05/02/2019

Déodat Roché et le catharisme

Déodat_Roché,_1953_(cropped).jpgComme je passe à présent beaucoup de temps en pays cathare et que j'ai l'intention d'en passer encore plus, mon ami François Gautier m'a offert quelques livres de Déodat Roché, philosophe de la vallée de l'Aude qui a consacré ses recherches aux cathares et s'est placé à cet égard sous la lumière de Rudolf Steiner. J'ai lu en particulier un ouvrage intitulé Contes et légendes du catharisme qui s'efforçait de montrer que plusieurs contes populaires recueillis au dix-neuvième siècle par le célèbre Jean-François Bladé (notamment en Gascogne et dans l'Agenais) contenaient les idées cathares. Leur présence lui faisait même dire que ces contes émanaient des sages cathares d'autrefois, lesquels s'exprimaient au travers de symboles, de mythes, d'images - non de dogmes théoriques.

Peut-être que l'inspiration populaire se recoupe plus simplement avec les vérités profondes, sans qu'il y ait de filiation physique. Il me semble que s'il voulait prouver ses dires, Déodat Roché aurait dû montrer que les mêmes principes ne se trouvaient pas dans des contes situés dans d'autres régions, non liées historiquement au catharisme.

Mais peu importe. Ce qui compte est ce qu'il dit des cathares, qu'ils s'exprimaient sans théoriser, sans intellectualiser, mais en s'efforçant de percer les mystères de l'Esprit par le moyen de la conscience imaginative. Cela donne envie de devenir cathare, car c'est fait pour les artistes, et les théologiens ont sombré dans un intellectualisme vide, malgré la grandeur d'un saint Thomas d'Aquin - dont d'ailleurs Déodat Roché dit que, dans sa démarche mystique, il avait un lien avec les cathares. J'aime François de Sales parce qu'à son tour il affirme que les plus profonds mystères ne peuvent être appréhendés qu'intuitivement, à la faveur de l'imagination du monde des anges, et par un cœur rempli d'amour. Par l'amour on dépasse les apparences et on rencontre Dieu, qui est tout amour. Mais François de Sales a été déclaré docteur de l'Église catholique, non hérétique...

Il existe aussi un lien avec Joseph de Maistre. Origène est cité par Roché comme une autorité dans la tradition gnostique manichéenne dont se nourrissaient les cathares. Or Maistre le cite constamment, y compris contre Augustin d'Hippone - catholique orthodoxe, et profondément romain. Mais il y a plus. Pour Palden-Lhamo2-w.jpgDéodat Roché, les cathares regardaient le mal comme une émanation de la Providence, destinée à corriger brutalement les penchants humains impropres à leur évolution spirituelle: ce n'était pas une entité radicalement mauvaise en soi, qui ordonnait le mal, mais Dieu, passant par un ange hostile aux désirs humains n'allant pas dans le bon sens. Maistre parle ainsi de la Révolution française. C'est la position du bouddhisme, en tout cas de Milarépa. Les démons sont des illusions; en réalité, ce sont des principes karmiques positifs qui prennent leur apparence.

Or, pour Déodat Roché, le texte occitan de Barlaam et Josaphat, qui reprend la vie canonique du Bouddha, est d'inspiration cathare. Je l'ai lu, il est beau. La Queste del saint Graal, texte français du treizième siècle, serait dans le même cas. Lui aussi est d'une beauté étrange et sublime.

Les contes de Bladé que cite Roché sont très beaux aussi, et leur imagination ancrée dans l'histoire française m'a surpris, car j'avais pris pour habitude de lire des contes ancrés dans la vieille Savoie: je voyais citer ses ducs, non les rois de France. Ceux-ci pour moi étaient liés au rationalisme. Ici, ce n'est pas trop le cas.

Il y a sans doute un lien entre le catharisme et l'arianisme, et les Burgondes de Savoie étaient ariens, comme les Wisigoths d'Occitanie.

À vrai dire, lorsque, à mon arrivée en Occitanie, j'ai vu écrit, sur un panneau, Mont d'Alaric, mon cœur a sauté dans ma poitrine. Ce n'était pas la première fois, à proprement parler, que je venais dans la région, puisque j'ai vécu quatre ans à Montpellier il y a presque trente ans, et que j'ai visité toute la France dès que j'ai eu une voiture: j'étais passé à Toulouse et Carcassonne - sans m'attarder. J'étais passé par l'autoroute le long de laquelle s'étend le mont d'Alaric; mais alors cela ne m'avait pas parlé au point que plus tard je m'en souvinsse, si même j'avais vu le panneau. Peut-être qu'alors il n'existait pas?

Je connaissais Alaric parce que Sidoine Apollinaire l'évoque, et qu'il est connu pour être l'auteur d'un Bréviaire consacrant le royaume wisigoth en Gaule. J'aime le souvenir des royaumes germaniques, je ne sais pourquoi, et en particulier celui des Goths. Ils ont pour moi quelque chose de mystérieux et de profond. Or, le mont d'Alaric a Alarico_II,_rey_de_los_Visigodos_(Museo_del_Prado).jpgaussi cette qualité. Il est large, et un plateau s'étend sur sa partie supérieure: au-devant, est une falaise grise, faisant paraître les os de la terre sous la parure verte du bas, et la chevelure noire du haut. J'avais le sentiment que l'ombre géante d'Alaric me scrutait et me saluait, alors que je passais en voiture le long de sa paroi semblable au mur d'un énorme tombeau. Le voile du monde sensible tremblait, vibrait, s'effaçait - devenait transparent. Des elfes, peut-être, guettaient, immobiles, dans le palais caché de cette montagne - pareils à des statues, apparemment endormis mais gardant des yeux brillants. Car je suis convaincu que les bons génies de la terre gauloise ont appelé, en secret, les rois germaniques, les Wisigoths, les Ostrogoths, les Burgondes et les Francs - et même, en Normandie, les Danois, en Bretagne, les Bretons, en Alsace, les Alamans, et ainsi de suite. Ils étaient lassés des Romains, qui ne les respectaient pas. Ils regrettaient les anciens Celtes, qui les vénéraient, mais, pour les libérer, ainsi que l'a dit le poète savoisien François Arnollet, il fallait les peuples du nord. (Joseph de Maistre est aussi allé dans ce sens.)

Sans doute, les Romains étaient utiles - suscités depuis des hauteurs inconnues comme un mal nécessaire. Mais leur temps était passé. Le pays cathare de nouveau s'imprégnait de vie, en accueillant les Wisigoths, adorateurs fréquents de Mithra. Le lien entre ce dont parle Déodat Roché et les Wisigoths qui me sont chers m'apparaissait mystérieusement. Un vernis doré, en ce soir où j'arrivais pour la première fois en pays cathare avant une longue fréquentation, était répandu sur le monde.

20/01/2019

Le Satiricon et les dieux des préoccupations terrestres

petronius.jpgJe lis presque tous les jours un peu de latin et je finis toujours par parvenir au bout d'un ouvrage plus ou moins long. Visitant à Lyon le musée romain, je trouve à la boutique le Satiricon de Pétrone, dont la lecture me tente depuis longtemps, je l'achète et bientôt le lis. L'éditeur explique qu'avec L'Âne d'or d'Apulée, c'est le seul roman réaliste qui soit resté de l'ancienne Rome. Mais c'est maladroitement dit: il s'agit en réalité du seul récit fictif en prose qui soit resté, avec celui d'Apulée; et la prose était, chez les Romains, réservée aux sujets légers, contemporains, ordinaires, historiques. Cela n'empêchait pas forcément le merveilleux, mais indéniablement cela l'allégeait.

En particulier, comme dans la satire, même en vers plus prosaïque que l'ode, les dieux invoqués sont les divinités des choses terrestres, de ce qui préoccupe au jour le jour. Le narrateur passe du temps à invoquer Priape pour guérir son organe génésique défaillant...

Le Satiricon de Pétrone est surtout rempli de sexe, sur un mode drôlatique. Et bissexuel. L'important étant le plaisir qu'on prend, l'orifice n'est pas un souci premier, il s'agit surtout d'aller dans l'endroit échauffé par Cupidon, l'ensemble de la zone reproductive, qui allume les désirs. Pas question d'amour mystique, d'union intime avec un autre. Il s'agit de l'objet possédé, propre à donner le plaisir intense. Le narrateur se bat surtout pour Giton, son petit frère, un garçon de seize ans. Il essaie de s'unir à des femmes, mais cela ne marche jamais très bien. Il connaît beaucoup de tribulations.

Un passage m'a fait rire, et intéressé, assez typique de l'état d'esprit antique. Le narrateur a gravement offensé et blessé deux personnes qui se trouvent sur un bateau avec lui. Il les a vues, mais il n'a pas été vu d'elles. Cependant, elles ont toutes les deux rêvé d'une divinité (différente) leur annonçant la 14560056960_8cafd17f22_o.jpgprésence de leur ennemi sur le navire. L'ami du héros discute avec elles, et leur affirme que les rêves sont tous des mensonges, des illusions!

Cela m'est arrivé, une fois. Je m'étais charnellement uni à une jeune femme qui avait un ami, sans que je le susse ni ne le lui demandasse, la laissant libre d'accéder à mes désirs. Je la connaissais depuis longtemps, et je lui avais fait forte impression, fréquentant son grand frère, qui parlait en privé de moi, je ne sais pourquoi, avec une once d'enthousiasme. Bref, elle m'a raconté que la nuit même de nos ébats, son ami avait rêvé qu'elle le trompait. Et elle lui a dit: Tu as trop d'imagination!

Le matérialisme arrange ceux qui pour agir doivent se cacher. On peut toujours nier une révélation par les rêves, ou les visions. Dans l'ancien Japon, ils étaient valables en droit, alimentaient la procédure - avaient valeur de témoignage. Non certain, bien sûr, on n'était pas naïf; mais ils participaient de la preuve, de la conviction emportée des juges.

C'est le ton du Satiricon, qui se moque aussi des matérialistes qui pour s'en tirer nient les prodiges. Il ne s'agit pas de réalisme au sens où l'entendait Émile Zola.

On y découvre, également, que les histoires de loups-garous ont toujours existé, un personnage en racontant une comme si elle était vraie. Mieux encore, on y constate que la morale religieuse était la même à l'époque païenne qu'à l'époque chrétienne. Un personnage se plaint que les choses vont spontanément de mal en pis, et dit que c'est parce qu'on ne vénère plus Jupiter, ni les dieux en général, et qu'on est impie et athée - du coup les famines et les maladies se multiplient.

Mais le roman chante d'abord les joies de ce monde, peignant les trésors d'ingéniosité des banqueteurs, de leurs cuisiniers et de leurs maîtres. On montre comment se faire de l'argent et se tirer d'affaire quand giton.jpgon a un problème, et le héros vit des aventures cocasses dont il se sort plutôt mal. Les luttes sont souvent dues à des jalousies - tournant notamment autour de Giton, mais une belle femme fait plaisamment fouetter notre héros parce qu'il ne parvient pas à l'honorer sexuellement, malgré ses prières et ses remèdes. Le narrateur trouve cela normal et équitable, il a honte et admet mériter son châtiment!

La morale romaine était aussi faite d'accomplissements mécaniques, et on estimait qu'il était du devoir de l'homme de réussir ce qu'on attendait de lui physiquement. Cela explique que les dieux pussent s'en mêler: ce n'était en aucun cas une plaisanterie. Il n'y avait pas de différence claire entre l'accomplissement matériel et l'accomplissement spirituel - et on pourrait dire que c'est le cas aussi en psyche.jpgInde, si on ne s'apercevait pas que, dans l'ancienne Rome, le tempérament, le climat, les habitudes faisaient spontanément pencher les hommes et les femmes vers l'accomplissement matériel seul, perçu comme doué de qualité morale suffisante pour épanouir une âme. Sans doute, Cicéron, abordant la question, a montré que l'accomplissement moral pouvait s'appuyer sur l'exil, sur l'heureuse solitude du philosophe, et sur des vertus dont l'égoïsme ne profitait pas, qui ne donnaient pas de plaisir direct, physique, mais une joie plus secrète. Sénèque aussi s'est exprimé en ce sens. Mais cela n'avait rien d'aussi clair que plus tard chez les chrétiens, qui allèrent, sans doute abusivement, jusqu'à opposer les plaisirs charnels et les joies spirituelles, afin de corriger cette tendance spontanée des Romains (présente aussi chez les Grecs: il est incontestable que le rationalisme vienne des seconds, le matérialisme des premiers). Réussir à avoir du plaisir était suffisant, pour honorer moralement un Romain, et il n'était pas question d'union mystique par la voie érotique. L'image du couple idéal, se complétant physiquement en assemblant les pôles masculin et féminin du monde, n'était pas présente. Ou si elle l'était, ce n'était que comme convention religieuse, les prêtres rappelant que le but du mariage était la procréation, comme ensuite l'ont fait les prêtres chrétiens: ce n'est pas une invention du christianisme, contrairement à ce qu'on croit. Le vertueux Caton en parlait, et Plutarque également; or il était prêtre d'Apollon à Delphes.

Le Satiricon se situe plaisamment sur ce plan, laissant la morale plus profonde aux philosophes, et c'est en ce sens aussi qu'il est satirique. Mais joyeusement, poétiquement, et il n'a rien d'amer comme un livre de Michel Houellebecq. Il rappelle davantage la Renaissance que l'époque contemporaine.

17/09/2018

La déesse sainte Brigitte

Saint_Briged_Brigid_of_Ireland_Hand-Painted_Icon_St_Woven_Cross_the_Holy_Fire_and_Celtic_Inspired_Crozier_1.jpgPendant mon voyage en Irlande, je réfléchissais à la fois à ce que les commentateurs prétendent systématiquement, selon quoi la protectrice de l'Irlande sainte Brigitte est en réalité la déesse celtique Brigid christianisée et humanisée, et à ce que j'ai lu dans les vieux textes irlandais traduits, selon quoi les fées annonçaient aux méchants druides leur juste rétribution par la venue des apôtres du Christ - en particulier saint Patrice, précisément ami réputé de sainte Brigitte.

J'ai pu, alors, argumenter contre l'idée de l'origine païenne de Brigitte en faisant remarquer que des Irlandaises pouvaient bien avoir reçu le nom de déesses du temps de Patrice - comme moi j'ai reçu, de mes parents, le nom de l'évêque de Reims qui a baptisé Clovis - et que le christianisme a divinisé, en le déclarant saint, pareil aux anges, trônant au Ciel, et en racontant qu'il parlait dès les premiers jours après sa naissance.

Ce n'est pas pour autant, n'est-ce pas, que je suis une fiction destinée à recycler de vieux mythes!

Les chrétiens pensaient globalement, à la suite du philosophe Évhémère, que les dieux païens étaient d'anciens hommes divinisés, tels les empereurs romains, et cela n'a rien d'impossible, en tout cas eux-mêmes se sont employés à diviniser des hommes. Ils l'avouaient, et Joseph de Maistre appelait les saints les nouveaux dieux de l'humanité sans ironie aucune, puisqu'il était catholique déclaré. La différence, naturellement, est que les chrétiens divinisaient des hommes selon leurs critères propres, éventuellement différents de ceux des païens, moins tournés vers les vertus politiques ou techniques, davantage vers celles qu'à présent nous reconnaissons comme religieuses, que ce soit pour les bénir ou les maudire.

Mais même si l'histoire selon laquelle Brigitte serait une déesse ramenée à l'humanité et dont la vie aurait été rationalisée et fictivement placée dans l'entourage de saint Patrice, était vraie, cela ne changerait pas forcément sa sainteté au regard du christianisme, car elle peut justement être une de ces fées approuvant la Brigitte_déesse_du_Ménez-Hom.jpgvenue de l'apôtre des Irlandais - pour ainsi dire leur reine, et devenue, de ce fait, son amie! Elle est le génie de la terre d'Irlande se réjouissant que celle-ci se convertisse à la loi du Christ, selon le mot d'un poète chrétien de Rome, Prudence, qui, doutant que le génie de Rome, dont avaient parlé les poètes, existât, n'en affirmait pas moins que, si c'était le cas, il se félicitait que Rome se fût vouée au Christ, le seigneur du monde! Naturellement, en Irlande, le rationalisme latin n'était guère de mise, et on ne doutait pas que les génies du lieu ne fussent des réalité: il fallait donc qu'ils bondissent de joie en voyant arriver saint Patrice et, tels les démons des montagnes tibétaines face à Milarépa, se convertissent à son contact au culte de Jésus-Christ!

Ce qui soutient cette idée est que saint Patrice était réputé l'ami des anges, et qu'un de ceux-ci le visitait chaque semaine, lui disant ce qu'il fallait faire, le conseillant, lui indiquant les chemins à prendre et les évêques à nommer. Il portait le nom de Victorinus et le saint y fait allusion dans sa Confessio. Qui sait s'il n'avait pas le visage d'une radieuse femme assimilée par les initiés à la déesse Brigid, vraie servante du Christ?...

L'assimilation des fées aux anges par les Irlandais est illustrée par plusieurs faits patents, comme par exemple la traduction, dans les textes latins, de ce qu'en irlandais on nommait Sídhe (prononcer shī), en colline des anges, ou le thème, mentionné par le poète Yeats, de la lutte des elfes autour des morts, répercutée par les combats d'anges et de démons sur le lit des défunts évoquée par les textes chrétiens, notamment la Vie de saint Colomba, justement d'inspiration irlandaise.

Le christianisme apparaissait comme l'embellissement, l'amélioration et la transfiguration de la religion ancestrale - ne s'opposant pas à elle, mais l'accomplissant: les fées, peut-être, se sentaient mieux dans les églises chrétiennes que dans les temples des druides, et c'est pourquoi de la déesse Brigid, amie de saint Patrice, on a pu faire une sainte humaine, vénérée par l'Église catholique en Irlande...

On méconnaît le principe que les entités spirituelles ont un libre arbitre: l'intellectualisation moderne oppose deux doctrines religieuses distinctes Patrick_stained-glass.jpgen réclamant des gens qu'ils choisissent leur camp. On croit défendre le paganisme contre le christianisme, et on oublie de demander leur avis aux divinités vénérées dans les temps anciens.

Peut-être parce qu'on ne croit pas réellement à leur existence: on cherche surtout des arguments pour s'attaquer au christianisme...

Mais de même que, en Asie, les divinités antérieures se convertissaient au bouddhisme sous l'impulsion des sages humains, on peut concevoir, dans une Irlande imprégnée de croyances aux esprits, une évolution semblable. Si Lord Dunsany et William Butler Yeats tendaient à en rejeter l'idée, c'est évidemment celle qu'a tendue à suivre J. R. R. Tolkien, à la suite d'auteurs médiévaux oubliés - souvent des Celtes, justement.