03/01/2022

L'Homme-Météore et la bataille de Kribi

0000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Homme-Météore et son ami l'Homme-Fétiche alors que cinq gardes bien armés d'une procession impie les avaient menacés de leur tirer dessus avec leurs fusils mitrailleurs.

Les deux amis ne bougèrent pas, attendant l'exécution de cette promesse stérile. Les cinq gardes, habitués à inspirer de la terreur, s'arrêtèrent un instant surpris. Mais, sachant que la peur venait de la capacité à exécuter les menaces sans tergiverser, ils levèrent leurs fusils et firent feu, ne craignant nullement d'abattre des intrus, des gêneurs qui n'avaient point voulu leur obéir: cela ferait de la nourriture pour les poissons si chéris de l'Homme-Crabe, se dirent-ils!

Mais ils ne purent pas être assez rapides pour que, voyant leur geste, l'Homme-Fétiche ne les devançât et que, ayant tiré de sa sacoche une poudre enchantée, un champ de force ne fût tissé par sa dispersion vigoureuse, sur lequel les balles pourtant jetées avec force rebondirent, sans toucher les deux hommes. L'Homme-Météore, profitant du répit obtenu, plaça la main sur sa tempe, et un rayon sortit de ses yeux dorés, impénétrables et flamboyants. Le flux frappa deux des cinq hommes, qui en furent repoussés loin derrière, les côtes plusieurs fois brisées – et même pour un, un bras, celui qui tenait le fusil. Deux autres ne furent que jetés à terre, sans trop de mal, par le souffle du jet flamboyant. Le dernier n'eut quasiment rien, il se contenta de reculer d'un mètre. Aidés par lui, les deux qui étaient au sol se relevèrent et, complètement fanatisés, les yeux brillants de colère, la bouche écumant de rage, ils brandirent à nouveau leurs fusils, afin de tirer. Car le champ de force n'avait qu'une durée limitée, et déjà il s'était dissous dans l'air.

Cependant, aussi vite qu'ils pussent aller, cela n'empêcha pas l'Homme-Fétiche d'effectuer une autre action s'avérant plus rapide, et plus étonnante encore: sa main se détacha de son bras en bondissant et, se fermant en poing, frappa d'un coup fracassant deux des trois soldats successivement en pleine figure, comme si soudain cette main eût eu la faculté de voler, et de bouger de son propre chef. L'Homme-Météore en rit et, regardant le bras droit de l'Homme-Fétiche son compagnon, il 00000000000.pngs'attendit à le voir sans main; mais sa main était bien là, simplement fermée en poing, et effectuant à distance (mais plus faiblement, comme la mimant pour des yeux discrets) l'action de la main arrachée au poignet – qui n'était ainsi pas tant détachée que dédoublée. Produite en réalité par la main restée au bout du bras, elle manifestait l'étonnant pouvoir de l'Homme-Fétiche, héros aux mille ressources!

On pourrait dire qu'il s'agissait d'une main clonée – mais depuis le monde éthérique, où la forme de sa main se mouvait, au-delà de la chair et de l'os; et par sa volonté ferme elle avait pris suffisamment d'épaisseur pour se matérialiser dans le monde physique. Il maîtrisait ce mystère.

Les deux soldats frappés tombèrent à terre, gémissant et se tenant la tête et le visage, tant le coup avait été violent. Le troisième cependant eût tiré si l'Homme-Météore, agissant plus vite que l'éclair, n'eût, en tournant alors qu'il volait à ras de terre, évité d'offrir une cible claire. Étonné de ce prodige, le soldat demeura un instant sans presser la gâchette; puis, même quand il s'y résolut, le tir rasa l'Homme-Météore sans le toucher.

L'atteignant rapidement, celui-ci souleva l'homme armé, et le lança au loin sur la plage ensablée, le meurtrissant à son tour, et lui brisant une jambe; lui aussi désormais était hors de combat.

Cependant, aucun des cinq soldats n'était mort ni en danger de l'être, car telle était la philosophie de nos deux guerriers – de mettre hors de combat sans tuer, si cela était possible. Et ils y étaient parvenus, car, largement supérieurs à leurs adversaires, il leur était loisible de retenir leurs coups sans avoir rien à craindre; si l'ennemi avait été plus dangereux, ils auraient pu être amenés à les attaquer, pour répliquer, plus durement – et peut-être cela les aurait-il tués. Acculés, les héros, ainsi, portent souvent un coup décisif destiné à empêcher leurs ennemis de continuer leur assaut, et ceux-ci souvent en meurent, s'ils n'ont pu s'imposer à temps. Mais, pour cette fois, l'Homme-Météore et l'Homme-Fétiche avaient pu résoudre leur problème sans en venir à cette extrémité.

Alors les deux amis fiers se dirigèrent vers la procession et les prêtres, qui cette fois eurent peur. Mais ils avaient, on s'en doute, plus d'un tour dans leur sac. Ils étaient, en particulier, passés maîtres dans l'art de l'illusion. Et, lorsque le premier prêtre à agir 000000000.jpgagita les bras et psalmodiant une étrange mélopée, l'Homme-Météore eut l'intense surprise de voir derrière lui un requin ailé – qui se jeta sur lui, volant à travers les airs.

Il s'était retourné après été prévenu par un intense souffle, lourd et sonore. Les ailes du requin volant battaient bruyamment l'air. S'élevant à son tour en hauteur pour répondre à l'attaque. L'Homme-Fétiche eut beau lui dire de ne pas bouger, et qu'il allait résoudre ce nouveau problème autrement, il ne l'entendit pas et, saisi par la peur, mais aussi par le désir de répondre à proportion à l'attaque fomentée, il se mit en garde pour affronter ce requin ailé – dont il pouvait voir, dans sa bouche ouverte, les dents longues, luisantes et acérées.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étonnante histoire.

15/09/2021

L'Homme-Météore face à la procession infâme

000000000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette série fascinante, nous avons laissé l'Homme-Météore alors que, posé après un long voyage dans les airs sur la plage de Kribi, au Cameroun, il venait d'apercevoir une procession étrange, menant devant elle une jeune fille vierge, destinée à être plongée dans l'eau de la mer et emportée par les créatures marines.

En vérité, elle n'était pas noyée, mais récupérée par l'Homme-Crabe, qui avait les moyens de nager sous la mer sans avoir besoin d'inhaler de l'air. À demi inconsciente il la saisissait, l'emmenait dans son palais, puis en faisait son épouse propitiatoire – et les adeptes, la voyant vivante à ses côtés, dans la salle du trône qu'il occupait, croyaient qu'il l'avait ressuscitée, qu'il en avait fait une reine divine, une immortelle. 

Car il avait déjà opéré de cette façon avec trois jeunes filles vierges, se créant un véritable harem! 

On dit qu'il y ajoutait des garçons, qui lui étaient aussi sacrifiés; mais ce ne sont pas des choses faciles à dire en public.

Il est en tout cas certain qu'il était abominablement pervers – et peut-être se nourrissait de sang humain, car beaucoup de ces garçons et de ces vierges apparemment sacrifiés dans l'eau de la mer, puis aperçus dans son palais, disparaissaient plus tard à jamais. Et il prétendait qu'ils avaient été agréés à la cour du dieu noir – le seul qui fût fiable et digne de vénération (celui qui justement avait une gueule de dragon, et dont j'ai parlé). Mais on n'y croyait pas toujours, et plusieurs affirmaient que l'Homme-Crabe les avait simplement dévorés.

En tout cas la procession s'avançait, et les prêtres portaient des masques horribles, démoniaques, hideux – représentant des animaux de la mer, et attirant dans leur âme leurs esprits sauvages. 

Le premier d'entre eux arborait un masque de crabe, se prenant pour Ormokong même, ou prétendant le représenter spécialement. Un autre derrière lui avait un masque de pieuvre, puis un autre un masque de requin, puis un autre un masque de 00000000.jpgméduse – et on disait que, la nuit, ces prêtres, véritables sorciers, pouvaient se changer en ces animaux de la mer, et rôder le long des rivages, et rencontrer en tout cas l'Homme-Crabe dans son palais auguste, sous la mer.

Or sur la plage sous les yeux de l'Homme-Météore et de l'Homme-Fétiche traînaient-ils des moutons destinés au sacrifice – ainsi qu'une ravissante jeune fille qui marchait comme en transe, ou bien ainsi qu'un somnambule: sans doute avait-elle été droguée. Elle se pensait habitée par un démon, en sa semi-conscience; et elle le prenait pour un dieu. Lles prêtres assurément s'étaient arrangés pour que cela fût effectivement le cas – car ils en avaient le pouvoir, enseigné par Ormokong, ils en possédaient en tout cas des rudiments.

L'Homme-Fétiche murmura, et apprit à l'Homme-Météore qu'avant de prendre d'assaut la plate-forme il fallait s'occuper de cette procession de malandrins, laquelle il ne s'était pas attendu à trouver, mais qu'il lui expliqua rapidement, en quelques mots; car il tenait de son oncle et de ses frères en initiation les tenants et les aboutissants de ce culte infâme et de ses rituels atroces, qui étaient resurgis d'un passé qu'on pensait révolu. 

L'Homme-Météore acquiesça, montrant qu'il avait parfaitement compris, et, calmement, les deux se dirigèrent vers la théorie des prêtres et des officiants, qui cependant venait vers eux. Puis ils l'attendirent et, quand elle fut à sa portée, les prêtres masqués tournèrent légèrement la tête dans leur direction, mais firent mine de ne les avoir point vus. L'instant d'après, néanmoins, comme l'Homme-Fétiche s'y attendait, des gardes armés se détachèrent de la procession, et, tenant fermement leurs mitraillettes, firent pas vers eux.

Le béret mauve dont chacun était coiffé arborait l'or d'un crabe aux yeux rouges. Ils étaient cinq, et un long poignard, dans une gaine richement décorée, pendait à leur ceinture, en plus d'un pistolet à la crosse dorée. Leurs fusils d'assaut étaient ornés du même crabe aux yeux rouges, et de curieuses inscriptions étaient sur leurs fûts, dans une langue inconnue – et un alphabet, si 00000000.pngc'en était un, qui ne l'était pas moins. Apparemment ces fusils avaient été bénis au cours d'un autre rituel propitiatoire: ceints d'une flamme étrange ils brillaient même en plein jour, et un éclat obscur était sur eux, démoniaque, inquiétant. Sur la crosse, des pierreries en forme d'étoiles jetaient des feux. 

On pouvait reconnaître en eux des gardes d'élite, adoubés de la puissance occulte de l'Homme-Crabe. (Elle leur avait été délivrée par ses disciples, secte infâme aux déviances épouvantables mais aux ressorts profonds, enracinée dans les traditions les plus obscures du pays, et de quelques autres où l'Homme-Crabe s'était initié à d'aucuns mystères qu'il vaut mieux ne pas répéter ici.)

L'Homme-Météore voyait sur ces armes une ombre molle et épaisse, marquant une présence qu'il n'identifiait pas, mais qui l'effrayait assurément. 

Toutefois la fabrication physique des fusils marquait une origine russe – et un achat sans doute illicite, au sein d'une contrebande incontrôlée. La puissance de feu en était objectivement grande, de toute façon.

Les cinq gardes s'approchèrent, et on ne pouvait guère les distinguer entre eux, car ils portaient des masques de protection, qui par leurs visières de plastique noir rappelaient la face d'un insecte géant. Leurs bouches étaient également masquées, par des micros amplifiant leurs voix. 

Celui qui était le plus en avant (car ils avançaient en quinconce) leur ordonna, d'une voix métallique et tonitruante, de s'écarter immédiatement, sous peine de fusillade sans sommation.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à l'affrontement prévisible entre les gardes de la Procession, et les deux protecteurs célestes nos amis.

26/06/2021

L'Homme-Météore et l'attaque de Kribi

0000000000000.jpgDans le dernier épisode de cette monumentale série, nous avons laissé l'Homme-Météore alors qu'il venait d'arriver en vue de Kribi au Cameroun afin de délivrer le pays de la tyrannie du terrible dieu-crabe, Ormokong.

Un rivage sablonneux s'étendait le long de la mer écumante, parsemé de rochers jaunes. Pris entre une forêt d'un beau vert tendre et une eau infinie qui roulait ses vagues grises, il se montra aux deux amis de loin, tache dorée dans l'immense paysage. Ils y descendirent, y posant leurs pieds puissants, et faisant voler autour de leur corps des volutes de sable fin.

Là, l'Homme-Fétiche leva la main, puis pointa le doigt vers une plate-forme pétrolière qui élevait à l'horizon sa silhouette sombre, derrière l'air bleu de la mer. 

Ouvrant la bouche pour parler il eut tôt fait de révéler à l'Homme-Météore que l'armée d'Ormokong, l'Homme-Crabe, l'avait prise d'assaut deux semaines auparavant – et désormais l'occupait, maintenant les employés sous la menace des armes et la vue de plusieurs cadavres, emblèmes de leur mort possible. Ces défunts, jetant la terreur sur les rescapés, n'avaient point été 000000000000.jpgparticulièrement rebelles aux assaillants; plutôt choisis au hasard, ils avaient souvent été tués d'un seul coup, sans prévenir, afin que le règne de l'arbitraire fît perdre toute raison et tout sens des choses à ceux qui avaient survécu. Mais ceux qui avaient marqué de la rébellion avaient été tués d'une façon atroce; trois avaient été décapités, pour que la vue en soit plus frappante, et la terreur plus profonde, et un avait même été mutilé au préalable, dans une sorte de rituel horrible. 

Les bandits en avaient diffusé les images et, par ses capteurs spéciaux, l'Homme-Fétiche les avait perçues sur son ordinateur; car, dans sa base, il était muni d'une remarquable technologie, en ayant appris l'art à l'école d'ingénieur de Saint-Maur-des-Fossés. Des rapports circonstanciés avaient été échangés entre les services spéciaux du ministère camerounais des armées et le gouvernement, et l'Homme-Fétiche les ayant interceptés, il était au courant de ce qui se passait sur la plate-forme.

Sans doute, il n'était pas en droit de voler de tels secrets; mais il le faisait pour le bien du monde et du Cameroun son pays d'origine, qu'il aimait d'amour tendre, et il ne diffusait nulle part autour de lui ces connaissances rares. Il espérait qu'un jour le 000000000.jpggouvernement camerounais le reconnaîtrait comme auxiliaire indispensable, et lui vouerait toute sa confiance, mais il savait qu'il était encore peu connu de lui, et qu'il fallait déjà qu'il fît ses preuves, en réalisant notamment des exploits à son service. C'était le jour où cela pouvait advenir, en vérité, et il demandait à l'Homme-Météore de l'y aider, comme on l'a saisi.

Les pirates de la plate-forme, quoi qu'il en soit, recueillaient pour le compte de leur maître infâme le pétrole qui arrivait du Tchad par d'énormes tuyaux traversant la forêt tropicale et plongeant dans les eaux de la mer, et le confisquaient et le subtilisaient pour le vendre à prix préférentiel à des organisations douteuses, qui enfin le replaçaient dans le marché légal avec une marge confortable. Pratique ordinaire, qui n'a point besoin d'être détaillée, et qui s'est faite dans d'autres endroits.

Or, l'Homme-Fétiche expliqua à son ami l'Homme-Météore qu'il leur fallait commencer la libération de Kribi et de tout le Cameroun par la reprise, sur les pirates de l'Homme-Crabe Ormokong, de cette plate-forme, car elle était, en ce moment, une des principales rentrées d'argent de son organisation occulte, et un des principaux moyens, par conséquent, de recrutement dans son armée infâme. Il utilisait une partie de cet argent pour séduire le peuple par des subventions de toute sorte, promettant, comme à l'accoutumée, l'égalité et le rétablissement de la justice aux plus pauvres et aux plus brimés, l'accomplissement de la vengeance sur les oppresseurs et les riches arrogants. Et de plus en plus de gens étaient sensibles à ces idées, surtout lorsqu'ils s'accompagnaient de dons en argent – et de création d'hôpitaux, d'écoles, de titres honorifiques 00000000.jpgstipendiés et d'emplois faciles, consistant à surveiller ce que faisaient les autres sans rien faire soi-même, comme cela se fait couramment dans les pays corrompus. Ensuite ils le rapportaient aux officiers qui entouraient l'Homme-Crabe Ormokong, et en obtenaient des récompenses spéciales, immonde pratique.

De cette manière, le règne du sorcier maudit se répandait – et, par lui, celui des dieux noirs qui dorment au fond de la Terre, et en rêvant recrutent des adeptes, et constituent des sectes. Car l'un de ces êtres entretenait avec lui des relations toutes spéciales, grâce auxquelles il développait inlassablement ses pouvoirs; mais, en contrepartie, son âme était entre ses griffes lentes et lourdes, et il était intérieurement dévoré par ce fils de Mardon, géant du passé immémorial à la gueule de dragon.

De son cœur cet être se nourrissait, et voici! remuait dans son sommeil, tendant toujours plus au réveil. Et Ormokong croyait qu'il en viendrait une ère nouvelle, un paradis terrestre dont il serait le prince sensible, et tout-puissant. 

Il ne voyait pas qu'il en était écrasé, et vidé dans son âme, il se croyait plus fort grâce à cela, car sa conscience s'éteignait, en plongeant dans l'abîme pour y toucher cet allié.

Sur le rivage, cependant, l'Homme-Météore vit une procession se dérouler, venant du bourg aux deux avenues jaunes. Car Ormokong exigeait qu'on abandonnât le culte chrétien et qu'on retournât à l'ancienne religion des Esprits de la Mer, et qu'on leur sacrifiât des animaux, mais aussi des êtres humains. Or, c'était le jour où l'on devait leur sacrifier une jeune fille vierge en la noyant dans l'eau salée, et en la livrant aux créatures marines. 

Mais il est temps, chers amis lecteurs, de laisser là cet épisode, avant de revenir à cette histoire dans quelque temps, pour un nouvel épisode voyant les premiers combats au Cameroun de l'Homme-Météore, soutenu par son ami l'Homme-Fétiche.