23/04/2021

L'Homme-Météore au secours des gens de Kribi

b5a9d78d75bd3db007caf8dcfda3ad62.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé, chers lecteurs, l'Homme-Météore alors qu'il venait de faire le récit de sa propre vie, et transformation en bon génie de Paris, à son nouvel ami l'Homme-Fétiche – qui en fut heureux, découvrant, par là, un être semblable à lui, et avec lequel il pût s'allier et s'unir, en cas de besoin.

Et quand à son tour, donc, l'Homme-Météore eut terminé son long récit, et les commentaires qui vont avec, il resta lui aussi silencieux – et songeur, étonné et ému dans son cœur. Le silence dura si longtemps que l'Homme-Météore, gêné ou surpris, éclata de rire. Alors l'Homme-Fétiche rit aussi, et ils s'embrassèrent, et s'accolèrent, et ils étaient les meilleurs amis du monde, sans que cela soit une parole en l'air, mais réellement il n'y avait pas d'amitié si profonde et si pure qu'entre ces deux-là, à ce moment.

Comme l'Homme-Météore voulait montrer de la gratitude, à l'endroit de l'Homme-Fétiche, pour l'aide qu'il lui avait apportée lors de son dernier combat (lui sauvant quasiment la vie), il lui demanda, par politesse et affection sincère, ce qu'il pouvait faire pour lui, à présent. L'Homme-Fétiche baissa un instant la tête, comme gêné, et, la relevant, lui demanda s'il pouvait voler rapidement sur des milliers de kilomètres. 

Bien sûr! répliqua l'Homme-Météore. Du moins je le suppose, car je ne l'ai encore jamais fait. Mais je ne vois rien qui puisse m'en empêcher, n'ayant jamais ressenti aucune fatigue lors de mes vols précédents, au-dessus de Paris. Pourquoi me demandes-tu cela, mon ami?

Alors l'Homme-Fétiche lui expliqua. Dans son pays d'origine, le Cameroun, ses cousins l'avaient prévenu, un allié de Radsal-Tör s'était levé, qui tourmentait les habitants de Kribi, ville aux plages idéales. Il avait pris la forme d'un crabe géant, et, régnant sur le rivage de la mer, il contraignait les gens à lui sacrifier des femmes et des enfants, des jeunes gens ou des animaux, pour sa nourriture et ses besoins infâmes. En échange, disait-il, il promettait de protéger le peuple des tempêtes maléfiques venues du ciel – des vents et des nuages –, car il pouvait projeter dans l'air un véritable champ de force, écho de sa puissante carapace, et créer au-dessus d'eux comme un parapluie – qui serait 00000 (2).jpgaussi un paratonnerre et un parasol, qui parerait tout, des méchantes attaques d'en haut. 

Et comme il anéantissait et assassinait ceux qui refusaient, le peuple s'était mis à lui obéir, et lui sacrifiait ses biens les plus précieux, et lui s'était fait un radieux harem, et avait amassé de formidables richesses, avait levé une armée, et s'apprêtait à renverser le président légitime du Cameroun, Paul Biya. 

Ce n'est pas que celui-ci fût tant aimé du peuple, qui l'avait beaucoup vu, depuis des décennies qu'il était au pouvoir, et dont il pensait qu'il ne faisait pas grand-chose pour lui, qu'il savourait surtout les joies de la paresse et du gouvernement facile. Mais, d'un autre côté, il ne faisait pas rien du tout non plus, et il ne permettait pas tout non plus, il le demandait pas mille choses incroyables, et il y avait des tribunaux pour régler les problèmes, bref Paul Biya restait tout de même mille fois plus légitime que ce crabe géant appelé 000.jpgOrmokong – Ormokong de Kribi.

Et voici! l'Homme-Fétiche voulait que l'Homme-Météore, comme ami du Cameroun et de son peuple – puisqu'il protégeait la France qui était l'amie du Cameroun –, vienne avec lui l'aider à renverser ce monstre, et à le chasser pour en libérer les habitants. S'il refusait, il comprendrait, car il avait fort à faire, à Paris et en France, mais lui devait s'y rendre, et puisqu'il avait demandé ce qu'il pouvait faire en signe de gratitude, voici! il le lui disait, qu'il voulût bien lui pardonner.

Alors l'Homme-Météore sourit, et dit: Ami, ami, les affaires de Paris et de la France attendront. L'amitié est une chose sacrée, la gratitude est un sentiment saint. Je ne peux pas faire autrement que de te dire oui, et partons tout de suite! Mais avons-nous le temps de recharger nos batteries, pour ainsi dire? De nous sustenter, de nous reposer et de prier, et d'exposer nos costumes et nos armes divines à la force des étoiles, afin qu'ils s'en remplissent à nouveau?

L'Homme-Fétiche à son tour rit, et dit: Bien sûr, mon ami, Homme-Météore de mon cœur. Faisons comme tu dis. J'ai ici tout ce dont nous avons besoin pour cela. Et ayant dit ces mots il sortit de la nourriture de son réfrigérateur, et commença à préparer à manger. Il conseilla aussi à l'Homme-Météore de laisser son costume derrière lui et d'aller prendre une douche, et que pendant ce temps il placerait ce costume – et le sien propre – au 00000000000000.jpgsommet de son repaire, sur une tour qu'il utilisait pour surveiller les alentours, et qu'ils pourraient ainsi s'irriguer de l'éclat des étoiles, source de puissance tant pour l'un que pour l'autre. 

Et que quand ils se seraient sustentés et lavés, qu'ils prieraient ensemble, invoquant les dieux, les anges et l'esprit des ancêtres, et qu'ils dormiraient, chacun dans un lit douillet et profond, et que le lendemain, dès l'aube, ils se lèveraient, à nouveau prieraient, effectuant le sacrifice de leurs pensées et de leurs sentiments aux êtres divins, aux esprits sublimes, et qu'ils partiraient, joyeusement et prêts, frais et armés pour la bataille fracassante annoncée.

Et il en fut ainsi. Ils mangèrent, se lavèrent, prièrent, sentirent dans leur cœur la voix de leur être profond parler à Dieu, dormirent, puis se levèrent, saluèrent une fois de plus le soleil de leurs vœux ardents, s'habillèrent après avoir récupéré leurs costumes rutilants, et, s'élançant joyeusement, ils partirent vers le sud, traversant rapidement la France de leur vol fulgurant, passant par-dessus la mer, et d'autres pays que je ne saurais nommer, avant d'arriver enfin en vue de Kribi et de sa place chatoyante aux yeux.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant aux débuts de la guerre de Kribi, menée par l'Homme-Fétiche et l'Homme-Météore, ensemble, contre Ormokong le dieu-crabe.

13/04/2021

Réécritures de la Bible: Mormons et cathariens

00000.jpgIl existe, aux États-Unis, une église protestante bien connue, appelée les Mormons, et ils ont fondé une ville, ils participent à la richesse culturelle et économique du pays, je ne cherche pas à parler d'eux pour les critiquer. Mais il existe chez eux un phénomène fascinant, qui dit beaucoup sur beaucoup de choses, et c'est le suivant: ils ont écrit leur propre Bible, apparemment divinement inspirée, et dont je crois que le véritable auteur est simplement leur fondateur (dont le nom m'échappe). Elle raconte qu'une tribu d'Israël est venue s'installer en Amérique dans l'antiquité, et que les Mormons en ont ressuscité la tradition oubliée.

Cela donne une incroyable force de conviction à leur communauté, à leur installation en Amérique, et cela explique peut-être qu'ils aient fondé une ville prospère. Cela n'a donc pas forcément de mauvais effets, bien que je ne croie pas que cela soit vrai: la seule tribu d'Israël qui ait jamais vécu en Amérique l'a fait en vivant dans leur cœur, en s'insérant dans leur âme. Quant aux êtres humains qui vivaient en Amérique avant l'arrivée des Européens, tout le monde les connaît, et en essence, s'ils ont un lien avec les Européens, il date pour ainsi dire de l'Atlantide!

Mais en Pays cathare, en Occitanie, il y a, curieusement, des écrits proches, des suites données à la Bible. Cela n'évoque pas les tribus d'Israël, l'Ancien Testament et les mystères du passé immémorial, mais le Nouveau Testament et l'histoire récente. Il faut dire que si des apôtres de Jésus-Christ étaient venus s'installer en Amérique, on en aurait des traces. On aurait des traces de passages d'Européens en Amérique.

Peut-être n'en manque-t-on pas. Car si, comme le prétendent les légendes catholiques, Marie-Madeleine et ses amies ont pu dériver sur un radeau de Palestine en Provence, on ne voit pas pourquoi elles n'auraient pas pu dériver, 000000000.jpgportées par l'Ange, jusqu'au continent américain. Certains assurent qu'elle aurait fini sa vie au Pays de Galles; c'est encore trop peu: je vote pour le Delaware.

Des écrivains anglophones, un peu comme le fondateur mystique des Mormons, ont assuré avoir eu des visions sur Marie-Madeleine arrivant dans le Languedoc après être allée en Provence, et c'est la véritable origine de toutes les idées étranges sur son passage au pied des Pyrénées, que ne rapporte pour le coup aucune légende traditionnelle – pas plus que les Indiens d'Amérique n'ont, eux, évoqué dans leurs contes des arrivées d'Israélites parmi leurs tipis.

Assurément les protestants adorent la Bible et leurs visions en sont imprégnées – en sont des réécritures fantastiques, nourries de leurs voyages. Car je ne pense pas que les Mormons aient eu de telles révélations avant leur arrivée en Amérique, depuis la Grande-Bretagne dont je crois qu'ils sont majoritairement issus. Ils sont d'abord venus en Amérique, ont été charmés, et la beauté des lieux les a portés vers de jolies rêveries – mêlées de lectures bibliques. Si 0000000000.jpgmême ils ont inventé ces histoires avant d'arriver en Amérique, c'est sur la base de jolis récits de gens qui y étaient allés: ils n'ont pas, dans leurs rêves, découvert l'Amérique avant Christophe Colomb.

De même, bien des personnes anglophones venues prendre les eaux thermales dans les Pyrénées, et en particulier à Rennes-les-Bains, découvrant dans les alentours que plusieurs églises étaient dédiées à sainte Marie Madeleine, et apprenant qu'elle était réputée avoir séjourné en Provence, se sont dit qu'elle avait bien pu venir aussi là où des églises lui étaient dédiées, peut-être assez ignorants de la manière dont ont lieu ce genre de dédicaces. Après tout c'est le sud de la France, et si les Languedociens n'ont gardé aucun souvenir de ce passage glorieux de la dame étincelante, ce n'est pas forcément plus fiable que la sagesse des Cheyennes et des Sioux.

Mais réfléchissons davantage. Car j'ai reconnu que si des dames anglaises visionnaires avaient pensé que Marie Madeleine était venue dans le Languedoc rôder autour des lieux où plus tard on lui a dédié des églises, c'était peut-être parce que son esprit au moins était venu, et que, dans leurs visions, ces dames n'avaient pas bien distingué, puisque c'est toujours le monde du rêve, image projetée dans les nuées.

Priée par des adorateurs fidèles, Marie Madeleine a pu effectivement venir sur des nuages, et bénir les gens. Et bien plus tard, les visionnaires ont cru que les femmes qui étaient éblouies par sa venue, et 00000000.jpgprenaient par adoration l'air de Marie Madeleine sur leur propre visage et dans leurs yeux – ils ont cru que ces femmes étaient Marie Madeleine, et ont donc commencé à la voir partout où de telles femmes vivaient: à Bugarach, à Peyrepertuse, à Rennes-le-Château, que sais-je?

L'exemple de Peyrepertuse et de son château peut toutefois nous éclairer sur la véritable origine de ces apparitions. Car les dames visionnaires assurent que Marie-Madeleine a fondé des communautés gnostiques qui ont suscité plus tard en Occitanie les Cathares. Et elles parlent du château de Peyrepertuse. Oui, mais celui-ci, tel qu'il est à présent, a surtout été bâti par saint Louis après qu'il a vaincu les seigneurs locaux défenseurs des Cathares. Et le fait est que le culte de Marie Madeleine a pu être répandu dans le Languedoc par les Francs victorieux afin de donner l'occasion aux prêtres catholiques de corriger les pensées des Cathares, qu'ils estimaient fausses, sur Marie Madeleine. C'est à cette époque en particulier qu'elle a dû être beaucoup invoquée par les communautés sous l'égide des prêtres catholiques. Et cela prouve qu'elle est venue réellement en Occitanie – en esprit.

On ne sait pas si elle a vraiment pris le parti des Cathares, toutefois; si elle habite spirituellement Peyrepertuse, comme ce château est de style gothique et typiquement français, c'est difficile à croire. Mais on pourra dire que la réalité est plus complexe.

Au reste, l'Ancien Testament expose peut-être, plus qu'on ne croit, des histoires datant de l'Atlantide, et donc les tribus peaux-rouges peuvent bien y être plus mentionnées qu'on ne le soupçonne; aucune vision n'est sans reflet dans la réalité. Le vrai problème est de parvenir à les interpréter correctement.

05/04/2021

Le répit de l'Elfe jaune

00000.jpgDans le dernier épisode de cette atroce histoire, nous avons laissé l'Elfe jaune, l'ami chéri de Momülc, alors qu'il venait de mettre en fuite trois spectres qui du temps de leur splendeur avaient été des elfes de haut rang.

La troupe des autres spectres, d'un rang moindre que les trois précédents, recula. Un sourd murmure courait parmi eux, trahissant l'inquiétude. Le premier disciple de Captain Savoy avait plus de force et de puissance, plus d'agilité et de rapidité qu'ils ne l'avaient cru.

L'Elfe jaune en profita pour les attaquer en se dématérialisant d'un coup puis en se rematérialisant près d'eux, leur envoyant une nouvelle salve de ses traits vermeils, et cela acheva de les épouvanter et de les mettre en fuite. 

Bientôt l'allée obscure fut tout à fait apaisée, et les chuchotements au loin devinrent assez craintifs, eux-mêmes, pour ôter toute inquiétude à l'Elfe sur la suite de ce qu'ils feraient, et pourraient faire. Il était clair qu'ils craignaient maintenant beaucoup son feu divin, tel qu'il sortait de son buste – et sa capacité à les en atteindre aisément, grâce à son adresse, et à son entraînement.

Sans plus se soucier d'eux, il se tourna et continua son chemin dans l'allée qu'il avait suivie, scrutant toujours de son œil aguerri la traînée de sang laissée par Arcolod le Noir. Soudain, il la vit tourner vers la droite, et emprunter une galerie étroite, et qui tournait, empêchant le joyau pectoral de l'Elfe jaune d'en éclairer le bout: les rayons en butaient sur un coude qui montrait, teinté de rouge par le feu de l'Elfe, la pierre suintante et couverte par taches de souillure noire. De cette galerie, le premier disciple de Captain Savoy sentit venir une odeur infecte, lourde, enivrante, menaçante, immonde. Et il lui semblait entendre, à intervalles réguliers, d'obscurs sifflements, sourds et aigus à la fois, remplis de défiance et d'hostilité.

Prudemment il s'engagea, repoussant de son bras les nappes de champignons brunes qui tombaient de la paroi au-dessus de l'arche ouvrant sur cette galerie. Mais elles n'étaient point inertes. À son contact elles frémirent et, avides, tentèrent de 00000000.jpgs'enrouler autour de son bras. Il secoua celui-ci, mais ne put le dégager que d'une partie de l'entité obscure; car elle se laissa arracher, mais des morceaux, justement, restaient collés à son costume – et il sentait, à travers les mailles fines, serrer et oppresser son bras – et même entrer, dans sa chair, de minuscules aiguillons. Dents ou griffes imperceptibles parsemaient, apparemment, cette matière immonde, et cherchaient son sang!

Il cligna des yeux et des rayons flamboyants en sortirent, consumant ces morceaux visqueux de champignon animé, et il entendit un cri au-dessus de lui, au plafond. Il crut entendre des mots, et il braqua son feu rouge vers le haut, et des yeux innombrables reflétèrent cette flamme, et clignèrent à leur tour. Mais ils le firent ensemble, comme si une seule volonté les animait – et il ne s'agissait point d'yeux humains, il faut le savoir: il n'avaient point de blanc, mais étaient entièrement noirs, et seules des étincelles brillaient sous leur vitre, lorsqu'ils étaient ouverts. 

L'Elfe jaune entendit un nouveau cri, et crut entendre, sifflée d'en haut, une voix le maudire, et jurer qu'elle se vengerait, et le dévorerait, s'en ferait un plaisir, de le dévorer vivant, et de l'entendre crier, alors qu'il serait dévoré!

L'Elfe jaune fit partir un gros rayon vermeil de son joyau pectoral, et plusieurs yeux en furent atteints, et l'immense être de champignon animé trembla sur tout le plafond, et le long des parois. Il se resserra, et en sifflant encore disparut dans les 0000000.jpgprofondeurs de l'allée centrale, que l'Elfe jaune venait de quitter. Il l'apercevait glissant sur la roche en frémissant et en tremblant, voire en s'enroulant sur lui-même, à la façon de serpents et de tentacules. 

Cet être horrible – ainsi que l'Elfe jaune l'apprendrait plus tard de Captain Savoy son maître – se nommait Salïnqïn; un elfe déchu du peuple des Orcadil l'avait engendré, après s'être lamentablement, hideusement uni à une goule faite de brume épaissie, dans son orgueil! Nous le reverrons avant la fin de ce récit, soyez-en assuré: et même, avant la fin de ce chapitre. Car il n'avait fui que pour mieux prendre l'Elfe jaune par surprise, craignant ses pouvoirs, et affectionnant la ruse, la dissimulation, la feinte. Orgueilleux lui-même, comme l'avait été son père désormais mort, il se plaisait à tromper les êtres en déployant une intelligence subtile, cachée, obscure, profonde – et, croyait-il, illimitée. Il jouissait de ce déploiement, et se disait le champion des ruses, l'esprit qui les inspire à tous, et le modèle de tous ceux qui tâchaient d'en avoir. Mais attendons qu'il revienne dans notre récit, pour en dire plus, sur son caractère et sa folie.

Le regardant un instant fuir, l'Elfe jaune ne perdit pas de temps à s'inquiéter de ce qu'il ferait, son ouïe lui inspirant confiance – et trahissant à sa conscience, il en était sûr, les tremblements visqueux que l'être faisait entendre lorsqu'il glissait sur les parois auxquelles il adhérait par d'étranges ventouses.

Il continua son chemin et, précautionneusement, prit le virage étroit qu'il avait vu de loin. L'étroitesse de la voie demeura longtemps, et un vent froid l'assaillit, à mesure qu'il avançait. Il sentait une présence, devant lui, dont il savait qu'elle l'attendait, pâle et spectrale – à moins que ce ne fût simplement Arcolod le Noir.

Soudain, il perçut, sur la droite, un creux et, curieusement, son rayon pectoral ne parvint pas à en percer l'obscurité, comme si elle était ensorcelée. Il ralentit, bien qu'il n'allât aucunement vite, et atteignit, lentement, lentement, cette ouverture sombre. Au moment où il y passa le bras, le corps, la poitrine bien dessinée de guerrier fier, la cuisse musclée et souple, il vit surgir sur lui un ignoble monstre, semblant avoir matérialisé les ténèbres.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à cette effrayante histoire.