13/09/2019

L'Homme-Météore et l'enfance difficile de l'Homme-Fétiche

fetiche.pngDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il écoutait patiemment le récit de l'Homme-Fétiche, nouvellement rencontré, parlant de lui-même et de ses origines. Il disait qu'il était né au Cameroun. Et voici qu'il continua.

Or, nous vînmes en France poussés par l'amour de ce pays, qu'avait déjà le père de ma mère et qu'il avait continuellement instillé en nous. Et, en même temps que mes parents me recommandaient de bien suivre l'enseignement des maîtres d'école français (ce que je faisais avec plus ou moins d'ardeur, leurs paroles souvent m'ennuyant), je recevais, notamment de ma mère, un enseignement plus élevé – et plus fascinant, parce qu'il était fait des mystères de mon peuple, et des êtres qui vivent dans son âme, et dans les lieux qu'il occupe. Je fus ainsi initié aux êtres élémentaires, tels qu'ils vivent aussi dans vos forêts, vos montagnes, vos lacs et même dans vos villes.

Et sais-tu toi-même ces mystères – toi qui te targues de commander aux choses que l'œil ne voit pas: au feu, aux vents, aux foudres? Tu es puissant, car tu t'es uni aux êtres qui dirigent le monde depuis les étoiles; mais je ne l_fetiche-statue-africaine-bamileke-cameroun-perles-200615-68.jpgsais si tu as ma subtilité – la subtilité d'un sage africain, d'un mage bamiléké!

Je ne sais si tu peux différencier les mille êtres de lumière fins qui parcourent le monde, qui vivent sur Terre parmi les hommes sans être vus d'eux, et qui se manifestent à l'œil occulte sous diverses couleurs. Je crains que, pour toi, ils ne soient embrassés dans des ensembles plus ou moins luisants, sans distinction – sans que les mille nuances apparaissant à mon regard te soient accessibles. Tu es novice, en la matière, et ne distingue que l'ombre et la lumière par lesquelles le mal et le bien peuvent s'appréhender et te permettre d'agir – je l'admets pour le bien de tous. Mais as-tu le pouvoir de la délicatesse, au sein de ton action sainte? Es-tu en mesure de ne faire aucun dégât dans le monde du bien, quand tu agis contre le mal, et peux-tu régler l'intensité de tes feux selon le degré de bien et de mal que tu contemples?

Si justement tu ne saisis pas ces nuances, tu ne peux agir en variant ton action, tu donneras toujours les mêmes coups, ne les amollissant pas de caresses quand c'est nécessaire, ne les durcissant pas quand le moment t'y oblige. Tu dois combattre à la façon d'un artiste, Homme-Météore, et non à la façon d'une machine. Car, oui, la guerre même peut être un art, à qui la fait avec amour, et dans la connaissance des secrets du monde occulte. Ne le crois-tu pas?

– Je suis frappé par la vérité de tes dires, répondit le génie de la liberté, nouveau gardien de Paris. Les choses ne m'étaient pas apparues avec la même netteté, avant que tu en parles. Comme, dans mon pays, les sages ont tendu à dire la guerre radicalement mauvaise, la nécessité de la faire me conduisait, même inconsciemment, à agir en son sein sans regarder à la manière dont je m'y prenais, et sans songer que le bien et le mal pouvaient aussi y avoir leur présence: combattre le mal par tous les moyens n'est pas la solution, car le combat même est bon ou mauvais non seulement selon les cas, mais selon la façon dont on assène les coups – soit pour purifier et aider, soit pour abattre et haïr. Car un coup judicieux fait sortir le démon d'un homme; mais un coup mal asséné tue l'homme et permet au démon de l'emporter dans le royaume du mal. Je comprends, maintenant: parfois, châtier est faire passer dans un creuset, et arracher l'or de la boue qui s'est amoncelée dessus, afin que, dans une vie future, elle ne soit pas reprochée à celui qui la porte – afin que, lors du jugement occulte des âmes, on ne puisse la peser contre lui.

Mais si sans amour le coup est donné, et si les effluves du mal ne sont pas distingués – si le corps de l'ennemi empêche de les voir –, le nœud de l'âme n'est pas démêlé, et on n'a rendu service que brièvement, illusoirement, 112386.jpgtristement à l'humanité. L'initiation aux mystères du bien et du mal, aux fils de couleurs qui s'entrecroisent et sortent, au regard avisé, des flux noirs et blancs que l'esprit naïf se contente d'observer, s'arrachent à eux comme des révélations – cette initiation, dis-je, est absolument nécessaire, et je vois tout le bien que je puis tirer de ton amitié, si réellement tu possèdes la science que tu prétends, Homme-Fétiche.

Mais continue ton récit, je t'en prie, et dis-moi comment tu es devenu un super-héros, un homme-ange, protecteur de la banlieue de Paris – du moins dans son extension septentrionale, si je t'ai bien compris.

– C'est peut-être moins restrictif, dans les faits, Homme-Météore, car, comme toi, j'ai vocation à aider l'humanité entière, et en aucun cas je ne suis bloqué dans le lieu auquel par mes membres je me rattache, où j'ai pour ainsi dire ma base de retraite. Mais ce que tu dis n'est pas faux pour autant, car il est vrai que j'ai spécialement sous mes ordres les bons génies des lieux nommés par toi, comme tu as spécialement sous tes ordres ceux de Paris proprement dite – et en ce sens tu m'es supérieur, car la banlieue de Paris dépend du rayonnement de Paris, et est soumise à elle.

Et si tu pourrais penser que Paris étant la capitale de la France les autres villes lui sont soumises aussi, j'ai assez voyagé pour voir qu'il n'en est rien, et qu'il s'agit là d'une illusion, créée par certains pour mieux en convaincre d'autres de leur obéir. En vérité les génies des autres villes sont libres, et choisissent de s'allier ou non à ceux de Paris. Mais pour le moment une communauté de destin les lie, et les pousse à accepter l'alliance, en bonne amitié.

Toutefois à tout moment cela peut s'arrêter, et parfois même cela s'arrête, au-delà des apparences; et je sais, par exemple, que Captain Corsica, maître et gardien de la Corse immortelle, n'est parlov.jpgplus tout à fait ton allié, et a pris son indépendance, qu'il regarde ton action comme ne lui rendant pas service, et n'ayant pas de portée bénéfique jusque dans son royaume. Peut-être que si tu te rendais dans son territoire la bataille qui ne manquerait pas de survenir entre vous durerait bien plus longtemps que celle qui nous a opposés, Homme-Météore!

Mais je ne veux pas t'ennuyer avec des pensées pénibles. Je voulais seulement te rappeler ce qu'il en est, et ce qui apparaît, justement, quand on connaît le monde occulte dans ses détails précis, et non dans ses seules grandes lignes, comme on tend à le faire parmi les maîtres de la ville que justement tu es chargé de défendre. Et puisque tu me l'as demandé, je reviendrai maintenant au récit de ma vie.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite du récit de la vie de l'Homme-Fétiche.

11/07/2019

L'Homme-Météore et la révélation de l'Homme-Fétiche

black.pngDans le dernier épisode de cette insigne geste, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il venait de rencontrer un homme étrange à qui il avait posé une question qu'il croyait innocente, mais que l'autre avait mal prise, ayant senti dans son ton une morgue désagréable.

L'Homme-Météore, à vrai dire, regrettait déjà de s'être adressé à lui de cette manière. Mais il se sentit lui aussi agressé, et le démon de la colère ne put être maîtrisé dans son cœur par sa raison. Il répliqua: Qui que tu sois, sache que je pouvais accueillir sans peine aucune la mort et la défaite; je te suis infiniment reconnaissant de les avoir éloignées de moi, mais peut-être un autre miracle l'aurait-il permis, si tu n'étais venu. Je suis, en vérité, protégé par les anges qui protègent Paris, à ce qu'ils m'ont dit. Et je demandais simplement qui tu étais. Pardonne-moi, si j'ai eu des mots blessants. Souvent celui qu'on a secouru éprouve de la honte d'avoir dû l'être, et en veut à ceux qui l'ont aidé, parce qu'ils l'ont humilié. Je m'enquérais de ton nom et de ton être parce que je voulais savoir si tu étais lié, justement, aux êtres divins qui me protègent depuis l'arc de la lune, où l'on se rend par le pont de l'arc-en-ciel. Je me demandais si tu étais venu de leur part. Mais si tu ne veux point me répondre, tu es libre.

Soudain, sans prévenir, l'homme étrange lança, de sa main droite, une poudre d'or qui se mit à tournoyer autour de l'Homme-Météore, et à lui lancer mille petits foudres; aveuglé, accablé, submergé, il ne vit pas son adversaire sauter vers lui et lui asséner un coup de poing au visage – qui était protégé d'un heaume, comme on sait. Cependant, sa vivacité et ses réflexes lui permirent de lancer un coup de pied à la poitrine de l'homme étrange, et de le projeter en arrière à plusieurs mètres. Puis, ils se jetèrent l'un sur l'autre et s'empoignèrent.

D'une force à peu près égale, ils s'immobilisaient quand ils tâchaient de bouger, et soudain l'Homme-Météore fit appel à une force profondément enfouie en lui, et ses bras s'illuminèrent et, se renversant, il fit passer par-dessus lui l'étranger, qui roula à terre. Se relevant aussitôt d'un genou, on le vit lever la main droite et s'exclamer: Paix, ô Homme-Météore! Je sais maintenant que tu es vraiment toi-même, et non une copie de black-lightning-2.jpgRadsal-Tör envoyée pour me tromper, comme je l'ai cru un instant; car ta réponse et ton comportement m'ont étonné. Mais j'ai dû m'inquiéter à tort, et mal prendre ce qui n'était qu'une maladresse de ta part. J'ai vu tes bras à l'œuvre, et les flammes qui en ont bondi; je sais que c'est vraiment toi, l'être à demi divin dont mes petits amis de lumière m'ont parlé. Je te dirai donc qui je suis.

On m'appelle l'Homme-Fétiche, et je suis né au Cameroun, mais je suis arrivé tout petit à Paris – ou, pour mieux dire, dans sa proche banlieue, emmené là par mes parents, qui pensaient y trouver du travail. Ils aimaient la France: ils ne sont pas venus en conquérants, mais en amants. Depuis tout petits, ils chantaient la Marseillaise, apprise à l'école, et saluaient le drapeau.

Ils étaient, par ailleurs, issus d'une longue lignée d'initiés secrets, et connaissaient nombre de tours inconnus des Blancs. Ils n'étaient pas ce qu'on appelle dans ta langue des sorciers, car leur magie était blanche, et faite seulement pour accomplir la justice des pères. Ils n'en abusaient jamais, et appréciaient à leur juste mesure les connaissances des Européens, notamment des prêtres, et aussi des savants. Mais ils savaient que face à leur art c'était souvent pure fumée. Ils tâchèrent toutefois d'acquérir les facultés de raison des Européens – d'apprendre leurs mathématiques notamment, car rien n'est plus formateur pour l'esprit, si leurs sciences naturelles sont remplies de billevesées que les initiés d'Afrique savent reconnaître pour telles. L'acquisition du sens logique, au contraire, est faire pour étendre et approfondir l'art magique, et y reconnaître ce qui est bon, et ce qui ne l'est pas. Aussi y ont-ils mis de la ferveur.

C'était des êtres exceptionnels, tant du point de vue de la France que du Cameroun. Qu'ils appartinssent à la noble nation des Bamiléké n'enlève rien à leur mérite purement individuel. Bien au contraire, ils ne se sont jamais contentés de l'héritage de leurs ancêtres, mais ont cherché au-delà et, derrière la figure des pères dont les reliques reposaient dans leurs fétiches, ils ont vu le Dieu dont parlaient les Blancs, et se sont demandés, non pas si les deux s'opposaient, mais quels êtres pouvaient bien faire le lien entre les deux, quels êtres pouvaient bien occuper la longue chaîne qui lie l'esprit des ancêtres bienveillants et l'esprit de l'univers que Victor Hugo, votre maître, appelait le moi de l'infini. Et voici! ils ont trouvé ceux que tu appelles les anges, et que d'autres peuples ont nommé dieux, ou elfes.

Alors, voulant me bénir et me porter vers les hauteurs, ils m'ont mis, moi, en relation avec un puissant ancêtre en lien avec les étoiles, ami des anges et placé dans la lumière divine. Dès son vivant, ce grand-père, noble et sage, avait su lire dans les astres comme toi dans ton alphabet et, à sa mort, les miens l'ont pris comme protecteur de choix, persuadés qu'il vivait dans le sein de Dieu. Il s'était en quelque sorte transformé à leurs yeux en ange, ils en avaient fait ce que les chrétiens appelaient un saint, et tu ne dois pas mépriser leur pensée parce qu'il s'agissait June-XII-Poster-1.jpgd'un homme qu'ils avaient connu de leur vivant. Ils ne l'ont pas choisi au hasard, simplement parce qu'il avait mis au monde ma mère, et avait apporté, à son foyer, quand elle était petite, nourriture et bienfaits. Il était un véritable initié, et même des familles étrangères à la nôtre, mais qui le connaissaient, le prenaient pour protecteur, depuis qu'il était passé de vie à trépas, et le regardaient comme un bienfaiteur posthume. Il protégeait tout le village, toute la communauté, les Bamiléké lui rendaient tous plus ou moins hommage. Mais naturellement, nous lui rendions plus hommage que quiconque. Il était d'ailleurs évident, pour nous, que sa valeur était plus grande que celle du père de mon père, homme noble et vaillant, mais n'atteignant aucunement la grandeur du père de ma mère.

Mais il est temps, lecteurs, d'arrêter là cet épisode, interrompant le discours de l'Homme-Fétiche, qui reprendra la fois prochaine pour montrer comment il a crû en France, étant petit, et comment ses pouvoirs se sont révélés.

06/05/2019

L'Homme-Météore dans le repaire de l'Homme-Fétiche

angel.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable saga, nous avons appréhendé le moment où, tout semblant perdu pour l'Homme-Météore, il vit soudain accourir à son aide une mystérieuse ombre aux mille points d'or mouvants, et aux ailes de brume. Or un cyborg manchot, profitant de sa stupeur immobile face à ce secours inconnu, pensait pouvoir, malgré son vol maladroit, l'attaquer sans vergogne...

L'Homme-Météore, cependant, avait pu, même dans ce bref moment de répit, s'imprégner à nouveau du feu des étoiles dont il se nourrissait, dont son sceptre était rempli – et même son armure, s'il avait la force de combattre. Il l'avait fait sans en être conscient, parce que son sceptre et son haubert avaient eux-mêmes faim de ce feu des astres, et qu'ils le mâchaient dès qu'ils le pouvaient, quand il leur manquait. Car ils avaient une âme, à leur manière. Mais l'Homme-Météore n'en sentait pas moins, son être s'étant intimement mêlé à ses armes, la puissance lui en courir dans les membres et, d'instinct, dès que l'ombre du cyborg manchot s'approcha de lui, il tissa, autour de son propre corps, un champ protecteur d'énergie qui fit rebondir sans dommage le coup porté à lui par l'ennemi. Ce champ de force scintillait autour de son armure déjà luisante, lançant parfois des éclairs, et le coup asséné en fit jaillir une gerbe d'étincelles. Mais le seul qui en fût abîmé, ce fut le cyborg manchot, qui en fut projeté en arrière de toute la violence du coup qu'il avait lui-même donné: telle était la vertu de ce champ protecteur de feu astral!

Dès lors, l'Homme-Météore n'eut aucun problème pour s'élancer vers son ennemi et, arrachant soudainement de sa ceinture une corde enchantée, qu'il avait brusquement deviné y être dissimulée (comme si un ange le lui avait révélé, ou bien le Génie d'or en personne, son secret mentor), il le ligota en tournant autour de lui plus vite que ne le ferait le pourtour d'une toupie. Il était dans son intention, en effet, de prendre vivants ses adversaires, non de les tuer, s'il le pouvait. Et puisque ce bandit manchot était affaibli et seul, il n'avait nul besoin de se débarrasser définitivement de lui. Capturé, il lui serait plus utile, d'autant plus qu'il avait besoin d'en savoir plus, sur Radsal-Tör et ses secrets, sa base et ses moyens, son armement et ses arts. Même la nature du cyborg et les voies de sa transformation l'intéressaient.

Il brûlait aussi de savoir qui était son sauveur. Il regarda dans la direction où il l'avait vu pour la dernière fois, et il le vit planer vers lui, ses ailes de brume grandes ouvertes. Dès qu'il fut à sa hauteur, il l'entendit dire, d'une voix mâle et forte: Viens, suis-moi! Emporte avec toi ton prisonnier, et nous nous présenterons l'un à Egregores-video-640x430.jpgl'autre, et l'un et l'autre à lui!

Reconnaissant, l'Homme-Météore ne vit aucune raison de ne pas se plier à cette injonction, d'autant plus qu'il désirait ardemment savoir qui cet être était, et où il résidait.

Ils descendirent le long des airs, l'Homme-Météore tirant derrière lui son prisonnier attaché à sa corde dorée (et qui semblait souffrir de son saint contact) jusqu'à l'endroit sombre, étroit, placé entre deux immeubles de la cité Villette, dont le gardien de Paris avait vu surgir, il y avait peu, son nouvel ami. Robert crut qu'ils allaient s'écraser sur le sol, mais soudain, celui-ci s'ouvrit, se transforma en un trou, si l'on peut dire, car il se changea en une brume, comme s'il avait été pure illusion aux yeux des mortels naïfs.

Volant à travers un souterrain constellé de lampes bleues, assez semblables à des saphirs rayonnants sertis dans les parois, les deux héros s'enfoncèrent, parcourant les profondeurs de la terre en suivant des galeries obliques et tournoyantes, qui descendaient vers l'enfer à la façon d'une spirale. Finalement ils parvinrent à une salle vaste, comme un globe au bout du chemin en tourbillon.

La clarté en était douce, et singulièrement bleutée, comme si l'azur céleste s'y déversait, ou y avait été capté. Curieusement, l'Homme-Météore ne décela aucune source de lumière. L'air lui-même, apparemment, luisait.

L'endroit était bien pourvu en meubles élégants et sièges en velours, et un bizarre tableau coloré ornait un des murs, créant des figures diverses en envoyant, justement, des points de couleurs, comme si des pierres précieuses enchantées s'allumaient et s'éteignaient en alternance, ou comme si des êtres élémentaires dont la seule partie visible était ces taches de lumière s'y mouvaient. L'Homme-Météore trouva, en atterrissant, son hôte tourné vers ce tableau, comme fasciné par ce qu'il montrait. Mais ses yeux suivaient attentivement les mouvements créés, comme s'ils lui parlaient. Il put, de près, admirer sa silhouette élancée et ses muscles saillants, son corps athlétique. Son costume seyant dessinait parfaitement ses courbes, et semblait fait d'une fine cotte de mailles.

Sans tourner la tête, il demanda à l'Homme-Météore, de sa voix mâle et suave en même temps, s'il comprenait ce que disait ce tableau: il s'agissait bien de signes tracés. L'Homme-Météore dut avouer que non. C'était la première parole qu'il adressait à l'étrange personnage.

Alors celui-ci tourna vers lui ses yeux scintillants, et lui indiqua que ces points lumineux, êtres vivants dont le reste du corps ne pouvait être vu, formaient comme des hiéroglyphes à l'œil exercé, et annonçaient l'avenir, révélaient les choses cachées. Lorsqu'il voulait savoir quel ennemi il devait combattre, il le contemplait; fantasy-art.jpglorsqu'il sentait qu'il devait agir, il trouvait à s'orienter, dans le monde, grâce à ce tableau. Et c'est là qu'il avait vu que, juste au-dessus de lui, lui, l'Homme-Météore, héros du bien, gardien des forces de vie de la ville de Paris et du monde entier, était en difficulté face à des incarnations du mal, et qu'il avait fallu qu'il vînt le secourir.

L'Homme-Météore acquiesça. Et il le remercia. Sans lui, disait-il, et son intervention inopinée, il aurait été perdu. Cependant, peut-être secrètement vexé d'avoir à lui marquer cette gratitude, et croyant demander innocemment une chose bien naturelle, il lui demanda qui il était, pour s'occuper ainsi du sort des hommes. L'homme cligna des yeux, le regarda fixement sans rien dire et, susceptible, lui répondit à la fin de cette façon: Ta question est-elle faite pour me provoquer, pour me défier? Et son ton était plein de hauteur.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la découverte de la véritable identité du mystérieux étranger des profondeurs d'Aubervilliers.