21/09/2019

Arbres sacrés (J. R. R. Tolkien)

foret.jpgJ. R. R. Tolkien, qui avait, de sa lecture de James Fenimore Cooper, une impression plus durable qu'il n'en était peut-être conscient, avait l'âme plus nourrie de sagesse amérindienne qu'on pourrait croire – puisqu'il se réclamait essentiellement des anciens Germains, et était plus clair sur sa dette envers William Morris que sur le romancier américain. On a préféré relier sa mythologie aux anciens Celtes, quoiqu'il minimisât en général l'héritage reçu des Irlandais, concédant toutefois son intérêt pour les anciens Bretons, la langue galloise et la mythologie arthurienne. Mais son culte des arbres n'est pas forcément issu de cela, et on se souvient que les anciens Germains vénéraient Yggdrasil, l'arbre du monde, qu'il était question d'arbres divins dans la Bible et que les forêts étaient un immense temple, dans The Last of the Mohicans.

Au reste, l'idée se comprend d'emblée, sans avoir besoin de référence à une ancienne tradition, et les forêts et les arbres dégagent leur propre aura, que les poètes authentiques ressentent, perçoivent, ce qui leur permet de recouper leurs paroles avec ce qu'énonçaient autrefois les prophètes et les druides. Rudolf Steiner regardait les facultés humaines comme étant à même de pénétrer l'esprit des choses – de le faire en toute conscience, et donc d'entrer dans le monde des anges, des dieux, des elfes. Le poète romantique puis surréaliste assurait disposer de ces facultés, et Tolkien n'était pas seulement un imitateur des poètes médiévaux: héritier relativement inconscient du romantisme allemand, il admettait que les poètes avaient le pouvoir de créer des mythologies authentiques, même lorsqu'elles étaient nouvelles, et de percer le monde spirituel et d'en rendre compte par leurs imaginations, leurs inventions. Il choquait à cet égard son foret.jpgami C. S. Lewis, qui n'y croyait guère – et rejoignait leur ami commun Owen Barfield, disciple de Rudolf Steiner, dont il n'était pas. Il s'appuyait sur les facultés prophétiques d'un saint Jean, comme d'ailleurs Steiner lui-même.

Bref, lorsqu'il évoquait les forêts enchantées, il n'imitait pas mécaniquement les vieux poètes, ni ne pratiquait un quelconque druidisme, mais, à ses propres yeux, inventait en étant inspiré, en pénétrant de son âme le mystère des arbres réels, et de leurs communautés feuillues. Et ainsi créa-t-il l'idée d'une forêt sublime habitée par la demi-déesse Galadriel, et dans laquelle les immortels Elfes de son peuple s'étaient bâtis des loges, au sens étymologique du terme. Car le mot est d'origine germanique et désignait à l'origine des cabanes faites de branches et de feuillages, dans les arbres. Les sens qui en ont dérivé peuvent à cet égard faire rêver, et donner le sentiment que soit les acteurs de théâtre, soit les francs-maçons séjournent, lorsqu'ils officient, dans les lieux boisés qu'habitaient jadis les fées – les immortels de la Terre, les anges qui se mêlant aux hommes les éclairaient directement. Ils leur prêtent leurs corps, depuis qu'ils ont pour ainsi dire fui au-delà de la Lune, et leur bouche est censée livrer leurs paroles. Du moins était-ce leur intention première, et l'origine de leur prestige. Je ne sais s'ils sont restés bien dignes de cette ambition, de ce don fait à eux par les elfes – ces loges. Car je ne doute pas que Tolkien n'ait représenté fidèlement, dans son génie, la mythologie des anciens peuples, le monde spirituel tel qu'ils le concevaient – et tel, je crois, qu'il était, car il y avait réellement des divinités dans les forêts antiques, j'en suis convaincu, et les mythes anciens servent à cet égard de témoignage. Même ceux de Rome les confirment, puisqu'on se souvient de la nymphe Égérie, qui elle aussi vivait dans une loge, dans la lumière fangorn 3.jpgastrale qui entoure un arbre et rend son feuillage si magique aux yeux des âmes sensibles – si l'on peut dire que l'âme a des yeux.

Cependant, Tolkien peint aussi une forêt maléfique, comme si les dieux qui y avaient vécu avaient été remplacés par des démons, des ombres, comme si les anciens elfes avaient déchu, et son nom est Fangorn, mais aucune divinité maléfique distincte n'a été mise par Tolkien en son centre occulte, il s'est contenté de montrer ses arbres hostiles. Cela peut certainement arriver aussi, la forêt peut aussi inspirer de l'effroi. Et même si Tolkien a préféré placer sa divinité maléfique, Sauron, dans des terres totalement mortes, dévastées par le feu; même s'il n'a pas voulu faire de Fangorn une alliée consciente de ce hindu.jpgmauvais ange, peut-être par sentimentalisme, on peut après tout rattacher des forêts hostiles au mal, et certains ne s'en sont pas privés, lorsqu'ils ont évoqué certaines jungles, et même la forêt amazonienne.

Peut-être que les forêts connaissent, peuvent connaître elles aussi une forme de décadence, de dégénérescence, et remplacer leurs loges de fées par des antres de démons, et que la Terre est à son tour destinée à mourir, de telle sorte que les forêts enchantées du futur seront celles que créent les poètes – et qui se matérialiseront quelque jour, dans une autre vie, sur une autre planète, par la grâce divine. Henry Corbin avait ce genre de pensées: le monde futur devait matérialiser les rêves des artistes, les pensées pures des poètes et des saints hommes. Il paraît que Tolkien les eut aussi. Steiner les paradise.jpgavait encore, et même si Corbin n'eut pas le courage de l'assumer, il est probable qu'il les a découvertes chez ce fondateur de l'Anthroposophie, bien qu'il ait aussi pensé les déceler chez les gnostiques iraniens. Dans ces forêts, pour ainsi dire, les elfes reviendront – ou les hommes qui la peupleront eux-mêmes auront acquis la nature d'elfes, un corps éthérique puissant et clair, un corps glorieux.

Je ne justifie pas par là la destruction des forêts sacrées de jadis, qui ne sont pas seulement celles d'Amérique du Sud: car en Gaule la forêt la plus sacrée était celle des Carnutes, qui fut immense, et c'est là où aujourd'hui s'étendent des plaines couvertes de cultures, dans la Beauce autour de Chartres dont le nom vient justement des Carnutes. Là s'assemblaient annuellement les druides, dit-on, et cela explique le caractère sacré de la cathédrale de Chartres, je veux dire aux yeux des occultistes, qui ne l'accordent pas à toutes les églises, quoique Rome veuille.

Les arbres étaient des escaliers menant au monde des anges, et le long des branches on trouvait des fées bénéfiques, comme le long des marches du ciel on trouve de divins messagers. Un jour il en sera de nouveau ainsi, et les poètes l'annoncent. Leurs figures se cristallisent dans la lumière astrale des bois, et se revêtiront un jour de matière. Une Terre nouvelle apparaîtra.

05/09/2019

Les chauves-souris du Presbytère

lighthouse-tower-full-moon-dark-fantastic-art-free-stock-photo-image-wallpaper.jpgLe clocher de l'église du village du Quercorb où j'habite est double, il y a une grosse tour carrée et, adossée, une fine tour ronde plus élevée, et je n'en connais pas l'étrange cause – le pays cathare a souvent de ces mystères, et mon ami l'écrivain-éditeur Philippe Marlin dit que le curé de la paroisse fut un ami du célèbre abbé Saunières, celui qui était plein d'argent à Rennes-le-Château, faisait des beaux diables sculptés dans son église et séduisait des paroissiennes. Quand je promenais les chiens de mon amie Rachel la nuit, je voyais souvent la lune briller juste au-dessus de ces deux tours, et je me souvenais de poèmes de Lovecraft. C'était tout à fait l'ambiance.

À présent, j'habite dans le presbytère où a vécu le curé en question, et c'est une maison massive, imposante, la plus importante après le château transformé en ferme, à quelques pas de là. Elle a été rachetée par les membres d'une association dite de développement personnel, et j'y loge. Or, comble de gothisme, des chauves-souris y logent aussi, et j'ai pu les observer depuis mon lit, allant de recoins cachés à ma fenêtre ouverte ou fermée, selon les cas. Elles ne se gênent guère pour moi, et volent volontiers de leur vol bizarre en pleine lumière électrique, ou dans l'escalier ancien. Je n'en avais jamais vu d'aussi près, et j'ai pu me prendre pour un avatar du comte Dracula, de Bruce Wayne alias Batman ou de quelque poète romantique batman bats.jpganglais. Je lis justement en ce moment les poèmes narratifs de Shelley, remplis d'images mythologiques et cosmiques, et je les aime beaucoup...

Rudolf Steiner dit des choses passionnantes sur les chauves-souris, expliquant pourquoi on a pu les assimiler au mal, et produire contre elles des formules de protection. Leurs oreilles difformes indiquent quelque chose, leur refus de voir, et leur peur de tout ce qui les entoure, et de ce qu'ils se contentent par conséquent de raser. Ce sont des animaux habités par l'effroi, et leur vol laisse derrière lui des nuées qui, respirées, suscitent le même sentiment chez les êtres humains – qui est aussi celui qu'on peut avoir face à ses rêves. Car la chauve-souris est un être de rêve, et on ne s'arrache au trouble qu'elle crée qu'en sondant le songe en toute conscience, et en pénétrant la peur jusqu'à l'endroit où, avec courage, elle se déploie en mythologie spécifique – comme chez Lovecraft, ou comme dans les histoires auxquelles j'ai fait allusion, de Dracula et de Batman. S'imprégner de ces imaginations fabuleuses est aussi une manière de conjurer la peur, de la surmonter pour en faire quelque chose de beau, de bénéfique.

Le rêve doit de toute façon être nourri, pour que l'âme accède au monde de l'esprit – et percé dans ses symboles, dans ce qu'il signifie. En ce sens, la chauve-souris, malgré les dangers spontanés qu'elle représente pour l'équilibre intérieur, malgré l'épouvante de son vol nocturne et lunaire, est utile aussi à l'humanité. Ses ailes de peau, profondément physiques – bien davantage que les ailes des oiseaux ou des papillons –, placent le rêve dans la matière, menaçant de l'y enfermer; et en même temps, le rêve ainsi chosifié devient un soutien pour la faculté imaginative et l'élaboration de ce que Steiner appelle l'éthérique, permettant les mythologies nocturnes par lesquelles l'esprit matérialiste de notre temps peut accéder à l'esprit, parce que les mythologies diurnes sont trop contraires à sa disposition intérieure.

Le fait est que les os creux de l'oiseau sont remplis de lumière, dit Steiner, et que les ailes du papillon ont cristallisé la lumière. Mais la chauve-souris n'est aucunement dans ce cas.

Les peuples amérindiens, en particulier les Mayas, ont consacré cet animal en donnant son visage à un dieu appelé Camazotz – que j'ai repris dans un conte de Noël se situant à New York, faisant de lui un avatar de Batman. Dans les strates les plus terrestres, les Amérindiens continuaient à pouvoir déceler les êtres spirituels, remarquable faculté qui a provoqué l'admiration des poètes, souvent imaginatifs et athées à la fois, camazotz.jpget en quête de divinités situées dans les vapeurs basses de la Terre, qui pussent y planer, et qu'ils pussent voir. Les chrétiens, tournés vers le ciel intellectuel où les anges se dégagent de la lumière tout en restant volontiers confondus avec des allégories, ont pu assimiler ce dieu chauve-souris au diable, et rejeter les fables de Dracula et de Batman – ou celles des Mayas. Steiner admet la logique de ce point de vue en affirmant que les chauves-souris laissent derrière elles des nuées spirituelles dont se nourrit celui que l'Apocalypse de saint Jean appelle le Dragon – à condition qu'elles passent par les poumons humains, et par l'âme humaine (à laquelle il a accès). Steiner refuse, donc, de diaboliser la chauve-souris prise en elle-même: il la signale seulement comme un danger, pour l'être humain qui ne se protège pas, ou ne fait pas de l'influence de cet animal quelque chose de bénéfique, de positif pour lui.

Le remède est transmis par la figure de l'archange Michael, dit-il encore, et cela se traduit par la quête de sens au sein du mystère, que la pensée consciente de l'homme moderne poursuit, ou doit poursuivre avec courage. Il doit tenter d'y voir clair même dans la clarté lunaire et nocturne, et vaincre sa peur en la regardant devant soi. D'instinct, beaucoup de poètes l'ont perçu, et c'est ainsi que des mythologies se sont créées, qui impliquaient la chauve-souris.

Même Tolkien, dans le Silmarillion, donne au démon cette forme choisie, dans l'histoire de Beren et Luthien, confirmant le sens du mythe de Dracula. En revanche, la qualité positive du héros Batman semble davantage reprendre la mythologie maya, et la religion amérindienne dans laquelle le démon à face de chauve-souris pouvait protéger les hommes, à condition qu'on lui fît des sacrifices.

Mais n'est-ce pas effectuer un sacrifice que de vouer des pensées imaginatives, des imaginations créatrices à l'animal même, et à élaborer des récits fabuleux dans lesquels sa qualité intime est appréhendée, ne serait-ce qu'intuitivement? Beaucoup de sacrifices voués aux saints du ciel par les chrétiens ont consisté en des œuvres d'art, des tableaux, et même des danses: un jongleur pécheur fut sauvé par la sainte Vierge, selon la légende, après avoir dansé abondamment devant sa statue, ne sachant pas comment lui rendre autrement hommage. L'art est un sacrifice, parce que c'est un don fait aux dieux. Et si les écrivains ont consacré leurs pensées au symbole que représente la chauve-souris, c'est parce que, dans leur propre obscurité, ils cherchaient la lumière – parce que, tâchant de maîtriser les ténèbres, ils lui ont donné des contours, et limité ainsi leur puissance secrète.

19/07/2019

Mort d'un faon

faon.jpgL'herbe était haute, dans le petit village du Quercorb où je me suis maintenant installé – en Occitanie. Il fut un monastère bénédictin, puis un bourg minéral et serré, mais il a été peu à peu vidé de ses habitants, les lieux ne pouvant faire gagner beaucoup d'argent aux gens. Autour, il y a des champs, réservés au foin, et des broussailles, et de la forêt. J'y promène les chiens de mon amie, et plusieurs fois j'ai vu, de plus près que jamais cela ne m'était advenu, des animaux sauvages, en particulier des chevreuils. Hélas, ce jour-là, la mort devait frapper durement leur espèce, sous mes yeux.

Car le tracteur suivi de ses lames tournoyantes roulait dans le champ et, alors que nous revenions de la promenade, nous avons aperçu une forme animale charmante, parmi le foin coupé. Mais elle était couchée et, en nous voyant ou entendant, tentait de fuir. Hélas le faon, car c'en était un, ne le pouvait pas, il sautait sur des pattes coupées: la faux mécanique l'avait aussi fauché.

J'attache les chiens, et mon amie Rachel va le voir, puis découvre la triste horreur de sa multiple blessure. Une patte en particulier a été coupée au ras de l'épaule, et il semble bien, même, que la lame ait entamé les côtes. Nous avons beau le prendre dans nos bras, l'emmitoufler dans des tissus, s'il se calme, s'il s'apaise, s'il nous montre son visage enchanteur, il ne semble pas pouvoir survivre.

D'abord, nous pensons seulement que trois fois amputé il ne pourra plus jamais subvenir à ses besoins, mais il apparaît bientôt que, mortellement blessé, il n'atteindra pas la nuit. Car, après avoir entendu la machine à laver le linge démarrer, sans doute se souvenant du tracteur il se rebelle, et s'efforce de sortir de la caisse en carton où nous l'avons mis; mais c'est le signe qu'il est au plus mal – ou bien son agitation achève de dérégler fatalement son organisme: peu de temps après que nous l'avons emmené loin de ce bruit horrible, il halète, puis rejette la tête en arrière.

Nous décidons de le porter sous un arbre, dehors, à l'ombre, alors que les oiseaux chantent dans l'air éclatant de lumière. Et il advient que je reste seul avec lui, pour ses derniers moments. C'est la première fois que j'assiste à la mort d'un animal à taille humaine. Le moment est intense. Il crie, trois fois. Il n'avait rien dit jusque-là. Il semble appeler à l'aide, ou prévenir un être caché que soit il ne pourra pas le rejoindre, soit qu'il s'apprête à le rejoindre: je ne le sais pas. Mais c'est un cri déchirant, qui livre mille regrets et tristesses.

Ses yeux sont vitreux: le sang a reflué, je devine qu'il ne voit plus rien. La plaie qui laisse à nu l'intérieur de son corps a refroidi ses organes: il ne peut plus rester sur Terre. Il se débat une dernière fois, est agité de spasmes. J'ai déjà vu des mulots mourir, tués par mon chat à Viuz en Sallaz: je sais comment cela se passe. Il se débat mécaniquement dans la caisse en carton, parce que son âme se sépare brutalement de son corps. Ce dernier en tressaute. Et puis c'est fini, il ne bouge plus. La bouche se détend, la mâchoire inférieure s'ouvre, semblant laisser sortir le dernier souffle. Pauvre petit faon. Victime d'un monstre mécanique.

Mais la tâche des hommes n'est pas achevée. Car nous voulons lui donner une sépulture décente – pour ainsi dire. Nous voulons l'offrir à la forêt, suffisamment loin pour que les chiens, au flair incroyable, ne le retrouvent pas: même enterré, il peut être découvert, par les griffes de nos amis aboyants.

Nous partons avec deux enfants, qui goûtent ce mystère. Nous montons la montagne, et pénétrons dans un fourré obscur. Je descends vers une rivière asséchée dans un air rare et plutôt lourd, oppressant. La pente est raide, et je ne sais comment atteindre le bord de la rivière. Je m'apprête à renoncer quand mon bon ange me montre un chemin, un replat permettant d'atteindre le creux désiré. Je l'emprunte et dépose le cadavre dans un renfoncement du terrain mou, creusé sans doute par un ruissellement. Il paraît dormir dans un lit naturel. Les elfes de la forêt l'attendaient, les fées de la rivière avaient préparé sa venue.

Nous entonnons une prière, encourageant l'âme du faon à rejoindre celle de son espèce, dans l'espace compris entre la Terre et la Lune. Là est l'ange des chevreuils – l'homme à tête de chevreuil qui habite le monde dit astral. On appelle aussi cet être l'âme-groupe, l'égrégore des chevreuils – et plus généralement des cervidés. Qu'il y retrouve la paix, dans son sein béni, et y paisse à jamais l'herbe étoilée de l'air, en compagnie de sa mère, de son père, de ses frères, de ses sœurs, de toute sa portée! cernunnos-wall-plaque-211.jpgQu'il y connaisse le bonheur et la joie de vivre perdus sur la terre. Loin des machines tueuses, et des monstres secrets qui les habitent, qu'il rencontre le dieu des cerfs, radieux dans sa forêt mystique!

C'est Cernunnos. Nous en parlons, en redescendant – et alors qu'à notre gauche, le soleil se couche, derrière les montagnes. Et les enfants chantent, s'amusent, ils ont déjà oublié la tristesse de la cérémonie. Leurs rires résonnent dans les montagnes – la forêt en renvoie des échos. Notre conversation peut-être émeut les fées – amies de Cernunnos, danseuses de sa cour digne –, car l'air est tendre et serein, malgré l'horreur de la journée.

Trois semaines après, Rachel rêva de biches attaquées par des singes hideux à têtes de chien, et tuées. Ils leur perçaient une veine à la cuisse, et buvaient leur sang. Elles ne se plaignaient pas, acceptaient dignement leur sort. C'est Ahriman s'en prenant aux fées. Satan agressant les Apsaras. Mais l'étoile du bien restait impassible, face aux nuages du mal.

Entretemps, les chiens avaient ramené la tête du faon, et nous avions dû batailler pour la faire disparaître à son tour, et la leur faire oublier.