09/11/2017

Les perspectives de l'Homme-Météore

pieuvre.jpgDans le dernier épisode de cette geste étonnante, nous avons laissé l'Homme-Météore alias Robert Tardivel alors que, sous sa forme humaine ordinaire, il venait de distinguer la figure globale du mal, dans Paris et toute l'Île de France, grâce à une seconde vue offerte par l'ange qui l'avait métamorphosé en surhomme. Et il avait remarqué que les foyers de ce mal étaient dispersés, et sans rapport clair entre eux.

Bien souvent, tout en bas de l'échelle des êtres, les membres de cet organisme obscur ne savaient pas qu'ils l'étaient: agissant tels des automates, ils laissaient leurs actions se faire seules, ce qui revient à dire qu'elles étaient dirigées à distance par Radsal-Tör, ou l'un de ses disciples en magie noire. Instruits par Radsal-Tör, les initiés de sa secte avaient la remarquable faculté de gouverner les cœurs des hommes faibles. Attisant les désirs, accroissant les peurs, ils manipulaient les âmes avec une dextérité remarquable. Ils pouvaient, en modulant le timbre de leur voix, mouvoir le corps psychique des hommes impressionnables, manquant de personnalité et de volonté. En touchant ici ou là certains d'entre eux, ils avaient la faculté de s'en rendre maîtres, en faire de véritables automates - tout en leur laissant l'illusion qu'ils se conduisaient par eux-mêmes. Mais leurs pensées étaient stériles, pendant que, au-dessous de leur sphère, leurs membres obéissaient aux ordres des sorciers - de telle sorte qu'ils se voyaient à peine agir, et étaient tout surpris de découvrir, rétrospectivement, ce qu'ils avaient fait, si parfois des souvenirs leur en revenaient. Et, se demandant d'où ils venaient, voici qu'ils les attribuaient à d'autres, ou, fous qu'ils étaient! les affirmaient visions prémonitoires.

Et s'il advenait qu'ils avaient mal agi et qu'on le leur reprochait, ils niaient, et le faisaient sincèrement. Ils n'avaient point été attentifs à eux-mêmes, et leur corps avait été la proie de forces inférieures, avec lesquelles les sorciers pactisaient.

Ainsi étendaient-ils leur empire, parlant subtilement aux uns et aux autres, exploitant leurs préjugés, alimentant leurs obsessions, et le faisant sans scrupules, sans avoir de philosophie préférée a priori, sinon celle de leur suprématie: car leur but était d'envahir la Terre et de l'arracher aux puissances du Bien. À Paris une sourde terreur se répandait, sous l'assaut secret de ces mages, et tout le monde craignait tout le robots-futuristic-aliens.jpgmonde, plus personne ne faisait confiance à personne, même les paroles étaient regardées comme vaines et comme faites pour dissimuler le réel, plutôt que le révéler, hélas!

Robert se demanda si la situation n'était pas désespérée et si lui-même n'était pas le jouet d'illusions grossières, s'il valait encore la peine d'agir, si de toute façon l'homme n'était pas toujours un robot dirigé de l'extérieur par des volontés inconnues. Mais une lumière vint en lui, et une paix. Sans qu'il sût d'où lui venait une telle sagesse, il comprit soudain que ces êtres maléfiques ne contrôlaient pas tout, loin de là, et que nombre d'actions même de gens simples et frustes n'étaient pas le fait de ces méchants, mais émanaient de tout autre chose, d'encore plus mystérieux, et qui échappait au mal. Et il s'interrogea pour savoir jusqu'à quel point ceux qui contrôlaient les hommes pour leurs desseins malfaisants n'étaient pas eux-mêmes le jouet de puissances à eux inconnues, qui les suscitaient pour des desseins obscurs, mais en dernière instance bénéfique à l'humanité et au monde. Il ne fut pas sûr de pouvoir répondre; mais la perspective en était de nouveau vertigineuse. Et le monde semblait un gouffre s'enfonçant vers l'infini, et les apparences n'être que brève fumée!

Toutefois le rôle de l'Homme-Météore n'était pas de débrouiller l'écheveau de ces énigmes cosmiques. Il lui fallait s'attaquer au mal de Radsal-Tör et de ses sbires, puisqu'il l'avait perçu, et agir conformément à la volonté des êtres célestes qui avaient suscité le nouveau gardien de Paris à travers lui, Robert Tardivel. D'autres arracheraient à l'infini le fin mot du mystère; lui se contenterait de soumettre ses membres, dans leurs mouvements, à la force magique du Bien, telle qu'elle descendait, pensait-il, du ciel, telle qu'elle émanait des horizons étincelants! Là s'était cristallisé son masque, là s'était forgée son armure, là avait-il reçu ses pouvoirs! Et il devait les utiliser pour faire triompher le Bien, et abattre le Mal.

Mais par où commencer? Robert ne savait rien de l'endroit ténébreux où trônait Radsal-Tör. Il ne connaissait pas le lieu où vibrait le cerveau du monstre à mille bras qui tourmentait Paris depuis l'Orc infâme. Même sa seconde vue, acquise sous l'influence de l'ange rencontré dans les catacombes, ne pouvait lui révéler ce secret: une brume opaque entourait le centre de la Bête, qui demeurait insensible, comme si Radsal-Tör avait eu assez de puissance pour tisser un sortilège autour de lui, qui lui fît échapper au regard non pas seulement des hommes, mais des anges mêmes. 1280_astral_castle_abstract_wallpaper.jpgC'était bien le cas, pressentait Robert: déjà sa science de sorcier avait atteint ce degré!

Il songea néanmoins que d'autres bases de cet organisme maléfique étaient sans doute moins protégées, et plus visibles à son regard prophétique; qu'il pouvait commencer par attaquer ces officines secondaires, qui faisaient déjà beaucoup de mal, et qu'en bousculant ainsi Radsal-Tör à distance, en s'attaquant aux doigts de la bête dont il était la tête, il finirait par le déloger de sa grotte, l'arracher à sa cachette, le contraindre à en sortir et l'affronter directement, sans passer par ses zélés esclaves, pour enfin le vaincre, et mettre un terme à sa menace grandissante!

Il regarda autour de lui, vers l'ouest surtout, et à travers les murs, les maisons, les immeubles de Vincennes, mais aussi, au-dessus, les vapeurs, les vents, les masses d'air, les brumes, des choses lui apparurent, les unes après les autres, à toute allure, à gauche, à droite, dans de hautes tours, dans de basses caves, dans des ruelles écartées, dans des arrière-boutiques, dans les ailes négligées de bâtiments d'État, dans les cryptes de temples et d'églises, et voici! il vit, il vit ce qu'il voulait voir.

Brillants d'un feu sombre à son œil ailé - volant seul, loin de son crâne, à travers Paris -, des foyers liés à la tête de Radsal-Tör comme par des fils apparaissaient, dévoilant les lieux dont il devait s'occuper, qu'il devait destiner à ses attaques

L'action pouvait commencer.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, et, mettant fin aux justifications des actions à venir, de montrer comment l'Homme-Météore s'efforça de chasser de Paris les foyers du mal.

01/11/2017

Anges classiques et romantiques, de Dante à Dantand

dante3.jpgJe me suis demandé, en lisant son grand poème, pourquoi Dante n'avait pas donné à Virgile, à Béatrice, à saint Bernard, qui le guident dans l'autre monde, le simple visage de son ange gardien, dont ils remplissent si manifestement les fonctions. Mais on ne sait pas forcément que si les anges, tels qu'il les décrit, sont beaux, ils sont aussi assez figés, peu humanisés. Ils ont des ailes d'or ou d'émeraude, des robes blanches comme la neige et disent quelques mots hiératiques, mais ils demeurent lointains, abstraits, dégagés de l'expérience humaine, tels des extraterrestres qui ne fréquenteraient les Terriens qu'à distance. Ils n'ont rien des anges romantiques si humanisés de Lamartine, Vigny, Veyrat, Dantand, Hugo, mais sont plus dignes, bien au-delà des dieux antiques.

Cela a quelque chose d'un peu déstabilisant, car l'âme dévote a besoin de ressentir les êtres divins comme étant proches. François de Sales ne sera pas aussi mystérieux, en proposant de concevoir son ange comme étant en rase campagne et montrant, au fidèle, en haut le paradis, en bas l'enfer. Plus qu'à Dante, il fait penser aux Fioretti di san Francesco, qui évoquent des anges plus accessibles, venant frapper à la porte du monastère et discutant alors qu'on refuse de leur ouvrir.

Certes, on ne peut pas reprocher à Dante un éventuel manque de conformité au dogme: le christianisme a dès le départ voulu rendre plus dignes et plus abstraites les figures spirituelles que ne l'avaient été les immortels de l'Olympe. Les anges sont donc apparus comme des êtres allégoriques et rituels, et les démons aussi, au fond, ce qu'a résumé Chateaubriand en faisant des uns et des autres de simples personnifications des vices et des vertus de l'être humain. Il désapprouvait donc qu'on fît d'eux des récits, puisqu'ils n'avaient pas de vie propre.

Mais à la conscience romantique et plus généralement humaine, cela manquait, que les histoires d'êtres fabuleux. C'est ainsi que Maurice Dantand a défini les dieux de l'Olympe comme des anges exilés sur Terre, thor_weilding_mjolnir_by_arthur_rackham.jpgc'est ainsi que Wagner a ressuscité les dieux d'Asgard, c'est ainsi que Tolkien a créé l'histoire de ses Elfes, c'est ainsi que Jack Kirby a créé ses New Gods et ses Eternals, à demi des dieux ou des anges. C'est même à cause de cela, à vrai dire, que la Renaissance avait tenté de ressusciter l'ancienne mythologie grecque, que Corneille regrettait qu'on rejetât, peut-être même à cause de cela que les poètes médiévaux se sont jetés sur l'aubaine de la mythologie bretonne, avec ses fées, ses nymphes, ses mages, ses héros. Le christianisme n'avait pas résolu le problème du merveilleux. En le moralisant à l'extrême, il privait la poésie de sa substance, la religion même de son accessibilité. François de Sales s'en était rendu compte et, avant lui, François d'Assise et ses disciples.

Pourtant, l'Église avait tâché à sa manière de résoudre la difficulté, justement de la façon que Dante montre: donner aux anges trop abstraits le visage de saints défunts. Car leur donner celui de Virgile et de Béatrice était osé, et ressortissait à la licence poétique. Toutefois Dante s'en sort en assurant que ces deux sont venus à l'instigation de la sainte Vierge et de sainte Lucie, sa patronne intime: elles leur ont recommandé de l'aider à retrouver le sentier perdu. Du reste dans le paradis le poète revient pour ainsi dire totalement dans les clous en montrant comment saint Bernard l'a conduit auprès des saints apôtres, qui seuls lui parlent: les anges demeurent éloignés de lui.

François de Sales n'a évidemment pas négligé le culte des saints, ni Joseph de Maistre, puisque, dans Du Pape, il fait d'eux les nouveaux dieux, reprenant ainsi à son compte la doctrine traditionnelle; il cite d'ailleurs Dante.

Les évêques ne pouvaient pas penser que cela ne marcherait pas, car ils étaient persuadés que les dieux de l'Olympe étaient en réalité d'anciens hommes divinisés. Opposant les anges purs aux démons affreux, ils ne lare.jpgconcevaient guère d'êtres intermédiaires, sinon en les diabolisant. Diviniser des hommes bons, des saints, était donc répondre, à leur sens, à l'aspiration des peuples.

Toutefois ceux-ci devaient continuer à vénérer les fées, les génies, les esprits domestiques. À l'Église faisait obstacle la réalité d'un monde élémentaire qui, dans la conscience populaire, n'était pas forcément mauvais. La détente de l'élastique tiré à l'extrême par les évêques devait certainement provoquer la ruée vers les machines, l'apparition de la science-fiction, la croyance inverse que les forces terrestres étaient bonnes, et que le ciel était vide. En quelque sorte, les religieux avaient trop tiré sur la corde. C'était, pour utiliser un autre proverbe, un retour de bâton.

La théologie s'inspirant de la philosophie antique, elle était fréquemment dans les catégories générales et abstraites, ou les polarisations théoriques, et la vie, même, était plus nuancée et plus ambiguë. D'avoir placé, comme l'a fait Dante, une femme jadis aimée parmi les anges, atteste de la résistance du sentiment amoureux à s'avouer coupable par essence; d'avoir fait de Virgile un guide spirituel atteste de la résistance du paganisme, du culte des dieux qui ont fondé Rome, des Lares et des Pénates auxquels renvoient justement les esprits domestiques tels que les Sarvans de Savoie ou les Korrigans de Bretagne. C'est un nœud que n'a pas su vaincre, sans doute, le catholicisme.

24/10/2017

Momulk et l'Elfe jaune dans le monde des hommes

4526ae05ea850ae6f097558e763edf1d.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Elfe jaune alors qu'il requérait d'amour l'immortelle Amariel et que celle-ci lui ayant déclaré qu'elle ne pouvait, malgré son désir, répondre favorablement à sa demande, il insistait en s'enquérant d'une solution possible.

- Hélas! répliqua la belle immortelle, si seulement je t'avais tout dit! Mais encore est-il d'autres difficultés. Je ne dois le sceptre du royaume de Vouan qu'à ma virginité. Nous sommes toutes vierges, ici. Les nymphes de Vouan ne peuvent se marier. La loi ne peut avoir d'exception que si des circonstances extraordinaires l'exigent, et encore invite-t-elle à de grands sacrifices, que je ne te puis redire.

L'Elfe demeura songeur, de nouveau, quelques instants, puis: Accorde-moi au moins un baiser, dit-il, ô Amariel! Puisque tu dis m'aimer, que t'en coûtera-t-il?

Et il s'avança. Mais Amariel recula, et brusquement leva les mains. Des étincelles de différentes couleurs jaillirent de ses doigts, se précipitèrent vers l'Elfe, et il en fut tout ébloui et désorienté, éprouva comme un vertige. Amariel s'en fut, sans un mot, mais il ne la vit pas, perdue qu'elle était à ses yeux dans la nuée d'étincelles teintées qui l'assaillait.

Lorsqu'il se dissipa, tombant à terre comme une neige et s'y fondant, elle était loin, et marchait rapidement.

Il la vit passer un petit pont de pierre par-dessus la rivière. Il la regarda sans bouger. Une vapeur argentée s'exhalait d'elle, comme si elle captait les rayons de la Lune et en reluisait de l'intérieur. Le cœur lui poignit: il l'aimait plus que toute chose au monde.

Elle s'en fut par l'autre berge, glissant sur le sol en laissant une vague trace lumineuse, à peine perceptible mais réelle, et disparut sous les arbres, dont la cime se dressait face aux étoiles à présent plus nombreuses. L'Elfe jaune reconnut, face à lui, les Gémeaux. Ils paraissaient tout proches. Il lui semblait presque voir des visages, autour des astres, et un contour, comme si leurs corps transparents se montraient, et que les étoiles fussent des joyaux à leur front.

Il ferma les yeux, huma l'air qui palpitait encore de l'odeur douce d'Amariel, puis, les rouvrant, se dirigea à son tour, en marchant lentement, vers le pont de pierre, qui avait une forme d'arche. Il le passa et longea la rivière sur la berge fleurie, sentant l'herbe mouillée du soir.

Bientôt, au détour d'un bosquet, il aperçut l'Arbre sacré de Vouan, Ëtolün, qui luisait du même éclat étrange que sa gardienne, comme s'il était fait d'un bois crû sur la Lune.

Il s'avança vers son pied, et Amariel était invisible; il n'y avait là que des nymphes de sa suite, entourant Momulk qui riait. Mû par un instinct obscur, il leva les yeux, et distingua, dans les branches d'Ëtolün, une c57ce861a47d8ee1f6f1451ff1aee142.jpgrobe transparente, ornée de perles, qu'il reconnut être celle de la femme qu'il aimait; mais elle disparut à son tour dans les feuillages.

L'Elfe jaune soupira, et se rapprocha de Momulk et de sa troupe d'admiratrices, ou de femmes qui feignaient de l'être, du moins. Tous étaient assis à terre, sur la pelouse, et Momulk articulait des mots, et cela faisait rire les fées, et lui aussi riait. Puis, l'une d'elles le fit taire, et raconta une histoire, qu'il écouta, et sur laquelle l'Elfe jaune eut le plus grand mal à se concentrer, mais qui fit rire de plus belle toute la troupe. Il était question de Mülih et de Dorlam, princes de l'est, et de Saldur qui règne au sud, d'Olmer qui de l'ouest envoie ses feux, de Dartah au sourire de cristal, de Sapald le noble vieillard et sur eux tous planait, à entendre la nymphe, la sagesse de Vürnarïm, frère d'Alar et fils de Dordïn, mais surtout père d'Amariel.

Pendant ces récits, l'Elfe était allé s'asseoir dans le cercle, et s'était efforcé d'écouter, les noms lui rappelant plusieurs contes que lui avait faits Captain Savoy, mais sa pensée revenait sans cesse vers Amariel, et il ne retint que quelques bribes. Toutefois, l'atmosphère joyeuse du cercle lui arracha des sourires.

Il se demanda si Amariel le regardait, et, s'il avait pu la voir, il aurait effectivement constaté qu'entre les feuilles, de ses yeux brillants, elle le contemplait, un air incertain sur le visage, mêlé de tristesse et d'amour. Mais il ne la vit pas, et son doute demeura.

Des lanternes étaient suspendues aux basses branches de l'arbre, et elles éclairaient bien ceux qui étaient en bas aux yeux de ceux qui étaient en haut, mais au contraire éblouissaient ceux qui étaient en bas et, en se reflétant sur les feuilles vertes, les empêchaient de rien voir du sein d'Ëtolün, qui leur paraissait opaque. Cela empêcha l'Elfe jaune d'avoir le moindre indice sur ce que faisait Amariel, mais elle le vit parfaitement, sans qu'il pût s'en rendre compte. Elle finit néanmoins par quitter son poste d'observation, et, après un soupir, par se diriger vers ses quartiers privés. Elle gagne sa loge princière, et médita sur le passé, le présent, l'avenir, songeant à ce qui pourrait être, regrettant ce qui avait été, réfléchissant à ce qui était. Sa pensée s'en fut vers les dieux, et elle ferma les yeux, oubliant toute autre chose dans l'univers.

L'Elfe jaune et Momulk, pris dans le gai ramage des fées, se sentirent à leur tour glisser vers un pays de doux songes. Leurs paupières s'abaissaient, et les fatigues du jour et de leurs combats leur accablaient plus que jamais. Finalement, ils s'allongèrent, posèrent la tête sur des coussins amenés par les nymphes et, d'abord Momulk, ensuite l'Elfe jaune, ils s'endormirent.

Dès lors les immortelles se levèrent sans plus faire un bruit, et montèrent dans l'Arbre saint, pour rejoindre leurs sœurs et leurs loges, leurs chambres fleuries de l'Arbre saint. Un grand silence s'abattit sur Vouan, et 2fc02e56a7d6462d28c20f1c33f57152.jpgseules les sentinelles, guerrières aux yeux étincelants et à l'armure dorée, demeurèrent éveillées, aux aguets.

L'Elfe jaune se réveilla, une fois, voyant deux d'entre elles au loin, sur un tertre ou dans un arbre, et il lui sembla que les étoiles descendaient aussi à terre, et dansaient au-dessus du pré, en silence; mais il se rendormit aussitôt, comme s'il rêvait. Et peut-être était-ce le cas.

Lorsqu'il se réveilla une nouvelle fois, il faisait jour. Mais il n'était plus à l'endroit où il s'était endormi. Momulk était à ses côtés, et dormait toujours. Il regarda autour de lui, et se vit revenu dans la forêt de Vouan, près de l'endroit où il s'était battu avec ce géant vert. Les fées avaient dû les ramener durant leur sommeil, peut-être provoqué par des enchantements qu'il n'avait point vus. Il faisait frais, et les clartés du monde ordinaire étaient agréables, mais n'avaient pas les qualités de celui qu'il avait quitté.

Cependant, ô chers lecteurs, il est temps de laisser là cet épisode, et d'annoncer pour une prochaine fois la suite de ce récit, et la manière dont agiront nos deux héros, à présent qu'ils sont revenus dans le monde ordinaire, et s'ils comptent rejoindre Captain Savoy dans sa base du Grand Bec, et comment ils s'y prendront, pour ainsi faire.