17/02/2017

L'âme des logiciels

truong.jpgJ'ai lu récemment un excellent roman, palpitant et bien écrit, d'un style à la fois ferme et imagé, souple et drôle, Le Successeur de pierre (1999) de Jean-Michel Truong. J'en ai déjà fait le compte-rendu général ailleurs. Je voudrais parler aujourd'hui d'un aspect et d'un passage qui m'ont étonné.

Dans le livre, l'auteur donne des noms d'êtres animés à des logiciels. Les personnages, en effet, agissent principalement à distance, par le biais d'Internet, et c'est une force du récit, que de s'être placé dans cette perspective. Comme les identités des gens qui interviennent sur la Toile sont problématiques, l'intrigue en joue, et le héros passe beaucoup de temps à chercher qui sont vraiment ses interlocuteurs, au-delà de ceux qu'ils prétendent être. Il s'avère finalement qu'il est en relation avec des gens d'un rang élevé, fondamentaux pour l'ordre du monde. Comme ils agissaient dans des chapitres apparemment sans lien avec l'intrigue principale, le tableau général se met peu à peu en place, et c'est rondement mené, intelligent au possible.

Or, les logiciels par lesquels ce héros, appelé Calvin, agit sur Internet, reçoivent de lui des noms d'animaux, parce qu'ils se comportent comme tels: les uns sont des Chiens, parce qu'ils flairent des pistes et les suivent, les autres des Saumons, parce qu'ils remontent des interventions jusqu'à leur source. Enfin il existe aussi des Gnomes, qui ont déjà un mécanisme moral, une procédure répondant à un comportement, oscillant entre hostilité et bienveillance selon les situations. (Leur rituel en trois temps leur permet de dominer les autres logiciels, aux comportements moins judicieux.)

En lisant ces pages, je me disais que l'auteur était plaisant, et qu'il maîtrisait à merveille l'art de la personnification. Dans la préface que j'ai donnée aux poèmes en patois de Samoëns de mon arrière-grand-oncle, Jean-Alfred Mogenet, je remarquais que la poésie de celui-ci était essentiellement constituée de personnifications: il douait d'âme les objets traditionnels, les outils des paysans. Mais il refusait de faire de même avec les objets modernes, qu'il détestait, et disait vides. Il parlait du balai comme s'il agissait de lui-même, et n'aurait pas admis que l'aspirateur pût avoir les mêmes honneurs!

Dans mon texte, je remarque que c'est assez arbitraire, car on est toujours prêt à attribuer une âme à un objet qu'on a utilisé et qui a rendu de grands services, qu'il soit ancien ou moderne. Je me souviens que quand ma première voiture, une petite Ford verte, a rendu l'âme, j'en ai parlé à mes amis comme si, la malheureuse, après avoir vaillamment parcouru des kilomètres, et avoir porté ses propriétaires sur toutes les routes, elle s'était envolée au ciel, délaissant son corps inerte sur terre. Là, sous la forme d'un carrosse d'or, 1004170533001025825851525.jpgelle portait les anges, les saints, et roulait sur des routes de velours, sans créer autour d'elle aucune mauvaise odeur, ne laissant dans son sillage que de suaves parfums - et voici! sa carrosserie, entièrement refaite, avait des formes souples et dénuées d'angles, luisantes et polies, et était incrustée de nombreuses pierres précieuses, qui étincelaient! On la sentait palpiter, comme si elle fût vivante. Et, à l'avant, le sigle de la marque avait été remplacé par un symbole divin, un Tau signifiant l'accueil au paradis!

Était-ce blasphématoire? Je ne sais. Je ne suis pas sûr. Comme le paradis ne peut pas être pollué, je disais que la tiraient des chevaux de feu, qui étaient en elle, et la couronnaient de gloire. Peut-être même qu'elle portait la sainte Vierge et l'Enfant Jésus!

Je ne suis pas sûr que ce soit blasphématoire, car je crois en la rédemption de la matière, en sa spiritualisation. L'art la transfigure, et l'imagination qui s'appuie sur le souvenir pour lier son objet au monde divin, réellement a le pouvoir de le placer dans l'éther de lumière. Voilà pourquoi la Jérusalem céleste ne saurait être un lieu vide, fait seulement de clarté pure: en son sein des formes se voient encore - y compris celles des voitures qu'on a aimées, et chantées. Elles y acquièrent une âme, un être élémentaire s'y place, et s'y met au service des dieux!

Dans la réalité terrestre, il n'en est pas ainsi. Le minéral ne devient pas vivant, parce qu'il n'est minéral que parce qu'il est mort. Or, un passage du livre de Jean-Michel Truong dit le contraire. La mère du héros, dans une sorte de testament, affirme que les logiciels agissant sur Internet sont vivants parce qu'ils se comportent conformément au système de Darwin. C'est son principal argument.

Je veux bien faire confiance à Jean-Michel Truong, spécialiste de l'intelligence artificielle. Je veux bien le croire, lorsqu'il dit que les logiciels peuvent se comporter comme dans le système de Darwin. Mais si c'est le cas, pour moi, cela signifie que Darwin a décrit la vie telle qu'elle se manifestait, a décrit la matière telle qu'elle agit quand la vie s'y est placée, mais qu'il n'a jamais saisi l'essence de la vie. Car même si les machines se comportaient comme des êtres vivants à ce point, je ne les croirais pas vivantes. La vie est au-delà. Et reproduire le mécanisme qu'elle crée dans la matière, ce n'est pas la faire apparaître.

Certes, le matérialisme prétend que ces mécanismes sont bien ce qui l'a fait apparaître. Mais je n'en crois rien. Pour moi, c'est le contraire, c'est la vie qui a fait apparaître ces mécanismes. En soi, je la crois d'essence 9ba204b54782255d5354fe104b33a9b7.jpgspirituelle, et rien selon moi ne peut la contraindre à apparaître, même pas l'imitation de ses mécanismes.

Au fond, sous une forme plus évoluée, des logiciels qui imitent le vivant dans ses mécanismes ne sont pas plus vivants qu'une statue ne contient l'âme de celui qu'elle représente.

La science-fiction présuppose que plus les outils seront complexes, plus ils seront susceptibles de faire apparaître la vie. Je n'en crois rien. Jean-Alfred Mogenet nous montre que l'âme se place dans les objets même les plus primitifs, du moment que la poésie l'effectue. L'âme est donnée à l'objet par l'homme, par la poésie, par l'art. Un objet devient doué d'âme quand il est beau. C'est parce que la statue de Pygmalion était belle et que son auteur l'aimait, que Vénus a daigné l'animer.

Les personnifications, ainsi, ont pour moi plus de chance de donner la vie à ce qu'elles personnifient, à terme, que la complexification technique. L'essence de la science-fiction, c'est la poésie. C'est elle, non la science, qui donne une âme aux machines.

À cet égard, même ses théories étranges nourrissent l'art. Pour moi, elles ont ce but - ou du moins cet effet.

01/02/2017

Charles Duits et le général De Gaulle

degaulle-225x300.jpgCharles Duits (1925-1991), dans La Seule Femme vraiment noire, semble mépriser beaucoup de choses que la modernité vénère, mais, s'il y a bien une chose qu'il a aimée jusqu'à la fin de sa vie, c'est la France.

Il n'en avait pas la nationalité. Sa mère était américaine, son père néerlandais, et il n'était que né à Neuilly-sur-Seine, lui-même. Mais il était francophone aussi bien qu'anglophone, et il a choisi le français à cause des poètes, de Rimbaud, de Verlaine, de la révolution surréaliste, et l'impression que Paris était la porte de l'infini.

Pourtant, il y était isolé, car on n'y comprenait pas sa tendance à la mythologie qui se mêlait de mysticisme, ne s'alliait même pas à la littérature populaire comme chez Tolkien et Lovecraft et rejetait tout lien avec la science-fiction, malgré l'accueil de Ptah Hotep dans une collection spécialisée. Charles Duits était invité dans des congrès consacrés à la science-fiction, et s'y rendait, mais il n'en lut jamais, et même Frank Herbert, qui ravissait tant d'écrivains français du genre, lui déplaisait par ses excès de machinerie. (Une réplique de l'adaptation filmée de David Lynch, lui non plus guère adepte des machines, y fait du reste curieusement écho.)

Il se moquait, à la fin de sa vie, de ses rêveries de jeune homme, de l'idée qu'il avait eue qu'il rencontrerait un Verlaine à tous les coins des rues de Paris, mais il est resté fidèle à sa passion pour la France, ainsi que le montre un passage de La Seule Femme vraiment noire consacré à Charles de Gaulle et qui en fait un homme providentiel au sens propre - intermédiaire du Ciel et de la Terre: Charles XI le Médium mérite d'occuper une place importante dans les annales de la parapsychologie. Le 18 juin 1940, il a surmonté la répugnance que lui inspirait l'absurdité de son nom et déclaré, sous une casquette portant deux étoiles,
que la première de ces étoiles représentait l'Anorme comme la seconde représentait la Norme ou « la force mécanique » et que la défaite avait le pouvoir magique de juger la victoire.
Cette déclaration a provoqué un résultat inattendu dans la forêt de Compiègne: elle a contraint Hitler à éructer un nombre en principe calculable de sonorités hideusement comparables à des cubes de bois. Oui,
Hitler a ri quand il a appris le nom de l'étrange général. Surtout, je pense, à cause du second L. Cette lettre, en effet, représente au sein de l'alphabet le point auquel se croisent deux lignes parallèles: par son intermédiaire, le seigneur du hasard notifiait le guide de la nation allemande
que les Maisons animiques sont indépendantes des vicissitudes politiques,
ainsi que le pensait aussi André Breton qui profitant du bel été de l'armistice pour écrire
Pleine Marge, affirmait lui aussi que la France était une Maison animique et que la force mécanique est à la merci d'une force mécanique supérieure (p. 162).

C'est assez clair. Duits reprend l'idée de Jules Michelet sur l'âme de la France, son génie secret, la faisant confirmer par son maître André Breton. De Gaulle en était l'émanation. Sur le plan moral, il sert de modèle: sa deuxième étoile le relie au féminin cosmique, à ce qui échappe à l'enchaînement mécanique, au rationalisme conscient - et vient des profondeurs de l'Esprit, de l'Inconnu. De Gaulle, certes, utilisait les machines et s'inscrivait dans la logique militaire; mais, pour ainsi dire, il y ajoutait la poésie, et le miracle d'une défaite qui ose juger la victoire - c'est à dire d'une force supérieure, non réductible à ce qui se déroule extérieurement, et qui suit une logique véritablement divine.

À propos de Hitler, Charles Duits s'inspire probablement d'une anecdote authentique, et il faut dire que, à ses yeux, ce chancelier allemand était l'incarnation pure du matérialisme, n'en était que la cristallisation De Gaulle 180640_1.jpgimpersonnelle et dénuée d'âme. Son rire aux sonorités calculables s'explique de cette façon, ainsi que l'image des cubes de bois: Hitler n'était qu'un pantin, une coque vide pour les forces inférieures. Mais on peut aussi estimer que Duits a trouvé cette image spontanément, sans réfléchir.

Comme souvent chez lui, les mots écrits font signe par leurs seules lettres, ce qui rappelle quelque peu le Zohar. Hitler rit, mais le second l du nom de De Gaulle indique que la France vraie, l'âme nationale lui échappe, et qu'elle se réserve le droit de rejeter l'enchaînement historique, de prendre en quelque sorte la tangente.

Cela me donne l'occasion de dire que vers l'âge de vingt ans, j'ai lu les mémoires de Charles de Gaulle avec un certain ravissement. Il y avait le tome troisième de ses Mémoires de guerre chez mes parents, dans la première édition, chez Plon. Par curiosité, et parce que je voulais mieux connaître l'Histoire et, comme Stendhal l'avait fait, lire des mémoires privés, j'ai ouvert ce livre, persuadé que j'allais découvrir un homme inintelligent et fat. Mais j'ai été saisi, et emporté dans l'épopée personnelle que De Gaulle s'était créée. J'ai lu le reste, mais je pense que ce troisième tome est le plus beau, parce que c'est celui qui manifeste le mieux l'idée providentielle: tout s'y met en place pour porter le Héros au sommet, et, par là, sauver la France.

Cela dit, le premier tome contenait le moment où l'homme du 18 Juin se rebellait, et il était frappant que des images le présentassent en profondeur comme le chevalier de la France, l'envoyé secret de l'âme nationale - en quelque sorte le chevalier de la Vierge, à laquelle il assimilait le pays des Francs. Et il passait en Angleterre, et était condamné à mort, et ensuite revenait et s'imposait, comme depuis les ombres. Ce surréalisme mis en histoire a peut-être aidé Breton à soutenir les gaullistes! Le glorieux Général cristallisait l'inconscient de la France.

Il est resté l'un des écrivains français que je préfère, pour le vingtième siècle. Je suis plutôt content que Charles Duits l'ait consacré. Il ornait sa légende de l'espèce de mythologie qu'avait créée Maurice Barrès et qu'au fond Breton a approuvée, aussi étrange que cela paraisse.

De Gaulle avait gardé en lui du romantisme, et l'inspiraient les figures de Chateaubriand, de Michelet – ainsi que les vers de Corneille.

15/12/2016

Gustav Meyrink et les Adeptes immortels

600full-gustav-meyrink.jpgGustav Meyrink (1868-1935) est connu pour avoir écrit Le Golem (1915), roman plein de mystère dans lequel le personnage principal a la vision d'êtres grandioses et étranges, ayant à la poitrine des lettres étincelantes. Mais la trame en est si énigmatique qu'il est difficile d'affirmer que le récit place dans l'époque présente des êtres divins. Or, l'originalité de Meyrink est sans doute celle-ci, telle qu'il la manifeste dans sa dernière œuvre, L'Ange à la fenêtre d'Occident (1927).

Le narrateur, en effet, y apprend à connaître le monde spirituel au travers de visions d'un autre siècle, dans lequel il était son propre ancêtre, l'alchimiste John Dee. Dans cette incarnation, il n'a guère fréquenté que des succubes, des spectres hideux, et un ange vert qui n'était, apprend-on à la fin, qu'une projection psychique des personnes présentes lors des séances d'invocation. Il n'était pas, comme on croyait, l'ange de l'Occident, le génie d'un des quatre points cardinaux tel qu'il existe dans les mythologies asiatiques ou même l'ésotérisme chrétien.

Car chaque point cardinal, comme chaque saison, avait son esprit, son ange, et en Asie on invoque encore les déités veillant sur les quatre point de l'espace. Tout cela, semble dire Meyrink, n'est que tromperie.

Mais dans sa vie présente, le narrateur trouve la voie du salut. Elle n'est pas représentée par les anges. Le monde divin ne semble pas en contenir. La femme du narrateur dans sa précédente vie, et qu'il revoit dans la présente, est dite avoir pénétré le sein de Dieu, et s'y être dissoute dans l'éternité, y avoir perdu son âme propre. Meyrink semble affirmer que c'est la voie mystique propre aux femmes. Les hommes sont différents.

Car le narrateur rejoint une chaîne d'adeptes immortels, voués à l'alchimie et à l'obtention d'un corps immortel, de substance éthérique. Cette chaîne est invincible, et les êtres qui la composent sont lumineux et ange-vert-raph.jpgbeaux. Mais il s'agit d'hommes transfigurés.

Autrefois, ils étaient assimilés aux Elfes blancs, par les peuples du nord et de l'ouest. Ils donnaient, sous ce nom, des armes magiques, ou le secret d'en forger. On reconnaît les légendes qui attribuent aux Elfes les armes des héros, dans la mythologie germanique.

Le lien avec Vulcain fournissant les armes d'Énée n'est pas fait! D'ailleurs, après avoir montré que l'ange vert de l'Ouest n'était qu'une illusion, Meyrink ne reparle pas des dieux ni des anges.

Ce roman est intéressant, à deux titres. D'abord il est captivant et aisé à la lecture, malgré les aspects plutôt repoussants de la vie de John Dee. Mais même dans la partie réservée à ce digne alchimiste, des apparitions spectrales surviennent souvent, comme dans les récits gothiques anglais. Un rapport avec le Faust de Goethe pourrait aussi être établi.

Le meilleur est toutefois constitué par l'époque du narrateur, quand les êtres apparemment ordinaires manifestent, à travers des rêves et des visions, non pas seulement des êtres appartenant à une vie antérieure, mais des entités obscures ou lumineuses, symboles obscurs ou clairs qui en eux-mêmes ne bougent guère, mais se déploient à travers les personnages et leurs actions. On est alors entre le rêve et la réalité, et des énigmes surgissent, entretenant un suspense haletant. J'ai souvent songé aux films de David Lynch, et à ce que le mystère peut avoir de beau.

C'est l'aspect passionnant de l'ouvrage: le merveilleux se lie au monde présent. Des bâtiments en ruine cachent des châteaux éthériques, splendides, et contenant des immortels.

À vrai dire, je regrette un peu, d'un certain point de vue, qu'il ne s'agisse que d'êtres humains transfigurés. Pour moi, cela manque de grandeur et d'ampleur. Dans les mythologies anciennes, il y avait des êtres mystery__moon_goddess_by_vasylina-d7xigof.jpgcélestes, anges ou dieux, mêlés à ces hommes transfigurés: des êtres qui avaient évolué non sur Terre, mais dans le Ciel, dans les astres, ou les sphères planétaires. Cela donnait un fond grandiose à leur nature, et Lovecraft, par exemple, a retrouvé cette qualité, dans ses Grands Anciens, en les liant au Ciel.

D'un autre côté, comme ces entités de Meyrink restent des hommes, elles conservent des préoccupations morales accessibles, et cela manquait à Lovecraft. La question de la pureté du cœur, face à la beauté, face à l'amour, face à Cupidon, est centrale: comment aimer sans être entaché d'impureté est le grand problème de l'auteur praguois. Il semble l'avoir résolu en renonçant à la déesse nue et tentatrice au profit de la reine idéale couronnée de gemmes brillantes. C'est Vénus et Marie qui s'opposent, pour ainsi dire.

Meyrink apporte à la question une réponse assez différente de celle de Charles Duits, qui voulait les confondre. Meyrink, en un sens, est plus classique, en faisant parvenir le narrateur à l'amour pur. Il existe néanmoins un lien: l'amour pur passe, chez les deux auteurs, par la figure de l'androgyne, qui unit les âmes au-delà de la chair, en faisant des deux êtres un seul. La forme en existe sur un plan supérieur.

Toutefois, pour Duits, au-delà de cet androgyne (ou plutôt de cette gynandre), il y avait encore la Famille Royale, les êtres célestes. Pour Meyrink, il n'en est guère question, sinon à travers l'idée d'un Dieu tout-puissant et impénétrable. Il refuse de peupler, pour ainsi dire, l'espace qui sépare les hommes immortels du dieu tout-puissant des monothéistes.

Il s'agit d'un roman comme j'ai longtemps rêvé d'en rencontrer: un roman qui se passe à l'époque de son auteur, et qui mêle la vie humaine aux fantômes, aux esprits des morts, tantôt bons, tantôt mauvais. C'est une sorte de mythologie des fantômes, comme on en trouve en Orient. Peut-être que le ton est un peu trop exalté, pour un monde sans anges ni dieux. Mais je comprends l'enthousiasme de Meyrink, face à l'image de ces adeptes immortels qui forment une chaîne de lumière dans les mystères du cosmos. C'est une figure rare et belle, en soi.

Qu'on n'ait pas de raison, en principe, de se réincarner dans sa propre famille, et que les femmes puissent sans doute faire aussi bien que les hommes dans l'initiation alchimique, ne doit pas en masquer la valeur.