05.11.2009
Le costume de Captain Savoy
Tous les super-héros ont un costume: c’est la garantie du secret de leur action, et donc de son efficacité. C’est aussi l’origine de leur puissance, ce par quoi ils sont de vivants symboles: car ils reçoivent, comme par grâce, la force inhérente aux couleurs de leur costume.
Il me faut donc évoquer aujourd’hui l’apparence vestimentaire de Captain Savoy, et comme j’ai toujours trouvé que les mots étaient plus suggestifs que les images, je ferai sa description ici, sans chercher à le dessiner.
Je dirai d’abord qu’il est naturel de considérer que les couleurs de Captain Savoy sont le rouge et le blanc. La question est de savoir de quel rouge il s’agit. Je dirais d’un rouge tendant au vermillon. Une autre question est de savoir comment se répartissent ces couleurs, blanc et rouge. Il faut forcément que le blanc soit disposé en bandes horizontales et verticales, et qu’elles se rejoignent: sinon, on pourrait penser qu’il s’agit d’un héros suisse. Je conçois donc ces bandes comme faisant une croix sous la poitrine, et une autre au même niveau dans le dos. La bande verticale qui passe forcément au milieu du buste remonte ensuite jusqu’à la tête, et retombe derrière en suivant la même ligne. Le problème est alors de savoir où elle s’arrête vers le bas. Si je conçois les bras comme entièrement vermeils, il faut que les jambes le soient aussi, et que la bande verticale remonte par l’entrejambe. Il faut donc qu’elle soit assez large pour que derrière, on n’ait pas le sentiment qu’elle dessine autre chose qu’un symbole et qu’elle renvoie à l’anatomie.
Un super-héros sans ouverture à son masque pour respirer et parler est effrayant: il faut donc lui en donner une. Les bras et les jambes sont un peu nus. Il faut donc leur mettre des anneaux d’or, juste avant les pieds et les mains. Et puis un autre cercle d’or autour de la tête, avec une gemme bleue, un saphir qui luit et lance des rayons, et qui est serti dans un relèvement de la couronne, devant, au front. Mais également un collier, reflet de celui de l’Annonciade, également d’or, et une ceinture d’or, avec une boucle ornée. Enfin, il faut que ce héros ait un anneau au doigt qui rappelle ce qu’il doit à saint Maurice, et que cet anneau ait aussi des pouvoirs de feu. On ne lui mettra pas de cape, mais un bâton magique lui permettant de prendre son envol, et qui est le reflet de la lance de saint Maurice; sa pointe étincelle voire fume, car elle lance également du feu. Tel est ce héros puissant, qui peut maintenant agir, en agissant pour la justice au sein de la Savoie séculaire - ou ailleurs, si on l’invite. Il faudra que sa base soit dans la montagne. Mais j’en reparlerai.
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30.10.2009
Essence de la substance causale
Dans un article sur les rapports entre les plantes et la lune, j’ai évoqué la science qui, partant d’un postulat matérialiste, cherche dans la matière les causes des phénomènes. On recherche, de fait, une sorte de matière causale. Or, sur le plan historique, cela s’enfonce dans le néant: parler d’une matière qui serait la cause de toutes les autres relève, je crois, de l’illusion, car il me semble que la matière peut être remontée à l’infini, au sein du passé. Isoler un élément matériel initial me paraît impossible.
Certains continuent de prendre le mot atome dans son sens premier: ils regardent donc cette recherche des causes dans la matière passée comme une quête de Vérité, espérant découvrir le secret de la Vie. Je n’y crois pas, non plus que Teilhard de Chardin, qui disait que plus on divise la matière, plus on se trouve face à une poussière dénuée de sens. Il pensait que la matière avait été formée par une force qui avait saisi les éléments en amont de la matière même, et je partage ce point de vue.
Sans doute, une telle force passera par un élément, puis un autre, par effet mécanique - à la façon d’une boule de billard à la rencontre de laquelle est venue une autre boule de billard. Les ondes du mouvement impliquent bien la répétitivité, mais cela n’empêche pas la nécessité d’une impulsion initiale. Rousseau, ayant remarqué que dans les phénomènes les plus immédiatement accessibles à la perception, c’était justement l’être humain - ou un animal, au moins - qui était l’auteur, par sa volonté libre, de ce type d’impulsions, en a tiré que la nature en général était l’enveloppe d’une volonté immatérielle en soi - intelligente ou non.
On peut toujours dire ensuite que ce sont des conditions matérielles qui provoquent chez l’homme ou l’animal les impulsions volontaires; on pourrait aussi bien dire que la nature en général, dans ses mouvements, est soumise à des conditions matérielles inconnues, cela n’empêcherait pas nécessairement cette volonté d’exister, en soi, et de déclencher quelque chose, d’être la cause d’un phénomène. Initialement, de fait, ce qui fait avancer les boules de billard, c’est bien la volonté libre d’un homme.
Sans doute, on peut représenter cette force qui anime la nature sous les traits d’une bête sans conscience, d’un organisme aveugle. Beaucoup d’écrivains modernes s’en contentent: on trouve quelque chose de ce genre chez mon camarade Valère Novarina, j’ai l’impression. La tendance en est forte, chez les Occidentaux. Même Teilhard de Chardin lui a accordé beaucoup. Et Darwin n’a jamais, peut-être, contemplé autre chose, lorsqu’il disait croire en Dieu.
Teilhard de Chardin, néanmoins, a aussi perçu qu’à cette force brute, il manque l’amour au sens élevé du terme. Or, l’amour concilie et synthétise souvent la volonté brute et l’intelligence.
Il est aussi, je crois, la seule force qui emmène réellement au-delà de soi-même. Mon idée va jusqu’à faire de l’amour la seule cause valable aux choses qui surviennent. C’est la seule cause qui parte d’un point net, et qui n’ait pas besoin d’être remontée dans ses sources pour s’établir comme point initial de l’action: il s’agit d’une force que la raison approuve et que la pulsion sert. Il en naît les corps nouveaux, à partir de corps précédents non combinés, mais unis: l’amour a cette vertu.
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23.10.2009
Joseph de Maistre et l’androgyne
Joseph de Maistre était disciple de Platon et, selon Jean-Marc Vivanza, il croyait en une synthèse possible entre l’homme et la femme. Jean-Marc Vivanza est un professeur de l'université de Grenoble qui a consacré tout un livre à notre philosophe de Chambéry et à ses liens, en particulier, avec la Franc-Maçonnerie, ainsi qu’avec l’illuminisme de Saint-Martin. Joseph de Maistre, en effet, fut invité, en tant que magistrat et notable de la capitale du duché de Savoie, à fréquenter la Loge locale, où il s’ennuya rapidement; il fonda donc une loge orientée vers la théosophie, et se rendit à Lyon pour recevoir à cet effet les instructions du disciple de Saint-Martin qu’était Jean-Baptiste Willermoz, de Saint-Claude. Mais plus tard, il fréquenta surtout les Jésuites.
Quoi qu’il en soit, il demeura épris de théosophie, et grand lecteur d’Origène. On sait que Jésus même déclara qu’au sein de la Résurrection, on ne se marierait pas, parce qu’on serait semblable aux anges. Le raisonnement est aisé à produire: si le corps glorieux se suffit à lui-même, c’est qu’il intègre à la fois le masculin et le féminin: sinon, l’insatisfaction subsiste et, avec lui, le désir. Or, pour Joseph de Maistre, c’était impensable. L'Homme ressucité était comblé jusque dans le fond de son être.
Cependant, selon Jean-Marc Vivenza, encore, Maistre était aussi un grand lecteur du Genevois Charles Bonnet, qui fut transformiste et croyait en une évolution de l’Homme et des êtres vivants vers toujours plus de perfection. Voltaire se moqua de lui, mais Maistre y vit sans doute les marques de l’action de Dieu sur les formes, et, préfigurant Teilhard de Chardin, regardait l’évolution même du monde comme allant vers le divin.
C’est ainsi qu’il aurait cru en une synthèse de la forme masculine et de la forme féminine non pas seulement d’une façon abstraite, mais assez concrète: la chair angélique de l’Homme ressuscité demeurait pleinement palpable, du point de vue de l’Homme même. L’Homme deviendrait Ange, certes, mais en restant Homme. L’Évolution tendrait donc à unifier les sexes.
La question se pose dès lors de la façon dont on pourrait se reproduire! Mais il se peut que, des paroles mêmes, si elles sont plastiquement belles, et nourries d’une imagination sainte, naissent des œufs dorés, dont écloront des êtres nouveaux... Je me suis laissé dire que les anges se reproduisaient de cette manière.
Cela dit, les esprits rassis de notre temps auront peut-être du mal à y voir autre chose que de la poésie; la prochaine fois, donc, si j’en reparle, ce sera en vers.
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