05/07/2020

Saint Louis face au péril des Fées

00000.jpgDans le dernier épisode de ce récit de croisade du roi saint Louis au pays des fées, nous avons laissé celui-ci alors qu'il entendait de son fidèle Imbert de Beaujeu le récit de la disparition de son frère Robert, comte d'Artois, et de l'implication possible d'une certaine nymphe appelée Silasán, qu'on avait laissée le soigner malgré qu'on sût qu'elle avait ruiné la vie de deux mortels, par excès d'amour.

On l'avait fait parce que, justement à cause de son passé trouble, elle connaissait bien les mortels et ce dont ils avaient besoin pour vivre. Elle était magicienne, Silasán – et savait les secrets par lesquels les blessés étaient remis en santé (voire, dit-on, les morts récents ressuscités).

Mais à présent que Robert d'Artois et elle avaient disparu, on se demandait si on avait eu raison de se fier à la connaissance qu'on pensait avoir de la loi de purification des âmes – et si, par orgueil, on n'avait pas montré un coupable excès de confiance.

On s'en voulait. Mais qu'y pouvait-on à présent?

Il y avait notamment un doute sur ceci, que l'énergie vitale des hommes mortels avait un tel pouvoir d'attirance, sur l'âme de certaines fées, qu'on craignait que Silasán ne fût point parvenue à vaincre à cet égard ses désirs. Car, il faut le savoir, il y a chez les mortels quelque chose qui manque aux génies immortels – une lourdeur qui leur donne de la force, et leur permet de se hisser, paradoxalement, au pur sommet des cieux. C'est à cause de cela, et de monseigneur Jésus-Christ, que saint Louis avait le pouvoir qu'on lui avait 00000.jpgvu exercer dans les batailles, et qui avait tant étonné le peuple des elfes. C'est pour cela, aussi, que beaucoup de nymphes ont cherché à séduire des mortels – désirant s'emparer du feu pur en eux enfoui, dissimulé sous l'enveloppe qu'ils arborent. Car il luit sous d'épaisses couches de charbon, amoncelées sur l'Homme à l'époque de l'effondrement de la Terre, et de la naissance de la Lune. Cette chute s'est en effet accompagnée d'horribles désastres – et des flammes ont jailli, et des cendres ont volé. Et si les Hommes ont pu renaître dans le nouveau sol alourdi, il leur en est resté une nature avilie – et c'est ainsi que ce qu'on appelle le monde physique est apparu.

Mais voyez le paradoxe: sous ces enveloppes amoncelées, un feu pur, originel et vrai, fut conservé, qui souvent chez les Génies fut dissipé ou entaché. Ceux-ci, au corps léger, étaient à la merci des vents mauvais, des souffles puants de l'abominable Mardon – quoiqu'il n'en parût rien à l'extérieur, parce que leur nature restait noble, faite d'une forme libre, et, comme qui dirait, d'un arc-en-ciel déployé.

Mais en l'être humain, caché au fond de lui, est un feu qui date de l'époque où Saturne était le seul maître du monde, et où l'âge d'or, par conséquent, régnait partout. Et si le corps de l'homme mortel est, lui, à la merci de Mardon, qui le meut presque comme il veut – et comme s'il l'avait créé lui-même, ce qui est un peu le cas; s'il est entre ses mains comme un pantin, il faut savoir qu'en ses tréfonds est une vertu qu'il ne peut atteindre, justement parce que les couches qui l'entourent sont trop épaisses. Et le pouvoir qu'il exerce sur ces couches l'empêche paradoxalement d'atteindre ce feu, tandis qu'il lui est plus accessible chez les Génies, dont la nature est plus proche de la sienne – et donc plus haute mais aussi plus frêle, même si cela paraîtra curieux à plus d'un.

Les Génies avaient d'abord méprisé ces hommes mortels revêtus de boue, d'ordure, de cendres – nés de la fange et entachés. Mais durant les derniers siècles, et l'essor inattendu des Mortels, ils s'étaient penchés sur ce mystère, et certains, parmi les plus sages, avaient deviné leur secret, et compris pourquoi Mardon s'intéressait tant à eux, et ce qu'il essayait en eux de saisir.

Se trouvait aussi expliquée la fascination exercée par les Mortels sur les Fées, qui pressentaient ce feu pur sous leur enveloppe forte. Car il reflétait le feu dont l'univers même s'animait – et l'autorité du père divin. Or, il n'est rien qui exerce davantage d'attraits chez la femme, si elle parvient à le déceler, et il n'est rien qu'elle désire davantage pour elle-même, parce que la légèreté et la netteté de son corps tendent à la rendre vulnérable aux souffles de l'air et au pouvoir de Mardon, qui à son tour la désire pour lui – cherchant à 00000000000000000.jpgpeupler de fées son château, pour qu'elles deviennent toutes ses amantes. Même s'il voile ce désir sous le mensonge qu'il aime en elles le reflet de la divinité, et qu'il aspire à travers elles à regagner les étoiles dont il a été chassé, il a pour but véritable d'asservir ces dames et de leur voler leurs feux. Mais il cherche aussi à voler le feu enfoui en l'être humain, devinant que là se trouve en partie le moyen de regagner les royaumes étoilés, et de s'y asseoir sur le trône des mondes, et d'y saisir le sceptre par lequel se créent les choses, comme le fait le Père divin.

C'est là pour l'être humain un double péril: attaqué à la fois par le monstre des profondeurs qu'est Mardon, et les fées de l'air pur que sont les nymphes tentatrices, il les a plusieurs fois crus alliés, ce qu'en un sens ils sont, quoique entre eux ils s'affrontent aussi. Le mal a en effet plusieurs visages qui semblent s'opposer, mais il a de surcroît des degrés divers – de telle sorte qu'on ne peut pas considérer que le péril représenté par Silasán et ses semblables soit aussi grand ni aussi atroce que celui représenté par Mardon et ses affidés, en particulier Ornicalc. Car dans un cas il y a une souffrance purificatrice dont on sort grandi et, dans l'autre, une damnation dont on ne voit pas le bout, une réduction à l'esclavage dont on ne voit point le remède, et le souffle sale des maux dont viennent les derniers désespoirs.

Le rejet de l'esprit pur est en effet fatal à l'être humain, ont dit tous les sages.

Ce sont toutes ces choses qu'Ostön expliqua ce jour-là saint Louis, quoiqu'il fût pressé de retrouver son frère en danger.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là cet épisode, renvoyant à l'action entreprise au prochain, après ces étranges explications.

02/05/2020

Saint Louis et la disparition de son frère Robert

00.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante saga, nous avons laissé le bon roi saint Louis alors qu'il écoutait le curieux discours d'un splendide hermaphrodite appelé Istil, fils d'Anam, et qu'il s'étonnait de ce qu'il présentât favorablement le vieil ennemi Ornicalc, lequel il disait avoir personnellement connu. Quelle en était l'explication?

Il avait été comme ensorcelé, avait été comme séduit par sa majesté, et maintenant, par orgueil et sans s'en rendre compte, il le ménageait, comme s'il estimait que sa présence sur la Terre honorait celle-ci, et que, lui, petit-fils d'un dieu, il avait ainsi l'occasion de se sentir moins seul, parmi les elfes d'un rang inférieur qu'il côtoyait. Telle était sa tournure d'esprit, détestable à certains égards, ambiguë et trouble. Mais au fond de lui il avait le cœur juste et bon et, malgré sa morgue et ses mépris, il annonça que si Ëtön décidait d'attaquer Ornicalc, lui et les siens seraient les premiers à l'escorter, qu'ils se mettraient même en première ligne, et passeraient la brèche avant tous les autres. Car ce n'était pas la peur, qui l'animait, et il sentait au contraire qu'il était de son devoir de régler le compte de cet être qui lui était si proche, que lui seul en avait pleinement le droit; et il reconnaissait qu'il avait abominablement fauté, c'était indéniable.

À ces mots tous les siens, derrière lui, assis sur les gradins, l'applaudirent et poussèrent des cris, le félicitant et l'approuvant bruyamment. Alors il s'arrêta, et, tout en tentant de rester digne, ne put s'empêcher de sourire; car seul son peuple le préoccupait vraiment. Il avait l'orgueil de considérer qu'il était au-dessus de tous les autres, et il tendait à ne se soucier que de ses affaires, comme si elles comptaient plus que toutes les autres. Et la plupart des membres de son peuple à cet égard étaient comme lui.

Or, parmi ces cris et ces applaudissements, Imbert de Beaujeu revint, et son visage marquait la plus vive inquiétude. Louis le vit, et lui fit signe d'accourir, préoccupé par le sort de son frère, qu'il aimait. Et comme ce 0000000000.jpgqu'avait à dire Imbert était long et complexe, Louis dut se retirer à son tour et le suivre dans une autre pièce, afin que l'explication donnée fût bien saisie.

L'on remarqua ce mouvement, parmi les êtres assis autour de la table ovale d'Ëtön, mais comme peu étaient aussi convaincus de l'importance des hommes mortels, relativement aux affaires de la Terre, que l'auguste Solcum et son oncle Ëtön, on ne mit point fin aux débats pour cela. D'ailleurs, Louis pouvait revenir incessamment: on n'en savait rien.

Dans la salle voisine, le bruit des voix et des cris ne parvenait que de loin, aux oreilles de Louis et d'Imbert, lesquels avaient été rejoints par les seigneurs Thibaut et Alphonse. Louis néanmoins donna l'ordre à Thibaut de retourner dans la salle du Conseil, et de s'asseoir sur les gradins derrière son siège resté vide, afin qu'il écoutât les débats qui se poursuivaient, et qu'il pût leur répéter les paroles des uns et des autres. Thibaut obtempéra aussitôt, s'en retournant au siège qu'il avait déjà occupé derrière son maître. Solcum lui adressa un coup d'œil, manifestant son soulagement.

Imbert, en ne parlant pas trop fort, donna alors à Louis les angoissantes nouvelles qu'il avait pu obtenir, relativement au frère du Roi.

Et voici, la nymphe Silasán, qui s'était occupée de lui durant sa convalescence, était connue pour aimer les hommes mortels jusqu'à en avoir séduit plusieurs. Or, il n'en était rien sorti de bon. Car elle les aimait d'un excès d'amour qui s'achevait en égoïsme: elle ne pouvait s'empêcher, lorsqu'elle les fréquentait, de les 4c76f9dffdda307d0e3b612d3aeb3090.jpgenvoûter, et de les vider de leur essence vitale, pour la boire. Elle en faisait un liquide étrange, jaune et brillant, et s'en délectait dans un verre de cristal. Que Louis ne lui demandât pas, à lui Imbert, comment elle s'y prenait, pour obtenir cette singulière liqueur! C'était une sorcière, du peuple des génies, et elle était très puissante. Mais il en était ainsi.

Finalement (ainsi cela s'était-il déjà passé, à deux reprises), elle aspirait tant et si bien l'essence vitale de ses amants ensorcelés qu'ils en mouraient, perdant leur vie et leur âme pour l'amour d'elle, qui l'avait amorcé, orgueilleuse qu'elle était. Tout cela, un elfe de la suite de Solcum, occupé à porter les soins du médecin Mirön à Robert d'Artois, le lui avait dit, alors qu'il s'enquérait du service qu'on avait rendu à Robert de la personne qui la première s'était rendu compte de sa disparition. Car c'était cet elfe, appelé Ostön, qui était dans ce cas.

Louis s'exclama: puisqu'on savait ce qu'avait fait cette femme, pourquoi l'avait-on laissée s'occuper de Robert? C'était incompréhensible, et inadmissible. Était-il victime d'un complot? L'avait-on amené ici, avec les siens, pour boire son sang – ces elfes étaient-ils en réalité des vampires qui, venus d'une autre planète, cherchaient à charmer les humains pour en faire un élevage et se nourrir à leurs dépends? Il allait immédiatement demander raison aux Elfes, et en particulier à Solcum, de cette étrange attitude, qu'ils avaient eue à leur égard.

Mais Imbert l'arrêta, lui demandant d'attendre un instant, qu'il lui en dît davantage. Car lui-même s'était exclamé d'une semblable manière, auprès d'Ostön, lequel lui en avait dit plus: il était vrai que par deux fois déjà cette nymphe avait fauté. Mais elle en avait été durement punie, d'une façon qu'on préférait ne pas lui redire, mais dont il était sorti de grandes souffrances, et une profonde purification – du moins l'avait-on cru, en se fiant aux lois occultes par lesquelles ces choses se font, avec beaucoup de maîtrise, parmi les génies. Et pour lui permettre d'achever de s'amender, peut-être imprudemment, on l'avait laissée soigner Robert d'Artois, après avoir entendu ses promesses qu'elle était à jamais guérie de ses anciennes tentations.

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la solution de ce mystère de la disparition de Robert d'Artois, frère du roi saint Louis de France, neuvième du nom.

27/02/2020

Saint Louis et les orgueilleux mots de l'hermaphrodite

hermaphroditus-narcissus-louvre.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé le roi saint Louis alors qu'il siégeait en compagnie des sept chefs de maisons des génies, dans le palais d'Ëtön. Et nous disions que le premier à prendre la parole fut Solitim, fils d'Alosim.

Mes chers amis, dit-il d'une voix forte et mâle – et sa haute stature (car il s'était mis debout) semblait prendre sur elle la lumière qui rayonnait des diamants énormes, incrustés dans le marbre des colonnes –, mes chers amis, nous voici réunis en une heure grave, et je voudrais tout de suite annoncer ce que les miens et moi désirons: c'est attaquer la forteresse d'Ornicalc et en finir avec ce démon, avec ce vil sorcier!

Mais il n'eut pas parlé plus de quelques instants qu'un serviteur vint parler à l'oreille de Louis pour lui annoncer que son frère alité, Robert d'Artois, avait disparu, et restait introuvable. Louis envoya discrètement Imbert de Beaujeu s'enquérir de son sort, et celui-ci s'en fut. De son côté, il continua à écouter Solitim qui, vaillant et fier, annonçait que lui et ses troupes sauraient créer une brèche dans la forteresse d'Ëtön, du côté où le soleil se levait. Car quand ses premiers rayons, passant par dessus la montagne, en frappaient l'onyx, ils montraient une infime fissure, qu'il serait loisible d'agrandir, et d'exploiter, si on avait pour cela le cœur assez vaillant.

À cela, Estelar fille de Tomitlïn répliqua des mots de prudence, tout en se montrant d'accord avec Solitim; il fallait, seulement, disait-elle, rester sur ses gardes, et placer des troupes en arrière et aux ailes, et ne pas se jeter avec une fougue irraisonnée dans la brèche que connaissait certainement Ornicalc, et qu'il devait bien défendre, et dont il pouvait se servir comme d'un piège. Ainsi s'élaborait une stratégie, déjà, pour attaquer en masse Ornicalc.

Alors le fils d'Anam, Istil aux deux sexes, prit à son tour la parole; mais Louis ne put pas entendre le début de son discours, car Imbert de Beaujeu vint lui chuchoter à l'oreille qu'il ne trouvait pas non plus Robert d'Artois, et qu'il soupçonnait un problème grave, et qu'il allait suivre la piste de la nymphe qui le soignait (laquelle on herm_LI (2).jpgappelait Silasán la Gracieuse), et se rendre auprès de sa famille. Louis l'approuva et lui donna congé d'un geste. Puis il se remit à écouter Istil, et remarqua sa voix étrange, à la fois mélodieuse et douce et pleine de menaces sourdes.

L'être paraissait divin et en même temps démoniaque, comme s'il subsistait d'une époque obscure, antérieure à la loi juste, et n'avait été autorisé à s'exprimer en ce Conseil que parce qu'il avait préfiguré l'avènement de la loi nouvelle par ses nobles actions. En tout cas, c'est ce que plus tard Solcum dit à Louis; mais en le voyant le roi de France le devinait, car il sentait à la fois une flamme sombre l'entourer, et des couleurs traverser cette flamme sombre, qui rassurait comme la nuit est rassurée par les étoiles, ou bien l'éclat coloré des planètes.

Or, Istil riait et se moquait des deux qui venaient de s'exprimer, comme s'il avait une sagesse infiniment plus haute, comme s'ils étaient incapables de voir ce que lui voyait. Et cet orgueil eût été détestable si, curieusement, ses paroles n'avaient pas reflété la modestie et la sagesse effectivement la plus extrême, puisqu'il préconisait, lui, de ne faire que surveiller Ornicalc, sans tenter d'envahir son domaine. Il approuvait l'idée qu'avait Estelar, que la brèche pouvait servir de piège, et s'étonnait même que cette idée ne fût pas poussée jusqu'au bout, qu'on n'en tirât pas toutes les conséquences, et qu'on ne soupçonnât pas qu'Ornicalc lui-même avait pu créer cette brèche afin d'attirer à lui les naïfs, et les prendre par surprise.

À demi-mots, en rappelant ses origines, Istil se vanta d'être le seul à pouvoir comprendre les motivations et la puissance sourde d'Ornicalc, illusoirement entamée par le semblant de victoire récemment rencontré contre cthul (3).jpglui. Il énonça qu'il avait connu et fréquenté ce monstre dans des temps immémoriaux, alors qu'il ne s'était pas encore mis au service de Mardon, et que l'homme n'était qu'un songe, que les elfes mêmes d'Ëtön n'étaient pas nés. Il rabaissa ainsi toutes les personnes présentes, et, derrière la table du Conseil, les siens souriaient et leurs yeux s'allumaient, pleins d'orgueil qu'ils fussent nés avant que sur la Terre les sexes ne fussent séparés, et persuadés qu'ils appartenaient à une race plus haute.

Ils se souvenaient, disaient-ils (et Istil y fit allusion, dans ses fières paroles), du temps où non seulement la Lune ne faisait qu'une avec la Terre, mais aussi la planète qu'on appelle Mercure, et où sont partis des êtres d'un très haut rang. Il racontait ses souvenirs de jeunesse, quand à la cour de Dordïn Ornicalc pouvait aller et venir librement, et que lui, Istil, tout jeune encore, et plein de respect pour ce mâle géant aux mille bras, le regardait et l'admirait, dans ses mouvements souples dont tremblaient les mondes.

Il ne lui avait parlé que deux ou trois fois car Ornicalc, déjà orgueilleux et fier, méprisait la génération qui était venue après lui, et ne montrait que hauteur et dédain, quand un être plus jeune tentait de s'adresser à sa noble personne. Mais il avait pu alors mesurer l'homme, et saisir son esprit subtil, et retors, aux profondeurs que même Ëtön, sauf son respect, ne pouvait soupçonner.

À ces mots, l'œil d'Ëtön s'alluma: il y passa un éclair; et Solcum se tourna brièvement vers lui, comme pour vérifier qu'il n'avait pas relevé l'insulte. Car Istil cherchait même à rabaisser le roi béni par Dordïn, lequel pourtant il disait vénérer et respecter, contrairement à ce qu'avait fait Ornicalc à la suite de Mardon. Et tous soudain se demandèrent si, sous couleur de sagesse et de prudence, il ne cherchait pas à protéger Ornicalc de la destruction dont il était à présent menacé – non pas parce qu'il aurait rallié sa cause, mais parce qu'il conservait à son égard la fascination qu'il avait eue en le fréquentant, à la cour de Dordïn.

Mais il est temps, chers et dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de ce noble discours.