09/09/2018

La révolte de saint Louis face au Démon-Roi

iron.jpegDans le dernier épisode de cette incroyable et horrifique série, nous avons laissé le roi saint Louis alors que, au cours de sa croisade au pays des fées, entré dans l'antre du roi-démon Ornicalc, il s'était laissé gagner par l'épouvante, avait perdu son frère Charles d'Anjou poussé au désespoir, mais, soudain, avait cru sentir venir vers lui une bouffée d'air frais et fleuri, issu du corps même de Solcum le bon génie-chevalier. Et il s'était remis debout, ragaillardi.

Saint Louis entendit comme une voix qui chuchotait à son oreille, et il crut reconnaître que c'était celle de Solcum, mais, regardant à sa gauche, il ne vit absolument pas bouger les lèvres à celui-ci, ni relever la tête. À peine, sous ses paupières closes, semblait-il y avoir un nouvel éclat, éclairant le bas de ses yeux et passant à travers l'ouverture faible qui s'y était faite. Le chevalier-fée s'éveillait-il? Saint Louis sentit une puissance courir le long de ses membres, et chasser le serpent noir qui serrait son estomac entre ses mâchoires. En lui revint le feu!

Il acheva de se redresser, et un nouveau murmure étonné se fit entendre. Des paroles inquiètes surgirent, çà et là. Ce mortel était-il le glas des génies? D'où lui venait cette force inconnue, qui soulevait ses membres malgré le sort jeté sur eux par le roi des démons?

De la personne même d'Ornicalc semblait jaillir de petits foudres, comme si une colère en lui faisait vrombir les flammes. Aux côtés de Louis Ëtalacün stupéfait reculait, scrutant le roi de France qu'il avait enchaîné comme s'il était un prodige qui eût pris corps - et le chevalier franc, lentement mais sûrement, et sans que nul songeât à l'en empêcher, tira du fourreau son épée, qui, à la clarté des gemmes sertissant les piliers, étincela. Sa lame polie renvoya également l'éclat des joyaux du haubert d'Ornicalc ainsi qu'un défi, et le regard du roi-démon s'ouvrit, comme si l'étonnement le faisait trembler.

Celui de Louis, lorsqu'il eut levé le front, était flamboyant, et les elfes présents crurent voir des étincelles en sortir! Lui aussi défiait la puissance d'Ornicalc, doué d'une force qu'il ne semblait pas même soupçonner.

Un être divin logeait en lui, peut-être par l'intermédiaire de Solcum, dont les dents serrées faisaient désormais palpiter la mâchoire - comme si, malgré ses yeux fermés, il fût tout à fait réveillé, et imprégnât son ami Louis de tout son être. Au cou du roi de France, la croix gemmée suspendue à une chaîne d'or se mit à jeter une vive lumière, qui effraya toute l'assemblée!

Il se fit une agitation, et on regarda perplexe Ornicalc. D'autres se mirent à reculer; quelques-uns, épouvantés sans savoir pourquoi, s'en furent, empruntant les portes de la salle. Une confusion s'installa dans les rangs des guerriers et des dames ordonnés naguère. Super_September_superior_hero_concept_art (2).jpgUne lueur était répandue autour de Louis, rayonnant de son heaume, de son armure, de son épée, de ses mains, de ses yeux, comme s'il avait été transformé par une force inconnue. Elle se communiqua bientôt aux autres mortels qui l'accompagnaient.

Sentant se dissiper le sort sur eux jeté par le sorcier royal se tenant devant eux, Thibaut de Bar d'abord, Imbert de Beaujeu ensuite, Alphonse de Poitiers enfin se redressèrent, écartant de leurs épées sorties du fourreau les ombres qui les avaient jusque-là oppressés! Comme le long de leurs lames couraient de singulières étincelles, les spectres fuyaient, comme blessés par elles. Une étrange onction s'était répandue sur les chevaliers francs. Leurs liens mêmes avaient été rompus, nul ne savait par qui. On n'avait rien vu. Était-ce Ëtalacun qui, effrayé, et comme en état second, les avait libérés? Sa conscience avait-elle opéré ce miracle? Ou quelque ange était-il venu? Même les génies l'ignoraient: cela s'était passé trop vite pour leurs yeux pourtant surhumains.

Et voici! les quatre chevaliers survivants se tenaient face à Ornicalc, devenu un géant ordinaire, un chevalier à combattre comme les autres, et nul n'osait intervenir. La bave que conservait Alphonse de Poitiers au menton ne comptait plus; la sueur qui trempait encore Imbert de Beaujeu ne le rendait en rien moins puissant aux yeux de l'assemblée; les yeux encore sanglants de Thibaut de Bar n'entamaient en rien sa splendeur, dans cette salle où les merveilles des elfes semblaient s'être assombries, pour ne laisser luire que les mortels venus de France!

D'abord Ornicalc ne dit rien, méditant sans doute les faits qui devant lui se déroulaient, et le portant à délibérer dans son cœur. Puis, il ouvrit la bouche, et, voici! ce fut comme si un puits avait été privé de son couvercle. Curieusement, si dans un premier temps la taille en avait paru normale, l'instant d'après elle était cthulhu 5.jpgdémesurée: ainsi la couleuvre, qui dévorant un mulot, veut l'engloutir d'un coup, déboîte sa mâchoire et place sa proie directement dans son ventre! De même, le mâchoire d'Ornicalc semblait déboîtée et sa gueule était désormais de la taille de sa tête, qui avait disparu sous l'ouverture noire.

Il en jaillit dès lors des êtres maléfiques, qui écartaient les parois comme si Ornicalc n'avait été qu'une statue de bois, de cire ou de chiffons! Au début, on ne vit sortir que de longs tentacules; puis des membres plus gros se firent voir; enfin des visages, des corps entiers, rabattant les joues comme des tissus, malaxant une tête désormais comme postiche, montrèrent leur forme hideuse! Si le courage n'était pas revenu comme un flot d'étoiles dans le cœur des quatre chevaliers, ils auraient été à nouveau frappés d'épouvante. Mais cette fois ils étaient prêts.

D'abord les longs tentacules, pareils à des langues noires, s'étaient précipités vers eux et leur allié Solcum - saisissant l'un au cou, l'autre au bras, le troisième à la jambe, le quatrième au corps, et le dernier à la taille. Mais leurs épées tirées tranchèrent ces vivantes cordes, et des sifflements horribles se firent entendre dans le sein d'Ornicalc, et les démons que j'ai évoqués sont alors sortis entiers, affreux et terribles. Seul le câble visqueux entourant Solcum à la taille était encore tendu, le génie de Paris ne s'éveillant toujours pas; mais Louis le trancha d'un coup sec, pour délivrer son ami parmi les elfes!

Mais il est temps, ô lecteurs, de laisser là cet épisode déjà long, et de renvoyer à la prochaine fois le combat contre Ornicalc même, par delà les créatures qu'il abrite!

01/09/2018

Traitement d'Emmanuel Kant par Charles Duits et Rudolf Steiner

Kant-Jeune.jpgEmmanuel Kant est, dans l'histoire de la philosophie, souvent regardé comme incontournable. Mais des hommes que j'aime et admire s'en sont beaucoup pris à lui. Ainsi, dans sa Seule Femme vraiment noire, publié en 2016, Charles Duits (1925-1991), écrivait (p. 26): Le Pion connaît sans aucun doute Kant (par exemple) beaucoup mieux que je ne peux le faire: mais si Kant ne mérite pas du tout la place que lui vaut l'obscurité légendaire de ses écrits, s'il est tout simplement un mauvais écrivain, voire un esprit confus, obtus et paresseux, nous ne pouvons plus dire que le Pion menace la Reine, car elle vient sous nos yeux de le transformer en Morpion.

Derrière ce langage énigmatique, il faut assimiler le Pion à l'esprit qui défend le principe masculin et s'appuie sur le raisonnement, et la Reine à la déesse, la femme par laquelle on accède à l'Esprit vivant- on serait tenté de dire saint. Duits accuse Kant de jouer l'obscurité subtile pour faire croire à son génie.

Dans des conférences données à des ouvriers, Rudolf Steiner (1861-1925), répondant à une de leurs questions sur Kant dont on fêtait un anniversaire, racontait qu'il avait lu, tout jeune, Critique de la raison pure, et que pour lui l'autorité du philosophe du dix-huitième siècle venait bien, en partie, de son style grandiose, et plutôt vide. Mais cela allait plus loin. Steiner reprochait à Kant d'avoir prétendu qu'on ne pouvait pas connaître la chose en soi, et que les perceptions humaines étaient créées par l'être humain à partir d'une réalité insaisissable. Il racontait qu'il avait rencontré des gens tellement imprégnés de cette idée qu'ils s'imaginaient créer le monde à partir de leur propre esprit, et qu'ainsi ils le refaisaient à leur guise, supprimant telle ou telle personne qui leur déplaisait. Le fondement de l'agnosticisme moderne trouvait là son essence: la raison ne pouvant pas appréhender le fondement des choses, elle ne devait pas s'y essayer.

Or, pour Steiner, on pouvait tout à fait connaître la chose en soi - l'esprit des choses. Certes pas par la seule raison, il l'admettait, mais par le biais d'une imagination symbolique et pour ainsi dire mythologique qui permettait d'accéder, indirectement, à l'Esprit. Il reprenait à son compte le romantisme d'un Frederic Schlegel Novalis_3_01_019e424cdf.jpgou d'un Novalis, qui allait dans le même sens. Charles Duits aussi: le pôle féminin de l'âme était justement cette intuition emmenant vers l'essence des choses et passant par le monde imaginal cher à son ami Henry Corbin. C'est par tyrannie du principe masculin dans la tradition philosophique qu'on pouvait prétendre impossible de connaître les choses en soi. Lui-même s'adonnait à l'ésotérisme et à la mythologie - un des seuls en France.

J'ai lu, également, quand j'étais jeune, Critique de la raison pure, et je donne raison à Steiner et Duits. Le premier, dans ses conférences, abordait ensuite le second grand traité du philosophe majeur, Critique de la raison pratique. Le problème était évidemment que si l'esprit des choses était impossible à connaître, les principes éthiques devenaient vides, arbitraires. Kant s'emploie donc à les justifier, pour le bien de la société, mais sans les tirer d'une quelconque exploration d'éventuelles lois morales de l'univers. Non, il les tire de la nécessité: il faut croire à ceci ou à cela parce que sinon les problèmes seraient trop nombreux. Il parvenait par déduction à ces principes nécessaires, conformes à la bienséance, et en lesquels tout homme de bien se doit d'accorder foi. Steiner critique Kant en disant qu'il réclame la foi aveugle, exactement comme le faisait l'Église catholique, dont Kant était à cet égard le continuateur inconscient.

Et, de fait, on trouve encore, là, le corollaire de l'agnosticisme moderne: puisque rien ne peut être connu, il faut se mettre d'accord sur des principes sociaux, en lesquels il faut croire aveuglément, parce que le groupe les a déclarés saints, notamment sous la pression des philosophes - des gens intelligents qui savent ce qui est utile et convenable au corps social. C'est là la spiritualité ordinaire du rationalisme philosophique...

En un sens, Sartre reprenait ces principes, en niant toutefois qu'il y eût la moindre chose en soi. On était donc amené à trouver bon ce qui faisait plaisir - y compris au sentiment de la justice, s'il était présent. Le nihilisme rejoignait l'épicurisme bourgeois. Pas la moindre force morale objective ne confirmait ou n'infirmait une Hartmann.jpgorientation personnelle. Mais les hommes étaient libres de donner au monde le sens qu'ils voulaient. En lui-même, il n'en avait aucun.

Steiner plaisantait en disant que cela avait amené le philosophe Eduard von Hartmann, qu'il avait personnellement connu, à dire que la meilleure chose à faire, pour l'humanité, était de placer une gigantesque bombe au centre de la Terre et de la faire exploser. C'était prophétique. Steiner disait Von Hartmann très intelligent: il allait jusqu'au bout d'une logique. Seul le point de départ, qui venait de Kant, était faux.

À cette perspective d'une bombe planétaire, disait Duits, l'intuition féminine s'oppose, car, lorsqu'elle donne naissance à un être humain, elle ne peut concevoir que cela soit dénué de sens, et que cet être humain soit simplement destiné à mourir, à être anéanti par le temps aveugle. Peu importe que les femmes souvent défendent, en public, le point de vue de Kant: Duits assure que la tyrannie est telle qu'on ne laisse les femmes s'exprimer que si elles adoptent le point de vue masculin. Il faut, en quelque sorte, qu'elles reconnaissent elles aussi en Kant une autorité incontestable, si elles veulent avoir leurs diplômes. Mais si on dit qu'il est un écrivain mauvais et obtus, ce qu'on a le droit de faire, on commence à sortir de cette espèce de chantage. Aura-t-on son diplôme, néanmoins, je n'en sais rien. Duits et Steiner ne sont pas forcément en odeur de sainteté.

24/08/2018

Captain Savoy et la bataille des bateaux volants

femme-fauc.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé les quatre disciples de Captain Savoy partis reconquérir Chambéry alors qu'ils combattaient l'armée insigne de Malitroc l'Usurpateur, et que la Femme-Faucon avait pénétré par ses propres forces dans un vaisseau ennemi qui fendait l'air, et avait commencé à attaquer l'équipage constitué de créatures mi-hommes, mi-gnomes.

La Femme-Faucon décimait ces êtres hybrides, qui n'avaient ni sa force ni sa grâce, et elle était pareille parmi eux à un ouragan, et des éclairs la traversaient. Et elle eut tôt fait de réduire cet équipage maléfique à quelques membres seulement, laissant derrière elle des corps détranchés par le fil de ses plumes acérées: car, quoiqu'elles fussent vivantes et que ses ailes fussent nées naturellement de son dos lors de son adoubement miraculeux, elles avaient la dureté du métal, et elles lui servaient d'armes. Leur éclat faisait de chaque plume un bijou, mais elle n'en avait cure, en tout cas à ce moment, car, toute à sa mission, elle ne s'employait qu'à anéantir l'ennemi, craignant un relâchement fatal, et une réplique rapide des gnomes.

Une fois, alors que, reprenant son souffle, elle avait ralenti son geste, une rafale d'énergie flamboyante avait été envoyée sur son aile droite; mais, n'y causant aucun dommage, elle avait rebondi sur les plumes luisantes, et le nain qui l'avait ainsi agressée avait été aussitôt détruit, tranché en deux par l'aile gauche l'assaillant de biais alors que la Femme-Faucon tournait sur elle-même - si grande était son agilité, si subtil son art du combat, si illimitée sa souplesse!

Elle atteignit le poste de commandement, orné de grandes vitres arrondies montrant le dehors, et de manettes constellées de lumières tremblantes. Or, l'y attendait un garde plus fort, plus grand, plus puissant que les autres, d'une taille même au-dessus de celle d'un homme: son épaisse armure brillait de joyaux robot (2).jpgétincelants, et il portait des armes lourdes. Il se nommait Oclitit, et était fils d'un noble homme de Chambéry qu'on avait enchaîné et uni à une ignoble créature de l'Abîme. Entraîné depuis son enfance, élevé et nourri de manière à devenir un guerrier, il était un âpre combattant, avait déjà tué des dizaines d'hommes - et il était le protégé de Malitroc l'Infâme, qui avait veillé personnellement à son sevrage, et l'aimait comme un fils. On murmure que sa mère n'était autre que la sœur du tyran, fille également de la Grande Pieuvre, et qu'ils étaient par conséquent de la même famille: Oclitit était son neveu. Mais nul n'a jamais vu le visage de cette goule, car aussitôt après l'avoir fécondée, le malheureux père du géant fut tué, dévoré par elle; au reste il ne sentit rien, car sa laideur épouvantable l'avait déjà rendu fou, sorti hors de lui-même. Mais ce ne sont là que des rumeurs: on ne sait pas ce qu'il en est exactement.

Pour la Femme-Faucon, le combat s'annonçait périlleux, mais il lui fallait en venir à bout. Voici! elle se mit en garde, déployant ses ailes et brandissant son sabre étincelant.

Le Léopard des Neiges, pendant ce temps, dégagé de la main soudain amollie de l'énorme singe frappé à mort, s'était élancé vers le vaisseau erratique qui oscillait de droite et de gauche dans les airs après avoir été endommagé par le gorille inepte, dans sa rage stupide. Le disciple de Captain Savoy savait que la stabilité serait bientôt retrouvée par l'équipage, et qu'il ne fallait point lui laisser le temps de souffler. Comme le navire rasait le sol, il pouvait bondir jusqu'à sa partie inférieure, et s'accrocher de ses griffes plus dures que l'acier à sa carène lisse. Ainsi fit-il. Ayant assuré sa prise sur la paroi de métal doré, il sortit son sabre de lumière durcie, et y créa un trou, où il s'engouffra, se hissant d'un seul coup.

Sur la passerelle du pont inférieur, où rapidement il parvint, l'attendaient des gnomes bien armés, car il avait été aperçu de l'extérieur, effectuant ses manœuvres. Le combat s'engagea, le Léopard des Neiges virevoltant, assénant son épée qui fulgurait, évitant les traits de ses adversaires à la vitesse de la pensée, tant il était supérieur dans ses membres à l'ennemi, et les parant aussi de sa lame enchantée, faite de rayons d'étoiles tissés ensemble jusqu'à devenir dure comme le diamant, flamboyante comme le soleil, et tranchante comme l'acier fin.

Bien que l'art en fût surtout pratiqué par le Nouvel Hanuman, son compagnon resté au Grand Bec, il mania sa queue comme un fouet de fer, assommant et tranchant les corps, les disloquant et les broyant. Ses ennemis ne faisaient pas le poids.

Le vaisseau dans lequel il était entré contenait néanmoins des fauves remarquablement apprivoisés, et transformés par la magie de Malitroc. Une conscience humaine leur avait été donnée, par l'intermédiaire de diables: des esprits de damnés les habitaient. Leur forme était celle de grands loups, et ils étaient au wolf1.jpgnombre de trois: l'opération qui présidait à leur création étant difficile, même pour Malitroc, ce nombre n'avait pas pu être dépassé. Ils n'en étaient pas moins la terreur de Chambéry et de toute la Savoie, et on disait que nul, pas même Captain Savoy, ne pouvait résister à leur assaut conjugué; on doutait que, secondé par ses douze disciples moins un, le gardien de la Savoie immortelle eût pu les vaincre! Que pouvait faire, dès lors, le Léopard des Neiges seul?

En vérité, il fit merveille. Dans les couloirs complexes de la cale du navire, les monstres l'attaquèrent, et voici! il rendit coup pour coup. La configuration des lieux le favorisait: ils ne pouvaient l'assaillir de front tous les trois, car les passages étaient étroits, et ils ne pouvaient avancer qu'un par un. Ils se montaient les uns sur les autres, pressés de déchirer les membres du Disciple, et se gênaient. Excédés, même, ils se donnèrent plusieurs fois des coups de dents. Le Léopard des Neiges en profitait pour fuir. Mais alors, ils s'élançaient à sa poursuite, et bientôt le rattrapaient.

Mais il est temps, ô dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, et de renvoyer au prochain la suite de ce combat, et la victoire inattendue et miraculeuse, quoique douloureuse, du Léopard des Neiges sur les trois loups de Tracer.