04/07/2018

La langue gauloise

gauloise.jpgDepuis plus de vingt ans, je possédais un volume sur La Langue gauloise, de Pierre-Yves Lambert: à l'époque où je l'ai acheté, je comptais m'initier aux langues en général, stimulé par l'exemple de J. R. R. Tolkien et par mes études comparées des langues romanes à l'université de Montpellier. Je m'efforçais d'apprendre à lire l'anglais, l'italien, le latin, et je pensais poursuivre ce beau cheminement par l'allemand et les langues celtiques. Mais je ne crois pas que j'aie jamais eu la discipline suffisante, somme toute, pour faire de telles études suivies, sur un seul sujet. D'ailleurs je commençais tard, n'ayant jamais été, au collège et au lycée, doué en langues ou en grammaire, et n'ayant alors pratiqué aucune langue ancienne. Finalement, je me suis surtout consacré à la littérature savoyarde, essentiellement francophone.

Comme, néanmoins, je compte me rendre en Irlande, j'ai décidé de reprendre mon courage à deux mains, et, enfin, j'ai réussi à lire cet ouvrage sur la langue de nos prétendus ancêtres gaulois – c'est à dire des hommes qui vivaient au même endroit que nous avant l'arrivée des Romains.

En effet, contrairement à ce qui a été raconté récemment par un spécialiste réputé des peuples antiques, le gaulois était bien une langue proche de l'irlandais - de la même famille. Il était, à vrai dire, surtout proche du breton, conservé dans plusieurs dialectes du Pays de Galles et de Bretagne, et, de cette façon, les philologues ont pu comprendre une partie des inscriptions gauloises qui restaient de l'antiquité, soit en alphabet grec, soit en alphabet romain - soit, même, en caractères étrusques, de façon extrêmement sporadique.

Il faut savoir, en effet, que les Gaulois ont commencé à écrire en grec, pour deux raisons principales. D'abord, les colonies grecques des bords de la Méditerranée - dont il reste les villes de Marseille, Nice, Antibes - ont Alise.jpgentretenu des relations avec les Celtes voisins, leur apprenant l'écriture. Ensuite, l'empire d'Alexandre avait un rayonnement dont on parle trop peu, et il est net que les premières pièces de monnaie gauloises en sont issues.

Par la suite, naturellement, l'alphabet romain a été adopté, mais brièvement, car la langue latine l'a été en même temps, de telle sorte qu'on n'a pas beaucoup écrit le gaulois en romain, pour la bonne raison qu'en romain, on écrivait le latin. La langue gauloise ne semble pas avoir subsisté bien longtemps, en effet, et les mots qui en viennent en français sont surtout soit des mots passés en latin même, soit des mots dialectaux désignant des objets très précis, appartenant au monde des plantes et des oiseaux, parfois des outils. Curieusement (ou pas), ce sont les mêmes choses que, en anglais, on ne reconnaît guère, à la lecture: il s'agit d'objets très particuliers, dont l'existence même souvent est locale.

Les reliquats d'écriture sont fréquemment votifs, gravés sur de la pierre: ils consacrent des objets à une divinité, en général simples génies protecteurs d'une cité ou d'une ethnie, et portant le même nom qu'elle. Parfois, il s'agit de dieux qu'on connaît par ailleurs, et dont les Gallois (et même les Irlandais), ont conservé, dans leur littérature, une image matérialisée, ramenée à des êtres humains plus ou moins magiques, fées ou magiciennes, elfes ou sorciers. Tel est Maponos, un dieu chevalin connu au Pays de Galles sous le nom de lugh.jpgMabon. Les toponymes, bien sûr, commémorent le culte de Lug, qui existait dans tout le monde celtique.

On a également retrouvé des incantations magiques gravées sur du plomb, conformément aux rites décrits par Ovide dans ses Fastes. Jean-Yves Lambert affirme que cela vient des mœurs méditerranéennes et n'a rien de celtique, mais je suis sceptique, quand on nationalise ainsi la magie, ou même la religion: en réalité, d'un pays à l'autre, tout était très proche, sauf la langue. L'urne de Delphes ressemble à l'Arche d'Alliance de Jérusalem, le temple d'Olympie aussi à celui de Jérusalem, et pourtant, on sait à quel point les Juifs se mêlaient peu aux autres peuples. Si le plomb était utilisé, ce n'était pas par tradition nationale, mais à cause des vertus supposées de ce métal, non pas à Rome ou à Lyon, mais partout. Il est lié à Saturne, lui-même lié aux divinités infernales, et que ce dieu ait un nom différent en celte ne change pas réellement sa nature.

Fait remarquable, le gaulois tendait à perdre ses désinences: les gens ne prononçaient plus la fin des mots. Du coup, les déclinaisons étaient inaudibles. La solution, pour rester clair, était de conserver toujours le même ordre: sujet, verbe, complément. C'est remarquable parce que cela explique pourquoi l'ordre des mots est si important dans les langues modernes occidentales, notamment en français, mais aussi parce que le français, depuis l'époque romaine, n'a cessé d'évoluer de la même façon, à son tour: les terminaisons ne s'entendent plus. Cela pose un problème aussi pour la variation des mots en genre, nombre et personne: on le sait. Le français écrit impose ainsi l'absurdité d'une orthographe dite morphologique, indiquant le pluriel. Dans les faits, à l'oral, on entend le genre, le nombre et la personne grâce aux déterminants et pronoms, c'est à dire à des mots vides, non utilisés dans le latin, qu'on place cette fois avant les noms et verbes. Il n'y a guère que pour le féminin qu'on entende encore des fins de mots différentes, d'ailleurs fallacieusement ramenées à un e écrit qui indique en réalité la prononciation de la consonne finale, et n'a aucune valeur propre.

Cette tendance, à ne pas prononcer les mots jusqu'au bout, si française, ne vient pas du gaulois qui n'aurait pas eu de désinences, Beauce-openfield.jpgmais existait déjà en gaulois. À croire que le climat français empêche d'aller jusqu'au bout de ses mots et de ses idées. Cela rappelle Patrick Modiano ne finissant jamais, à l'oral, ses phrases. (On me l'a reproché aussi.) Les Gaulois ont toujours été des gens sensibles. Les plaines françaises, s'étendant à l'infini, semblent n'avoir aucune borne: on les regarde, et on se dit: à quoi bon? On ne finit jamais rien, on recherche à l'infini le temps perdu, comme Proust.

Les Français sont plus mélancoliques qu'on croit. On les regarde trop sous l'angle de l'ancienne Rome.

09/01/2018

Christianisme et monde élémentaire: Teilhard de Chardin

e63407c5d99174b13adbe9fba6754e30.jpgDans un article relativement récent, j'ai montré que la religion catholique n'avait pas réussi à vaincre la croyance en un monde élémentaire, en une face spirituelle interne à la substance terrestre qui ne fût pas forcément mauvaise, comme elle avait essayé de le prouver en assimilant les fées aux démons. Les bons esprits du foyer restaient plus proches, plus intimes, plus familiers que les anges de la Bible, plutôt abstraits, et, sous la forme des lutins, des sarvants, des nains, des korrigans, même chez des peuples pieux et assidus à l'église ils continuaient d'être vénérés et de recevoir des offrandes. La terre visible et les corps charnels avaient eux aussi leurs secrets protecteurs, leurs thaumaturges invisibles.

En dernière instance, de tous ces êtres, les extraterrestres de la science-fiction sont l'expression renouvelée. Dans les histoires qu'on en raconte, ils apportent aux hommes des solutions pour leurs problèmes matériels, leur santé, leur organisation sociale - et parfois, jugeant l'humanité et ses méfaits, ils ressemblent plus étroitement aux anges de la Bible.

Pierre Teilhard de Chardin prit conscience, à sa manière, que la métaphysique catholique était trop abstraite, et refusa de rejeter le progrès technique dans l'enfer habituel: les esprits de la nature eux aussi étaient tournés vers le Christ, assurait-il! Les machines n'empêcheraient donc pas la spiritualisation de la Terre, qui était elle-même, au fond, un être spirituel.

Tout en demeurant théorique dans son langage comme pouvaient l'être les héritiers de la scolastique, il a défini une nouvelle façon plus embrassante, plus globalisante, de concevoir la divinité. L'union même du couple était, à ses yeux, la première marche vers l'union avec l'univers, c'est à dire son esprit, c'est à dire Dieu. Il donnait raison à Dante et à la spiritualité orientale, et désavouait implicitement l'héritage de Pietro_Perugino_-_Cato_-_WGA17247.jpgl'ancienne Rome qui avait glorifié Caton parce que, ayant engendré les enfants qu'il espérait avoir, il avait répudié sa femme et mariée à un autre, estimant ne plus avoir à copuler. Cette conception mécaniste de l'amour, qu'on a longtemps prétendue être d'origine chrétienne, s'avère prendre ses racines dans la morale rigoureuse, toute masculine et nourrie de stoïcisme, de l'ancienne Rome. Teilhard, plusieurs siècles après Dante, comprit que le christianisme allait au-delà, qu'il embrassait l'Orient, et le culte de la femme comme image du monde.

L'enjeu était grand, car l'humanité moderne, détournée des grandes pensées mystiques médiévales, assimilait le monde des phénomènes à la matière pure. Rejetant, dans son matérialisme, au sein d'une bulle désuète et caduque tout ce qui avait trait aux mythologies, elle déliait l'individu de l'univers, créait une morale elle-même arbitraire, choisie par goût personnel par les hommes.

Du reste, les prouesses de la science moderne attestaient de la faculté de la connaissance de la matière à améliorer la vie humaine au moins en cette vie, à la façon des vieux thaumaturges. La science-fiction la plus intelligence faisait se rejoindre la science et la magie, et rendait au savant, ou à l'ingénieur, son vieux titre sacerdotal. Car lorsque, dans la Rome primitive, on commandait à la foudre, disait Tite-Live, c'était en suivant un rite précis, qui permettait à l'initié d'utiliser l'arme de Jupiter. On a eu beau jeu d'établir le rapprochement avec la maîtrise de l'électricité: Théophile Gautier, par exemple, l'a fait.

Lorsque Milarépa affronte un prêtre bön, c'est à dire antérieur au bouddhisme, il lui reproche de ne s'adresser qu'aux esprits terrestres, ne réglant que des problèmes physiques; lui, Milarépa, a des préoccupations morales supérieures. Mais en même temps, sur le plan physique, les divinités célestes qu'il invoque, et qui entourent le Bouddha, ont une efficacité supérieure à celles invoquées par le bön, puisque la Terre est soumise au Ciel. Or, les prêtres catholiques ne montraient aucune faculté à effectuer des miracles naturels aussi admirables que ceux de la technologie. Louis-Claude de Saint-Martin le mila.jpgréclamait d'eux, mais ils se montrèrent dépassés jusque dans leurs conceptions scientifiques, ainsi que l'affaire de Galilée l'avait dévoilé.

Pour Teilhard, il s'agissait de reconquérir le terrain perdu en faisant pénétrer le Christ jusque dans l'inanimé, dans la pierre et les atomes, qu'il affirmait être porteurs d'ébauches de psychisme. Mais ces ébauches de psychisme justement pouvaient, ou pourraient être figurées par les êtres élémentaires de la vieille mythologie, et l'esprit de la pierre être à nouveau un gnome, l'esprit de croissance végétale une ondine, et ainsi de suite. N'étant pas artiste, il est resté dans les généralités; mais cela amenait bien à cela, et il a avoué être panthéiste, ou animiste. Il admettait implicitement l'existence des génies, dans la mesure où ils étaient l'expression localisée, dans un pays, un sol, de l'esprit cosmique.

Le problème devenait seulement, comme pour Milarépa et les bouddhistes asiatiques, celui de la hiérarchie entre les esprits célestes supérieurs et les esprits terrestres inférieurs devant leur obéir. Pour Teilhard, il existait une hiérarchie entre l'esprit du couple, l'esprit de l'humanité entière et l'esprit universel. Cela créait une trinité, et, assurément, puisque le couple est lié à une pratique sexuelle, l'ange qui préside à ses destinées est lui-même placé dans le monde élémentaire, il est entouré, pour ainsi dire, de faunes et de nymphes - ou d'amours ailés et armés d'arcs et burn.jpgde flèches, qu'il dirige, ou doit diriger, pour que le couple s'épanouisse pleinement. Ainsi était réhabilitée la vieille poésie courtoise, si elle était soumise cependant à l'esprit chrétien, qui ne voit d'amour légitime que dans le mariage religieux, et l'union durable.

À un niveau supérieur, la Terre est à son tour imprégnée d'âme, mais d'une âme aussi élémentaire devant obéir au Christ, à l'esprit de l'humanité. Ainsi était-elle spiritualisée, peut-être plus par l'art que par la technique, néanmoins: et à cet égard Teilhard a manqué de lucidité.

Certes, jamais il ne se serait jamais exprimé de cette manière trop poétique pour lui, mais, précisément, si l'on utilise le langage des figures et, comme le disait Frederic Schlegel, de la mythologie qui est suprême poésie, on parvient bien à ces tableaux grandioses, qui d'eux-mêmes parlent, sans qu'il soit besoin de faire appel à des concepts abstraits.

Directement ces images spiritualisent la matière, et les machines deviennent secondaires, la science matérialiste aussi.

25/05/2017

Louis Rendu et la formation des montagnes

glacier_sketch_by_arcipello-d7t3ify.jpgLouis Rendu (1789-1859), digne prélat savoyard qui s'est consacré aux sciences naturelles, s'est fait connaître par ses découvertes sur la formation des glaciers. Une élévation dans l'Antarctique porte son nom. Il était logique qu'un Savoyard découvre le premier le véritable processus de formation des glaciers, car il les observait directement, tandis que ses prédécesseurs ne les avaient regardés que brièvement, et ensuite avaient réfléchi sur eux dans leurs cabinets.

En effet, Rendu contredisait essentiellement l'excellent Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799), Genevois qui fut l'un des premiers conquérants du mont-Blanc, et qui prétendait que les glaciers commençaient à fondre dès qu'ils étaient créés, alors que Rendu a pu établir que, pour l'essentiel, ils commençaient par tomber, tirés par leurs propre poids, et ne fondaient qu'après, une fois une certaine altitude atteinte.

La glace en effet est plastique, contrairement à ce qu'on a d'abord cru: on la pensait aussi solide que du fer, ou que de la pierre. Elle garde quelque chose de mou qui se manifeste par sa manière de se déformer en tombant, et simplement par sa manière de glisser sur le roc plus dur qu'elle. La glace conserve des traits propres à l'eau, et en coulant son milieu s'allonge, à la façon d'un museau, tandis que ses bords restent en arrière.

Rendu a donc particularisé, individualisé la glace, la différenciant dans son caractère des autres éléments solides. Or, c'était sa patte. Il rejetait absolument les généralités théoriques, et voulait toujours cerner les choses dans leur singularité.

Sa grande affaire fut cependant de montrer comment l'échange cosmique entre le haut et le bas, entre le Ciel et la Terre, s'illustrait dans tous les éléments: l'eau à travers son cycle propre, mais aussi la chaleur - et il pensait que si on se penchait sur les rythmes magnétiques et électriques, on observerait une circulation semblable dans l'univers entier. Il le croyait également pour les astres, et même pour l'âme humaine - tout rythm.jpgprès ainsi de croire aux vies successives, quoiqu'il n'en ait jamais fait part: car il affirmait que l'âme venait de Dieu puis y retournait après avoir séjourné sur Terre. C'était la doctrine de Platon et de François de Sales, mais à cet égard le catholicisme a toujours hésité, certains pensant que l'âme était créée par Dieu sur Terre à la naissance.

Rendu paradoxalement était plus spiritualiste. Mais il s'est heurté aux savants de son temps, notamment ceux de Paris, sur un point qui le chiffonnait, la formation des montagnes. Il refusait de croire qu'elles fussent le simple effet de soulèvements internes, la conséquence mécanique de mouvements terrestres globaux. Ce qui le mettait hors de lui touchait dans le même sens les autres savants savoyards ses amis: l'idée - très à la mode à cette époque - que la chaleur interne eût créé ces soulèvements.

Ces savants, fondateurs de l'Académie de Savoie, étaient principalement Alexis Billiet, futur archevêque de Chambéry, et Georges Raymond, professeur au Collège royal de la même ville. Rendu fut d'abord le collègue du second, puis évêque d'Annecy. Tous trois s'indignaient, en réalité, qu'on rejetât le récit du Déluge.

Pour Rendu, la Terre tout entière avait été molle et plastique, intermédiaire entre l'état solide et l'état liquide - à peu près, sans doute, comme les savants actuels caractérisent le manteau placé sous l'écorce terrestre. Le Déluge au fond faisait allusion à une époque dans laquelle la Terre était un universel mélange de terre et d'eau.

Et c'est dans ce milieu que les montagnes sont nées. Or, Rendu tenant toujours à donner une personnalité à chaque montagne, il rechignait à admettre qu'elles eussent été formées selon des lois mécaniques générales.

Si on peut admettre que certaines soient bien nées d'un soulèvement, disait-il, on ne peut pas expliquer la formation de toutes les montagnes de cette manière. Et, à demi-mots, il défendit l'idée d'une cristallisation, au sein de la matière molle et plastique dont était selon lui constituée la Terre jusqu'à la surface: les montagnes étaient apparues à peu près comme les icebergs, issus de banquises fracturées. Surnageant au-dessus du manteau mou, plongeant ses racines dans son sein au-delà de l'écorce terrestre, elles Yosemite_Valley_Glacier_Point_Trail_by_Albert_Bierstadt.jpegconservaient ainsi leur origine particulière et dynamique, puisqu'elles étaient issues de cristallisations; mais les mouvements globaux pouvaient expliquer aussi des formes spécifiques, puisque la pression interne aux banquises, liées aux vents et aux courants marins, créent bien en leur sein des crêtes, toutes de formes différentes.

Je dois le dire, ce n'est pas Rendu qui est l'auteur de cette comparaison, mais moi. Néanmoins, sa passion pour les glaciers a pu faire naître son idée sur les montagnes issues de cristallisations, d'une part; et, d'autre part, un tel phénomène est forcément comparable à celui d'une banquise. Il est simplement plus vaste, et plus ancien. Il s'agit seulement d'imaginer une pierre assez plastique et molle pour se comporter comme la glace, dans des époques très anciennes.

C'est la difficulté, et peut-être l'aspect rédhibitoire d'une telle imagination, si les lois physiques interdisent d'admettre cette possibilité – ce que j'ignore. Ce qui me plaît, dans une telle pensée à demi fabuleuse, c'est que la formation des montagnes y cesse d'être abstraite: grâce à la comparaison, on la conçoit, on la ressent. On comprend ce que voulait dire Rendu quand il affirmait qu'à l'origine les montagnes étaient énormes, bien plus grandes qu'à présent: elles apparaissent comme de prodigieuses banquises, de titanesques blocs de cristal. Cela valide presque le mythe des géants!

De surcroît, ramenées à un phénomène pouvant être fractionné et individualisé, ces formations constituent un paysage saisissable, parlant à l'être humain, disposant d'une âme.

Les ancêtres de l'homme vivaient déjà à cette époque: l'être humain n'est pas issu d'une génération spontanée. Étaient-ils gros, dans ce paysage mou et énorme, comme les baleines sont grosses dans la mer, parmi les icebergs? Ressentaient-ils en eux, pareils à des plantes, les formations cristallines et les mouvements des vents et des vagues? Peut-être que les images de création du monde en sont venues!

Elles étaient chères à Rendu et à ses amis.