11/06/2020

Voie salésienne du suprasensible à l'Université

00000000000000000000000000000000000000000000000000.jpgUn échange avec un éditeur pour éventuellement publier un texte m'a amené à me replonger dans ma thèse, et notamment le chapitre sur la pensée de François de Sales relative à l'appréhension, par l'âme, du monde divin. Contrairement à des mystiques plus ardents, plus ambitieux (et plus orgueilleux, sans doute), François de Sales prônait la voie imaginative: le premier pas vers Dieu était de se représenter les mystères accessibles à l'entendement, tels que la Bible les avait dépeints. Il proposait plusieurs méditations sur l'autre monde, le paradis, l'enfer, la naissance, la mort, le jugement, l'ange gardien, et ainsi de suite. On pouvait se lier à Dieu par l'imagination vive, affirmait-il.

Mais il y avait plus. La volonté divine se reflétait dans le monde créé et, par la voie des comparaisons et similitudes, la contemplation du second pouvait amener à la compréhension du premier, si du moins on se remplissait d'amour. Par l'amour, on entrait en relation avec la divinité, et on saisissait intuitivement ses mystères.

Cela amenait à avoir du monde sensible une conception symbolique qu'on retrouvera chez Baudelaire: les apparences sont des signes.

Cette vénération des images était dite liée à la rhétorique tridentine, ou baroque, et Georges Gusdorf liait le Baroque au Romantisme; or, on m'avait dit, au début de mon travail de recherche, de 000000000000000000000000000000.jpgm'appuyer sur lui, Georges Gusdorf. Par ailleurs, Friedrich Schlegel liait profondément la poésie à la mythologie – exploration imaginative du monde suprasensible. Et Gusdorf affirmait que c'était là l'essence du Romantisme, et que les Philosophes de la Nature tels que Schelling exploraient imaginativement, par la voie des analogies et correspondances, les secrets de l'univers – le monde des causes divines.

Je trouvais que le lien avec François de Sales était patent, et je le confirmai, dans ma thèse, par les idées de Rudolf Steiner, qui présentait sa démarche comme un aboutissement du romantisme allemand – de celle de Goethe, de Novalis et de Schelling. Il s'agissait aussi de mythologie, d'un certain point de vue – dévoilant les secrets de la nature.

Relisant tout cela, j'eus une lumière, et compris que ce chapitre en particulier avait fait bondir mon directeur de recherche, qui y a fait allusion à répétition lors de la soutenance, niant qu'il y eût le moindre rapport entre le Baroque et le Romantisme, ou entre le Romantisme et Rudolf Steiner. Ironisant sur ce que j'essayais d'apporter pour illustrer les liens que moi je voyais. C'était tout bonnement scandaleux, à ses yeux.

À cette réaction excessive, je vois deux causes possibles. La première est que le Romantisme est intégré aux études universitaires laïques, et que le baroque salésien et l'anthroposophie de Rudolf Steiner ne le sont pas. Pour le justifier, il faut couper le lien préalablement à tout examen, et interdire d'essayer de l'établir. La seconde cause est plus viscérale – rejeter aux marges à la fois François de Sales et Rudolf Steiner ressortissant à quelque chose de plus profond que la politique des études. François de Sales donnant la méthode pour pénétrer consciemment le monde spirituel révulsait d'emblée, suscitait un rejet spontané, parce que cela fait peur; l'esprit volontiers chavire, face à cette perspective. Il est plus rassurant de se dire 0000000000000000000.jpgque l'entendement ne peut pénétrer les mystères. Beaucoup, en tentant de les pénétrer, sont devenus fous, dit-on; et mieux vaut rester sain d'esprit.

Mais François de Sales était bon homme, et sain d'esprit.

Le débat de soutenance a fini par se focaliser sur ce sujet. La conception de la littérature en découlait tout entière. Pour moi, elle exprime poétiquement le monde spirituel. Pour mon directeur de thèse, elle n'était pas cela: elle était faite pour exprimer les mille nuances du psychisme humain. Il était disciple de Freud. Il me rappelait, pendant cette soutenance, ce qu'était vraiment la littérature. Je lui répondis que c'était sa conception; mais que moi j'avais la mienne: ce que les auteurs élaborent imaginativement manifeste le suprasensible, et l'ambiguïté de mythologies qui renvoient à la fois aux sentiments de leurs auteurs et aux dieux dont elles parlent est le fond de la littérature, et de l'art.

Entendant cela, mon directeur de thèse fit mine de se cogner la tête sur la table qui était devant lui. Le point de vue qu'il défendait n'était-il pas celui de l'université entière? Et peut-on faire une thèse de doctorat si on ne l'a pas adopté?

Il m'avait reproché de ne pas respecter les règles universitaires; la première et principale règle que je ne respectais pas, peut-être, c'était l'adoption de cette doctrine.

L'Université présuppose qu'on ne peut ni ne doit s'occuper du monde suprasensible, jugé impossible à connaître – si même il existe: c'était l'opinion d'Emmanuel Kant, et on y est resté. Mon directeur de thèse m'avait de toute façon déclaré qu'il était athée. Mais je ne le suis pas; et je pense, comme les auteurs dont je parlais, François de Sales et Joseph de Maistre, qu'il est possible de connaître le 000.pngsuprasensible par le biais de l'Art: la voie imaginative me paraît bonne.

L'évêque de Genève a été clair, sur ce point: il a défendu la peinture religieuse comme amenant l'âme à mieux connaître Dieu – à entrer dans sa sphère. On sait qu'il utilisait les figures poétiques abondamment, et certains esprits petits ont prétendu que c'était pour séduire ses ouailles, comme un marchand le fait par la publicité; mais François de Sales a été clair sur ceci, que l'art, les figures, les métaphores, amènent l'âme vers le Suprasensible, où Dieu se fait sentir en présence et en substance – et que c'est à ce titre que la poésie est importante. Il préfigurait André Breton et le Romantisme, Victor Hugo et le Surréalisme – même s'il n'avait rien, comme eux, d'un rebelle à l'autorité traditionnelle.

L'Université devra un jour en tenir compte, si elle ne veut pas être dissoute par l'Histoire.

07/03/2020

Temps raccourci des rêves, mondes obscurs

sed.jpgJ'ai évoqué il y a dix-sept jours les récits dans lesquels le temps chez les elfes ou les anges passe mille fois plus lentement que chez les hommes mortels – récits anciens et traditionnels – mais cela m'a fait me souvenir de récits plus récents et réalistes dans lesquels au contraire le temps du monde fabuleux passe plus vite: les mortels qui y sont plongés ont l'impression d'avoir vécu des années, et ils reviennent – et il ne s'est écoulé que quelques minutes, le temps d'un rêve. Nous savons tous que c'est une fréquente expérience du sommeil.

Sages étaient les mages qui créèrent les histoires dans lesquelles les hommes ne sont que des rêves d'anges – puisque leurs longues années ne sont que quelques minutes de la vie des êtres célestes. C'est simplement conforme à la logique, et l'expérience du rêve n'a pas alors été le point de départ d'un récit fabuleux, mais d'une méditation animée de plus de de profondeur, et d'intuition sur ce que nous sommes face aux dieux!

Mais il faut avouer que les récits dans lesquels l'être humain croit vivre de longues choses qui se révèlent n'avoir duré que quelques instants ont un aspect directement saisissant, puisqu'ils ressemblent directement à nos rêves. Je pense en particulier aux magnifiques Chroniques de Thomas Covenant de Stephen Donaldson. On se souvient que son héros est projeté dans un monde autre, dans lequel vivent des géants, des immortels, un diable, des mages, et des sortes d'elfes orgueilleux et étranges; et puis il revient, et seulement quelques minutes se sont déroulées, à sa grande surprise: car dans l'autre monde cela avait duré de nombreux mois.

Il y a encore quelque chose de cela dans l'également très beau Inland Empire de David Lynch: au début, l'héroïne a une pensée, dans laquelle elle s'enfouit. Puis elle vit des choses incroyables, dans inland.jpglesquelles elle se confond avec une autre femme, comme elle actrice, et traverse le temps; elle se voit elle-même à un autre moment de son aventure, et ne sait plus quand elle tourne son film ou quand ce qu'elle vit est réel. Enfin l'image revient à ce qu'elle était au début, sur son canapé – mais plus belle, plus jeune, plus rayonnante. Tout cela n'était qu'une méditation au cours de laquelle son âme s'était arrachée au temps et à l'espace, et avait pénétré des mondes mystérieux. Mais pour Lynch, ce ne sont pas des hallucinations simples, la méditation a réellement cette vertu de faire traverser le temps et l'espace à l'esprit. Seulement, désorienté, coupé du monde physique ordinaire, il ne comprend pas toujours, voire pas souvent ce qu'il vit. Il distingue également, sous la forme d'hommes ordinaires, des entités spirituelles puissantes, et l'image montre satan g.pngassez clairement le diable demandant à Dieu la permission de tenter une femme, comme dans le Faust de Goethe, ou le Livre de Job. Mais cela ne se passe pas au ciel, plutôt chez les Tsiganes de Pologne, et ils sont habillés comme vous et moi, et vivent dans des lieux normaux.

Le lien avec le rêve est patent, et c'est poignant. Toutefois, ce n'est rien moins que clair, contrairement aux récits mythologiques qui présentaient des mortels se rendant au pays des dieux – lesquels vivaient mille fois plus longtemps, et pour qui la vie humaine n'était qu'un songe!

J'ai demandé par lettre à S. R. Donaldson si le monde dans lequel tombe Thomas Covenant était en fait un passé mythologique de l'Amérique. Il m'a dit non. C'est un monde essentiellement intérieur, symbolique, renvoyant à l'âme d'un homme. Et si les forces qui y agissent sont réelles, c'est dans le sens où les forces morales sont pour lui réelles. Il est d'ailleurs troublant que, dans la troisième série de ces Chroniques de Thomas Covenant, le diable s'incarne physiquement dans le monde ordinaire, comme si la force morale qu'il représente était une réalité objective: il y a quelque chose de cela dans Twin Peaks, la série de David Lynch. En revanche, pas de géants ou d'elfes dans le monde ordinaire, pour Picture 20.pngDonaldson – ni d'anges. Il est curieux que pour la plupart des auteurs modernes de fantasy, même avec de fortes tendances spirituelles – même avec une spiritualité riche, comme c'est le cas pour Lynch et Donaldson, il n'y ait pas la possibilité, à leurs yeux, de disposer d'anges dans le monde physique – ou qu'il n'y ait guère cette possibilité. Maintenant que j'en parle, je me souviens que dans Twin Peaks: Fire Walk With Me, un ange délie une femme qui, menacée de mort, promet de se purger de ses péchés, si elle est délivrée. Elle s'enfuit, et échappe à la mort, mais tombe en catatonie. Au moins elle ne se prostitue plus, clouée sur son lit...

Quelle peut être la signification de ces récits modernes dans lesquels il y a des mondes dans lesquels le temps passe plus vite? Ils ont aussi un sens spirituel et symbolique, mais au lieu qu'il s'agisse de mondes supérieurs, il s'agit de mondes inférieurs, dans lesquels seules les passions, sans doute, se manifestent. Il existe bien un monde dont les habitants sont aux hommes ce que les hommes sont aux anges: celui des êtres élémentaires. La mich.JPGGrande Garabagne de Henri Michaux en est un reflet.

L'expérience de Thomas Covenant ou de l'héroïne d'Inland Empire est comme une plongée en enfer, dans les profondeurs inférieures et intimes de l'être humain, dans un inconscient freudien dont les forces sont objectives, liées à des entités obscures et autonomes.

Cela me rappelle un mot de Rudolf Steiner selon lequel il y a deux inconscients: le subconscient, situé dans la sphère élémentaire, et le supraconscient, situé dans le monde divin. Ces deux inconscients sont en eux-mêmes conscients: car, contrairement à ce qu'ont dit les matérialistes, les êtres spirituels disposent d'une pensée parfaitement claire. Le subconscient est d'abord lié donc au feu, dans lequel baignent les pensées humaines; mais précisément, cet élément reste proche ahriman-and-lucifer.jpgdu conscient. L'est moins l'air qui est en l'homme, et le rend semblable à l'animal, dans lequel il a une conscience comparable à celle de la bête. Là, dit Steiner, est la conscience de rêve. Est encore moins proche du conscient l'élément liquide qui vit en l'homme, et par lequel il est conscient comme l'est la plante, d'une conscience de sommeil profond. Enfin, tout en bas, la conscience la plus obscure à celle de l'homme est celle de la pierre, de l'élément solide, comparable à la mort. Au-dessous sont les démons, qui traversent les états de conscience inférieurs, et tendent à y régner. C'est dans ces strates obscures, brefs songes, que Donaldson, Lynch et Michaux nous plongent objectivement – parce qu'ils sont clairvoyants, et en même temps vivent dans une époque et une société matérialistes, qui ne regardent qu'au corps humain, qu'au sensible. Ils se contentent d'en saisir l'âme. C'est déjà beaucoup.

30/12/2019

Une belle tournée de Dame Hiver

rachel 01.jpgJe reviens d'une semaine passée en Savoie, après mon déménagement en Occitanie, et j'y ai participé à la création de spectacles originaux de contes de mon amie Rachel Salter, qui, sur la base d'une histoire des frères Grimm, a inventé un personnage qui a eu beaucoup de succès: Dame Hiver.

Tout de blanc vêtue, couronnée d'un diadème rempli de pierres précieuses, elle s'est elle-même mise en scène, évoquant les petites filles qui tombant au fond d'un puits venaient la voir. Elle s'est posée comme créatrice de la neige, et a fait rire en faisant jaillir des plumes d'un oreiller percé qu'elle demandait qu'on battît. Les responsables des lieux se sont montrés compréhensifs en aidant au nettoyage...

Dame Hiver a rivalisé avec bonheur avec le Père Noël. Élégante et belle, fine et superbe, elle se cristallisait dans le bleu étoilé de l'hiver et venait parler avec humanité aux enfants. Elle avait plus de rachel 03.jpgdignité et de magie que le vieux barbu à l'habit rouge, qui désormais est dépassé, figé dans sa tradition désuète. À la fin des spectacles, les enfants venaient se faire photographier avec elle, ou lui dire au revoir en l'appelant Dame Hiver!

Même quand elle ne jouait pas ce rôle, qu'elle se contentait d'être Rachel Salter narrant des contes écossais, elle a eu du succès et on m'a dit qu'elle aussi était une véritable fée, qu'elle appartenait au peuple dont elle racontait les histoires. Elle a ce don.

Le plus beau, pour moi, durant cette tournée, est qu'elle a donné l'occasion de créer un nouveau conte à partir de l'histoire de la Savoie. Je connaissais déjà Dame Hiver avant de quitter l'Occitanie: trois spectacles dans la région de Carcassonne me l'avaient révélée. En Savoie, elle a brillé davantage encore, mais il n'y avait pas de nouveauté radicale. Ce qui fut spécifique, c'est que Rachel Salter a créé cONTE VERT (2).jpgl'histoire enchantée du Comte Vert, Amédée VI de Savoie – l'a réécrite pour que le monde intérieur y soit présent, se manifeste sous la forme d'une fée-truie, accompagnée de ses serviteurs hommes-sangliers.

On se souvient, peut-être, qu'au dix-neuvième siècle, en Savoie, de nombreux écrivains ont réinventé la Savoie ancienne – faisant apparaître, dans les brumes médiévales, les êtres fabuleux qui dirigeaient la destinée. Cela s'est fait abondamment pour le Comte Vert, justement, puisque le poète Antoine Jacquemoud lui a consacré une sorte d'épopée, dans laquelle il assure qu'Amédée VI était l'ami intime de l'Archange des Combats, qu'il recevait de lui ses mystérieuses indications, par lesquelles il est devenu un héros.

De son côté, Jacques Replat a essayé de créer des romans inspirés par Walter Scott dans lesquels les comtes de Savoie étaient en lien diffus avec le monde spirituel. Il a en particulier consacré Le Sanglier de la forêt de Lonnes au Comte Rouge, fils du Comte Vert, et sans doute tué suite à une blessure reçue lors d'une chasse au sanglier. Mais cela fait aussi référence à un sanglier maudit, diabolique, affronté par le comte de Langin dans la forêt des Voirons, et dont Jacques Replat assure qu'après avoir été dérouté par celui-ci, il est parti errer dans la forêt de Lonnes (ou Lonnaz), près du château de Ripaille – où justement Rachel Salter a créé ce conte héroïque, cette petite épopée fabuleuse!

Car elle a narré que le Comte Vert avait rencontré une fée, dans cette forêt de Lonnes, et qu'elle lui avait fait des dons sublimes – remplaçant dans son histoire l'archange de Jacquemoud devenu plus humain et plus réaliste. C'est elle, assure-t-elle, qui a béni son anneau de saint Maurice, le transformant en objet enchanté, magique, fabuleux – et faisant de son porteur un véritable super-héros.

Et c'est en son honneur qu'il s'est vêtu de vert, car elle a un lien avec Vénus, qui a à son tour un lien avec le sanglier de la forêt des Voirons. Car on raconte que c'est parce qu'un temple de Vénus a été négligé au sommet des Voirons qu'un sanglier géant et fou est apparu, possédé par le diable, et qu'il a fallu placer, là où avait été le temple, un ermitage sacré – gardant l'entrée du monde spirituel existant en cet endroit –, et éviter qu'il ne crée du mal au lieu du bien. C'est Notre-Dame des Voirons, qui est une vierge noire.

À la mort du Comte Vert, advenue après qu'il a été rejeté par la fée parce qu'il avait fauté vis à vis d'elle, elle lui apparaît immense, comme Brünhilde apparaît, à peu près dans la même situation, à conteverdeblog.jpgSiegfried à sa mort – elle, la Valkyrie divine! Je parle bien sûr du Crépuscule des Dieux, l'opéra prodigieux de Wagner, dont Rachel Salter a su retrouver la force.

On sait peut-être que j'ai écrit une thèse de doctorat qui a fait plus ou moins scandale, consacrée à la mythologie créée en Savoie au dix-neuvième siècle autour de la dynastie et des traditions populaires des vallées de Savoie. Je ne cache pas regretter l'élan romantique de cette littérature qui osait transfigurer l'histoire pour en faire des épopées au sens propre – de la mythologie.

Il a existé un peu en Suisse, durant le vingtième siècle. Pour ainsi dire, elle a repris le flambeau de la Savoie. Charles-Albert Cingria a fait un livre magnifique sur La Reine Berthe, dans laquelle il assimile cette Bourguignonne (qui régnait aussi en Savoie) à une fée. Et on sait ce que Ramuz doit à la berthe.jpgmythologie populaire valaisanne. Souvent les comtes de Savoie ont continué à être glorifiés chez les conteurs et les historiens vaudois et gruyérois libérés, à l'époque moderne, du joug de Berne. Mais en Savoie même, il a été plus ou moins interdit de proroger cette coutume poétique, et je n'y connais que de bons recueils de contes populaires locaux, qui évitent en réalité de parler des comtes de Savoie ou d'autres seigneurs féodaux glorifiés. Ils restent volontiers à cet égard dans l'abstrait. Le problème est politique. La république de Berne laisse indéniablement plus de liberté que celle de Paris, lorsqu'il s'agit de chanter les traditions régionales.

Rachel Salter a créé à nouveau un conte mythologique sur la Savoie, comme le faisaient les Romantiques allemands pour leur contrée propre, comme moi peut-être j'ai essayé de le faire avec Captain Savoy!

Un château également a été restauré dans cet esprit: celui d'Avully, où nous avons été particulièrement bien reçus. Il est décoré dans un sens épique et chevaleresque, rendant hommage à la dynastie qui a régné entre Alpes et Léman!