15/09/2020

L'époux de la cité, ou l'essence du politique

0000000000000.jpgIl y a dans le Mireille de Frédéric Mistral une expression magnifique, sur le saint protecteur de Toulouse – Sernin, je crois: il en fait l'époux de la cité. Il l'a mystiquement épousée. Lui donnant, dans le monde divin, un visage humain, uni à elle (à l'idée qui l'anime et l'a fondée), il reçoit à présent les prières et pensées pieuses des Toulousains, placés sous son regard et l'aile de l'épouse: le génie féminin de la ville.

Il y a un lien avec le Cantique des cantiques, dont la femme est assimilée par la tradition juive au génie d'Israël, et par les chrétiens à celui de l'Église – ou à sainte Marie. Mais les cités secondaires, je veux dire après Rome et Jérusalem, ont aussi, en plus modeste, cet aspect mystique, de pouvoir être figurées par des femmes aux ailes de clarté!

Sans doute, lorsque le roi de France Louis XIII assimile la France aussi à Marie, il entend faire de Paris la nouvelle Rome. Le gallicanisme a eu ceci d'habile qu'en imitant Rome de près, il a paru ne pas rompre 00000000000000000.jpgavec le catholicisme, alors que son but était de le supplanter, de le remplacer, et de créer une forme de christianisme parisien qui rayonnerait sur le monde avec la même force. Au fond, la République est née de ce projet secret, et Marianne n'est rien d'autre que la projection, par le rationalisme des Lumières, de Marie dans la sphère intelligible. Si les représentations de Marie de Nazareth sont interdites en France, c'est parce qu'on veut faire oublier la figure historique qui n'a rien à voir avec Paris, et qui reste liée à Rome et à Jérusalem, hors de tout gallicanisme. Le culte marial s'étant répandu dans le peuple avec force après la Révolution, il s'est de fait disqualifié auprès des philosophes parisiens.

Mais un homme peut-il de son vivant épouser un être mystique, une entité collective – un vivant égrégore? Assurément, Charles de Gaulle pensait de lui-même qu'il avait épousé la France.

Il y avait, dit-on, dans l'ancienne Perse un certain nombre de degrés d'initiation, et l'un d'entre eux, plutôt intermédiaire, concernait l'esprit de la cité. On le laissait entrer en soi grâce à une union mystique, et on devenait lui, on se confondait avec lui. Les rois devaient atteindre ce degré d'initiation, mais il n'était pas utile qu'ils en atteignissent de plus élevés. Ceux d'au-dessus – relatifs à l'humanité entière, à l'univers, à l'époque – étaient réservés à la classe sacerdotale.

Il n'en fallait pas moins, à la classe politique, atteindre, donc, un certain niveau, afin de véritablement représenter le peuple qu'elle dirigeait, et connaître, d'instinct, ce dont il avait vraiment besoin – au-delà 0000000000000000.jpgmême de ce qu'il pouvait exprimer, de ce qu'il pouvait dire et penser dans sa conscience de surface.

Le lien avec Charles de Gaulle est ici évident, et la lecture de ses mémoires tend à montrer qu'il avait bien atteint ce degré, par une initiation personnelle – soutenue par les rituels catholiques, mais pas seulement. La lecture de Maurice Barrès, qui mettait le Christ en relation avec les êtres élémentaires gardiens secrets du pays, l'avait aussi initié. En tout cas il prétendait bien représenter ce que voulait vraiment le peuple au-delà de ce qu'il croyait vouloir.

C'était de toute façon le rôle des princes. Le comte de Savoie avait aussi ce visage, dans la littérature romantique – en particulier Amédée VI, le Comte Vert. Le poète savoyard Antoine Jacquemoud ne le présente pas autrement. Il dit explicitement que cet homme donnait au sentiment collectif savoisien un visage, et qu'il était habité par un archange. Or, pour les occultistes, une collectivité est justement dirigée en secret par un archange – parlant au cœur des hommes sans qu'ils s'en aperçoivent, leur chuchotant des secrets dans leurs rêves. Les hommes ordinaires n'abritent en eux que 00000000000000.jpgdes anges, déclinant le message des archanges leurs chefs selon les diverses voies des âmes.

Car chez l'être humain, la dimension individuelle n'est jamais à oublier, et permet aussi, s'il le désire, de surmonter l'archange et de voir plus loin encore – de se mettre, comme je l'ai dit, en relation avec l'époque, ou le monde. Personnellement, j'estime qu'un poète doit faire cela, et aussi un philosophe – que l'art ne saurait se limiter à ce qu'on peut appeler l'inspiration nationale, et qui concerne avant tout la politique.

Naturellement, on peut faire valoir que les poètes souvent ne sont centrés que sur eux-mêmes, qu'ils ne reflètent que leur ange, tandis que les politiques aspirent à représenter l'archange. Mais c'est une critique facile des politiques qui veulent régner sans partage, et faire croire qu'ils sont des initiés suprêmes – et que l'archange se confond avec l'esprit de l'univers entier. Ce sont eux qui se sont arrangés pour qu'on nie que dans l'âme du poète se reflète, justement, l'univers entier. Le poète vise toujours à plus haut que son ange propre, lequel n'est pour lui qu'une étape première. Et s'il est pleinement tel, il est réellement au-dessus d'un politique, même pleinement tel aussi. La preuve en est que les présidents et les rois qui 000000000000000.jpgont donné l'impression de représenter véritablement le peuple lisaient les poètes. Pour ne parler que de la France récente, c'était le cas de de Gaulle et de Mitterrand. De Gaulle lisait Corneille, Racine et Chateaubriand, surtout, Mitterrand lisait René Char et René Guy Cadou. Certes, Georges Pompidou aussi lisait les poètes, mais il n'est pas sûr qu'il en ait tiré la moindre initiation intérieure, ou une initiation intérieure suffisante: à cet égard il faisait surtout illusion – notamment à de Gaulle.

Qu'il l'ait eue prouve encore, néanmoins, qu'il y attachait de l'importance et que, pour lui, on ne se hissait à l'esprit national que si on lisait de la poésie. Les rois avaient souvent le même sentiment, en tout cas ceux qui faisaient impression, et c'est l'origine des séjours des poètes aux cours des seigneurs et princes. Ils leur étaient indispensables, non seulement pour leurs loisirs mais aussi pour leur élévation intime – et c'est pour cette raison qu'ils évoquaient les glorieux ancêtres, émanés du génie national.

Pouvait-on faire l'amour avec le génie féminin de la cité? Certainement. L'imagination en était assez vive pour être vécue comme réalité, comme dans le tantrisme avec la divine Shakti. Plusieurs traditions asiatiques relatives aux rois et à leurs unions intimes avec des fées, à leur manière, en parlent.

J'en ai d'ailleurs déjà parlé, moi-même, ailleurs. Et j'en reparlerai une prochaine fois.

07/09/2020

Saint Louis et les jardins royaux de l'Elfe

000000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de ce récit de la croisade de saint Louis au pays des fées, nous avons laissé ce bon roi de France alors que son frère Robert avait disparu après avoir été soigné par une nymphe ambiguë voire suspecte, et qu'Ostön l'elfe-guide avait pris soin d'expliquer les mystères du mal auquel cette nymphe exposait.

On craignait donc que Silasán n'eût enlevé Robert d'Artois pour quelque méfait, et Ostön déclara qu'il fallait commencer à chercher dans les jardins qu'elle se plaisait d'ordinaire à fréquenter. Car elle entretenait un lien intime avec les fleurs voluptueuses des jardins luxurieux – passait même pour leur jardinière privilégiée.

Elle s'y prenait toutefois d'une singulière manière, caressant les feuilles et leur parlant, chantant des chants étranges qui résonnaient entre leurs branches, et apportant une lumière qu'elle tenait entre ses mains comme une boule, et qu'elle plaçait à l'intérieur des fourrés fleuris pour leur donner la vie.

On disait que c'était la clarté des étoiles elles-mêmes qu'elle avait le pouvoir de capter ainsi, et de confier aux plantes; et qu'elle était comme une déesse – telle que celle que les anciens Latins appelaient Flore.

Parfois en vision les mortels la voyaient passer entre les fleurs brillantes (notamment le soir, juste derrière la colline) – et ils la prenaient pour cette déesse antique, bien qu'elle ne fût qu'une fée à la main heureuse, et aux doigts bénis.

Or, ayant entendu toutes ces choses, Louis neuvième décida de se rendre sans tarder dans le jardin d'Ëtön que Silasán privilégiait, réputé en effet le plus beau de tous. Ostön s'offrit alors à le guider, et le roi de France, le remerciant, le suivit – et lui faisaient cortège Alphonse de Poitiers et Imbert de Beaujeu, entre tous fidèles compagnons.

On marcha d'un pas rapide dans les couloirs du château du Roi, mais soudain un pas derrière eux et un appel les firent se retourner. C'était Solcum, qui courait sans effort à leur suite, semblant glisser sur l'air ou faire des sauts 0000000000.jpglongs à chaque pas, comme s'il pouvait sans peine se soutenir au-dessus du sol. Et tel était le cas, il avait ce pouvoir, car il était de la race des génies.

Il ne pesait pas aussi lourd que les hommes mortels, et les vapeurs épaisses du dessus du sol pouvaient le porter, s'il le désirait; s'il se dépêchait, ses pieds touchaient moins franchement le sol que s'il marchait d'un pas ordinaire, et accordé à celui des mortels ses amis. Or il les avait appelés d'un air joyeux, car il avait décidé de se joindre à eux.

Pendant le Conseil des Sages, il les avait vus converser dans le couloir, juste devant la porte de la salle. Il n'avait pu ouïr, de son oreille pourtant fine, l'ensemble de leur conversation, mais quelques bribes lui en étaient parvenues, et il avait deviné le reste. Ayant dit un mot à l'oreille d'Ëtön pour le prévenir de son départ et lui demander son congé, et l'ayant reçu d'un signe imperceptible (de simples paupières brièvement baissées), il s'était levé sans bruit, n'hésitant pas à perturber le discours long d'Ostöcil – qui, reprenant un à un les différents points soulevés précédemment par Istil, s'employait fastidieusement à en détruire tous les arguments. Et, quoique sur le fond Solcum fût plutôt d'accord avec lui, sa voie lui paraissait si ennuyeuse, si insolente et si stérile qu'il n'était pas loin de laisser toute son amitié à Istil et à prendre son parti, exprès pour ne pas avoir à se rapprocher du vaniteux Ostöcil. Car tels sont les hommes, qu'ils n'aiment pas tant ce qui est vrai, que ce qui est bien dit!

Ostöcil l'avait regardé d'un coup d'œil bref, et avait à peine hésité dans son discours, car sa prodigieuse mémoire et sa grande prévoyance déroulaient tous les sucs distillés par Istil sans discontinuer, avec la rigueur et la 000000000000.jpgrégularité d'un rouleau marin, livrant les idées convaincantes qu'il avait préparées à l'avance – qu'il avait en fait forgées en écoutant les paroles d'Istil, aiguisé qu'était son esprit, et rompu à ce genre de discussions ardentes.

Solcum était somme toute heureux de s'en aller et de n'avoir pas à approuver publiquement ces paroles d'Ostöcil – comme c'était son devoir, puisqu'il était sage et prudent. Il n'avait pas pour cet homme d'amitié profonde, les dieux savaient pourquoi. Le destin les avait opposés, bien qu'ils fussent dans le même camp, et le mystère en est trop grand et diffus pour qu'on puisse l'éclaircir ici.

Or donc, Solcum rejoignit Louis et ses amis et, après avoir vérifié auprès d'eux qu'il avait bien saisi de quoi il s'agissait, il s'offrit à son tour à les accompagner, pour plus de sûreté. Il rougit, néanmoins, quand il reconnut avoir lui-même choisi Silasán pour prendre soin de Robert d'Artois, persuadé qu'il était qu'elle était guérie de son ancien mal.

Il continuait à le croire, et ne pensait pas qu'elle pût avoir fait du mal à Robert. Il regardait sa disparition comme sans gravité, et s'attendait à ce qu'on le retrouve sain et sauf. Une explication serait donnée, à coup sûr, qui satisferait tout le monde. Mais il n'en voulait pas moins en avoir le cœur net, en accompagnant lui-même ses amis, et s'assurer bien sûr que rien de grave n'était arrivé, voire assumer les conséquences de ses actes s'il s'était fourvoyé en effectuant son choix. Il ferait (il fallait qu'on le sache) tout ce qui lui serait possible pour renedre Robert à son royal frère – en vie et en bonne santé. Il y mettait en jeu son honneur, et se plaçait à cet égard sous le regard des dieux.

Et Louis acquiesça, heureux de ce serment et de cet engagement, malgré leur air venu de l'ancienne loi, et tous partirent vers le jardin préféré de Silasán.

Il était situé au nord du château, et on l'appelait Dothnïm, ce qui revient à peu près à dire Bois des Songes. Car soit qu'on s'y crût en songe, quand on le parcourait, soit qu'il était sorti du songe d'un dieu, quand il était apparu, soit qu'on ne pût effectivement que le parcourir en songe, depuis la Terre périssable, il était bien beau comme un songe, et l'âme qui n'y prenait garde se croyait vite, en ce lieu béni, dans un tunnel de couleurs où plus rien ne pouvait se distinguer, et où les plantes et les pierres se fondaient dans un rêve de lumière, et où elle perdait la raison et le sentiment de soi – ravie qu'elle était en extase par la beauté sans nom de Dothnïm la Grande!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant au sort incertain du brave Robert d'Artois, frère du Roi, et de ce qu'a pu lui faire la nymphe périlleuse Silasán.

 

30/08/2020

Les saints du ciel et le génie des lieux

00000000000.jpgIl y a peu, je faisais allusion aux œuvres littéraires modernes qui, dans le monde catholique, avaient essayé de traiter les Saints du Ciel comme les anciens avaient traité les Dieux – en les faisant intervenir dans le cours historique humain. Je n'ai pas trouvé beaucoup d'œuvres, sur le moment, et même quand j'en trouvais elles n'étaient que peu convaincantes, en ce qu'elles ne faisaient agir les saints transfigurés que dans un monde d'âmes abstrait. Lucain affirmant que Pompée, une fois glorifié sur l'arc lumineux de la Lune, a poussé Brutus à tuer César pour se venger de lui et sauver la République, en dit presque davantage que toute la littérature catholique moderne. Il faut remonter à Jacques de Voragine, pour trouver ces interventions bénéfiques d'êtres humains placés au Ciel par la divinité.

Mais après avoir écrit cet article, je me suis souvenu d'une œuvrette savoyarde – du poème à la fois narratif et lyrique d'un certain Alfred Puget, qui vivait au dix-neuvième siècle dans notre doux duché alpin: il adaptait en vers une légende locale sur Notre Dame de Myans.

Il y affirme que la sainte Vierge suivie de ses anges est venue après l'écroulement d'une montagne qui avait anéanti un village, et qu'elle a ressuscité une jeune fille innocente, tuée par erreur: elle avait été violée par l'affreux seigneur à cause duquel les démons avaient été autorisés à faire s'écrouler la montagne. Mieux encore, comme pour les 0000000000.jpgdéesses antiques, partout où elle marche jaillissent des fleurs. Or, ce sont des détails ajoutés à la légende par Puget. Je n'ai jamais vu ailleurs un récit qui fasse autant d'une sainte historique une déesse à l'ancienne. Les Savoyards avaient-ils à cet égard un don?

Me sont dès lors revenus en mémoire trois autres exemples. Le premier est de Maurice Dantand, qui vivait également au dix-neuvième siècle en Savoie, et qui raconte, dans son Gardo, une légende chablaisienne: saint Maurice, patron de notre duché, est venu sauver un innocent piégé dans une auberge tenue par des brigands tueurs, après qu'un curé l'en a eu prié. Le chevalier Maurice est grand et luisant, et ses ennemis ne pèsent pas lourd, face à ses coups terribles.

L'autre exemple auquel j'ai songé est proche. C'est (vanté ici même il y a quelque temps) celui d'un sublime conte de Gonzague de Reynold, Suisse de Fribourg qui parle, lui, de la figure géante de saint Georges assistant Struthan dans son combat contre le Dragon. Le style en est magnifique.

Un autre Savoyard, moins intéressant, a raconté, sans l'avoir inventée, une légende intéressante quand même, et l'a fait dans un style légèrement voltairien: Anthony Dessaix, qui vivait encore au dix-neuvième siècle, et qui a produit deux recueils de légendes, un sur la Savoie, un sur la Haute-Savoie: c'était après l'Annexion. Il narre, donc, que la Mer de Glace vient d'un jeune Saint non nommé qui avait reçu la mission de vérifier que les habitants de la vallée haute de ces lieux austères avaient une vraie bonté: déguisé en mendiant, il a assez constaté que non, pour que le village soit balayé par la glace.

On pourrait sans doute trouver d'autres exemples: la mythologie populaire en regorge. Mais je voudrais dévier de ce compte-rendu pour aborder la question des Saints qui protègent un lieu, et donc, comme saint Maurice chez Dantand ou saint Georges chez Reynold, interviennent pour aider les mortels de ce lieu à vaincre l'adversité. Car la tradition en remonte clairement aux génies des lieux 00000000000.jpgantiques. À Rome même, on croyait à un génie spécifique, qui protégeait et inspirait les habitants. Or, les chrétiens ont d'abord rejeté cette idée. C'est même par eux qu'on connaît les détails de celle-ci, qu'accompagnait un culte; car le poète chrétien Prudence, qui vivait au cinquième siècle, a pourfendu un philosophe païen qui défendait cette tradition du génie de Rome, et qui assurait que les moissons n'étaient bonnes que si on l'honorait. Prudence, dans son traité en vers, se moque, demandant si ce génie a mû le bras ou la pensée de Romulus, lorsqu'il a fondé la ville. Il dit qu'il n'existe pas, et que seule existe l'assemblée des hommes qui décide de l'avenir de la république.

Ce matérialisme remarquable nous rappelle que, bien plus que nous le savons, le matérialisme vient des chrétiens. Prudence s'en prend aux croyances païennes comme si elles étaient infâmes, pourfendant aussi l'astrologie, ou le culte des faunes et des nymphes, et ses discours ont le sectarisme de ceux qui, actuellement, s'en prennent à l'anthroposophie. Celle-ci, c'est vrai, réhabilite largement le paganisme, sans cesser de se réclamer du christianisme. Cela choque beaucoup. Mais les chrétiens, après ce rejet par Prudence de la foi au génie d'un lieu, ont aussi réhabilité celle-ci, d'abord en le remplaçant par un ange, ensuite par un saint du ciel – un saint homme défunt, mêlé aux anges après sa mort. Origène disait que les anges protégeaient les cités, et Joseph de Maistre en a repris le principe. Rudolf Steiner aussi. François de Sales, de son côté, faisait équivaloir à cet égard les anges et les saints, recommandant à ses fidèles de se mettre sous la protection des saints patrons de leurs paroisses, et d'avoir une pensée pour eux, dans leurs oraisons silencieuses.

Mais quelle qualité doivent avoir ces saints pour apparaître légitimement comme les nouveaux génies des cités? Assurément, on peut dire qu'une cité est dirigée par une idée vivante, qui lui donne son caractère, son tempérament, sa spécificité – une idée vivante qu'on peut représenter sous la forme d'un ange et qui 0000000000000000 (2).jpgpénètre les âmes en secret, dès qu'elles respirent son air. Nul besoin d'y être né, il suffit d'y loger!

Un saint du ciel qui devient protecteur de cité se confond avec cette idée vivante, il s'imprègne d'elle, il est illuminé par elle, il vit avec elle et la laisse régner en lui. Sa forme en est épurée, car cette idée en a une qui transfigure la sienne, telle que la vie terrestre l'a élaborée.

C'est de cette façon qu'il dirige désormais la vie de la cité sous la conscience des gens – dans leurs pulsions intimes –, afin que son destin s'accomplisse pour le bien de l'humanité entière. Se vouer à ce saint, c'est devenir pleinement citoyen, l'être parfaitement.

C'est aussi une forme d'initiation.

Nous verrons comment et pourquoi une prochaine fois.