17/06/2019

La succession des mondes et l'évolution de l'être humain

Vierge_à_l'Enfant.jpgCharles Duits disait que la femme croyait spontanément à la vie après la mort parce que, lorsqu'elle enfantait, elle ne pouvait pas imaginer que son enfant mourrait un jour: dans son esprit, il était promis à une vie éternelle. Mais, comme elle sait que tout mortel doit mourir, il lui est au fond naturel de prévoir plusieurs vies se multipliant à l'infini, montant dans les natures – allant de l'homme au surhomme, du surhomme à l'ange, de l'ange au dieu. Or, l'homme ne saurait le faire seul, et il est naturel de prévoir aussi des métamorphoses de la Terre, et c'est ainsi, je pense, qu'est née l'idée de la Jérusalem céleste.

Olaf Stapledon disait que l'Évolution se faisait d'une planète à une autre. Quand une atteignait son évolution maximale, le mouvement ascendant de la vie se poursuivait ailleurs. Il ne faisait aucune allusion, c'est certain, aux âmes individuelles; mais l'intuition n'en est pas moins géniale. Peu importe, comme on l'entend dire, que l'humanité ne pourra jamais vivre sur une autre planète – avec le corps qu'elle a, tiré de la Terre. Elle pourra prendre ailleurs un nouveau corps, et poursuivre son évolution! Non en voyageant en vaisseau spatial et en colonisant Mars, comme les Européens ont colonisé l'Amérique – car il y a une différence essentielle: en Amérique, il y avait déjà des hommes, quand les Blancs sont arrivés, avec lesquels même ils pouvaient s'unir, et faire des enfants; sur Mars, il n'y a vraiment personne. Et même sur Terre, les lieux vides d'humanité n'ont pas été remplis: en prévoyant une colonisation de planètes désertes et hostiles, les Blancs continuent de feindre qu'avant qu'ils arrivent en Amérique et en Australie, il n'y avait là personne! Mais eux-mêmes n'ont pas colonisé le Sahara, l'Antarctique ou le fond des mers; à plus forte raison ils ne coloniseront new-jerusalem.jpgpas Mars et Vénus, comme le prétendaient les auteurs de science-fiction. Mais ils pourront s'y réincarner – s'y faire de nouveaux corps, peut-être.

Rudolf Steiner (reprenant, dit-on, H. P. Blavatsky) affirmait que, dans le passé, la Terre avait été un pur état de chaleur, dans lequel étaient mêlées toutes les planètes du système solaire, sans distinction; puis l'air est apparu, et le Soleil s'est détaché, s'est formé; puis l'eau, et ce fut le tour de la Lune: et déjà l'homme était présent – et ce n'est pas, ainsi, qu'il se soit physiquement incarné dans différentes planètes solides, mais que, en changeant de planète, pour ainsi dire, il a aussi changé d'état. Or, Steiner annonçait que dans l'avenir il changerait encore d'état, se spiritualisant à nouveau, et habiterait de nouvelles incarnations de la Terre, qui n'allaient pas, encore, sans rappeler la Jérusalem céleste. Il appelait le premier état de la Terre future la nouvelle Jupiter – et dans celle-ci l'être humain ne serait plus pleinement physique, mais aurait un corps éthérique, c'est à dire une forme pure, un corps glorieux, selon les mots de la tradition rainbow.jpgchrétienne. Et la planète serait telle aussi, aurait une nature appropriée à cet état futur de l'être humain.

Puis une nouvelle Vénus apparaîtrait, accueillant un homme cette fois semblable à l'ange, et enfin une planète encore inexistante nommée Vulcain, et dans laquelle l'homme acquerrait une nature plus élevée encore.

On peut, bien sûr, proclamer que ce sont là simples fantasmagories, qu'il est impossible de les vérifier. Mais, pour Steiner, l'âme portait en elle toute son évolution, passée et future, et il suffisait, si l'on peut dire, de la sonder suffisamment pour établir son histoire au cours des âges – et, par suite, les conditions planétaires de cette histoire. Dans le ciel de l'âme les figures du passé et de l'avenir surgissaient sous l'œil du voyant, qui pouvait ensuite les représenter.

Ce que j'aime, dans de telles visions, c'est que cela n'est pas matérialiste comme la science-fiction spéculative, qui ne fait que raconter des évolutions mécaniques d'un homme éternellement engoncé dans son corps physique: il y a, dedans, un fond moral et mythologique. Mais il ne s'agit pas, non plus, d'un tableau purement mystique, se contentant d'évoquer l'ascension d'une âme vers la lumière, sans se soucier du monde qui l'entoure – non pas seulement des hommes rencontrés durant la vie, mais aussi des terres traversées, des plantes, des animaux, des montagnes, et de ce que dans le monde a créé mystic_light_by_bastet9653-d3g1qpf.jpgl'homme – au moyen de ses arts. C'est intermédiaire et, pour moi, c'est la garantie qu'on s'approche de la vérité. Quand une histoire évolutive paraît logique d'un point de vue spirituel, quand elle frappe le sentiment profond, en deçà des considérations théoriques émanées de l'intelligence, elle s'insère dans l'âme, et devient image vraie. Même si elle ne correspondait pas à ce qui s'est réellement passé ou réellement se passera, elle n'en serait pas moins spontanément formatrice pour l'âme, lui donnant un horizon, et créant, pour ses valeurs intimes, une substance cristallisante – une butée, dans le cours des éons, à ses aspirations secrètes, qui déjà leur donne de l'épaisseur et de la légitimité, par-delà toute pétition de principe.

La nécessité de se pencher avec attention sur le monde environnant – sur le quotidien, comme on dit – apparaît de façon claire, et prive le mystique de la possibilité de mépriser ce qui le touche au jour le jour – les besoins de son estomac, ou de sa maison, de son sommeil, de sa santé –, car c'est aussi ce que l'homme réalise dans le monde au long de sa vie qui peut recevoir son onction, devenir béni, et subir la métamorphose qui lui permettra, une fois spiritualisé, d'entrer dans la planète nouvelle – la Jérusalem céleste. L'homme comprend alors que, même dans les nécessités du quotidien, de la sphère pratique, il lui faut agir en artiste, c'est à dire avec amour, pour rendre toutes les marques qu'il imprime dans la matière belles et pures, et que jamais on ne puisse avoir le sentiment qu'il n'a agi que soumis à des lois extérieures, à un devoir auquel il ne participait pas intérieurement – et qu'il n'accomplissait, au fond, que parce que c'était dans son intérêt (celui d'avoir une bonne réputation, par exemple). Car ce qui transforme le monde et prépare les nouvelles planètes, c'est l'art, et non la technique, qui tourne en rond dans la sphère où elle œuvre.

09/06/2019

Saint Louis et la glorieuse garde d'Ëtön

The_Best_HD_HQ_Hi-Res_Wallpapers_Collection_-_Fantasy_Art_by_tonyx__1300_pictures-616.jpg_wallpaper_warhammer_mark_of_chaos_01_1920x1200.jpgDans le dernier épisode de ce récit barbare, nous avons laissé saint Louis et ses compagnons alors que, dans la forteresse enchantée d'Ëtön le roi fée, ils s'apprêtaient à soutenir un siège contre le roi sorcier Ornicalc. Et justement les elfes gardiens des remparts venaient de sortir de leurs fourreaux leurs épées magiques, pour contrer l'assaut de monstres ailés, et armés eux aussi d'épées nues.

Souvent, m'a-t-on dit, des hommes soudain frappés à la poitrine, au ventre, au cerveau par quelque douleur inattendue ont en réalité été les victimes de ces êtres aux traits trop vifs pour être visibles, aux bras si fins que l'air ne pouvait les montrer, aux yeux si purs que la lumière ne pouvait s'y placer; car parmi eux sont les exécuteurs malveillants des injonctions divines, quand elles ont pour principe d'infliger des maux aux hommes, pour la purification de leurs âmes, et la rédemption de leurs péchés. Nul ne les voit, et pourtant ils sont bien là – si les médecins ordinaires ne voient que les effets sur les corps de leurs actions et, dans leur folie, donnent d'autres causes à leurs maux terribles. Ils sont les envoyés de la destinée et, anges de la maladie, de la mort et de la peur, ils frappent les corps et les âmes dans leurs formes et leurs fils, brisant les premières, tranchant les seconds.

Mais, pour en revenir au combat entre les démons ailés à face de gorilles et serviteur d'Onicalc, que celui-ci nommait ses chersthanos.jpg Octupul (ce qui signifie à peu près comme bons singes sans âme) – entre ces démons, donc, et les elfes gardiens de la cité d'Ëtön, la puissance des premiers, armés par Ornicalc même, n'en restait pas moins trop grande pour les seconds, et c'est dire ce qu'il était advenu si de simples mortels avaient dû les affronter. Car ces monstres ne se contentaient jamais d'accomplir des missions venues d'en haut; ils outrepassaient toujours les ordres, prenant plaisir à faire le mal, étendant leurs méfaits sur les mortels d'une façon aussi atroce qu'indue, déclenchant d'aveugles tempêtes qui emportaient les innocents aussi bien que les coupables. Et les raisons secrètes pour lesquelles les dieux acceptaient de les laisser faire et même parfois continuaient de les investir de missions particulières demeurent cachées à l'esprit ordinaire, et ne peuvent être révélées ici.

Mais qu'on sache que le combat devint vite inégal, entre les bons elfes d'Ëtön et les diables d'Ornicalc, alors même que les premiers étaient en si plus grand nombre que les seconds. Car leurs bras épais, articulés depuis de hautes épaules et une taille énorme – laquelle rendait en vérité ces êtres pareils à des arbres –, provoquaient des ravages dans les rangs des plus faibles elfes, davantage semblables aux êtres humains que les autres – et même plus frêles qu'eux, plus légers. Bientôt ils durent fuir, malgré leur courage, au moins pour se donner le temps de revenir à l'assaut, de reprendre leur souffle; et ils s'arc-boutèrent contre un mur ou une porte, se rassemblant unis contre l'ennemi.

Soudain, une porte s'ouvrit, et on en vit sortir six hommes, qui étaient le Génie d'or, saint Louis le roi de France et les quatre compagnons qui lui restaient, et, profitant de l'effet de surprise – pressés, aussi, d'en jedi-Sith-lightsaber-artwork-science_fiction-battle-748x421.jpgvenir aux mains avec ces ennemis qu'ils avaient eux-mêmes amenés à ces remparts –, ils se précipitèrent sur les géants noirs, arrêtant leur sinistre course et leur avancée funèbre. Ils les blessèrent, les meurtrirent, et, donnant un répit à ceux qui gardaient les portes par l'une desquelles ils étaient passés, leur permirent de reprendre leur assaut dans un nouvel élan, repoussant les monstres et les tuant un à un en touchant leurs têtes, seul endroit par lequel ils pouvaient mourir. Car sur leurs dos, leurs bras et leurs jambes, et aussi leurs flancs, leurs hauberts les rendaient invincibles, repoussant tous les traits et les coups qu'on puisse imaginer, et au ventre, comme cela a été dit, ils avaient une curieuse nuée noire qui absorbait ces mêmes coups, et faisaient disparaître jusqu'à certaines épées lancées avec trop de force, et lâchées juste au bon moment. Une fois, même, un bras fut saisi, dans ce trou noir, dans cette faille de l'espace et du temps – et, quand le combattant voulut le thanos-2048x2048-avengers-infinity-war-fan-art-hd-16413.jpgramener à lui, il vit qu'il était coupé, qu'il avait été tranché net, qu'il avait lui aussi disparu; et, au moignon, le sang ne jaillissait pas, mais seulement une fumée noire, comme si elle l'avait consumé d'un coup, si terrible était cette puissance étrange que ces êtres avaient au ventre.

Les autres monstres ailés, cependant, atteignirent les portes du palais d'Ëtön. Et du roi la garde personnelle intervint, pour protéger ces portes. Or, leur vaillance était grande. Un panache de feu surmontait leurs heaumes gemmés. Une longue lance était dans leurs mains, qui jetait des éclairs autour d'elle. Et ils se tenaient prêts, rangés et en garde, maintenant à distance les géants munis d'ailes et au front de sauvage gorille. Sans attendre ils les frappèrent, dès qu'ils furent à portée, et leurs lances, en jetant des foudres, les entouraient d'une boule flamboyante, dans laquelle on les distinguait à peine. Les monstres furent arrêtés dans leur avancée, et plusieurs moururent de cette résistance active des elfes de haut rang qui gardaient les portes d'Ëtön.

Mais bientôt des renforts revinrent, et comme Louis de France avait appris à aimer de façon illimitée ces bons elfes, ou anges de la Terre, qui défendaient les hommes contre les démons de l'Enfer, il sentit son cœur une amertume et un chagrin grands, car les gardes personnels d'Ëtön étaient d'une beauté et d'une grâce qui dépassaient toute mesure. Sa torture était d'autant plus grande qu'il ne pouvait leur venir en aide, acculé jediwar.jpgqu'il était par plusieurs monstres qui maniaient des sabres avec dextérité, et contre lesquels il avait grand-peine à se défendre, malgré la solidité et la pureté de son haubert et de son bouclier. Il résistait bien, à leurs assauts, mais point assez pour se précipiter au secours de la garde d'Ëtön, et il devait se contenter de protéger voire de sauver des elfes plus ordinaires, des hommes plus ordinaires de l'armée enchantée.

Toutefois y mettait-il tout son cœur. Et, devinant sa pensée, le Génie d'or usa d'un subterfuge dont peu d'elfes ont le secret, et qui est réservé aux plus grands, initiés aux arts les plus subtils: il s'effaça, fit disparaître son corps, et le fit réapparaître plus loin, comme s'il s'était instantanément déplacé; Louis crut même le voir, quelques instants, à deux endroits à la fois, aussi étrange que cela paraisse. Avait-il remonté le temps, au moment de se téléporter? Cela eût été trop fou, mais qu'est-ce qui ne l'était pas, dans ce monde étrange?

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui évoquera la victoire de Louis sur la première vague des ennemis d'Ëtön.

03/06/2019

La société pour fuir le soi profond

eleves.jpgJ'ai eu un collègue, dans l'établissement où je travaille encore pour un mois, qui voulait faire et faisait du cinéma, un jour peut-être il sera connu, car il reste jeune, même si les années passent. Nous avons même fait un film ensemble, en guise d'atelier éducatif de fin d'année. Il racontait qu'un professeur, joué par moi, était attaqué par ses élèves, ligoté, torturé – il en faisait des hallucinations, et puis il se réveillait. Ce n'était qu'un rêve. Le titre était Cauchemar pédagogique. Il était magnifiquement monté, d'une façon très professionnelle, pleine de rythme et d'allant, de subtilité et de maîtrise. Je peux aussi dire que, de l'aveu de tous, il était bien joué, même mon collègue cinéaste m'a dit que je me jetais dans mon rôle mieux que beaucoup de professionnels. Parfois néanmoins j'en faisais trop.

Quand on fait l'acteur, on croit, si on est novice, qu'il faut avoir l'air naturel. Mais le naturel contrôlé par l'intelligence n'a rien à voir avec le naturel réel – bien davantage dans l'instinct, ou du moins le sentiment. On a toujours l'air plus ridicule qu'on ne le souhaiterait. Quand on joue la comédie, il ne faut pas hésiter à en faire plus que ce qu'on fait d'ordinaire, ou qu'on croit qu'on fait d'ordinaire. Mais il peut arriver que ce soit trop.

Le film contenant des enfants et utilisant des musiques non libres de droits, il est impossible de le montrer au public. Il a été conçu par Valère Trocquenet et moi. Je pense que c'est lui qui a eu l'idée globale, et j'ai insisté valere.jpgpour qu'il y ait des hallucinations, des étrangetés, des élèves qu'on voit à la fois derrière et devant soi au moment où on les fuit, ou croit les fuir. Je voulais qu'on reste dans le mystère, mais mon collègue a choisi de me faire me réveiller sans qu'un doute demeure sur l'irréalité de ce que j'avais vécu. Il n'avait concédé le fantastique que s'il était finalement neutralisé.

Et cela m'a rappelé des conversations que nous avions eues sur le cinéma français contemporain, et étions d'accord pour dire qu'il avait décliné parce qu'il avait négligé le mythologique. Mais nous ne nous entendions pas parfaitement sur ce mot. Pour moi, il renvoyait au merveilleux, aux manifestations indirectes – symboliques – du monde spirituel, qui donnent toujours au réel apparemment montré un air miraculeux, mythique, archétypal. Pour lui, les archétypes étaient définis par une tradition, et pouvaient se passer de merveilleux. Sa pensée était plus classique, je pense.

Nous étions tous les deux nés à Paris, et je ne veux pas dire qu'il avait une pensée typiquement parisienne, car cela n'aurait pas de sens, chacun est libre de ses idées. Il faut néanmoins reconnaître que mon père a quitté Paris et a rejeté sa culture pour adopter celle de la Savoie, telle du moins qu'il la concevait. Mon collègue était resté davantage fidèle à la tradition parisienne, et n'avait pas de lien avec une région excentrée à la culture vive et originale, son père faisait des caricatures dans le goût de Charlie-Hebdo, ce genre de choses que je connaissais bien, que mon père aussi aimait, mais qui n'était pas ou plus mon univers propre. Personnellement, j'étais imprégné de culture anglophone, et même si j'aime les films archétypaux de Jean-Pierre Melville, par exemple, voire de Jean-Luc Godard, je suis surtout impressionné par David Lynch, ou Terrence Malick, ou George Lucas, même. Le cinéma français m'indiffère.

Or mon collègue et ami avait sur le sujet du merveilleux la même pensée que celle que les Français brandissent habituellement: si en France on n'aime pas le fantastique, c'est qu'on y serait attaché à la rationalité – à l'héritage cartésien. Mais je lui ai répondu: Non. Je ne crois pas. C'est qu'en fait on a peur. On a peur du mystérieux, on se réfugie dans une illusion, un semblant commode de rationalité tissé des pensées communes, ordinaires, conventionnelles. On se réfugie dans le tissu social (si intense et complexe, justement, à Paris) parce qu'on a peur de la solitude dont naissent les visions – les solitudes marines chéries de Victor Victor-Hugo-terrasse-Hauteville-House-1868-lors-exil-Guernesey_0_1400_947.jpgHugo sur son île de Guernesey, les solitudes alpines chéries de François de Sales en Savoie, et ainsi de suite. Les francophones ont osé pénétrer le monde spirituel s'ils ont fui Paris, la cour, son tissu social.

Cela s'y fait peu, si les poètes anglophones sont volontiers retirés du monde, les francophones se sentent obligés de vivre dans la noble et large cité: ils ont peur de rester inaudibles, s'ils sont ailleurs. L'habitude a été prise de ne pas regarder sérieusement au fond de soi, de ne pas y laisser surgir les révélations sous une forme imaginative. Le seul qui l'ait vraiment fait, dans les dernières décennies, c'est Charles Duits, qui était de nationalité américaine, et se sentait, à Paris, que pourtant il adorait, étranger.

Le caractère latin est social et vit dans le fantasme collectif, l'illusion de réalité que donne la force du nombre, la fréquence des idées qui circulent, les expériences ou références communes. Quand il y avait des révélations collectives, cela pouvait déboucher sur le monde spirituel représenté, comme au temps de Charlemagne, ou de saint Louis. Mais ce temps, je pense, est fini. On a vu des poètes communistes créer un semblant de révélation collective, mais qui n'était en fait pas très profond. Seul l'individu affranchi des idées communes, dans lesquelles les gens ordinaires se réfugient, peut réellement pénétrer les mystères du soi profond.

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