04/04/2019

Saint Louis et le siège d'Ëtön

artois.jpgDans le dernier épisode de cette saga incroyable, nous avons laissé saint Louis et ses compagnons (dont le futur génie doré de Paris Solcum) alors qu'ils venaient de rentrer précipitamment au château d'Ëtön parce qu'ils étaient poursuivis par le terrible Ornicalc, roi-démon, géant-sorcier, et son armée nombreuse.

On s'empressa d'abord de visiter Robert d'Artois convalescent; on le trouva couché sur un lit moelleux, couvert d'un duvet soyeux. Il souriait, et dit qu'on l'avait traité et soigné à merveille. Et une nymphe de la cour d'Ëtön, assise sur le lit, tourna la tête vers les chevaliers francs en souriant et en rougissant. Robert d'Artois la présenta: elle se nommait Silasán. Longtemps ils avaient conversé et, voici! elle lui avait trouvé du charme, et de l'amour était né entre eux. Louis se demandait ce qu'il fallait en penser, car Silasán paraissait une demoiselle vertueuse et bonne, mais elle était de la race d'Ëtön, et il ne savait s'il était permis de l'épouser. Toutefois choisit-il de ne rien dire. Car Robert d'Artois dans ses amours ne lui rendait aucun compte, et il ne savait si cet amour-là évoluerait d'une façon significative. Au reste, il avait d'autres soucis. Car Robert n'était pas encore en mesure de se joindre à eux pour soutenir le siège d'Ëtön, et cela était urgent, il fallait monter aux remparts, car le monstre et les siens arriveraient d'une minute à l'autre.

On s'en fut donc, et on rejoignit les elfes aux armures brillantes qui, sous la direction d'Ëtön continuellement assisté de Solcum, se mettaient en ordre de bataille pour résister à leur terrible ennemi.

Les premiers coups donnés à la muraille ne tardèrent pas à se faire entendre, car Ornicalc avait des machines qui précipitaient des boules de fer sur le château, telles que saint Louis n'en avait jamais vues; et, à vrai dire, on raconte que c'est le souvenir de cette arme qui fit naître ensuite le canon, chez les descendants avides et cupides du saint roi. Les boulets d'Ornicalc avaient toutefois une particularité: une crinière flamboyante les coiffait, dans laquelle un visage apparaissait, muni d'yeux énormes et effrayants, et goblin_skull_bomber_by_guang2222-d882eg9.jpgd'une bouche volumineuse, dont sortait un cri atroce. Et si la machine donnait l'impulsion première à ce boulet, celui-ci se comportait ensuite comme un être vivant, déviant de sa route selon ce qu'il voulait atteindre, et rebondissant sur les murailles jusqu'à ce qu'elles fussent entamées dangereusement – et que la vie que, par sorcellerie, Ornicalc lui avait donnée, se fût épuisée, dispersée dans l'air en fleurs d'étincelles.

Le château avait été bâti par l'art des fées, et tenait solidement sur ses bases, il s'élevait droit et blanc, appuyé hautain contre une montagne, et paraissait imprenable, et l'eût été parmi les mortels; mais, sous les coups de boutoir d'Ornicalc, de l'engin que nous avons décrit et d'autres qu'il possédait encore, cette forteresse enchantée elle-même tremblait, et le coup retentissait dans ses couloirs comme le glas sonnant la fin de son existence, proche et menaçante. Le futur génie d'or, Solcum le brave, avait un air inquiet, tandis même qu'il s'affairait abondamment, et les elfes qui le suivaient se précipitaient vers les fissures créées, pour les colmater aussitôt, pour les réparer. Et saint Louis s'étonna, car il assista à un prodige dont, une fois encore, il n'avait jamais entendu parler. Les elfes, accompagnées de dames, se mettaient en cercle autour de la fissure qu'ils voulaient soigner, comme s'il se fût agi d'une plaie, et levaient les bras, et fermaient les yeux, et psalmodiaient des paroles obscures, dans une langue que Louis ne connaissait absolument pas. Or, une lumière naissait entre eux, qui avait comme des fils liés à leurs mains, ou à leurs yeux flamboyants, et elle prenait une forme étrange. Car un être d'apparence humaine naissait en son sein et, de sa grande bouche pleine de feu, soufflait sur la fissure, qui aussitôt se refermait, comme si la pierre dont était faite la forteresse avait pris vie et s'était cicatrisée sous l'action de cette créature suscitée par ces elfes magiciens, qui peuplaient ce royaume enchanté.

Mais bientôt survint une attaque d'une autre sorte. Car, par-dessus les remparts, passaient des hommes volants, à tête de gorilles et à ailes de chauves-souris, porteurs de dents et de griffes et d'épées dans leurs mains, qui flamboyaient de teintes bleues, mauves et violettes. Les gardes immortels qui se tenaient aux remparts et voulurent interdire à ces êtres de passer par-dessus au nom d'Ëtön leur lancèrent des flèches qui s'enflammaient dans l'air, mais la plupart rebondissaient en vain sur leurs hauberts ténébreux, et d'autres curieusement s'enfonçaient dans leurs corps et disparaissaient complètement, comme si, faits de nuée, ils avaient la capacité de les égarer et de les enfouir à jamais dans un puits, un gouffre sans fond. Il n'y eut que quelques traits qui se plantèrent dans leurs mailles rouillées et noires, couvertes de sang et de suie, mika-koskensalmi-balrog.jpgsouvenirs de ceux auxquels ils les avaient volées par le fer et le feu, par le meurtre et l'anéantissement. Ils hérissèrent les combattants volants et, même, traversèrent l'un d'eux à l'œil, le trait ressortant de l'autre côté du crâne et, cette fois, ne disparaissant pas dans les volutes d'un corps de nuées. L'être atteint tomba, et s'écrasa sur le chemin de ronde bordant les hauts murs, et reliant entre elles les tours pointues qui constellaient ces remparts apparemment imprenables.

Dès ce moment, plusieurs compagnons du monstre (sans doute furieux de ce qu'ils avaient vu, ou liés à lui par un lien particulier) changèrent de direction dans leur course et, au lieu de se diriger vers le palais d'Ëtön où ils espéraient prendre le roi et capturer les mortels qui avaient défié leur maître, ainsi que Solcum le preux chevalier, fondirent sur les archers dont était venu le trait meurtrier, et les attaquèrent de leurs épées rutilantes. Après quelques tirs de flèches qui zébrèrent de lignes lumineuses l'air terni par les nuées d'un orage à venir, mais qui n'eurent aucun effet, les elfes qui gardaient les remparts durent à leur tour sortirent leurs épées du fourreau, et elles étaient fines et luisantes, pareilles à des langues de lézard, mais métalliques et dures. Toutefois oscillaient-elles dans leurs mains, et tremblaient-elles comme des feuilles de palme. Mais leur acier enchanté semblait être plein de dents, paraissait pouvoir mordre; un péril s'en dégageait, et tout homme mortel qui se fût mesuré à ces gardes vaillants eût été sûr de perdre la vie, et de ne pas savoir comment il avait été touché, au moment de l'être: si vifs étaient leurs bras, si tranchantes leurs lames.

Mais il est temps, augustes lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain, pour la suite de cette âpre bataille.

28/01/2019

Saint Louis et le sacrifice du chevalier-fée

ornicalc.jpgDans le dernier épisode de cette geste du roi Louis, nous avons laissé celui-ci et ses compagnons alors qu'ils avaient saisi l'occasion de s'enfuir de la salle royale dOrnicalc, le démon. Ils purent un instant se croire sauvés.

Mais, de sa puissance magique, Ornicalc eut tôt fait de venir après eux: il allait comme glissant sur un tapis d'air. Sous ses pieds immobiles, un crépitement faisait jaillir de petits foudres, comme si l'eussent porté les nuées de l'orage.

Il levait sa hache, qu'il avait reprise en main, pour l'abattre sur Thibaut de Bar qui s'était retourné pour lui faire face pour couvrir la retraite de son roi, quand une forme oubliée se dressa, plaçant sous le coup un bouclier étincelant: c'était Ëtalacün. À présent, il avait choisi son camp: il avait changé de bannière. Ayant vu les prodiges accomplis par Louis et son cousin Solcum, il avait décidé d'agir, et de se racheter de ses fautes. Il jeta son épée vers Ornicalc, et lui perça le flanc; mais guère profonde ne fut la plaie. À peine vit-on un filet de sang jaillir du haubert aux écailles dorées. D'un coup de pied fracassant, son ancien maître l'envoya voler, et il ne put se relever: sous le choc, plusieurs de ses os s'étaient brisés. La rage d'Ornicalc, en voyant Ëtalacün, qu'il méprisait, le trahir, avait explosé en un coup meurtrier.

Alors, doutant, peut-être, de pouvoir se saisir de Solcum, de Louis ou de leurs compagnons, et voulant passer sa colère sur un homme, il bondit vers ce chevalier-fée tombé, et s'apprêta à le mettre en pièces. De loin, Solcum vit cela, et son cœur dans sa poitrine bondit, malgré la trahison d'Ëtalacün: car c'était son cousin, le fils du frère de sa mère. Il fit un pas vers lui afin de le secourir, et le bras de Louis, posé sur le sien pour l'arrêter, n'eût pu l'empêcher de connaître un sort fatal, à portée des mains d'Ornicalc, si Ëtalacün même, soudain, ne s'était écrié: Fuis, imbécile! Garde ton prince humain, et permets-lui d'accomplir sa mission. Ne viens pas me sauver, car je suis déjà perdu! Solcum fit halte. Il hésitait. Puis Ëtalacün reprit la parole: Dis à mon père, dis à ma mère que je les aime, et à toute la famille, et à toute la cité, et que je regrette. Laisse-moi réparer le mal que j'ai fait, Solcum, et dis-toi, aussi, que je t'... Il ne put finir ses mots: Ornicalc avait écrasé sur sa tête sa hache, la broyant et la détruisant. Solcum, s'écriant: Non! écarquilla les yeux, et, stupéfait, mais mû par un âpre désir de vengeance, courait à son sort fatal en se rendant sur le lieu de ce Etalacun.jpgcrime, quand Louis, de nouveau venu à sa hauteur, lui prit le bras, et lui dit: Solcum, fuyons! Accomplissons, je vous en prie, la dernière volonté, si sainte, de votre cousin Ëtalacün.

Alors le génie au cheveu d'or et à l'œil de saphir regarda son ami homme mortel, et en baissant la tête soupira. Puis il se retourna et tous fuirent à toute allure. Derrière eux, ils entendirent Ornicalc, la voix tremblante de colère, leur jurer sa vengeance terrible, et d'affreux bruits laissaient supposer qu'il s'acharnait sur le corps d'Ëtalacün, pour n'en laisser rien qu'on pût reconnaître. Le châtiment était profond: son corps ne lui serait pas rendu, lors de la résurrection, et le malheureux errerait dans les éons ténébreux, s'enfonçant dans l'abîme des abîmes durant mille siècles, avant de pouvoir resurgir; et Ornicalc le savait et, hélas! Solcum aussi. Tel était le destin d'un traître, qui néanmoins au dernier instant se racheta.

Les cinq compagnons étaient si flamboyants, si glorieux, la rumeur de leurs exploits s'était déjà tellement répandue, que tous les gardes fuyaient à leur approche. Ils ne purent emprunter le même chemin que pour monter au sommet de la tour maudite; mais ils trouvèrent un escalier, et le descendirent sans guère solcum.jpgd'encombres: seul un fidèle parmi les fidèles d'Ornicalc prétendit les en empêcher. Il avait un corps étrange, des jambes de serpent; mais il était armé comme un chevalier. Après quelques passes d'armes, Solcum, malgré sa blessure, le transperça de son épée, et l'autre le maudit avant de pousser un râle. Ils arrivèrent bien vite à la porte, dont les gardes géants étaient absents: eux si effrayants, lorsqu'ils étaient montés, n'avaient pas résisté à la peur qu'inspirait Solcum, le génie d'or! Car à leurs yeux, dans sa colère, il brillait comme une étoile, et ses yeux azurés lançaient des feux qui leur étaient meurtriers.

Solcum siffla et chanta une étrange chanson, et on entendit un bruit, comme une porte en bois se fracassant; on vit presque aussitôt surgir les six chevaux qu'on leur avait enlevés, joyeux et hennissants, retrouvant les maîtres qu'ils aimaient! Les trois coursiers immortels d'Ëtön menaient les autres qui, reconnaissant en eux leurs maîtres, et comme des dieux pour leur espèce, les suivaient docilement.

Les chevaliers francs remontèrent sur leurs dos, puis à vive allure revinrent vers l'est, afin de regagner le château d'Ëtön. Ils n'avaient pas pu participer à la bataille grande, mais ils étaient désormais trop fatigués, ancient_evil_armor_by_moonxels-d5ko4zn.jpget il leur fallait se ressourcer, comme on dit, dans le palais du Roi.

Or, cela provoqua l'entrée de celui-ci en guerre. Jusque-là jugé comme se tenant à l'écart, Ornicalc ne l'avait point assailli. Désormais, il ferait son siège jusqu'à raser sa forteresse, car sa haine de Solcum, de Louis et de ses compagnons le dévorait, et ne pouvait le laisser en repos.

Le voyage des chevaliers se fit sans encombres, même lorsqu'ils passèrent le Défilé des Ombres, Imel Tisic, car les monstres, échaudés par leur rencontre avec eux et l'intervention de Sainte-Apsara, n'osèrent les arrêter; d'ailleurs, ils étaient contents qu'ils repartissent dans l'autre sens, car leur mission était d'empêcher le passage dans le sens qu'ils avaient d'abord pris. Puis les chevaliers francs et Solcum atteignirent le château d'Ëtön, où ils furent reçus précipitamment. Au loin, cependant, un nuage de poussière traversé de foudres signalait aux gardes et aux six compagnons l'arrivée imminente d'Ornicalc et de ses troupes du diable...

Mais il est temps, dignes lecteurs, de laisser là cet épisode et de renvoyer au prochain, pour le récit du siège d'Ëtön par les troupes d'Ornicalc.

17/11/2018

Saint Louis et l'attaque d'Ornicalc, le Démon

angel_of_death_by_nosaj7541-d7zedvg.jpgDans le dernier épisode de ce récit de croisade au pays des fées, nous avons laissé notre héros, saint Louis, alors que, délivré du sortilège d'Ornicalc, il affrontait les créatures surgies de sa gueule énorme.

Le premier monstre - au long museau, aux dents acérées, aux yeux de braise, aux ailes de chauve-souris et aux jambes pareilles à des tentacules - se jeta justement sur lui, et Imbert de Beaujeau le protégea en lui plongeant la lame dans le corps. Il poussa un cri, et ses tentacules inférieurs frappèrent Imbert au visage, et il tomba, sonné. Thibaut de Bar se précipita et trancha la tête de l'être abject. Un sang noir se répandit sur les dalles plus blanches que la neige.

Mais un second monstre - assez semblable au premier sinon en ce qu'il avait des cornes et des ailes munies de plumes - s'élança à son tour, et bouscula Thibaut, qui fut projeté à plusieurs mètres en arrière, en un choc qui ne devait qu'à peine laisser ses os intacts. Ensemble, saint Louis de France et Alphonse de Poitiers essayèrent de s'attaquer au monstre, mais ses tentacules les saisirent tous les deux, au cou et au bras droit, et ils furent maintenus à distance. L'instant d'après, la créature ouvrit sa gueule démesurée, et s'apprêta à avaler et à trancher de ses dents pointues la tête de saint Louis, lequel n'en pouvait mais. Car, ne pouvant résister à la force de la bête, il était attiré inexorablement vers sa bouche immonde, et les trois compagnons éveillés de sa suite n'y pouvaient absolument rien.

C'est alors qu'il se produisit quelque chose d'extraordinaire. Un double feu jaillit, qui transperça comme deux flèches lourdes le corps du monstre. Louis tourna la tête, le tentacule qui l'enserrait au cou s'étant soudainement détendu, et vit le feu venir des yeux désormais grands ouverts du sublime Solcum! Il en fut émerveillé. Qui aurait pu lui connaître un tel pouvoir? Et pendant ce temps, la croix gemmée de son cou brillait plus vivement que jamais, sans que lui-même en saisît aucunement la raison!

Puis ce fut la ruée des monstres: trois sortirent d'un coup de la bouche d'Ornicalc, et ils étaient enragés et furieux. Ils étaient plus laids encore que les deux précédents.

Mais Solcum, pleinement éveillé, cligna de l'œil à l'intention de Louis, abaissa les paupières en souriant, et, les yeux fermés, sortit son épée, qu'on ne lui avait pas non plus ôtée. Et, comme si ses forces avaient été décuplées, et son arme douée d'une grâce inconnue, il bondit, virevolta, passant entre les membres des 36224509_10216376638946612_2890855866037174272_n.jpgennemis à la façon d'un éclair et les blessant mortellement de sa lame flamboyante, devenue un flux d'étoiles dissipant des nuages de ténèbres.

Alors Ornicalc se leva. Étrangement, sa tête se reconstitua, sa bouche se reformant comme si rien dans son visage n'avait été défait par ce passage des monstres.

Immense, il touchait presque de son crâne le plafond de la salle, haute de plus de sept mètres. Il saisit une énorme hache à deux tranchants placée derrière son trône, et se dirigea, plus vite qu'on ne l'eût deviné au vu de sa taille, vers Solcum. Plus qu'il ne descendait les marches de son pas pesant, il glissait au-dessus du sol, ce qui explique sa vitesse. Si grand était son pouvoir!

Le génie aux yeux de feu évita un premier coup de taille de la hache d'armes en sautant par dessus à une hauteur prodigieuse, qui à Louis fit croire qu'il avait des ailes: il lui sembla les voir, flammes transparentes sur son dos éclatant! Mais Ornicalc donna à son adversaire un coup de poing magistral qui l'envoya à son tour à plusieurs mètres en retrait, pour le laisser s'écraser sur un pilier de la salle auguste: le choc fut tel qu'un des cristaux éclairant la salle, et inscrusté dans le marbre de la colonne, se brisa; une grande clarté se fit, puis la lueur s'échappa, s'élançant vers les hauteurs, et le cristal s'éteignit. Or, un de ses éclats entra dans le flanc de Solcum, et la plaie aussitôt saigna. Ornicalc poussa un cri de triomphe. Il se précipita vers sa proie, afin de l'achever. Mais Louis fut plus rapide, et intervint de tout son courage.

Brandissant sa lame à la garde niellée, il tâcha d'en enfoncer la pointe dans le plastron du monstre. Elle glissa dessus en jetant deux étincelles. Le regard d'Ornicalc s'enflamma, comme si la plus grande insolence du monde venait de lui être faite, et leva sa hache, pour enfin anéantir ce roi grotesque, ce mortel présomptueux, et sot. Or, Louis sentit vibrer la croix de son collier, et voici! un jet de feu en sortit, et frappa lugh-vs-balor2.jpgOrnicalc à la poitrine. Le géant poussa un cri, cette fois de douleur et de surprise, et recula, plaçant même un genou à terre. Ses yeux de braise étaient devenus en un instant charbons fumants; son étonnement était sans limites. Il découvrait une puissance de lui inconnue.

Solcum en profita pour s'élancer, malgré sa plaie sanglante. Haussant son épée, il l'enfonça dans le visage d'Onicalc, passant par sa joue. La lame ressortit par l'autre joue, brisant au passage quatre dents. De sa main qui de surprise avait lâché la hache, le roi des démons repoussa brutalement Solcum, qui tomba encore, et roula sur lui-même. Ornicalc arracha l'épée de sa mâchoire, et du sang jaillit non seulement de sa bouche, mais de ses oreilles. Il était fou de rage.

Mais il était affaibli. Et Imbert de Beaujeu et Alphonse de Poitiers eurent la présence d'esprit de prendre par le bras et l'épaule leurs trois compagnons, et de leur enjoindre de quitter la place, tant qu'une fenêtre de sortie, si l'on peut dire, s'ouvrait. Ils obtempérèrent, ne voyant pas qu'ils pussent vaincre un titan de la race d'Ornicalc. Solcum encouragea même Louis à suivre ce conseil avisé, dès qu'il l'eut entendu, et tous sortirent en trombe!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là ce récit de croisade au pays des génies; la prochaine fois, nous assisterons, sachez-le, au sacrifice d'Ëtalacün le Traître!