24/10/2017

Momulk et l'Elfe jaune dans le monde des hommes

4526ae05ea850ae6f097558e763edf1d.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Elfe jaune alors qu'il requérait d'amour l'immortelle Amariel et que celle-ci lui ayant déclaré qu'elle ne pouvait, malgré son désir, répondre favorablement à sa demande, il insistait en s'enquérant d'une solution possible.

- Hélas! répliqua la belle immortelle, si seulement je t'avais tout dit! Mais encore est-il d'autres difficultés. Je ne dois le sceptre du royaume de Vouan qu'à ma virginité. Nous sommes toutes vierges, ici. Les nymphes de Vouan ne peuvent se marier. La loi ne peut avoir d'exception que si des circonstances extraordinaires l'exigent, et encore invite-t-elle à de grands sacrifices, que je ne te puis redire.

L'Elfe demeura songeur, de nouveau, quelques instants, puis: Accorde-moi au moins un baiser, dit-il, ô Amariel! Puisque tu dis m'aimer, que t'en coûtera-t-il?

Et il s'avança. Mais Amariel recula, et brusquement leva les mains. Des étincelles de différentes couleurs jaillirent de ses doigts, se précipitèrent vers l'Elfe, et il en fut tout ébloui et désorienté, éprouva comme un vertige. Amariel s'en fut, sans un mot, mais il ne la vit pas, perdue qu'elle était à ses yeux dans la nuée d'étincelles teintées qui l'assaillait.

Lorsqu'il se dissipa, tombant à terre comme une neige et s'y fondant, elle était loin, et marchait rapidement.

Il la vit passer un petit pont de pierre par-dessus la rivière. Il la regarda sans bouger. Une vapeur argentée s'exhalait d'elle, comme si elle captait les rayons de la Lune et en reluisait de l'intérieur. Le cœur lui poignit: il l'aimait plus que toute chose au monde.

Elle s'en fut par l'autre berge, glissant sur le sol en laissant une vague trace lumineuse, à peine perceptible mais réelle, et disparut sous les arbres, dont la cime se dressait face aux étoiles à présent plus nombreuses. L'Elfe jaune reconnut, face à lui, les Gémeaux. Ils paraissaient tout proches. Il lui semblait presque voir des visages, autour des astres, et un contour, comme si leurs corps transparents se montraient, et que les étoiles fussent des joyaux à leur front.

Il ferma les yeux, huma l'air qui palpitait encore de l'odeur douce d'Amariel, puis, les rouvrant, se dirigea à son tour, en marchant lentement, vers le pont de pierre, qui avait une forme d'arche. Il le passa et longea la rivière sur la berge fleurie, sentant l'herbe mouillée du soir.

Bientôt, au détour d'un bosquet, il aperçut l'Arbre sacré de Vouan, Ëtolün, qui luisait du même éclat étrange que sa gardienne, comme s'il était fait d'un bois crû sur la Lune.

Il s'avança vers son pied, et Amariel était invisible; il n'y avait là que des nymphes de sa suite, entourant Momulk qui riait. Mû par un instinct obscur, il leva les yeux, et distingua, dans les branches d'Ëtolün, une c57ce861a47d8ee1f6f1451ff1aee142.jpgrobe transparente, ornée de perles, qu'il reconnut être celle de la femme qu'il aimait; mais elle disparut à son tour dans les feuillages.

L'Elfe jaune soupira, et se rapprocha de Momulk et de sa troupe d'admiratrices, ou de femmes qui feignaient de l'être, du moins. Tous étaient assis à terre, sur la pelouse, et Momulk articulait des mots, et cela faisait rire les fées, et lui aussi riait. Puis, l'une d'elles le fit taire, et raconta une histoire, qu'il écouta, et sur laquelle l'Elfe jaune eut le plus grand mal à se concentrer, mais qui fit rire de plus belle toute la troupe. Il était question de Mülih et de Dorlam, princes de l'est, et de Saldur qui règne au sud, d'Olmer qui de l'ouest envoie ses feux, de Dartah au sourire de cristal, de Sapald le noble vieillard et sur eux tous planait, à entendre la nymphe, la sagesse de Vürnarïm, frère d'Alar et fils de Dordïn, mais surtout père d'Amariel.

Pendant ces récits, l'Elfe était allé s'asseoir dans le cercle, et s'était efforcé d'écouter, les noms lui rappelant plusieurs contes que lui avait faits Captain Savoy, mais sa pensée revenait sans cesse vers Amariel, et il ne retint que quelques bribes. Toutefois, l'atmosphère joyeuse du cercle lui arracha des sourires.

Il se demanda si Amariel le regardait, et, s'il avait pu la voir, il aurait effectivement constaté qu'entre les feuilles, de ses yeux brillants, elle le contemplait, un air incertain sur le visage, mêlé de tristesse et d'amour. Mais il ne la vit pas, et son doute demeura.

Des lanternes étaient suspendues aux basses branches de l'arbre, et elles éclairaient bien ceux qui étaient en bas aux yeux de ceux qui étaient en haut, mais au contraire éblouissaient ceux qui étaient en bas et, en se reflétant sur les feuilles vertes, les empêchaient de rien voir du sein d'Ëtolün, qui leur paraissait opaque. Cela empêcha l'Elfe jaune d'avoir le moindre indice sur ce que faisait Amariel, mais elle le vit parfaitement, sans qu'il pût s'en rendre compte. Elle finit néanmoins par quitter son poste d'observation, et, après un soupir, par se diriger vers ses quartiers privés. Elle gagne sa loge princière, et médita sur le passé, le présent, l'avenir, songeant à ce qui pourrait être, regrettant ce qui avait été, réfléchissant à ce qui était. Sa pensée s'en fut vers les dieux, et elle ferma les yeux, oubliant toute autre chose dans l'univers.

L'Elfe jaune et Momulk, pris dans le gai ramage des fées, se sentirent à leur tour glisser vers un pays de doux songes. Leurs paupières s'abaissaient, et les fatigues du jour et de leurs combats leur accablaient plus que jamais. Finalement, ils s'allongèrent, posèrent la tête sur des coussins amenés par les nymphes et, d'abord Momulk, ensuite l'Elfe jaune, ils s'endormirent.

Dès lors les immortelles se levèrent sans plus faire un bruit, et montèrent dans l'Arbre saint, pour rejoindre leurs sœurs et leurs loges, leurs chambres fleuries de l'Arbre saint. Un grand silence s'abattit sur Vouan, et 2fc02e56a7d6462d28c20f1c33f57152.jpgseules les sentinelles, guerrières aux yeux étincelants et à l'armure dorée, demeurèrent éveillées, aux aguets.

L'Elfe jaune se réveilla, une fois, voyant deux d'entre elles au loin, sur un tertre ou dans un arbre, et il lui sembla que les étoiles descendaient aussi à terre, et dansaient au-dessus du pré, en silence; mais il se rendormit aussitôt, comme s'il rêvait. Et peut-être était-ce le cas.

Lorsqu'il se réveilla une nouvelle fois, il faisait jour. Mais il n'était plus à l'endroit où il s'était endormi. Momulk était à ses côtés, et dormait toujours. Il regarda autour de lui, et se vit revenu dans la forêt de Vouan, près de l'endroit où il s'était battu avec ce géant vert. Les fées avaient dû les ramener durant leur sommeil, peut-être provoqué par des enchantements qu'il n'avait point vus. Il faisait frais, et les clartés du monde ordinaire étaient agréables, mais n'avaient pas les qualités de celui qu'il avait quitté.

Cependant, ô chers lecteurs, il est temps de laisser là cet épisode, et d'annoncer pour une prochaine fois la suite de ce récit, et la manière dont agiront nos deux héros, à présent qu'ils sont revenus dans le monde ordinaire, et s'ils comptent rejoindre Captain Savoy dans sa base du Grand Bec, et comment ils s'y prendront, pour ainsi faire.

23/08/2017

Le désir de l'Elfe jaune

fast.jpgDans le dernier épisode de cette mélancolique série, nous avons laissé l'Elfe jaune et la belle Amariel alors qu'ils se retrouvaient après un sommeil visionnaire du premier. Ayant surgi de l'ombre bleue d'un bosquet, la seconde se dirigeait vers lui, et les deux se fixèrent des yeux tendrement, mais brièvement.

Parvenue à sa hauteur, elle lui mit la main sur le cœur, et il battait avec force; elle dit, de sa voix douce: Remets-toi. Rétablis-toi. Viens.

Elle n'avait que murmuré et pourtant, aux oreilles de l'Elfe, cela avait été comme un coup de tonnerre dans le silence du soir.

Secouant sa torpeur, il demanda dans un souffle: Qu'est-il arrivé? Elle répondit: Je ne saurais le dire.

Ou ne le voulait-elle pas? La pensée traversa l'esprit de l'Elfe jaune.

Viens, répéta-t-elle. Nous allons rentrer.

Mais auparavant nous passerons par un endroit que j'aime, et que je voudrais te montrer.

Elle lui prit la main, et l'attira vers les arbres. Ils passèrent dessous, et elle lui lâcha la main, comme si elle ne l'avait tenue que pour tirer l'Elfe jaune, mais il tint à reprendre la sienne, et elle se laissa faire, en émettant toutefois un petit rire.

Elle le tirait toujours, et il semblait à l'Elfe qu'ils passaient dans des lieux mystérieux, qu'il n'avait jamais vus, et qui semblaient plus annoncer qu'ils ne montraient. Une tonnelle se tint au-dessus de leurs têtes, et elle avait de grosses fleurs blanches qui semblaient luire dans la pénombre, mais d'autres plus petites étaient rouges, jaunes, bleues et violettes. La vue en était magnifique et l'Elfe jaune était étonné de les voir si aisément, alors que la nuit tombait, que le ciel occidental achevait de rougeoyer, et que la lune n'était pas encore apparue. Il lui parut qu'une luminescence secrète était répandue dans le lieu enchanté.

Comme il était émerveillé et que ses yeux brillaient, Amariel se tourna vers lui en souriant, et il rougit; puis elle se retourna, pour continuer son chemin, et la retenant, il lui mit la main sur l'épaule. Elle s'arrêta en baissant la tête, et lorsqu'il voulut l'embrasser, elle détourna le visage pour que cela fût impossible. Il réessaya, mais elle demeura ferme.

Soudain, elle se dégagea et s'élança, courant ou allant aussi vite que si elle courait; car l'Elfe ne voyait guère ses jambes se mouvoir: à peine semblait-elle marcher. Mais sa vitesse était phénoménale, comme si elle glissait sur l'air, et, de fait, en celui-ci, entre ses pieds et le sol qu'ils ne touchaient pas, de fines étincelles s'allumèrent, comme si un feu mystérieux la portait.

Il tenta de la suivre, mais, malgré sa rapidité, il ne gagna pas un pouce sur elle. Il se téléporta donc, comme il en avait le pouvoir, en se mettant devant elle et en lui faisant face. Mais on était sorti de la tonnelle, et on se trouvait au bord d'une rivière, qui scintillait à la clarté des premières étoiles. Elle changea de direction instantanément, sans effort apparent, et l'Elfe jaune ne put la saisir: elle allait trop vite pour ses bras mêmes - pareille à une étoile filante.

Il tenta deux fois encore ce procédé, mais il échoua.

Il était épuisé. Il s'appuya contre un arbre. Il n'eut que la force de l'appeler, demandant pourquoi elle ne voulait pas de son amitié, ou pour mieux dire de son amour! Devant lui, elle s'arrêta, luisante sous le feuillage qui faisait un dais au-dessus de la rivière. Ses yeux brillants le regardaient. Elle parla, et dit qu'il ne devait pas chercher à la saisir contre son gré. Il se tint coi, et elle avança vers lui, lentement et usant cette fois matériellement de ses jambes. Elle avait dû utiliser un enchantement, auparavant. L'Elfe vit que ses mains étaient pleines d'un feu étrange, qui peu à peu s'éteignait. S'en était-elle servie pour se suspendre au-dessus du sol? C'était très vraisemblable. Captain Savoy lui avait parlé de tels pouvoirs, parmi les immortels de la Terre.

Une fois plus proche, Sache, ajouta-t-elle, ô homme insolent, ô hardi mortel, qu'il ne m'est point permis de me marier, ni de connaître les joies de l'amour! Et souviens-toi que tu as toi-même une mission! Captain Savoy ton maître avait prévu que tu pourrais m'aimer. Et, je ne dois pas te le cacher, quand il me peignit tes immenses vertus, il me sembla que je t'aimais aussi. Je me fis une image de toi qui n'avait rien que de très flatteur, et tu te réjouiras peut-être en apprenant que de t'avoir rencontré ne m'a pas fait changer d'avis. Mais pour le moment cet amour est impossible. Le lit conjugal m'est proscrit pour un long temps encore, et Captain Savoy m'ayant 5eebb5b04d517c742262e9889b445883.jpgfait jurer que je ne te détournerais pas de ta mission, il l'est en particulier avec toi! Les flambeaux ne pourront pas, avant de nombreuses années, éclairer nos pas posés en cadence, ô Elfe! Les anges nuptiaux n'ont pas encore, sois-en sûr, fixé le jour de leur chant harmonieux, qui portera nos deux noms noués ensemble. Aucun arbre ici n'a tressé de couronne, pour nous, ni aucun dieu caché, aucun nain, aucune nymphe! Ils sont immobiles, attendant que je te renvoie à ton maître pour qu'en compagnie de Momulk rédimé tu le secoures contre Malitroc. Car les choses sont telles qu'ils lui obéissent à lui, et ne me servent que si je lui suis fidèle en parole. Les dieux n'ont-ils pas fait de lui le maître de toute la Savoie, quoiqu'il n'ait été qu'un mortel, avant sa métamorphose? Cela peut te faire saisir quelques secrets du temps, ô Elfe!

À ces mots, l'Elfe jaune demeura quelques instants interdit. Ses yeux étaient sombres, et ses joues pâles. À la fin il s'écria: Vraiment, n'y a-t-il pas de solution?

Mais il n'est que trop temps, ô lecteur, de laisser cet épisode. La prochaine fois, nous saurons tout de ce que répondit Amariel à l'Elfe jaune.

18/06/2017

Les révélations célestes de l'Elfe jaune

mil.pngDans le dernier épisode de cette mystérieuse série, nous avons laissé l'Elfe jaune, ami de Momulk, alors qu'il avait une suite d'étranges visions. La dernière avait été celle d'un immense tapis de pierres précieuses ayant remplacé le lac étendu jusque-là devant lui.

Une dame s'y tenait, debout, et sa robe aussi était couverte de pierreries. Sa beauté et sa majesté étaient sans limites. Elle avait néanmoins un regard sévère.

Elle leva le bras vers l'Elfe jaune, tandis qu'il gardait le sien tendu devant lui. Les deux mains parurent se rapprocher, et quand l'Elfe crut qu'elles allaient se toucher, un éclair surgit, un coup de tonnerre se fit entendre, une obscurité s'imposa, et l'instant d'après il se vit sur la berge, allongé; tout avait disparu. Le lac était revenu à sa place, et la cascade coulait toujours.

Lui-même tenait encore sa main levée. Les derniers rayons du soleil se jouaient entre ses doigts; car il se couchait. Les flots reflétaient aussi ces ultimes lueurs, se couvrant d'or.

L'Elfe regarda vers la fontaine, et son flot continu lui donna l'idée d'un don inépuisable, et le son de la cascade l'apaisa, comme s'il devait durer éternellement. Un écho mystérieux en naquit dans son âme, et il eut en lui l'image de mains qui dans l'eau créait les choses solides, les modelant en pénétrant le lac; il crut saisir un secret profond de la formation des choses.

Une volonté divine brilla à ses yeux dans la cascade: un perpétuel miracle se jouait en elle.

Et il sut, instantanément, qu'elle avait pour source un lac céleste, situé plus haut. Là, se souvenait-il soudainement, le palais de Dordïn, prince des dieux, se dressait sur une berge d'émeraude, et des vagues charriaient des étoiles jusqu'à ses murs blancs. Car le lac était comme une mer, mais son eau était pure et douce, elle ne contenait nul sel.

Néanmoins, une faille existait, en contrebas de la rive, par où le lac s'écoulait goutte à goutte. Et à la mémoire de l'Elfe jaune, revint la vision du trou creusé par un être god-of-war-ascension-artwork-4.jpgodieux, rejeté par les dieux et voulant se venger. Alar, le fils de Dordïn, l'avait chassé, et Vurnarïm son cousin avait pu le reboucher pour l'essentiel, mais il demeurait une fissure, dans la terre qui servait de lit au lac.

Dans l'obscurité de cette faille coulait goutte à goutte l'eau sacrée, et comme de tout mal il est un bien, elle semait sur son passage des étoiles, et la voie qu'elle suivait était pareille à du lait; ainsi l'avait-on appelée la Voie Lactée.

D'aucuns divins marins, avait su l'Elfe jaune, purent depuis remonter ce courant, regagnant le pays des dieux! On disait que le Génie d'or, notamment, l'avait empruntée plus d'une fois, ayant reçu l'autorisation de rentrer au pays divin, et de revenir aussi sur Terre. Dordïn même la lui avait fait donner, par l'intermédiaire d'Ithälun sa petite-nièce, princesse en la Lune d'argent.

Mais qui avait révélé ces choses à l'Elfe jaune? Était-ce Captain Savoy? Il n'en avait aucun souvenir. Cela lui avait-il été dit durant son initiation, et son séjour dans une grande lumière, dont il lui restait peu de traces en l'esprit? Il n'eût su le dire. Cependant ces choses lui revenaient, et il les savait. Le Génie d'or n'était pas toutefois un simple souvenir: il l'avait rencontré, en compagnie de Captain Savoy son maître, un jour qu'ils s'étaient rendus à Paris. Une amitié était née entre eux, mais ce n'était point à ce moment que Solcum le Docte avait révélé ses origines et ses prérogatives; à cet égard il était resté mystérieux, et Captain Savoy, qui semblait en savoir long, ne lui avait rien dit non plus, durant la visite même. D'ailleurs les deux êtres avaient échangé sans parler, ou en parlant peu: ils se regardaient, et se comprenaient, comme si leurs pensées étaient acheminées par leurs yeux. Sans doute était-ce le cas: Captain Savoy, il le savait, avait de tels pouvoirs. Souvent, il lui avait parlé à distance, ou, proche, sans ouvrir la bouche. Le Génie d'or devait le posséder aussi. Après s'être regardés ainsi, plusieurs fois les deux héros avaient souri, et le Génie d'or était resté pour l'Elfe jaune et les autres disciples présents durant cette visite, un être mystérieux, dont il était difficile de rien savoir. Peu leur avait été révélé par leur maître, le gardien de la Savoie secrète. Mais à présent, la vérité sur sire Solcum lui apparaissait clairement, quoiqu'il n'eût su dire comment. Les reflets de la cascade lui en avaient-ils dit l'essentiel? Il avait le sentiment que cette connaissance oubliée remontait à plus loin.

Il regarda l'eau coulant dans le pays d'Amariel, une fois encore. Son éclat fr.pinterest.com.jpgétait lustral. Elle était douce, légère, et son son était pur, musical et chantant, argentin. Il l'admira infiniment.

Il se demanda soudain où était Amariel, qui l'avait accompagné jusqu'à cette rive. Il la chercha des yeux; nulle part elle n'était visible. Il réfléchit: combien de temps était-il resté inconscient? s'était-il endormi? avait-il rêvé?

Un feuillage derrière lui bruissa. Il se retourna. Amariel apparaissait dans une ombre bleue, sous les arbres. Elle luisait, comme si un feu intérieur l'éclairait. L'Elfe sentit son désir s'enflammer, éclater son amour. Il la trouva plus belle que nulle chose au monde.

Il demeurait immobile, n'osant point bouger. Elle s'arrêta un instant, le fixant de son œil clair. Lisait-elle dans ses pensées? Disposait-elle du même pouvoir que Captain Savoy?

Ils se regardèrent, et l'Elfe jaune, devant l'ardeur scintillante du regard de l'immortelle, sentit son cœur défaillir. Il baissa les yeux, et ses genoux tremblèrent. Mais il se reprit, et releva les yeux. Elle le regardait toujours. Elle sourit, et lentement, comme si elle glissait sur l'herbe, s'approcha de lui.

Ô lecteur, sur ces mots il est temps de laisser là cet épisode, et d'attendre le suivant, dans lequel l'Elfe jaune osera demander à Amariel sa main.