14/12/2020

L'Homme-Météore et la glorieuse victoire de l'Homme-Fétiche

00000.jpgDans le dernier épisode de cette sublime série, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il écoutait le palpitant récit de l'Homme-Fétiche sur son combat contre Tassinga la Couleuvre, sorcier notoire – et qu'il l'entendait dire qu'il s'était cru perdu, quand un nouveau coup donné par lui ayant porté à vide, il ne pourrait empêcher la réplique de l'ennemi d'arriver forte. Et sachez-le, il poursuivit ce récit en ces termes:

Alors il refit une feinte, baissant la tête et tendant la bouche comme pour lancer sa langue, mais cette fois il jeta sa jambe effilée et souple vers ma figure – et je ne l'évitai qu'à grand-peine, en me jetant de côté. Il allongea cependant le bras gauche et me frappa à la tempe, ce qui me fit reculer, et m'étourdit.

Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, car il m'avait paru assez éloigné pour que je ne reçoive pas son coup, mais son bras s'était soudain étiré d'au moins un mètre, comme s'il eût été élastique et fait en caoutchouc – et pourtant sur mon visage son poing avait été dur comme de la pierre.

Brièvement, il me sembla que le bras qui s'était ainsi élancé avait en fait quitté l'épaule à laquelle d'ordinaire il tenait; qu'il avait été lancé sur moi comme un gourdin. Mais je n'eus pas le temps de le vérifier, car quand je repris assez mes esprits pour chasser le trouble de mes yeux, ce bras était de nouveau accroché à l'épaule.

J'allais toutefois d'étonnement en étonnement. J'avais beau m'être préparé en repassant dans ma conscience tout ce qu'on disait des pouvoirs inouïs de Tassinga, une chose est d'y penser, autre chose est de les vivre.

Je sentis mon front se mouiller de peur, car songeai que ma dernière heure était venue, si profonde était la puissance de mon ennemi – tant il me semblait invincible! Et il vit mon trouble dans mes yeux, et un horrible 00000.jpgsourire déforma son visage, et ses yeux à lui brillèrent de cruauté, car déjà prévoyait-il mon asservissement, ou ma mort. Mais sa pensée, envolée vers la joie du mal, le trahit, et en vérité, son orgueil à ce moment fut sa perte.

Car dans ma détresse je prononçai, à demi conscient, le nom de mon ancêtre mythique, fondateur de ma lignée réputé vivre parmi les anges, comme je l'avais si souvent fait au cours de mes exercices. Et ce nom si sacré, si obscur, si secret résonna en moi, et changea l'air qui m'oppressait, noir, en y plaçant plusieurs traits de clarté qui l'allégèrent.

Et voici! dès que j'eus prononcé ce nom interdit aux oreilles vulgaires, un visage m'apparut derrière Tassinga, et je sentis, dans le même temps, une main se poser sur mon épaule, et mon nom chuchoté par une bouche inconnue. À mon tour, on m'appelait. Et mon ennemi me parut plus petit qu'auparavant – et moi je me sentis plus grand, plus fort!

Je me perçus plus rapide, aussi; et soudain les gestes de Tassinga la Couleuvre ne me semblèrent plus aussi vifs, il me parut ralenti dans ses mouvements – et je compris que j'avais reçu la bénédiction d'un ancêtre vaillant, et 000000000000000000.jpgque le combat pouvait maintenant prendre une autre tournure!

L'ennemi cessa de rire, en voyant une clarté mystérieuse s'exhaler de mes épaules, et presque du feu autour de ma tête. Voici qu'il ouvrit la bouche et qu'il murmura: Qu'est ceci? Qu'est ceci? Il prit, cette fois, un air furieux, comme si j'avais triché. Il s'élança vers moi de toute sa masse imposante et, au lieu d'être pris au dépourvu, je lui assénai cette fois un magistral direct du droit, qui l'atteignit à la mâchoire et lui détourna la tête à demi. Du sang jaillit de ses lèvres, et lorsqu'il put me regarder son œil marquait un mélange d'étonnement et de colère, qui me donna confiance sans pour autant me rassurer tout à fait.

Que dire de plus? Bientôt le combat tourna à mon avantage, et j'eus même le temps, entre deux coups ou deux esquives, de puiser dans ma sacoche une poudre d'or préparée par mon oncle, et dont il m'avait dit qu'elle contenait le pouvoir des dieux. Je la jetai sur Tassinga reculant après un coup de pied donné à son ventre, et il 0000.jpgrugit, à la fois de douleur et de fureur, car cette poudre l'enflammait, le rongeait, le consumait – et du sang commença à couler des points de son corps qu'elle avait touchés.

Il fut bientôt constellé de points sanglants, et sur son costume rutilant ce sang coulait noir, et pour la première fois de sa longue carrière de fier sorcier, il se sentait en danger, prévoyant qu'il pouvait être vaincu, voire tué. Ses coups devinrent imprécis, hésitants, flottants, et je pus l'achever aisément, par un uppercut puis un coup de pied frontal qui l'atteignit à la figure après que, agile, souple et léger, je me fus élevé dans les airs. Il tomba à terre, baignant dans son sang, et se mit à gémir. Il me demandait grâce.

Je m'approchai, lentement, méfiant. Je fus bientôt au-dessus de lui, les pieds près de sa tête, les poings serrés.

Soudain, il jeta ses dents vers mon mollet, ne pouvant faire qu'il ne voulût encore me meurtrir, dans sa haine profonde. Je l'évitai en sautant, et lui redonnai un coup de pied, écrasant son visage sur le sol goudronné. Le coup fut si puissant, et sa tête était si solide que le trottoir en fut défoncé – le béton fissuré.

Péniblement il releva la tête, dont un œil était fermé, et sanguinolent. Il me redemanda grâce avec plus de sincérité apparente que précédemment.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là ce récit, pour renvoyer au prochain épisode, quant à sa suite fracassante: l'Homme-Fétiche fera-t-il oui ou non grâce à son ennemi fier?

06/12/2020

Marie-Madeleine, Isis

00000.jpgPour justifier l'idée d'un mariage physique entre Jésus et Marie-Madeleine, on a dit que la seconde incarnait Isis – en sous-entendant que le premier incarnait Osiris. Mais le Christ incarnait-il Osiris? Pour les premiers chrétiens, il était l'incarnation d'un dieu cosmique et solaire – au-dessus d'Osiris.

Rudolf Steiner renchérit en énonçant que Jésus-Christ, dans les trois dernières années de sa vie (mais pas depuis la naissance, comme le disait la théologie catholique), incarnait l'être divin qui avait parlé à Moïse sur le mont-Sinaï, et qu'on appelait Yahvé. Il faisait de celui-ci une grande entité solaire, restée aux côtés de l'être humain après sa chute, et qui lui avait envoyé un couple d'êtres sublimes, sortes d'anges qui le représentaient: Osiris et Isis, lesquels avaient polarisé sexuellement l'être humain, en même temps que la Terre.

Du point de vue de la mythologie égyptienne, Yahvé est plus apparenté à Râ qu'à Orisis.

Mais c'est là qu'apparaît un nouveau mystère. Car Horus, fils d'Osiris et Isis, est bien un enfant divin – l'incarnation de Râ. Et lui aussi, comme son père Osiris, a ressuscité, après avoir été tué par Seth.

On oublie trop souvent qu'avant Jésus-Christ, un autre homme a ressuscité, dans l'Évangile: c'est Lazare. Or, il se trouve que Rudolf Steiner affirmait que Lazare et Jean n'étaient en fait qu'une seule et même personne; Jean aussi avait ressuscité. Et l'on sait que, si la reconnaissance de Jésus-Christ après sa résurrection par Marie-Madeleine montre un lien tout particulier entre les deux, le récit évangélique dit de Jean qu'il était le disciple que Jésus aimait. Pour Steiner, Jésus avait deux disciples préférés, incarnant la dualité entre l'homme et la femme: Marie-Madeleine et Jean.

Lorsque, après sa résurrection, la première reconnaît Jésus-Christ à sa manière de parler et de se comporter (puisque, physiquement, il était devenu méconnaissable), n'est-il pas bouleversant, renversant, d'imaginer qu'elle le reconnaît comme l'ange Isis aurait pu reconnaître le dieu Yahvé? Comme 00000.jpgle père dont elle émane? Comme son roi ultime? Comme celui que les Égyptiens appelaient Râ – et avec lequel elle s'unit de tout cœur, quoique son pendant soit Jean, et que pour Jésus, elle ne caresse et n'essuie que ses pieds – comme la Lune essuie et caresse le Soleil, en prenant sa lumière et en n'étant que sous lui? N'est-il pas bouleversant, renversant d'imaginer qu'elle reconnaît son maître comme la Lune reconnaît le Soleil, quand sa face brille de joie en le voyant?

N'est-il pas, à l'inverse, un symptôme du refus de concevoir le divin et donc l'humain comme situé au-delà des sexes, en profondeur, que de considérer que le Christ serait le pendant masculin d'une femme? Que Dieu, pris absolument, au-delà des sexes, aurait besoin de la femme pour exister et, mieux encore, que la polarisation sexuelle serait ontologiquement liée à l'individu en tant qu'il se confond avec la divinité – avec le moi de l'univers, comme disait Victor Hugo? Que l'humanité ne pourrait, du coup, que se concevoir comme divisée, ou liée à ses organes physiques, même? Charles Duits reconnaissait qu'au-delà d'un certain seuil, la hiérarchie divine n'était plus sexuée; lui qui, pourtant, a fait de la femme la voie vers le divin. Elle est une voie, mais non une butée.

Il est curieux, pour en revenir à Jean, l'ami de Jésus, qu'il fut de son temps réputé immortel – quoiqu'il le niât. On pensait qu'il avait trouvé le secret de la chair incorruptible – parfaite, pure, idéale! Et il y a 00000000.jpgquelque chose de cela dans la force lunaire, réputée guérissante. C'est encore une marque de son lien avec Osiris.

Marie-Madeleine, de son côté, était réputée maîtriser les forces de renaissance que les anciens représentaient sous les traits du serpent – du serpent ondoyant, et aux anneaux se déroulant et s'enroulant alternativement. Les énergies animales qui vivent en l'être humain, elle les avait spiritualisées, ennoblies, et montrait la voie d'une parfaite union astrale avec le Seigneur, aussi substantielle que l'amour terrestre, voire davantage – mais sans souillure ni tache. Ce qui ne voulait pas dire qu'elle pensait que s'adonner aux plaisirs physiques était forcément sans tache. Cela voulait dire qu'on pouvait vivre aussi intensément l'amour astral que l'amour physique. Et en ce sens – qui est celui du Cantique des cantiques – elle était bien l'épouse du Christ.

De ce point de vue, son lien avec Marie mère de Jésus était profond. On l'a dit, et certains veulent qu'elles ne soient qu'une seule et même personne. Et comme Marie de Nazareth avait connu l'Assomption – s'était dissoute sur terre et était montée au ciel, selon la tradition catholique; comme elle était réputée morte à Éphèse, tout comme Marie-Madeleine, il était logique que les deux femmes apparaissent semblables aux bergers de Provence et d'Occitanie, lorsqu'en vision ils les voyaient glisser sur l'eau de la mer – là où l'action de la Lune est la plus manifeste à ce qu'on appelle la conscience de rêve, mais aussi à l'observateur des marées. Car, par le biais de l'union astrale, et à la manière de saint Jean, Marie-Madeleine donnait bien l'impression d'avoir, elle aussi, maîtrisé les forces secrètes de l'immortalité.

La difficulté est ici de concevoir l'union spirituelle de manière concrète: c'est ce à quoi nous invite Marie de Magdala. Or, pour la plupart des penseurs contemporains, cela relève de l'impossibilité. Le concret est pour beaucoup ramené forcément au matériel.

Si l'union érotique entre les esprits existe, ce n'est pas parce que le monde spirituel serait identique au monde physique. Ou que les deux mondes seraient un. Si on fait l'amour substantiellement dans l'esprit, cela reste en pensée. C'est parce qu'on a appris à vivre la pensée comme réalité.

Et c'est là que nous sauve, en France, Henry Corbin, lequel rappelait l'importance de ce monde imaginal aussi concret que le monde physique, mais de nature purement spirituelle: en quelque sorte, il est intermédiaire. Et il est la clef pour comprendre La Seule Femme vraiment noire de Charles Duits, qui fait état d'unions profondément érotiques avec des êtres spirituels, et les décrit comme s'il s'agissait d'unions physiques. Car Charles Duits était, à la fin de sa vie, le disciple de Corbin, bien plus que celui de Gurdjieff, comme il avait été, et c'est ainsi que ses visions ont pris un air à la fois plus concret et plus grandiose que dans ses œuvres antérieures.

28/11/2020

L'Elfe jaune contre l'ombre des Orcadil

0000.jpgDans le dernier épisode de cette série fantasque, nous avons laissé l'Elfe jaune, ami de Momülc, alors qu'il passait dans un antre obscur rempli d'hommes-chauves-souris qui avaient résolu de lui faire peur afin de l'affaiblir, puis de bondir sur sa personne et se nourrir de son sang étincelant.

Elles l'entourèrent en se pressant le plus possible aux limites du rayonnement de son fabuleux rubis, et entonnèrent un chant obscur, mystérieux et bizarre, plein de sourdes menaces et de sanglantes promesses. Elles évoquèrent, ne sachant que faire d'autre, leur passé inquiétant – le sort horrible des Orcadil, puisque tel était leur nom! Et dans leur langage qui ferait frémir le plus courageux des hommes, gluant de crachats haineux et tout tendu de colère rentrée, elles racontèrent leur histoire épouvantable en y mêlant des accusations mensongères contre ceux qui les avaient vouées à leur sort cruel – les dieux dont les lois étaient absolues, et ne pouvaient être enfreintes sans effet triste. Et il en était ainsi parce que le monde avait été fait par elles, et qu'il ne pouvait donc en être autrement.

Elles dirent leur histoire, et voici ce qu'en saisit l'Elfe jaune – car il connaissait un peu de leur langage emprunté aux anciens Elfes, quoique déformé à foison par leur haine farouche.

Elles avaient régné, sous les traits d'elfes étincelants, au sommet d'une montagne radieuse, au cœur de la Savoie, et y avaient érigé un château à la mesure des Géants qu'ils étaient, splendide et sublime. Et depuis ce château qui dominait une vallée, ils s'élançaient vers les étoiles, car ils avaient trouvé le moyen de franchir les espaces, d'aller de la Terre à la Lune, et même jusqu'à l'étoile de Mercure. C'est du moins ce dont ils se vantaient, chantant leurs exploits, décrivant orgueilleusement les navires éclatants et dorés qui les emmenaient à travers le ciel, et les armes qu'ils portaient et les rendaient aptes à reconquérir les terres qu'ils avaient, disaient-ils, perdues en venant sur la Terre.

Car si un cercle enchanté les maintenait dans leur immortalité, au sein de leur château qui touchait aux nuages, ils se sentaient menacés par l'évolution du monde et les progrès de l'humanité en son sein. Et, sous prétexte de demander l'autorisation aux êtres étoilés de guider en leur nom les hommes mortels, ils cherchaient à prendre du 00000.jpgpouvoir parmi les étoiles – et à maintenir les humains sous leur coupe, alors que les êtres étoilés avaient décidé de les laisser croître, grandir, évoluer, et devenir des êtres radieux, un jour, par les grâces qu'ils leur donneraient. Mais les elfes orgueilleux ne l'entendaient pas de cette oreille, et ils espéraient convaincre voire contraindre ces êtres sublimes à les écouter et à se plier à eux. Donc ils les défièrent, car les autres refusèrent.

Ils attaquèrent la forteresse de la Lune où se maintenaient les fils du Soleil, et comme ils avaient, au cours de leur séjour sur Terre, multiplié leurs pouvoirs et accru considérablement leurs connaissances, ils faillirent prendre cette forteresse et s'en rendre maîtres. Mais un homme de la Lune qu'on appelle Don Solcum s'élança, lui, vers Vénus et, agenouillé, demanda de l'aide aux êtres plus sublimes encore qui y vivaient. Et ceux-là envoyèrent une armée, menée par des hérauts ailés, et les elfes de la montagne de Savoie qu'on appelle aujourd'hui Les Fiz durent s'enfuir, pour ne pas être anéantis.

Ils se réfugièrent dans leur château terrestre, mais les guerriers ailés de l'étoile de Vénus vinrent jusqu'à eux, accompagnés de Don Solcum et de quelques autres – et Alar en particulier les tança, brisa leur cercle magique, 000.jpgconfisqua leurs armes et leurs navires, s'empara de leurs livres et enferma leurs savants, et les dispersa de sa puissante épée étincelante. Comme ils tentèrent de résister beaucoup furent anéantis, et les autres se soumirent, et furent placés sous l'autorité d'Ëtön, l'oncle de Don Solcum. Mais ceux qui péchèrent jusqu'au bout furent transformés en ombres démoniaques très puissantes, en spectres sorciers, et au bout de leur errance vinrent jusqu'à l'être-souches dans le ventre duquel l'Elfe jaune était entré – obtenant sa protection et s'alliant avec lui, se mettant à son service après avoir pris la forme de grandes chauves-souris aux dents longues et pointues, et au visage presque humain.

Tel est le destin, en vérité, des Orcadil, qui furent glorieux et tombèrent bien bas, jusqu'au point de devenir de véritables vampires. Et maintenant l'Elfe jaune devait les affronter – car ils comptaient bien s'attaquer à lui, quoiqu'il eût lui aussi reçu ses pouvoirs des êtres lunaires et de l'étoile de Vénus, ou précisément pour cette raison.

Il les sentait qui se rapprochaient toujours davantage, se pressant autour de sa flamme, et devinait que, passant pour ainsi dire entre les rayons rouges de son rubis sanglant, l'un d'entre eux, plus courageux que les autres, finirait par oser porter le premier coup.

Il y avait, dans leur troupe, le fils d'un roi déchu, appelé Artlëc. Il avait été particulièrement virulent, lors du combat contre les chevaliers lunaires qui à lui s'opposaient. Et il avait vu son père tomber dans une attaque entre des montagnes, et il en avait ressenti une grande douleur. Depuis, il nourrissait une haine dévorante à l'égard de ces chevaliers lunaires et de leurs alliés. Or il reconnaissait en l'Elfe jaune l'un d'entre eux, et cherchait à passer entre les rayons du rubis, pour l'approcher sans en être blessé.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à la suite de cette effroyable histoire.