17/11/2018

Saint Louis et l'attaque d'Ornicalc, le Démon

angel_of_death_by_nosaj7541-d7zedvg.jpgDans le dernier épisode de ce récit de croisade au pays des fées, nous avons laissé notre héros, saint Louis, alors que, délivré du sortilège d'Ornicalc, il affrontait les créatures surgies de sa gueule énorme.

Le premier monstre - au long museau, aux dents acérées, aux yeux de braise, aux ailes de chauve-souris et aux jambes pareilles à des tentacules - se jeta justement sur lui, et Imbert de Beaujeau le protégea en lui plongeant la lame dans le corps. Il poussa un cri, et ses tentacules inférieurs frappèrent Imbert au visage, et il tomba, sonné. Thibaut de Bar se précipita et trancha la tête de l'être abject. Un sang noir se répandit sur les dalles plus blanches que la neige.

Mais un second monstre - assez semblable au premier sinon en ce qu'il avait des cornes et des ailes munies de plumes - s'élança à son tour, et bouscula Thibaut, qui fut projeté à plusieurs mètres en arrière, en un choc qui ne devait qu'à peine laisser ses os intacts. Ensemble, saint Louis de France et Alphonse de Poitiers essayèrent de s'attaquer au monstre, mais ses tentacules les saisirent tous les deux, au cou et au bras droit, et ils furent maintenus à distance. L'instant d'après, la créature ouvrit sa gueule démesurée, et s'apprêta à avaler et à trancher de ses dents pointues la tête de saint Louis, lequel n'en pouvait mais. Car, ne pouvant résister à la force de la bête, il était attiré inexorablement vers sa bouche immonde, et les trois compagnons éveillés de sa suite n'y pouvaient absolument rien.

C'est alors qu'il se produisit quelque chose d'extraordinaire. Un double feu jaillit, qui transperça comme deux flèches lourdes le corps du monstre. Louis tourna la tête, le tentacule qui l'enserrait au cou s'étant soudainement détendu, et vit le feu venir des yeux désormais grands ouverts du sublime Solcum! Il en fut émerveillé. Qui aurait pu lui connaître un tel pouvoir? Et pendant ce temps, la croix gemmée de son cou brillait plus vivement que jamais, sans que lui-même en saisît aucunement la raison!

Puis ce fut la ruée des monstres: trois sortirent d'un coup de la bouche d'Ornicalc, et ils étaient enragés et furieux. Ils étaient plus laids encore que les deux précédents.

Mais Solcum, pleinement éveillé, cligna de l'œil à l'intention de Louis, abaissa les paupières en souriant, et, les yeux fermés, sortit son épée, qu'on ne lui avait pas non plus ôtée. Et, comme si ses forces avaient été décuplées, et son arme douée d'une grâce inconnue, il bondit, virevolta, passant entre les membres des 36224509_10216376638946612_2890855866037174272_n.jpgennemis à la façon d'un éclair et les blessant mortellement de sa lame flamboyante, devenue un flux d'étoiles dissipant des nuages de ténèbres.

Alors Ornicalc se leva. Étrangement, sa tête se reconstitua, sa bouche se reformant comme si rien dans son visage n'avait été défait par ce passage des monstres.

Immense, il touchait presque de son crâne le plafond de la salle, haute de plus de sept mètres. Il saisit une énorme hache à deux tranchants placée derrière son trône, et se dirigea, plus vite qu'on ne l'eût deviné au vu de sa taille, vers Solcum. Plus qu'il ne descendait les marches de son pas pesant, il glissait au-dessus du sol, ce qui explique sa vitesse. Si grand était son pouvoir!

Le génie aux yeux de feu évita un premier coup de taille de la hache d'armes en sautant par dessus à une hauteur prodigieuse, qui à Louis fit croire qu'il avait des ailes: il lui sembla les voir, flammes transparentes sur son dos éclatant! Mais Ornicalc donna à son adversaire un coup de poing magistral qui l'envoya à son tour à plusieurs mètres en retrait, pour le laisser s'écraser sur un pilier de la salle auguste: le choc fut tel qu'un des cristaux éclairant la salle, et inscrusté dans le marbre de la colonne, se brisa; une grande clarté se fit, puis la lueur s'échappa, s'élançant vers les hauteurs, et le cristal s'éteignit. Or, un de ses éclats entra dans le flanc de Solcum, et la plaie aussitôt saigna. Ornicalc poussa un cri de triomphe. Il se précipita vers sa proie, afin de l'achever. Mais Louis fut plus rapide, et intervint de tout son courage.

Brandissant sa lame à la garde niellée, il tâcha d'en enfoncer la pointe dans le plastron du monstre. Elle glissa dessus en jetant deux étincelles. Le regard d'Ornicalc s'enflamma, comme si la plus grande insolence du monde venait de lui être faite, et leva sa hache, pour enfin anéantir ce roi grotesque, ce mortel présomptueux, et sot. Or, Louis sentit vibrer la croix de son collier, et voici! un jet de feu en sortit, et frappa lugh-vs-balor2.jpgOrnicalc à la poitrine. Le géant poussa un cri, cette fois de douleur et de surprise, et recula, plaçant même un genou à terre. Ses yeux de braise étaient devenus en un instant charbons fumants; son étonnement était sans limites. Il découvrait une puissance de lui inconnue.

Solcum en profita pour s'élancer, malgré sa plaie sanglante. Haussant son épée, il l'enfonça dans le visage d'Onicalc, passant par sa joue. La lame ressortit par l'autre joue, brisant au passage quatre dents. De sa main qui de surprise avait lâché la hache, le roi des démons repoussa brutalement Solcum, qui tomba encore, et roula sur lui-même. Ornicalc arracha l'épée de sa mâchoire, et du sang jaillit non seulement de sa bouche, mais de ses oreilles. Il était fou de rage.

Mais il était affaibli. Et Imbert de Beaujeu et Alphonse de Poitiers eurent la présence d'esprit de prendre par le bras et l'épaule leurs trois compagnons, et de leur enjoindre de quitter la place, tant qu'une fenêtre de sortie, si l'on peut dire, s'ouvrait. Ils obtempérèrent, ne voyant pas qu'ils pussent vaincre un titan de la race d'Ornicalc. Solcum encouragea même Louis à suivre ce conseil avisé, dès qu'il l'eut entendu, et tous sortirent en trombe!

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là ce récit de croisade au pays des génies; la prochaine fois, nous assisterons, sachez-le, au sacrifice d'Ëtalacün le Traître!

09/09/2018

La révolte de saint Louis face au Démon-Roi

iron.jpegDans le dernier épisode de cette incroyable et horrifique série, nous avons laissé le roi saint Louis alors que, au cours de sa croisade au pays des fées, entré dans l'antre du roi-démon Ornicalc, il s'était laissé gagner par l'épouvante, avait perdu son frère Charles d'Anjou poussé au désespoir, mais, soudain, avait cru sentir venir vers lui une bouffée d'air frais et fleuri, issu du corps même de Solcum le bon génie-chevalier. Et il s'était remis debout, ragaillardi.

Saint Louis entendit comme une voix qui chuchotait à son oreille, et il crut reconnaître que c'était celle de Solcum, mais, regardant à sa gauche, il ne vit absolument pas bouger les lèvres à celui-ci, ni relever la tête. À peine, sous ses paupières closes, semblait-il y avoir un nouvel éclat, éclairant le bas de ses yeux et passant à travers l'ouverture faible qui s'y était faite. Le chevalier-fée s'éveillait-il? Saint Louis sentit une puissance courir le long de ses membres, et chasser le serpent noir qui serrait son estomac entre ses mâchoires. En lui revint le feu!

Il acheva de se redresser, et un nouveau murmure étonné se fit entendre. Des paroles inquiètes surgirent, çà et là. Ce mortel était-il le glas des génies? D'où lui venait cette force inconnue, qui soulevait ses membres malgré le sort jeté sur eux par le roi des démons?

De la personne même d'Ornicalc semblait jaillir de petits foudres, comme si une colère en lui faisait vrombir les flammes. Aux côtés de Louis Ëtalacün stupéfait reculait, scrutant le roi de France qu'il avait enchaîné comme s'il était un prodige qui eût pris corps - et le chevalier franc, lentement mais sûrement, et sans que nul songeât à l'en empêcher, tira du fourreau son épée, qui, à la clarté des gemmes sertissant les piliers, étincela. Sa lame polie renvoya également l'éclat des joyaux du haubert d'Ornicalc ainsi qu'un défi, et le regard du roi-démon s'ouvrit, comme si l'étonnement le faisait trembler.

Celui de Louis, lorsqu'il eut levé le front, était flamboyant, et les elfes présents crurent voir des étincelles en sortir! Lui aussi défiait la puissance d'Ornicalc, doué d'une force qu'il ne semblait pas même soupçonner.

Un être divin logeait en lui, peut-être par l'intermédiaire de Solcum, dont les dents serrées faisaient désormais palpiter la mâchoire - comme si, malgré ses yeux fermés, il fût tout à fait réveillé, et imprégnât son ami Louis de tout son être. Au cou du roi de France, la croix gemmée suspendue à une chaîne d'or se mit à jeter une vive lumière, qui effraya toute l'assemblée!

Il se fit une agitation, et on regarda perplexe Ornicalc. D'autres se mirent à reculer; quelques-uns, épouvantés sans savoir pourquoi, s'en furent, empruntant les portes de la salle. Une confusion s'installa dans les rangs des guerriers et des dames ordonnés naguère. Super_September_superior_hero_concept_art (2).jpgUne lueur était répandue autour de Louis, rayonnant de son heaume, de son armure, de son épée, de ses mains, de ses yeux, comme s'il avait été transformé par une force inconnue. Elle se communiqua bientôt aux autres mortels qui l'accompagnaient.

Sentant se dissiper le sort sur eux jeté par le sorcier royal se tenant devant eux, Thibaut de Bar d'abord, Imbert de Beaujeu ensuite, Alphonse de Poitiers enfin se redressèrent, écartant de leurs épées sorties du fourreau les ombres qui les avaient jusque-là oppressés! Comme le long de leurs lames couraient de singulières étincelles, les spectres fuyaient, comme blessés par elles. Une étrange onction s'était répandue sur les chevaliers francs. Leurs liens mêmes avaient été rompus, nul ne savait par qui. On n'avait rien vu. Était-ce Ëtalacun qui, effrayé, et comme en état second, les avait libérés? Sa conscience avait-elle opéré ce miracle? Ou quelque ange était-il venu? Même les génies l'ignoraient: cela s'était passé trop vite pour leurs yeux pourtant surhumains.

Et voici! les quatre chevaliers survivants se tenaient face à Ornicalc, devenu un géant ordinaire, un chevalier à combattre comme les autres, et nul n'osait intervenir. La bave que conservait Alphonse de Poitiers au menton ne comptait plus; la sueur qui trempait encore Imbert de Beaujeu ne le rendait en rien moins puissant aux yeux de l'assemblée; les yeux encore sanglants de Thibaut de Bar n'entamaient en rien sa splendeur, dans cette salle où les merveilles des elfes semblaient s'être assombries, pour ne laisser luire que les mortels venus de France!

D'abord Ornicalc ne dit rien, méditant sans doute les faits qui devant lui se déroulaient, et le portant à délibérer dans son cœur. Puis, il ouvrit la bouche, et, voici! ce fut comme si un puits avait été privé de son couvercle. Curieusement, si dans un premier temps la taille en avait paru normale, l'instant d'après elle était cthulhu 5.jpgdémesurée: ainsi la couleuvre, qui dévorant un mulot, veut l'engloutir d'un coup, déboîte sa mâchoire et place sa proie directement dans son ventre! De même, le mâchoire d'Ornicalc semblait déboîtée et sa gueule était désormais de la taille de sa tête, qui avait disparu sous l'ouverture noire.

Il en jaillit dès lors des êtres maléfiques, qui écartaient les parois comme si Ornicalc n'avait été qu'une statue de bois, de cire ou de chiffons! Au début, on ne vit sortir que de longs tentacules; puis des membres plus gros se firent voir; enfin des visages, des corps entiers, rabattant les joues comme des tissus, malaxant une tête désormais comme postiche, montrèrent leur forme hideuse! Si le courage n'était pas revenu comme un flot d'étoiles dans le cœur des quatre chevaliers, ils auraient été à nouveau frappés d'épouvante. Mais cette fois ils étaient prêts.

D'abord les longs tentacules, pareils à des langues noires, s'étaient précipités vers eux et leur allié Solcum - saisissant l'un au cou, l'autre au bras, le troisième à la jambe, le quatrième au corps, et le dernier à la taille. Mais leurs épées tirées tranchèrent ces vivantes cordes, et des sifflements horribles se firent entendre dans le sein d'Ornicalc, et les démons que j'ai évoqués sont alors sortis entiers, affreux et terribles. Seul le câble visqueux entourant Solcum à la taille était encore tendu, le génie de Paris ne s'éveillant toujours pas; mais Louis le trancha d'un coup sec, pour délivrer son ami parmi les elfes!

Mais il est temps, ô lecteurs, de laisser là cet épisode déjà long, et de renvoyer à la prochaine fois le combat contre Ornicalc même, par delà les créatures qu'il abrite!

26/06/2018

Saint Louis et la mort salvatrice du comte d'Anjou

zhar__the_great_old_one_by_metafrost-d909px2.pngDans le dernier épisode de cet incroyable récit de la croisade que saint Louis fit au pays des fées, nous avons laissé ce noble roi et ses cinq compagnons alors qu'ils étaient amenés vers le seigneur maudit d'un empire maléfique, dans la grand-salle de son immense palais. Puissent les âmes sensibles s'abstenir de lire la suite! Car elle est par trop épouvantable et dure.

Venant plus près, ils purent voir que les mailles brillantes dont était revêtu Ornicalc étaient serties d'étranges pierres précieuses, lumineuses aussi et diversement teintées. Elles dessinaient sur son buste de singulières figures, comme des lettres d'une écriture inconnue, et dont saint Louis pensa qu'elles pouvaient être des signes magiques.

La lumière qui rayonnait du visage du monstre s'atténua, comme si, en y habituant ses yeux, Louis hissait peu à peu sa conscience jusqu'à y distinguer des traits. Car il vit, soudain, comme des brumes de feu s'effaçant devant un soleil sombre, l'œil d'Ornicalc, pareil à un puits! Il s'y sentit engouffré, et voici! il y aperçut des formes épouvantables. Il appréhenda pleinement la malignité illimitée du démon-roi. L'habitaient des êtres indicibles, dont Louis fut terrifié!

Il reçut comme un coup à l'estomac, bien que personne ne l'eût touché. Il comprit qu'Ornicalc n'était qu'un masque pour des entités immondes, défiant la raison par leur horreur, propres à rendre fous tous les hommes qui les verraient directement! Il fut plié en chevalier.jpgdeux, par la peur qui le saisit. Un voile noir s'abattit sur son front, et une épaisse fumée sembla monter de son ventre, obscurcissant son cerveau - aussi curieux que cela paraisse. Sa souffrance fut soudain terrible.

Comme au sein d'un brouillard épais, il distingua, à sa droite et à sa gauche, ses compagnons plus touchés encore que lui, soit agenouillés, soit tombés à terre pris de spasmes, haletant et gémissant par jets, soit prosternés et tremblants; seul don Soculm, toujours inconscient, marchant comme un automate sous la conduite des mauvais chevaliers, ne réagissait pas.

Même Ëtalacün avait baissé le regard, pour ne pas croiser celui du monstre. Saint Louis pouvait à peine bouger, comme transfixé par une flèche noire sortie de l'œil démoniaque - et il le tentait, il s'efforçait de se redresser, mais ses membres ne lui obéissaient pas, et, au contraire, il sentait ses genoux sous lui défaillir, et que le gauche s'était posé à terre, et qu'il avait placé sa main droite au sol, pour ne pas tomber, tandis que la gauche s'était mise à son ventre, comme pour le réchauffer et en chasser le froid mordant qui soudain y était entré. Car un frisson le parcourait, vague serpent qui ondulait dans ses membres - et dont il eut soudain l'impression de distinguer, devant lui, comme en une vision, les narquois yeux jaunes, cruels et moqueurs!

Un seul de ses compagnons était encore agenouillé, comme lui, n'étant point tombé à terre: c'était le courageux Thibaut de Bar, son noble cousin. Mais il faisait entendre un curieux gémissement, qui sortait de sa bouche en même temps qu'il respirait, ou, pour mieux dire, qui remplaçait le souffle qu'il devait exhaler: car, à Issenheim_P1010384.jpgproprement parler, il ne respirait plus. L'épouvante l'étouffait, et il allait vers sa mort. Charles d'Anjou, Alphonse de Poitiers et Imbert de Beaujeu, de leur côté, étaient étendus au sol, soit à plat ventre, soit sur le côté, et s'y roulaient. La vue en était affreuse, et, à elle seule, eût brisé le cœur d'un homme ordinaire, car c'était l'effet de la terreur qui avait pris corps en eux, et les avait abattus, les avait comme anéantis!

Le plus horrible alors advint, et la douleur de Louis en fut cent fois renforcée. Car voici! Charles d'Anjou, lui pourtant si courageux d'habitude - lui qui avait montré tant de vaillance, dans la guerre en Afrique, ne supportait plus l'épouvante qui s'était emparée de lui et, se débattant, il n'eut que la force de sortir son épée, et, sous les yeux horrifiés de son frère le roi Louis, il parvint à se redresser en s'appuyant sur la lame; mais, au lieu de se lever et, peut-être, de s'en prendre à l'objet de sa terreur, il plaça, ô dieux! la poignée de l'épée sur le sol devant lui, appliqua la pointe à son sein, et, tout en versant un torrent de larmes et en tirant la langue comme s'il étouffait, il se jeta dessus - et la lame ressortit de l'autre côté, et du sang coula sur sa cuirasse dorée, et il s'écroula, mort.

Un vide affreux se fit dans la poitrine de Louis, mais, étrangement, cette douleur le détourna de sa propre épouvante, car il la comprenait mieux, et elle lui était plus familière, elle était accompagnée d'une pitié qui, luisant à travers l'obscurité, l'allégeait. Louis eut la vague idée que son frère, ainsi, s'était sacrifié, et que son âme avait, en s'arrachant à son corps, fait surgir un ange, lui avait créé une 3844c712185c67a50857bdf7b6d4b76c.jpgvoie pour qu'il se libérât de l'emprise du monstre abject.

Or, à sa gauche, il sentit remuer, comme de lui-même, le noble Solcum et, de lui, voici! un souffle tiède parut venir jusqu'à son nez, et entrer dans ses poumons. Un parfum doux l'irriguait, et Louis reconnut celui que dégageait don Solcum, quand il s'animait, et qui, quoique naturel, était curieusement fleuri - comme s'il portait avec lui un pré printanier. Depuis qu'il avait été blessé, cette odeur ne lui était pas venue au nez, et Solcum avait semblé avoir perdu, avec elle, sa vie propre; mais à présent, il la retrouvait, apparemment.

De même, les cheveux de l'elfe, si ternis depuis qu'il avait été empoisonné par le monstre du défilé, parurent retrouver un mystérieux éclat, et des étoiles réapparaître dans leur blondeur enchevêtrée. Pourtant, Solcum ne faisait rien, n'agissait pas, il restait globalement immobile, et seule sa poitrine semblait s'être éveillée, comme si son cœur, jusque-là arrêté - ou si ralenti qu'il avait paru l'être - s'était remis à battre.

Louis raidit sa jambe gauche, et, tout en restant plié en deux, se remit debout, regardant par dessous Ornicalc; un murmure d'étonnement retentit dans l'assemblée. On s'émerveilla de la force du mortel, qu'on pensait devoir mourir de la simple vue du démon-roi! Voici qu'il se remettait debout, mû d'on ne sait quelle force inconnue! Quel était ce prodige? Quel dieu lui venait en aide, dans son horrible, son terrifiant malheur?

C'est ce que le lecteur ne connaîtra que la prochaine fois, cet épisode ayant atteint sa longueur maximale.