18/05/2020

L'Elfe jaune face à la vivante butte aux vieilles souches

000000000000000000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série singulière, nous avons laissé l'Elfe jaune, ami de Momülc et disciple de Captain Savoy, alors qu'il tentait de desserrer l'étreinte d'un être végétal ayant placé ses tentacules noueux autour de ses membres. Et il avait fait jaillir de sa broche magique un feu qui avait atteint cet être et l'avait repoussé. Tout le bosquet en tressaillit de la plus étrange façon.

Les branches enserrant l'Elfe jaune aussi se tordaient, vibraient, frémissaient, claquaient, vives et alertes; mais cela ne semblait préluder qu'à une sanglante attaque, car la colère qui les animait était sensible et, en plusieurs endroits du corps du guerrier au pourpoint jaune, loin de relâcher leur étreinte elles tenaient bon, comme préparant une terrible vengeance; elles se maintenaient fermes, dans leur volonté claire d'attaquer.

Toutefois, le bras gauche de l'Elfe ayant été libéré par une branche qui avait bondi au coup de lumière envoyé par sa broche, il en profita pour renchérir dans son propre assaut. Car il abattit le tranchant de sa main libre sur une branche qui le tenait au ventre, et voici! aussitôt elle fut rompue.

Il advint alors quelque chose d'inattendu: du tronçon bondissant jaillit une gerbe d'un liquide aux reflets rouges, et qui ressemblait à du sang. Une partie de ce jet vint même jusqu'au visage de l'Elfe jaune, éclaboussant sa joue droite et ses lèvres, et il put le goûter, lorsque son effort lui fit ouvrir la bouche; car il y coula, qu'il le voulût ou non. Or, il avait bien la saveur du sang, quoiqu'il fût plus épais que celui des hommes, et qu'il eût aussi un goût végétal et terreux étrange, comme s'il émanait d'un homme-plante, d'un être à mi-chemin entre l'homme et la plante.

L'Elfe jaune comprit que l'être qui s'attaquait à lui était hybride, peut-être le fruit d'un maléfice. Et s'il avait l'air extérieurement d'une plante, il avait clairement aussi la nature d'une pieuvre, et les pensées d'un homme. Car il semblait rusé, et puissant, et il ne réagissait pas comme un animal craintif.

Toutefois les branches avaient encore tressailli quand il en avait coupé une, et voici que vibrant de plus belle les autres se resserrèrent, comme saisies d'une rage inouïe qu'alimentait une peur sourde. Et l'armure de 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000.jpgl'Elfe jaune se rompit à son côté droit, et les branches hérissées d'épines entamèrent sa chair blanche, et y firent jaillir des ruisseaux de sang clair.

Et avec horreur l'Elfe jaune vit s'ouvrir, le long de la branche qui l'avait ainsi entamé, de petits trous mous, comme de fines bouches, et qui dans un mouvement hideux de succion se mirent à aspirer son sang, et à le boire, à en imprégner le bois et les fibres de l'être ligneux et infâme, vampire, pieuvre de l'air que seules les ténèbres avaient pu engendrer.

Révolté et marri l'Elfe jaune plissa les yeux, et en concentra le feu, comme il l'avait si souvent fait dans ses divers combats, l'envoyant non plus sur les branches de façon globale, mais, dans un trait fin et net, vers l'endroit où il pensait qu'était le corps de l'être infâme.

Il ne le voyait pas; il était caché par la butte, et l'obscurité de la porte anéantie. Mais il le devinait, diabolique et ruminant ses assauts immondes; une haine palpable s'exhalait de lui et de l'ouverture noire, et elle était mêlée d'un désir atroce de mort et de sang répandu, d'une aspiration à dévorer tout ce qui avait vie, chaleur et lumière. Il en sentait la présence, et, lui qui avait été visité par des êtres stellaires, il frémissait à sa sensation, comme si la racine de l'être était dans un abîme 000000000.jpgdont la vision aurait rendu fou jusqu'à Captain Savoy. Il savait que cela n'était pas possible, ou que ce n'était point vraisemblable, mais la peur l'envahissait, et avec elle l'impression que tout était perdu, et que nul être ne pouvait résister à une telle abomination.

Avec l'énergie du désespoir, encore et encore il tira ses feux oculaires dans le fond de ces ténèbres horribles, respirant de cette présence démoniaque dont il n'avait jamais vu la pareille. Il se demandait si cette flamme pure qui sortait de ses yeux ne serait pas à son tour dévorée, comme son sang l'avait été, si elle ne serait pas impuissante à vaincre tant de ténèbres; mais un ange dut donner une puissance inconnue à son feu, et limiter celle de l'être-pieuvre, car soudain, accusant le choc de ses attaques répétées, celui-ci tressaillit plus qu'il ne l'avait jamais, et la butte 0000000000000000000000.jpgtrembla, et le fit si fort que des branches craquèrent, et qu'un arbre même se déracina, déchaussé du sol à sa base. La forêt était en furie, et les arbres tous frémissaient, leurs feuillages bruissaient, et les oiseaux effrayés tous s'envolaient en criant.

Enfin les branches qui tenaient enserré l'Elfe jaune relâchèrent leur étreinte, et le premier disciple de l'ange de la Savoie dégagea son bras droit et sa jambe droite, et il enchaîna des coups si vifs et puissants, malgré sa blessure au flanc et le sang qui coulait, qu'il brisa, tordit ou trancha plusieurs branches en un instant rapide, qu'un œil ordinaire à peine eût pu suivre. À lui, c'eût été comme un éclair brutal et ardent, faisant exploser le feu de l'Elfe jaune, l'énergie qui l'habitait, et qui lui venait des étoiles mêmes, mystère des mystères. Car il avait ce don, d'être lié aux astres, depuis son initation mystique: nous en avons déjà parlé.

Puis, libre de toutes ses entraves, l'Elfe jaune bondit si vivement, dans sa nature forte, qu'il passa désormais entre les branches ralenties, et aux mouvements erratiques, et qu'il marcha sur elles, prenant appui légèrement sur l'une ou l'autre pour s'approcher, ainsi qu'un danseur gracieux, à nouveau du seuil de l'antre maudit. Se jouant de l'être qui avait failli le tuer, il échappait désormais aisément à ses molles attaques, les branches qui s'élevaient étant aussitôt écrasées par un pied rageur de l'elfe, ou frappées, envoyées au loin, parfois arrachées de leur source par la violence du coup. L'Elfe jaune était vainqueur et l'arbre vivant avait perdu tout son feu. Il subissait la suprématie du disciple de Captain Savoy, et semblait déjà gémir de se voir anéanti. Les branches ne faisaient plus que des mouvements pitoyables, craintifs et penauds, comme si leur défaite les avait humiliées.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à ce que l'Elfe trouva finalement dans l'antre obscur par où s'était échappé Arcolod.

16/03/2020

L'Elfe jaune et l'être-souches

troll-pencils-424x600.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Elfe jaune, premier disciple de Captain Savoy et ami du fier Mömulc, alors qu'il venait de vaincre un monstre abominable et qu'il s'apprêtait à repartir à la poursuite d'Arcolod, son ennemi affreux, dans l'épaisseur de la forêt des Voirons.

Or, il avait cru pouvoir le rejoindre brièvement, mais soit que ses membres fussent ralentis par sa blessure, soit qu'il se fût trompé sur la distance qu'il avait à parcourir, soit pour une autre raison, Arcolod n'ayant fait que quelques pas était déjà loin, et il le perdit à nouveau de vue.

Il n'en continua pas moins à marcher dans la même direction, et il finit par arriver dans un endroit singulier, qui figurait comme un palais creusé dans une butte faite de souches amoncelées et pourries, et surmontée d'arbres touffus et noirs. Il y avait là une habitation, on ne pouvait se méprendre, même si la porte, placée au bas de cette butte, restait dans une ombre épaisse qui se mélangeait avec les racines tordues et lourdes. L'Elfe jaune songea que ce palais semblait avoir été bâti de la forêt même, et que ses murs étaient faits de l'obscurité la plus tendue des bois les plus sombres. Il ne parvenait pas, malgré l'acuité de ses yeux, à y distinguer clairement les objets, et la forme de la porte même défiait les lois physiques les plus simples, car elle faisait des angles impossibles, et une partie de son volume paraissait suspendue au-dessus du sol, tandis qu'une autre faisait saillie. Il était sûr de reconnaître une porte, avec une arche au-dessus; mais il se demandait comment on avait pu en concevoir une semblable, et même comment il avait pu la distinguer, alors qu'il pouvait aussi s'agir du désordre le plus complet de la croissance végétale des racines, sans qu'une pensée claire y eût été mise à dessein d'habiter l'endroit. Mais soit que son initiation lui eût donné une forme de prescience lui permettant de reconnaître jusqu'aux pensées les plus indistinctes, soit qu'à certains indices cette porte à demi cachée pût être décelée de tout œil suffisamment observateur et lucide, il était certain que c'était par cette porte qu'Arcolod lui avait faussé compagnie et avait cru pouvoir échapper à sa terrible vengeance.

Il s'exhalait toutefois de ce seuil un air inquiétant et sourd, épaissi par la menace et plein d'yeux hostiles. Il troublait le cœur de l'Elfe jaune et créait en lui de l'angoisse, mais son regard resta suffisamment ferme pour apercevoir la preuve absolue du passage par cette porte d'Arcolod – et peut-être l'avait-il déjà perçue, sans unnamed.jpgque son cerveau y ait fait briller la pensée clairement à son âme, peut-être était-ce la véritable origine de sa lucidité quant à cette porte. Car sur le pas, juste devant, il y avait la trace de sang d'un corps blessé qui s'était traîné, et qui disparaissait sous une paroi anguleuse qui était justement ce que l'Elfe jaune avait déjà reconnu comme étant une porte. Il suivit ce fil, ce ruisseau gluant, se dirigeant vers ce seuil qu'il entendait bien franchir.

Dès qu'il y fut, il tenta de pousser cette porte, mais elle était verrouillée ou bloquée, et il ne pouvait pas la frapper de l'épaule, car elle était extrêmement basse, s'enfonçant sous le bloc de souches, comme si seul un gnome eût pu s'y glisser – ou comme si on n'eût pu y entrer qu'en rampant.

C'est ce qu'avait dû faire cet affreux spectre d'Arcolod, pensa le premier disciple de Captain Savoy.

Il arma alors sa jambe en soulevant la cuisse, et asséna un coup magistral de son pied droit à cette porte en bois âpre et rugueuse. Elle s'enfonça d'un pouce, mais au moment même tout le bosquet qui se dressait sur la butte aux souches vieilles trembla et frémit, et un vent lourd et épais, rempli d'une odeur de bois pourri, s'éleva jusqu'à entrer dans les narines de l'Elfe jaune. Puis il crut entendre des chuchotements, vibrants de colère et sourds de menaces, et il regarda la porte; et un air s'en élevait, plein de peur et de rage et bleu et pâle, et qui prit la vague forme d'une bête. Mais quand il tendit le bras vers lui, dans un sursaut il se dissipa, et la forme disparut. L'œil avisé eût pu voir, s'échappant des doigts de l'Elfe jaune, de fins rayons s'allumant dans le corps du spectre, et le dispersant en volutes minces. Il avait ce pouvoir.

De sa jambe puissante il asséna un second coup sur la porte, et elle se brisa, et un trou y parut. Dès lors, s'élancèrent vers lui de noirs tentacules irréguliers, noueux, durs, comme si des branches avaient pris vie; et ils l'entourèrent en ceignant son corps, et commencèrent à serrer ses côtes et ses bras d'une manière douloureuse. Tout se passait comme si la butte n'était qu'une coquille dont jaillissaient les membres d'un mollusque vivant à l'air libre, et l'horreur de la situation aurait fait perdre la tête, assurément, à tout autre e5f857aae76b4d1b4d1eb06b289a583d.jpgqu'à l'Elfe jaune. Mais il avait été initié par Captain Savoy lui-même, et sa force mentale n'avait pas d'égale.

Toutefois la douleur à ses côtes ne laissait pas de l'inquiéter et de le mettre en colère, d'autant plus que les tentacules noueux ne cessaient de serrer, et menaçaient de briser ses os. Alors, de la broche gemmée qui ornait sa poitrine une lumière surgit, pure et rouge, et aux reflets dorés. Le lieu en fut illuminé, et depuis des siècles une pareille clarté n'avait pas pénétré son sein touffu et obscur, hostile à la lumière des étoiles, propice à l'abri donné aux trolls.

Or, l'étreinte étrange se relâcha, comme saisie de surprise.

Mais il y avait davantage. Le mal qui était dans ces branches et infestait leur sève subissait ce rayon de l'Elfe jaune comme un feu dévorant. La butte en ressentait une vraie souffrance. Car autant le rayon de l'Elfe guérissait de leurs maladies les justes, autant il bouleversait l'antre maléfique jusque dans ses tréfonds – le perturbait dans sa nature intime, le heurtant comme s'il eût été l'élément le plus étranger à son être propre qu'on pût imaginer. Et voici! l'être obscur tapi dans la butte se sentait disloqué dans ses membres, et tout son corps se tordait, comme blessé de flammes vives; et tout ce monceau d'épaisses souches compressées et pourries s'agitait, comme assailli par une pluie de flèches aiguës.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

07/01/2020

L'Elfe jaune à la poursuite d'Arcolod

forest-dragon-black-version-rev2.jpgDans le dernier épisode de cette singulière saga, nous avons laissé l'Elfe jaune et Mömulc son ami, alors que le second était blessé, ayant reçu un trait de la main d'Arcolod le Noir, et que ce dernier l'avait été à son tour par la ruse de l'Elfe, et que, ce voyant, il avait décidé de rejoindre sa loge secrète dans la forêt des Voirons, afin de recevoir des soins.

L'Elfe jaune le regarda disparaître dans les feuillages à la façon d'un noir serpent, hésitant sur ce qu'il devait faire: laisser en arrière Mömulc pour poursuivre l'ennemi, ou renoncer à cette poursuite pour assister son ami. Il regarda Mömulc dans les yeux, et vit que ceux-ci étaient apaisés. Étrangement, Mömulc prononça quelques mots, comme s'il comprenait ce qui se tramait dans le cœur de l'Elfe. Il lui disait: Va, et me laisse, car je vais appeler Amariel et ses nymphes, qui vont venir me secourir, ainsi qu'elles me l'ont promis. Toi, cours et nous venge – attrape ce malandrin, cet homme noir, hideux, et veuille le mettre hors d'état de nuire! Car voici! je le hais, maintenant et pour toute l'éternité.

L'Elfe jaune le regarda, s'approcha, le serra dans ses bras puis le quitta précipitamment. Il s'enfonça à son tour parmi les branches – et d'abord, dans la toison touffue de la forêt des Voirons, ne vit rien, ne distingua rien. Mais bientôt, à la pénombre ses yeux s'habituèrent, et il aperçut au loin une ombre qui se glissait plus noire que les ténèbres forestières, pareille à un ver parmi les feuilles et sous les arbres, et il reconnut, à la façon dont il rampait, son ennemi Arcolod, tout près d'échapper à sa vue.

Or, il ne le voulait pas. Il courut après lui pour le rejoindre. Mais autour de lui, pas un bruit ne se faisait entendre, l'air était lourd et épais, et la forme noire avait quitté son caractère humain – était devenue semblable à un serpent. Et voici! l'Elfe jaune se sentit comme dans un rêve à la poursuite d'une créature sans contours, se mêlant aux éléments de la forêt, prenant aussi la forme d'une rivière, comme si l'ennemi fût désormais insaisissable. Il ne savait où diriger ses pas, et les choses tournaient autour de lui comme s'il avait été pris d'un vertige – victime d'un mauvais sort. Des souffles puants enlaçaient son corps à la façon de tentacules, et un être invisible, pieuvre de l'air, semblait s'être dressé contre lui pour protéger la fuite de cet ennemi. Il se fire-eyes.jpgdébattit, mais sa respiration devint rapide, comme s'il étouffait, et même devint rauque. Il sentait se presser à ses flancs un être poilu, touffu, diffus, et peut-être des fils d'araignée l'enserrer; mais il ne les voyait pas, comme s'ils fussent faits de vent. La forêt même était-elle l'alliée d'Arcolod, ou de Börolg?

Il décida d'agir. Des rayons sortirent de ses yeux. Ils éclairèrent toute la scène. Ils firent apparaître le monstre qui s'en prenait à lui. Il était grand, plus qu'il ne l'était lui (qui l'était assez, au regard des autres hommes), et n'avait pas de centre, car il se soutenait par des tentacules qui semblaient s'appuyer sur l'air, et qui possédaient trois points d'intersection.

Or, dans le premier, à droite, un œil se distinguait, clignant malignement sous le feu étincelant du regard de l'Elfe jaune; dans le second, à gauche, une oreille pointue et large était visible, se mouvant au moindre souffle; et en bas, dans le troisième, une bouche visqueuse et gluante mouvait des lèvres molles devant des dents longues et fines et une sorte de grotte noire ayant quelques reflets rouges. Mais cette bouche ne conduisait pas à un corps visible, à quelque estomac, elle était juste reliée au reste par des tentacules fins et longs.

La créature tressauta, lorsqu'elle se vit découverte. Mais aussitôt ensuite elle attaqua, et au moment où elle s'élança, l'Elfe jaune vit derrière elle Arcolod couché, se tenant sur un coude et regardant aussi la scène. Cela n'empêcha pas l'Elfe jaune de se téléporter instantanément dans un éclair subtil – et de se retrouver derrière le monstre, tournant le dos, imprudemment, à Arcolod. Puis, du tranchant de sa main aguerrie aux arts du combat les plus fins, il donna un coup sur le point d'intersection contenant l'œil de la bête, qui aussitôt se ferma, et laissa échapper une grosse goutte de sang, comme une larme. Les tentacules dès great old one.jpglors s'agitèrent effroyablement, assaillis par la colère et la peur simultanément.

Ils saisirent en deux endroits l'Elfe jaune, qui en fut immobilisé, et qui ne put se téléporter à nouveau, car il ne pouvait le faire si on le saissisait, vu qu'il risquait d'emporter avec lui celui ou celle qui le saisissait. Et derrière lui, malgré sa blessure, Arcolod se dressa quelque peu, et attrapa l'Elfe jaune à la jambe, et le mordit au mollet, le blessant cruellement de ses dents venimeuses.

L'Elfe jaune, disciple de Captain Savoy, cria, et l'instant d'après donna un coup violent de son pied dans la face d'Arcolod, qui était un géant, mais qui était affaibli, et en gémit. Puis, il secoua le tentacule qui tenait son bras droit, et enfonça sa main ouverte, les doigts brandis en avant, dans l'oreille, la traversant horriblement. Il libéra d'un bond sa jambe gauche que tenait un autre tentacule, et retomba en détendant sa jambe sur la bouche du monstre, qui en fut broyée. L'être bizarre s'effondra et ne bougea plus, pareil à une chiffe molle et sanglante.

Arcolod, voyant cela, était reparti ramper parmi les feuilles, et dans la boue. L'Elfe jaune se retourna, et ensanglanté lui aussi (car la morsure à son mollet avait ouvert une plaie, et les tentacules aussi avaient fait couler son sang là où ils s'étaient accrochés, comme s'ils avaient été munis de petites dents qui l'avaient grignoté dans sa chair), dans cet état meurtri et comme au sein d'un cauchemar, il repartit à la poursuite de son ennemi affreux.

Mais il est temps, aimable lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étonnante aventure.