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<title>Savoyard de 24 Heures</title>
<description>Le blog vaudois de Rémi Mogenet</description>
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<lastBuildDate>Thu, 18 Mar 2010 16:42:07 +0100</lastBuildDate>
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<title>Victor Hugo et le dieu Éros</title>
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<author>noreply@blog.24heures.ch (Rémi Mogenet)</author>
<category>Spiritualités</category>
<pubDate>Thu, 18 Mar 2010 13:27:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/01/00/944409810.jpg&quot; alt=&quot;eros.jpg&quot; id=&quot;media-17182&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;On raconte souvent les histoires salaces qui entourent la vie privée de Victor Hugo, pour qui à cet égard les difficultés ont commencé quand sa femme n’a plus voulu remplir son devoir conjugal. Sa vie durant, il hésita entre l’aspiration à une pure lumière détachée de la chair, et la force de celle-ci, qui s’emparait de son esprit, et influait sur ses actions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il condamna le principe de la littérature érotique et les écrits, en particulier, du marquis de Sade, ne voulant pas donner aux voluptés charnelles un attrait moral qui eût résonné dans l’esprit du public, mais certains de ses textes n’en témoignent pas moins de ses tribulations intimes, comme le montre un poème des &lt;em&gt;Contemplations&lt;/em&gt; qui date de 1855, plus de vingt ans après la défection, au lit, de sa femme:&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Oh! par nos vils plaisirs, nos appétits, nos fanges,&lt;br /&gt; Que de fois nous devons vous attrister, archanges;&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/00/1799195333.jpg&quot; alt=&quot;larmes_prado_st_jean.jpg&quot; id=&quot;media-17185&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;C’est vraiment une chose amère de songer&lt;br /&gt; Qu’en ce monde où l’esprit n’est qu’un morne étranger,&lt;br /&gt; Où la volupté rit, jeune, et si décrépite!&lt;br /&gt; Où dans les lits profonds l’aile d’en bas palpite,&lt;br /&gt; Quand, pâmé, dans un nimbe ou bien dans un éclair,&lt;br /&gt; On tend sa bouche ardente aux coupes de la chair&lt;br /&gt; A l’heure où l’on s’enivre aux lèvres d’une femme,&lt;br /&gt; De ce qu’on croit l’amour, de ce qu’on prend pour l’âme,&lt;br /&gt; Sang du cœur, vin des sens âcre et délicieux,&lt;br /&gt; On fait rougir là-haut quelque passant des cieux!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Hugo avait des remords de sa vie privée irrégulière, voire dissolue, et il ne s’agissait pas, pour lui, de jeter un quelconque anathème, mais bien, indirectement, de se confesser, et de méditer sur lui-même.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il haïssait les anathèmes religieux, parce qu’ils n’avaient pas de compassion pour les faiblesses humaines.&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/02/842000143.jpg&quot; alt=&quot;Victor Hugo.jpg&quot; id=&quot;media-17184&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt; On se souvient à cet égard de ses plaidoyers en faveur des prostituées, ou même, contre la peine de mort. Car Claude Gueux, qu’il défendit, avait tué un gardien de prison qui l’avait persécuté notamment en le privant de l’amitié en réalité très &lt;em&gt;rapprochée&lt;/em&gt; d’un autre détenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hugo, semble-t-il, n’entrevoyait pas de possibilité de résister efficacement à l’appel de la chair. Il parla dans le même sens des couvents de femmes. Dans &lt;em&gt;Les Chants du crépuscule&lt;/em&gt;, en 1835, alors qu’il venait de rencontrer Juliette Drouet, il fait part encore de ses peines intimes en comparant l’âme d’un voyageur à celle d’une cloche d’airain d’église que les impies ont couverte de blasphèmes et d’inscriptions salaces: l’âme de ce voyageur a été infectée par des passants qui cette fois ne sont pas des cieux, mais de la rue, et qui ont distillé le venin des passions, ont cherché à placer, pour accéder à l’amour, devant les yeux du voyageur, le chemin des sens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, comme à la fin des &lt;em&gt;Contemplations&lt;/em&gt;, dans un second mouvement, il évoque, ici, l’harmonie finale, le chant universel au sein duquel toute chose sera mise dans le sein de Dieu, si l’on peut dire: tout, transfiguré, se mêlera dans la lumière d’un hymne grandiose, pur, serein, où toute souillure s’estompera - sera effacée. Car l’enfer devra s’arrêter, dans un monde où Dieu triomphera complètement. Les démons seront dissipés par la lumière, consumés par le feu: ils n’existeront donc plus!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/Images/NePasOuvrir/0/A0132.jpg&quot; alt=&quot;A0132.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Hugo, de fait, se disait et se voulait rempli d’espérance, avant tout. Il regardait non l’anathème divin - un jugement éventuellement sévère -, mais le pardon, et la rédemption, grâce à sa foi en l’avenir, en Dieu, au-delà des lois humaines, des dogmes. Au demeurant, saint Paul aussi faisait prévaloir la foi sur la loi. Mais ici, Hugo fait davantage penser à Pierre Teilhard de Chardin, qui fit du Progrès une mystique.&lt;/p&gt;
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<title>Nirvana, en cette vie</title>
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<author>noreply@blog.24heures.ch (Rémi Mogenet)</author>
<category>Spiritualités</category>
<pubDate>Thu, 11 Mar 2010 14:19:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/01/1665853812.jpg&quot; alt=&quot;the-way-to-nirvana.jpg&quot; id=&quot;media-17038&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Il existe une tradition mystique qui dit que de son vivant même, on peut entrer dans le sein de Dieu. En France, Mme Guyon en est l’emblème. Elle eut explicitement ce but. Elle raconte même, dans le récit de sa vie, avoir rencontré un personnage étrange, envoyé par la Providence, et qui mystérieusement&amp;nbsp;se disait ancien &lt;em&gt;portefaix&lt;/em&gt;, qui lui avait déclaré qu’elle devait le viser, et pouvait y parvenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;David Lynch, dans son livre &lt;em&gt;Catching the Big Fish&lt;/em&gt;, fait plus ou moins de la Méditation Transcendantale une source d’ineffable joie dès cette vie, et même, le secret de la vie heureuse sur Terre, y compris sur le plan social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela n’est pas sans rapport avec le poème &lt;em&gt;Élévation&lt;/em&gt;, de Baudelaire, qui y affirme éprouver une &lt;em&gt;volupté&lt;/em&gt; sans nom parce que son esprit se meut &lt;em&gt;avec agilité&lt;/em&gt; dans une &lt;em&gt;immensité profonde&lt;/em&gt;, &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/02/744353239.jpg&quot; alt=&quot;Etoiles.jpg&quot; id=&quot;media-17037&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;par delà les &lt;em&gt;sphères étoilées&lt;/em&gt;. Il dit comprendre dès lors &lt;em&gt;le langage des fleurs et des choses muettes&lt;/em&gt;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soupçon est toujours jeté, sur cette tendance mystique, que l’amour de Dieu ou du monde divin soit en fait mêlé aux sens, qu’il s’appuie sur des idoles, des figures de l’imagination ne renvoyant qu’à la chair - et au monde visible. Cependant, Lynch et Baudelaire se sont rejoints aussi dans une épuration toujours plus grande, au cours de leur vie, du sentiment mystique: le second s’est comme dégagé des images orientales qui ramenaient en réalité ce sentiment vers le terrestre - bien que l’éloignement dans l’espace ait pu d’abord faire illusion -, et le premier s’est adouci, on ne peut le nier, n’hésitant même plus à confesser - assez récemment - qu’il croit en un &lt;em&gt;Père tout-puissant et miséricordieux&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre grand poète qui a suivi le même cheminement est Jean de La Fontaine, qui fut épicurien, avant de se laisser gagner par la piété, et qui, en attendant, fit de sublimes poèmes, souvent remplis d’un merveilleux &lt;img src=&quot;http://www.onelittleangel.com/common/images/auteur/Paradis_388.jpg&quot; alt=&quot;Paradis_388.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;touchant véritablement au divin, sur le modèle d’Ovide, et en même temps, comme celui-ci, rempli de sensualité et ambigu: voyez &lt;em&gt;Adonis&lt;/em&gt;. La Fontaine eut un sentiment du divin dans la nature, avant de se convertir complètement au christianisme, à la fin de sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rudolf Steiner pensait lui aussi que l’âme pouvait pénétrer le monde spirituel même avant la mort, bien que l’orthodoxe François de Sales, par exemple, eût dit qu’il fallait attendre l’effacement du monde sensible pour que l’œil exercé par la piété et la dévotion pût, après ce Seuil, distinguer en pleine lumière - mais sans éblouissement - Dieu et ses anges, et jusqu’à la Cité sainte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, Thomas a Kempis, dans l'&lt;em&gt;Imitation de Jésus-Christ&lt;/em&gt;, dit que bien qu'il ne faille effectivement pas s’adonner à la curiosité, en la matière, la foi peut susciter la grâce de la révélation, en cette vie même, des secrets de Dieu: &lt;em&gt;Je me plairais à vous faire entendre ma parole, et à vous révéler mes secrets, si vous étiez, quand je viens à vous, toujours attentif et prêt à m’ouvrir la porte de votre cœur&lt;/em&gt; (3, XXIV). Steiner, qui était un grand adepte de Thomas a Kempis, s’exprima en réalité dans&amp;nbsp;un sens comparable. Les vertus à ses yeux&amp;nbsp;donnaient à l’âme une forme stable et solide, la &lt;em&gt;construisaient&lt;/em&gt;, en quelque sorte, la rendant ainsi apte à recevoir des perceptions suprasensibles. Jeanne Guyon alla aussi dans cette direction: grâce à la &lt;em&gt;foi nue&lt;/em&gt;, délivrée des visions délirantes &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/01/673873444.jpg&quot; alt=&quot;AmentiTablets.jpg&quot; id=&quot;media-17040&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;nées de la nature inférieure de l'homme - les fantasmes issus des passions humaines, en d'autres termes&amp;nbsp;-, le Verbe parlait à l’âme, et se révélait dans sa nature propre. Et Jeanne Guyon, ainsi, put évoquer le monde spirituel, la hiérarchie des Saints et leur situation dans les cieux, alors même qu’elle n’avait jamais cherché, disait-elle, à posséder des connaissances spéciales. Il s’agit bien d’une &lt;em&gt;grâce&lt;/em&gt;: accéder par un autre biais au &lt;em&gt;nirvana&lt;/em&gt; - en forçant la porte des cieux, si l’on peut dire -, est périlleux; cela peut même être fatal. Mais la possibilité de cette grâce n’en demeure pas moins. Et si elle n’est pas donnée en cette vie, dira-t-on, à la suite des mystiques je viens de citer, elle peut l'être dans une autre, dans le Ciel ou sur Terre - s’il est d’autres vies sur la seconde, comme Steiner le croyait, à la suite des pythagoriciens et des hindouistes.&lt;/p&gt;
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<title>Lamartine et le ciel de l'âme</title>
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<author>noreply@blog.24heures.ch (Rémi Mogenet)</author>
<category>Lettres</category>
<pubDate>Thu, 04 Mar 2010 14:27:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/01/01/589125725.jpg&quot; alt=&quot;Principautés - céleste armée.jpg&quot; id=&quot;media-16848&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Victor Hugo disait de Lamartine qu’il avait rapporté de ses voyages intérieurs des mondes grandioses et mystiques, et on croit trop, aujourd’hui, que le poète du &lt;em&gt;Lac&lt;/em&gt; se contenta de chanter la nature et ses sentiments domestiques, car il fut fréquemment bien plus &lt;em&gt;cosmique&lt;/em&gt;. En atteste, par exemple, son &lt;em&gt;Hymne de la mort&lt;/em&gt;, dans ses &lt;em&gt;Harmonies poétiques et religieuses&lt;/em&gt;, qui évoque le cheminement de l’âme après qu’elle a quitté le corps. Le poète s’y adresse prophétiquement à lui-même:&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Tu vas voir la céleste armée&lt;br /&gt; Déployer ses orbes sans fin,&lt;br /&gt; Comme une poussière animée&lt;br /&gt; Qu’agite le souffle divin.&lt;br /&gt; Ces doux soleils dont ta paupière&lt;br /&gt; Devinait de loin la lumière&lt;br /&gt; Vont s’épanouir sous tes yeux,&lt;br /&gt; Et chacun d’eux dans son langage&lt;br /&gt; Va te saluer, au passage,&lt;br /&gt; Du grand nom que chantent les cieux!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/01/1039710391.jpg&quot; alt=&quot;assomption1.jpg&quot; id=&quot;media-16849&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;C’est moins coloré d’images féeriques que Victor Hugo, mais cela a de la noblesse, de la grandeur:&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Tu verras quels êtres habitent&lt;br /&gt; Ces palais flottants de l’éther,&lt;br /&gt; Qui nagent, volent ou palpitent,&lt;br /&gt; Enfants de la flamme et de l’air,&lt;br /&gt; Chœurs qui chantent, voix qui bénissent,&lt;br /&gt; Miroirs de feu qui réfléchissent,&lt;br /&gt; Ailes qui voilent Jéhovah;&lt;br /&gt; Poudre vivante de ce temple&lt;br /&gt; Dont chaque atome le contemple,&lt;br /&gt; L’adore et lui crie: Hosannah!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Les esprits du Ciel, chez Lamartine, se rapportent à Dieu, convergent vers lui, au sein d’une conception plus classique mais plus nette, plus pure que chez l’auteur des &lt;em&gt;Contemplations&lt;/em&gt;:&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Là sont tant de larmes versées&lt;br /&gt; Pendant ton exil sous les cieux.&lt;br /&gt; Tant de prières élancées&lt;br /&gt; Du fond d’un cœur tendre et pieux;&lt;br /&gt; Là tant de soupirs de tristesse,&lt;br /&gt; Tant de beaux songes de jeunesse!&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/01/898971902.jpg&quot; alt=&quot;White Dreams.jpg&quot; id=&quot;media-16847&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Là les amis qui t’ont quitté,&lt;br /&gt; Épiant ta dernière haleine,&lt;br /&gt; Te tendent leur main déjà pleine&lt;br /&gt; Des dons de l’immortalité!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; Comme le paradis de saint François de Sales, celui de Lamartine est rempli de l’amour des êtres chers, et comme celui de David Lynch, je crois, il est également luisant du feu des premiers rêves! Les déceptions y trouvent ce qu’elles cherchaient, enfin:&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Ne vois-tu pas des étincelles&lt;br /&gt; Dans les ombres poindre et flotter?&lt;br /&gt; N’entends-tu pas frémir les ailes&lt;br /&gt; De l’esprit qui va t’emporter?&lt;br /&gt; Bientôt, nageant de nue en nue,&lt;br /&gt; Tu vas te sentir revêtue&lt;br /&gt; Des rayons du divin séjour,&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/01/00/1591041482.png&quot; alt=&quot;retourdu Christ 2.png&quot; id=&quot;media-16850&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Comme une onde qui s’évapore&lt;br /&gt; Contracte, en montant vers l’aurore,&lt;br /&gt; La chaleur et l’éclat du jour.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’aime Lamartine, malgré son côté un peu mécanique, qui renvoie, disons, à la peinture d’un Géricault - Hugo reflétant plutôt Delacroix. Ce fut un grand homme, qu’on méconnaît trop - notamment, je pense, parce qu’il ne donna pas dans l’exotisme, tant dans ses figures que dans ses idées. Mais le bouillonnement des poètes qui le suivront manque souvent de socle: c’est un bouillon de fumées ne portant que plus ou moins le feu initial!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis Lamartine adorait nos montagnes et nos lacs. Il faut lui rendre grâce.&lt;/p&gt;
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<title>Victor Hugo &amp; les anges</title>
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<author>noreply@blog.24heures.ch (Rémi Mogenet)</author>
<category>Culture</category>
<pubDate>Thu, 25 Feb 2010 08:03:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/01/98045779.jpg&quot; alt=&quot;ange-de-lannonciation-fra-angelico.jpg&quot; id=&quot;media-16685&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Victor Hugo a toujours aimé le merveilleux, notamment dans sa poésie, et dans sa jeunesse, comme il était encore très tributaire de la religion catholique traditionnelle, il a volontiers évoqué les anges, en les reliant notamment à l’enfance. Car les enfants, selon Jésus, ont un lien direct avec Dieu, et avec leurs anges: ils se confondent quasiment avec eux. Ce merveilleux chrétien était d'ailleurs conforme aux principes énoncés par Chateaubriand dans son &lt;em&gt;Génie du christianisme&lt;/em&gt;, dont Hugo avait été un lecteur enthousiaste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les &lt;em&gt;Feuilles d’automne&lt;/em&gt;, ainsi, le célèbre poète, évoquant le doux sommeil d’un enfant, dit:&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Il dort, innocence!&lt;br /&gt; Les anges sereins&lt;br /&gt; Qui savent d’avance&lt;br /&gt; Le sort des humains,&lt;br /&gt; Le voyant sans armes,&lt;br /&gt; Sans peur, sans alarmes,&lt;br /&gt; Baisent avec larmes&lt;br /&gt; Ses petites mains.&lt;br /&gt; Leurs lèvres effleurent&lt;br /&gt; Ses lèvres de miel.&lt;br /&gt; L&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/01/1977900867.jpg&quot; alt=&quot;ange à l'enfant.jpg&quot; id=&quot;media-16691&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;’enfant voit qu’ils pleurent&lt;br /&gt; Et dit: Gabriel!&lt;br /&gt; Mais l’ange le touche,&lt;br /&gt; Et, berçant sa couche,&lt;br /&gt; Un doigt sur sa bouche,&lt;br /&gt; Lève l’autre au ciel!&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un autre poème, il dit de quelle façon l’ange gardien se trouve toujours à côté de l’enfant qui prie:&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Quand elle prie, un ange est debout auprès d’elle,&lt;br /&gt; Caressant ses cheveux des plumes de son aile,&lt;br /&gt; Essuyant d’un baiser son œil de pleurs terni,&lt;br /&gt; Venu pour l’écouter sans que l’enfant l’appelle,&lt;br /&gt; Esprit qui tient le livre où l’innocence épelle,&lt;br /&gt; Et qui pour remonter attend qu’elle ait fini.&lt;br /&gt; […]&lt;br /&gt; Il prend tout, pleurs d’amour et soupirs de douleur;&lt;br /&gt; Sans changer de nature il s’emplit de cette âme,&lt;br /&gt; Comme le pur cristal que notre soif réclame&lt;br /&gt; S’emplit d’eau jusqu’aux bords sans changer de couleur.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/02/52268923.jpg&quot; alt=&quot;ange-gardien.jpg&quot; id=&quot;media-16688&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Ah! c’est pour le Seigneur sans doute qu’il recueille&lt;br /&gt; Ces larmes goutte à goutte et ce lis feuille à feuille!&lt;br /&gt; Et puis il reviendra se ranger au saint lieu,&lt;br /&gt; Tenant prêts ces soupirs, ces parfums, cette haleine,&lt;br /&gt; Pour étancher le soir, comme une couple pleine,&lt;br /&gt; Ce grand besoin d’amour, la seule soif de Dieu!&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il appelle encore l’ange gardien des enfants le &lt;em&gt;céleste ami&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Qui le jour et la nuit lui fait une défense&lt;br /&gt; De ses ailes d’azur!&lt;br /&gt; Invisible trépide où s’allume sa flamme!&lt;br /&gt; Esprit de sa prière, ange de sa jeune âme,&lt;br /&gt; Cygne de ce lac pur!&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut dire que dans ce recueil, Hugo conseille de féconder le monde tel qu’on le perçoit d’un &lt;em&gt;monde intérieur d’images, de pensées,&lt;/em&gt;&lt;br /&gt; &lt;em&gt;De sentiments, d’amour, d’ardente passion,&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Et de remplacer celui-ci par celui-là, en mêlant &lt;em&gt;son âme à la création&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/02/1476998420.jpg&quot; alt=&quot;anges monde fabuleux.jpg&quot; id=&quot;media-16689&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Il évoque aussi Lamartine qui, selon lui - et je lui donne raison - a exploré le monde invisible et en est revenu glorieux avec sur le front, pour ainsi dire, l’image splendide des vivants mystères - un univers lumineux où se dressent&lt;br /&gt; &lt;em&gt;Des monts d’agate et de porphyre&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;- faisant du poète du &lt;em&gt;Lac&lt;/em&gt; un Christophe Colomb mystique. Hugo dit qu’il veut suivre son glorieux exemple, et il s’y emploiera bientôt, comme on ne l’ignore pas, mêlant alors les anges à l’histoire, et faisant renverser le démon de la Bastille par l’ange de la Liberté!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce romantisme qui se faisait dans la foulée de Joseph de Maistre avait une certaine force, une certaine noblesse. Les poètes étaient redevenus des &lt;em&gt;eubages&lt;/em&gt;, pour parler comme Blaise Cendrars.&lt;/p&gt;
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<title>Saint Paul et le IIIe Ciel</title>
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<author>noreply@blog.24heures.ch (Rémi Mogenet)</author>
<category>Spiritualités</category>
<pubDate>Wed, 17 Feb 2010 08:59:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://31.img.v4.skyrock.net/314/sohtym/pics/583630929_small.jpgDans&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://31.img.v4.skyrock.net/314/sohtym/pics/583630929_small.jpg&quot; alt=&quot;583630929_small.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Dans un écrit que j’ai récemment entendu lire sur une scène, &lt;em&gt;Valère Novarina&lt;/em&gt; évoque saint Paul dans des termes que je pense plus propres à lui qu’à saint Paul même, en disant que celui-ci, lorsqu’il eut sa vision du chemin de Damas, ne savait pas s’il se trouvait face au Vide ou face à Dieu. Or, dans la traduction ordinaire du passage de la lettre où il en parle, on trouve plutôt qu’il ne sait pas s’il s’est rendu avec son corps dans le &lt;em&gt;Troisième Ciel&lt;/em&gt;, ou seulement en esprit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai le sentiment que Novarina traduit par &lt;em&gt;vide&lt;/em&gt; ce qui était seulement&amp;nbsp;&lt;em&gt;sans corps&lt;/em&gt;. De fait, chez Jean-Paul Sartre et les philosophes modernes en général, le vide ou le néant est apparenté à l’esprit, puisque la matière est regardée spontanément comme un absolu de l’existence, par eux. Mais saint Paul ne s’exprimait évidemment pas de cette manière; le matérialisme moderne lui était complètement étranger. Dans d’autres passages de ses lettres, il dit que l’être humain a un corps spirituel, en plus du corps charnel, et que c’est ce corps spirituel qui doit devenir immortel, être glorifié aux cieux à la suite de Jésus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fonde toute la morale sur cette distinction, du reste: les mauvais penchants sont ceux qui, dans l’âme, viennent de la chair, et les bons, ceux qui viennent de l’esprit. Cela signifie que, pour lui, l’esprit est une réalité, a une substance, et qu’il tient l’âme humaine comme le fait la chair, quoique dans un sens opposé: l’âme a aussi un Ciel et une Terre. Cela a une logique, et la morale qu’il prône ne se déploie pas dans l’abstrait, en dehors de la nature humaine (telle qu’il la conçoit).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img name=&quot;media-16553&quot; src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/00/355496419.jpg&quot; alt=&quot;Saint Paul.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-16553&quot; /&gt;Saint Paul avait en fait quelque chose d’assez ésotérique, qui a généralement été gommé par la tradition, y compris catholique. Le Troisième Ciel renvoie à la hiérarchie des cieux, telle qu’on la concevait aussi dans les milieux pharisiens auxquels saint Paul avait appartenu d’abord (et dont saint &lt;em&gt;Jean&lt;/em&gt; dans son évangile parle, lui-même). A ce &lt;em&gt;Troisième Ciel&lt;/em&gt; correspond une hiérarchie angélique dont il parle souvent dans ses lettres - et qui est présente dans leur version latine (réalisée par saint Jérôme), mais qu’on ne retrouve pas dans la traduction officielle en français -: les &lt;em&gt;Principautés&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n’est pas que saint Paul ait confondu le Christ avec les puissances angéliques, puisqu’il dit, au contraire, que celui-ci les maintient sous son pied, qu’il leur est supérieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il évoque aussi les &lt;em&gt;Puissances&lt;/em&gt; et les &lt;em&gt;Dominations&lt;/em&gt;, mais la traduction officielle ne le montre pas, car elle rassemble ces mots sous celui de &lt;em&gt;puissances invisibles&lt;/em&gt;, ou alors puissances &lt;em&gt;mauvaises&lt;/em&gt;, interprétant alors la pensée de saint Paul, qui disait que l’être humain pouvait se relier au Christ par delà ces puissances qui dirigent la Terre, et donc leur échapper; ce qui ne signifie pas qu’elles sont mauvaises en soi, même si la chair dépend bien d’elles, mais que, par son esprit, l’être humain est absolument libre, s’il a foi en Jésus-Christ.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://4.bp.blogspot.com/_OSXAqUzQCEM/SXuHfbkJEMI/AAAAAAAAGbM/bEITqmF_3w4/s400/La+Chute+des+anges+rebelles.jpg&quot; alt=&quot;La+Chute+des+anges+rebelles.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Cela dit, si l’esprit humain, à cause de cette liberté, se soumet à ces puissances inférieures au Christ, qui ne font que servir le Père éternel, il est bien la proie du diable, ce que le latin traduisant saint Paul mentionne aussi. Car puisque l’esprit humain ne doit se soumettre qu’à Dieu pris absolument, s’il se soumet à une puissance relative - fût-elle céleste -, d’une part, il tombe dans l’idolâtrie, d’autre part, la puissance spirituelle qui accepte cette soumission devient mauvaise, puisqu’elle essaye de prendre la place de Dieu, auquel cette soumission est réservée; elle devient comme &lt;em&gt;Lucifer&lt;/em&gt;, et doit être rejetée des cieux. (Mais cette &lt;em&gt;chute des anges&lt;/em&gt; est plutôt racontée par saint &lt;em&gt;Pierre&lt;/em&gt;, dans le Nouveau Testament.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Saint Paul, notons-le, s’adressait souvent à des Grecs, ou à des peuples qui leur étaient apparentés, et qui ne devaient pas penser spontanément que les Immortels de leur mythologie propre n’existaient pas; il s’agit donc pour saint Paul de les désigner en les disant soumis au Christ.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il était sous-entendu que les saints remplaceraient sur leur trône les mauvais anges; la &lt;em&gt;Légende dorée&lt;/em&gt; le dit explicitement. Jeanne Guyon en parle aussi. Lucifer était justement censé venir du Troisième Ciel, je crois.&lt;/p&gt;
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<title>Gnose &amp; Islam en Occident</title>
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<author>noreply@blog.24heures.ch (Rémi Mogenet)</author>
<category>Spiritualités</category>
<pubDate>Wed, 10 Feb 2010 12:59:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/01/1482808857.jpg&quot; alt=&quot;corbin.jpg&quot; id=&quot;media-16451&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;L’Islam, nous dit &lt;em&gt;Henry Corbin&lt;/em&gt;, a un fond gnostique, et c’est cela qui fréquemment gêne les Occidentaux, je crois. Une pensée ésotérique qui se confine elle-même dans des monastères, ou des montagnes quasi inaccessibles -&amp;nbsp;comme celles du&amp;nbsp;Tibet - ne gêne pas, certes, parce qu’elle laisse, en fait, les régimes occidentaux hérités de l’ancienne Rome se diriger selon des principes tendant somme toute au matérialisme - fondés sur les conditions objectives de la vie terrestre. Or, l’Islam a aussi un projet social, énonce aussi des règles, étant issu, somme toute, de la tradition qui vit également Moïse énoncer des lois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute, en son sein même, la tendance gnostique est plus ou moins forte, et les Ismaéliens, par exemple, ont été confinés eux aussi dans les montagnes parce que, dit - à peu près - Corbin, leur penchant pour l’ésotérisme était fort. La voie mystique de François de Sales peut elle-même s’être imposée à l’extérieur des monastères, en Savoie, parce que celle-ci était et reste montagneuse, &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/00/66728911.jpg&quot; alt=&quot;Mahomet sur les épaules de Gabriel.jpg&quot; id=&quot;media-16452&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;à son tour, et, en France, sa disciple en esprit Jeanne Guyon a bien ressenti le rejet dont cette voie d’oraisons intérieures était l’objet, avouant même ne s’être sentie pleinement libre, en conscience, de la suivre, qu’à partir du moment où elle eut acquis le projet de partir pour le diocèse de Genève - dirigé alors depuis Annecy, comme on sait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Chiites - plus fervents, sur le plan mystique, que les Sunnites, assure, encore, Corbin - sont globalement minoritaires; néanmoins, même cette branche de l’Islam a un projet social, quoiqu’il soit chargé de perspectives grandioses, prophétiques - confinant à l’utopisme, dirions-nous en Occident. Car les Chiites - dit, toujours, Corbin - attendent le &lt;em&gt;XIIe Imâm&lt;/em&gt;, qui vit caché dans une sorte d’Intermonde depuis de nombreux siècles, et son retour parmi les hommes sera le début d’une ère nouvelle, faite de justice, de paix, de fraternité universelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/49/180px-Miraj_by_Sultan_Muhammad.jpg&quot; alt=&quot;180px-Miraj_by_Sultan_Muhammad.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;De toute façon, jusqu’au sein de la tradition sunnite, ce qui est juste émane de la parole de l’archange Gabriel saisie par le Prophète: on ne l’ignore pas. Le raisonnement n’est pas établi à partir de considérations sur les conditions de vie terrestres, mais à partir de l’inspiration et de la révélation d’un homme en liaison intime avec un être divin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La tendance gnostique, on le sait, l’Eglise catholique - dès l’origine marquée par la tradition romaine, latine - l’a rejetée, adoptant une voie plus rationaliste, quoiqu’on en dise. L’Occident s’y oppose. Pourtant, Jean-Jacques Rousseau admettait qu’un sentiment de la justice en soi relié à l’Être suprême habitait tout homme: il en parle dans sa &lt;em&gt;Profession de foi du Vicaire savoyard&lt;/em&gt;. Si on admet une telle idée, il faut logiquement en tirer que même si, en principe, cette conception incite à développer chez l’individu une conscience libre - puisque, dans l’esprit de Rousseau, chacun est directement relié au divin, sans passer par une autorité sacerdotale -, et donc conduit également à un affaiblissement de cette autorité consacrée, on doit accepter, néanmoins, que la libre conscience individuelle puisse se soumettre à une telle autorité - réputée, dès lors, posséder un lien quasi fusionnel avec le fameux &lt;em&gt;Être suprême&lt;/em&gt; des Philosophes. Pourquoi pas? On ne peut pas prouver que c’est impossible. Il s’ensuit qu’au sein d’une république libre, les religions restent totalement légales. &lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/00/338217773.jpg&quot; alt=&quot;Vicaire savoyard.jpg&quot; id=&quot;media-16453&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Cela signifie que même si les arguments habituels, fondés sur les effets matériels bénéfiques de l’action politique, deviennent ici vides de sens, puisqu’on s’appuie sur un sentiment pur, indépendant de la vie terrestre, il ne peut pas être possible d’interdire l’expression de ce sentiment pur de ce qui est &lt;em&gt;juste en soi&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que cela amène des cœurs à se rallier à certaines idées, ou figures, ne prouve même pas l’existence d’une forme de prosélytisme agressif: le choix demeure, et la liberté même suppose que tout doit pouvoir être &lt;em&gt;proposé&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tout cas, c’est mon avis, et je crois à une union plus profonde entre l’Orient et l’Occident - sans pour autant croire que l’un pourra jamais s’imposer définitivement à l’autre.&lt;/p&gt;
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<title>Les Sept Piliers de la République</title>
<link>http://remimogenet.blog.24heures.ch/archive/2010/02/04/les-sept-piliers-de-la-republique.html</link>
<author>noreply@blog.24heures.ch (Rémi Mogenet)</author>
<category>Culture</category>
<pubDate>Thu, 04 Feb 2010 14:49:00 +0100</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/00/960074967.jpg&quot; alt=&quot;Coq gaulois.jpg&quot; id=&quot;media-16379&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Le gouvernement français s’est demandé comment définir l'&lt;em&gt;identité nationale&lt;/em&gt; et, surtout, comment rattacher intérieurement l’ensemble des citoyens à l'&lt;em&gt;idée française&lt;/em&gt;. C’est implicitement reconnaître que la &lt;em&gt;culture commune&lt;/em&gt; enseignée par l’institution éducative ne parle pas aux élèves. De fait, elle est perçue souvent comme abstraite, n’ayant de pas de lien précis avec la vie que mènent les individus. Le château d’Annecy n’a pas de lien clair avec l’histoire de France, par exemple; cela ne l’empêche pas d’être visible depuis presque toutes les parties de l’ancienne capitale du Genevois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois qu’il faut libéraliser la culture au sein de l’Éducation, afin que les enseignants adaptent leur enseignement au public qui se trouve devant eux. Il me paraît anormal que, quand ils accomplissent leur tâche en Haute-Savoie, ils songent à les emmener au château de Versailles avant de les avoir instruits sur le château d’Annecy. Cela coûte cher, et c’est contraire à la logique la plus élémentaire, sur le plan pédagogique. Il faut, en réalité, commencer par explorer culturellement ce qu’on a sous les yeux - et qui, au départ, est seulement physique, et pour ainsi dire vide d’âme, en apparence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/01/463421871.jpg&quot; alt=&quot;Marianne.jpg&quot; id=&quot;media-16375&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Mais alors, dira-t-on, que restera-t-il à l'&lt;em&gt;identité française&lt;/em&gt;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En réalité, elle doit se concentrer dans les symboles de la République, en se déployant au sein d’une discipline particulière qui serait l’extension de ce qu’on appelle l'&lt;em&gt;Éducation civique&lt;/em&gt;. Ces symboles,&amp;nbsp;repères fondamentaux, sont au nombre de sept: la &lt;em&gt;Devise&lt;/em&gt;, l’&lt;em&gt;Hymne&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;Drapeau&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;Coq gaulois&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;Sceau&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Marianne&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;14 Juillet&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette &lt;em&gt;Éducation civique&lt;/em&gt; peut légitimement, à mes yeux, confiner à une sorte de catéchisme: on peut s’appuyer sur une &lt;em&gt;mythologie&lt;/em&gt;, celle que Victor Hugo - avec d’autres - a créée dans ses romans et ses poèmes, et on peut même ériger des &lt;em&gt;autels&lt;/em&gt;, pour ces symboles, des niches ornées qui en impriment le sens sur l’âme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les pouvoirs publics peuvent aussi encourager la &lt;em&gt;création&lt;/em&gt;, dans ce sens: demander à des artistes - peintres,&amp;nbsp;sculpteurs, architectes, poètes,&amp;nbsp;romanciers, dramaturges, musiciens&amp;nbsp;- ou à des&amp;nbsp;philosophes de créer des œuvres grandioses donnant au peuple le sens de la République et illustrant ses glorieux Symboles - à condition qu’ils leur vouent un culte sincère, naturellement, et qui aille jusqu'au mysticisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/02/00/1043154608.jpg&quot; alt=&quot;Ange Bastille.jpg&quot; id=&quot;media-16376&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Ainsi, les choses seront claires, et on ne sera même plus contraint de passer sous silence l’histoire de l’ancienne Savoie, puisqu’un lien national sera créé parallèlement par le culte et l’enseignement des Symboles. De ce point de vue, la Savoie aura le même statut, somme toute, que la France des rois, ou presque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Est-ce qu’on ne peut pas dire que ceux qui seraient opposés à mon idée manqueraient simplement d’esprit républicain - qu’ils ne&amp;nbsp;verraient en la République qu'un costume nouveau pour la vieille France royale? Mais cette &lt;em&gt;ancienne France&lt;/em&gt; ne peut pas réellement concerner tout le monde: c’est une illusion. On n’a pas réussi à faire réciter à l’Afrique: &lt;em&gt;Nos ancêtres les Gaulois&lt;/em&gt; d’une façon durable; la leçon doit en être retenue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://remimogenet.blog.24heures.ch/media/00/00/52604009.jpg&quot; alt=&quot;1789.jpg&quot; id=&quot;media-16378&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Au lieu de chercher à étatiser la culture - qui étend ses ramifications bien au-delà des limites qui sont les siennes, au fond -, la République doit - avec plus d’humilité, mais aussi, en un certain sens, plus d’ambition - créer un courant culturel qui soit pleinement émané d’elle-même, et qui puisse souder les gens autour des idées fortes qui sont les siennes - par-delà les traditions culturelles variées qui traversent en réalité son territoire. Elle doit s’assumer pleinement, sans plus chercher à s’appuyer sur un passé immémorial, remontant aux rois et plus loin encore, et qui à mon avis est plutôt illusoire. Car la République, en tant que telle, ne peut être issue que d’un acte fondamental de &lt;em&gt;liberté&lt;/em&gt;, au sein de l’histoire; elle n’est pas un simple épisode dans la froide mécanique historique. La Révolution de 1789 doit être présentée comme un &lt;em&gt;miracle&lt;/em&gt;, sinon, il devient dérisoire d’en parler, et le peuple s’en détourne. C’est Joseph de Maistre et Victor Hugo qui à cet égard avaient raison, je crois.&lt;/p&gt;
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