10/02/2018

Mythologie parisienne

paris.jpgLes amateurs français de merveilleux scientifique, notamment Serge Lehman, mettent souvent en avant quelques écrivains à demi oubliés pour montrer que, à l'époque moderne, une mythologie proprement française s'est créée, et que, liée à la révolution industrielle, elle fut dominée par Paris.

Ils pourraient, à vrai dire, évoquer le Paris romantique, lié à la révolution française et à la victoire du peuple sur les forces de Versailles - et, s'appuyant sur le livre de Pierre Albouy consacré à la mythologie dans la littérature française, faire remonter ce merveilleux parisien à Hugo et à sa génération, qui faisaient de Paris un volcan créateur, un centre cosmique flamboyant!

Mais, au bout du compte, pour quels résultats? L'idée d'une matrice universelle est restée très théorique, et les figures dites mythologiques soit se sont avérées surtout allégoriques, soit se sont fondues dans le prosaïque Pieuvre.jpgde la vie ordinaire. On avait, à l'époque romantique, le réalisme d'un Balzac, ou même du Hugo romancier, et des concepts grandioses, des métaphores, des invocations au folklore relativement brèves. L'un dessinait, en profondeur des bandits de la cité, une pieuvre maléfique - mais l'action de son récit demeurait liée aux personnages mortels, et on n'allait pas, pour ainsi dire, de l'autre côté - on ne se rendait pas où vivait le monstre. L'autre créait des confréries secrètes intrigantes, mais non douées de pouvoirs magiques. Gérard de Nerval racontait, de son côté, en quelques lignes des phénomènes étranges liés à des esprits domestiques, comme on en trouve aussi à la campagne. Seule la figure de l'Homme rouge est restée marquante, mais elle ne fut jamais approfondie.

Le merveilleux scientifique a introduit dans Paris des êtres bizarres, mais également prosaïques, parce que ramenés à des théories matérialistes, qui d'ailleurs ne tenaient pas debout. L'ouvrage le plus significatif, à cet égard, est Le Péril bleu (1912), de Maurice Renard, célébré dans les milieux autorisés, mais qui ne m'a guère convaincu, les sarvants du folklore savoyard y étant assimilés à une espèce d'êtres invisibles mais solides et vivant dans le ciel - comme si l'invisibilité rendait léger le solide! Dans ce livre, les êtres élémentaires perdent leur essence spirituelle et sont rationalisés à partir de conjectures par surcroît hasardeuses, et Paris est impliquée, puisqu'un engin de ces êtres s'y pose, et est exploré de façon cocasse par des hommes qu'on voit progresser depuis l'extérieur. Il est du reste à noter que l'auteur comprend mal ce goblin_by_mattdemino-d7n7zxd.pngqu'est un sarvant, puisque, à Paris, il s'appelle plutôt un gobelin, la ville ayant été plus profondément germanisée que la Savoie (le sarvant vient de silventem, esprit silvestre, et le gobelin de l'allemand kobold, sorte de gnome).

Serge Lehman a été plus convaincant, dans ses bandes dessinées, lorsqu'il a évoqué le plasme spirituel dont émanait son super-héros l'Optimum, même si, à mon goût, il n'a pas assez exploré ce plasme de l'intérieur, ne lui a pas assez donné vie. Il s'agissait, en théorie, de l'égrégore de Paris, et était sans doute relatif à des réflexions d'André Breton sur les sources collectives du mythe.

Mais on pouvait aller plus loin, des pensées ésotériques détaillées ayant été livrées, sur ce sujet, par divers auteurs étrangers, qui permettaient justement la mythologie claire. À cet égard, la référence aux Américains est humiliante, quand on sait, par exemple, que la série Twin Peaks s'appuie explicitement sur H. P. Blavatsky, et qu'elle a contribué à créer une mythologie de l'Amérique contemporaine. La timidité des Français, face aux énigmes du monde spirituel, leur est fatale.

Le merveilleux scientifique n'a en réalité pas fait beaucoup plus, pour articuler des mythes autour de Paris, que le romantisme, et le récit le plus marquant, de ce genre, reste celui d'Erckmann-Chatrian appelé Le Cabaliste Hans Weinland, écrit à partir du monde allemand et peignant la maladie qui se répand dans la genie-de-la-liberte.jpgcapitale comme un être bleu, un démon, une personne. Tout se passe comme s'il était plus facile de créer un mythe à Paris depuis Strasbourg que depuis Paris même.

Si on peut rattacher l'allégorie de La Fin de Satan, de Victor Hugo, à Paris, en faisant d'Isis (comme il le suggère) l'esprit de la Bastille, et de l'ange de la Liberté celui qui a guidé les révolutionnaires, on obtient également un mythe parisien valable; mais Hugo y reste excessivement abstrait, n'insérant pas ces êtres dans la cité de manière précise.

Au bout du compte, les histoires merveilleuses les plus convaincantes, parmi celles qui s'insèrent dans l'histoire de Paris, restent les légendes chrétiennes. C'est douloureux à dire, pour une ville qui a autant développé le rejet du Moyen-Âge chrétien, mais sa mythologie demeure profondément dans ce qu'elle renie - comme si, au fond, à force de vouloir être plus qu'elle n'est, elle se reniait elle-même! La modestie de ses origines lui fait-elle honte? Pour justifier d'être le centre d'un empire, mieux vaut être la fille d'Athènes et de Rome qu'un village gaulois fortifié par les Francs.

Sa culture véritable n'en est pas moins reflétée dans les légendes de sainte Geneviève, de saint Denis et de saint Marcel telles qu'elles sont racontées par Jacques de Voragine d'après des traditions locales. Le reste est vaporeux. Même la référence à Isis n'a guère donné lieu qu'à des dissertations: les récits mythiques ne se sont pas fait jour.

Paris, hélas, n'a pas accueilli l'empereur Auguste: seulement le roi Clovis. Significativement, le texte le plus foncièrement mythologique impliquant Paris a été écrit par un moine carolingien de Saint-Germain-des-Prés se nommant Abbon: au dixième siècle, il a composé un poème épique sur le siège de Paris par les Normands - en latin bien sûr. Il y fait intervenir saint Germain devenu ombre lumineuse, attaquant les Danois pour protéger ses ouailles, et explique providentiellement les malheurs de Paris par ses péchés, notamment son attachement excessif au luxe et aux beaux habits! Le méchant osait attribuer des fautes à la ville des lumières; c'est peut-être pour cette raison qu'on l'a laissé dans le cachot du vieil oubli...

Quant à Jacques de Voragine, il narre que saint Marcel et sainte Geneviève ont banni des monstres infernaux qui infestaient la Seine et Paris avec l'aide de Dieu, et donc une histoire épique et complexe intègre avec lui saint denis pantheon.jpgdu merveilleux de façon convaincante dans le décor de la capitale. Pour saint Denis, on le sait, il est réputé avoir porté sa tête coupée sur Montmartre.

Le merveilleux chrétien, quoi qu'on veuille, reste le seul solide, en ce qui concerne Paris, et même lorsque Hugo convainc, c'est qu'il le reprend à son compte, puisque Isis est chez lui une déesse païenne et démoniaque comme les divinités maudites que combattaient les saints - et sa liberté, un ange céleste. Qu'il affirme, indirectement, que la révolution était chrétienne et la Bastille païenne et diabolique, ne peut pas déboucher sur l'idée qu'il rejetterait le christianisme: peut-être qu'il a vu le vrai au-delà des positions politiques affichées, et qu'il est le véritable héritier de Jacques de Voragine et d'Abbon, parce que depuis plusieurs siècles le catholicisme a pris le triste parti du réalisme asséchant.

02/02/2018

Captain Savoy et la reconquête de Chambéry

1672702-2_15_2011_8_04_31_pm (2).jpgDans le dernier épisode de cette geste sur blog, nous avons laissé Captain Savoy alors que ses disciples nouvellement adoubés s'impatientaient de son inaction, et qu'il venait d'écouter en particulier l'Amazone céleste le presser d'entrer en guerre.

En tout cas elle-même n'en pouvait plus de rester à rien faire, et elle était bien décidée à agir, seule s'il le fallait.

À ces mots Captain Savoy eut encore dans l'œil un vif éclat. Puis il soupira. Il lui déclara qu'il l'avait bien entendue, et bien écoutée. Mais il fallait qu'elle patientât encore, que le moment n'était plus loin, qui serait à l'action propice! Qu'elle ne s'inquiétât pas de l'Elfe jaune: ce n'est pas lui qui était la cause de cette attente. Qu'elle ne le crût pas découragé, non plus. Mais les ressorts de la destinée devaient demeurer secrets, et le signe de l'action, que lui seul connaissait, n'avait pas encore brillé.

Il ne se trompait pas: il n'attendait pas en vain. Qu'on lui fît confiance; car, s'il ne pouvait rien dire, la science de ces choses dépassant encore les capacités des Disciples, il ne parlait pas dans le vide, mais s'appuyait sur des mystères relevant de la volonté des dieux. Il fallait encore patienter, même si louable était l'intention du Noton bleu: le trône occulte que Chambéry lui réservait se forgeait dans l'ombre, et quand l'heure de s'y asseoir aurait sonné, il le pourrait. Pour le moment, qu'il demeurât dans le Grand Bec, guettant le signe céleste!

L'Amazone céleste, à ces mots, se sentit d'abord décontenancée; mais bientôt elle sentit une sourde colère monter en elle. Toutefois, quand il eut fini de parler, elle s'inclina, et s'en fut.

Or, plusieurs semaines passèrent, sans que rien advînt. Captain Savoy, même, ne se montrait plus!

Un matin, excédée, l'Amazone céleste alla voir les Disciples, et leur déclara que, autorisée ou non par le maître, elle tenterait un coup d'éclat, avec ceux qui le voudraient, s'il en était. Une discussion eut lieu, et trois disciples déclarèrent qu'ils accepteraient de la suivre: le Léopard des Neiges, toujours ardent à combattre, le tech_valkyrie_by_jorsch-d7bdkn1.jpgNoton bleu, qui brûlait du désir de libérer Chambéry, et la Femme-Faucon, qui vouait à l'Amazone céleste une affection sans limite. La disciple non adoubée qui devait s'appeler la Femme-Comète voulut se joindre à eux mais l'Amazone céleste en eut scrupule, et refusa. Elle lui intima l'ordre de rester auprès de Captain Savoy tant que, non adoubée, elle ne pourrait pas se dire une Égale. La Femme-Comète dut obtempérer.

Les quatre Disciples s'armèrent, et, après avoir obtenu des autres la promesse qu'ils ne préviendraient Captain Savoy de leur entreprise que le soir, ils s'en furent sous les coups de midi. L'Amazone céleste et la Femme-Faucon pouvaient voler, le Noton bleu se déplaçait à la vitesse de la lumière, et le Léopard des Neiges emprunta à Captain Savoy une de ses nefs des vents, par lesquelles il est possible de parcourir les airs et même, par un dispositif spécial, rejoindre l'orbe lunaire. Mais de ce dispositif, le Léopard des Neiges ne connaissait point le mystère. Il avait seulement appris à piloter l'engin dans les limites de l'air, ce qui n'était pas si simple qu'on pourrait croire, car il s'agissait de commander directement aux esprits des vents, et de faire porter la nef par les sylphes. Mais à cela aidait une grâce de lumière, et voici! la nef laissait derrière elle un sillon d'or. Dans le ciel, elle était pareille à un char de feu, et, la nuit, elle était prise pour une étoile filante.

En vérité, la puissance des étoiles avait été placée dans ses flancs dorés, et il s'agissait, pour son pilote, de la maîtriser; mais le Léopard des Neiges en avait la faculté. Il pouvait même la faire jaillir, afin que des rayons de feu, pareils à des flèches, éventuellement s'attaquent aux ennemis!

Les quatre se donnèrent rendez-vous à la porte occidentale de Chambéry, et partirent. La Femme-Faucon et l'Amazone céleste volèrent ensemble, pendant que, à terre, le Noton bleu, passant comme une flamme à nova.jpgtravers les brumes noires répandues depuis la gueule de Malitroc, courait en faisant jaillir de ses membres de temps en temps des éclairs. Quant au Léopard des Neiges, il suivait de loin le vol souple et rapide des deux femmes, et ce fut lui le premier attaqué.

Car les femmes étaient fines et agiles et les gardes ailés de Chambéry ne les virent d'abord pas, cachées qu'elles étaient dans les nues. Ils avaient beau disposer d'yeux de braise qui voyaient à distance les mouvements et les corps chauds, les femmes enchantées leur échappaient, comme si leur armure avait réfracté les rayons de leur regard, les rendant invisibles. Mais tel ne fut pas le cas de la nef de l'homme-léopard, et bientôt deux hommes dont le dos avait de grandes ailes de peau ainsi que des chauves-souris, et les mains des fusils lançant des jets de flamme concentrée, s'élancèrent pour venir à sa rencontre.

Leurs heaumes noirs avaient des orbes rouges à l'endroit des yeux, et des pierres bleues et vertes les ornaient, à l'éclat tremblant. Leur vol était mâle, et ils allaient droit - mais il manquait de souplesse. Toutefois la nef de l'homme-léopard était dans le même cas, et il ne pouvait espérer les éviter.

Il caressa une gemme rouge, pareille à un rubis, et des êtres élémentaires se jetèrent sur les deux gardes, portant avec eux le feu de leur maître céleste. Les gardes les évitèrent et tirèrent des coups de leurs propres armes.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode: nous verrons la prochaine fois comment le Léopard des Neiges se sortit de ce pas.

25/01/2018

L'amour comme aspiration à la suprême beauté

Paolo_Uccello.jpgJoseph de Maistre affirmait que les plus grands miracles n'étaient pas les plus spectaculaires, et qu'il n'y en avait pas de plus significatif que celui consistant, quand on est un jeune homme, à ne pas avoir l'esprit troublé lorsqu'on croise une belle femme. Il condamnait l'attente qu'on avait de merveilles extérieures, quand la victoire intérieure sur ses propres pulsions était la vraie bataille gagnée contre le Dragon. Le merveilleux était avant tout une figuration de la vie de l'âme, et il échappait à la psychologie ordinaire parce que, pour Maistre, les pulsions érotiques émanaient d'êtres réels, d'esprits agissant dans le monde élémentaire. Il s'agit de s'arracher au matérialisme.

Cela en effet dépeint parfaitement ce qui habite l'homme face à la beauté de la femme. Trop souvent on feint de croire que l'homme choisit de s'intéresser ou non à une femme: que cela émane de son intelligence, et que ses pulsions viennent de son cerveau. Elles viennent plutôt de l'estomac. Ensuite seulement il parvient à les surmonter, ou non. Mais il ne peut pas les supprimer simplement en le voulant. S'il fait pression sur elles, il ne les supprime pas, mais les retourne contre soi. Il lui faut donc les conduire, comme on dirige des flux d'énergie, pour faire le bien, et non le mal. Car si l'énergie en soi en existe, et ne peut être anéantie, elle n'a pas pour butée obligatoire la possession charnelle. Ce qui fait croire le contraire est aussi une forme de matérialisme qui considère que l'image sexuelle est la vraie source de l'énergie qui habite l'organisme humain. Freud avait de telles pensées erronées, et il participe à l'oscillation des hommes entre la répression des pulsions intimes qui crée les maladies nerveuses, et le comportement agressif qui fait du mal aux autres. Ceux qui pensent comme Freud croient n'avoir pas d'autre alternative: les uns, plutôt à Paris, se vierge.jpgrongent intérieurement pour rester civilisés et prennent des médicaments, les autres (plutôt en Amérique à ce qu'on entend dire) assument leur sauvagerie. Or, Freud se trompait.

L'énergie de la pulsion peut être réorientée en force de travail, ou en enthousiasme pour un idéal, voire en sentiments mystiques. Mais cela ne fonctionne que si une image belle, rutilante, poétique est formée - que si l'objet du mysticisme est une Vierge cosmique, que si l'idéal politique semble cristalliser la forme d'une fée (telle qu'est Marianne, patronne de la France), que si l'entreprise initiée semble réaliser une statue belle comme la Vénus antique. Sinon, on reste obsédé par la femme qu'on a croisée. Le corps de la femme, en effet, a aussi une beauté céleste. Mais si on détache cette beauté, cette forme, du corps physique, on peut aussi la placer à l'horizon moral, comme le fit Dante dans sa Divine Comédie, et en faire à la fois la reine des anges, la fée des cités et la déesse de l'art.

Or cela s'applique également à la vie amoureuse. La possession n'est pas le véritable aboutissement de la vie amoureuse même au sens charnel. Il ne suffit pas de posséder charnellement. Quand le moment l'autorise, tout, alors, commence. Ce n'est qu'un début. Non une fin.

Il s'agit en réalité de rencontrer, par le biais de l'union sexuelle, l'âme de l'autre, la personne enfermée dans le temple du corps. Pour posséder la beauté, il faut toucher au principe dont elle émane, et cela n'est mont.jpgpossible que si on dépasse l'enveloppe charnelle. Comment s'y prendre? Comment, pour ainsi dire, atteindre le véritable sommet du mont-Blanc, que les alpinistes n'atteignent pas et où vit la bonne fée de la Savoie?

Les concepts mystiques peuvent aider; en soi ils ne sont rien.

Le corps touche au monde élémentaire, et on ne rejoint l'ange qu'en passant par les nuées d'êtres élémentaires qui l'entourent et lui servent pour ainsi dire de vêtement. Il faut aussi, comme le disaient les vieux poètes, rendre hommage, en passant, au dieu Éros. L'ange est derrière. Les amours lui font une couronne qui le laisse invisible.

J'ai déjà évoqué plusieurs procédés pleins d'art par lesquels selon la sagesse indienne on parvient à le rejoindre. Il faut s'imprégner du corps de l'autre d'abord par la main et la bouche, sans pour autant s'attarder grossièrement sur des muqueuses, comme le font les matérialistes. Il faut que, comme le dit Paul Éluard, la femme acquière la forme des mains qui la caressent - qu'une fusion soit réalisée par ce biais. Alors seulement on est bien préparé.

Le souffle aussi compte; il doit être serein. Or, il l'est par des talents propres, mais aussi quand une confiance profonde existe, qui dépend d'une affinité spirituelle, ou intellectuelle. Si elle n'est qu'intellectuelle, cela peut marcher déjà bien; si elle est spirituelle - c'est à dire qu'on dépasse une philosophie abstraite commune pour entrer dans une communauté qui ressortit, il faut le dire, au religieux -, la vérité est que cela fonctionne encore mieux, et, à cet égard, on méconnaît la force de la religion sur l'épanouissement sexuel. Si on vénère le même dieu, le même ange que son conjoint, le bonheur est plus profond. On assimile l'union du couple à cet être supérieur vénéré en commun, et on touche à lui en s'unissant.

Cela est vrai de l'homme, et de la femme, et c'est ce que ne comprennent pas les féministes matérialistes qui reprochent à certaines femmes de choisir une religion qu'ils estiment humiliante pour elles. On peut le regretter en théorie; mais la vie amoureuse gagne en intensité si on partage la religion du conjoint, même Ardhanarishwar.jpglorsque le dieu adoré est excessivement masculin - au lieu d'unir les deux sexes, comme le voulait Charles Duits (parlant à cet égard de la sublime Gynandre).

Le féminisme matérialiste se trompe, lorsqu'il prétend résoudre ce problème en s'attaquant aux religions. En amour, on ne peut que promouvoir une religion d'un genre nouveau, dans laquelle la femme sera l'égale de l'homme. Charles Duits l'a théorisée en la ramenant au vrai christianisme, au-delà de la persistance, dans la tradition, des mœurs de l'ancienne Rome. Il est en effet raisonnable d'estimer que c'est Jésus-Christ qui a instauré le concept d'égalité universelle.

Malheureusement, l'humanité tend à se diviser entre religions traditionnelles et matérialisme triomphant, et l'amour le plus profond ne peut pas se déployer aisément. La solution au problème humain s'y trouve pourtant.

Mais c'est que l'amour ne doit pas être d'abord une science ou un culte, mais un art. Là est la voie médiane qui concilie le bas et le haut, le métaphysique et le physique, et suit l'axe central de l'Évolution, comme eût dit Teilhard de Chardin. L'amour a d'abord partie liée avec la Poésie.