23/09/2020

L'Elfe jaune ami de Mömulc dans les souterrains d'Arcolod

000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette saga insigne, nous avons laissé l'Elfe jaune, ami de Mömulc, alors que, entré dans la caverne où s'était réfugié le monstre-plante qu'il avait vigoureusement combattu, il le voyait désormais fuir devant lui.

Il le poursuivit tant qu'il put, mais sa vitesse était vive, et il ne devait point se détourner de sa mission – qui était de retrouver Arcolod. Et ce monstre (qui répondait, sachez-le, au nom d'Utucal) n'était pas si important, n'ayant été envoyé que pour le retenir – éventuellement le tuer, et l'empêcher en tout cas de s'emparer d'Arcolod le Traître. Aussi l'Elfe décida-t-il de laisser aller cet Utucal, et de demeurer sur les traces de son ennemi, en suivant le fil de son sang perdu: car il était sombre et restait fumant, sur le sol visqueux, glaireux de la grotte – pollué qu'il était par la bave de l'être-plante, qui s'y était abondamment traîné.

Le long des parois que recouvrait la mollesse d'un champignon noir qui s'étendait par nappes, l'Elfe jaune vit bientôt des ouvertures sombres – arrondies comme des arches et constellant d'obscurité la droite et la gauche du cheminant. Et il se demanda en frissonnant ce qu'on pourrait y trouver, si on y allait – si des êtres pires que le monstre qu'il avait combattu s'y tenaient tapis. Toutefois se concentra-t-il sur la traînée sanglante – trace laissée par Arcolod le Noir, qui était sa mission. Il songea à son ami Mömulc et à sa terrible blessure, ainsi qu'à l'impérieuse vengeance qu'il devait en tirer afin de lui faire justice – et empêcher Arcolod de nuire encore, étape nécessaire à la victoire finale sur Börolg, le Sanglier rouge.

Il poursuivit sa route. La piste qu'il suivait s'enfonçait dans les ténèbres, mais son joyau brillant, ornement pectoral, les dissipait devant lui de son étrange lumière mystique – et faisait fuir les ombres bruissantes dont la puissance ne s'exerce que dans l'obscurité totale. Car la clarté les blesse, et les fait s'éloigner; mais dans 0000000000.jpgl'obscurité elles se pressent autour de leurs proies, et l'Elfe jaune pouvait même les entendre chuchoter, lorsque, pour le vérifier, il atténuait sa lumière pectorale et que, lui rendant toute sa force juste après, il distinguait ces ombres fuyant à toute allure. Et il percevait alors de son oreille fine d'imperceptibles crissements, ou sifflements, et voyait des ailes s'agiter, comme celles de chauves-souris.

Quelques-uns pourraient croire qu'il s'agissait justement de chauves-souris à peine entrevues dans cette pénombre, et non de spectres obscurs, mais il s'agissait bien de cela, ce qui restait d'êtres pensants ayant vraiment vécu – et qui n'avaient pu, après leur mort, trouver le chemin des étoiles. Leurs péchés nombreux les avaient maintenus sur terre – les avaient retenus en arrière –, et ils erraient désormais sous la forme de ces spectres, avides de posséder à nouveau les choses qui avaient enflammé leurs désirs, mais qui désormais échappaient à leurs mains de fumée.

Et s'il existe un rapport avec les chauves-souris qui craintives rasent les murs et se suspendent tremblantes aux plafonds des grottes et des vieilles demeures, ce n'est pas dans le sens que beaucoup croient, chers amis lecteurs – qu'on a assimilé naïvement ces bêtes à des fantômes, la nuit quand on les percevait: on n'eut jamais, en vérité, 00000.jpgcette folie. Mais qu'on percevait une chose étrange – les spectres se mouvant sur ces chauves-souris, qui en quelque sorte les chevauchaient à la façon de cavaliers. De ces êtres, les chauves-souris signalaient donc la présence, parce qu'elles leur servaient de véhicules, de support pour se manifester, et agir dans le monde.

De cette sorte, on n'eut pas tort de faire des chauves-souris les restes d'hommes anciens qui étaient morts dans les péchés, et notamment dans celui de la peur. Ceux qui étaient morts dans la peur, dit-on, ne pouvaient faire qu'en quittant la terre, ils ne laissent derrière eux des forces qui ne pouvaient entrer dans un nouveau corps d'être humain – parce que si elles l'avaient fait, il aurait été monstrueux, et aucune femme n'aurait pu lui donner naissance.

Mais ces forces avaient dans les temps anciens donné naissance à l'espèce des chauves-souris. Et maintenant, l'Elfe jaune distinguait dans l'antre qui servait de refuge à Arcolod les ombres mêmes qui demeuraient de ces temps anciens. Et le fait est que les ombres qu'il distinguait le mieux avaient la forme d'hommes et en même temps de chauves-souris, avec de grandes ailes de noirceur. (Et en vérité, elles étaient ce qu'on nomme des démons, car elles étaient issues d'hommes supérieurs, d'une race antérieure à l'homme actuel, d'hommes apparentés aux elfes, et c'est là tout ce qui restait d'eux.)

Pendant que l'Elfe jaune s'avançait, elles s'efforçaient de se saisir de lui, et de lui prendre sa vie et sa force, car il avait reçu des elfes de la Lune (désormais apparentés aux anges) le droit d'être un elfe sur la Terre – il en avait acquis la grâce et les pouvoirs, et pour cette raison elles le haïssaient. En sa présence leur envie les dévorait, et 00000000.jpg
elles voulaient le faire mourir, l'appelant traître, vendu, et usurpateur.

Mais il y avait une autre raison à cela, c'est que le feu qui l'habitait, elles pouvaient s'en repaître, et ainsi retrouver l'épaisseur leur permettant d'agir dans le monde, et se saisir des biens qu'elles désiraient. Sa nature acquise d'elfe, elles cherchaient à l'acquérir à leur tour à nouveau – et donc à la lui voler. Et ainsi éprouvaient-elles une forme de soif à l'égard de son sang, et avaient-elles la nature de ceux qu'on nomme les vampires. D'ordinaire se satisfaisaient-elles de bêtes, voire de plantes, dont elles aspiraient la sève; parfois elles pouvaient se saisir d'hommes et de femmes mortels – et ce qu'elles préféraient était les enfants, et les jeunes filles vierges. Mais aujourd'hui la chance, pensaient-elles, leur souriait, car un elfe, ou un être apparenté aux elfes, était venu dans leur antre, et elles allaient pouvoir s'en repaître, et en tirer une vie qu'elles croyaient inaccessible à jamais à leur nature vile.

Pour parvenir à cela, il fallait toutefois d'abord l'affaiblir assez, dans son âme, pour ternir l'éclat de son joyau pectoral, notamment en lui inspirant de la peur. Et, dans leur conseil secret, c'est désormais ce qu'elles s'employèrent à faire.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

21/07/2020

L'Elfe jaune dans l'antre maudit de la butte douée d'âme

000.jpgDans le dernier épisode de cette insigne geste, nous avons laissé l'Elfe jaune, compagnon de Momülc, alors qu'il venait de se libérer d'un monstre mi-pieuvre, mi-plante, mi-homme, et qu'il se faufilait entre ses branches penaudes, voire marchait dessus rageusement.

Toutefois, alors que l'Elfe ainsi domptait la bête, le sang de son flanc ouvert aspergeait en gouttes le sol et les tentacules durs de l'être. À chaque goutte tombant sur eux, un frémissement léger persistait – la nature hideuse du monstre se maintenant même dans son échec infâme.

Mais l'Elfe jaune se faufila sans problème jusqu'au seuil ouvert, et pénétra dans l'antre obscur en longeant les branches qui désormais n'osaient plus le toucher, tant il avait de vigueur à les briser ou à les trancher. Puis il vit, au loin dans l'obscurité, tout près du sol, un reflet d'yeux malins et cruels, qui clignaient, et où une lueur de peur, à cette apparition lumineuse du Premier Disciple, désormais se décelait. Nombreux étaient-ils, ces yeux ronds et noirs – et sur un éventuel visage disséminés sans ordre clair, comme si cet être eût été multiple – comme s'il n'eût été qu'un informe amas de plusieurs êtres mêlés. Quel père démoniaque de cette masse ignoble avait pu les mâcher et les recracher pour former cette entité unitaire, Dieu seul sait. Puis quelle magie, quel art immonde avait pu donner vie à ce monstre, il serait bien difficile de le dire. Mais aussi, mieux vaut ne pas entrer dans ces mystères, car ils pourraient ôter la raison aux hommes imprudents qui s'y risqueraient.

Cependant, l'Elfe jaune, lui, n'avait point peur. À ses pieds désormais luisaient des ailes formées de fines flammes, car en lui le feu était revenu plus fort que jamais. Même sa blessure, qui avait longtemps goutté et qui avait paru si profonde, déjà se refermait: les forces de vie qui emplissaient son corps accomplissaient cet office. Une bulle de clarté molle, traversée d'irisations mouvantes, l'entourait, éclairant l'air autour de lui.

En vérité l'œil aguerri, ou initié par quelque ange, eût pu voir à sa blessure s'affairer des gnomes, suspendus à son flanc. Y demeurant comme le long d'une falaise aux subtils rebords, ils tissaient de fils mystérieux une 0000000000.jpgcouture inconnue, aussi belle que vivante, et reformaient sa peau. De leur haleine leurs épouses fines et ravissantes vivifiaient ce fil d'or, achevant de faire disparaître sa triste plaie. Car tel était le pouvoir des disciples de Captain Savoy, qu'ils disposaient d'êtres élémentaires à leur service pour les soigner au combat et les rendre quasiment invincibles, et immortels.

Quand ce travail de chair tissée fut achevé, miracle suprême, d'autres gnomes surgirent – d'un rang plus noble, plus élevé, plus digne, semblant plus près du ciel que les précédents, ressemblant davantage aux anges dont ils émanaient. Car il faut le savoir, en passant les anges laissent sur leurs pas ces êtres élémentaires, qui naissent d'eux à mesure qu'ils marchent, et qu'on voit surgir de leurs pieds, de leurs flancs, de leurs mains, de leurs bouches, selon les cas. Cela aussi est un grand mystère, sur lequel nous reviendrons un autre jour.

Et voici! ces autres lutins de leur art consommé réparèrent son haubert rompu, sans que l'Elfe jaune en fût gêné dans sa marche propre: sans l'empêcher de marcher, de bouger, de lever les bras s'il en avait besoin, ces êtres petits et fins reforgèrent ses mailles d'or qui lui faisaient comme une seconde peau, révélant en même temps sa nature divine cachée, puisque c'est de sa propre énergie sacrée que les gnomes tiraient le métal dont elle était faite. Liée par divers conduits aux étoiles, cette énergie était captée, concentrée et purifiée, pour former les mailles de son haubert, nouveau mystère. De telle sorte que ce qui apparaissait le plus à l'extérieur était en réalité ce qui manifestait le plus l'intérieur de l'Elfe jaune, et que son costume, en un 0000000.jpgcertain sens, lui ressemblait plus que sa propre peau. Entendez cela, âmes de peu d'éveil! Car c'est plus important qu'on pourrait le croire, et en même temps nous ne pouvons, présentement, nous y attarder.

Et le costume était fait de rêves profonds qu'avait le Premier Disciple, de rêves durcis et affinés, et il en était d'autant plus fort et puissant, il en recelait d'autant plus de merveilleux secrets, de ressources incroyables. Une grâce venue de l'arc de la Lune le permettait, et c'est aussi elle qui l'entourait de son feu légendaire, et mettait des ailes de flamme à ses pieds. Adalïn, épouse lunaire de Captain Savoy, intervenait dans l'accomplissement de cet adeptat, et les êtres qui l'entouraient et disposaient des officines à cela destinées, lui obéissaient. Les onze disciples plus un bénéficiaient de ce don des astres, et l'Elfe jaune ne pouvait pas, ainsi, sentant sur lui la main de la belle princesse de la Lune, avancer devant lui avec courage, plein de foi en lui-même et en ses protections saintes. Ce n'était plus de son côté, non, qu'était désormais la peur, mais de celui de cette pieuvre-arbre qui l'avait attaqué, et qui maintenant devant lui fuyait. Elle n'offrirait ainsi plus d'obstacle sur son chemin vers Arcolod le Meurtrier. Et sa traînée sanglante, sur le sol éclairé par la pierre frontale de l'Elfe, était toujours visible, aisée à suivre, jetant sous la lumière des reflets humides.

Fuyant devant l'éclat de ses rayons, l'arbre que douait une âme s'affairait à rétracter ses branches, et l'Elfe jaune les voyait glisser le long des parois de la grotte, emportant avec elle de la glaire venue d'on ne sait où. 0000000000000000.jpgL'être immonde s'enfonçait dans des profondeurs obscures, disparaissait dans des ténèbres insondables, comme s'il avait été accroché à l'abîme par on ne sait quelle queue infinie. Il reculait de plus en plus vite, à la façon d'un crachat avalé, tombant dans on ne sait quel puits – dont l'Elfe jaune lui-même, tout triomphant qu'il était, frissonna à la pensée de son fond. Se pouvait-il, songea-t-il, qu'il était entré dans la gueule d'un monstre énorme dont l'être-pieuvre n'était qu'un parasite, une sorte de ver vivant dans son œsophage et parfois sortant de sa bouche, quand il le lui ordonnait pour ses besoins? L'horreur d'une telle perspective faillit immobiliser l'Elfe jaune, dont le pas hésita: pouvait-il entrer sans crainte dans le corps d'un tel être? Mais il le fallait, et il était prêt à tout obstacle, à tout ennemi.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette aventure effrayante, et de la chasse de l'Elfe jaune à Arcolod le Traître.

18/05/2020

L'Elfe jaune face à la vivante butte aux vieilles souches

000000000000000000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série singulière, nous avons laissé l'Elfe jaune, ami de Momülc et disciple de Captain Savoy, alors qu'il tentait de desserrer l'étreinte d'un être végétal ayant placé ses tentacules noueux autour de ses membres. Et il avait fait jaillir de sa broche magique un feu qui avait atteint cet être et l'avait repoussé. Tout le bosquet en tressaillit de la plus étrange façon.

Les branches enserrant l'Elfe jaune aussi se tordaient, vibraient, frémissaient, claquaient, vives et alertes; mais cela ne semblait préluder qu'à une sanglante attaque, car la colère qui les animait était sensible et, en plusieurs endroits du corps du guerrier au pourpoint jaune, loin de relâcher leur étreinte elles tenaient bon, comme préparant une terrible vengeance; elles se maintenaient fermes, dans leur volonté claire d'attaquer.

Toutefois, le bras gauche de l'Elfe ayant été libéré par une branche qui avait bondi au coup de lumière envoyé par sa broche, il en profita pour renchérir dans son propre assaut. Car il abattit le tranchant de sa main libre sur une branche qui le tenait au ventre, et voici! aussitôt elle fut rompue.

Il advint alors quelque chose d'inattendu: du tronçon bondissant jaillit une gerbe d'un liquide aux reflets rouges, et qui ressemblait à du sang. Une partie de ce jet vint même jusqu'au visage de l'Elfe jaune, éclaboussant sa joue droite et ses lèvres, et il put le goûter, lorsque son effort lui fit ouvrir la bouche; car il y coula, qu'il le voulût ou non. Or, il avait bien la saveur du sang, quoiqu'il fût plus épais que celui des hommes, et qu'il eût aussi un goût végétal et terreux étrange, comme s'il émanait d'un homme-plante, d'un être à mi-chemin entre l'homme et la plante.

L'Elfe jaune comprit que l'être qui s'attaquait à lui était hybride, peut-être le fruit d'un maléfice. Et s'il avait l'air extérieurement d'une plante, il avait clairement aussi la nature d'une pieuvre, et les pensées d'un homme. Car il semblait rusé, et puissant, et il ne réagissait pas comme un animal craintif.

Toutefois les branches avaient encore tressailli quand il en avait coupé une, et voici que vibrant de plus belle les autres se resserrèrent, comme saisies d'une rage inouïe qu'alimentait une peur sourde. Et l'armure de 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000.jpgl'Elfe jaune se rompit à son côté droit, et les branches hérissées d'épines entamèrent sa chair blanche, et y firent jaillir des ruisseaux de sang clair.

Et avec horreur l'Elfe jaune vit s'ouvrir, le long de la branche qui l'avait ainsi entamé, de petits trous mous, comme de fines bouches, et qui dans un mouvement hideux de succion se mirent à aspirer son sang, et à le boire, à en imprégner le bois et les fibres de l'être ligneux et infâme, vampire, pieuvre de l'air que seules les ténèbres avaient pu engendrer.

Révolté et marri l'Elfe jaune plissa les yeux, et en concentra le feu, comme il l'avait si souvent fait dans ses divers combats, l'envoyant non plus sur les branches de façon globale, mais, dans un trait fin et net, vers l'endroit où il pensait qu'était le corps de l'être infâme.

Il ne le voyait pas; il était caché par la butte, et l'obscurité de la porte anéantie. Mais il le devinait, diabolique et ruminant ses assauts immondes; une haine palpable s'exhalait de lui et de l'ouverture noire, et elle était mêlée d'un désir atroce de mort et de sang répandu, d'une aspiration à dévorer tout ce qui avait vie, chaleur et lumière. Il en sentait la présence, et, lui qui avait été visité par des êtres stellaires, il frémissait à sa sensation, comme si la racine de l'être était dans un abîme 000000000.jpgdont la vision aurait rendu fou jusqu'à Captain Savoy. Il savait que cela n'était pas possible, ou que ce n'était point vraisemblable, mais la peur l'envahissait, et avec elle l'impression que tout était perdu, et que nul être ne pouvait résister à une telle abomination.

Avec l'énergie du désespoir, encore et encore il tira ses feux oculaires dans le fond de ces ténèbres horribles, respirant de cette présence démoniaque dont il n'avait jamais vu la pareille. Il se demandait si cette flamme pure qui sortait de ses yeux ne serait pas à son tour dévorée, comme son sang l'avait été, si elle ne serait pas impuissante à vaincre tant de ténèbres; mais un ange dut donner une puissance inconnue à son feu, et limiter celle de l'être-pieuvre, car soudain, accusant le choc de ses attaques répétées, celui-ci tressaillit plus qu'il ne l'avait jamais, et la butte 0000000000000000000000.jpgtrembla, et le fit si fort que des branches craquèrent, et qu'un arbre même se déracina, déchaussé du sol à sa base. La forêt était en furie, et les arbres tous frémissaient, leurs feuillages bruissaient, et les oiseaux effrayés tous s'envolaient en criant.

Enfin les branches qui tenaient enserré l'Elfe jaune relâchèrent leur étreinte, et le premier disciple de l'ange de la Savoie dégagea son bras droit et sa jambe droite, et il enchaîna des coups si vifs et puissants, malgré sa blessure au flanc et le sang qui coulait, qu'il brisa, tordit ou trancha plusieurs branches en un instant rapide, qu'un œil ordinaire à peine eût pu suivre. À lui, c'eût été comme un éclair brutal et ardent, faisant exploser le feu de l'Elfe jaune, l'énergie qui l'habitait, et qui lui venait des étoiles mêmes, mystère des mystères. Car il avait ce don, d'être lié aux astres, depuis son initation mystique: nous en avons déjà parlé.

Puis, libre de toutes ses entraves, l'Elfe jaune bondit si vivement, dans sa nature forte, qu'il passa désormais entre les branches ralenties, et aux mouvements erratiques, et qu'il marcha sur elles, prenant appui légèrement sur l'une ou l'autre pour s'approcher, ainsi qu'un danseur gracieux, à nouveau du seuil de l'antre maudit. Se jouant de l'être qui avait failli le tuer, il échappait désormais aisément à ses molles attaques, les branches qui s'élevaient étant aussitôt écrasées par un pied rageur de l'elfe, ou frappées, envoyées au loin, parfois arrachées de leur source par la violence du coup. L'Elfe jaune était vainqueur et l'arbre vivant avait perdu tout son feu. Il subissait la suprématie du disciple de Captain Savoy, et semblait déjà gémir de se voir anéanti. Les branches ne faisaient plus que des mouvements pitoyables, craintifs et penauds, comme si leur défaite les avait humiliées.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à ce que l'Elfe trouva finalement dans l'antre obscur par où s'était échappé Arcolod.