07/01/2020

L'Elfe jaune à la poursuite d'Arcolod

forest-dragon-black-version-rev2.jpgDans le dernier épisode de cette singulière saga, nous avons laissé l'Elfe jaune et Mömulc son ami, alors que le second était blessé, ayant reçu un trait de la main d'Arcolod le Noir, et que ce dernier l'avait été à son tour par la ruse de l'Elfe, et que, ce voyant, il avait décidé de rejoindre sa loge secrète dans la forêt des Voirons, afin de recevoir des soins.

L'Elfe jaune le regarda disparaître dans les feuillages à la façon d'un noir serpent, hésitant sur ce qu'il devait faire: laisser en arrière Mömulc pour poursuivre l'ennemi, ou renoncer à cette poursuite pour assister son ami. Il regarda Mömulc dans les yeux, et vit que ceux-ci étaient apaisés. Étrangement, Mömulc prononça quelques mots, comme s'il comprenait ce qui se tramait dans le cœur de l'Elfe. Il lui disait: Va, et me laisse, car je vais appeler Amariel et ses nymphes, qui vont venir me secourir, ainsi qu'elles me l'ont promis. Toi, cours et nous venge – attrape ce malandrin, cet homme noir, hideux, et veuille le mettre hors d'état de nuire! Car voici! je le hais, maintenant et pour toute l'éternité.

L'Elfe jaune le regarda, s'approcha, le serra dans ses bras puis le quitta précipitamment. Il s'enfonça à son tour parmi les branches – et d'abord, dans la toison touffue de la forêt des Voirons, ne vit rien, ne distingua rien. Mais bientôt, à la pénombre ses yeux s'habituèrent, et il aperçut au loin une ombre qui se glissait plus noire que les ténèbres forestières, pareille à un ver parmi les feuilles et sous les arbres, et il reconnut, à la façon dont il rampait, son ennemi Arcolod, tout près d'échapper à sa vue.

Or, il ne le voulait pas. Il courut après lui pour le rejoindre. Mais autour de lui, pas un bruit ne se faisait entendre, l'air était lourd et épais, et la forme noire avait quitté son caractère humain – était devenue semblable à un serpent. Et voici! l'Elfe jaune se sentit comme dans un rêve à la poursuite d'une créature sans contours, se mêlant aux éléments de la forêt, prenant aussi la forme d'une rivière, comme si l'ennemi fût désormais insaisissable. Il ne savait où diriger ses pas, et les choses tournaient autour de lui comme s'il avait été pris d'un vertige – victime d'un mauvais sort. Des souffles puants enlaçaient son corps à la façon de tentacules, et un être invisible, pieuvre de l'air, semblait s'être dressé contre lui pour protéger la fuite de cet ennemi. Il se fire-eyes.jpgdébattit, mais sa respiration devint rapide, comme s'il étouffait, et même devint rauque. Il sentait se presser à ses flancs un être poilu, touffu, diffus, et peut-être des fils d'araignée l'enserrer; mais il ne les voyait pas, comme s'ils fussent faits de vent. La forêt même était-elle l'alliée d'Arcolod, ou de Börolg?

Il décida d'agir. Des rayons sortirent de ses yeux. Ils éclairèrent toute la scène. Ils firent apparaître le monstre qui s'en prenait à lui. Il était grand, plus qu'il ne l'était lui (qui l'était assez, au regard des autres hommes), et n'avait pas de centre, car il se soutenait par des tentacules qui semblaient s'appuyer sur l'air, et qui possédaient trois points d'intersection.

Or, dans le premier, à droite, un œil se distinguait, clignant malignement sous le feu étincelant du regard de l'Elfe jaune; dans le second, à gauche, une oreille pointue et large était visible, se mouvant au moindre souffle; et en bas, dans le troisième, une bouche visqueuse et gluante mouvait des lèvres molles devant des dents longues et fines et une sorte de grotte noire ayant quelques reflets rouges. Mais cette bouche ne conduisait pas à un corps visible, à quelque estomac, elle était juste reliée au reste par des tentacules fins et longs.

La créature tressauta, lorsqu'elle se vit découverte. Mais aussitôt ensuite elle attaqua, et au moment où elle s'élança, l'Elfe jaune vit derrière elle Arcolod couché, se tenant sur un coude et regardant aussi la scène. Cela n'empêcha pas l'Elfe jaune de se téléporter instantanément dans un éclair subtil – et de se retrouver derrière le monstre, tournant le dos, imprudemment, à Arcolod. Puis, du tranchant de sa main aguerrie aux arts du combat les plus fins, il donna un coup sur le point d'intersection contenant l'œil de la bête, qui aussitôt se ferma, et laissa échapper une grosse goutte de sang, comme une larme. Les tentacules dès great old one.jpglors s'agitèrent effroyablement, assaillis par la colère et la peur simultanément.

Ils saisirent en deux endroits l'Elfe jaune, qui en fut immobilisé, et qui ne put se téléporter à nouveau, car il ne pouvait le faire si on le saissisait, vu qu'il risquait d'emporter avec lui celui ou celle qui le saisissait. Et derrière lui, malgré sa blessure, Arcolod se dressa quelque peu, et attrapa l'Elfe jaune à la jambe, et le mordit au mollet, le blessant cruellement de ses dents venimeuses.

L'Elfe jaune, disciple de Captain Savoy, cria, et l'instant d'après donna un coup violent de son pied dans la face d'Arcolod, qui était un géant, mais qui était affaibli, et en gémit. Puis, il secoua le tentacule qui tenait son bras droit, et enfonça sa main ouverte, les doigts brandis en avant, dans l'oreille, la traversant horriblement. Il libéra d'un bond sa jambe gauche que tenait un autre tentacule, et retomba en détendant sa jambe sur la bouche du monstre, qui en fut broyée. L'être bizarre s'effondra et ne bougea plus, pareil à une chiffe molle et sanglante.

Arcolod, voyant cela, était reparti ramper parmi les feuilles, et dans la boue. L'Elfe jaune se retourna, et ensanglanté lui aussi (car la morsure à son mollet avait ouvert une plaie, et les tentacules aussi avaient fait couler son sang là où ils s'étaient accrochés, comme s'ils avaient été munis de petites dents qui l'avaient grignoté dans sa chair), dans cet état meurtri et comme au sein d'un cauchemar, il repartit à la poursuite de son ennemi affreux.

Mais il est temps, aimable lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette étonnante aventure.

30/12/2019

Une belle tournée de Dame Hiver

rachel 01.jpgJe reviens d'une semaine passée en Savoie, après mon déménagement en Occitanie, et j'y ai participé à la création de spectacles originaux de contes de mon amie Rachel Salter, qui, sur la base d'une histoire des frères Grimm, a inventé un personnage qui a eu beaucoup de succès: Dame Hiver.

Tout de blanc vêtue, couronnée d'un diadème rempli de pierres précieuses, elle s'est elle-même mise en scène, évoquant les petites filles qui tombant au fond d'un puits venaient la voir. Elle s'est posée comme créatrice de la neige, et a fait rire en faisant jaillir des plumes d'un oreiller percé qu'elle demandait qu'on battît. Les responsables des lieux se sont montrés compréhensifs en aidant au nettoyage...

Dame Hiver a rivalisé avec bonheur avec le Père Noël. Élégante et belle, fine et superbe, elle se cristallisait dans le bleu étoilé de l'hiver et venait parler avec humanité aux enfants. Elle avait plus de rachel 03.jpgdignité et de magie que le vieux barbu à l'habit rouge, qui désormais est dépassé, figé dans sa tradition désuète. À la fin des spectacles, les enfants venaient se faire photographier avec elle, ou lui dire au revoir en l'appelant Dame Hiver!

Même quand elle ne jouait pas ce rôle, qu'elle se contentait d'être Rachel Salter narrant des contes écossais, elle a eu du succès et on m'a dit qu'elle aussi était une véritable fée, qu'elle appartenait au peuple dont elle racontait les histoires. Elle a ce don.

Le plus beau, pour moi, durant cette tournée, est qu'elle a donné l'occasion de créer un nouveau conte à partir de l'histoire de la Savoie. Je connaissais déjà Dame Hiver avant de quitter l'Occitanie: trois spectacles dans la région de Carcassonne me l'avaient révélée. En Savoie, elle a brillé davantage encore, mais il n'y avait pas de nouveauté radicale. Ce qui fut spécifique, c'est que Rachel Salter a créé cONTE VERT (2).jpgl'histoire enchantée du Comte Vert, Amédée VI de Savoie – l'a réécrite pour que le monde intérieur y soit présent, se manifeste sous la forme d'une fée-truie, accompagnée de ses serviteurs hommes-sangliers.

On se souvient, peut-être, qu'au dix-neuvième siècle, en Savoie, de nombreux écrivains ont réinventé la Savoie ancienne – faisant apparaître, dans les brumes médiévales, les êtres fabuleux qui dirigeaient la destinée. Cela s'est fait abondamment pour le Comte Vert, justement, puisque le poète Antoine Jacquemoud lui a consacré une sorte d'épopée, dans laquelle il assure qu'Amédée VI était l'ami intime de l'Archange des Combats, qu'il recevait de lui ses mystérieuses indications, par lesquelles il est devenu un héros.

De son côté, Jacques Replat a essayé de créer des romans inspirés par Walter Scott dans lesquels les comtes de Savoie étaient en lien diffus avec le monde spirituel. Il a en particulier consacré Le Sanglier de la forêt de Lonnes au Comte Rouge, fils du Comte Vert, et sans doute tué suite à une blessure reçue lors d'une chasse au sanglier. Mais cela fait aussi référence à un sanglier maudit, diabolique, affronté par le comte de Langin dans la forêt des Voirons, et dont Jacques Replat assure qu'après avoir été dérouté par celui-ci, il est parti errer dans la forêt de Lonnes (ou Lonnaz), près du château de Ripaille – où justement Rachel Salter a créé ce conte héroïque, cette petite épopée fabuleuse!

Car elle a narré que le Comte Vert avait rencontré une fée, dans cette forêt de Lonnes, et qu'elle lui avait fait des dons sublimes – remplaçant dans son histoire l'archange de Jacquemoud devenu plus humain et plus réaliste. C'est elle, assure-t-elle, qui a béni son anneau de saint Maurice, le transformant en objet enchanté, magique, fabuleux – et faisant de son porteur un véritable super-héros.

Et c'est en son honneur qu'il s'est vêtu de vert, car elle a un lien avec Vénus, qui a à son tour un lien avec le sanglier de la forêt des Voirons. Car on raconte que c'est parce qu'un temple de Vénus a été négligé au sommet des Voirons qu'un sanglier géant et fou est apparu, possédé par le diable, et qu'il a fallu placer, là où avait été le temple, un ermitage sacré – gardant l'entrée du monde spirituel existant en cet endroit –, et éviter qu'il ne crée du mal au lieu du bien. C'est Notre-Dame des Voirons, qui est une vierge noire.

À la mort du Comte Vert, advenue après qu'il a été rejeté par la fée parce qu'il avait fauté vis à vis d'elle, elle lui apparaît immense, comme Brünhilde apparaît, à peu près dans la même situation, à conteverdeblog.jpgSiegfried à sa mort – elle, la Valkyrie divine! Je parle bien sûr du Crépuscule des Dieux, l'opéra prodigieux de Wagner, dont Rachel Salter a su retrouver la force.

On sait peut-être que j'ai écrit une thèse de doctorat qui a fait plus ou moins scandale, consacrée à la mythologie créée en Savoie au dix-neuvième siècle autour de la dynastie et des traditions populaires des vallées de Savoie. Je ne cache pas regretter l'élan romantique de cette littérature qui osait transfigurer l'histoire pour en faire des épopées au sens propre – de la mythologie.

Il a existé un peu en Suisse, durant le vingtième siècle. Pour ainsi dire, elle a repris le flambeau de la Savoie. Charles-Albert Cingria a fait un livre magnifique sur La Reine Berthe, dans laquelle il assimile cette Bourguignonne (qui régnait aussi en Savoie) à une fée. Et on sait ce que Ramuz doit à la berthe.jpgmythologie populaire valaisanne. Souvent les comtes de Savoie ont continué à être glorifiés chez les conteurs et les historiens vaudois et gruyérois libérés, à l'époque moderne, du joug de Berne. Mais en Savoie même, il a été plus ou moins interdit de proroger cette coutume poétique, et je n'y connais que de bons recueils de contes populaires locaux, qui évitent en réalité de parler des comtes de Savoie ou d'autres seigneurs féodaux glorifiés. Ils restent volontiers à cet égard dans l'abstrait. Le problème est politique. La république de Berne laisse indéniablement plus de liberté que celle de Paris, lorsqu'il s'agit de chanter les traditions régionales.

Rachel Salter a créé à nouveau un conte mythologique sur la Savoie, comme le faisaient les Romantiques allemands pour leur contrée propre, comme moi peut-être j'ai essayé de le faire avec Captain Savoy!

Un château également a été restauré dans cet esprit: celui d'Avully, où nous avons été particulièrement bien reçus. Il est décoré dans un sens épique et chevaleresque, rendant hommage à la dynastie qui a régné entre Alpes et Léman!

22/12/2019

Saint Louis et le Conseil des Sept

fairies-shari-silvey-e1561141735182.jpgDans le dernier épisode de cette saga impressionnante, nous avons laissé les elfes d'Ëtön, l'ami de saint Louis roi de France, alors que tous leurs chefs s'étaient réunis dans le château d'Ëtön après avoir vaincu Ornicalc et l'avoir acculé dans sa forteresse.

Saint Louis et ses compagnons, à la demande d'Ëtön et de son neveu Solcum, se dirigèrent vers la salle du Conseil, où se trouvaient déjà les chefs de clan du peuple des génies qui suivaient Ëtön – l'avaient adopté pour roi. Il y avait là trois femmes, trois hommes et un être qui était à la fois l’un et l’autre, aussi étrange que cela paraisse. Il était de ceux qu’on nomme hermaphrodites, et représentait un peuple fait exclusivement de gens comme lui.

La première femme se nommait Esclalünd. Elle était fille de Sapitlel et de Tonalünd, de haute lignée, et de la branche de Vürnarim, issue de Nisipar, que l'instructeur divin des fèvres, seigneur du feu et des gnomes, avait épousée avant qu’elle ne le laisse veuf. Les yeux de ce clan étaient particulièrement vifs, brillant jusque dans la nuit.

La seconde femme se nommait Talacïm. Elle était fille de Tucalïm et de Nasitlïn, appartenant à la lignée des Ucalün; elle était liée à Dordïn par voie de cousinage, étant issue d’Armanën. Ses longs bras étaient souples, et étreignaient comme des rayons à peine revêtus de chair, ressemblant à ceux de la pieuvre, si une telle chose est possible pour des êtres qui dans toute leur apparence restaient humains.

La tierce femme se nommait Estelar. Elle était née de Tomitlïn et de Cabalir, appartenant à la maison d’Astec – liée aussi à Dordïn par Alar, qui avait épousé Silnün sous les traits d’un génie au visage éclatant; et ce clan 57116678.jpgse remarquait à son souffle, qui était particulièrement chaud, et où l’on voyait souvent briller des flammes.
L’hermaphrodite avait pour nom Istil, et il était fils d'Anam fils à son tour de Balüc-Isniel, Maître-Queux des dieux; et sa maison était haute et noble, et gardait un lien constant avec les Elünds, aux desseins éternels. Leurs corps émanaient directement de la lumière où les Elünds vivaient – et ainsi n’étaient pas distingués en mâles et femelles, aussi étrange cela paraisse-t-il.

Le premier homme s’appelait Ostocil. Il était fils d’Etader et de Filön la fée; il appartenait à la branche des Oxolder, qui tenait à Ithälun, et par elle à Malënsel, au doux front d’émeraude. Et dans cette maison on avait de puissantes jambes, qui semblaient pouvoir à l'occasion s’étirer en queues de serpent. Et on pouvait voler dans les airs – quoiqu’à basse altitude, jamais plus haut que les nuages.

Le second était Solcum, l'ami intime de saint Louis, appartenant à la maison d’Ëtön, laquelle tenait à la fois de Vürnarïm et de Dordïn. Car si Ëtön était fils d'Ëtöl fils de Vürnarïm l'instructeur divin des fèvres, il avait au cours de sa vie rencontré Dordïn le père de Vürnarïm, et il en avait été consumé, avant de renaître sous le souffle de pitié du roi des Elünds. Ainsi né une seconde fois il avait mérité de devenir roi suprême. Solcum donc représentait sa lignée, étant son neveu et descendant aussi de Vürnarïm par sa mère fille d'Ëtöl, la bienheureuse Silën. Ëtön étant roi ne devait point prendre part aux débats, mais seulement écouter ceux qui pouvaient s'exprimer, avant de trancher. Les attributs de cette lignée restaient mystérieux, mais on disait qu’elle avait la faculté de se transporter instantanément d’un lieu à un autre, comme l’histoire ultérieure de Solcum devait le confirmer; et une vapeur bleue s’élevait de leur être – qui rayonnait, comme si d’un saphir lumineux un nuage était né.

Le tiers et dernier homme était Solitim, fils d’Alosïm et de Tecnil, et sa maison tenait le pays de l’est, première à saluer le matin le soleil – qui lui rendait ses rayons privilégiés, pleins d’or pur. Elle tenait justement à l’Aurore, en était issue – était née de celle qu’on nomme Osnipel. C’était une lignée noble et fière, qui ne s’en laissait pas compter, et dont les oreilles pointues entendaient résonner les profondeurs les plus sombres de l’univers. On disait, aussi, que ses membres pouvaient être en plusieurs endroits à la fois; mais quant à ce qu'il en est vraiment, on ne peut l'assurer, car d'autres affirment que c'est une faculté que possèdent tous les 2731255492.jpggénies. Tout au plus pourrait-on certifier que cette maison d'Onibë (puisque tel était son nom) utilisait ce don souvent; au reste, il en est peut-être ainsi de tous les dons que nous avons nommés, attribués exclusivement à telle ou telle maison de façon abusive. Il n'en demeure pas moins que quand on n'utilise pas un don, on en perd le secret, et qu'on ne perfectionne que celui qu'on utilise – dont on devient peu à peu, par la force des choses, le déspositaire exclusif. On peut seulement affirmer que saint Louis et les siens n'avaient aucun de ces dons, quoiqu'ils eussent le droit d'assister à ce grand Conseil!

Car ils constituaient la huitième maison présente, celle des hommes en général – je veux dire des hommes mortels. (Saint Louis et ses cousins qui l'entouraient, on le sait, tenaient aux génies par leurs ancêtres lointains. Ce n'est pas seulement Charlemagne, auquel ils étaient tous liés peu ou prou par le sang, qui les mettait en lien ainsi avec les êtres célestes – puisqu'on sait que ce fils de Pépin communiquait constamment avec les anges, le conseillant dans ses entreprises. C'est aussi que Mérovée – appelé aussi Marval, selon les temps et les lieux –, que Mérovée, dis-je, était issu du peuple des génies par son père, qui avait épousé une mortelle sur le rivage de la mer; et sachez que ce démon n'était autre que le seigneur Ostocil, présent à ce conseil – et qui était lié, nous l'avons dit, à Ithälun même. Le savaient-ils? Saint Louis et les siens se trouvaient en présence de celui qui avait donné aux Français leur noblesse, et une clarté mystérieuse émanant de leur face et étonna, en leur temps, jusqu'aux Romains, maîtres du monde. Car Ostocil même était un être divin et noble, si certains l'ont appelé un démon. Mais dans les temps anciens on 1078291575.jpgappelait simplement ainsi les anges vivant sur Terre et disposant d'une forme humaine, et le nom de génies en était équivalent, les deux mots sont seulement issus de deux lieux différents, mais ils désignaient la même chose, et celui d'elfes aussi, quoiqu'il vienne encore d'un autre lieu, et d'une autre langue. Et ne croyez pas que quand ces mots s'emploient pour désigner ce qui existe à l'intérieur des hommes mortels, ils désignent encore autre chose, car c'est un secret, mais à l'intérieur des hommes mortels vivent d'autres êtres, lesquels on ne voit pas.)

Or, dans la Salle du Conseil, les sept chefs de clans des génies luisaient comme des flambeaux, tant leur nature était sublime. Tous avaient été réunis parce qu'il convenait de se concerter sur ce qui serait fait. Tous voulaient parler, et Solitim le premier prit la parole.

Mais cet épisode long ne peut contenir son discours; nous l'entendrons une prochaine fois, si vous le voulez bien.