01/05/2021

Le Catharisme selon Déodat Roché

000000000.jpgJ'ai déjà raconté que, partant pour le Pays cathare où actuellement j'habite, mon ami genevois François Gautier m'a donné plusieurs livres du fondateur des Cahiers d'Études Cathares, Déodat Roché, originaire d'Arques et ayant mêlé, dans sa vie, appartenance au Grand Orient de France et à la Société anthroposophique de Rudolf Steiner – ce qui, normalement, n'est pas trop permis. Grand défenseur de la tradition cathare, il en a fait la source de la spécificité languedocienne, assurant que la civilisation d'Occitanie en émanait. J'ai récemment lu un des livres qui m'ont été donnés, appelé simplement Le Catharisme, mais sous-titré II, de telle sorte qu'il s'agit peut-être du second volume d'une série dont je ne possède pas le premier. Pour autant, le livre, constitué de conférences, d'articles et de compléments, semble complet, il parle du catharisme de façon globale.

Et ce que j'en ai tiré est que, pour Déodat Roché, le catharisme ne remettait pas en cause les points fondamentaux de la vraie doctrine chrétienne, notamment la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Il n'évoque évidemment pas, par conséquent, un éventuel mariage de Jésus avec Marie Madeleine, auquel certains disent que les Cathares croyaient. À l'inverse, il invoque, comme autorités fréquentes, des philosophes allemands, notamment Schelling et, bien sûr, Steiner, assurant qu'il a poursuivi la vraie tradition cathare – ou l'a ressuscitée. Mais il lui joint, à cet égard, Peter Deunov, fondateur de la Fraternité blanche, dont il consacre la branche 0000000.jpgfrançaise, créée par Mikhaël Aïvanhov. Il assure que le Catharisme d'origine bulgare revit chez ces deux sages, également bulgares.

La spécificité du Catharisme semble être, pour Roché, la croyance aux vies successives. Il cite des documents à l'appui de cette idée. Mais, plus encore, il y a dans chez les Cathares le rejet de la matérialité catholique: ils refusent d'admettre que les objets consacrés par les prêtres latins contiennent réellement la divinité. Leur voie spirituelle est tout intérieure, émanée d'un élan psychique, et ne s'appuie pas sur les choses du monde extérieur, même pas les images. Trait au fond tout oriental, et opposé foncièrement à la romanité telle que nous la connaissons.

C'est lié, somme toute, à l'idée manichéenne selon laquelle le monde physique est mauvais, non porteur de la divinité, et à laquelle s'opposait saint Augustin. Et Roché présente cela comme beau et pur, élevé et raffiné, et fondateur de la plus belle civilisation du temps.

Il ajoute que quelques Cathares ont pu se réfugier avec les Vaudois dans les Alpes: les seconds se sont placés dans les montagnes du Piémont, comme on ne l'ignore pas. Mais Roché assure que les Cathares conservaient un enseignement gnostique que n'avaient pas les Vaudois. C'est peut-être de là que vient le mysticisme cordial de saint François de Sales: quoiqu'il fût parfaitement orthodoxe dans ses vues, il m'a toujours semblé avoir un côté oriental dans ses émotions. Il parlait sans cesse de l'amour, comme l'avaient fait les 0000000000.jpgtroubadours – quoiqu'il l'orientât constamment vers Dieu.

Mais il ne rejetait pas les objets du culte, et surtout pas les images. Elles informent l'âme, lui donnent un corps stable et solide, une assise – et de mon point de vue un corps glorieux (tel que, selon Roché, l'attendaient et l'espéraient aussi les Cathares) non revêtu d'un corps d'images, si on peut dire, est trop abstrait, et ne distingue pas le christianisme du mysticisme en général. Les objets sacrés peuvent l'être abusivement, parfois; mais aussi, ils sont le support de l'art – qui permet le passage souple, non brutal, violent ou conflictuel, du corps à l'âme. Ils donnent, en même temps, une assise à l'esprit, qui par eux reste pleinement conscient de lui-même, tandis que, sans images, l'éblouissement capte l'âme et l'aspire, la noie dans la lumière sainte. Le sentiment de la présence véritable est beau; mais la pensée doit y émerger.

On peut, si on veut, glorifier l'Occitanie médiévale, et je ne veux pas en contester le droit aux habitants de cette noble et belle région. Je lis, moi-même, de la littérature médiévale occitane, et l'aime beaucoup. Mais je ne suis pas persuadé que cela soit un sommet de civilisation. L'Occitanie a surtout brillé dans l'art lyrique, la poésie des troubadours. Et justement, comme le disait Rudolf Steiner, le lyrisme est un art du cœur, d'un état intermédiaire entre la pensée claire et l'action brutale.

L'action est tragique, la pensée est épique, disait encore Rudolf Steiner. Je l'expliquerai un autre jour. Mais cela rappelle que le cœur à lui seul ne peut pas toucher à tout, et que le sentiment peut aisément rester enfermé en lui-même. En ce sens, 00000000.jpgl'art des troubadours prépare la voie d'un René Char – et je l'ai critiquée en rappelant que l'ange vers lequel se tourne le cœur, dont il parle, est forcément un point fixe. Or, même la poésie lyrique de l'ancienne Rome évoquait les dieux, se tendant aisément vers l'épopée. Mais la littérature occitane médiévale ne le faisait pas tellement. La mise en scène du poète sondant les mystères de l'amour trouve bien davantage son accomplissement dans la poésie classique italienne, notamment Dante. Alors, du lyrisme personnel naît le voyage dans le monde divin, l'éclairement du cœur mène à la pensée claire de l'univers traversé d'anges, de démons, de saints agissant dans les sphères – voire de formes se tenant derrière les personnages historiques, elles-mêmes ouvertes aux puissances spirituelles, bonnes ou mauvaises, du monde: je fais allusion aux livres du Paradis et du Purgatoire, pour ceux qui les ont lus.

Soit dit en passant, la Divine Comédie ressemble beaucoup aux récits de voyage de Mahomet dans l'autre monde. Dante y a ajouté un lyrisme personnel bien venu. Cela anime et donne de la vie. Mais, à l'inverse, puisqu'il s'inspirait aussi des troubadours, ne faut-il pas en tirer que l'art des troubadours était issu d'une mystique arabe fondée sur les rapports de l'Homme à la Nature, comme on en trouvait effectivement dans l'arabisme? Et si cet art est aussi lié au Catharisme, comme le dit Roché, cela tend à montrer, de mon point de vue, que celui-ci est à son tour lié au mysticisme oriental, tel que les Arabes ont pu le répandre en Occitanie (voire, avant eux, les Wisigoths ariens).

Naturellement, cela ne justifie en rien les persécutions. Le pouvoir séculier a fait beaucoup de mal à la vie religieuse, en acceptant d'intervenir pour régler physiquement les débats. Mais l'idée de Roché selon laquelle, au treizième siècle, les ténèbres l'ont emporté sur la lumière n'en reste pas moins rapide. Il est possible qu'il ait fallu de l'ombre, aussi, pour que la lumière se déploie en couleurs  – et pour qu'on y distingue des choses, et évite l'éblouissement.

Il y en a trop eu, sans doute; il aurait fallu plus d'harmonie. Mais l'histoire n'est pas, elle, manichéenne d'une façon simpliste, je ne pense pas.

13/04/2021

Réécritures de la Bible: Mormons et cathariens

00000.jpgIl existe, aux États-Unis, une église protestante bien connue, appelée les Mormons, et ils ont fondé une ville, ils participent à la richesse culturelle et économique du pays, je ne cherche pas à parler d'eux pour les critiquer. Mais il existe chez eux un phénomène fascinant, qui dit beaucoup sur beaucoup de choses, et c'est le suivant: ils ont écrit leur propre Bible, apparemment divinement inspirée, et dont je crois que le véritable auteur est simplement leur fondateur (dont le nom m'échappe). Elle raconte qu'une tribu d'Israël est venue s'installer en Amérique dans l'antiquité, et que les Mormons en ont ressuscité la tradition oubliée.

Cela donne une incroyable force de conviction à leur communauté, à leur installation en Amérique, et cela explique peut-être qu'ils aient fondé une ville prospère. Cela n'a donc pas forcément de mauvais effets, bien que je ne croie pas que cela soit vrai: la seule tribu d'Israël qui ait jamais vécu en Amérique l'a fait en vivant dans leur cœur, en s'insérant dans leur âme. Quant aux êtres humains qui vivaient en Amérique avant l'arrivée des Européens, tout le monde les connaît, et en essence, s'ils ont un lien avec les Européens, il date pour ainsi dire de l'Atlantide!

Mais en Pays cathare, en Occitanie, il y a, curieusement, des écrits proches, des suites données à la Bible. Cela n'évoque pas les tribus d'Israël, l'Ancien Testament et les mystères du passé immémorial, mais le Nouveau Testament et l'histoire récente. Il faut dire que si des apôtres de Jésus-Christ étaient venus s'installer en Amérique, on en aurait des traces. On aurait des traces de passages d'Européens en Amérique.

Peut-être n'en manque-t-on pas. Car si, comme le prétendent les légendes catholiques, Marie-Madeleine et ses amies ont pu dériver sur un radeau de Palestine en Provence, on ne voit pas pourquoi elles n'auraient pas pu dériver, 000000000.jpgportées par l'Ange, jusqu'au continent américain. Certains assurent qu'elle aurait fini sa vie au Pays de Galles; c'est encore trop peu: je vote pour le Delaware.

Des écrivains anglophones, un peu comme le fondateur mystique des Mormons, ont assuré avoir eu des visions sur Marie-Madeleine arrivant dans le Languedoc après être allée en Provence, et c'est la véritable origine de toutes les idées étranges sur son passage au pied des Pyrénées, que ne rapporte pour le coup aucune légende traditionnelle – pas plus que les Indiens d'Amérique n'ont, eux, évoqué dans leurs contes des arrivées d'Israélites parmi leurs tipis.

Assurément les protestants adorent la Bible et leurs visions en sont imprégnées – en sont des réécritures fantastiques, nourries de leurs voyages. Car je ne pense pas que les Mormons aient eu de telles révélations avant leur arrivée en Amérique, depuis la Grande-Bretagne dont je crois qu'ils sont majoritairement issus. Ils sont d'abord venus en Amérique, ont été charmés, et la beauté des lieux les a portés vers de jolies rêveries – mêlées de lectures bibliques. Si 0000000000.jpgmême ils ont inventé ces histoires avant d'arriver en Amérique, c'est sur la base de jolis récits de gens qui y étaient allés: ils n'ont pas, dans leurs rêves, découvert l'Amérique avant Christophe Colomb.

De même, bien des personnes anglophones venues prendre les eaux thermales dans les Pyrénées, et en particulier à Rennes-les-Bains, découvrant dans les alentours que plusieurs églises étaient dédiées à sainte Marie Madeleine, et apprenant qu'elle était réputée avoir séjourné en Provence, se sont dit qu'elle avait bien pu venir aussi là où des églises lui étaient dédiées, peut-être assez ignorants de la manière dont ont lieu ce genre de dédicaces. Après tout c'est le sud de la France, et si les Languedociens n'ont gardé aucun souvenir de ce passage glorieux de la dame étincelante, ce n'est pas forcément plus fiable que la sagesse des Cheyennes et des Sioux.

Mais réfléchissons davantage. Car j'ai reconnu que si des dames anglaises visionnaires avaient pensé que Marie Madeleine était venue dans le Languedoc rôder autour des lieux où plus tard on lui a dédié des églises, c'était peut-être parce que son esprit au moins était venu, et que, dans leurs visions, ces dames n'avaient pas bien distingué, puisque c'est toujours le monde du rêve, image projetée dans les nuées.

Priée par des adorateurs fidèles, Marie Madeleine a pu effectivement venir sur des nuages, et bénir les gens. Et bien plus tard, les visionnaires ont cru que les femmes qui étaient éblouies par sa venue, et 00000000.jpgprenaient par adoration l'air de Marie Madeleine sur leur propre visage et dans leurs yeux – ils ont cru que ces femmes étaient Marie Madeleine, et ont donc commencé à la voir partout où de telles femmes vivaient: à Bugarach, à Peyrepertuse, à Rennes-le-Château, que sais-je?

L'exemple de Peyrepertuse et de son château peut toutefois nous éclairer sur la véritable origine de ces apparitions. Car les dames visionnaires assurent que Marie-Madeleine a fondé des communautés gnostiques qui ont suscité plus tard en Occitanie les Cathares. Et elles parlent du château de Peyrepertuse. Oui, mais celui-ci, tel qu'il est à présent, a surtout été bâti par saint Louis après qu'il a vaincu les seigneurs locaux défenseurs des Cathares. Et le fait est que le culte de Marie Madeleine a pu être répandu dans le Languedoc par les Francs victorieux afin de donner l'occasion aux prêtres catholiques de corriger les pensées des Cathares, qu'ils estimaient fausses, sur Marie Madeleine. C'est à cette époque en particulier qu'elle a dû être beaucoup invoquée par les communautés sous l'égide des prêtres catholiques. Et cela prouve qu'elle est venue réellement en Occitanie – en esprit.

On ne sait pas si elle a vraiment pris le parti des Cathares, toutefois; si elle habite spirituellement Peyrepertuse, comme ce château est de style gothique et typiquement français, c'est difficile à croire. Mais on pourra dire que la réalité est plus complexe.

Au reste, l'Ancien Testament expose peut-être, plus qu'on ne croit, des histoires datant de l'Atlantide, et donc les tribus peaux-rouges peuvent bien y être plus mentionnées qu'on ne le soupçonne; aucune vision n'est sans reflet dans la réalité. Le vrai problème est de parvenir à les interpréter correctement.

08/02/2021

Les seigneurs languedociens et le catharisme, ou le mythe de la princesse sarrasine

000000000000000.jpgJe ne comprends pas l'intérêt de l'histoire légendaire de Marie-Madeleine venue en Occitanie fonder une communauté gnostique, et je l'ai dit un jour, sur Facebook, à l'un des plus ardents défenseurs de sa véracité, l'écrivain Christian Doumergue. Historiquement, cela manque de vraisemblance, car une Juive du temps de Tibère avait peu de chance de se retrouver en Gaule, et le fait est que les plus anciens auteurs la disent installée à Éphèse, dans la Grande Grèce, avec Jean l'évangéliste et Marie mère de Jésus, et cela paraît infiniment plus logique. Le miracle qui la dit débarquée en Provence la place seulement dans la Sainte-Baume, et même si cette fable était vraie, elle n'aurait eu aucune raison de sortir de sa Sainte-Baume pour aller ailleurs qu'à Jérusalem ou à Éphèse, qui était un centre de mystère voué à la virginité cosmique. À la rigueur, elle aurait pu aller à Rome pour rejoindre saint Pierre, mais quel intérêt pouvait avoir pour elle le pied des Pyrénées ? C'est incompréhensible.

D'un point de vue moral, je ne vois pas, en outre, en quoi l'enseignement de Marie-Madeleine gagne à avoir été dispensé dans le Languedoc, car on ne juge pas de la qualité d'un enseignement selon le lieu où il a été dispensé.

Et sur le plan symbolique ou spirituel, je ne vois rien non plus d'intéressant dans ce cheminement, l'Occitanie ayant ses propres saints respectables, d'une part, et, d'autre part, le rayonnement des saints ne venant pas tant des lieux où ils sont passés, que de la capacité des âmes à se tourner vers eux, tels qu'ils sont à présent dans les étoiles, parmi les anges!

Mais il y a plus. On lie Marie-Madeleine aux cathares, et le fait est qu'aucune légende ancienne ne confirme un tel fait. Ce qui est propre au Languedoc, dans la mythologie universelle, n'est pas ce qu'on invente d'une façon plus ou moins 0000000000000.jpginspirée, mais ce qui existe dans les textes. Or, les chansons de geste déploient des symboles prodigieux, qu'on a tort de méconnaître pour les remplacer par des fariboles se posant comme des suites de la Bible. Les chroniques et épopées franques n'imitent la Bible que pour en reprendre l'esprit: elles n'évoquent pas les personnages de la Bible, mais des gens de l'histoire française tels que l'auraient fait les auteurs de la Bible. Ce qui est plus beau, plus fort, et en même temps plus logique et rationnel. Car la France a eu des Francs, des Languedociens et des Sarrasins, mais des disciples directs de Jésus, c'est douteux.

L'un des plus beaux symboles de l'épopée franque est celui de la princesse sarrasine – incarnant les vertus de la terre occitane, ou languedocienne – abritant son esprit, son âme, et épousant des comtes francs après la mort de leurs maris. On les voit se convertir, et livrer leur sagesse immense aux vainqueurs.

On peut sentir en ces femmes, au-delà de la tradition arabe, les héritières des vieux Wisigoths, à la culture si pure et belle. Là est un trésor de gnose noble, et la source de l'attachement des seigneurs du Languedoc à leurs libertés religieuses en général et au catharisme en particulier.

Car les cathares ne sont pas propres au Languedoc: il y en a eu en Champagne, en Touraine, ailleurs. Mais il n'y a qu'en Occitanie que les seigneurs locaux les ont assez protégés pour qu'une guerre survienne. Et la raison en est 0000000000000000.jpgl'ancrage, par les princesses dites sarrasines, en l'hérésie gnostique de ces seigneurs. L'importance des dames cathares chantées par Maurice Magre nous le rappelle: il y a là une allusion subtile aux princesses sarrasines des chansons de geste – consciente ou non.

On peut expliquer ainsi l'amour courtois, la vénération par les poètes de dames unies à des seigneurs lourdauds. Elles figurent le monde enchanté, les fées, l'âme du Languedoc – et on comprend, dès lors, pourquoi des seigneurs qui étaient issus d'elles n'ont pas voulu livrer les cathares aux croisés. Pourquoi ils ont eu de la sympathie pour le catharisme et ont peu à peu refusé de verser la dîme due depuis Constantin à l'Église. Ils se sont laissé gagner par l'esprit du lieu, en défiance de Rome depuis le roi Alaric. Peu importe qu'ils soient descendus de Francs placés là par Charlemagne: la force de la lignée féminine et du génie occitan les a emportés spirituellement, les a submergés.

Car il faut savoir que le Languedoc est issu de la seule région de Gaule que les mérovingiens n'ont pas prise: elle restait la Gothie, et c'est ce qui a provoqué son rattachement aux royaumes arabes – les Arabes ayant vaincu les Wisigoths non seulement en Andalousie, mais aussi en Catalogne.

On peut saisir dès lors le sens de la croisade contre les Albigeois: les Français pensaient répéter dans leurs actions celles des chansons de geste – de Guillaume d'Orange et d'Aimeri de Narbonne son père –, tandis que les 00000.jpgLanguedociens pensaient défendre la patrie et son âme, quelque chose de collectif, de non individualisé.

Car c'est un fait que la tradition arienne des Wisigoths ou gnostique des Arabes était peu individualisée. C'est tout le sens du combat philosophique de saint Thomas d'Aquin, contemporain de la croisade contre les cathares et mort à Toulouse, contre Averroès et le mysticisme oriental. Thomas défendait le caractère éternel de l'individualité humaine consacrée par Jésus-Christ – par Dieu s'étant incarné dans un homme –, tandis que les Orientaux et les Ariens défendaient l'idée d'une divinité générale, universelle, cosmique, dans laquelle les individus se dissolvaient, leur ego n'étant qu'illusoire. C'est tout le sens, plus loin dans le passé, du débat entre les catholiques et les ariens: l'arianisme subordonnant le Fils au Père, il avouait que l'Homme n'était pas divin, ni éternel, et qu'il devait se soumettre à la Mère Nature ou au Père Créateur. Dans les faits, c'était faire de Jésus un beau prophète, mais pas un dieu au sens fort. Le lien avec l'Islam apparaît ainsi clairement.