13/04/2021

Réécritures de la Bible: Mormons et cathariens

00000.jpgIl existe, aux États-Unis, une église protestante bien connue, appelée les Mormons, et ils ont fondé une ville, ils participent à la richesse culturelle et économique du pays, je ne cherche pas à parler d'eux pour les critiquer. Mais il existe chez eux un phénomène fascinant, qui dit beaucoup sur beaucoup de choses, et c'est le suivant: ils ont écrit leur propre Bible, apparemment divinement inspirée, et dont je crois que le véritable auteur est simplement leur fondateur (dont le nom m'échappe). Elle raconte qu'une tribu d'Israël est venue s'installer en Amérique dans l'antiquité, et que les Mormons en ont ressuscité la tradition oubliée.

Cela donne une incroyable légitimité à leur communauté, à leur installation en Amérique, et cela explique peut-être qu'ils aient fondé une ville prospère. Cela n'a donc pas forcément de mauvais effets, bien que je ne croie pas que cela soit vrai: la seule tribu d'Israël qui ait jamais vécu en Amérique l'a fait en vivant dans leur cœur, en s'insérant dans leur âme. Quant aux êtres humains qui vivaient en Amérique avant l'arrivée des Européens, tout le monde les connaît, et en essence, s'ils ont un lien avec les Européens, il date pour ainsi dire de l'Atlantide!

Mais en Pays cathare, en Occitanie, il y a, curieusement, des écrits proches, des suites données à la Bible. Cela n'évoque pas les tribus d'Israël, l'Ancien Testament et les mystères du passé immémorial, mais le Nouveau Testament et l'histoire récente. Il faut dire que si des apôtres de Jésus-Christ étaient venus s'installer en Amérique, on en aurait des traces. On aurait des traces de passages d'Européens en Amérique.

Peut-être n'en manque-t-on pas. Car si, comme le prétendent les légendes catholiques, Marie-Madeleine et ses amies ont pu dériver sur un radeau de Palestine en Provence, on ne voit pas pourquoi elles n'auraient pas pu dériver, 000000000.jpgportées par l'Ange, jusqu'au continent américain. Certains assurent qu'elle aurait fini sa vie au Pays de Galles; c'est encore trop peu: je vote pour le Delaware.

Des écrivains anglophones, un peu comme le fondateur mystique des Mormons, ont assuré avoir eu des visions sur Marie-Madeleine arrivant dans le Languedoc après être allée en Provence, et c'est la véritable origine de toutes les idées étranges sur son passage au pied des Pyrénées, que ne rapporte pour le coup aucune légende traditionnelle – pas plus que les Indiens d'Amérique n'ont, eux, évoqué dans leurs contes des arrivées d'Israélites parmi leurs tipis.

Assurément les protestants adorent la Bible et leurs visions en sont imprégnées – en sont des réécritures fantastiques, nourries de leurs voyages. Car je ne pense pas que les Mormons aient eu de telles révélations avant leur arrivée en Amérique, depuis la Grande-Bretagne dont je crois qu'ils sont majoritairement issus. Ils sont d'abord venus en Amérique, ont été charmés, et la beauté des lieux les a portés vers de jolies rêveries – mêlées de lectures bibliques. Si 0000000000.jpgmême ils ont inventé ces histoires avant d'arriver en Amérique, c'est sur la base de jolis récits de gens qui y étaient allés: ils n'ont pas, dans leurs rêves, découvert l'Amérique avant Christophe Colomb.

De même, bien des personnes anglophones venues prendre les eaux thermales dans les Pyrénées, et en particulier à Rennes-les-Bains, découvrant dans les alentours que plusieurs églises étaient dédiées à sainte Marie Madeleine, et apprenant qu'elle était réputée avoir séjourné en Provence, se sont dit qu'elle avait bien pu venir aussi là où des églises lui étaient dédiées, peut-être assez ignorants de la manière dont ont lieu ce genre de dédicaces. Après tout c'est le sud de la France, et si les Languedociens n'ont gardé aucun souvenir de ce passage glorieux de la dame étincelante, ce n'est pas forcément plus fiable que la sagesse des Cheyennes et des Sioux.

Mais réfléchissons davantage. Car j'ai reconnu que si des dames anglaises visionnaires avaient pensé que Marie Madeleine était venue dans le Languedoc rôder autour des lieux où plus tard on lui a dédié des églises, c'était peut-être parce que son esprit au moins était venu, et que, dans leurs visions, ces dames n'avaient pas bien distingué, puisque c'est toujours le monde du rêve, image projetée dans les nuées.

Priée par des adorateurs fidèles, Marie Madeleine a pu effectivement venir sur des nuages, et bénir les gens. Et bien plus tard, les visionnaires ont cru que les femmes qui étaient éblouies par sa venue, et 00000000.jpgprenaient par adoration l'air de Marie Madeleine sur leur propre visage et dans leurs yeux – ils ont cru que ces femmes étaient Marie Madeleine, et ont donc commencé à la voir partout où de telles femmes vivaient: à Bugarach, à Peyrepertuse, à Rennes-le-Château, que sais-je?

L'exemple de Peyrepertuse et de son château peut toutefois nous éclairer sur la véritable origine de ces apparitions. Car les dames visionnaires assurent que Marie-Madeleine a fondé des communautés gnostiques qui ont suscité plus tard en Occitanie les Cathares. Et elles parlent du château de Peyrepertuse. Oui, mais celui-ci, tel qu'il est à présent, a surtout été bâti par saint Louis après qu'il a vaincu les seigneurs locaux défenseurs des Cathares. Et le fait est que le culte de Marie Madeleine a pu être répandu dans le Languedoc par les Francs victorieux afin de donner l'occasion aux prêtres catholiques de corriger les pensées des Cathares, qu'ils estimaient fausses, sur Marie Madeleine. C'est à cette époque en particulier qu'elle a dû être beaucoup invoquée par les communautés sous l'égide des prêtres catholiques. Et cela prouve qu'elle est venue réellement en Occitanie – en esprit.

On ne sait pas si elle a vraiment pris le parti des Cathares, toutefois; si elle habite spirituellement Peyrepertuse, comme ce château est de style gothique et typiquement français, c'est difficile à croire. Mais on pourra dire que la réalité est plus complexe.

Au reste, l'Ancien Testament expose peut-être, plus qu'on ne croit, des histoires datant de l'Atlantide, et donc les tribus peaux-rouges peuvent bien y être plus mentionnées qu'on ne le soupçonne; aucune vision n'est sans reflet dans la réalité. Le vrai problème est de parvenir à les interpréter correctement.

24/02/2021

Super-héros et dédoublement

000000000000000.jpgQue le super-héros soit un double d'un simple mortel, une projection de soi dans laquelle des forces célestes se déposent, pourrait être mieux compris des commentateurs. Le motif en est constant, même si la façon dont cette projection se réalise reste souvent peu crédible. Effet fréquent d'ondes radioactives, comme si elles pouvaient accomplir des miracles, le dédoublement en super-héros attribue implicitement à la technologie une puissance d'ordre spirituel qu'elle n'a absolument pas. On se souvient, à cet égard, de Spider-Man, issu de la piqûre d'une araignée qui, dite radioactive, aurait plutôt dû donner le cancer. Mais, d'une étrange et subtile manière, le créateur de ce personnage, Steve Ditko, a fait d'emblée de lui un être quasi distinct de Peter Parker, son alter ego, en donnant à la moitié du visage de celui-ci, en cas de danger, l'apparence du masque rouge toilé de noir et au grand œil blanc auquel on reconnaît l'être magique. C'était parlant, curieux, peut-être inconsciemment tourné vers l'idée du Double – mais la suggérant de toute façon beaucoup.

Les débuts de The Hulk sont similaires. À l'origine, le monstre n'apparaissait pas quand son alter ego se mettait en colère, mais chaque nuit, dans le rayonnement lunaire. Le rapport avec le loup-garou, d'une part, et avec Docteur 00000000.jpgJekyll et Mister Hyde, d'autre part, est évident. Ce sont bien des forces obscures, latentes, que les rayons Gamma, dont est victime le savant qui se verra bientôt dédoubler, éveillent dans l'âme, transformant jusqu'au corps sous la pression psychique. 

Mais le mystère est plus grand, au fond, si ce même genre de rayons éveillent des forces cachées qui tiennent à la surhumanité ou à l'héroïsme, portant les personnages vers la divinité, ou la semi-divinité des héros antiques. Cela arrive notamment s'ils sont consciemment tournés vers le bien – ainsi que dans leur faculté, comme chez Spider-Man, à être prévenus d'un danger par une sorte de sixième sens qui n'est certainement pas la transposition d'une faculté qu'on reconnaît aux animaux, araignées ou autres, mais une véritable communication avec les hauteurs.

Il y avait quelque chose de cela dans le héros comtois Lacuson, dont le nom, qui était un surnom, signifie justement la faculté de percevoir le danger avant qu'il n'advienne. Les Comtois pensaient qu'elle lui venait de la Vouivre, divinité tutélaire du pays – que c'est elle qui lui envoyait des messages. Et elle ne le faisait pas parce qu'il avait été inondé de radioactivité, bien sûr, mais parce qu'il avait été baptisé à la fontaine de la Vouivre par son parrain et mentor, le colonel Varroz – gardien secret des traditions païennes séculaires, initiateur aux mystères du génie du pays. C'était plus mythologique et en même temps plus réaliste – quoique disent les apparences.

Le thème du double dans les super-héros a été installé aussi dans la série Captain Marvel, dont le héros, un extraterrestre kree, échangeait sa présence sur terre avec un simple mortel placé alors dans une énigmatique zone négative, au fond le 00000000000.jpgmonde astral – où la matière étant absente, les choses apparaissent en négatif. Cela se faisait grâce à des bracelets confiés par une autre entité extraterrestre – rendus ainsi magiques, incroyables.

Rick Jones, le simple mortel qui s'échangeait avec Captain Marvel, avait d'ailleurs été d'abord compagnon de Hulk, avant de devenir celui de Captain America, afin de remplacer à ses côtés le regretté Bucky Barnes. Mais surtout, il développait, sous l'influence de son alter ego et grâce aux bracelets enchantés, des pouvoirs propres. Cela avait toujours été son rêve: ses forces limitées l'avaient rendu un membre de seconde zone de l'équipe des Vengeurs. Soudain, son dédoublement avec un être magique lui permettait la transfiguration.

Captain Marvel eut bientôt un pendant féminin, dédoublant plus directement une mortelle, et la voie inaugurée par Spider-Man reparaissait, car l'héroïne Ms. Marvel (c'était son nom) surgissait de la simple Terrienne Carol Denvers à la faveur d'une irradiation – encore. Elle apparaissait déjà tout armée, pour ainsi dire – munie d'un costume coloré, qui imitait celui de Captain Marvel, et d'une force incroyable, ainsi que du pouvoir de voler. Mieux encore, elle s'exprimait, sous cette forme transfigurée qui apparaissait dans un éclair aveuglant, à la façon d'une extraterrestre, jurant comme son pendant masculin par le dieu Pama et s'affichant elle aussi comme étant kree. Elle oubliait en effet son identité mortelle, quand, à la faveur d'un danger pressenti, elle se métamorphosait en cette guerrière extraterrestre, ce qui était assez fort.

Gerry Conway, le scénariste, dévoilait ainsi que les super-héros et les extraterrestres n'étaient que d'autres nous-mêmes, cachés, divins, apparentés aux anges – doubles astraux se matérialisant par nos rêves, nos désirs, nos 000000.jpgprojections d'images intimes. C'est en cela que, malgré leurs défauts de conception, les histoires de super-héros ont semblé constituer une nouvelle mythologie.

L'idée du double astral était corroborée par la présence, sur le costume rutilant bleu et rouge, d'une magnifique étoile au buste.

Comme Spider-Man (dont elle fréquentait l'univers, et qu'elle rencontrait facilement), elle disposait, donc, d'un sixième sens qui la prévenait à l'avance du danger. Ce qui montre que, dans l'inconscient populaire, le don de prophétie est inhérent au véritable héroïsme. J. R. R. Tolkien lui-même l'intégra à ses récits en faisant manier, par ses personnages, des lames elfiques qui s'illuminaient à l'approche des Orcs, et plus généralement des êtres mauvais. Les Elfes ont chez lui ce lien avec la divinité, c'est indéniable.

Cela fait bien de ces personnages des êtres de rêve: vivant dans le monde du songe: ils en ont le pouvoir prémonitoire. Vivants augures, ils matérialisent les mystérieux avenirs sublimes. Ils sont nos doubles parce qu'ils sont ce que nous serons. Ils sont notre idéal, nos modèles accomplis du futur.

Alors, les hommes ne seront pas simplement des hommes: ils seront aussi des extraterrestres – ou des animaux pensants, parce qu'ils auront intégré l'esprit des espèces animales, à la façon des anges. Ce sera miraculeux. Et le super-héros le réalise à l'avance, par l'art.

09:53 Publié dans Art, Fiction, Mythes | Lien permanent | Commentaires (0)

23/01/2021

Horace et le classicisme

0000.jpgDepuis de nombreuses années je voulais lire les Épîtres d'Horace et son Art poétique, et une promenade dans Toulouse m'a amené vers la boutique miraculeuse d'un bouquiniste qui en possédait le volume. Je l'ai acheté, lu, et ai été frappé par sa préoccupation classicisante, me souvenant soudain de Nicolas Boileau et de l'orientation de la littérature française sous Louis XIV. Car elle est reprise d'Horace d'une manière manifeste.

Ce qui m'a surpris est que le poète romain, ami de Mécène et de Virgile, est connu pour se vanter de suivre toujours une voie intermédiaire, un sentier du milieu juste, de prôner la médiocrité d'or; or, son sentiment va assez nettement dans le sens de la rigueur, de la clarté, de la raison, et il s'en prend aux poètes romains de son temps surtout à ce titre. Il ne leur reproche pas leur manque d'inspiration, mais leur manque de travail, d'assiduité, de modestie, et il s'oppose à Démocrite qui affirmait que tout poète digne de ce nom est un fou qui ne sait rien faire de ce qu'on fait sur Terre, et qui est dans l'imaginaire voire l'hallucination.

Pour Horace, le métier est presque plus important que le génie; Paul Valéry dira quelque chose de ce genre, vingt siècles plus tard.

Et à ce déséquilibre dans sa pensée qui se veut impartiale, je vois trois raisons: une personnelle, une sociale, une nationale.

Personnelle, parce que, il l'affirme à plusieurs reprises, il est dorénavant âgé, et il n'a plus envie de composer comme quand il était jeune des odes merveilleuses, fabuleuses, entraînantes et grandioses: il préfère la douce satire mêlée de philosophie dans de simples lettres en vers – d'où le titre du recueil. Il se préoccupe moins, énonce-t-il, de gloire et de 0000.jpgbeauté, de renommée et de grandeur que de savoir comment bien vivre, et en lui la raison a remplacé la passion, la réflexion la fureur poétique au sens où l'aurait entendu Rimbaud.

Sociale parce que, à cette époque à Rome, sans doute, les poètes affectaient réellement d'être fous, inspirés mais faciles, colorés mais sans art, et que, comparant leurs œuvres à celles des Grecs – Homère, les grands tragiques, la tradition attique –, Horace a pu vouloir les reprendre et leur représenter la nécessité de se rééquilibrer vers plus de maîtrise: la poésie, raconte-t-il, est relativement nouvelle à Rome, et tout le monde s'y adonne de manière déréglée. Il faut créer des habitudes plus nettes, plus pures, plus dignes des Grecs.

Nationale, enfin, parce que le caractère romain est peut-être, au fond, plus dans la mesure, la dignité, la clarté, que le caractère grec, plus fantaisiste et imaginatif d'emblée. Les anciens auteurs romains, avoue Horace, ne s'occupaient que de problèmes domestiques, pratiques, techniques, réclamant des applications concrètes. Même les mathématiques étaient limitées, à Rome, à la mesure des champs et des maisons, à la possibilité de bâtir et à la nécessité de s'accorder au droit. Horace, écoutant en lui la voix de la cité, exige un style plus conforme à son esprit.

Dès lors, la comparaison avec le classicisme français s'impose. Avait-il la même légitimité? Boileau et Racine étaient-ils déjà âgés et sur le retour quand ils ont énoncé ou appliqué les mêmes règles?

Pas du tout. C'est tout jeunes qu'ils les ont énoncées, prenant d'emblée le pli d'Horace vieilli, et rejetant d'emblée sa tendance aux odes colorées et fabuleuses qui évoquaient superbement les guerres des dieux, ou bien leurs cortèges, leurs aventures d'une manière éblouissante que ne put jamais imiter aucun poète français, asservi de toute éternité aux nécessités d'une netteté qui fait fatalement tendre au réalisme. La preuve en est qu'Horace dit préférer une œuvre dont les caractères sont bien observés, dont les idées sont intelligentes, mais dont le style est pauvre et la composition médiocre, à un poème au style pompeux et au propos vide. C'était annoncer le naturalisme zolien.

Mais dans sa jeunesse le poète romain était assez mythologique pour apparaître comme plus fou et hardi, inspiré et fantaisiste que n'importe quel poète français, même Victor Hugo! 0000.jpgCar si celui-ci multipliait aisément les images et les paroles étranges, Horace plongeait plus substantiellement dans la vie divine. On pouvait attendre qu'un poète français fasse de même pour les anges, ou les saints du ciel; et il est bien difficile d'en trouver l'équivalent. Baudelaire, peut-être? Mais il reste tout personnel: ses figures ne se hissent pas forcément à la mythologie objective.

Il faut dire qu'Horace vit à une époque où la fable existe collectivement. Pas les poètes français – en tout cas après la ruine du merveilleux chrétien. Car, à la rigueur, on peut trouver cela dans la poésie latine médiévale, ou dans la poésie savoyarde romantique. Mais l'art, dira-t-on, n'en est pas égal à celui d'Horace, qui demeure ainsi un modèle pour tout l'Occident.

Et puis le dix-septième siècle français venait-il après une époque de dérèglement artistique et poétique? Boileau le prétendait, désignant Pierre de Ronsard et Théophile de Viau. Mais à présent cela paraît artificiel et exagéré: il semble l'avoir dit pour pouvoir mieux se prendre pour Horace et assimiler Louis 00000.jpgXIV à César Auguste. Ronsard n'était pas si fou, pas si inspiré, pas si fantaisiste que les poètes rejetés par Horace. Je pense que cela pourrait mieux être dit des surréalistes.

Enfin, le caractère français est-il si porté au rationalisme que celui des Romains? Je n'en suis pas sûr. Les chroniques franques avaient peut-être plus de merveilleux que l'histoire romaine, puisqu'elles étaient comme la suite de la Bible, et qu'il y a plus de merveilleux dans la Bible que chez Tite-Live. Grégoire de Tours n'hésite pas à faire de Néron le suppôt de Satan, plaçant dans son entourage un sorcier qu'évoquait le Nouveau Testament. Tacite n'est jamais allé jusque-là. Le merveilleux, à Rome, était regardé comme un ornement de poète grec, plus que comme une réalité concrète et solide. On croyait aux dieux; mais pas aux visions, et la manière d'agir de la divinité restait chez eux mystérieuse et énigmatique. La Bible et l'histoire franque en disaient beaucoup plus. Cela a permis de passer souplement de l'histoire à la poésie, avec les chansons de geste.

L'affirmation que la France est rationnelle apparaît comme arbitraire et faite pour lui donner une légitimité romaine, lui donner le rang de l'empire universel séculaire. Ensuite, on en impose le principe dans l'éducation par politique alors que cela ne convient aucunement au Peuple, bien plus fantaisiste.