04/12/2019

Le réveil de Captain Savoy

thanos.jpgDans le dernier épisode de cette série insigne, nous avons laissé les quatre disciples assaillants de Chambéry alors qu'ils venaient d'être vaincus et mis hors de combat par le gouverneur de la ville, Ortacul.

Il fit aussitôt mettre en prison les quatre héros, sans plus tourmenter les filles – ce qui montrait qu'il n'avait voulu, en faisant cela, que faire perdre la tête aux deux garçons. Car, en vérité, il se les réservait, étant lubrique et ignoble, et pensant pouvoir enfin à travers elles créer la lignée qu'il désirait depuis des siècles, nouvelle parce que liée aux hommes qui occupaient désormais la surface de la Terre, que lui-même et les siens avaient occupée il y avait bien des millénaires. Car il en est ainsi qu'avant les hommes il y eut sur Terre des géants, que le temps a précipités dans l'abîme en suscitant d'autres héros, fils d'Alar dieu des guerriers – pour les vaincre, les ligoter, les dominer.

Or, l'heure, pensait-il, était à la revanche, et il s'agissait de créer un nouvel Ordre, en régnant sur Chambéry au nom de son neveu Malitroc, et en fondant une dynastie de princes et de seigneurs, pour qu'ils se répandent sur la Terre entière et créent un immense empire. Et lui-même était invincible, il le savait!

Captain Savoy avait vu, à distance, grâce aux yeux de ses amis les milans (qui avaient tout épié), ce qui s'était passé. Et, quoiqu'il ne l'eût pas fait s'il n'y avait pas été obligé – quoiqu'il eût choisi la prudence face à un ennemi qu'il sentait plus puissant –, il sut qu'il était dorénavant nécessaire d'agir, et de venir en aide à ses disciples en difficulté, de sortir de sa montagne et d'emmener avec lui ses disciples les plus fidèles, le Nouvel Hanuman et la Femme de Cristal; à eux se joignit la Femme-Comète, adoubée pendant la bataille de la Combe de Savoie (comme on devait appeler bientôt la victoire des Quatre Disciples sur l'armée de Malitroc, puis leur capture par Ortacul), et qui brûlait de retrouver l'Amazone céleste et la Femme-Faucon, qu'elle aimait dark-phoenix_marvel_feature.jpget admirait. (On raconte, également, qu'elle avait un faible pour le Léopard des Neiges, mais cela n'a jamais pu être prouvé; les liens qui plus tard devaient les unir, rien ne prouve qu'ils aient été pour rien dans l'ardeur de la Femme-Comète à accompagner Captain Savoy. Car à cette époque, elle était surtout admirative de l'Amazone Céleste, et tâchait surtout de marcher dans son sillage.)

Il fallait que Captain Savoy agît au plus vite, s'il ne voulait pas voir déshonorées l'Amazone céleste et La Femme-Faucon, et tués le Léopard des Neiges et le Noton bleu – car déjà Ortacul avait annoncé le jour et l'heure de l'exécution de la sentence de mort prononcée contre les seconds sous prétexte de crime de lèse-majesté, et annoncé le jour et l'heure de son mariage avec les deux premières, dont il voulait avoir de nobles lignées, disait-il. Il avait, de fait, de nombreuses femmes, à la façon des princes orientaux, et ne se gênait pas pour les afficher, prenant plaisir à briller en leur présence, et à humilier ceux à qui il les volait, ou ceux qui restaient sans femme. Lui en avait plusieurs, eux n'en avaient point, et cela le faisait rire, et l'enorgueillissait.

Il voulait qu'une fois entrées dans son gynécée, les deux femmes disciples de Captain Savoy devinssent ses esclaves, et lui donnassent des enfants aptes à diriger en son nom la communauté des hommes, et prêts à accomplir la moindre de ses volontés. Il voulait répandre son propre sang sur la Terre, en s'appropriant toutes les femmes, et notamment les plus belles, et les plus glorieuses. Il avait vu, en l'Amazone céleste et la Femme-Faucon, des vierges dignes de faire partie de son harem, et il se réjouissait d'avance de s'y retrouver seul avec elles.

Captain Savoy prévint rapidement les trois disciples qu'il avait choisis, qui aussitôt se préparèrent. Ils se dirigèrent vers la porte de sortie, au flanc de la montagne, et elle s'ouvrit à un mot de Lacner; car il commandait au gnome qui en avait la garde, et qui aux yeux des Disciples demeurait invisible. Mais en passant devant lui Captain Savoy le salua en inclinant le front tête.

Dès que la porte coulissante fut ouverte, les quatre héros virent devant eux, immense, la vallée, et les autres montagnes, dont les sommets dépassaient des brumes.

Là était l'arête de la Grande Marianne, où jadis le prince Dal avait combattu la vouivre de Massédine, et dont on voyait encore l'échine parmi les pierres; car il avait dû la dompter, et la ligoter, afin que les hommes mortels ne fussent plus embarrassés par ses mouvements incertains. Noire et luisante, elle s'allongeait comme un pourri 2.jpgjais taillé qu'eussent orné des opales blanches; car de la neige était sur elle, en névés épars. Plus au sud la pointe de la Vuzelle arborait d'autres vertèbres, celles d'une géante tuée par Dëlïndor, fils de Dal, alors qu'elle ravageait les cités des mortels qui en ce temps-là prenaient naissance. Diënïn, venu jusqu'en cette contrée, avait laissé, lors de l'Attaque des Cosanites, derrière lui le corps monstrueux de Tacatïn, dont le mont Pourri était né, toujours couvert de glace; puis son frère Taranel avait subi le même sort et, collé à lui, avait créé la substance du mont Turla – car tel était le nom qu'il portait dans la langue des anciens peuples vivant là. L'Aiguille Rouge aussi montrait sa pointe, plantée et brisée dans le sol, car elle avait été l'épée de Taranel dit Turla. Alar même l'avait rompue, d'un trait lancé du ciel. Il l'avait fait à la prière conjuguée de Dal et Diënïn. Tel était le pouvoir de ces fils d'immortels, autrefois! Et plus à l'ouest Captain Savoy distinguait le mont Albert, qu'avait gravi le roi de Sardaigne, et qui l'avait illuminé, car là vivaient des elfes puissants, et gracieux, qui faisaient rayonner leurs lanternes sur la Terre.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, et découvrir dans ses lignes l'attaque de Chambéry depuis les hauteurs, par Captain Savoy et ses compagnons.