25/06/2019

L'Elfe jaune et Mömulc contre les ombres d'Orcolter

a2a08c4dd933e18d3134ce2f1bd3f70d.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable saga, nous avons laissé nos deux héros, l'Elfe jaune et Mömulc son ami, alors qu'ils étaient entourés d'une horde de spectres noirs sur les pentes du massif des Voirons, en Savoie. Un grand rire du diable venait de s'y faire entendre, et l'Elfe jaune avait frémi.

Sa foi en les anges qui brillent parmi les étoiles seule put le soutenir, dans cette entreprise qu'il avait initiée. Mömulc cependant n'en eut cure, et ne fit que s'en mettre davantage en colère – ne fit qu'avoir davantage envie d'en découdre. Aussi, dès que d'autres ombres, munies de leurs piques noires sortant de leurs bouches, tentèrent de l'atteindre et de le blesser, se jeta-t-il sur elles en tenant haute sa grande hache d'or.

Ce n'est pas, naturellement, qu'elle pût les tuer; mais son métal précieux et béni pouvait les découper assez pour les empêcher de se reformer, et leur infliger une étrange souffrance – donc d'une façon durable les mettre hors de combat. Sous la poussée de son assaut elles reculèrent. Mais bientôt, plus nombreuses encore revinrent-elles, constituant une masse, une marée sombre entourant l'or et les joyaux luisants de son armure – et de même pour l'Elfe jaune, astre brillant parmi l'obscurité de ces nuées noires.

Cependant, le premier disciple de Captain Savoy avait une arme décisive, contre eux: sa faculté de téléportation. Car il l'utilisait en passant derrière le voile de la matière. Or les ombres, si terrifiantes dans l'espace physique, n'étaient là que des souffles sans consistance, que l'Elfe pouvait faire fuir en se contentant de battre l'air de ses mains, comme s'il leur livrait des soufflets, ou du moins des coups de poing. Dans ce monde parallèle, les ombres terrifiantes étaient semblables à des hommes faibles et osseux, au dos courbé et décharné, patauds et lents, et on pouvait les battre aisément, si on osait s'y rendre, et si on était à même joud.jpgd'y garder son corps, d'y conserver le cristal de ses membres. Or, c'était le cas de l'Elfe jaune, qui pouvait disposer d'un corps d'arc-en-ciel, d'un corps cristallin, transparent et léger aux yeux des mortels, mais puissant et fort dans le monde éthérique.

Aussi les monstres, sous son attaque de feu, ne tardèrent pas à fuir. En se traînant, en boîtant, elles qui pouvaient étouffer un mortel d'une seule main, et lui sembler rapides comme l'éclair, elles s'en allèrent loin de l'Elfe jaune, qui reprit bien vite du courage, en voyant le résultat de sa tentative de les prendre à revers depuis le monde élémentaire – car son succès était inattendu, pour lui, qui manquait à cet égard de foi, ou de connaissances secrètes. Il en rit, même. Pourtant, les ombres qui fuirent restaient dangereuses, car elles avaient prévenu Borolg, et annonçait l'arrivée d'ennemis plus puissants. L'Elfe jaune se garda de se réjouir trop longuement. Il reprit sa plaine matérialité et son corps d'homme fin et agile, et Momülc vint à sa rencontre en grommelant, satisfait d'avoir fait fuir les spectres. Car il s'en croyait le seul auteur, n'ayant pas vu, shasz.jpgde ses yeux épais, l'action de l'Elfe jaune, et croyant qu'il avait disparu et fui, pendant que lui combattait!

L'Elfe jaune lui sourit, mais lui resta sombre, et le disciple de Captain Savoy comprit. Alors il posa deux doigts sur le front du géant vert, et projeta sa pensée en lui. Momülc, aussi étrange que cela paraisse, s'éclaira aussitôt, en voyant ce qui était arrivé, et qui développait, il le saisissait maintenant, des images furtives, des éclairs qu'il avait aperçus, durant son combat, et non compris. Il les avait pris pour des mirages; mais ils étaient le reflet d'actions réelles, accomplies par son ami, et il sut qu'il n'avait pas combattu seul et que, grâce à ses pouvoirs, l'Elfe l'avait considérablement aidé. Son cœur aussitôt s'en épanouit.

Soufflant quelques instants, les deux amis du bien, sans craindre plus que cela ce que leur enverrait à présent l'atroce Borolg, reprirent leur marche vers la caverne où ce monstre tenait enchaînés les malheureux enfants de la vallée. Ils savaient, désormais, que leur entreprise ne serait point aisée, et que l'adversaire les attendait de pied ferme; ils savaient que Borolg leur tendrait de terribles emûches, leur jetterait de terribles défis qu'ils devraient relever, et qu'ils pouvaient en perdre la vie. L'Elfe jaune en tout cas en était 44d09fd28fd3f6cb598364ce9e23e8cc.jpgparfaitement conscient; car, vivant dans l'instant, et dans le feu de sa rage, Momülc ne s'occupait guère de l'avenir, attendant seulement de pouvoir agir.

Le premier ennemi ne tarda point à se montrer. Ailé, il ressemblait à une énorme chauve-souris. On le nommait, Acorlod, et il tenait à la main une masse d'armes noire et luisante qui projetait autour d'elle, quand il la faisait tourner, des flammes noires pleines de poison, à même de dissoudre dans le néant des êtres peu armés contre ce type d'attaques. Même Momülc avait tout à craindre d'un tel pouvoir. Sa peau pourrait-elle résister à ces jets, nul n'aurait pu le savoir. Mais l'expérience devait le révéler, et le lecteur en saura bientôt plus, à ce sujet.

Or ce monstre se tenait en face d'eux, et devant un rocher qu'un détour du sentier leur révéla. De lui s'exhalait un souffle sombre qu'on ne saurait décrire, sinon en disant qu'il éloignait toute clarté, toute couleur autour de sa personne. Ou les absorbait-il, vampire de la lumière? Il semblait aussi que ce fût le cas. Il créait des trous dans la matière, creusait des failles menant à un curieux abîme, chose étonnante à dire. Il était plus abominable que nulle chose au monde, vue auparavant par l'Elfe jaune. Jamais autant de malignité ne lui avait surgi au cœur, ni ne s'était manifesté à ses yeux.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à l'évolution de cette âpre bataille.

18/04/2019

Momülc et l'Elfe jaune et la bataille des Voirons

red eyes.jpgDans le dernier épisode de ce singulier récit épique, nous avons laissé l'Elfe jaune, disciple de Captain Savoy, et son ami Momülc alors qu'ils avaient décidé de se montrer à Borolg pour qu'il arrête de torturer les enfants du peuple sous prétexte de les contraindre à se dévoiler, parce qu'il supputait que les disciples de Captain Savoy souffraient dès qu'un enfant souffrait, qu'ils partageaient intimement ses peines.

C'était le cas, et l'Elfe jaune n'en dormait plus. Il ne lui était pas possible de faire autrement que de se montrer, de s'exposer. D'ailleurs, n'avait-il pas reçu sa formation et ses pouvoirs pour secourir le peuple savoisien dans le besoin, et lorsqu'il était victime de traitements atroces? À quoi bon rester caché? Ce que voulait Borolg, lui le voulait aussi! Il se montrerait donc, et le ferait en un beau coup d'éclat, en tâchant de sauver les enfants enlevés, même si, il le savait, c'était un piège, et si on l'attendait sur le chemin de cette libération. Mais l'Elfe jaune comptait sur ses pouvoirs, ainsi que sur l'étendue inconnue de la force de Momülc son allié, enfin il comptait sur la chance, et la bonne volonté des dieux, favorables sans doute à son entreprise, et qui enverraient leurs anges pour le secourir, s'il devait être secouru.

La nuit qui suivit sa décision, il médita, et, une fois le matin venu, il dormit. Il se réveilla alors que le soleil avait passé son point suprême. Et déjà un air de déclin s'emparait du jour, car on était maintenant proche de l'hiver, et l'œil de Dordïn se fermait tôt.

L'Elfe jaune se vêtit de son armure enchantée, et Mömulc fit de même. Lui n'avait point médité la nuit précédente; tout du long il avait dormi. Et, durant le matin, discrètement dans la forêt des Voirons il avait erré, épiant les gardes de Borolg et leurs allées et venues, se demandant, plus d'une fois, s'il devait les emmshin_planethulk_001_da__by_emmshin-db470u4.jpgattaquer tout de suite, ou attendre que l'Elfe jaune se réveillât. Finalement, prenant la bonne décision, il revint vers leur repaire, et quand les gnomes eurent ouvert la porte de rochers illusoires, il franchit le seuil de son logis, et vit que son ami était réveillé; il en ressentit une grande joie, car enfin ils allaient passer à l'action, et donner les coups qu'il brûlait de donner!

S'enquérant, dans son langage hésitant, de ce que son ami avait passé sa nuit à faire, celui-ci lui répondit qu'il avait médité et prié, et qu'il était entré en contact avec les anges protecteurs du pays, et les êtres qui vivent dans les étoiles, afin de s'attirer leurs bonnes grâces dans ces moments difficiles, et les combats qui allaient suivre. Mömulc s'en étonna, mais ne dit rien. Il sembla demeurer un instant songeur, mais bientôt il prit dans sa main une grande hache au fil doré et à la garde ornée de rubis lumineux, et la joie se peignit sur son visage, ses lèvres s'ouvrirent sur ses dents serrées, et ses yeux flamboyèrent du désir des batailles.

L'Elfe jaune était davantage rempli de componction, et ses gestes lents disaient sa piété, et qu'il espérait accueillir en lui le bon ange des combats, celui-là même qu'avait accueilli en son âme au temps jadis le Comte Vert, premier des héros, et qui s'était servi de ses membres et de ses pensées pour accomplir les desseins des Dieux. Il voulait faire de même, et n'agir que par le divin en lui, prêter ses membres aux armes du Seigneur cosmique. Mais le pourrait-il? La peur, la colère, l'orgueil ne l'empêcheraient-ils pas? Il ne le savait, encore. Car, à son souvenir, il n'avait point, de toute sa vie, entrepris une action aussi risquée.

Ils sortirent par l'arrière de leur maison, contournant le bloc de rochers qui les cachaient, et gagnèrent directement la forêt des Voirons, protégés par une tonnelle enchantée que jadis les fées de Vouan avaient offerte aux gnomes de Boëge, utilisée par eux pour se déplacer sans être vus: car tel était leur besoin, lorsqu'ils voulaient diriger le monde des rocs. Mais elle n'allait pas plus loin que la forêt des Voirons, où tout charme des fées s'était dissous sous l'influence délétère de Borolg.

Là, le sanglier à tête d'homme sans partage régnait et, quoique les arbres fussent nombreux et, en apparence, dussent les dissimuler au regard, les deux alliés de Captain Savoy n'étaient plus protégés par rien, étaient totalement exposés. Car les arbres cachaient, eux, des ombres maléfiques au service de Borolg, âmes damnées de temps fabuleux, et passées à l'Ennemi depuis nombre d'éons. Elles allaient, furtives, sans forme claire et l'œil rouge, et leur étreinte glacée était mortelle, pour tout être non préparé à leur rencontre.

L'Elfe jaune l'était, Mömulc ne l'était pas. Mais le premier comptait, pour le second, sur sa force spontanée, et le feu vert qui était en lui, et venait des sylphes de la pile de Meyrin, qui l'avaient transformé, à l'époque où il vision2.jpgn'était encore que Mirhé Maumot, simple professeur du collège local.

Dès qu'ils furent sortis de la tonnelle tissée de rayons de Lune mêlés de rayons de Mercure et de Vénus, les deux hommes virent venir vers eux, furtives et peureuses d'abord, s'éloignant à leur approche, plus hardies et plus nombreuses ensuite, tâchant de les piquer de leurs langues noires, les ombres terrifiantes. Les entourant et les houspillant, prenant une assurance satanique, et du plaisir à les tourmenter et à leur infliger de la souffrance, elles se montraient toujours plus oppressantes. Et ce qui est pis, l'Elfe jaune le savait, Borolg pouvait voir à distance par leur œil rouge, elles étaient comme des espions, pour lui, et lorsque Mömulc abattit sa hache sur l'une d'entre elles et qu'elle fut coupée en deux, son œil s'éteignant, la montagne trembla, sur ses bases, et on entendit un coup de tonnerre, qui résonna aux oreilles de l'Elfe jaune comme un grand éclat de rire, une manifestation de joie sardonique qui le fit involontairement frémir, car jamais il n'avait perçu autant de malignité, dans le monde.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode déjà long, pour renvoyer au prochain, qui exposera la bataille contre les ombres d'Orcolter.

13/02/2019

Momülc et l'Elfe jaune à l'abri des Gnomes protecteurs

Mom.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé nos deux héros alliés de Captain Savoy, alors que, cherchant à entrer dans Boëge tenue par les hordes du vil Malitroc, le plus rusé d'entre eux, l'Elfe jaune, venait d'abattre un des fils de Borolg, l'homme-sanglier qui gouvernait la cité au nom du Malin sombre; et nous disions que la montagne des Voirons en avait tremblé, car le monstre à cette nouvelle (apprise aussitôt, car il était en lien télépathique avec sa progéniture) s'était agité dans son antre.

À peine vit-on, dès lors, Mömulc bondir par dessus le mur noir et, en passant, parce qu'il rasait son sommet, saisir à dessein un autre fils de Borolg (celui qu'on appelait Torltüc) et l'envoyer, par le cou, sur le toit d'un immeuble, où il se rompit la tête; et de nouveau la montagne trembla, et jusqu'au sol de la ville. Une maison, au bord de la Menoge, s'effondra, qui était trop ancienne. On eut beau, sur le mur, jeter des flèches de feu sur Momülc, il disparut au loin, par-delà les maisons situées au nord de la ville sur la route de Burdignin, et nul ne put le retrouver. Apparemment, nul trait ne l'avait touché. On en avait bien vu un l'atteindre à l'épaule; mais s'il en résulta une gerbe d'étincelles, Mömulc ne parut en être en rien blessé, ni ralenti dans sa course.

On ne savait, dans la ville, ce que les deux héros étaient devenus. On chercha partout, on rompit mille portes, mais on ne put découvrir où ils s'étaient cachés. Car voici! un sort avait été tissé, à la demande de l'Elfe jaune qui les connaissait bien, par les gnomes protecteurs de la maison, et les Mauvais, dès qu'ils s'en approchaient, étaient irrémédiablement détournés de son entrée, devenue soudain secrète, par des leurres qui les entraînaient ailleurs, et prenaient la forme de rochers qui n'étaient point présents. Le repaire de l'Elfe jaune était caché dans ces rochers illusoires, recouvrant de leur rideau enchanté la maison obscure de Mirhé Maumot, qu'avait dwarf.jpgconstruite au siècle précédent un certain Paul Gavard. Tel était l'art des gnomes protecteurs, devenus les amis et les serviteurs de l'Elfe jaune, dès qu'ils le virent!

La fureur de Borolg et donc de ses fils fut sans limite. Il en advint des choses atroces. Je vais maintenant vous les raconter, aussi douloureuses soient-elles.

Persuadé que le peuple de Boëge dissimulait sciemment les deux compères, qu'ils étaient leurs complices, et imaginant, dans sa folie, qu'il se tramait contre lui des complots dans l'ombre, il avait fait emmener par ses troupes, pour lui servir d'otages, toutes les premiers nés des familles, garçons ou filles, s'ils n'étaient pas pubères. Et il tenait ces enfants dans sa gigantesque grotte, enchaînés à des parois humides, et menaçait de les tuer si on le lui livrait pas les meurtriers de ses fils. Comme nul ne savait où ils étaient, les mères pleuraient, et les pères étaient stupéfaits, abasourdis, perclus de douleur, et les gémissements et les pleurs se faisaient entendre dans tout Boëge.

Borolg ne mit pas, en vérité, sa menace à exécution, car il craignait la haine des parents lésés. Il se contenta, pendant un certain temps, de maintenir enchaînés les pauvres enfants. Mais il accomplit alors une œuvre atroce, que je n'ose redire. Car il choisissait des garçons et des filles et, sans les tuer, les abîmaient, leur borolg.jpgfaisaient subir des sévices, et une douleur insoutenable s'était emparée de ces parents qui assistaient à ces tortures, ou du moins en entendaient les échos, et savaient de quoi il ressortait, car Borolg le leur avait fait dire.

Une fois, un père vint pour réclamer justice, et se plaindre de l'abjection de Borolg et des siens. L'homme-sanglier le regarda un instant sans rien dire, se leva, et, nul n'ayant le temps de voir quelle arme il avait manié, coupa la tête au malheureux homme d'un mouvement de son bras qui fut pareil à un éclair. La mère, présente, s'évanouit saisie de spasmes. On l'emmena en pleurant. On croyait la fin du monde arrivée. Il y avait partout, qui soufflaient, des vents d'Apocalypse.

Entendant, cachés derrière leur voile de rochers illusoires, les plaintes des habitants de Boëge, l'Elfe jaune et Mömulc s'émurent. Même le second, en effet, avait assez développé sa conscience pour saisir les chagrins et la douleur des hommes, s'il n'avait pas encore les moyens d'en saisir toutes les causes. L'Elfe jaune décida de se montrer et, expliquant à Mömulc ses raisons, le monstre vert que vêtait une armure d'or acquiesça à son projet.

Il se doutait, en vérité, que Borolg ne croyait pas réellement que le peuple les protégeât, lui et son ami géant; il était possible qu'il eût une stratégie, qu'il voulût contraindre ces héros à se montrer, pris de pitié pour les mortels qu'il tourmentait. Car, ayant deviné, à leur mode d'action, qu'ils étaient des alliés voire des disciples de Captain Savoy, et ayant reçu tous les enseignements nécessaires sur celui-ci de la part de son maître Malitroc, il savait qu'ils ne pouvaient pas laisser souffrir les gens ordinaires, que chaque deuil infligé à ceux-ci leur était à eux aussi une souffrance, leur âme étant liée au peuple de façon indéfectible.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode noble. La prochaine fois, la bataille pour récupérer les enfants enlevés commencera!