03/06/2020

L'Homme-Météore et l'attente fébrile du combat de l'Homme-Fétiche

1bc7729a3240266ac9c40dc87b3e62aa.pngDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il écoutait le récit de son ami l'Homme-Fétiche, ange de la cité d'Aubervilliers; et il évoquait son premier combat contre un sorcier de sa communauté. Il disait l'avoir attendu à un endroit précis - et voici qu'il continua en ces termes.

Je savais qu'il passerait par là, car je connaissais son adresse aussi bien que celle de son employeur. Tu ne le croiras peut-être pas, Homme-Météore mon ami, mais il occupait le banal emploi de paysagiste de la commune, il était préposé à l'entretien des espaces verts d'Aubervilliers. Il était en particulier voué aux fleurs, qu'avait fait planter le Maire pour embellir sa ville, comme tant d'autres avant lui. Or, Tassinga la Couleuvre le faisait remarquablement bien – et, dans les bureaux de la Mairie, on s'étonnait de sa réussite, et on disait qu'il avait la main verte, et lui en l'entendant dire souriait comme un faible d'esprit, et comme s'il se contentait infiniment de ce compliment, comme s'il le mettait au comble du bonheur.

On ne savait pas, évidemment, parmi les Blancs, qu'il était un puissant sorcier, et que les voies des plantes n'avaient pas de secret pour lui. On ne savait pas qu'il avait été initié à leur art par une longue lignée de sages d'Afrique, et on le prenait simplement pour un benêt sans diplôme qui, droit sorti de la jungle équatoriale, avait un lien privilégié avec le monde végétal, parce que depuis son enfance il y avait été immergé. On se demandait, en riant, si avec les bêtes c'était pareil. Et on le faisait devant lui, et lui riait, mais en son cœur il nourrissait une haine illimitée à ces gens, et jurait un jour de se venger d'eux, dès que la magie des Blancs ruinée ne l'empêcherait plus de régner sur eux et la cité.

Or, dès que je me fus montré à lui, il sourit et alluma son œil, ainsi que je l'ai dit. Et soudain il changea sous mes yeux d'apparence. Il quitta son bleu de travail qui n'était que fumée, illusion tissée pour l'œil des Blancs, et dévoila sous le mien qui il était réellement.

Car il se vêtait comme un ouvrier d'Europe pour donner le change et échapper à la vigilance de ses maîtres, mais ce n'était là que prestige conçu par son art puissant, et cet habit superficiel se dissipa sous mes yeux comme une vapeur. Il en rit, et son œil jeta un éclair. Il m'apparut alors sous ses véritables traits, et il était royal et majestueux, et il se redressa, car il se tenait toujours courbé, dans son habit de ville, et voici! sa taille était immense, et il était épais et fort, et ses muscles étaient déliés et souples, gros et mâles. Il avait l'air d'un prince, ou d'un mage rayonnant.

Au front il arborait un diadème violet, rayonnant et pur, et sur ses épaules était une cape de soie verte, souple et frémissante, et sur son corps était une tunique chatoyante, vert sombre et ornée d'un collier vibrant, entouré d'or et brillant d'un éclat rouge. Il portait des bagues luisantes aux doigts, une pour chaque doigt, et une ceinture dorée ceignait ses reins. Un feu entourait sa personne, surtout000.jpg son crâne, quoique, obscur et inquiétant, il n'eût pas la pureté claire des auréoles que l'on voit aux saints, sur les images des églises.

Mais ce qui me frappa, et m'expliqua pour l'essentiel sa taille soudain devenue très grande, est que ses jambes n'étaient plus vraiment des jambes, mais étaient pareilles à deux queues de serpent sur lesquelles il se dressait, d'ailleurs en touchant à peine le sol. Des étincelles jaillissaient quand il le faisait, et il semblait qu'il fût souvent au-dessus, comme porté par un coussin d'air dont l'origine m'était inconnue. Mais visiblement il commandait aux esprits de l'air, étant d'une race inconnue, et clairement venue des étoiles. Tout du moins il descendait d'un de ces êtres qui s'était uni à une femme, à une fille d'homme mortel, j'en étais sûr. C'est ainsi que sont apparues les lignées de sorciers, dans mon pays, et aussi les anciennes lignées de rois, je crois bien. À l'origine c'était des gens nobles et purs, bénéficiant de la sagesse des étoiles, mais je crois bien que les âges passés sur terre les avaient corrompus; en tout cas Tassinga était fourbe et cruel, et ne cherchait qu'à m'anéantir, parce que je lui faisais de l'ombre.

Le découvrant ainsi dans sa puissance terrible, je ne pus m'empêcher de songer à ces Blancs si naïfs, qui ne le voyaient que comme un Africain inculte. Ils ne connaissaient rien de sa vraie nature, et vivaient dans l'illusion tranquille de la banalité quotidienne, dont ces fous – excuse-moi de te le dire – font le fond de la réalité. Quelle grossière erreur, mon Dieu! La menace constamment était parmi eux, et ils ne le savaient pas, ne s'en doutaient pas. Le mal à leurs yeux était caché, et ils croyaient vivre dans un monde normal et rassurant. Hélas! les malheureux!

La puissance de Tassinga le rendait terrifiant, et le faisait craindre de toute la cité que j'habitais, même de ceux qui, n'étant ni bamiléké, ni bamoun, ni même carmerounais étaient d'une communauté différente de la nôtre. Jusque 595f52d2b065484bc8f461c32c8764a6.jpgdans les cages d'escalier et les caves on osait à peine chuchoter son nom, de peur que cela ne l'éveille, et ne le fasse venir. Car il avait l'oreille fine, et les pensées résonnaient à distance dans sa tête en feu. Si grands étaient ses pouvoirs, ignorés des gens ordinaires!

Il avait lui-même une cave où il instruisait des initiés et accomplissait d'obscurs rituels, chef d'une secte souterraine et tentaculaire dans Aubervilliers, et qu'il espérait étendre dans Paris. Il régnait ainsi sur un petit empire, disposant autour de lui de nombreux affidés, de véritables esclaves; et menant ainsi une double vie insoupçonnée du Maire et de ses autres employés, se faisant aimer des Blancs qui lui mettaient la main sur l'épaule d'un air paternel, il s'efforçait d'étendre les fils de son royaume occulte à la façon d'une araignée, attendant ses proies. Et il fascinait les hommes pour mieux les contrôler de son regard envoûtant, et ses anneaux s'enroulaient autour d'eux, préparant l'étouffement fatal par lequel il se nourrirait et accroîtrait à l'infini sa puissance.

Mais il est temps, lecteurs dignes, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la bataille qui opposa ces deux initiés, ces deux mages, ces deux hommes liés aux forces inconnues qui meuvent le monde.

02/04/2020

L'Homme-Météore à l'écoute de l'Homme-Fétiche initié

crop.php.jpgDans le dernier épisode de cette étrange histoire, nous avons laissé l'Homme-Fétiche alors qu'il racontait à l'Homme-Météore comment il fut décidé, par sa mère et son oncle, que, de simple citoyen, il se dédoublerait en vengeur masqué dont l'identité resterait cachée à tous. Et voici! il continua en ces termes:

Il fallait me créer un costume, qui fût imprégné de leur magie et couvert de leurs bénédictions. Il était beau, mais pas encore aussi beau que celui que tu me vois porter à présent, car plus simple. Il était déjà bleu au centre et blanc aux extrémités, mais il n'avait point encore les ornements qui y luisent, et que j'ai acquis au cours de mes combats, lesquels comme autant d'épreuves m'ont initié toujours plus profondément aux mystères, me mêlant aux esprits qui alors m'aidèrent à vaincre. Car en ce monde, sache-le, on doit ses défaites à soi seul, mais chacune des victoires dont on pourrait s'enorgueillir émane d'un dieu auquel on s'est mêlé, au sein du combat, et dont on a été aidé. La gratitude infinie doit habiter le cœur de l'homme; jamais il ne doit croire que ses victoires ne soient autre chose que des grâces. Et je te dirai aujourd'hui la première qui me fut donnée, au cours de ma carrière de bon génie d'Aubervilliers, doté de pouvoirs surhumains.

Car dès mon costume créé, mon oncle m'initia aux arts secrets du combat, afin que j'apprisse à maîtriser les énergies occultes, et devinsse le vrai maître de mes membres, et de leurs possibilités secrètes. Car il faut aussi que tu saches cela, les membres se prolongent mystérieusement dans la sphère élémentaire, et leur portée est bien plus grande que les hommes en général ne le savent. Le devoir d'un gardien de cité est d'abord d'apprendre à voir jusqu'où ses gestes portent dans leur rayonnement, afin qu'il reste prudent et mesuré, constant et doué en tout, et qu'éventuellement ses actions Je m'unis à l'esprit.jpgsoient décisives, s'il doit utiliser ce que les hommes naïvement appellent la magie.

Mais je sais que tu as toi-même été initié par un être céleste, et certainement ces choses ne te sont pas étrangères, tu les as expérimentées, même si tu ne les as pas toutes formulées en toi, ayant été en lien direct avec l'être céleste qui t'a initié, sans passer par l'instruction des hommes. Moi, j'ai eu cette chance et en même temps cette malchance – car la pensée occulte sur ces questions est aussi une limite –, j'ai eu la chance et en même temps la malchance d'être instruit à ce sujet par mon oncle.

Il m'entraîna, sous l'œil vigilant de ma mère – car, en vérité, il avait appartenu à la secte cachée des Hommes-Léopards, la garde rapprochée du sultan des Bamoun. Il avait été l'un des plus éminents d'entre eux, avant d'arriver en France. Le Sultan en avait été bien mécontent, qu'il s'en allât et décidât de vivre en France, non seulement parce qu'il était un de ses meilleurs éléments, mais aussi parce qu'il craignait que, loin du champ d'action de son sceptre, il ne répandît ses secrets, et n'enseignât au vulgaire l'art de la Confrérie. Je ne puis te raconter ici tout ce qui se produisit à cette occasion, car le récit qui me concerne est déjà long, et tu n'as pas connu mon oncle Bahimbé – frère de ma mère Solo-Tûr. Cela pourrait ne pas t'intéresser, hélas!

Sache cependant que la forêt de Tahajmûn retentit alors des combats que cet oncle dut soutenir contre les envoyés du sultan Ahimba, et que des cris et des pleurs, du sang et de la bave furent répandus sur les feuilles tombées de l'Arbre à Palabres, sous lequel chaque lune nouvelle s'assemblaient les membres de la Secte occulte. Finalement, mon oncle, plus fort que ses adversaires, fut par eux laissé tranquille, et le Sultan ordonna qu'on le laissât partir; mais ce faisant, il le maudit, et lui interdit de jamais revenir en son fier domaine.

Cet oncle magnifique connaissait les arts secrets du combat et l'usage proscrit des feux de l'âme, par lesquels on acquiert des forces surhumaines et le pouvoir d'être vainqueur de tous ses adversaires. Même s'il lui était interdit, en principe, de livrer le moindre enseignement en dehors des limites de Bamoun, comme lui et ma mère sa sœur savaient qu'il fallait que je combattisse Tassinga la Couleuvre, il prit le terrible risque de braver ce tabou, pour me u2kvac5xth211.jpgdonner les moyens de rester en vie.

Car Tassinga avait de vrais pouvoirs de métamorphose – maîtrisant lui aussi les forces élémentaires. Et dorénavant, il n'aurait de cesse de me poursuivre et de me tuer, et il s'y emploierait dès que je sortirais dans la rue, hors de la protection de mon clan. Il me craignait trop, pour qu'il en fût autrement, car il racontait partout autour de lui que j'étais un fils de Satan, et qu'il fallait m'anéantir pour ne point attirer le malheur sur notre nation. Et beaucoup, naïfs, me cherchaient pour exécuter ses vœux, auxquels il avait d'ailleurs prévu une récompense. Et lui-même m'attendait, devinant que ces sous-fifres et vils chasseurs de prime ne pourraient ultimement rien contre moi, et que mes ressources inattendues étaient trop grandes. Même s'il espérait se détromper, et constater ma nullité, il s'attendait aussi à devoir me combattre, et en un sens se réjouissait, car il exultait à l'idée de m'abattre, de me terrasser, de me tuer, de plonger les mains dans mon sang, et de le boire voracement. Telles étaient en effet ses pratiques secrètes, par lesquelles il se renforçait plus que tous ceux qui n'osaient s'adonner à elles – puisqu'elles damnent et plongent le cœur dans l'abîme, dit-on.

Pour éviter une longue bataille stérile, et d'inutiles affrontements contre de vulgaires sbires, dès que j'en eus abattu quelques-uns de ma force exercée par le meilleur des maîtres, je cherchai à le rencontrer directement, pour qu'il en fût fini de cette guerre. Et quand un soir je l'attendis au coin d'une rue qui donnait sur une impasse déserte, voici! il ne fut pas surpris de me voir, mais sourit, et son œil s'alluma.

Mais il est temps, lecteurs, de laisser là une fois de plus ce discours, pour renvoyer au prochain épisode, quant à l'affrontement de l'Homme-Fétiche et de Tassinga la Couleuvre aux mille pouvoirs.

23/01/2020

L’Homme-Météore et l'attaque farouche de l’Homme-Fétiche

https://images1.novica.net/pictures/5/p223959_2a_400.jpgDans le dernier épisode de cette série peu commune, nous avons laissé l’Homme-Fétiche, gardien secret de la banlieue du nord de Paris, alors qu’il racontait à son nouvel ami l’Homme-Météore comment et pourquoi il avait été victime des préjugés racistes des Blancs, en France, après être venu du Cameroun où il était né, ses parents l’ayant emmené alors qu’il était tout petit. Et voici qu’il continua dans ces termes.

Mais il y eut aussi, contre moi, la jalousie des Camerounais, mes compatriotes, et des autres Africains installés là, à Aubervilliers. Car ils me voyaient réussir, malgré mon ennui à l'école, et ne comprenaient pas que je fisse l'effort d'apprendre mes leçons, alors même qu'elles ne me concernaient pas, et étaient faites par des Blancs pour des Blancs, comme on dit. On m'accusait de m'aliéner.

Les initiés camerounais me reprochaient mille choses, affirmaient qu’en m’imprégnant de culture écrite, de la Bible, de Victor Hugo et d'Homère je perdais la véritable lumière que m’avaient léguée les ancêtres, et ne voyais plus le monde des esprits, mais les illusions conçues par les Blancs. En croyant aiguiser mon regard pour distinguer des formes claires, je m'éloignais de la Source, et ne voyais plus que des leurres, et des abstractions.

Pourtant sur les traditions africaines j'en savais plus que la plupart des membres de mon clan; je n'avais donc de leçon à recevoir de personne, si ce n'est de mes parents – et de certains maîtres d'école avisés, s’il y en a. Ma puissance magique commençait à se développer et à se faire craindre, et on m'évitait, dans les rues.

Un jour, cependant, des voyous originaires eux aussi du Cameroun se mirent d'accord pour me tendre un piège. Ils étaient poussés par un mage de mon pays qui voyait d'un mauvais œil l'extension de mes pouvoirs cachés, et leur jordan-parrin-african-wiseman.jpgmélange avec la culture des Blancs – qui, disait-il, les dénaturait. Mais en réalité, elle les dynamisait, leur donnant un affluent qu'il ne comprenait pas – ne l'ayant jamais expérimenté, et le croyant une illusion. Il affirmait que j'étais un traître pratiquant une magie mauvaise, et qu'il fallait m'anéantir.

Car j'avais soulagé bien des gens de ma cité, leur apposant les mains quand tout était sombre et morne en eux, et une clarté chaude était entrée dans leur cœur, et les avait sauvés. Je pus même arracher la migraine de certains crânes, des souffrances de ventre d'autres gens encore, chasser les démons qui tourmentaient les âmes. On commençait à me vénérer, dans la cité où je vivais, malgré mon jeune âge, et comme je n'avais pas demandé la permission au mage attitré de ma communauté (un certain Abonga François, surnommé Tessinga la Couleuvre par les miens), comme je n'avais pas demandé conseil à son auguste personne, ni ne l'avais pris pour maître, il était furieux et jaloux – et disait que je tenais mes pouvoirs de l'esprit du mal tel qu'il se meut chez les Blancs, du démon du vide qui les anime continuellement.

Car il était orgueilleux et méprisait les Européens, parmi lesquels il vivait.

C'était un redoutable sorcier, et quand il se revêtait de son costume de guérisseur et de ses talismans sacrés, il devenait d'une puissance incroyable. Ne croyant cependant pas utile de se mesurer directement à moi au moyen de son art magique, il m'avait envoyé des sbires, des adeptes aveugles et sans conscience qui exécutaient comme des machines ce qu'il leur disait. Et voici, pour la première fois, je dus utiliser mes arts au sein d'un combat, pour protéger ma vie.

Ils avaient amené des couteaux, un avait même un pistolet, un autre une chaîne de vélo. Ils m'attendirent au détour d'une rue, un soir que je rentrais tard du lycée, à pied. Ils étaient quatre, et ils riaient stupidement, l'air féroce, les yeux vides, le corps fébrile. Ils brandirent leurs armes et, dans un réflexe, je levai les mains en prononçant des formules que m'avaient appris ma mère et mon oncle, initiés bien connus de mon clan. Les armes leur sautèrent des mains aussitôt, comme si elles n'avaient pas voulu y rester, et ils furent bien surpris. Mais ils ne restèrent pas longtemps paralysés, rapidement ils se reprirent et, comprenant que les objets ne leur sauraient jaguar.jpgd'aucun secours, ils se jetèrent sur moi pour me tuer à mains nues, en me battant à mort.

Je lançai des coups de poing et des coups de pied – et parvins même à donner à certains de mes coups une puissance magique qui fit jaillir du feu, quand je les touchai. Mais cela ne suffit pas, car à quatre ils eurent tôt fait, malgré les blessures que je leur infligeais, de me mettre à terre et de me rouer de coups. Je ne dus ma vie qu'à un nouveau réflexe. Car je prononçai une autre formule, faisant un geste rapide de mes deux mains, et une sorte de champ d'énergie violette m'entoura, qui repoussa les coups et rendit les mains qui les donnaient brûlantes – qui les enflammait dès qu'elles tâchaient de me toucher.

Cette fois les quatre voyous prirent peur, et comprirent que j'étais un véritable initié, et que de puissants esprits me protégeaient. L'un d'eux, m'a-t-on raconté plus tard, vit même, au-dessus de moi, alors qu'il tentait de me frapper, la figure d'un léopard lumineux, comme s'il me gardait de lui et de sa méchanceté. Elle avait surgi de mon sein dans une brume claire, avait-il raconté – et il s'enfuit au Cameroun pour ne plus avoir à craindre la vengeance de Tessinga la Couleuvre, furieux qu'il répandît autour de lui que j'avais de véritables pouvoirs.

Je pus me relever, ensanglanté, brisé, et me traîner jusqu'à chez ma mère, qui poussa des cris en me voyant. Mon père même pleura, car il m'aimait, et s'inquiétait pour moi. Mes ennemis avaient fui, me laissant partir et rentrer chez moi. Mais dans quel état! Je mis des mois à m'en remettre. Et quand je fus guéri, nous tînmes, ma mère, mon oncle et moi, un conseil, et il fut décidé que j'agirais désormais sous une identité cachée, et que, en tant que citoyen simple, je dissimulerais mes pouvoirs.

Mais il est temps, augustes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de l'histoire de l'Homme-Fétiche.