22/03/2018

L'Homme-Météore à l'assaut des marchands de femmes

20953519_1577283638990054_677514710655785162_n.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série parisienne, nous avons laissé l'Homme-Météore, alias Robert Tardivel, alors qu'il venait de prendre son apparence de super-héros afin de combattre un super-vilain appelé l'Homme-Glu, chef secret d'un groupe de marchands de femmes. Sa transformation étant advenue chez sa mère, qui dormait, avait gémi - comme percevant quelque chose par le voile du songe.

L'Homme-Météore tendit l'oreille, mais rien ne se produisit: apparemment, la femme s'était rendormie, ou avait parlé dans son sommeil, troublée, au-dessous de sa conscience, par l'apparition du Héros - par l'effleurement de l'Ange: il avait pu passer près d'elle, son âme l'avait senti, et elle avait remué dans son sommeil; mais elle ne s'était point réveillée.

L'Homme-Météore regarda ensuite la fenêtre, et, par la puissance de sa volonté, elle s'ouvrit d'elle-même, comme si elle lui obéissait.

Il écarta les bras et s'éleva du sol, sa cape s'étendant aussitôt dans l'air, comme si un vent la tirait, quoique nul souffle ne circulât dans l'appartement.

L'Homme-Météore pencha son corps sans plier le dos, prenant une ligne oblique, puis passa par la fenêtre pour voler dans le ciel de Vincennes.

Au-dessus de lui, les étoiles brillaient, quoique les lumières de la cité empêchassent leur éclat de venir pur jusqu'aux hommes, et que quelques nuages, jaunissant par dessous, fussent suspendus sous la voûte céleste. Au sud, derrière la tour Montparnasse, la lune, fin croissant argenté, luisait aussi.

À la gauche de l'Homme-Météore, le donjon de Vincennes brandissait ses volumes arrondis, et le drapeau français, qu'éclairait à son sommet une lampe électrique, à peine était mû par un petit vent frais. Au-delà, l'étendue sombre du bois, traversée par les réverbères jaunes de la route de la Pyramide, faisait contraste avec le voile orangé de Nogent et de Joinville qui, tout au fond, se mêlait au noir du ciel urbain.

Les étoiles d'or semblaient attirées par ces lumières terrestres, comme mises par elles dans un filet, captées, et dévorées! Mais leur éclat résistait, saluant de leur vraie joie l'Homme-Météore, l'être qu'elles avaient investi de leur grâce! Et, face à l'amour dont leurs rayons envoyaient les feux, les clartés humaines paraissaient ternes, froides, mornes, habitées par de mauvais esprits ruminant on ne sait quels méfaits. Seul l'Homme-Météore, justement, brillait du même éclat que les étoiles, et tout homme qui le voyait traverser le shamans_journey_77_by_love1008.jpgciel, sans savoir ce que c'était, sentait en soi la paix et la joie grandir, comme l'espoir se lever sur son est intime. Il l'assimilait à une étoile filante dont il fallait faire un vœu, et se persuadait, pour une fois, qu'il allait se réaliser. Tel était le pouvoir de l'Homme-Météore, même sur ceux qui ne le reconnaissaient pas!

Enfin Paris allait être secourue des êtres célestes, après des décennies de négligence et d'abandon, de dépérissement des âmes! Telle était la conviction soudaine de tous ceux qui, dans les hauteurs, voyait passer le sillon d'or que laissait dans son vol l'homme fait ange. Les plus naïfs croyaient à un engin inconnu du gouvernement, les plus fantaisistes à un phénomène extraterrestre - et les initiés reconnaissaient en lui un signe angélique. Il venait après le Génie d'or, qui lui-même venait après tant de valeureux héros, connus ou inconnus, hérauts des puissances cosmiques qui voulaient du bien à la France! En un sens, il était l'héritier des vieux rois, mais aussi de Jeanne d'Arc et des douze pairs de Charlemagne. Mais, grâce à l'Évolution, il avait pu se transformer plus en profondeur, au contact des anges, que ne l'avaient fait ces héros - de façon même plus complète que jadis Jean Levau laissant naître de lui le Génie d'or, son double cosmique.

Il passait dans le ciel parisien, et émerveillait les âmes pieuses, qui se demandaient, aussi, si c'était le Père Noël, quoiqu'on fût au début de l'automne. Car ce jour où l'Homme-Météore commença sa nouvelle carrière contre le crime était le 23 septembre 2012 de notre ère. Et l'on s'étonnait, mais surtout on se réjouissait, sans savoir pourquoi, même si certains, laissant monter en eux l'envie et la jalousie, se mirent malheureusement à dire que c'était encore une entreprise commerciale, une action publicitaire honteuse qui avait été menée là. Il n'en était rien: l'Homme-Météore était une réalité.

Et il regarda vers le nord - vers le point où, dans le dixième arrondissement de Paris, la clarté orangée souillée et dégoulinante de pus glauque était la plus vive, la plus puissamment menaçante pour les étoiles, qu'elle englobait et semblait dévorer impitoyablement, et il s'élança avec toujours plus d'assurance ou de rapidité.

Il se dirigea vers la rue Paradis, et, sans un bruit, se posa sur le toit de l'immeuble numéroté 50, au bas duquel il avait vu, en vision lointaine, les malfrats se réunir. Là, en effet, étaient des garages qui maintenaient cachées leurs grosses voitures, leurs armes meurtrières et leurs installations illicites; et, autour d'une TheKingpin.jpgtable, derrière une devanture grillée qu'on prenait pour une boutique désaffectée, et qui était en réalité le repaire de la bande la plus effrayante de cette partie de la ville, cinq hommes, pour passer le temps, feignaient de se passionner pour le jeu de cartes, tout en discutant de leurs affaires. À un autre table, plus petite, deux se tenaient en arrière.

Damien Molter était avec les cinq, faisant exprès de perdre, et plaisantant d'une manière qui réjouissait les quatre autres; derrière, les deux hommes silencieux, entourés de fumée de tabac, souriaient faiblement et tristement, comme si leur écart était à la fois un châtiment et une fierté. (Dieu sait ce qui les avait conduits à cette table en retrait, si on les y avait confinés ou si, pour une raison obscure et intime, ils s'y étaient installés de leur propre chef.) Le chef officiel de l'organisation, Jacques Tamblotin, parlait d'un ton rude et goguenard, ironisant sur Damien Molter et ses parties perdues, ou ses blagues, qu'il feignait de trouver mauvaises. Et l'on riait de plus belle, à ces paroles du chef, tandis que Molter, ne faisant qu'en sourire en rougissant, savait qu'il n'attendait que son heure, et qu'un jour, il écraserait ce pantin, ce minable Jacques Tamblotin dont le nom même était ridicule! Des lueurs d'acier passaient dans ses yeux, trahissant ses pensées, mais les autres ne les voyaient pas. Et ils continuaient à jouer.

Mais il est temps, ô valeureux lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain l'intervention violente de l'Homme-Météore, dans ce nid de méchants, et son combat contre Damien Molter l'Homme-Glu!

17/01/2018

L'Homme-Météore aux aguets de l'Homme-Glu

godfather_by_henryz.jpgDans le dernier épisode de cette série cosmique, nous avons laissé l'Homme-Météore, alias Robert Tardivel, alors que, sous sa forme humaine - mais doué de la seconde vue de son alter ego vivant en lui -, il venait de distinguer, dans Paris, les foyers du Mal, et qu'il s'était promis de les éradiquer un à un, pour faire sortir de sa tanière leur source commune, l'ignoble Radsal-Tör.

Il fixa des yeux intérieurs le foyer qui l'attirait le plus, il n'eût su dire pourquoi. Il luisait dans un bâtiment de la rue Paradis, dans le dixième arrondissement. Là, à l'arrière de bureaux apparemment anodins, se trouvaient en réunion des hommes à la mine patibulaire, et, tendant l'oreille psychique, Robert Tardivel entendit ce dont ils parlaient. Et voici! ils faisaient commerce de femmes, qui étaient enlevées dans des banlieues déshéritées, séduites par de fausses promesses, ou recueillies quand elles avaient fugué, ou bien encore acheminées dans ce quartier depuis des pays pauvres. On les confiait à des hommes violents et impies, et ils s'employaient à les soumettre, à les droguer, à les prostituer. Radsal-Tör favorisait ce commerce parce qu'il livrait les corps aux forces obscures et enfermait les âmes dans des geôles souterraines, et il guidait à distance les hommes qui l'effectuaient, tissant aussi pour eux des rêves de puissance, des pulsions de mépris, des élans d'orgueil.

Dans le groupe d'hommes qui à présent discutaient de leurs revenus et de leurs répartitions territoriales, un visage apparut à l'Homme-Météore au sein de la nuée qui nimbait ceux qu'il distinguait à kings.jpgdistance: il portait sur le front la marque de Radsal-Tör, signe qu'il appartenait à sa secte. Et s'il ne semblait pas être le chef déclaré de ce groupe, il était toujours écouté quand il prenait la parole, et, entre les mots, des flammes pénétraient leurs cerveaux, par leurs oreilles, et les captaient à son profit. Il avait appris cela de son maître obscur. L'union entre cet homme et le sorcier était telle que le premier servait d'apparence au second, qui parlait par sa bouche: tout œil clairvoyant l'eût vu, et c'est ainsi que son front en portait la marque, comme d'un œil tiers, rouge et fumant.

Cet homme, appelé Damien Molter, passait pour en savoir extrêmement long sur l'art d'asservir les donzelles, qu'il prétendait pouvoir dresser comme des oiseaux. Sa science maléfique était étendue, et il faisait figure d'intellectuel, citant souvent, dans un ricanement significatif et énigmatique en même temps, le marquis de Sade, Éliphas Lévi et André Pieyre de Mandiargues. Il avait de singuliers mouvements de mains, quand il parlait, comme s'il s'employait à séduire ses interlocuteurs par des mouvements occultes, des rituels étranges. Cela représentait une danse, dans l'air, qui semblait dessiner des formes; mais les autres n'y voyaient qu'une originalité plaisante, Damien Molter exerçant sur eux une influence d'autant plus profonde et diffuse qu'il ne prétendait jamais commander, et ne prenait jamais de décisions claires, laissant les autres les prendre pour lui, vaniteux qu'ils étaient, persuadés d'être les véritables chefs de l'organisation.

Robert savait que Molter était le vrai danger, qu'il avait des pouvoirs cachés, et que les autres, même avec les pistolets et les couteaux qu'ils portaient sous leur veste et leur chemise, cachés, n'étaient pas de taille à Hobie_Brown_(Earth-616)_0005.jpgrésister à l'Homme-Météore comme était Damien Molter, dont les mains jetaient une glu transparente mêlée d'acide, et qui, sous son apparence vraie, dans le costume pour ainsi dire qu'il portait sous ses habits ordinaires et sous son masque, était un super-vilain appelé l'Homme-Glu.

Il avait déjà agi, avant l'apparition de l'Homme-Météore, dans Paris, repoussant les âmes portées au bien, asservissant les faibles, anéantissant celles qui résistaient. Il ne distinguait point encore nettement son apparence, lorsqu'il se révélait pour le suppôt de Radsal-Tör qu'il était, mais il ne tarderait pas à la découvrir. Pour le moment, une fumée dissimulait son authentique visage, qui créait pour les mortels l'image d'un homme normal. Robert savait que c'était là son masque.

Au-dessus de lui, invisible à ses compagnons, se distinguait la forme spectrale de Radsal-Tör, unie par le bas, qui s'effilait en une queue de serpent, jusqu'à l'arrière du crâne de Damien Molter l'Homme-Glu. De temps en temps, entrait dans la pièce une ou deux femmes légèrement habillées, pour servir à boire aux hommes. Elles étaient jeunes, et leurs maîtres feignaient de les ignorer, jusqu'à ce que l'un d'eux brusquement se levât, et suivît l'une d'elles, en la prenant par le bras. Elle le regarda de son œil craintif, et il l'emmena. Il ne devait revenir que de longues minutes plus tard.

Il faut savoir que, pour l'Homme-Météore vivant en Robert Tardivel, le temps passait différemment: des heures défilaient devant ses yeux comme s'il s'agissait de secondes, et il prenait connaissance de mille faits qu'il eût fallu des semaines, des mois à des hommes ordinaires pour réunir en un tableau rétrospectif. Robert eût pu scruter, par le biais de cet alter ego, ce qui s'était passé avec la femme, mais il refusa d'y attarder son regard: il n'y avait rien, là, qu'on ne pût trouver dans mille écrits vulgaires assimilant l'animalité à l'amour. Et lorsque notre récit abordera le sujet d'une union amoureuse de l'Homme-Météore, nous verrons tout autre chose; car le coït d'un être surhumain nimbe de lumière, et donne des ailes de feu.

Détournant l'œil de ce spectacle pitoyable des voluptés égoïstes dont l'homme tire orgueil, Robert concentra son attention sur Damien Molter, dont il s'attendait, à demi inquiet, à ce qu'il le distingue à travers la brume des apparences. De fait, il leva les yeux vers lui, les plissa, mais son pouvoir était inférieur à celui de son double, en ce qui concerne la vision. Il ne vit, par-delà les nuées sombres, qu'un vague éclat, comme une Oncle_Boonmee_celui_qui_se_souvient_de_ses_vies_anterieures (2).jpgétoile derrière les nuages, et, par bonheur pour lui et sa famille, ne vit point le visage de Robert, ni ne sut depuis quel lieu il le scrutait. Son identité demeurée secrète le protégerait, ainsi que sa mère.

Mais il était temps de s'assurer une autre protection, et d'agir. Robert se leva, joignit les mains et inclina la tête, comme s'il se recueillait. Se concentrant, il ferma les yeux.

Il pria silencieusement l'ange qui l'avait revêtu, pour la première fois dans les catacombes, de son armure palpitante, et visualisa cet être qui était le Génie d'or libéré de la Terre mais revenu pour lui, et l'aider à combattre dans Paris le Mal!

Et voici qu'apparut, autour de ses membres, sur son corps, le costume rutilant de l'Homme-Météore dans une grande clarté, et un fin nuage d'or. Dans la pièce adjacente, où la mère de Robert dormait toujours, on entendit faiblement gémir.

Mais cet épisode très long doit voir sa suite remise à une autre fois: nous assisterons alors au combat contre l'Homme-Glu, rue de Paradis!

09/11/2017

Les perspectives de l'Homme-Météore

pieuvre.jpgDans le dernier épisode de cette geste étonnante, nous avons laissé l'Homme-Météore alias Robert Tardivel alors que, sous sa forme humaine ordinaire, il venait de distinguer la figure globale du mal, dans Paris et toute l'Île de France, grâce à une seconde vue offerte par l'ange qui l'avait métamorphosé en surhomme. Et il avait remarqué que les foyers de ce mal étaient dispersés, et sans rapport clair entre eux.

Bien souvent, tout en bas de l'échelle des êtres, les membres de cet organisme obscur ne savaient pas qu'ils l'étaient: agissant tels des automates, ils laissaient leurs actions se faire seules, ce qui revient à dire qu'elles étaient dirigées à distance par Radsal-Tör, ou l'un de ses disciples en magie noire. Instruits par Radsal-Tör, les initiés de sa secte avaient la remarquable faculté de gouverner les cœurs des hommes faibles. Attisant les désirs, accroissant les peurs, ils manipulaient les âmes avec une dextérité remarquable. Ils pouvaient, en modulant le timbre de leur voix, mouvoir le corps psychique des hommes impressionnables, manquant de personnalité et de volonté. En touchant ici ou là certains d'entre eux, ils avaient la faculté de s'en rendre maîtres, en faire de véritables automates - tout en leur laissant l'illusion qu'ils se conduisaient par eux-mêmes. Mais leurs pensées étaient stériles, pendant que, au-dessous de leur sphère, leurs membres obéissaient aux ordres des sorciers - de telle sorte qu'ils se voyaient à peine agir, et étaient tout surpris de découvrir, rétrospectivement, ce qu'ils avaient fait, si parfois des souvenirs leur en revenaient. Et, se demandant d'où ils venaient, voici qu'ils les attribuaient à d'autres, ou, fous qu'ils étaient! les affirmaient visions prémonitoires.

Et s'il advenait qu'ils avaient mal agi et qu'on le leur reprochait, ils niaient, et le faisaient sincèrement. Ils n'avaient point été attentifs à eux-mêmes, et leur corps avait été la proie de forces inférieures, avec lesquelles les sorciers pactisaient.

Ainsi étendaient-ils leur empire, parlant subtilement aux uns et aux autres, exploitant leurs préjugés, alimentant leurs obsessions, et le faisant sans scrupules, sans avoir de philosophie préférée a priori, sinon celle de leur suprématie: car leur but était d'envahir la Terre et de l'arracher aux puissances du Bien. À Paris une sourde terreur se répandait, sous l'assaut secret de ces mages, et tout le monde craignait tout le robots-futuristic-aliens.jpgmonde, plus personne ne faisait confiance à personne, même les paroles étaient regardées comme vaines et comme faites pour dissimuler le réel, plutôt que le révéler, hélas!

Robert se demanda si la situation n'était pas désespérée et si lui-même n'était pas le jouet d'illusions grossières, s'il valait encore la peine d'agir, si de toute façon l'homme n'était pas toujours un robot dirigé de l'extérieur par des volontés inconnues. Mais une lumière vint en lui, et une paix. Sans qu'il sût d'où lui venait une telle sagesse, il comprit soudain que ces êtres maléfiques ne contrôlaient pas tout, loin de là, et que nombre d'actions même de gens simples et frustes n'étaient pas le fait de ces méchants, mais émanaient de tout autre chose, d'encore plus mystérieux, et qui échappait au mal. Et il s'interrogea pour savoir jusqu'à quel point ceux qui contrôlaient les hommes pour leurs desseins malfaisants n'étaient pas eux-mêmes le jouet de puissances à eux inconnues, qui les suscitaient pour des desseins obscurs, mais en dernière instance bénéfique à l'humanité et au monde. Il ne fut pas sûr de pouvoir répondre; mais la perspective en était de nouveau vertigineuse. Et le monde semblait un gouffre s'enfonçant vers l'infini, et les apparences n'être que brève fumée!

Toutefois le rôle de l'Homme-Météore n'était pas de débrouiller l'écheveau de ces énigmes cosmiques. Il lui fallait s'attaquer au mal de Radsal-Tör et de ses sbires, puisqu'il l'avait perçu, et agir conformément à la volonté des êtres célestes qui avaient suscité le nouveau gardien de Paris à travers lui, Robert Tardivel. D'autres arracheraient à l'infini le fin mot du mystère; lui se contenterait de soumettre ses membres, dans leurs mouvements, à la force magique du Bien, telle qu'elle descendait, pensait-il, du ciel, telle qu'elle émanait des horizons étincelants! Là s'était cristallisé son masque, là s'était forgée son armure, là avait-il reçu ses pouvoirs! Et il devait les utiliser pour faire triompher le Bien, et abattre le Mal.

Mais par où commencer? Robert ne savait rien de l'endroit ténébreux où trônait Radsal-Tör. Il ne connaissait pas le lieu où vibrait le cerveau du monstre à mille bras qui tourmentait Paris depuis l'Orc infâme. Même sa seconde vue, acquise sous l'influence de l'ange rencontré dans les catacombes, ne pouvait lui révéler ce secret: une brume opaque entourait le centre de la Bête, qui demeurait insensible, comme si Radsal-Tör avait eu assez de puissance pour tisser un sortilège autour de lui, qui lui fît échapper au regard non pas seulement des hommes, mais des anges mêmes. 1280_astral_castle_abstract_wallpaper.jpgC'était bien le cas, pressentait Robert: déjà sa science de sorcier avait atteint ce degré!

Il songea néanmoins que d'autres bases de cet organisme maléfique étaient sans doute moins protégées, et plus visibles à son regard prophétique; qu'il pouvait commencer par attaquer ces officines secondaires, qui faisaient déjà beaucoup de mal, et qu'en bousculant ainsi Radsal-Tör à distance, en s'attaquant aux doigts de la bête dont il était la tête, il finirait par le déloger de sa grotte, l'arracher à sa cachette, le contraindre à en sortir et l'affronter directement, sans passer par ses zélés esclaves, pour enfin le vaincre, et mettre un terme à sa menace grandissante!

Il regarda autour de lui, vers l'ouest surtout, et à travers les murs, les maisons, les immeubles de Vincennes, mais aussi, au-dessus, les vapeurs, les vents, les masses d'air, les brumes, des choses lui apparurent, les unes après les autres, à toute allure, à gauche, à droite, dans de hautes tours, dans de basses caves, dans des ruelles écartées, dans des arrière-boutiques, dans les ailes négligées de bâtiments d'État, dans les cryptes de temples et d'églises, et voici! il vit, il vit ce qu'il voulait voir.

Brillants d'un feu sombre à son œil ailé - volant seul, loin de son crâne, à travers Paris -, des foyers liés à la tête de Radsal-Tör comme par des fils apparaissaient, dévoilant les lieux dont il devait s'occuper, qu'il devait destiner à ses attaques

L'action pouvait commencer.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et, mettant fin aux justifications des actions à venir, de montrer comment l'Homme-Météore s'efforça de chasser de Paris les foyers du mal.