15/08/2017

Flamenca et le mystère du mari méchant

geoffrey-detail-194x300.jpgOn croit souvent que l'amour courtois est issu de l'ancienne mythologie bretonne et des légendes arthuriennes, mais on n'en voit nulle trace dans l'Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth, le texte fondateur, pour l'Europe, de cette mythologie. On se souvient qu'elle était en latin et que, poète de la cour du roi d'Angleterre, Wace la traduisit en français. L'amour courtois n'est venu qu'ensuite. Il est clairement issu de la société féodale gauloise, et non de l'ancienne Bretagne.

La première trace de sa présence au sein d'une histoire mythologique peut être décelée dans un lai de Marie de France. On y lit qu'une femme mariée avec un méchant homme prie le ciel qu'on la libère de ses tourments. Un oiseau vient la voir, qui se transforme en homme, et fait l'amour avec elle, la consolant de ses malheurs.

Il faut avouer que Jupiter se changeant en cygne, dans la mythologie grecque, ne venait pas en principe libérer Léda d'un mauvais mari; le mythe n'en parle pas.

Le motif du lai de Marie peut faire référence à Geoffroy de Monmouth et à ce qu'il dit de la naissance de l'enchanteur Merlin: son père était un être non physique, intermédiaire entre les hommes et les anges, qui s'est fait un corps solide et a aimé une mortelle. Il avait aussi la faculté de prendre une forme d'oiseau. Mais la mère de Merlin était vierge - et pas du tout mariée avec un homme méchant, par conséquent.

Un autre passage de l'Histoire de Geoffroy suggère l'origine du thème du mari méchant dans la mythologie. Un ogre, un géant, une sorte de démon a capturé la fille du roi Hoël de petite Bretagne, neveu d'Arthur, une arthur.jpgravissante vierge, et l'a violée et tuée. Arthur combat ce monstre et le tue de sa vaillante et magique épée Excalibur en tournant autour de lui à toute allure. Car il était énorme mais manquait d'agilité.

On pouvait donc être mariée à un démon, à un monstre, et être sauvée par un vaillant chevalier. Mais il ne s'agissait pas de mariage chrétien, agréé par les parents, il s'agissait bien d'enlèvement, de violence.

Ariane, de la même façon, fut libérée du Minotaure par Thésée. Il est peu probable qu'à l'origine la mythologie bretonne ait été tellement différente de la mythologie grecque. Mais la seconde paraissait abstraite, aux Français du douzième siècle. La première semblait familière, proche, intime.

Chrétien de Troyes évoque des pucelles, sans doute fées, asservies à des notons, démons des eaux qu'il présente comme des géants armés, et contraintes par eux à travailler dans une sorte d'usine, ou fabrique de tissus. Le fond en est symbolique et mythologique, mais Chrétien le mêle à la réalité ordinaire, de sorte que les choses sont brouillées. Les pucelles viennent d'une île dont le roi a été vaincu au combat par les notons.
Les suggestions en sont grandioses, mais on peut aussi ne pas les voir. Yvain combat ces géants trop forts pour lui, et le lion qu'il a sauvé du dragon vient à sa rescousse. L'épisode est sublime, mais généralement mal appréhendé par la critique.

Mais l'essence de l'amour courtois se manifeste plutôt dans un récit qui ressemble au lai de Marie de France ci-devant évoqué. Il s'agit de Flamenca, qui est inachevé, date du treizième siècle et a été rédigé en langue flamenca-manuscrit-f3 (2).jpgd'oc. Rien n'y est explicitement surnaturel mais tout semble appliquer des principes moraux supérieurs, un peu comme dans les romans de Victor Hugo.

Flamenca l'enflammée est mariée à un homme jaloux, qui l'enferme méchamment dans une tour. Un chevalier pur et beau en entend parler, en tombe amoureux et veut la délivrer. Flamenca entend parler du chevalier, et en tombe amoureuse aussi. Il vient par un subterfuge humain s'unir à elle dans sa tour. Si ma mémoire est bonne, il creuse un souterrain.

Tout est réaliste, et le symbolisme, s'il est présent, ne s'incarne pas dans du merveilleux. Mais le récit peut être dit archétypal.

À un niveau plus vulgaire, il peut être aussi sembler flatter l'instinct adultère. On le justifie par la méchanceté du mari. C'est une tentation ordinaire. Un mari est toujours méchant, un amant fait facilement rêver. Comme les femmes sont les premières à lire des romans, il est habile, pour l'auteur, de montrer que c'est la femme, qui est mal mariée.

Cela me rappelle l'Histoire des Lombards de Paul Diacre, un texte sublime de l'époque de Charlemagne. Une femme au visage rustique est mariée au puissant duc de Frioul et le supplie de prendre une autre femme, plus belle et donc plus digne de son rang. Mais, homme sage, il répond qu'elle a tant de vertu, qu'il la préfère à bon droit à celles qui sont plus jolies. Sainte_Monique.jpgPaul Diacre le loue, évidemment.

On n'est jamais assez bien marié. Mais chaque être humain avec qui le destin lie a des qualités qu'on peut s'efforcer de trouver. L'assiette du voisin n'est pas forcément meilleure. Le christianisme évidemment louait les femmes qui adoucissaient leurs maris à force de patience et d'amour. Le modèle à cet égard était la mère de saint Augustin sainte Monique, dont le mari était un terrible païen. Saint Paul avait recommandé de ne pas divorcer d'un païen, si on était marié avec lui, mais de s'efforcer de le convertir.

Ce n'est pas toujours possible; la loi est dure. Flamenca peut, en un sens, représenter le pan de la vie qui échappe à la loi - qui se situe dans les lieux qu'elle n'atteint pas. Par-delà la rigidité religieuse, il y a une liberté qui peut-être n'est pas désapprouvée par Dieu autant que les prêtres le disent.

Mais tout cela n'était pas dans la mythologie bretonne primitive. Il s'agit de vie sociale. Il s'agit de la France du Moyen Âge.

30/07/2017

René Char et la quête mystique moderne

rene-char.jpgLes admirateurs de René Char sont nombreux, et fervents. Ils le sont en particulier dans les hautes sphères, chez les gens distingués qui se piquent de lettres. François Mitterrand le citait dans ses discours, et Emmanuel Macron a déclaré que son recueil Fureur et mystère était un de ses livres préférés.

Pendant longtemps, je ne connaissais de lui que ce qu'en contenait l'Anthologie de la poésie du vingtième siècle des éditions Gallimard, lue à l'époque où j'étais étudiant. Je ne détestais pas. Je trouvais que cela ressemblait au roman Dune de Frank Herbert, pour l'atmosphère évanescente qui y régnait, l'espèce de nimbe spirituel ou mystique qui baignait ses pensées. Mais ce n'était pas suffisant pour me donner envie d'en lire plus. Ce qu'en citaient les admirateurs de sa poésie ne me faisait pas envie non plus, car je trouvais que la forme était grandiose et mystique mais qu'elle n'avait pas de butée vers la divinité de façon claire. Or, je n'aime pas spécialement, en soi, et pour lui-même, le mysticisme. Je ne l'aime que s'il est justifié par la présence d'un dieu, ou d'un ange. Sinon, il me paraît exaltation vague, sentimentalisme creux.

Vingt-cinq ans après, j'ai acheté son recueil Fureur et mystère, car on me pressait pour que je le lusse. Et j'avoue n'avoir pas changé d'opinion. Mais je m'explique mieux son succès auprès des politiques. Les Feuillets d'Hypnos, au centre du livre, constituent un journal intime de Résistant, vers 1943, et ont une clarté et une simplicité que n'a pas le reste; en même temps, Char a gardé sa manière poétique, et il est évident que ses doutes, lorsque des dilemmes terribles se posent à lui, sont poignants. Il assiste plusieurs fois à des actes atroces, et doit rester caché pour échapper au danger ou, dit-il, pour empêcher des vengeances sur des villages alliés. Il commandait un détachement.

Ce qui est intéressant, chez Char, de mon point de vue, c'est la résonance culturelle. Rudolf Steiner a déclaré un jour que l'Europe se caractérisait par un trait qui, à lui seul, isolé, était un défaut. (Il a dit bien sûr la même chose de l'Asie et de l'Amérique, sauf que les traits sont différents.) L'Europe, disait-il, avait tendance à Rudolf-Steiner4.jpgrester dans le vague des sentiments, et à perdre son orientation spirituelle intime. Elle n'était jamais tout à fait matérialiste, jamais tout à fait spiritualiste, et cela faisait à la fois sa noblesse et sa faiblesse. Comme remède, il appelait le sentiment européen à se relier aux cycles cosmiques, à ce qu'ont de significatif, pour le monde spirituel, les jours, les mois, les années. Il pensait à Noël, à Pâques, à la Saint-Michel, à la Saint-Jean, mais aussi aux esprits des jours de la semaine - les divinités dont ils ont pris les noms - et on peut, encore, songer aux saints du calendrier - à ce qu'on veut, du moment que le sentiment mystique puisse se lier à des esprits placés objectivement dans le monde, et agissant selon des rythmes.

En un sens, on pourrait dire que, en poésie, le rythme des vers est aussi la garantie que l'âme ne parte pas dans le néant, ne se dissipe pas dans les fumées terrestres - ou ne soit pas emportée par les vents. Par là, l'esprit européen, si tourné vers le sentiment, pourrait se lier à des vérités religieuses, ou à des cycles naturels, à des manifestations physiques, et trouver, entre ces deux pôles, une clarté nouvelle - une stabilité.

Il est touchant, voire bouleversant que, dans sa poésie, Char se soit si souvent interrogé sur le pôle qui pouvait ou non orienter son âme. Dans les Feuillets d'Hypnos, l'aphorisme 16 affirme que notre principal souci est l'intelligence avec l'ange.

Je ne dirais pas mieux, mais, dans une parenthèse, le poète se sent obligé d'expliquer ce qu'il entend par l'ange, en le distinguant avec soin de ceux de la religion: c'est ce qui, à l'intérieur de l'homme, tient à l'écart du compromis religieux, la parole du plus haut silence, la signification qui ne s'évalue pas. C'est en quelque sorte l'idée absolue.

Il ajoute que cet être connaît le sang, ignore le céleste. Et le blasphème, là, apparaît, ce que je dis sans agressivité: je veux caractériser objectivement la chose. D'ailleurs, les poètes surréalistes n'hésitaient pas à blasphémer, ils pouvaient même affirmer que c'est une condition de la poésie.

En effet, la voix de la conscience passe certainement par le sang; mais en rejetant, par le mot céleste, les vérités religieuses imposées, Char montre ce qu'il a de tragiquement européen. On comprend ce qu'il veut dire: il s'agit de s'arracher au dogme, et de ressentir en soi les choses; il s'agit de ne pas se soumettre aux paroles de la Bible, comme en Amérique. Mais Char devrait savoir que le ciel est aussi une réalité naturelle. Coëtivy_Master_(Henri_de_Vulcop )_(French,_active_about_1450_-_1485)_-_Philosophy_Instructing_Boethius_on_the_Role_of_God_-_Google_Art_Project.jpgC'est par lui, en effet, que le sens de l'harmonie naît en l'homme. Boèce disait que les lois émanaient du sentiment de ce qui était juste, issu de la sensibilité à l'harmonie des astres. Il ne s'agissait pas, comme chez Calvin, de se référer mécaniquement à la Bible, mais de ressentir poétiquement la justice, en la mettant en lien avec la nature cosmique!

Dans le sang vit bien le sentiment moral; mais Rousseau rappelait avec raison qu'y vivait aussi l'égoïsme. Comment distinguer? Comment savoir si la peur a guidé l'action, ou le sens du devoir?

Si on reste dans la pure sphère des sentiments, le bien ne se distingue jamais nettement du mal, et on peut être dans l'illusion la plus complète.

Je ne dis pas que ce fut le cas de Char: je n'en sais rien. Il pouvait aussi avoir un instinct sûr. Mais est-ce donné à tout le monde? Dans l'ensemble, l'Europe depuis un siècle erre parmi les incertitudes et les angel-1502351_960_720.jpgimpulsions contradictoires - parmi les valeurs relativisées à l'infini. Rien dans l'intelligence ne trouve d'appui lorsqu'il s'agit du bien et du mal. Si l'ange n'est pas céleste, si le ciel n'est pas proposé comme pôle, la boussole intime ne tourne pas dans un sens clair. Et je n'entends pas par là le dogme, le ciel intellectuel, mais le ciel réel - et l'harmonie des astres, comme disait Boèce.

L'aphorisme de Char déjà cité résume la définition de l'ange comme étant la bougie qui se penche au nord du cœur. C'est joli, sans doute, c'est bien exprimé, avec sincérité, et sensibilité. Mais si l'ange n'est pas céleste, avouons-le, la bougie qui se penche au nord du cœur le fait au hasard. L'ange peut aussi être un démon, comme disait saint Augustin.

14/07/2017

Religion antique et Stoïciens

hercule.jpgJ'ai déjà, au sujet du poète romain Lucain (neveu de Sénèque), évoqué les croyances mystiques, ou la doctrine ésotérique des Stoïciens - mal connue: on préfère s'intéresser à leur morale. Lucain présente Pompée comme s'étant reconstitué après sa mort dans le ciel grâce à ses vertus: désormais il vit dans l'orbe lunaire - qui est, au-delà de l'obscurité terrestre, toute lumière.

Or, j'ai lu récemment des pièces romaines tragiques, autrefois réputées de Sénèque, et contenant soit la doctrine stoïcienne, soit, au moins, les vraies pensées religieuses des anciens Romains. À cet égard, la pièce appelée Hercule sur l'Œta est particulièrement intéressante.

On lui a reproché sa tendance au bavardage, à la rhétorique creuse. Mais c'est justement ce qui en fait un document capital: au lieu de ne dire que ce qui est utile pour le drame, les personnages ne peuvent pas s'empêcher de disserter en révélant le fond de la doctrine religieuse de l'auteur.

S'il s'agit de Sénèque, la pièce doit être une œuvre de jeunesse; sinon elle est d'un imitateur. Mais elle a pour remarquable particularité d'être la seule pièce romaine qui soit à la fois sérieuse comme une tragédie et heureuse dans sa fin comme une comédie. En effet, si elle évoque, extérieurement, la mort d'Hercule, elle le place en fin de compte au Ciel, en fait un dieu - et on croirait voir, avant l'heure, une vie de saint chrétien. A-t-elle été réécrite par un chrétien? Je n'ai vu nulle part formulée cette hypothèse, et d'ailleurs, la luxure est un trait trop important d'Hercule pour que cela soit admissible.

Mais le penseur agnostique qui s'appuie sur les anciens Romains pour faire triompher sa philosophie et relativiser le christianisme - voire le dire un tissu de mensonges -, a un démenti clair dans cette œuvre, car si ce n'est la luxure, effectivement peu reprochée aux héros par les anciens Romains, les traits exposés sont conformes au christianisme classique. Trois en particulier ont retenu mon attention.

Le premier est qu'un personnage affirme, à un certain moment de l'action, qu'il n'est pas vrai, comme le prétendent les poètes vulgaires, que les hommes de bien aillent sous terre après leur mort: ils gagnent le tumblr_noy8zsCaZQ1rqqedro1_1280.jpgciel, les astres - rejoignent les dieux! Nous avons vu que Lucain avait développé cette pensée pour Pompée. Mais on sait que Cicéron l'avait théorisé dans son récit du Songe de Scipion, qui assurait que les hommes vertueux étaient accueillis après leur mort - pour y vivre éternellement - dans la Voie Lactée. Or, Ovide faisait de celle-ci la route du pays divin.

Les Romains avaient placé, selon ce dernier poète, beaucoup de leurs grands hommes au Ciel: Énée, Romulus, César, Auguste, notamment. On leur vouait désormais un culte, et ils étaient mêlés aux dieux. Ce qu'affirment Cicéron et Lucain n'a donc rien d'exceptionnel: il s'agit bien de la règle propre à l'ancienne religion romaine.

Le second point d'Hercule sur l'Œta qui m'a intrigué est que le fils d'Alcmène est réputé avoir tué des monstres et déposé des tyrans, mais aussi mis fin à des cultes infâmes, fondés sur le sacrifice humain. En d'autres termes, contrairement à ce qu'ont dit beaucoup de philosophes (notamment Voltaire), les héros de l'ancienne Grèce intégraient bien les questions religieuses à leurs combats, affrontant des déités maléfiques assoiffées de sang humain.

On pourrait même, plus qu'on ne l'a fait en général, interpréter les travaux d'Hercule comme renvoyant symboliquement à des suppressions de religions dégénérées. Les monstres qu'il a combattus pourraient être FrankFrazetta-Conan-the-Avenger-196.jpgdes idoles d'anciens cultes. À ce titre, Hercule rappellerait Conan le barbare, de Robert E. Howard, qui affrontait des démons suscités par des sorciers, chefs de sectes.

On ne le mesure pas assez. Hercule a chassé d'anciennes dévotions de type aztèque de l'Europe méridionale, pour instaurer une religion plus civilisée, plus évoluée et tendant au fond au christianisme. Les récits qui voient des victimes humaines remplacées au dernier moment par des animaux sur l'ordre d'un dieu, ne sont pas l'apanage de la Bible; la mythologie grecque en contient plusieurs. Le christianisme ne s'est pas imposé d'un coup à des religions totalement différentes; dans le monde méditerranéen, il s'est imposé à des religions qui avaient déjà anéanti des religions différentes - et plus éloignées qu'elles du christianisme.

Le troisième point de la pièce antique qui m'a intrigué est qu'Hercule a une vision, avant sa mort, de ses épousailles mystiques avec Hébé, déesse de l'Olympe, et de sa réconciliation avec Junon. Puis il est rejeté de cette vision, ramené sur Terre par ses souffrances. Mais il apparaît plus tard en vision à ses compagnons, et il est bien là où il avait cru qu'il serait. En d'autres termes, Hercule, tel un saint chrétien, connaît une expérience mystique au sein de sa passion, et cette révélation suprasensible se passe bien comme dans la littérature mystique chrétienne. L'ancienne religion romaine a plus fondé le christianisme et en particulier le catholicisme qu'on ne le croit.

J'ajouterai à ces trois traits un qui m'a sidéré. Je connaissais bien la mythologie scandinave, et le thème de la mort ragnarok_by_nicholaskay-d69tcgg.jpgdes dieux - des Ases -, en son sein. Or, je ne connaissais rien de comparable dans l'ancienne mythologie grecque. J'avais seulement lu, dans un récit médiéval imité de l'antiquité, que les dieux immortels s'ennuyaient, dans leur ciel vide, étant en marge de la divinité authentique. Mais dans cette pièce sur la mort d'Hercule, il est parlé explicitement du Chaos à venir et de la mort des dieux, bien que le poète avoue ne pas savoir exactement comment cela se passera, ni ce qu'il y aura après - si le monde peut renaître. Il dit seulement que le Ciel doit s'écrouler sur la Terre et les dieux, périr.

Cela rappelle un peu le Jugement dernier, et la mythologie grecque avait aussi son eschatologie et son apocalypse, contrairement à ce que croient beaucoup. Il est logique de considérer que les hommes de bien allaient échapper à cette ruine finale, puisqu'ils étaient devenus immortels. Mais on ne peut rien certifier, à ce jour.

Et pour en revenir à la luxure, elle n'était pas si autorisée qu'on le pense. Lucain faisait l'éloge de Caton parce qu'il n'avait jamais fait l'amour que pour se reproduire. Plutarque blâmait ceux qui se mariaient par concupiscence, et il était prêtre d'Apollon à Delphes. En réalité, le christianisme n'a pas tout inventé; il n'a fait que prolonger des tendances préexistantes, en les réaffirmant.