11/07/2019

L'Homme-Météore et la révélation de l'Homme-Fétiche

black.pngDans le dernier épisode de cette insigne geste, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il venait de rencontrer un homme étrange à qui il avait posé une question qu'il croyait innocente, mais que l'autre avait mal prise, ayant senti dans son ton une morgue désagréable.

L'Homme-Météore, à vrai dire, regrettait déjà de s'être adressé à lui de cette manière. Mais il se sentit lui aussi agressé, et le démon de la colère ne put être maîtrisé dans son cœur par sa raison. Il répliqua: Qui que tu sois, sache que je pouvais accueillir sans peine aucune la mort et la défaite; je te suis infiniment reconnaissant de les avoir éloignées de moi, mais peut-être un autre miracle l'aurait-il permis, si tu n'étais venu. Je suis, en vérité, protégé par les anges qui protègent Paris, à ce qu'ils m'ont dit. Et je demandais simplement qui tu étais. Pardonne-moi, si j'ai eu des mots blessants. Souvent celui qu'on a secouru éprouve de la honte d'avoir dû l'être, et en veut à ceux qui l'ont aidé, parce qu'ils l'ont humilié. Je m'enquérais de ton nom et de ton être parce que je voulais savoir si tu étais lié, justement, aux êtres divins qui me protègent depuis l'arc de la lune, où l'on se rend par le pont de l'arc-en-ciel. Je me demandais si tu étais venu de leur part. Mais si tu ne veux point me répondre, tu es libre.

Soudain, sans prévenir, l'homme étrange lança, de sa main droite, une poudre d'or qui se mit à tournoyer autour de l'Homme-Météore, et à lui lancer mille petits foudres; aveuglé, accablé, submergé, il ne vit pas son adversaire sauter vers lui et lui asséner un coup de poing au visage – qui était protégé d'un heaume, comme on sait. Cependant, sa vivacité et ses réflexes lui permirent de lancer un coup de pied à la poitrine de l'homme étrange, et de le projeter en arrière à plusieurs mètres. Puis, ils se jetèrent l'un sur l'autre et s'empoignèrent.

D'une force à peu près égale, ils s'immobilisaient quand ils tâchaient de bouger, et soudain l'Homme-Météore fit appel à une force profondément enfouie en lui, et ses bras s'illuminèrent et, se renversant, il fit passer par-dessus lui l'étranger, qui roula à terre. Se relevant aussitôt d'un genou, on le vit lever la main droite et s'exclamer: Paix, ô Homme-Météore! Je sais maintenant que tu es vraiment toi-même, et non une copie de black-lightning-2.jpgRadsal-Tör envoyée pour me tromper, comme je l'ai cru un instant; car ta réponse et ton comportement m'ont étonné. Mais j'ai dû m'inquiéter à tort, et mal prendre ce qui n'était qu'une maladresse de ta part. J'ai vu tes bras à l'œuvre, et les flammes qui en ont bondi; je sais que c'est vraiment toi, l'être à demi divin dont mes petits amis de lumière m'ont parlé. Je te dirai donc qui je suis.

On m'appelle l'Homme-Fétiche, et je suis né au Cameroun, mais je suis arrivé tout petit à Paris – ou, pour mieux dire, dans sa proche banlieue, emmené là par mes parents, qui pensaient y trouver du travail. Ils aimaient la France: ils ne sont pas venus en conquérants, mais en amants. Depuis tout petits, ils chantaient la Marseillaise, apprise à l'école, et saluaient le drapeau.

Ils étaient, par ailleurs, issus d'une longue lignée d'initiés secrets, et connaissaient nombre de tours inconnus des Blancs. Ils n'étaient pas ce qu'on appelle dans ta langue des sorciers, car leur magie était blanche, et faite seulement pour accomplir la justice des pères. Ils n'en abusaient jamais, et appréciaient à leur juste mesure les connaissances des Européens, notamment des prêtres, et aussi des savants. Mais ils savaient que face à leur art c'était souvent pure fumée. Ils tâchèrent toutefois d'acquérir les facultés de raison des Européens – d'apprendre leurs mathématiques notamment, car rien n'est plus formateur pour l'esprit, si leurs sciences naturelles sont remplies de billevesées que les initiés d'Afrique savent reconnaître pour telles. L'acquisition du sens logique, au contraire, est faire pour étendre et approfondir l'art magique, et y reconnaître ce qui est bon, et ce qui ne l'est pas. Aussi y ont-ils mis de la ferveur.

C'était des êtres exceptionnels, tant du point de vue de la France que du Cameroun. Qu'ils appartinssent à la noble nation des Bamiléké n'enlève rien à leur mérite purement individuel. Bien au contraire, ils ne se sont jamais contentés de l'héritage de leurs ancêtres, mais ont cherché au-delà et, derrière la figure des pères dont les reliques reposaient dans leurs fétiches, ils ont vu le Dieu dont parlaient les Blancs, et se sont demandés, non pas si les deux s'opposaient, mais quels êtres pouvaient bien faire le lien entre les deux, quels êtres pouvaient bien occuper la longue chaîne qui lie l'esprit des ancêtres bienveillants et l'esprit de l'univers que Victor Hugo, votre maître, appelait le moi de l'infini. Et voici! ils ont trouvé ceux que tu appelles les anges, et que d'autres peuples ont nommé dieux, ou elfes.

Alors, voulant me bénir et me porter vers les hauteurs, ils m'ont mis, moi, en relation avec un puissant ancêtre en lien avec les étoiles, ami des anges et placé dans la lumière divine. Dès son vivant, ce grand-père, noble et sage, avait su lire dans les astres comme toi dans ton alphabet et, à sa mort, les miens l'ont pris comme protecteur de choix, persuadés qu'il vivait dans le sein de Dieu. Il s'était en quelque sorte transformé à leurs yeux en ange, ils en avaient fait ce que les chrétiens appelaient un saint, et tu ne dois pas mépriser leur pensée parce qu'il s'agissait June-XII-Poster-1.jpgd'un homme qu'ils avaient connu de leur vivant. Ils ne l'ont pas choisi au hasard, simplement parce qu'il avait mis au monde ma mère, et avait apporté, à son foyer, quand elle était petite, nourriture et bienfaits. Il était un véritable initié, et même des familles étrangères à la nôtre, mais qui le connaissaient, le prenaient pour protecteur, depuis qu'il était passé de vie à trépas, et le regardaient comme un bienfaiteur posthume. Il protégeait tout le village, toute la communauté, les Bamiléké lui rendaient tous plus ou moins hommage. Mais naturellement, nous lui rendions plus hommage que quiconque. Il était d'ailleurs évident, pour nous, que sa valeur était plus grande que celle du père de mon père, homme noble et vaillant, mais n'atteignant aucunement la grandeur du père de ma mère.

Mais il est temps, lecteurs, d'arrêter là cet épisode, interrompant le discours de l'Homme-Fétiche, qui reprendra la fois prochaine pour montrer comment il a crû en France, étant petit, et comment ses pouvoirs se sont révélés.

03/07/2019

L'échec de Jacques Replat

replat.jpgJ'ai toujours pensé que les programmes d'études gagnaient à varier selon les lieux où ils étaient appliqués, à s'adapter à la culture locale, à établir un lien entre la région où l'on vit et la littérature, l'histoire, la géographie. Cela ne peut pas être taxé de limitation chauvine car je crois aussi qu'au fil des années, ces programmes doivent s'élargir en cercles de plus en plus grands, pour finalement embrasser le monde. Mais pour une région frontalière comme la Savoie, cela pose deux problèmes politiques majeurs: d'une part, rattachée tardivement à la France, sa culture propre a peu de rapports avec celle qu'entend diffuser, par souci d'unification des âmes (dit-il), l'État unitaire et centralisé dirigé (en théorie) depuis le palais de l'Élysée à Paris; d'autre part, si les cercles s'élargissent équitablement, ils englobent autant la Suisse et l'Italie que la France, ce qui ne fait pas l'affaire non plus des dirigeants, qui pensent que pour que les impôts rentrent bien, il faut que les gens aient l'âme disposée à bien comprendre ce que ces dirigeants leur disent - ou plutôt à considérer que leur culture est la seule légitime, et qu'ils sont donc les seuls habilités à gouverner!

Car il en est ainsi, dans les faits, et quelle que soit l'intention affichée, ou même partagée: la culture officielle a pour effet de créer une élite dirigeante, constituée de ceux qui la possèdent. On ne sait pas réellement si elle vaut mieux qu'une autre; l'important est que l'État la déclare telle, ce qui permet à l'ethnie qui se la transmet héréditairement de dominer les autres, de les humilier, de les culpabiliser. Car dans l'immense majorité des cas, cette culture, comme toutes les autres, se transmet par la famille, dont l'école n'est au fond que le prolongement. On peut prétendre que la République, en instaurant l'école gratuite et obligatoire, a permis aux autres ethnies d'accéder à l'ethnie dominante, de se confondre avec elle. Et dans certains cas, cela a eu lieu, c'est vrai; mais généralement, cela a eu pour effet de marginaliser et de rabaisser ceux, majoritaires, qui replat.jpgne parvenaient pas à se convertir à la culture française traditionnelle: avouons-le.

Et je veux croire que l'intention, de permettre à tous d'y accéder de façon égalitaire, a été souvent sincère, chez les républicains exaltés, rêveurs, idéalistes - naïfs. Mais il y en a aussi pour qui l'effet réel n'a rien d'inconnu, et qui agissent cyniquemement, parce qu'ils savent que pour diriger, il faut, d'une part, créer, comme je l'ai dit, une culture d'État qui est celle qu'on a reçue de ses propres parents, qu'on a donc eu peu de mal à assimiler; d'autre part, faire croire au peuple qu'on œuvre à son bonheur, comme l'a écrit Machiavel.

Mais le bien du peuple est celui des individus qui le constituent, et il est simplement pédagogique d'enseigner la culture liée au lieu que ces indvidus habitent - occupent. Peu importe que la structure sociale ne laisse gravir les échelons qu'à ceux qui auront joyeusement adopté la culture de la classe dominante; les individus sont faits pour modifier la société qu'ils constituent, et qui ne les précède pas. Oui, il est possible que des individus énergiquement et intelligemment éduqués imposent à la société l'importance de l'histoire de la Savoie, ou de ses auteurs, par exemple Jacques Replat!

J'ai déjà évoqué cet écrivain savoisien du dix-neuvième siècle qui réécrivait l'histoire médiévale de la Savoie en lui ajoutant, dans ses poèmes et ses romans, ses promenades contées et ses légendes en vers, des rêveries nourries de souvenirs personnels et de mythologie populaire. Dans ma thèse de doctorat, j'ai cherché à le réhabiliter, comme beaucoup de ses compatriotes de la même ligne, et jusqu'au jury de soutenance, globalement hostile à ma démarche, a admis que ce Replat était un bon auteur parmi ceux dont je parlais - un des rares.

J'ai donc pris sur moi, un jour, de proposer à mes collègues professeurs de français d'un petit collège de montagne, en Savoie, d'acheter en série un roman de lui que mon père et moi avions réédité, Le Siège de replat.jpgBriançon, datant de 1836, mais qui narre des événements du onzième siècle, en les mêlant de merveilleux. Cela n'a pas été facile à faire accepter, mais je voudrais citer Florence Fert, qui a une action publique, qui dirige une galerie d'art et produit des films documentaires - je voudrais la citer comme soutien: car c'est grâce à elle que cet achat put être effectué.

Par la suite, j'ai donné à lire des extraits de ce livre à mes élèves, qui les ont trouvés très beaux, qui les ont beaucoup aimés. Ils favorisaient aussi mon autorité, car mon nom était sur la couverture, comme préfacier. Mais maintenant que je pars de ce collège savoyard pour me rendre en Occitanie, j'apprends qu'on décide qu'on n'aura plus besoin de cette série, et qu'on compte s'en débarrasser: la documentaliste me demande même si je veux la récupérer, mais je refuse; j'en ai encore beaucoup en stock, et stocker les livres a un coût, en temps et en argent: tout espace privé a une valeur.

J'ai donc échoué à convaincre mes collègues que Jacques Replat était en soi un bon auteur, et utile, pédagogiquement, aux élèves. Je ne leur ai pas même donné l'envie de feuilleter son livre, je ne suis pas même parvenu à susciter leur curiosité: la machine étatique a évacué mon entreprise dès mon départ.

Mais qu'importe? Je ne l'ai pas initiée pour convertir les fonctionnaires au régionalisme; et les élèves, je crois, ont bien été nourris intérieurement par Jacques Replat et les légendes locales que je leur ai transmises, aussi à travers d'autres auteurs, comme Jacques Fodéré ou Amélie Gex. ils en ont tiré, à leur tour, de belles créations littéraires et artistiques, ils sont entrés, ainsi, dans un monde de poésie que la culture officielle, quoi qu'on dise, laisse hors de portée, parce qu'elle le réserve à une élite minoritaire, à une ethnie, ou une classe (c'est au fond la même chose) dominante. C'est ma conviction, et ce qui, socialement, du point de vue de l'institution, apparaît comme un échec, apparaît humainement comme une réussite. C'est une forme de tragédie, que l'institutionnel puisse s'opposer à l'humain; mais cela arrive souvent - plus souvent qu'on croit, ou qu'on voudrait. Pas seulement en France: partout. Même en Suisse (où l'écart est globalement moins grand).

25/06/2019

L'Elfe jaune et Mömulc contre les ombres d'Orcolter

a2a08c4dd933e18d3134ce2f1bd3f70d.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable saga, nous avons laissé nos deux héros, l'Elfe jaune et Mömulc son ami, alors qu'ils étaient entourés d'une horde de spectres noirs sur les pentes du massif des Voirons, en Savoie. Un grand rire du diable venait de s'y faire entendre, et l'Elfe jaune avait frémi.

Sa foi en les anges qui brillent parmi les étoiles seule put le soutenir, dans cette entreprise qu'il avait initiée. Mömulc cependant n'en eut cure, et ne fit que s'en mettre davantage en colère – ne fit qu'avoir davantage envie d'en découdre. Aussi, dès que d'autres ombres, munies de leurs piques noires sortant de leurs bouches, tentèrent de l'atteindre et de le blesser, se jeta-t-il sur elles en tenant haute sa grande hache d'or.

Ce n'est pas, naturellement, qu'elle pût les tuer; mais son métal précieux et béni pouvait les découper assez pour les empêcher de se reformer, et leur infliger une étrange souffrance – donc d'une façon durable les mettre hors de combat. Sous la poussée de son assaut elles reculèrent. Mais bientôt, plus nombreuses encore revinrent-elles, constituant une masse, une marée sombre entourant l'or et les joyaux luisants de son armure – et de même pour l'Elfe jaune, astre brillant parmi l'obscurité de ces nuées noires.

Cependant, le premier disciple de Captain Savoy avait une arme décisive, contre eux: sa faculté de téléportation. Car il l'utilisait en passant derrière le voile de la matière. Or les ombres, si terrifiantes dans l'espace physique, n'étaient là que des souffles sans consistance, que l'Elfe pouvait faire fuir en se contentant de battre l'air de ses mains, comme s'il leur livrait des soufflets, ou du moins des coups de poing. Dans ce monde parallèle, les ombres terrifiantes étaient semblables à des hommes faibles et osseux, au dos courbé et décharné, patauds et lents, et on pouvait les battre aisément, si on osait s'y rendre, et si on était à même joud.jpgd'y garder son corps, d'y conserver le cristal de ses membres. Or, c'était le cas de l'Elfe jaune, qui pouvait disposer d'un corps d'arc-en-ciel, d'un corps cristallin, transparent et léger aux yeux des mortels, mais puissant et fort dans le monde éthérique.

Aussi les monstres, sous son attaque de feu, ne tardèrent pas à fuir. En se traînant, en boîtant, elles qui pouvaient étouffer un mortel d'une seule main, et lui sembler rapides comme l'éclair, elles s'en allèrent loin de l'Elfe jaune, qui reprit bien vite du courage, en voyant le résultat de sa tentative de les prendre à revers depuis le monde élémentaire – car son succès était inattendu, pour lui, qui manquait à cet égard de foi, ou de connaissances secrètes. Il en rit, même. Pourtant, les ombres qui fuirent restaient dangereuses, car elles avaient prévenu Borolg, et annonçait l'arrivée d'ennemis plus puissants. L'Elfe jaune se garda de se réjouir trop longuement. Il reprit sa plaine matérialité et son corps d'homme fin et agile, et Momülc vint à sa rencontre en grommelant, satisfait d'avoir fait fuir les spectres. Car il s'en croyait le seul auteur, n'ayant pas vu, shasz.jpgde ses yeux épais, l'action de l'Elfe jaune, et croyant qu'il avait disparu et fui, pendant que lui combattait!

L'Elfe jaune lui sourit, mais lui resta sombre, et le disciple de Captain Savoy comprit. Alors il posa deux doigts sur le front du géant vert, et projeta sa pensée en lui. Momülc, aussi étrange que cela paraisse, s'éclaira aussitôt, en voyant ce qui était arrivé, et qui développait, il le saisissait maintenant, des images furtives, des éclairs qu'il avait aperçus, durant son combat, et non compris. Il les avait pris pour des mirages; mais ils étaient le reflet d'actions réelles, accomplies par son ami, et il sut qu'il n'avait pas combattu seul et que, grâce à ses pouvoirs, l'Elfe l'avait considérablement aidé. Son cœur aussitôt s'en épanouit.

Soufflant quelques instants, les deux amis du bien, sans craindre plus que cela ce que leur enverrait à présent l'atroce Borolg, reprirent leur marche vers la caverne où ce monstre tenait enchaînés les malheureux enfants de la vallée. Ils savaient, désormais, que leur entreprise ne serait point aisée, et que l'adversaire les attendait de pied ferme; ils savaient que Borolg leur tendrait de terribles emûches, leur jetterait de terribles défis qu'ils devraient relever, et qu'ils pouvaient en perdre la vie. L'Elfe jaune en tout cas en était 44d09fd28fd3f6cb598364ce9e23e8cc.jpgparfaitement conscient; car, vivant dans l'instant, et dans le feu de sa rage, Momülc ne s'occupait guère de l'avenir, attendant seulement de pouvoir agir.

Le premier ennemi ne tarda point à se montrer. Ailé, il ressemblait à une énorme chauve-souris. On le nommait, Acorlod, et il tenait à la main une masse d'armes noire et luisante qui projetait autour d'elle, quand il la faisait tourner, des flammes noires pleines de poison, à même de dissoudre dans le néant des êtres peu armés contre ce type d'attaques. Même Momülc avait tout à craindre d'un tel pouvoir. Sa peau pourrait-elle résister à ces jets, nul n'aurait pu le savoir. Mais l'expérience devait le révéler, et le lecteur en saura bientôt plus, à ce sujet.

Or ce monstre se tenait en face d'eux, et devant un rocher qu'un détour du sentier leur révéla. De lui s'exhalait un souffle sombre qu'on ne saurait décrire, sinon en disant qu'il éloignait toute clarté, toute couleur autour de sa personne. Ou les absorbait-il, vampire de la lumière? Il semblait aussi que ce fût le cas. Il créait des trous dans la matière, creusait des failles menant à un curieux abîme, chose étonnante à dire. Il était plus abominable que nulle chose au monde, vue auparavant par l'Elfe jaune. Jamais autant de malignité ne lui avait surgi au cœur, ni ne s'était manifesté à ses yeux.

Mais il est temps, chers lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, quant à l'évolution de cette âpre bataille.