20/07/2021

Le malaise de ma thèse: ou la peur de l'esprit

00000000.jpgRepensant à ma soutenance de thèse, j'entends encore résonner la voix d'un des membres, professeur à l'université de Toulouse – disant gentiment que mon texte était bien écrit, et que je connaissais très bien mon sujet, mais que, pourtant, quand on en avait fini la lecture, on ne pouvait s'empêcher de ressentir un malaise.

Oh, mais quelle origine, donc, à ce malaise? Et de le chercher a posteriori. D'énumérer tous les défauts objectifs d'une thèse qui n'en pouvait mais – et n'en avait guère plus que les autres, en réalité, mais où l'on cherchait dans ce qu'on relevait d'habitude les vraies causes de ce malaise au fond inexplicable.

Certains défauts même d'être inventés: j'en ai déjà parlé. J'aurais dû évoquer les sociétés savantes françaises, pour expliquer l'Académie de Savoie pourtant branche détachée de celle de Turin et résurrection de la Florimontane également savoisienne, et inspirée par les italiennes. J'aurais dû accepter d'attribuer au roi Charles-Félix des motivations stratégiques lorsqu'il a restauré les évêchés de Maurienne et Tarentaise, alors qu'aucune preuve n'en existe et que les arguments officiels n'étaient que relatifs à la mythologie chrétienne de Savoie. Ou éviter de blaguer 00000000000.jpgsur les ressemblances manifestes entre la politique de Paris relativement aux cultures régionales, et celle de Pékin. Inconvenant. Mais de quoi ressentir un vertige?

Mais, mesdames et messieurs, la source du malaise, si vous m'aviez demandé, j'aurais pu vous la donner. Un de mes éditeurs, publiant un récit fantastique de ma plume, me disait: Te lire crée un drôle d'effet. Il faisait allusion au récit d'un cauchemar que j'avais fait, en le présentant comme une possible réalité vécue. Il n'a pas critiqué, étant amateur de bizarreries.

L'explication est très simple, au fond: je ne l'ai jamais fait exprès, mais j'ai toujours placé dans mes écrits, et même mes paroles, des éléments qui émergeaient de mon subconscient, et que je laissais venir à la surface. Je pense, oui, qu'en moi la trappe était ouverte, je ne sais pas pour quelle raison, car il en a toujours été ainsi.

Enfin, il y a eu un moment, dans mon enfance, où j'ai reçu comme une décharge électrique, pour ainsi dire, car ma mère m'a dit que soudain j'ai paru appartenir à un autre monde. Mais je ne suis pas sûr d'en connaître la cause.

On m'a reproché, à cause de cela, de n'être pas clair. J'ai beaucoup travaillé pour le devenir, et le reproche m'a rendu service, car il est réellement bon d'être clair. Mais Rudolf Steiner en a parlé: quand on sort des profondeurs quelque 0000000.jpgchose, les oreilles, choquées, surprises, se ferment. Le sens ne va pas jusqu'au cerveau.

Par clarté, on entend souvent: pensées communes.

Il faut dire qu'il y a quelque chose d'un peu ensorcelant, à la façon justement d'un rêve, dans ce qui surgit des profondeurs – même involontairement. C'est ce qui a beaucoup rebuté, notamment la critique académique, dans les écrits de H. P. Lovecraft, ou de Rudolf Steiner – encore.

L'ancien anthroposophe Grégoire Perra, grand détracteur à présent de Rudolf Steiner, en a parlé: il ne peut plus ouvrir un livre de celui-ci sans tourner de l'œil et se sentir mal – sans avoir peur de devenir fou. Toutes proportions gardées, je pense que la lecture de ma thèse avait des effets similaires. Moindres, je suppose, je ne suis tout de même pas Rudolf Steiner. Grégoire Perra s'est exprimé d'une façon similaire, un jour, sur l'ésotérisme islamique tel que l'exposait Henry Corbin: il avait désormais horreur de ces dévoilements de mystères.

Car, à l'origine, cela monte bien des profondeurs de l'âme, portées à la surface par un ange assimilé à la Muse! Cela ne vient aucunement d'une tradition prosaïquement transmise, comme se l'imaginait par exemple René Guénon. Je dis prosaïquement, et il n'aurait peut-être pas été d'accord, car il affirmait que cette transmission se faisait par de hauts 00000000.jpginitiés, et que cela la laissait à l'abri de tout prosaïsme. Mais ces hauts initiés sont au fond des hommes comme tout le monde, et un concept, même juste, même complexe, peut être exprimé prosaïquement, c'est à dire à partir du seul intellect, du seul sens, sans passer par les images montées des profondeurs, ou les rythmes émanant de ceux du corps, de la respiration et de la circulation sanguine. C'est là en effet qu'est la poésie, ce qui n'est pas prosaïque.

La critique de H. P. Blavatsky et même de Rudolf Steiner par René Guénon a sans doute cette source: ces deux auteurs sortaient des idées fabuleuses de leurs profondeurs intimes – celles qui étaient en relation cachée avec l'esprit de l'univers. En tout cas c'est ce qu'ils pensaient, mais, d'un point de vue factuel, il est clair qu'ils exposaient des choses sorties, sous forme d'images, de leur subconscient devenu conscient. Et cela faisait spontanément bondir Guénon, qui aimait ce qui était clair, c'est à dire, aussi complexe cela fût-il, ne laissait pas monter des profondeurs les idées et les figures, mais les conservait dans la surface du conscient, sous forme de pensées rationnelles. C'est ainsi que Guénon a déclaré que l'imagination était globalement illusoire.

Sauf celle qui a créé les symboles traditionnels, bien sûr! Mais évidemment, pas d'explication sur son origine, et sur la Muse qui l'a fait monter de l'Inconnu le premier jour de la Création...

C'est la vie. Les Romantiques ont été rejetés pour la même raison, et on trouve encore les écrits de Charles Duits, génie issu du Surréalisme, bizarres et dérangeants.

Au reste, moi-même je ressens du malaise, parfois, devant des surgissements vraiment étranges, comme dans les écrits d'André Pieyre de Mandiargues. J'en aime la vivacité fantastique, mais il est incontestable qu'ils sont moralement 00000000.jpgdéfaillants.

Cela me rappelle, cela dit sans fausse modestie, deux vers d'Alfred de Vigny – également, en son temps, condamné par la critique officielle pour ses imaginations assez ambiguës:

Les anges sont jaloux et m'admirent entre eux,
Et cependant, Seigneur, je ne suis pas heureux.

C'est Moïse, qui parle, isolé par la plongée de son esprit dans les mystères célestes.

Il est faux que ce lot ait été voulu, mais on le reproche quand même à Vigny, ou on le lui a reproché, et on le reproche encore à Duits - mais un jour on s'inclinera devant sa clarté tragique, assurément.

04/07/2021

Tertullien et le réalisme spirituel

000000000.jpgQuintus Septimius Florens Tertullianus, dit Tertullien, est un des premiers écrivains chrétiens auxquels la romanité ait donné naissance. Carthaginois écrivant en latin, comme saint Cyprien et saint Augustin, il vivait aux second et troisième siècles.

Après des débuts orthodoxes, il a épousé l'hérésie montaniste. Elle avait pour principale caractéristique d'être pressée: ardente et apocalyptique, elle attendait le retour du Christ pour des temps très proches, et avec lui la fin du monde. L'Église légale l'a condamnée, parce qu'il lui semblait qu'il fallait accorder l'eschatologie à l'histoire extérieure et à son rythme habituel – et ne pas se laisser enflammer par l'ardeur de l'espoir. On attendait, à Rome, davantage de réalisme, de pensée nette.

Pourtant, à lire Tertullien (comme je l'ai fait pour son Apologétique, qui défend le christianisme contre le paganisme), ce qui frappe d'abord est son absence de prétention à écrire en poète, ou même en bel orateur à la mode de Cicéron. Trait général chez les chrétiens, qui ne voulaient pas rabaisser le message auguste qu'ils avaient à délivrer par une forme trop gracieuse, qui aurait donné l'impression que le sujet n'était qu'un prétexte à briller. La vérité ne souffrait pas forcément d'une élégance extérieure, et les chrétiens recherchaient davantage la sincérité, la spontanéité, que le plaisir des sens. Le style est âpre, presque populaire, lourd – et assurément les langues romanes semblent davantage venir de ce latin des chrétiens que de celui 0000000000.jpgde Cicéron. Non que, depuis, on n'ait pas appris à rendre ces langues élégantes; mais que, dans un premier temps, elles étaient issues du peuple chrétien ordinaire, qui peu à peu a pris le pouvoir.

Cependant, ce réalisme apparent n'empêche absolument pas ce que nous nommerions le fantastique, car Tertullien, non seulement répète la doctrine chrétienne du paradis et de l'enfer, de la résurrection des morts, du dieu créateur qui s'est incarné et a ressuscité, mais évoque abondamment les démons, anges déchus. Sous sa plume (ou son stylet), le mot anges (angeli) signifie toujours les anges déchus, les démons, les mauvais esprits qui assiègent l'être humain et vivent sur Terre. Comme plus tard chez saint Augustin, le seul sauveur est Jésus-Christ, et le merveilleux n'existe pas, si on lui donne comme définition les manifestations surnaturelles positives. Les manifestations surnaturelles ordinaires sont négatives, pour Tertullien, et les démons infestent les âmes des hommes.

Mais les chrétiens, assurent-ils, les chassent, et il en parle comme d'une chose objective, reconnue aussi des païens. Il est probable qu'il veuille parler de certaines maladies auxquelles on reconnaissait la présence de démons.

Tertullien a également une vision fantastique de l'histoire. Il pense que les vérités contenues chez les poètes et les philosophes ont été prises chez les Hébreux, qu'on a pillé ceux-ci sans le dire. Il en atteste l'ancienneté et l'antériorité de Moïse et de ses textes. C'est sans doute à cause de telles idées que Voltaire, plus tard, s'emploiera à démontrer que la Bible ne fait que compulser des éléments de l'ancienne tradition égyptienne, et que H. P. Blavatsky, à son tour, la dira maladroitement calquée des grands textes de l'Inde primitive. C'est peut-être encore pour embêter Tertullien que les francs-maçons s'évertuent à montrer que les 000000000000.jpgsaints chrétiens sont repris des divinités anciennes – même quand leur existence est avérée. Mais il est évident que si vérité spirituelle il y a (comme je le crois), les païens n'ont pas manqué d'inspiration, que Dieu leur a accordé des muses inspiratrices aussi. La pureté de l'inspiration juive n'empêche pas les autres inspirations, antérieures ou postérieures. Les anges ne sont pas tous mauvais. Il y en a de bons. Et lorsque Tertullien s'emploie à montrer que le démon de Socrate était mauvais, il est difficile de le suivre aussi loin dans la radicalité.

Cependant, il est passionnant dans son idée que les chrétiens réalisent, dans l'histoire contemporaine, les vertus que les Romains se vantaient d'avoir eues du temps de leurs ancêtres. Tertullien ne manque pas de dire que les chrétiens en ce sens étaient d'authentiques Romains, et que ce que la littérature évoquait, ils en étaient la manifestation. Les philosophes qui avaient fait l'éloge de ces vertus se seraient certainement convertis au christianisme, dans son idée: il pensait en particulier à Sénèque. Il l'aimait beaucoup.

Il révèle que c'est surtout la plèbe romaine qui voulait les exterminer, les haïssait, pendant que les philosophes et les empereurs les plus distingués cherchaient à les protéger. Les bons empereurs (Trajan, Marc Aurèle) empêchaient 0000000000.jpgnotamment que les lois antichrétiennes s'appliquent, dit-il.

Il montre l'absurdité de ces lois, puisqu'elles ne s'appuient sur aucun crime attesté. Lors de la question (la torture), on essayait de faire aux chrétiens renier leur foi, et il rappelle que la procédure de la question est justement faite pour faire avouer les crimes (c'était sa justification légale), et non pour les faire nier! Il rappelle, aussi, que les croyances des chrétiens ne gênent en rien celles des autres, posant le principe de la liberté de conscience.

Comme explication à cette haine du peuple, il donne l'inspiration démoniaque: les hommes ordinaires se sentaient tourmentés et offensés par la présence de chrétiens qui s'interdisaient ce qu'eux se permettaient de faire couramment, bien que ce fût mauvais. Leur mauvaise conscience les torturait, et ils pensaient mettre fin à la torture en supprimant les modèles montrant que l'application des principes vertueux est possible.

Notons que cela existe probablement encore. Les athées voudraient que les chrétiens ne s'expriment pas en public. Rudolf Steiner disait que les vérités du monde spirituel faisaient tourner de l'œil aux matérialistes, leur faisaient faire 000000000000.jpgdes bonds. La haine qu'il suscite parmi les intellectuels ordinaires a sans doute cette cause. Personne n'a envie de voir devant soi ses propres démons, pour ainsi dire.

Tertullien livre enfin quelques traits de l'ancienne Rome qui montrent sa violence. Par exemple, on faisait représenter à des condamnés à mort des scènes mythologiques: on obligeait l'un à monter sur un bûcher comme Hercule l'avait fait sur l'Œta, l'autre à accomplir sur soi-même le sacrifice d'Athys. Je pense que les évêques ont beaucoup adouci les mœurs, et qu'il n'est pas honnête d'attribuer cette évolution à la seule urbanité latine. Comme l'a dit Joseph de Maistre, les papes ont grandement contribué à l'évolution positive des comportements en Occident. Bien sûr, le modèle séculaire romain leur a servi d'appui, ainsi que la sagesse juive. C'est ce que Tertullien montre.

28/03/2021

La nostalgie de l'eau

0000000000.jpgIl est possible de saisir – intérieurement, intuitivement – l'âme des choses. Goethe, Emerson, mille grands esprits le disaient, et ils avaient raison. 

Cela ne se fait toutefois pas par projections personnelles, comme le prétendent et ceux qui n'y croient pas, et les spiritualistes faciles que cela arrange, mais par un vrai travail d'observation et d'imprégnation de ce qu'on observe. C'est alors seulement qu'on sent monter en soi l'image de ce qu'est spirituellement même un objet naturel.

Lorsqu'on contemple l'eau, on peut sentir s'éveiller, dans son propre cœur, le reflet du psychisme correspondant – on entre en résonance avec sa propre eau. Et, comme le disait encore Emerson, cela n'a rien d'une illusion, d'une rêverie de poète, mais se tire de la profonde communion, à la fois physique et psychique, de l'être humain avec le reste du monde.

Or, voici ce que je pense de l'eau, quand je la vois s'agiter, ou couler devant moi.

Apparemment, elle court vers l'abîme – elle est comme entraînée par une force qui l'asservit, et elle est, sous sa coupe, comme prise de panique. Cependant, dès qu'elle arrive dans son puits qui est la mer, son désir constant est de regagner les hauteurs, le ciel.

Or la Lune la contrarie, la repousse – la repousse méchamment. Si la Terre était seule à agir, elle pourrait échapper à la pesanteur. Elle pourrait s'évaporer, sous l'action du Soleil, et se disperser dans le cosmos. 

Et elle le tente, bien sûr, elle se regroupe en nuages. Elle s'élève, s'élève – et puis soudain la Lune lui donne une gifle, et elle retombe, sous forme de pluie.

On raconte toutefois que quelques nuages parviennent à pénétrer l'espace cosmique. À leur arrivée dans l'orbe lunaire la Lune leur sourit, au lieu de les gifler, et ils peuvent s'épanouir dans l'or infini de l'univers divin.

Pourquoi ceux-ci et pas les autres, c'est un mystère. Sans doute que les nymphes qui alors l'habitent et forment ces nuages ont mérité cette rédemption – ce rachat. Car, indéniablement, le sort de l'eau dans la sphère terrestre évoque un péché, une faute 00000000.jpggrave. Il est triste, infiniment triste – puisqu'elle retombe toujours au sol après avoir essayé de rejoindre les astres. La tristesse de la pluie ne vient pas tant de ce qu'elle est froide et mouille, que de ce qu'elle est les larmes des Nymphes. Elles pleurent, et il pleut. 

Et sans doute les dieux pleurent avec elles, car ils ont voulu que cela fût le sort de l'eau: il est providentiel. On en avait besoin pour que l'homme puisse boire, vivre. Il a fallu donner ce sort à l'eau à cause de l'Homme. 

Peut-être que le Péché Originel est justement né de l'eau qui était en l'Homme et qui, à cette époque d'Éden, ne se différenciait absolument pas de l'eau qui était dans le monde. Car l'Homme, dit-on, était immense, il était comme un dieu, lui-même – quoique pas un dieu très sage, ni très conscient de lui-même, encore. L'eau extérieure est peut-être bien sortie de cet homme énorme – cet Adam Cadmon!

Oh! voyez la vague qui tente mélancoliquement de s'élever, de se constituer en serpent apte au moins à ramper sur le sol, en plein air, en pleine lumière – et, ce faisant, à échapper au puits de damnation qu'est la mer. On dirait qu'elle essaie, avec tant de peine! de se dresser, d'échapper aux mains de l'abîme qui la retiennent – et donc de créer un être vivant. Or, inéluctablement, inlassablement, fatalement elle s'écroule – dans une gerbe d'écume, essai lamentable, toujours raté!

Mais, d'un autre côté – d'un autre point de vue –, l'eau pleine de lumière est une nappe protectrice, pour l'Homme. Elle reflète, pour son âme, les clartés célestes, dont il a tant besoin. C'est pourquoi elle ne peut pas franchir le seuil de la sphère terrestre – passer le pas de la Lune: elle a une mission à remplir, et les Anges la lui rappellent. Car souvent elle préférerait s'amuser, se 00000000.jpgdivertir, prendre du plaisir à se mêler aux étoiles. Mais sa vocation est autre: il lui faut protéger la Terre et ses habitants – les hommes.

De fait la lumière qui la remplit et qu'elle garde en son sein, elle la concentre en petits grains d'argent protecteurs, bénéfiques, bienveillants, guérisseurs – et cela forme un couvercle, une trappe tissée dans la mer qui empêche les démons de l'abîme de sortir. En un sens les nymphes de l'eau sont des guerrières, des Amazones (leur modèle probable, puisqu'on dit que celles-ci n'ont pas existé historiquement) qui veillent sur la porte de l'abîme, de la prison où les dieux ont jeté les monstres qui voulaient anéantir l'être humain et faire par ce biais du mal à la Création. On peut se les représenter pareilles à des Valkyries, dans des armures d'argent, sous la mer – et guettant les obscurités profondes pour en voir les ombres démoniaques qui en montent, et se ranger en bataillons dès que cela advient, et qu'elles agissent contre ces monstres, qu'elles les combattent. Mais, dès la bataille finie, qui leur coûte tant, elles se tournent vers les astres, vers la Lune, et elles demandent, priant, levant les mains, faisant jaillir les vagues pour mieux lécher la lumière lunaire où sont les anges, si elles peuvent, cette fois! enfin revenir dans leur patrie originelle. Et inlassablement, fatalement, tristement, les êtres de 0000000000.jpgla Lune, ceux qui vivent dans sa clarté, leur répondent non de la tête, en fermant les yeux.

Parfois, néanmoins, des guerrières vaillantes qui ont vraiment mérité des dieux sont accueillies: on leur ouvre la porte de feu, et elles passent, et des anges chantent sur leur passage – et elles deviennent anges à leur tour, protégeant les hommes et la Terre depuis le premier des orbes célestes. C'est ainsi, c'est de cette manière que certains nuages, certains moutonnements de vapeur passent le seuil du ciel, et rejoignent l'espace cosmique! En fait, ils sont attirés par la Lune, et se collent à elle, comme étant ses fils véritables, et voici, ils rejoignent ainsi leur mère, et sont heureux.

Telle est l'histoire intime de l'eau, telle qu'elle apparaît en images dans l'âme quand on l'observe et qu'on laisse parler en soi l'eau qui fait écho à l'eau extérieure – puisqu'il n'y a pas de solution de continuité entre les éléments tels qu'ils sont dans le monde et tels qu'ils sont dans le corps humain. Et c'est pourquoi il est possible de saisir l'âme des choses, et pourquoi l'animisme est relativement justifié – qu'on le veuille ou non.