22/12/2019

Saint Louis et le Conseil des Sept

fairies-shari-silvey-e1561141735182.jpgDans le dernier épisode de cette saga impressionnante, nous avons laissé les elfes d'Ëtön, l'ami de saint Louis roi de France, alors que tous leurs chefs s'étaient réunis dans le château d'Ëtön après avoir vaincu Ornicalc et l'avoir acculé dans sa forteresse.

Saint Louis et ses compagnons, à la demande d'Ëtön et de son neveu Solcum, se dirigèrent vers la salle du Conseil, où se trouvaient déjà les chefs de clan du peuple des génies qui suivaient Ëtön – l'avaient adopté pour roi. Il y avait là trois femmes, trois hommes et un être qui était à la fois l’un et l’autre, aussi étrange que cela paraisse. Il était de ceux qu’on nomme hermaphrodites, et représentait un peuple fait exclusivement de gens comme lui.

La première femme se nommait Esclalünd. Elle était fille de Sapitlel et de Tonalünd, de haute lignée – de la branche de Vürnarim, seigneur du feu et instructeur des fèvres. Elle était issue de Nisipar, qu’il avait épousée, avant qu’elle ne le laisse veuf. Les yeux de ce clan étaient particulièrement vifs, brillant jusque dans la nuit.

La seconde femme se nommait Talacïm. Elle était fille de Tucalïm et de Nasitlïn, appartenant à la lignée des Ucalün; elle était liée à Dordïn par voie de cousinage, étant issue d’Armanën. Ses longs bras étaient souples, council 2.jpget étreignaient comme des rayons à peine revêtus de chair, ressemblant à ceux de la pieuvre, si une telle chose est possible pour des êtres qui dans toute leur apparence restaient humains.

La tierce femme se nommait Estelar. Elle était née de Tomitlïn et de Cabalir, appartenant à la maison d’Astec – liée aussi à Dordïn par Alar, qui avait épousé Silnün sous les traits d’un génie au visage éclatant; et ce clan se remarquait à son souffle, qui était particulièrement chaud, et où l’on voyait souvent briller des flammes.

L’hermaphrodite avait pour nom Istil; il était le petit-fils de Balüc-Isniel, Maître-Queux des dieux; et sa maison était haute et noble, et gardait un lien constant avec les Elünds, au destin immortel. Leur corps émanait directement de la lumière où les Elünds vivaient, et ainsi n’était pas distingué en mâles et en femelles, aussi étrange cela paraisse-t-il.

Le premier homme s’appelait Ostocil. Il était fils d’Etader et de Filön la fée; il appartenait à la branche des Oxolder, qui tenait à Ithälun, et par elle à Malënsel, au doux front d’émeraude. Et dans cette maison on avait de puissantes jambes, qui semblaient pouvoir s’étirer en queues de serpent, à l’occasion. Et on pouvait voler dans les airs – quoiqu’à basse altitude, là où l’eau s’élève en vapeur.

Le second était Solcum, l'ami intime de saint Louis, appartenant à la maison d’Ëtön, laquelle tenait aussi à Dordïn (comme celle d’Astec), car il était venu en Ëtön et l’avait fait naître une seconde fois – de telle sorte qu’il était son fils, quoiqu’il eût eu un père. Mais l'ancien était mort et il ne restait plus que Dordïn, et c’est ainsi qu’il était devenu roi, et que Solcum représentait la maison suprême, d’ailleurs en présence de son oncle; mais celui-ci, étant roi, ne devait pas prendre part directement aux débats, il pouvait seulement écouter, s’il le voulait. Les attributs de cette lignée étaient mystérieux, mais on disait qu’elle avait la faculté de se transporter instantanément d’un lieu à un autre, comme l’histoire ultérieure de Solcum devait le confirmer; et une vapeur bleue s’élevait de leur être – qui rayonnait, comme si un nuage était né d’un saphir brusquement illuminé.

Le tiers et dernier homme était Solitim, fils d’Alosïm et de Tecnil, et sa maison tenait le pays de l’est, première à saluer le matin le soleil – qui lui rendait ses rayons privilégiés, pleins d’or pur. Elle tenait justement à l’Aurore, en était issue – était née de celle qu’on nomme Osinipel. C’était une lignée noble et fière, qui ne s’en cosmoc.jpglaissait pas compter, et dont les oreilles particulièrement pointues entendaient résonner les profondeurs les plus obscures de l’univers. On disait, aussi, que ses membres pouvaient être en plusieurs endroits à la fois; mais quant à ce qu'il en est vraiment, on ne peut l'assurer, car d'autres affirment que c'est une faculté que possèdent tous les génies. Tout au plus pourrait-on certifier que cette maison d'Onibë, puisque tel était son nom, utilisait ce don particulièrement souvent; au reste, il en est peut-être ainsi de tous les dons que nous avons nommés, attribués exclusivement à telle ou telle maison de façon abusive. Il n'en demeure pas moins que quand on n'utilise pas un don, on en perd le secret, et qu'on ne développe que celui qu'on utilise, dont on devient peu à peu, par la force des choses, le déspositaire exclusif. On peut seulement affirmer que saint Louis et les siens n'avaient pas ces dons, quoiqu'ils eussent le droit d'assister à ce conseil!

Car ils constituaient la huitième maison présente, celle des hommes en général, je veux dire des hommes mortels. Saint Louis et ses cousins qui l'entouraient, on le sait, tenaient aux génies par leurs ancêtres lointains. Ce n'est pas seulement Charlemagne, auquel ils étaient tous liés peu ou prou par le sang, qui les mettait en lien ainsi avec les êtres célestes – puisqu'on sait que ce fils de Pépin le Bref communiquait constamment avec les anges, qui le conseillaient dans ses entreprises. C'est aussi que Mérovée – appelé aussi Marval ou Marbœuf, selon les temps et les lieux –, que Mérovée, dis-je, était issu du peuple des génies par son père, qui avait épousé une mortelle sur le rivage de la mer; et sachez que ce démon n'était autre que le seigneur Ostocil, présent à ce conseil – et qui était lié, nous l'avons dit, à Ithälun même. coun cil.jpgLe savaient-ils? Saint Louis et les siens se trouvaient en présence de celui qui avait donné aux Francs leur noblesse, leur capacité à converser avec les anges, et un rayonnement diffus qui étonna, en leur temps, jusqu'aux Romains maîtres du monde. Car Ostocil même était un être divin et noble, si certains l'ont appelé un démon. Mais dans les temps anciens on appelait simplement ainsi les anges vivant sur Terre et disposant d'une forme humaine, et le nom de génies en était équivalent, les deux mots sont seulement issus de deux lieux différents; mais ils désignaient la même chose, et celui d'elfes aussi, quoiqu'il vienne encore d'un autre lieu, et d'une autre langue, et d'un autre peuple. Et ne croyez pas que quand ces mots s'emploient pour désigner ce qui existe à l'intérieur des hommes mortels, ils désignent encore autre chose, car c'est un mystère, mais à l'intérieur des hommes mortels vivent d'autres êtres, des hommes qu'on ne voit pas, et qu'on appelle génies, démons, ou elfes. Pour autant, ce n'était pas Ostocil, le génie propre à saint Louis; non. Je ne peux l'expliquer ici, mais il s'agissait plutôt de Solcum fils de Talün. Et sachez qu'il a eu aussi pour nom, à une autre époque de la Terre, Diënïn, mais il avait aussi, alors, une autre apparence.

Or, dans la salle du Conseil, les sept chefs de clans des génies luisaient comme des flambeaux, tant leur être était sublime. Tous avaient été réunis parce qu'il convenait de se concerter sur ce qui serait fait. Tous voulaient parler, et Solitim prit la parole le premier.

Mais cet épisode long ne peut contenir ses paroles; nous les entendrons une prochaine fois, si vous le voulez bien.

15/10/2019

Saint Louis et le massacre des Octopul

ball.jpgChers lecteurs, dans le dernier épisode de cette série incroyable consacrée au plus saint des rois de France après Charlemagne, nous avons laissé le démon Ornicalc alors qu'il constatait que son armée, qui faisait le siège d'Ëtön le roi elfe, était déboutée – mise en fuite.

Il se demanda que faire, et s'il devait aller lui-même au pied de la forteresse pour la mettre à bas – ou le tenter, du moins. Mais le pouvoir étonnant que manifestait de loin Ëtön ne laissa pas de l'inquiéter suffisamment pour le faire renoncer à ce projet, et lui faire plutôt décider de consulter son maître Mardon, grâce à la boule de cristal qu'il conservait dans une loge reculée de son palais, un temple secret. Car Mardon était pour lui tel qu'un dieu, et il vivait dans une autre dimension, de la même façon qu'Ornicalc vit dans une autre dimension par rapport à nous, et est tel qu'un dieu – mais un dieu déchu, un dieu mauvais.

Cependant, il lui fallait, pour communiquer avec lui, retourner dans son palais, et entrer dans cette loge secrète, ce temple occulte lui servant pour ainsi dire de chapelle, ou de porte interdimensionnelle. C'est alors que la retraite fut sonnée.

Et le carnage fut sans égal, car les elfes d'Ëtön, profitant de la fuite des monstres, les poursuivirent et les tuèrent presque tous, talonnant même Ornicalc et sa garde personnelle, faite de chevaliers-fées renégats et de monstres ailés mêlés d'elfes, d'êtres hybrides affreux mais puissants. Car, aussi bien mages que guerriers, ils étaient rusés et ardents; mais, malgré toute l'étendue de leurs pouvoirs, ils eurent le plus grand mal à protéger leur maître.

Dès, cependant, que celui-ci put refermer sur lui les portes de sa forteresse, laissant derrière ses gardes les plus forts, l'armée d'Ëtön fut arrêtée, car le sortilège de la place était grand, et les gardes en bénéficiaient, leur puissance était décuplée, des rayons sortaient de leurs yeux, des éclairs de leurs mains, et leurs épées étincelaient. Les gens d'Ëtön durent se contenter d'achever les monstres ordinaires qui, tournant autour des murs, étaient une proie facile: pour se sauver, Ornicalc les avait sacrifiés, les laissant à la merci de l'ennemi, fortress.jpgégoïste et sans pitié. Les portes étaient closes, et nul ne pouvait plus entrer, car un sort les maintenait fermées, qu'aucun elfe ordinaire ne pouvait rompre, car Ornicalc en avait reçu laformule de Mardon lui-même, fils des hauts anges, et prince des anges déchus. Sa puissance était sans limite: sur Terre, rien ne pouvait lui être comparé.

Les Tacidïns, gardes personnels d'Ornicalc, ne bougèrent pas de ces portes pour renforcer leur défense, et laissèrent sans scrupule ni aucun regret tuer les troupes perdues de leur maître, qu'on pouvait aisément sacrifier. Elles étaient viles, et on en avait trompé les membres, leur promettant de grandes choses, mais pour mieux les manier à la guise du général, qui avait aussi le pouvoir de tisser de luisantes illusions. Tel est habituellement le destin des gens qui se laissent séduire par de mauvais anges, ou de mauvais génies.

Finalement, Solcum demanda aux elfes d'Ëtön de revenir: car ni lui ni son ami Louis n'étaient partis à la poursuite des guerriers d'Ornicalc, ils n'avaient pas participé à cette horrible vengeance, ayant même tenté de la modérer. Mais, dans de tels moment, les furies sont si actives, si présentes, qu'il est impossible de ramener à la raison les âmes. Même, deux chevaliers de saint Louis, simples mortels, parmi les trois qui avaient combattu, avaient commencé à participer à la poursuite; et Louis avait eu du mal à les faire revenir, leur envoyant message sur message, et leur interdisant de laisser la rage s'emparer de leur cœur, et de prendre le risque de poursuivre l'ennemi jusque dans ses antres. Il s'agissait de Thibaut de Bar et d'Alphonse de Poitiers, seul Imbert de Beaujeu restant auprès de son maître, qui l'avait appelé, et dont il avait entendu l'appel, demeurant l'esprit clair malgré la vue du sang et les fumées de la mort emplissant tout l'espace. Mais knight 2.jpgquant à Thibaut et Alphonse, leur tempérament était fort, et le sang qui bouillonnait dans leurs veines leur avait obscurci la vue et assourdi les oreilles, et les pâles furies s'étaient emparées de leur cœur, et ils poursuivaient sans relâche leurs ennemis, pour les tuer et les anéantir. Ils se souvenaient, encore, du danger qu'avaient couru Louis et ses amis les plus chers, qu'eux-mêmes avaient côtoyé en pensant leur dernière heure arri ver, et ils ne parvenaient pas à ôter de leur âme la rage de la vengeance, le désir d'anéantir ceux qui avaient incarné ce danger, étaient sortis des ténèbres pour le cristalliser, et les avaient livrés à la peur sans scrupules ni pitié. Ils voulaient le leur faire payer, et éradiquer leur ignoble menace.

Mais finalement, Louis parvint à les faire revenir, quand l'ennemi, plongeant dans des puits s'enfonçant au fond de grottes, dans les montagnes entourant la forteresse d'Ornicalc, découragea les plus braves et les plus ardents de les poursuivre plus avant, faisant ressortir, de ces failles dans la terre, le péril aux cent yeux, la fumée du danger aux bras mouvants et aux mains griffues et longues. Ils s'en retournèrent, et tous furent bientôt réunis dans le château d'Ëtön; seules quelques troupes furent placées à distance de la forteresse d'Ornicalc, pour tenir ses gardes et ses derniers guerriers intacts en respect, ainsi qu'au pied des montagnes où avaient disparu, dans des grottes, les troupes en fuite de ce seigneur infect. Car les elfes savaient que sous terre ces gens se rassemblaient, se réorganisaient, préparaient une revanche, une sortie, et ils voulaient être là quand cela arriverait, ou empêcher que cela n'arrive en restant là, surveillant et se tenant prêts dans la vallée, où coulait la rivière Asinel.

Mais il temps, lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui fera part de la disparition inopinée de Robert d'Artois, frère du roi saint Louis.

12/08/2019

Saint Louis et la croix enchantée

remi 01.jpgDans le dernier épisode de cette mystique série, nous avons laissé Louis de France, le roi saint, dans la mêlée d'Onicalc aux mille monstres, tandis que Solcum, son ami enchanté, se téléportait vers la porte du roi des génies, que protégeait sa garde personnelle.

Lorsqu'il se dématérialisa, Louis le vit devenir transparent, et disparaître dans une lumière bleue, puis réapparaître, toujours dans une lumière bleue, plus loin: il se tenait désormais à côté des gardes personnels d'Ëtön – mais dans le dos des monstres qui les attaquaient. Et, de son épée flamboyante, il leur asséna des coups retentissants, qui tranchèrent maintes têtes non seulement par le cou mais aussi par la cime, sa lame traversant le heaume réputé impossible à briser, et entrant dans le crâne dans un mouvement vertical ou oblique, séparant les deux côtés et les laissant retomber sur les épaules, ou faisant sauter le couvercle des cervelles, qui dès lors se répandaient: si vive était sa colère, si grande était sa force! f47df565f2c50da08d1dc232fb86cd8a.jpgMais Louis fut épouvanté, quand il vit, derrière Solcum – et non vus de lui –, trois monstres ailés surgir et bondir, et s'apprêter à le tuer. Alors, il ne sut ce qu'il fit, mais il toucha la croix gemmée qu'il avait au cou, et voici! pour la seconde fois un rayon en sortit, flamboyant et pur, qui dispersa les trois êtres maudits, et en tua un, et blessa les deux autres, qui hurlèrent en fuyant. Saint Louis fut bien effrayé, mais il sourit, aussi, il fut heureux. Et Solcum se retourna vers lui, regarda à terre l'ennemi abattu, et derrière lui les monstres qui rampaient sanglants ou se traînaient dans leur fuite, et sourit à son tour.

Louis de France fut alors pris de frénésie. Il mania son arme blanche avec plus de vigueur que jamais et, le voyant tel, ses compagnons l'imitèrent. Et, donnant des coups à droite et à gauche, il se fraya un chemin dans la mêlée des monstres, se dirigeant vers les gardes personnels d'Ëtön et son ami Solcum neveu du roi. Et ses compagnons le suivirent, défendant son dos et ses flancs, marchant dans la traînée sanglante qu'il laissait derrière lui. Car voici! une énergie rouge était sortie de sa croix, et s'était répandue, passant par son bras, dans son épée, et chaque coup qu'il donnait provoquait une mort dans les rangs ennemis. C'était une merveille, plus grande encore que celle du roi Arthur maniant Excalibur l'épée des anges, si une telle chose est possible.

Car on se souvient que ce roi de Bretagne tuait à chaque coup un ennemi de l'armée de l'empereur de Rome, quand il maniait HAWKMOON-print-light.jpgExcalibur; mais les ennemis qu'abattait Louis étaient plus prodigieux encore que les guerriers romains, plus forts, plus vaillants, plus étranges aussi, plus impossibles à battre apparemment.

Car la lignée des Octopul remontait à des temps immémoriaux, faits de ténèbres et de chaos; ils étaient fils d'un géant appelé Adalcum, qui les avait engendrés d'une nymphe de l'air, dont un nuage était la maison, belle et pure, fille de l'Aurore: il l'avait enlevée, et son nom pourvoyeur de larmes était Dolonar. Il avait délégué à son premier fils, Ortrocil, le règne qu'il tenait à l'est du domaine d'Ornicalc, et lui avait recommandé de s'allier à ce démon. Il avait, par la suite, engendré de nombreux fils et de nombreuses filles, constituant rapidement un peuple, édifiant sans tarder une puissante cité. Tous au pays des génies la craignaient, car ils étaient sans cœur et aimaient tuer pour le plaisir et se sentir forts, et le fondateur de la lignée les avait dotés de vertus profondes, qui les rendaient difficiles à vaincre et âpres au combat autant qu'on peut l'être. Mais sous l'épée pareille désormais à une flamme de cristal de saint Louis, aussi curieux que cela paraisse, nul ne résistait.

Bientôt le bon roi de France atteignit Solcum, qui éclata de rire, en le voyant. Il voyait que le destin prévu de son ami mortel s'accomplissait, et qu'il était en train de devenir le héros qu'il devait être, semblable aux génies armés – voire supérieur à eux, puisque par son être mortel passait le feu d'entités plus hautes, chose étonnante à dire, et qui en laissera perplexe plus d'un, nous en sommes persuadé.

Ils levèrent et abaissèrent le bras à de nombreuses reprises, ce jour-là; et le sang ruisselait le long des murs de la forteresse, car les assaillants, comme ensorcelés et aveugles – comme dénués de jugement –, avaient le courage de la folie et, malgré leurs pertes immenses, et incessantes, ils continuaient à attaquer, et à attaquer encore, ne saisissant pas, dans leur âme épaissie, la vanité de leurs efforts, et ne voyant pas que leur œuvre n'avançait en rien, mais que, peu à peu, leur troupe s'affaiblissait, et que leur ténèbre devenait moins lourde, et que l'éclat des étoiles, pour ainsi dire, se reflétait toujours mieux dans la fumée que leurs gorges exhalaient, lorsqu'ils respiraient: car il en était ainsi.

Les autres riaient, de les voir ainsi lacérés, déchirés, décimés, et une force nouvelle les emplissait à chaque moment, ils ne se lassaient jamais de les frapper, de les abattre, de les anéantir, mais en tiraient toujours plus de feu, de contentement, de satisfaction, et le sang noir avait beau jaillir des blessures des monstres ailés, ils n'en étaient point aveuglés, fatigués, empoisonnés, mais renforcés, encouragés, rendus plus mâles.

Ornicalc, de loin, regardait cela avec étonnement, il apercevait la nuée noire constituée par ses troupes, et elle refluait, alors qu'il envoyait toujours plus d'hommes à l'assaut de la forteresse d'Ëtön - elle reculait face à un rayonnement vermeil qui la dissipait, et qui grandissait, tel une lampe de rubis toujours plus éclatante, et chassant la nuit. Il ne comprenait pas d'où venait cette arme inconnue, comment Ëtön l'avait trouvée, et, soupçonnant que saint Louis, l'étrange mortel venu naguère dans son palais, en était la cause, il se demandait quelle grâce, quelle aide il avait reçues – et de quel dieu elles étaient descendues, de lui inconnu. Car il n'avait vu nul feu venir du ciel, surgir des étoiles, et il pensait que son regard était infaillible, que rien de ce que font les anges, lorsqu'ils agissent en direction de la Terre, ne pouvait lui échapper.

Mais il est temps, chers lecteurs, de renvoyer au prochain épisode, pour ce qui est de la suite de cette bataille d'Ëtön, et sa victorieuse résolution pour le camp juste.