14/03/2018

Twin Peaks et le BOB

secret-diary-laura-palmer-cover.jpgMe replongeant avec une certaine volupté, depuis que j'ai vu son Return, dans l'univers de Twin Peaks, que j'ai tant aimé, j'ai lu The Secret Diary of Laura Palmer, écrit par Jennifer Lynch en collaboration avec son père David, qui n'a jamais voulu traduire que par images ses concepts, répugnant à recourir à l'écrit, et surtout aux explications, éprouvant comme une antipathie profonde pour ce qu'on pourrait appeler l'intelligence diurne. On y découvre que Laura était violée par son père, et il est, dans les premières pages, habilement suggéré de quelle façon progressive, et on est naturellement horrifié par les sévices qu'elle subit.

Mais la poésie, si on peut dire, de la chose naît de ce qu'elle ne s'en rend pas compte, et qu'elle croit subir ces violences en rêve, non avec son père, mais avec un certain BOB, que la série montrera être un esprit maléfique s'étant emparé de son père et que Laura voit en vision, pour ainsi dire, dans sa conscience de rêve. Il rôde le long de la maison, apparaît à la fenêtre, puis parle à l'intérieur de l'esprit de Laura, qui finit par se demander s'il existe vraiment, mais doute du coup d'avoir subi des sévices. Parfois, aussi, elle imagine qu'il a menacé de mort ses parents, et que c'est pour cela qu'ils le laissent faire, qu'ils le laissent l'emmener dans la forêt et faire d'elle la victime de sa perversité.

Quand j'étais petit, j'ai fait plusieurs fois un rêve effrayant, un cauchemar, dans lequel un gorille brutal, mais marchant sur deux jambes, ouvrait la porte de ma chambre en la fracassant, avant de se jeter sur moi. Je me réveillais: ma mère était au-dessus de moi, me parlant doucement pour m'annoncer qu'il fallait aller à l'école. J'y ai vu une ressemblance: un être cher prend dans un songe l'apparence d'un monstre.

Je ne crois pas que les images du rêve soient directement forgées par un autre monde, mais qu'elles viennent toutes de la mémoire, et que l'âme s'en sert pour exprimer un état, entretenant avec l'image le lien d'un sentiment éprouvé similaire. On a été effrayé en voyant un camion, et si on est, en dormant, anxieux pour une raison inconnue, on revoit le camion, qui du coup prend une valeur symbolique. Car si l'image vient pour moi de la mémoire, le sentiment qui l'a fait revenir est mystérieux. David Lynch a exprimé un jour une idée comparable: on sait de quel endroit du cerveau viennent les images du rêve mais on ne sait pas pourquoi telle ou telle surgit, à un moment donné.

Si Laura Palmer avait existé, elle aurait dû rencontrer un homme qui avait le visage de BOB, et rêver de lui ensuite. Le lien entre les deux états, celui de la rencontre de l'homme, et celui de son sommeil quand elle rêve de lui, reste obscur. gori.jpgPour moi, j'en suis certain, le gorille dont j'ai rêvé est celui de L'Île Noire, l'album des Aventures de Tintin. Il était depuis longtemps à la maison et, m'identifiant à Tintin, j'étais effrayé quand le gorille le poursuivait dans le donjon.

Mais quel lien avec ma maman me réveillant gentiment pour aller à l'école? Je n'aimais pas du tout l'école. Je ne voulais pas y aller. Je voulais rester à la maison et, paradoxalement, être près de ma maman, dans le doux et chaud foyer où j'avais quasiment pris naissance.

J'allais à l'école en pleurant, et ma mère devait se durcir, pour accomplir ce qu'elle pensait être son devoir. Elle ouvrait la porte avec autorité, le matin venu, et l'esprit totémique d'une bête représentant la volonté pure, impitoyable, m'apparaissait.

Le rêve en soi m'effrayait, mais une fois réveillé, je n'avais pas d'hallucination: c'était bien ma mère que je voyais, penchée délicatement sur moi. Mes visions à l'état d'éveil étaient comme celles de tous les enfants: je m'imaginais, le soir, quand je n'arrivais pas à dormir, que les ombres bougeaient, qu'elles étaient animées, The_Black_Man.jpgnotamment celles qui étaient sous les chaises, les tables. J'en avais peur. Dans la logique de David Lynch, cela pouvait être des esprits se manifestant dans la somnolence vespérale de l'enfant. Au-delà des ombres visibles, pour paraphraser Lovecraft, étaient des formes indicibles, qui se montraient par éclairs. Dieu sait ce qu'elles représentaient!

J'étais, je pense, de complexion un peu faible, de sensibilité exacerbée, et j'avais du mal à supporter la vie en société; je rêvais de rester toujours à la maison avec ma maman. Je me demande si on ne fait pas une grave erreur en exigeant que les enfants aillent le plus tôt possible à l'école. On pense bien faire, puisqu'il faut apprendre ce que sait le monde; mais on provoque sans doute des dégâts insoupçonnés, dans les âmes, et c'est ainsi que même lorsque les gens savent ce que sait le monde, cela ne les empêche pas d'agir de façon erratique, parce que les pulsions, non l'intelligence, les poussent.

Ce qu'on accomplit comme un devoir parce que la société l'exige n'est pas forcément ce qu'il faudrait faire, et on est obligé de se durcir, pour l'accomplir. Le danger est de ne pas prendre conscience de l'écart qui existe entre les exigences sociales et les principes de la nature humaine, et donc d'adopter, au fond de son âme, les principes collectifs, au lieu de vivre - au moins en pensée - selon la vérité. La pensée vraie, en effet, permet d'adoucir les lois tyranniques, dans les circonstances particulières. Elle trouve toujours le moyen de créer des tampons, entre l'individu et la société - ou entre l'opinion commune et la vérité.

06/03/2018

L'Elfe jaune et Momülc et le message de Captain Savoy

23843532_357973134663083_749404745561909270_n.jpgDans le dernier épisode de cette anxiogène série, nous avons laissé l'Elfe jaune et Momülc, nos héros, alors qu'ils venaient de se réveiller hors du royaume immortel d'Amariel et que la vue des vallées obstruées par les fumées noires de Malitroc les avait laissés sans voix, surpris.

Soudain, l'Elfe jaune entendit résonner comme un appel: il lui semblait que quelqu'un le nommait - de loin ou de près, il ne savait. Il se retourna, regarda à droite, à gauche, derrière: personne d'autre que Momülc n'apparaissait à sa vue, et cela n'avait pas été sa voix. Il pensa avoir été victime d'une hallucination, ou de la facétie d'un gnome, mais, en sa tête, l'appel résonna de nouveau, et voici! il reconnut la voix étrange, comme étouffée et lointaine, de Captain Savoy, de son maître. D'où l'appelait-il?

Il comprit que Captain Savoy usait d'un pouvoir nouveau, qu'il ne lui connaissait pas, et qui consistait à transporter ses pensées à travers l'air, et de les placer directement dans la tête de quelqu'un d'autre. Sans doute leur avait-il donné des ailes secrètes ou, ce qui revient au même, avait-il dressé des sylphes à les porter entre leurs bras. Il savait qu'un tel pouvoir existait, chez certains êtres supérieurs, mais il ne l'avait jamais vu à l'œuvre, en tout cas pas chez Captain Savoy.

Et voici que, se matérialisant, s'étendant à partir d'un point de lumière dans l'air, la forme de son maître lui apparut. Transparente et légère, elle n'en étincelait pas moins doucement, et son chatoiement la rendait plus belle qu'aucune chose que l'Elfe jaune avait vue depuis son départ du pays des fées de Vouan. Certes, c'était il y a peu de temps; mais tant de belles choses avait-il vues en ce royaume béni! Disons alors que, parmi les hommes mortels, il avait peu vu de choses aussi belles, durant toute sa vie. Cette ombre de Captain Savoy scintillait, comme si des étoiles s'y trouvaient, et il fut heureux de retrouver son maître, au moins sous cette forme projetée de loin, depuis les forces de sa pensée.

Il commença à lui parler, et il fut tout ouïe, oubliant son étonnement, et son admiration, et ne se concentrant que sur sa mission, son devoir, sa fidélité à son maître, le gardien de la Savoie.

Or Captain Savoy lui confirma, sous cette forme, qu'il utilisait un pouvoir qu'il n'avait jamais utilisé auparavant avec lui, mais que son séjour au pays des Immortelles de Vouan l'avait rendu possible: car il l'avait ennobli, lui donnant une part de leur nature, et il communiquait ainsi avec elles, notamment Amariel, quoique l'Elfe jaune n'en sût rien. Il devait comprendre que rien, de ce qu'il y avait vécu, ne lui avait échappé, l'accueil ffb5938d413d95ab9d7eae3b6a9fbd71.jpgd'Amariel, et tout ce qu'elle avait fait, ayant été conçu d'un commun accord avec Captain Savoy. Même quand elle avait agi de son propre chef, il avait été mis au courant, et n'avait rien désapprouvé. À ces mots, sous son masque, l'Elfe jaune rougit.

Captain Savoy ajouta qu'il avait, en réalité, ce pouvoir de communication à distance depuis longtemps, et que l'art lui en avait été enseigné par Adalïn sa bien-aimée: ainsi conversaient-ils sans user de la voix, ni d'aucune machine naturellement, d'un monde à l'autre, et même de la Terre à la Lune, si cela était rendu nécessaire par les circonstances; mais alors devait-il se concentrer beaucoup, pour accomplir les rites qui le permettaient, avec le plus grand sérieux. Avec d'autres êtres encore pouvait-il communiquer de cette manière, tels que Tsëringmel, la fée du Grand Bec, ou Asagmë, la reine du mont-Blanc, ou encore ceux dont le corps est un lac, tels que Nalinë, la dame du Léman, et Solapur, le roi du lac annécien, ou enfin ceux dont les membres sont constitués d'une rivière, tels qu'Ithälun, la nymphe de la Seine, ou Ordacoth, qui règne sur le Rhône. Il ne pouvait en faire la liste, mais les immortels qui commandaient aux éléments, en Savoie ou même ailleurs, étaient en général en relation intime avec lui, qu'il ait ou non un droit de commandement, sur eux. Depuis sa métamorphose puis sa rencontre avec Adalïn, tous ces êtres étaient devenus ses frères, et il appartenait à leur peuple. Un jour l'Elfe jaune serait dans le même cas: il ne lui fallait qu'en savoir l'art. Amariel, sans doute, le lui apprendrait. Et il commanderait en particulier aux fées de Vouan et des rivières environnantes, notamment la Menoge, ou le Foron. Tel était son destin. Ce n'était pas par hasard, s'il avait affronté Momülc dans ce massif, et rencontré la reine de Vouan.

Or, voici ce qu'il avait à lui dire, pour le moment présent. Il devait lui raconter ce qui s'était passé durant son absence, plus longue qu'il ne croyait. Il lui fallait narrer l'attaque du Fils de la grande Pieuvre Malitroc, après la victoire de Captain Savoy sur sa mère, le siège de la base du Roc de Chère et la prise d'Annecy par le monsieur_cooler_by_abelvera-d7gbpyq.jpgmonstre, l'arrivée inopinée mais insuffisante de l'Homme-Cygne, béni soit-il, et le temps qu'il lui avait donné pour s'échapper et emmener avec lui ses disciples jusqu'au repaire sacré et secret du Grand Bec. D'immenses sacrifices avaient été concédés par Nalinë, la mère de l'Homme-Cygne, et l'Elfe jaune devait se le rappeler, pour lui en demeurer éternellement reconnaissant, ainsi qu'à son peuple. À présent les disciples et lui-même étaient réfugiés dans le domaine de Tsëringmel, et ils attendaient qu'une occasion se présente, pour reprendre les vallées, toutes occupées, à l'ignoble Malitroc. Il le prévenait, lui, l'Elfe jaune, afin, d'une part, qu'il ne se fasse pas prendre, d'autre part, qu'il prenne une résolution propre à secourir les siens et les Savoisiens leurs protégés. En rien, cependant, il ne voulait lui donner d'ordres: à présent qu'il était un chevalier à part entière, il devait faire ses choix lui-même. Il pouvait seulement l'assurer de sa reconnaissance, s'il lui gardait tout son amour, et que ses actions en portent la marque. Captain Savoy s'arrêta alors de parler.

À haute voix, l'Elfe jaune s'étonna, de ce que tant de choses s'étaient passées durant son absence car, quoique lui eût dit son maître, il ne concevait pas être resté à Vouan plus de trois ou quatre jours. Or, ce que lui racontait Captain Savoy paraissait avoir pris des semaines, peut-être des mois!

Mais il est temps, cher lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui verra Momülc et l'Elfe jaune décider de faire équipe pour affronter Malitroc et ses troupes où ils le pourront - en commençant, peut-être, par la vallée de la Menoge.

26/02/2018

Louis-Claude de Saint-Martin et le merveilleux chrétien

2339.jpgEn encourageant à faire du roi la butée des sentiments religieux, le catholicisme gaulois, on peut bien le dire, est retombé dans le césarisme, et le romantisme a eu raison de s'opposer à lui. Le culte du Prince a mené au culte de l'État et à celui de Paris qui sont le propre de la république centralisée, et, même si les révolutions n'y ont rien changé, l'impatience populaire peut s'expliquer aussi par le rejet de la forme d'idolâtrie qui assimile la divinité au pouvoir manifesté.

Le romantisme, effacé ensuite par le nationalisme et le marxisme, se dressait paradoxalement contre ce fétichisme par le merveilleux chrétien, qui détachait, en réalité, le pouvoir visible du monde des anges et des saints célestes. C'était une aspiration profonde à la liberté, qui agitait alors les individus - comme elle les avait agités dans les premiers siècles du christianisme, lorsqu'il avait fallu détacher son esprit de l'omniprésence du pouvoir romain et de ses images, pour mieux gagner le ciel et les étoiles.

En un sens, on renouait alors avec l'ancienne mythologie, pas si liée au trône et au sceptre, et le romantisme renouait à la fois avec le merveilleux chrétien et la mythologie païenne pour cette raison même.

Or la démocratie, au-delà des fétiches collectifs, renvoie non à la liberté de gouverner, mais à celle de choisir, seul dans l'isoloir, entre différents candidats à l'élection. L'affranchissement de la culture, face à la politique, fut ressenti à juste titre comme nécessaire, car la liberté de voter pour un dirigeant ne veut au fond rien dire: il s'agit seulement d'être libre de penser ce qu'on veut des dirigeants, et du système politique.

Le monde spirituel est au-delà des lois humaines, et le gallicanisme, en ramenant la divinité au pouvoir manifesté, a commis une erreur qui a suscité la Révolution. N'est-ce pas elle qui, sous la plume de Joseph de Maistre puis de Victor Hugo, a justement permis de détacher le Roi du monde divin, et de voir la politique comme maniée de l'extérieur par la Providence, au lieu d'en être la manifestation directe? L'avait permis, en gregoire.jpgréalité, l'appartenance de Joseph de Maistre à la Savoie et au Saint-Empire romain germanique, car on y séparait soigneusement le Pape et l'Empereur. Pour Maistre, seul le Pape est un héros légitime: il l'affirme, dans Du Pape. Le roi de France n'est pas, en lui-même, un être divin, même s'il le loue, notamment pour l'époque franque, d'avoir soutenu les papes.

Pas davantage, un État laïque ne peut incarner les forces de création - les forces démiurgiques par lesquelles les choses se font -, étant toujours, lui aussi, la création de la Providence. Maistre affirme que les papes étaient démiurges, Hugo que c'est le peuple: peu importe; l'important est que l'idée d'un décalage entre la divinité et le gouvernement s'impose - malgré le retour du culte de l'État, provoqué au vingtième siècle par le naturel latin et favorisé, dans son expression, par le marxisme et l'Union soviétique.

Du reste, avant même La Fin de Satan de Hugo - et dans la foulée, peut-être des Considérations sur la France de Maistre -, un roman de la fin du dix-huitième siècle déjà réhabilitait, en France, le merveilleux chrétien, tel qu'il avait été produit au Moyen Âge: dès 1799, Louis-Claude de Saint-Martin, avec son Crocodile, a tenté un roman de fantasy (genre qu'il appelle épico-magique) impliquant Paris dans ses dessous occultes.

Son action oppose, sous le règne de Louis XV, de saints hommes inconnus, liés entre eux par des fils invisibles, à une bête venue d'Égypte, démoniaque et affreuse. Or, Saint-Martin entendait dénoncer les résurgences païennes qui s'en prenaient au christianisme de façon aveugle et bornée, désignant, par sa bête égyptienne, les puissances du matérialisme moderne.

D'un autre côté, il accusait aussi les prêtres catholiques de ne pas faire de miracles et d'être d'un naturalisme triste, de se contenter de sacraliser l'ordre existant. Joseph de Maistre, dont la vision de la révolution crocodile.jpgfrançaise a des liens avec ce roman du Crocodile, et qui peint les révolutionnaires comme possédés de forces infernales, en a parlé.

Saint-Martin est, comme les frères Maistre, un précurseur du romantisme, et, s'il condamnait l'impiété de nombreux révolutionnaires, il ne condamnait pas en soi la Révolution, n'étant en rien un adorateur des formes asséchées du passé. À cet égard, il se différenciait de Joseph de Maistre. Le monstre qu'il dépeint annonce clairement l'Isis de Hugo, notamment par l'origine égyptienne, mais il est aussi un écho des monstres de la Légende dorée qu'affrontent à Paris sainte Geneviève et saint Marcel - puisque, à travers eux, il faut aussi voir les dieux païens, assimilés par l'ancienne doctrine chrétienne aux démons.

D'une part, il faut savoir (saint Augustin le dit) que la religion égyptienne était très à la mode dans la Rome décadente; d'autre part, à travers la figure du crocodile, Saint-Martin entend bien faire allusion aux dragons, tel celui qu'affronta saint Marcel à Paris, et qui était né de la tombe d'une grande dame vouée au démon, selon la légende.

Cette dame, justement, était-elle l'Isis qui, selon les occultistes locaux, avait donné son nom à Paris? Car c'était aussi une idée chrétienne, que les anciens dieux étaient en réalité de puissants seigneurs ou de nobles dames divinisés par les illusions du diable.

Certes, les initiés inconnus évoqués par Saint-Martin n'ont plus de lien avec le corps constitué qu'est l'Église catholique, comme s'en est indirectement plaint Maistre - et cela annonce aussi Victor Hugo et la déchristianisation de la France. Mais ils sont bien, en théorie, les héritiers de saint Marcel et sainte Geneviève: ils le sont bien, poétiquement.

Certes encore, Saint-Martin intellectualise beaucoup son monstre, le rend allégorique comme les monstres l'étaient dans la littérature latine de Prudence, au cinquième siècle, et on est loin du merveilleux populaire pratiqué par Jacques de Voragine huit cents ans plus tard. Depuis la Renaissance, la culture s'était à nouveau rendue savante - l'homme s'était intellectualisé. Mais Saint-Martin n'en retourne pas moins au mythologique, à l'allégorie renvoyant au monde spirituel telle que la concevaient les anciens évêques. Par lui, ainsi, Paris a renoué avec le merveilleux prôné par André Breton, qui d'ailleurs se plaignait qu'on ne l'étudiât pas plus à l'Université.