprenant un à un les différents points soulevés précédemment par Istil, s'employait fastidieusement à en détruire tous les arguments. Et, quoique sur le fond Solcum fût plutôt d'accord avec lui, sa voie lui paraissait si ennuyeuse, si insolente et si stérile qu'il n'était pas loin de laisser toute son amitié à Istil et à prendre son parti, exprès pour ne pas avoir à se rapprocher du vaniteux Ostöcil. Car tels sont les hommes, qu'ils n'aiment pas tant ce qui est vrai, que ce qui est bien dit!

Ostöcil l'avait regardé d'un coup d'œil bref, et avait à peine hésité dans son discours, car sa prodigieuse mémoire et sa grande prévoyance déroulaient tous les sucs distillés par Istil sans discontinuer, avec la rigueur et la 000000000000.jpgrégularité d'un rouleau marin, livrant les idées convaincantes qu'il avait préparées à l'avance – qu'il avait en fait forgées en écoutant les paroles d'Istil, aiguisé qu'était son esprit, et rompu à ce genre de discussions ardentes.

Solcum était somme toute heureux de s'en aller et de n'avoir pas à approuver publiquement ces paroles d'Ostöcil – comme c'était son devoir, puisqu'il était sage et prudent. Il n'avait pas pour cet homme d'amitié profonde, les dieux savaient pourquoi. Le destin les avait opposés, bien qu'ils fussent dans le même camp, et le mystère en est trop grand et diffus pour qu'on puisse l'éclaircir ici.

Or donc, Solcum rejoignit Louis et ses amis et, après avoir vérifié auprès d'eux qu'il avait bien saisi de quoi il s'agissait, il s'offrit à son tour à les accompagner, pour plus de sûreté. Il rougit, néanmoins, quand il reconnut avoir lui-même choisi Silasán pour prendre soin de Robert d'Artois, persuadé qu'il était qu'elle était guérie de son ancien mal.

Il continuait à le croire, et ne pensait pas qu'elle pût avoir fait du mal à Robert. Il regardait sa disparition comme sans gravité, et s'attendait à ce qu'on le retrouve sain et sauf. Une explication serait donnée, à coup sûr, qui satisferait tout le monde. Mais il n'en voulait pas moins en avoir le cœur net, en accompagnant lui-même ses amis, et s'assurer bien sûr que rien de grave n'était arrivé, voire assumer les conséquences de ses actes s'il s'était fourvoyé en effectuant son choix. Il ferait (il fallait qu'on le sache) tout ce qui lui serait possible pour renedre Robert à son royal frère – en vie et en bonne santé. Il y mettait en jeu son honneur, et se plaçait à cet égard sous le regard des dieux.

Et Louis acquiesça, heureux de ce serment et de cet engagement, malgré leur air venu de l'ancienne loi, et tous partirent vers le jardin préféré de Silasán.

Il était situé au nord du château, et on l'appelait Dothnïm, ce qui revient à peu près à dire Bois des Songes. Car soit qu'on s'y crût en songe, quand on le parcourait, soit qu'il était sorti du songe d'un dieu, quand il était apparu, soit qu'on ne pût effectivement que le parcourir en songe, depuis la Terre périssable, il était bien beau comme un songe, et l'âme qui n'y prenait garde se croyait vite, en ce lieu béni, dans un tunnel de couleurs où plus rien ne pouvait se distinguer, et où les plantes et les pierres se fondaient dans un rêve de lumière, et où elle perdait la raison et le sentiment de soi – ravie qu'elle était en extase par la beauté sans nom de Dothnïm la Grande!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant au sort incertain du brave Robert d'Artois, frère du Roi, et de ce qu'a pu lui faire la nymphe périlleuse Silasán.

 

05/07/2020

Saint Louis face au péril des Fées

00000.jpgDans le dernier épisode de ce récit de croisade du roi saint Louis au pays des fées, nous avons laissé celui-ci alors qu'il entendait de son fidèle Imbert de Beaujeu le récit de la disparition de son frère Robert, comte d'Artois, et de l'implication possible d'une certaine nymphe appelée Silasán, qu'on avait laissée le soigner malgré qu'on sût qu'elle avait ruiné la vie de deux mortels, par excès d'amour.

On l'avait fait parce que, justement à cause de son passé trouble, elle connaissait bien les mortels et ce dont ils avaient besoin pour vivre. Elle était magicienne, Silasán – et savait les secrets par lesquels les blessés étaient remis en santé (voire, dit-on, les morts récents ressuscités).

Mais à présent que Robert d'Artois et elle avaient disparu, on se demandait si on avait eu raison de se fier à la connaissance qu'on pensait avoir de la loi de purification des âmes – et si, par orgueil, on n'avait pas montré un coupable excès de confiance.

On s'en voulait. Mais qu'y pouvait-on à présent?

Il y avait notamment un doute sur ceci, que l'énergie vitale des hommes mortels avait un tel pouvoir d'attirance, sur l'âme de certaines fées, qu'on craignait que Silasán ne fût point parvenue à vaincre à cet égard ses désirs. Car, il faut le savoir, il y a chez les mortels quelque chose qui manque aux génies immortels – une lourdeur qui leur donne de la force, et leur permet de se hisser, paradoxalement, au pur sommet des cieux. C'est à cause de cela, et de monseigneur Jésus-Christ, que saint Louis avait le pouvoir qu'on lui avait 00000.jpgvu exercer dans les batailles, et qui avait tant étonné le peuple des elfes. C'est pour cela, aussi, que beaucoup de nymphes ont cherché à séduire des mortels – désirant s'emparer du feu pur en eux enfoui, dissimulé sous l'enveloppe qu'ils arborent. Car il luit sous d'épaisses couches de charbon, amoncelées sur l'Homme à l'époque de l'effondrement de la Terre, et de la naissance de la Lune. Cette chute s'est en effet accompagnée d'horribles désastres – et des flammes ont jailli, et des cendres ont volé. Et si les Hommes ont pu renaître dans le nouveau sol alourdi, il leur en est resté une nature avilie – et c'est ainsi que ce qu'on appelle le monde physique est apparu.

Mais voyez le paradoxe: sous ces enveloppes amoncelées, un feu pur, originel et vrai, fut conservé, qui souvent chez les Génies fut dissipé ou entaché. Ceux-ci, au corps léger, étaient à la merci des vents mauvais, des souffles puants de l'abominable Mardon – quoiqu'il n'en parût rien à l'extérieur, parce que leur nature restait noble, faite d'une forme libre, et, comme qui dirait, d'un arc-en-ciel déployé.

Mais en l'être humain, caché au fond de lui, est un feu qui date de l'époque où Saturne était le seul maître du monde, et où l'âge d'or, par conséquent, régnait partout. Et si le corps de l'homme mortel est, lui, à la merci de Mardon, qui le meut presque comme il veut – et comme s'il l'avait créé lui-même, ce qui est un peu le cas; s'il est entre ses mains comme un pantin, il faut savoir qu'en ses tréfonds est une vertu qu'il ne peut atteindre, justement parce que les couches qui l'entourent sont trop épaisses. Et le pouvoir qu'il exerce sur ces couches l'empêche paradoxalement d'atteindre ce feu, tandis qu'il lui est plus accessible chez les Génies, dont la nature est plus proche de la sienne – et donc plus haute mais aussi plus frêle, même si cela paraîtra curieux à plus d'un.

Les Génies avaient d'abord méprisé ces hommes mortels revêtus de boue, d'ordure, de cendres – nés de la fange et entachés. Mais durant les derniers siècles, et l'essor inattendu des Mortels, ils s'étaient penchés sur ce mystère, et certains, parmi les plus sages, avaient deviné leur secret, et compris pourquoi Mardon s'intéressait tant à eux, et ce qu'il essayait en eux de saisir.

Se trouvait aussi expliquée la fascination exercée par les Mortels sur les Fées, qui pressentaient ce feu pur sous leur enveloppe forte. Car il reflétait le feu dont l'univers même s'animait – et l'autorité du père divin. Or, il n'est rien qui exerce davantage d'attraits chez la femme, si elle parvient à le déceler, et il n'est rien qu'elle désire davantage pour elle-même, parce que la légèreté et la netteté de son corps tendent à la rendre vulnérable aux souffles de l'air et au pouvoir de Mardon, qui à son tour la désire pour lui – cherchant à 00000000000000000.jpgpeupler de fées son château, pour qu'elles deviennent toutes ses amantes. Même s'il voile ce désir sous le mensonge qu'il aime en elles le reflet de la divinité, et qu'il aspire à travers elles à regagner les étoiles dont il a été chassé, il a pour but véritable d'asservir ces dames et de leur voler leurs feux. Mais il cherche aussi à voler le feu enfoui en l'être humain, devinant que là se trouve en partie le moyen de regagner les royaumes étoilés, et de s'y asseoir sur le trône des mondes, et d'y saisir le sceptre par lequel se créent les choses, comme le fait le Père divin.

C'est là pour l'être humain un double péril: attaqué à la fois par le monstre des profondeurs qu'est Mardon, et les fées de l'air pur que sont les nymphes tentatrices, il les a plusieurs fois crus alliés, ce qu'en un sens ils sont, quoique entre eux ils s'affrontent aussi. Le mal a en effet plusieurs visages qui semblent s'opposer, mais il a de surcroît des degrés divers – de telle sorte qu'on ne peut pas considérer que le péril représenté par Silasán et ses semblables soit aussi grand ni aussi atroce que celui représenté par Mardon et ses affidés, en particulier Ornicalc. Car dans un cas il y a une souffrance purificatrice dont on sort grandi et, dans l'autre, une damnation dont on ne voit pas le bout, une réduction à l'esclavage dont on ne voit point le remède, et le souffle sale des maux dont viennent les derniers désespoirs.

Le rejet de l'esprit pur est en effet fatal à l'être humain, ont dit tous les sages.

Ce sont toutes ces choses qu'Ostön expliqua ce jour-là saint Louis, quoiqu'il fût pressé de retrouver son frère en danger.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, renvoyant à l'action entreprise au prochain, après ces étranges explications.

02/05/2020

Saint Louis et la disparition de son frère Robert

00.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante saga, nous avons laissé le bon roi saint Louis alors qu'il écoutait le curieux discours d'un splendide hermaphrodite appelé Istil, fils d'Anam, et qu'il s'étonnait de ce qu'il présentât favorablement le vieil ennemi Ornicalc, lequel il disait avoir personnellement connu. Quelle en était l'explication?

Il avait été comme ensorcelé, avait été comme séduit par sa majesté, et maintenant, par orgueil et sans s'en rendre compte, il le ménageait, comme s'il estimait que sa présence sur la Terre honorait celle-ci, et que, lui, petit-fils d'un dieu, il avait ainsi l'occasion de se sentir moins seul, parmi les elfes d'un rang inférieur qu'il côtoyait. Telle était sa tournure d'esprit, détestable à certains égards, ambiguë et trouble. Mais au fond de lui il avait le cœur juste et bon et, malgré sa morgue et ses mépris, il annonça que si Ëtön décidait d'attaquer Ornicalc, lui et les siens seraient les premiers à l'escorter, qu'ils se mettraient même en première ligne, et passeraient la brèche avant tous les autres. Car ce n'était pas la peur, qui l'animait, et il sentait au contraire qu'il était de son devoir de régler le compte de cet être qui lui était si proche, que lui seul en avait pleinement le droit; et il reconnaissait qu'il avait abominablement fauté, c'était indéniable.

À ces mots tous les siens, derrière lui, assis sur les gradins, l'applaudirent et poussèrent des cris, le félicitant et l'approuvant bruyamment. Alors il s'arrêta, et, tout en tentant de rester digne, ne put s'empêcher de sourire; car seul son peuple le préoccupait vraiment. Il avait l'orgueil de considérer qu'il était au-dessus de tous les autres, et il tendait à ne se soucier que de ses affaires, comme si elles comptaient plus que toutes les autres. Et la plupart des membres de son peuple à cet égard étaient comme lui.

Or, parmi ces cris et ces applaudissements, Imbert de Beaujeu revint, et son visage marquait la plus vive inquiétude. Louis le vit, et lui fit signe d'accourir, préoccupé par le sort de son frère, qu'il aimait. Et comme ce 0000000000.jpgqu'avait à dire Imbert était long et complexe, Louis dut se retirer à son tour et le suivre dans une autre pièce, afin que l'explication donnée fût bien saisie.

L'on remarqua ce mouvement, parmi les êtres assis autour de la table ovale d'Ëtön, mais comme peu étaient aussi convaincus de l'importance des hommes mortels, relativement aux affaires de la Terre, que l'auguste Solcum et son oncle Ëtön, on ne mit point fin aux débats pour cela. D'ailleurs, Louis pouvait revenir incessamment: on n'en savait rien.

Dans la salle voisine, le bruit des voix et des cris ne parvenait que de loin, aux oreilles de Louis et d'Imbert, lesquels avaient été rejoints par les seigneurs Thibaut et Alphonse. Louis néanmoins donna l'ordre à Thibaut de retourner dans la salle du Conseil, et de s'asseoir sur les gradins derrière son siège resté vide, afin qu'il écoutât les débats qui se poursuivaient, et qu'il pût leur répéter les paroles des uns et des autres. Thibaut obtempéra aussitôt, s'en retournant au siège qu'il avait déjà occupé derrière son maître. Solcum lui adressa un coup d'œil, manifestant son soulagement.

Imbert, en ne parlant pas trop fort, donna alors à Louis les angoissantes nouvelles qu'il avait pu obtenir, relativement au frère du Roi.

Et voici, la nymphe Silasán, qui s'était occupée de lui durant sa convalescence, était connue pour aimer les hommes mortels jusqu'à en avoir séduit plusieurs. Or, il n'en était rien sorti de bon. Car elle les aimait d'un excès d'amour qui s'achevait en égoïsme: elle ne pouvait s'empêcher, lorsqu'elle les fréquentait, de les 4c76f9dffdda307d0e3b612d3aeb3090.jpgenvoûter, et de les vider de leur essence vitale, pour la boire. Elle en faisait un liquide étrange, jaune et brillant, et s'en délectait dans un verre de cristal. Que Louis ne lui demandât pas, à lui Imbert, comment elle s'y prenait, pour obtenir cette singulière liqueur! C'était une sorcière, du peuple des génies, et elle était très puissante. Mais il en était ainsi.

Finalement (ainsi cela s'était-il déjà passé, à deux reprises), elle aspirait tant et si bien l'essence vitale de ses amants ensorcelés qu'ils en mouraient, perdant leur vie et leur âme pour l'amour d'elle, qui l'avait amorcé, orgueilleuse qu'elle était. Tout cela, un elfe de la suite de Solcum, occupé à porter les soins du médecin Mirön à Robert d'Artois, le lui avait dit, alors qu'il s'enquérait du service qu'on avait rendu à Robert de la personne qui la première s'était rendu compte de sa disparition. Car c'était cet elfe, appelé Ostön, qui était dans ce cas.

Louis s'exclama: puisqu'on savait ce qu'avait fait cette femme, pourquoi l'avait-on laissée s'occuper de Robert? C'était incompréhensible, et inadmissible. Était-il victime d'un complot? L'avait-on amené ici, avec les siens, pour boire son sang – ces elfes étaient-ils en réalité des vampires qui, venus d'une autre planète, cherchaient à charmer les humains pour en faire un élevage et se nourrir à leurs dépends? Il allait immédiatement demander raison aux Elfes, et en particulier à Solcum, de cette étrange attitude, qu'ils avaient eue à leur égard.

Mais Imbert l'arrêta, lui demandant d'attendre un instant, qu'il lui en dît davantage. Car lui-même s'était exclamé d'une semblable manière, auprès d'Ostön, lequel lui en avait dit plus: il était vrai que par deux fois déjà cette nymphe avait fauté. Mais elle en avait été durement punie, d'une façon qu'on préférait ne pas lui redire, mais dont il était sorti de grandes souffrances, et une profonde purification – du moins l'avait-on cru, en se fiant aux lois occultes par lesquelles ces choses se font, avec beaucoup de maîtrise, parmi les génies. Et pour lui permettre d'achever de s'amender, peut-être imprudemment, on l'avait laissée soigner Robert d'Artois, après avoir entendu ses promesses qu'elle était à jamais guérie de ses anciennes tentations.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la solution de ce mystère de la disparition de Robert d'Artois, frère du roi saint Louis de France, neuvième du nom.