29/09/2019

Captain Savoy et la défaite des Quatre Disciples

chambery.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé les quatre vaillants disciples de Captain Savoy alors qu'ils arrivaient en chantant sous les murs de Chambéry, qu'ils désiraient reprendre à Malitroc fils de Mardon.

Les quatre marchèrent ainsi jusqu'aux murs de la capitale savoisienne, et parvinrent à sa porte occidentale. Leur pas calme et serein, rythmé et harmonisé entre eux, leur avait permis, en vérité, de retrouver toutes leurs forces. Il avait focalisé la puissance des astres, et tel voyant eût vu, autour d'eux, luire un rayonnement sublime venu d'en haut pendant leur marche joyeuse. Leurs pouvoirs de cette sorte revinrent à plein, et ils surent, en sentant dans leurs membres l'énergie cosmique palpiter et vibrer, et en l'entendant crépiter et en la voyant rutiler, qu'ils avaient de quoi, ensemble, effrayer considérablement l'ennemi. Leur chant même était bien fait pour le faire trembler, il avait ce pouvoir.

Et quand ils parvinrent enfin à la porte de l'ouest, qui donnait sur la route de Montmélian, ils ne furent d'abord pas étonnés de la trouver déserte, songeant que les gardes avaient dû fuir. Mais comme aucun bruit hawk.jpgne s'oyait, ils furent bientôt déconcertés, ne sachant si l'ennemi se tenait prêt, tapi, à l'affût, ou s'il était parti, effrayé par leur glorieuse avancée.

Le Léopard des Neiges, toujours confiant en lui-même, frappa la porte de chêne de son gant gemmé, et héla un éventuel gardien. Mais nul ne répondit, et rien ne se passa.

Décidant alors d'utiliser ses pouvoirs, la Femme-Faucon s'éleva dans les airs, afin de voir ce qui se tramait dans la ville. Ses ailes bleues l'emportèrent lentement vers les hauteurs.

Soudain, un rayon jaune la frappa de plein fouet, et elle tomba, mais de l'autre côté du mur, terrible vision. Car elle avait suffisamment volé pour passer par-dessus les remparts, et au moment où elle avait commencé à le faire, ce bref jet de feu doré l'avait abattue.

L'Amazone céleste s'écria: Doralïn! – car c'était le nom secret, et donné par les Elfes, de la Femme-Faucon: elle avait reçu d'eux l'initiation ultime sur le mont du Grand Bec, et ils l'avaient présentée aux Anges, lorsqu'il avait fallu lui donner ses pouvoirs, et la changer en femme-oiseau.

Sans attendre, et sans écouter le conseil crié de prudence du Léopard des Neiges, puis son invitation à rester ensemble, elle s'élança à son tour par dessus le mur haut, et disparut au-delà. On entendit, ww.jpgdepuis le pied du mur, un bruit de tonnerre, et le silence revint, et l'Amazone céleste ne revint pas.

Alors le Léopard des Neiges et le Noton bleu se regardèrent et, d'un coup, se précipitèrent de toute leur force vers la porte, qui vola en éclat. Ce qu'ils virent de l'autre côté, lorsqu'ils se relevèrent et eurent repris leurs esprits, les affligea grandement, et même les terrifia.

Car voici! les deux femmes étaient ligotées et montées sur des estrades, déjà débarrassées de leurs armures et à demi-nues, et les guerriers à la face de charbon et aux yeux de braise qui les tenaient ricanaient, et palpaient leurs chairs vierges. Et l'Amazone céleste les injuriait et leur crachait au visage, mais la Femme-Faucon ne disait rien, laissant ses cheveux lui recouvrir les yeux et les malfaisants malaxer son corps sans rien dire, attendant sans doute sa vengeance, si elle était possible.

Cette vision rendit fous de douleur les deux amis des deux femmes, car ils les aimaient et haïssaient de les voir ainsi rabaissées. Les geôliers continuaient sous leurs yeux de les dévêtir, et une troupe nombreuse entourait les estrades, et le chef de ces guerriers ignobles (un lieutenant de Malitroc appelé Ortacul, sorti des profondeurs et cousin maudit de son père) était dressé derrière eux, sur une autre estrade décorée, près d'un trône aux pierres précieuses innombrables. Il était grand comme un chêne, et il riait de son air sardonique et affreux, heureux de voir humiliés ses ennemis, les disciples de Captain Savoy, son ennemi juré et celui de son maître.

Le Léopard des Neiges, n'écoutant que sa rage, voulait lancer tout de suite un assaut; mais le Noton bleu, dont le sang était plus froid, sentait bien le piège, et que la torture infligée aux femmes leurs amies était un flash.jpgmoyen de leur faire perdre la tête, et de leur faire négliger toute prudence. Il plaça la main sur le bras de son ami, tentant de le raisonner; mais le Léopard des Neiges sentit à peine cette main, et s'élança sans rien entendre de ce que le Noton bleu commençait à lui dire.

Aussitôt un rayon rouge venu des yeux d'Ortacul saisit le Léopard au bond, alors qu'il brandissait son sabre souple et que déjà un éclair en naissait; il le coupa dans son élan, l'abattant pour ainsi dire en plein vol, et le projeta sur le mur qu'il avait pensé laisser derrière lui, dans un grand fracas. Épouvanté, le Noton bleu fit à son tour ce qu'il put, courant de toute sa vitesse supraluminique à travers la foule des guerriers ennemis et des monstres qui énormes les surplombaient, afin d'atteindre directement leur chef Ortacul, seul moyen de vaincre d'un coup cette armée. Mais sa vitesse ne lui fut d'aucun secours, contre les pouvoirs de ce maudit.

Car il le voyait sans peine malgré sa vitesse qui le rendait flou à tous les autres yeux, et le jet de feu de son œil, plus rapide encore, le cueillit alors qu'il venait vers lui – commençait à monter les marches de son dais –, et qu'il était moins à même d'échapper à ses traits, ne pouvant plus courir de profil aussi longtemps qu'auparavant – lorsque, contournant l'armée du Maufaé, il avait échappé aisément à leur lente étreinte. Le Noton bleu retomba sur les marches de marbre veiné d'or, et Ortacul éclata de rire.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, s'il s'agit de connaître la suite de cette triste histoire!

21/09/2019

Arbres sacrés (J. R. R. Tolkien)

foret.jpgJ. R. R. Tolkien, qui avait, de sa lecture de James Fenimore Cooper, une impression plus durable qu'il n'en était peut-être conscient, avait l'âme plus nourrie de sagesse amérindienne qu'on pourrait croire – puisqu'il se réclamait essentiellement des anciens Germains, et était plus clair sur sa dette envers William Morris que sur le romancier américain. On a préféré relier sa mythologie aux anciens Celtes, quoiqu'il minimisât en général l'héritage reçu des Irlandais, concédant toutefois son intérêt pour les anciens Bretons, la langue galloise et la mythologie arthurienne. Mais son culte des arbres n'est pas forcément issu de cela, et on se souvient que les anciens Germains vénéraient Yggdrasil, l'arbre du monde, qu'il était question d'arbres divins dans la Bible et que les forêts étaient un immense temple, dans The Last of the Mohicans.

Au reste, l'idée se comprend d'emblée, sans avoir besoin de référence à une ancienne tradition, et les forêts et les arbres dégagent leur propre aura, que les poètes authentiques ressentent, perçoivent, ce qui leur permet de recouper leurs paroles avec ce qu'énonçaient autrefois les prophètes et les druides. Rudolf Steiner regardait les facultés humaines comme étant à même de pénétrer l'esprit des choses – de le faire en toute conscience, et donc d'entrer dans le monde des anges, des dieux, des elfes. Le poète romantique puis surréaliste assurait disposer de ces facultés, et Tolkien n'était pas seulement un imitateur des poètes médiévaux: héritier relativement inconscient du romantisme allemand, il admettait que les poètes avaient le pouvoir de créer des mythologies authentiques, même lorsqu'elles étaient nouvelles, et de percer le monde spirituel et d'en rendre compte par leurs imaginations, leurs inventions. Il choquait à cet égard son foret.jpgami C. S. Lewis, qui n'y croyait guère – et rejoignait leur ami commun Owen Barfield, disciple de Rudolf Steiner, dont il n'était pas. Il s'appuyait sur les facultés prophétiques d'un saint Jean, comme d'ailleurs Steiner lui-même.

Bref, lorsqu'il évoquait les forêts enchantées, il n'imitait pas mécaniquement les vieux poètes, ni ne pratiquait un quelconque druidisme, mais, à ses propres yeux, inventait en étant inspiré, en pénétrant de son âme le mystère des arbres réels, et de leurs communautés feuillues. Et ainsi créa-t-il l'idée d'une forêt sublime habitée par la demi-déesse Galadriel, et dans laquelle les immortels Elfes de son peuple s'étaient bâtis des loges, au sens étymologique du terme. Car le mot est d'origine germanique et désignait à l'origine des cabanes faites de branches et de feuillages, dans les arbres. Les sens qui en ont dérivé peuvent à cet égard faire rêver, et donner le sentiment que soit les acteurs de théâtre, soit les francs-maçons séjournent, lorsqu'ils officient, dans les lieux boisés qu'habitaient jadis les fées – les immortels de la Terre, les anges qui se mêlant aux hommes les éclairaient directement. Ils leur prêtent leurs corps, depuis qu'ils ont pour ainsi dire fui au-delà de la Lune, et leur bouche est censée livrer leurs paroles. Du moins était-ce leur intention première, et l'origine de leur prestige. Je ne sais s'ils sont restés bien dignes de cette ambition, de ce don fait à eux par les elfes – ces loges. Car je ne doute pas que Tolkien n'ait représenté fidèlement, dans son génie, la mythologie des anciens peuples, le monde spirituel tel qu'ils le concevaient – et tel, je crois, qu'il était, car il y avait réellement des divinités dans les forêts antiques, j'en suis convaincu, et les mythes anciens servent à cet égard de témoignage. Même ceux de Rome les confirment, puisqu'on se souvient de la nymphe Égérie, qui elle aussi vivait dans une loge, dans la lumière fangorn 3.jpgastrale qui entoure un arbre et rend son feuillage si magique aux yeux des âmes sensibles – si l'on peut dire que l'âme a des yeux.

Cependant, Tolkien peint aussi une forêt maléfique, comme si les dieux qui y avaient vécu avaient été remplacés par des démons, des ombres, comme si les anciens elfes avaient déchu, et son nom est Fangorn, mais aucune divinité maléfique distincte n'a été mise par Tolkien en son centre occulte, il s'est contenté de montrer ses arbres hostiles. Cela peut certainement arriver aussi, la forêt peut aussi inspirer de l'effroi. Et même si Tolkien a préféré placer sa divinité maléfique, Sauron, dans des terres totalement mortes, dévastées par le feu; même s'il n'a pas voulu faire de Fangorn une alliée consciente de ce hindu.jpgmauvais ange, peut-être par sentimentalisme, on peut après tout rattacher des forêts hostiles au mal, et certains ne s'en sont pas privés, lorsqu'ils ont évoqué certaines jungles, et même la forêt amazonienne.

Peut-être que les forêts connaissent, peuvent connaître elles aussi une forme de décadence, de dégénérescence, et remplacer leurs loges de fées par des antres de démons, et que la Terre est à son tour destinée à mourir, de telle sorte que les forêts enchantées du futur seront celles que créent les poètes – et qui se matérialiseront quelque jour, dans une autre vie, sur une autre planète, par la grâce divine. Henry Corbin avait ce genre de pensées: le monde futur devait matérialiser les rêves des artistes, les pensées pures des poètes et des saints hommes. Il paraît que Tolkien les eut aussi. Steiner les paradise.jpgavait encore, et même si Corbin n'eut pas le courage de l'assumer, il est probable qu'il les a découvertes chez ce fondateur de l'Anthroposophie, bien qu'il ait aussi pensé les déceler chez les gnostiques iraniens. Dans ces forêts, pour ainsi dire, les elfes reviendront – ou les hommes qui la peupleront eux-mêmes auront acquis la nature d'elfes, un corps éthérique puissant et clair, un corps glorieux.

Je ne justifie pas par là la destruction des forêts sacrées de jadis, qui ne sont pas seulement celles d'Amérique du Sud: car en Gaule la forêt la plus sacrée était celle des Carnutes, qui fut immense, et c'est là où aujourd'hui s'étendent des plaines couvertes de cultures, dans la Beauce autour de Chartres dont le nom vient justement des Carnutes. Là s'assemblaient annuellement les druides, dit-on, et cela explique le caractère sacré de la cathédrale de Chartres, je veux dire aux yeux des occultistes, qui ne l'accordent pas à toutes les églises, quoique Rome veuille.

Les arbres étaient des escaliers menant au monde des anges, et le long des branches on trouvait des fées bénéfiques, comme le long des marches du ciel on trouve de divins messagers. Un jour il en sera de nouveau ainsi, et les poètes l'annoncent. Leurs figures se cristallisent dans la lumière astrale des bois, et se revêtiront un jour de matière. Une Terre nouvelle apparaîtra.

13/09/2019

L'Homme-Météore et l'enfance difficile de l'Homme-Fétiche

fetiche.pngDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il écoutait patiemment le récit de l'Homme-Fétiche, nouvellement rencontré, parlant de lui-même et de ses origines. Il disait qu'il était né au Cameroun. Et voici qu'il continua.

Or, nous vînmes en France poussés par l'amour de ce pays, qu'avait déjà le père de ma mère et qu'il avait continuellement instillé en nous. Et, en même temps que mes parents me recommandaient de bien suivre l'enseignement des maîtres d'école français (ce que je faisais avec plus ou moins d'ardeur, leurs paroles souvent m'ennuyant), je recevais, notamment de ma mère, un enseignement plus élevé – et plus fascinant, parce qu'il était fait des mystères de mon peuple, et des êtres qui vivent dans son âme, et dans les lieux qu'il occupe. Je fus ainsi initié aux êtres élémentaires, tels qu'ils vivent aussi dans vos forêts, vos montagnes, vos lacs et même dans vos villes.

Et sais-tu toi-même ces mystères – toi qui te targues de commander aux choses que l'œil ne voit pas: au feu, aux vents, aux foudres? Tu es puissant, car tu t'es uni aux êtres qui dirigent le monde depuis les étoiles; mais je ne l_fetiche-statue-africaine-bamileke-cameroun-perles-200615-68.jpgsais si tu as ma subtilité – la subtilité d'un sage africain, d'un mage bamiléké!

Je ne sais si tu peux différencier les mille êtres de lumière fins qui parcourent le monde, qui vivent sur Terre parmi les hommes sans être vus d'eux, et qui se manifestent à l'œil occulte sous diverses couleurs. Je crains que, pour toi, ils ne soient embrassés dans des ensembles plus ou moins luisants, sans distinction – sans que les mille nuances apparaissant à mon regard te soient accessibles. Tu es novice, en la matière, et ne distingue que l'ombre et la lumière par lesquelles le mal et le bien peuvent s'appréhender et te permettre d'agir – je l'admets pour le bien de tous. Mais as-tu le pouvoir de la délicatesse, au sein de ton action sainte? Es-tu en mesure de ne faire aucun dégât dans le monde du bien, quand tu agis contre le mal, et peux-tu régler l'intensité de tes feux selon le degré de bien et de mal que tu contemples?

Si justement tu ne saisis pas ces nuances, tu ne peux agir en variant ton action, tu donneras toujours les mêmes coups, ne les amollissant pas de caresses quand c'est nécessaire, ne les durcissant pas quand le moment t'y oblige. Tu dois combattre à la façon d'un artiste, Homme-Météore, et non à la façon d'une machine. Car, oui, la guerre même peut être un art, à qui la fait avec amour, et dans la connaissance des secrets du monde occulte. Ne le crois-tu pas?

– Je suis frappé par la vérité de tes dires, répondit le génie de la liberté, nouveau gardien de Paris. Les choses ne m'étaient pas apparues avec la même netteté, avant que tu en parles. Comme, dans mon pays, les sages ont tendu à dire la guerre radicalement mauvaise, la nécessité de la faire me conduisait, même inconsciemment, à agir en son sein sans regarder à la manière dont je m'y prenais, et sans songer que le bien et le mal pouvaient aussi y avoir leur présence: combattre le mal par tous les moyens n'est pas la solution, car le combat même est bon ou mauvais non seulement selon les cas, mais selon la façon dont on assène les coups – soit pour purifier et aider, soit pour abattre et haïr. Car un coup judicieux fait sortir le démon d'un homme; mais un coup mal asséné tue l'homme et permet au démon de l'emporter dans le royaume du mal. Je comprends, maintenant: parfois, châtier est faire passer dans un creuset, et arracher l'or de la boue qui s'est amoncelée dessus, afin que, dans une vie future, elle ne soit pas reprochée à celui qui la porte – afin que, lors du jugement occulte des âmes, on ne puisse la peser contre lui.

Mais si sans amour le coup est donné, et si les effluves du mal ne sont pas distingués – si le corps de l'ennemi empêche de les voir –, le nœud de l'âme n'est pas démêlé, et on n'a rendu service que brièvement, illusoirement, 112386.jpgtristement à l'humanité. L'initiation aux mystères du bien et du mal, aux fils de couleurs qui s'entrecroisent et sortent, au regard avisé, des flux noirs et blancs que l'esprit naïf se contente d'observer, s'arrachent à eux comme des révélations – cette initiation, dis-je, est absolument nécessaire, et je vois tout le bien que je puis tirer de ton amitié, si réellement tu possèdes la science que tu prétends, Homme-Fétiche.

Mais continue ton récit, je t'en prie, et dis-moi comment tu es devenu un super-héros, un homme-ange, protecteur de la banlieue de Paris – du moins dans son extension septentrionale, si je t'ai bien compris.

– C'est peut-être moins restrictif, dans les faits, Homme-Météore, car, comme toi, j'ai vocation à aider l'humanité entière, et en aucun cas je ne suis bloqué dans le lieu auquel par mes membres je me rattache, où j'ai pour ainsi dire ma base de retraite. Mais ce que tu dis n'est pas faux pour autant, car il est vrai que j'ai spécialement sous mes ordres les bons génies des lieux nommés par toi, comme tu as spécialement sous tes ordres ceux de Paris proprement dite – et en ce sens tu m'es supérieur, car la banlieue de Paris dépend du rayonnement de Paris, et est soumise à elle.

Et si tu pourrais penser que Paris étant la capitale de la France les autres villes lui sont soumises aussi, j'ai assez voyagé pour voir qu'il n'en est rien, et qu'il s'agit là d'une illusion, créée par certains pour mieux en convaincre d'autres de leur obéir. En vérité les génies des autres villes sont libres, et choisissent de s'allier ou non à ceux de Paris. Mais pour le moment une communauté de destin les lie, et les pousse à accepter l'alliance, en bonne amitié.

Toutefois à tout moment cela peut s'arrêter, et parfois même cela s'arrête, au-delà des apparences; et je sais, par exemple, que Captain Corsica, maître et gardien de la Corse immortelle, n'est parlov.jpgplus tout à fait ton allié, et a pris son indépendance, qu'il regarde ton action comme ne lui rendant pas service, et n'ayant pas de portée bénéfique jusque dans son royaume. Peut-être que si tu te rendais dans son territoire la bataille qui ne manquerait pas de survenir entre vous durerait bien plus longtemps que celle qui nous a opposés, Homme-Météore!

Mais je ne veux pas t'ennuyer avec des pensées pénibles. Je voulais seulement te rappeler ce qu'il en est, et ce qui apparaît, justement, quand on connaît le monde occulte dans ses détails précis, et non dans ses seules grandes lignes, comme on tend à le faire parmi les maîtres de la ville que justement tu es chargé de défendre. Et puisque tu me l'as demandé, je reviendrai maintenant au récit de ma vie.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite du récit de la vie de l'Homme-Fétiche.