25/03/2020

Cicéron et l'immortalité de l'âme

ciceron 1.jpgJe lis toujours du latin avec plaisir, et comme Rudolf Steiner disait de Cicéron qu'il était un initié, j'ai eu envie de le relire. Et comme je me rends régulièrement à Lyon pour y voir ma fille qui y habite, j'ai eu l'occasion d'acheter un petit traité sur la vieillesse qu'il a écrit, autrement appelé Cato maior, c'est à dire Caton l'ancien. Il y fait dialoguer le célèbre Caton le Censeur, qui a fait détruire Carthage, homme vertueux selon les critères romains, et d'autres Romains importants de son temps. Alors Caton est vieux, et il défend son âge en disant qu'il est normal et naturel, et qu'on a tort de se plaindre de la vieillesse.

Or, j'ai eu la surprise d'y trouver le fameux pari de Pascal, dit en mots plus simples. Car Caton, ni Cicéron non plus, ne doutaient de l'immortalité de l'âme. Ils affirment qu'elle vient des dieux, et qu'à la mort elle y retourne, et que c'est sa patrie naturelle. Elle tombe du ciel pour des desseins cachés et, sa mission accomplie, elle laisse le monde physique dénué d'intérêt en soi, pour regagner les étoiles sublimes. Et c'est là qu'apparaît le pari de Pascal, car Caton dit que même si l'âme ne survit pas à la mort, il lui plaît beaucoup d'imaginer autre chose, et que cela lui permet de vivre bien mieux, que s'il pensait qu'elle ne lui survivait pas. Même s'il était vrai qu'elle ne lui survivait pas, il serait vain d'en être conscient, puisque la mort effacerait tout!

On se souvient que c'est à partir de ce raisonnement que Blaise Pascal, bien des siècles plus tard, affirmait qu'il fallait croire en Dieu. Cela fait un peu rire, quand on y songe, car beaucoup de commentateurs sont persuadés que Pascal disait cela en vrai chrétien, et se moquent de lui pour cette raison. Or, Cicéron n'avait jamais entendu parler de Jésus-Christ, mais il disait la même chose, et en réalité Pascal n'a pas pris son raisonnement de la Bible, mais bien de lui, de Cicéron, qui était païen, quoique vertueux et pieux.

Cela relève de la sagesse la plus simple: l'intelligence qui est dans l'âme ne sert à rien, si l'âme n'a rien qui la rapporte aux dieux, si elle n'est pas immortelle. Inutile d'en tirer de l'orgueil, comme font les athées de Paris ciceron-busto-kmiC-620x349@abc.jpget ceux qui les imitent: d'emblée leur intelligence, en décalage avec la réalité qui se moque des pensées de l'être humain puisqu'elle les laisse dans une vaine évanescence, apparaît comme nuisible et stérile.

On peut ajouter qu'une intelligence en décalage avec la réalité n'a aucun sens, puisque l'intelligence a pour vocation d'établir ce qui est. Donc il est illogique que l'âme soit mortelle, et que les pensées n'aient pas de sens. Si l'intelligence existe, c'est bien que l'âme a une valeur substantielle. Si le monde est absurde, les pensées le sont aussi, et elles ne peuvent donc pas établir que le monde est absurde de façon fiable et crédible. Il n'y a que si l'intelligence s'appuie sur une substance fiable, qu'elle peut établir la vérité; et donc elle ne peut pas établir intelligemment qu'elle-même n'a pas de fiabilité.

Cicéron donne même la raison pour laquelle l'âme immortelle est envoyée par les dieux dans des corps mortels, faits de substance terrestre. Il dit, j'en ai parlé ailleurs, qu'elle doit accomplir une mission: elle doit donner à la Terre les qualités du Ciel, qu'il nomme naturae modo et constantia – à l'ablatif. On peut le traduire kandinsky-circles.jpgpar mesure et constance cosmiques, c'est à dire les lois, dans leur justesse et leur rigueur. Les astres dégagent une harmonie que les âmes vertueuses doivent chercher à instaurer sur Terre. C'est la mission de Rome, de créer cet ordre divin parmi les hommes – et civiliser la Terre revenait à la faire telle qu'était le Ciel: le citoyen romain était un citoyen du Ciel, un fils des dieux. Il était approuvé par eux.

C'est dire qu'à Rome, la république était de droit divin: car Cicéron était républicain. Cela se vérifie dans l'histoire légendaire du fondateur de la république, Brutus, clairement envoyé par les dieux contre les méchants rois – plus ou moins sorciers.

Une république de droit divin, c'est surprenant, pour les Français. Un peu moins pour les Américains et les Genevois, puisque leurs républiques sont clairement des créations divines providentielles, destinées à sortir l'humanité de l'obscurité, et du despotisme des princes. Les Français n'assument pas cette dimension spirituelle et mythologique de la République: malheur à eux. Pourtant, quelques-uns au dix-huitième siècle s'étaient exprimés en ce sens: Marivaux, par exemple, quand il a parlé de l'égalité entre les hommes et les femmes qu'il disait voulue par les dieux. Et on le sait peu, mais la devise Liberté, Égalité, Fraternité vient du chrétien mystique Fénelon et, à ce titre, a été approuvée par Chateaubriand, qui disait qu'à travers elle, c'était le christianisme qui cherchait à se réaliser politiquement.

Or, de tout cela, Cicéron était évidemment le précurseur: ses pensées préfiguraient l'avènement d'une république sainte et religieuse, dans l'esprit de Victor Hugo, et évidemment pas dans l'esprit des athées teilhard_de_chardin.jpgimpies et matérialistes qui, se réclamant notamment de Karl Marx, se sont prétendus les meilleurs républicains du monde.

Pour moi, Cicéron a surtout revécu dans Pierre Teilhard de Chardin: je vois de profonds liens entre eux, et peut-être le second est-il vraiment la réincarnation du premier. Tous deux mystiques et initiés, ils ont aussi été proches de la science et des affaires de leur temps, avaient une pensée claire et précise et de grandes qualités oratoires, la faculté de se créer un style, une langue. Un jour, peut-être, il apparaîtra que le français immortel et classique n'est pas celui de Jean Racine et de Blaise Pascal mais celui de Charles de Gaulle et de Pierre Teilhard de Chardin, comme des retours de Cicéron et de Jules César – les deux références majeures du latin classique. Car De Gaulle écrivait un français très pur, aussi. Et honnêtement, la pensée de Teilhard de Chardin est bien plus large que celle des philosophes du dix-septième siècle.

16/03/2020

L'Elfe jaune et l'être-souches

troll-pencils-424x600.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Elfe jaune, premier disciple de Captain Savoy et ami du fier Mömulc, alors qu'il venait de vaincre un monstre abominable et qu'il s'apprêtait à repartir à la poursuite d'Arcolod, son ennemi affreux, dans l'épaisseur de la forêt des Voirons.

Or, il avait cru pouvoir le rejoindre brièvement, mais soit que ses membres fussent ralentis par sa blessure, soit qu'il se fût trompé sur la distance qu'il avait à parcourir, soit pour une autre raison, Arcolod n'ayant fait que quelques pas était déjà loin, et il le perdit à nouveau de vue.

Il n'en continua pas moins à marcher dans la même direction, et il finit par arriver dans un endroit singulier, qui figurait comme un palais creusé dans une butte faite de souches amoncelées et pourries, et surmontée d'arbres touffus et noirs. Il y avait là une habitation, on ne pouvait se méprendre, même si la porte, placée au bas de cette butte, restait dans une ombre épaisse qui se mélangeait avec les racines tordues et lourdes. L'Elfe jaune songea que ce palais semblait avoir été bâti de la forêt même, et que ses murs étaient faits de l'obscurité la plus tendue des bois les plus sombres. Il ne parvenait pas, malgré l'acuité de ses yeux, à y distinguer clairement les objets, et la forme de la porte même défiait les lois physiques les plus simples, car elle faisait des angles impossibles, et une partie de son volume paraissait suspendue au-dessus du sol, tandis qu'une autre faisait saillie. Il était sûr de reconnaître une porte, avec une arche au-dessus; mais il se demandait comment on avait pu en concevoir une semblable, et même comment il avait pu la distinguer, alors qu'il pouvait aussi s'agir du désordre le plus complet de la croissance végétale des racines, sans qu'une pensée claire y eût été mise à dessein d'habiter l'endroit. Mais soit que son initiation lui eût donné une forme de prescience lui permettant de reconnaître jusqu'aux pensées les plus indistinctes, soit qu'à certains indices cette porte à demi cachée pût être décelée de tout œil suffisamment observateur et lucide, il était certain que c'était par cette porte qu'Arcolod lui avait faussé compagnie et avait cru pouvoir échapper à sa terrible vengeance.

Il s'exhalait toutefois de ce seuil un air inquiétant et sourd, épaissi par la menace et plein d'yeux hostiles. Il troublait le cœur de l'Elfe jaune et créait en lui de l'angoisse, mais son regard resta suffisamment ferme pour apercevoir la preuve absolue du passage par cette porte d'Arcolod – et peut-être l'avait-il déjà perçue, sans unnamed.jpgque son cerveau y ait fait briller la pensée clairement à son âme, peut-être était-ce la véritable origine de sa lucidité quant à cette porte. Car sur le pas, juste devant, il y avait la trace de sang d'un corps blessé qui s'était traîné, et qui disparaissait sous une paroi anguleuse qui était justement ce que l'Elfe jaune avait déjà reconnu comme étant une porte. Il suivit ce fil, ce ruisseau gluant, se dirigeant vers ce seuil qu'il entendait bien franchir.

Dès qu'il y fut, il tenta de pousser cette porte, mais elle était verrouillée ou bloquée, et il ne pouvait pas la frapper de l'épaule, car elle était extrêmement basse, s'enfonçant sous le bloc de souches, comme si seul un gnome eût pu s'y glisser – ou comme si on n'eût pu y entrer qu'en rampant.

C'est ce qu'avait dû faire cet affreux spectre d'Arcolod, pensa le premier disciple de Captain Savoy.

Il arma alors sa jambe en soulevant la cuisse, et asséna un coup magistral de son pied droit à cette porte en bois âpre et rugueuse. Elle s'enfonça d'un pouce, mais au moment même tout le bosquet qui se dressait sur la butte aux souches vieilles trembla et frémit, et un vent lourd et épais, rempli d'une odeur de bois pourri, s'éleva jusqu'à entrer dans les narines de l'Elfe jaune. Puis il crut entendre des chuchotements, vibrants de colère et sourds de menaces, et il regarda la porte; et un air s'en élevait, plein de peur et de rage et bleu et pâle, et qui prit la vague forme d'une bête. Mais quand il tendit le bras vers lui, dans un sursaut il se dissipa, et la forme disparut. L'œil avisé eût pu voir, s'échappant des doigts de l'Elfe jaune, de fins rayons s'allumant dans le corps du spectre, et le dispersant en volutes minces. Il avait ce pouvoir.

De sa jambe puissante il asséna un second coup sur la porte, et elle se brisa, et un trou y parut. Dès lors, s'élancèrent vers lui de noirs tentacules irréguliers, noueux, durs, comme si des branches avaient pris vie; et ils l'entourèrent en ceignant son corps, et commencèrent à serrer ses côtes et ses bras d'une manière douloureuse. Tout se passait comme si la butte n'était qu'une coquille dont jaillissaient les membres d'un mollusque vivant à l'air libre, et l'horreur de la situation aurait fait perdre la tête, assurément, à tout autre e5f857aae76b4d1b4d1eb06b289a583d.jpgqu'à l'Elfe jaune. Mais il avait été initié par Captain Savoy lui-même, et sa force mentale n'avait pas d'égale.

Toutefois la douleur à ses côtes ne laissait pas de l'inquiéter et de le mettre en colère, d'autant plus que les tentacules noueux ne cessaient de serrer, et menaçaient de briser ses os. Alors, de la broche gemmée qui ornait sa poitrine une lumière surgit, pure et rouge, et aux reflets dorés. Le lieu en fut illuminé, et depuis des siècles une pareille clarté n'avait pas pénétré son sein touffu et obscur, hostile à la lumière des étoiles, propice à l'abri donné aux trolls.

Or, l'étreinte étrange se relâcha, comme saisie de surprise.

Mais il y avait davantage. Le mal qui était dans ces branches et infestait leur sève subissait ce rayon de l'Elfe jaune comme un feu dévorant. La butte en ressentait une vraie souffrance. Car autant le rayon de l'Elfe guérissait de leurs maladies les justes, autant il bouleversait l'antre maléfique jusque dans ses tréfonds – le perturbait dans sa nature intime, le heurtant comme s'il eût été l'élément le plus étranger à son être propre qu'on pût imaginer. Et voici! l'être obscur tapi dans la butte se sentait disloqué dans ses membres, et tout son corps se tordait, comme blessé de flammes vives; et tout ce monceau d'épaisses souches compressées et pourries s'agitait, comme assailli par une pluie de flèches aiguës.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étrange histoire.

07/03/2020

Temps raccourci des rêves, mondes obscurs

sed.jpgJ'ai évoqué il y a dix-sept jours les récits dans lesquels le temps chez les elfes ou les anges passe mille fois plus lentement que chez les hommes mortels – récits anciens et traditionnels – mais cela m'a fait me souvenir de récits plus récents et réalistes dans lesquels au contraire le temps du monde fabuleux passe plus vite: les mortels qui y sont plongés ont l'impression d'avoir vécu des années, et ils reviennent – et il ne s'est écoulé que quelques minutes, le temps d'un rêve. Nous savons tous que c'est une fréquente expérience du sommeil.

Sages étaient les mages qui créèrent les histoires dans lesquelles les hommes ne sont que des rêves d'anges – puisque leurs longues années ne sont que quelques minutes de la vie des êtres célestes. C'est simplement conforme à la logique, et l'expérience du rêve n'a pas alors été le point de départ d'un récit fabuleux, mais d'une méditation animée de plus de de profondeur, et d'intuition sur ce que nous sommes face aux dieux!

Mais il faut avouer que les récits dans lesquels l'être humain croit vivre de longues choses qui se révèlent n'avoir duré que quelques instants ont un aspect directement saisissant, puisqu'ils ressemblent directement à nos rêves. Je pense en particulier aux magnifiques Chroniques de Thomas Covenant de Stephen Donaldson. On se souvient que son héros est projeté dans un monde autre, dans lequel vivent des géants, des immortels, un diable, des mages, et des sortes d'elfes orgueilleux et étranges; et puis il revient, et seulement quelques minutes se sont déroulées, à sa grande surprise: car dans l'autre monde cela avait duré de nombreux mois.

Il y a encore quelque chose de cela dans l'également très beau Inland Empire de David Lynch: au début, l'héroïne a une pensée, dans laquelle elle s'enfouit. Puis elle vit des choses incroyables, dans inland.jpglesquelles elle se confond avec une autre femme, comme elle actrice, et traverse le temps; elle se voit elle-même à un autre moment de son aventure, et ne sait plus quand elle tourne son film ou quand ce qu'elle vit est réel. Enfin l'image revient à ce qu'elle était au début, sur son canapé – mais plus belle, plus jeune, plus rayonnante. Tout cela n'était qu'une méditation au cours de laquelle son âme s'était arrachée au temps et à l'espace, et avait pénétré des mondes mystérieux. Mais pour Lynch, ce ne sont pas des hallucinations simples, la méditation a réellement cette vertu de faire traverser le temps et l'espace à l'esprit. Seulement, désorienté, coupé du monde physique ordinaire, il ne comprend pas toujours, voire pas souvent ce qu'il vit. Il distingue également, sous la forme d'hommes ordinaires, des entités spirituelles puissantes, et l'image montre satan g.pngassez clairement le diable demandant à Dieu la permission de tenter une femme, comme dans le Faust de Goethe, ou le Livre de Job. Mais cela ne se passe pas au ciel, plutôt chez les Tsiganes de Pologne, et ils sont habillés comme vous et moi, et vivent dans des lieux normaux.

Le lien avec le rêve est patent, et c'est poignant. Toutefois, ce n'est rien moins que clair, contrairement aux récits mythologiques qui présentaient des mortels se rendant au pays des dieux – lesquels vivaient mille fois plus longtemps, et pour qui la vie humaine n'était qu'un songe!

J'ai demandé par lettre à S. R. Donaldson si le monde dans lequel tombe Thomas Covenant était en fait un passé mythologique de l'Amérique. Il m'a dit non. C'est un monde essentiellement intérieur, symbolique, renvoyant à l'âme d'un homme. Et si les forces qui y agissent sont réelles, c'est dans le sens où les forces morales sont pour lui réelles. Il est d'ailleurs troublant que, dans la troisième série de ces Chroniques de Thomas Covenant, le diable s'incarne physiquement dans le monde ordinaire, comme si la force morale qu'il représente était une réalité objective: il y a quelque chose de cela dans Twin Peaks, la série de David Lynch. En revanche, pas de géants ou d'elfes dans le monde ordinaire, pour Picture 20.pngDonaldson – ni d'anges. Il est curieux que pour la plupart des auteurs modernes de fantasy, même avec de fortes tendances spirituelles – même avec une spiritualité riche, comme c'est le cas pour Lynch et Donaldson, il n'y ait pas la possibilité, à leurs yeux, de disposer d'anges dans le monde physique – ou qu'il n'y ait guère cette possibilité. Maintenant que j'en parle, je me souviens que dans Twin Peaks: Fire Walk With Me, un ange délie une femme qui, menacée de mort, promet de se purger de ses péchés, si elle est délivrée. Elle s'enfuit, et échappe à la mort, mais tombe en catatonie. Au moins elle ne se prostitue plus, clouée sur son lit...

Quelle peut être la signification de ces récits modernes dans lesquels il y a des mondes dans lesquels le temps passe plus vite? Ils ont aussi un sens spirituel et symbolique, mais au lieu qu'il s'agisse de mondes supérieurs, il s'agit de mondes inférieurs, dans lesquels seules les passions, sans doute, se manifestent. Il existe bien un monde dont les habitants sont aux hommes ce que les hommes sont aux anges: celui des êtres élémentaires. La mich.JPGGrande Garabagne de Henri Michaux en est un reflet.

L'expérience de Thomas Covenant ou de l'héroïne d'Inland Empire est comme une plongée en enfer, dans les profondeurs inférieures et intimes de l'être humain, dans un inconscient freudien dont les forces sont objectives, liées à des entités obscures et autonomes.

Cela me rappelle un mot de Rudolf Steiner selon lequel il y a deux inconscients: le subconscient, situé dans la sphère élémentaire, et le supraconscient, situé dans le monde divin. Ces deux inconscients sont en eux-mêmes conscients: car, contrairement à ce qu'ont dit les matérialistes, les êtres spirituels disposent d'une pensée parfaitement claire. Le subconscient est d'abord lié donc au feu, dans lequel baignent les pensées humaines; mais précisément, cet élément reste proche ahriman-and-lucifer.jpgdu conscient. L'est moins l'air qui est en l'homme, et le rend semblable à l'animal, dans lequel il a une conscience comparable à celle de la bête. Là, dit Steiner, est la conscience de rêve. Est encore moins proche du conscient l'élément liquide qui vit en l'homme, et par lequel il est conscient comme l'est la plante, d'une conscience de sommeil profond. Enfin, tout en bas, la conscience la plus obscure à celle de l'homme est celle de la pierre, de l'élément solide, comparable à la mort. Au-dessous sont les démons, qui traversent les états de conscience inférieurs, et tendent à y régner. C'est dans ces strates obscures, brefs songes, que Donaldson, Lynch et Michaux nous plongent objectivement – parce qu'ils sont clairvoyants, et en même temps vivent dans une époque et une société matérialistes, qui ne regardent qu'au corps humain, qu'au sensible. Ils se contentent d'en saisir l'âme. C'est déjà beaucoup.