26/06/2018

Saint Louis et la mort salvatrice du comte d'Anjou

zhar__the_great_old_one_by_metafrost-d909px2.pngDans le dernier épisode de cet incroyable récit de la croisade que saint Louis fit au pays des fées, nous avons laissé ce noble roi et ses cinq compagnons alors qu'ils étaient amenés vers le seigneur maudit d'un empire maléfique, dans la grand-salle de son immense palais. Puissent les âmes sensibles s'abstenir de lire la suite! Car elle est par trop épouvantable et dure.

Venant plus près, ils purent voir que les mailles brillantes dont était revêtu Ornicalc étaient serties d'étranges pierres précieuses, lumineuses aussi et diversement teintées. Elles dessinaient sur son buste de singulières figures, comme des lettres d'une écriture inconnue, et dont saint Louis pensa qu'elles pouvaient être des signes magiques.

La lumière qui rayonnait du visage du monstre s'atténua, comme si, en y habituant ses yeux, Louis hissait peu à peu sa conscience jusqu'à y distinguer des traits. Car il vit, soudain, comme des brumes de feu s'effaçant devant un soleil sombre, l'œil d'Ornicalc, pareil à un puits! Il s'y sentit engouffré, et voici! il y aperçut des formes épouvantables. Il appréhenda pleinement la malignité illimitée du démon-roi. L'habitaient des êtres indicibles, dont Louis fut terrifié!

Il reçut comme un coup à l'estomac, bien que personne ne l'eût touché. Il comprit qu'Ornicalc n'était qu'un masque pour des entités immondes, défiant la raison par leur horreur, propres à rendre fous tous les hommes qui les verraient directement! Il fut plié en chevalier.jpgdeux, par la peur qui le saisit. Un voile noir s'abattit sur son front, et une épaisse fumée sembla monter de son ventre, obscurcissant son cerveau - aussi curieux que cela paraisse. Sa souffrance fut soudain terrible.

Comme au sein d'un brouillard épais, il distingua, à sa droite et à sa gauche, ses compagnons plus touchés encore que lui, soit agenouillés, soit tombés à terre pris de spasmes, haletant et gémissant par jets, soit prosternés et tremblants; seul don Soculm, toujours inconscient, marchant comme un automate sous la conduite des mauvais chevaliers, ne réagissait pas.

Même Ëtalacün avait baissé le regard, pour ne pas croiser celui du monstre. Saint Louis pouvait à peine bouger, comme transfixé par une flèche noire sortie de l'œil démoniaque - et il le tentait, il s'efforçait de se redresser, mais ses membres ne lui obéissaient pas, et, au contraire, il sentait ses genoux sous lui défaillir, et que le gauche s'était posé à terre, et qu'il avait placé sa main droite au sol, pour ne pas tomber, tandis que la gauche s'était mise à son ventre, comme pour le réchauffer et en chasser le froid mordant qui soudain y était entré. Car un frisson le parcourait, vague serpent qui ondulait dans ses membres - et dont il eut soudain l'impression de distinguer, devant lui, comme en une vision, les narquois yeux jaunes, cruels et moqueurs!

Un seul de ses compagnons était encore agenouillé, comme lui, n'étant point tombé à terre: c'était le courageux Thibaut de Bar, son noble cousin. Mais il faisait entendre un curieux gémissement, qui sortait de sa bouche en même temps qu'il respirait, ou, pour mieux dire, qui remplaçait le souffle qu'il devait exhaler: car, à Issenheim_P1010384.jpgproprement parler, il ne respirait plus. L'épouvante l'étouffait, et il allait vers sa mort. Charles d'Anjou, Alphonse de Poitiers et Imbert de Beaujeu, de leur côté, étaient étendus au sol, soit à plat ventre, soit sur le côté, et s'y roulaient. La vue en était affreuse, et, à elle seule, eût brisé le cœur d'un homme ordinaire, car c'était l'effet de la terreur qui avait pris corps en eux, et les avait abattus, les avait comme anéantis!

Le plus horrible alors advint, et la douleur de Louis en fut cent fois renforcée. Car voici! Charles d'Anjou, lui pourtant si courageux d'habitude - lui qui avait montré tant de vaillance, dans la guerre en Afrique, ne supportait plus l'épouvante qui s'était emparée de lui et, se débattant, il n'eut que la force de sortir son épée, et, sous les yeux horrifiés de son frère le roi Louis, il parvint à se redresser en s'appuyant sur la lame; mais, au lieu de se lever et, peut-être, de s'en prendre à l'objet de sa terreur, il plaça, ô dieux! la poignée de l'épée sur le sol devant lui, appliqua la pointe à son sein, et, tout en versant un torrent de larmes et en tirant la langue comme s'il étouffait, il se jeta dessus - et la lame ressortit de l'autre côté, et du sang coula sur sa cuirasse dorée, et il s'écroula, mort.

Un vide affreux se fit dans la poitrine de Louis, mais, étrangement, cette douleur le détourna de sa propre épouvante, car il la comprenait mieux, et elle lui était plus familière, elle était accompagnée d'une pitié qui, luisant à travers l'obscurité, l'allégeait. Louis eut la vague idée que son frère, ainsi, s'était sacrifié, et que son âme avait, en s'arrachant à son corps, fait surgir un ange, lui avait créé une 3844c712185c67a50857bdf7b6d4b76c.jpgvoie pour qu'il se libérât de l'emprise du monstre abject.

Or, à sa gauche, il sentit remuer, comme de lui-même, le noble Solcum et, de lui, voici! un souffle tiède parut venir jusqu'à son nez, et entrer dans ses poumons. Un parfum doux l'irriguait, et Louis reconnut celui que dégageait don Solcum, quand il s'animait, et qui, quoique naturel, était curieusement fleuri - comme s'il portait avec lui un pré printanier. Depuis qu'il avait été blessé, cette odeur ne lui était pas venue au nez, et Solcum avait semblé avoir perdu, avec elle, sa vie propre; mais à présent, il la retrouvait, apparemment.

De même, les cheveux de l'elfe, si ternis depuis qu'il avait été empoisonné par le monstre du défilé, parurent retrouver un mystérieux éclat, et des étoiles réapparaître dans leur blondeur enchevêtrée. Pourtant, Solcum ne faisait rien, n'agissait pas, il restait globalement immobile, et seule sa poitrine semblait s'être éveillée, comme si son cœur, jusque-là arrêté - ou si ralenti qu'il avait paru l'être - s'était remis à battre.

Louis raidit sa jambe gauche, et, tout en restant plié en deux, se remit debout, regardant par dessous Ornicalc; un murmure d'étonnement retentit dans l'assemblée. On s'émerveilla de la force du mortel, qu'on pensait devoir mourir de la simple vue du démon-roi! Voici qu'il se remettait debout, mû d'on ne sait quelle force inconnue! Quel était ce prodige? Quel dieu lui venait en aide, dans son horrible, son terrifiant malheur?

C'est ce que le lecteur ne connaîtra que la prochaine fois, cet épisode ayant atteint sa longueur maximale.

18/06/2018

Anciens mythes héroïques d'Irlande

deirdre-of-the-sorr.jpgToujours à puiser dans ma bibliothèque les livres achetés dans ma jeunesse relatifs à l'Irlande où je compte bientôt me rendre, j'ai lu un volume d'extraits d'épopées publié sous le titre Early Irish Myths and Sagas, choisis et traduits par Jeffrey Gantz, un spécialiste américain des littératures et langues celtiques.

On y suit les aventures de Cù Chulaind, dont j'avais déjà lu une Geste écrite en français, adaptation plus vague des mêmes textes - mais aussi le triste destin de la belle Deirdre et les affaires de Conchubhur, le roi légendaire, ainsi que quelques mystères liés aux elfes.

De fait, l'autre monde, comme on dit, est toujours proche, mais pas d'une manière particulièrement précise. En général, il est admis que cela vient de ceux qui ont rédigé ces textes, plusieurs siècles, sans doute, après que les histoires mêmes ont été inventées par des bardes attachés à des rois, et qui ne faisaient que se les transmettre oralement. Ces rédacteurs étaient chrétiens, et ne comprenaient plus forcément l'ancienne mythologie. De surcroît, ils se trouvaient face à des traditions contradictoires, les bardes n'ayant jamais fixé CuchulainT1.jpgleurs récits dans le marbre. Le résultat est que la mythologie irlandaise n'est pas extrêmement claire, et surtout, elle reste constamment liée à l'espace terrestre. Il n'y a pas de mention d'êtres habitant le ciel. Les elfes demeurent dans des collines, sur des îles, et les étoiles ne sont pas mentionnées comme contenant des entités spécifiques.

Or, si le christianisme a mis, ad astra, les saints et les anges, les anciens Romains et Grecs y avaient placé leurs dieux, et on perçoit immédiatement le manque d'envergure non pas de l'ancienne religion celtique forcément, mais de ce qu'il en est resté. Même la mythologie germanique situe bien dans le ciel des royaumes divins.

On sent venir l'espèce de néopaganisme curieux, et à mon sens restrictif, d'un Yeats, voire d'un Dunsany, et de tous ceux qui ont essayé de rétablir la vieille religion celte à travers ce qu'il en est resté en Irlande. Cela comporte évidemment un danger, celui de restreindre la vue, et de limiter (comme même la mythologie gréco-romaine le faisait) le monde divin aux éléments terrestres, de telle sorte que le ciel demeure vide. Or, dans les faits, c'est bien le soleil, la lune et les étoiles qui dirigent l'univers dont la Terre n'est qu'une partie relativement passive. Dans un sens, cela donne raison au matérialisme de faire des étoiles des objets se mouvant mécaniquement, et n'ayant pas de rayonnement spirituel: cela lui laisse le champ libre.

Pour autant, il y a le revers positif de la médaille. Que le spirituel soit sur Terre et qu'il imprègne les éléments empêche le matérialisme d'envahir ceux-ci. Or, le monde élémentaire est bien le premier qu'on rencontre sur le chemin de l'Esprit, et, si on le laisse vide, comme tendaient à le faire les Romains et les Hébreux, on ne parvient pas, en règle générale, à accéder au Christ vivant: le Christ n'est plus tant une personne qu'une idée abstraite.

Le monde élémentaire est bien lié aux astres, il en subit l'influence; on peut donc, à partir des rayons qui le modèlent - en les remontant comme des sentiers ou des rivières -, en saisir la source.

Cela ne s'est pas toujours fait. Le néopaganisme a souvent préféré se plaindre que la Terre ait été vidée de ses fées par les chrétiens. C'est une conception erronée, à mon sens, car les Celtes médiévaux tendaient à dire que les meilleurs de leurs mages, tel Merlin, avaient pressenti le Christ - et même les meilleurs de leurs rois, comme Conchubhur. Jusqu'à des fées ont annoncé la venue de saint Patrice, apôtre du Christ: j'y reviendrai, car ce n'est pas présent dans le recueil de Jeffrey Gantz, mais dans celui d'un autre spécialiste des langues et littératures celtiques, Kenneth Hurlstone Jackson.

Le problème est de savoir si on part d'abord de l'intellect pour le baigner de la vie élémentaire, ou si on part des éléments pour les transfigurer, 007f265ca5a399052e2040ebc061c378.jpgà partir de leurs elfes, vers le ciel intelligent des étoiles. Les deux sont valables, sans doute. Et dans les deux cas, ce qui le permet est la mythologie – païenne, ou chrétienne.

J'ajoute que le premier récit retenu par J. Gantz est très étrange et semble montrer que les anciens Irlandais croyaient aux vies successives: une femme vit, entre deux vies, sous forme d'une étrange mouche dans des lieux habités par des immortels. On est alors dans un mélange d'images familières et de mystères qui rappelle les films de David Lynch. Mais la portée en est sans doute encore plus profonde, la grandeur encore plus insigne. Entre deux existences, dit le texte, plus de mille ans s'écoulent! C'est impressionnant.

Cela suggère que le style mystérieux qu'on a vu se développer en langue anglaise avec David Lindsay, William H. Hodgson, George MacDonald (qui d'ailleurs était écossais) vient bien, comme on pouvait le soupçonner, des anciens Celtes. D'autres textes celtiques le confirment, jusqu'à ceux de Yeats, lui aussi amateur d'ambiguïtés mystérieuses entre les objets familiers et les symboles mystiques. C'est fascinant, quoique saint Paul eût sans doute trouvé que cela manquait de clarté, et que peut-être saint Patrice n'a pas mal fait d'exiger des concepts plus nets, issus du christianisme. C'est une question d'équilibre à trouver, mais le voyage au pays des mythes celtiques reste fascinant; il est difficile de s'en lasser. Justement par cette omniprésence du mystère, ils semblent porter tout près d'une masse vivant dans l'Inconnu. Il ne reste qu'à y trouver un soleil ordonnateur - et ce n'est pas, à vrai dire, toujours aisé.

10/06/2018

Captain Savoy & la bataille des Quatre Disciples

fiendslayer-paladin1.pngDans le dernier épisode de cette majestueuse geste, nous avons laissé le Léopard des Neiges, quatrième disciple de Captain Savoy, alors que, parti avec trois autres pour reconquérir Chambéry, il était attaqué, dans son petit vaisseau spatial, par un monstre énorme sorti de terre.

Il bondit de la cabine, pendant que dans ses deux mains le monstre broyait sa nef des vents. Il sortit, à nouveau, son sabre de lumière, et ce ne fut pas trop tôt, car, pendant que ces choses advenaient, les trois bateaux de l'air qui l'avaient attaqué débouchaient des nuées noires, et, s'approchant de lui, tiraient vers lui des salves de feu épaissi, qu'il ne put parer de sa lame de lumière qu'à grand-peine, tant leur puissance était grande, et les salves rapides.

Le géant, dans le même temps, se précipitait vers lui et s'apprêtait à l'écraser de son pied, et le Léopard des Neiges n'eut que le temps de sauter de côté et de rouler, pour échapper à la fois à cette masse et au tir nourri des vaisseaux. Celui-ci cependant s'arrêta, car ils n'avaient pas, comme la nef du Léopard l'avait eue, Symbaroum-0003.jpgla faculté de rester sur place, et ils étaient passés au-dessus de lui, tâchant maladroitement de tirer sur lui depuis leurs canons d'arrière. C'est alors, cependant, qu'un tir toucha le monstre à la cuisse, qui le fit rugir de colère, et bondir vers le vaisseau qui avait commis l'erreur. Sa stupide rage l'amena à donner un coup sur la poupe du bateau, qui eut aussitôt des mouvements erratiques.

Profitant de ce moment d'incertitude pour l'ennemi, le Léopard des Neiges effectua un formidable bond, qui le plaça sur le cou du monstre. Il s'y tint en plantant ses griffes dans sa chair, ce qui fit hurler la bête, puis enfonça son épée dans la nuque du géant, qui cependant n'en mourut pas, malgré le sang noir qui jaillit de la plaie soudaine. Il attrapa le Léopard de sa main droite, et s'apprêtait à le broyer malgré sa douleur, quand l'Amazone céleste, que le Léopard des Neiges n'avait pas vue arriver, mais qui, elle, l'avait vu en mauvaise posture depuis les hauteurs (après que, ayant scrupule à l'avoir lancé dans l'aventure sans veiller sur lui, elle était revenue en arrière) - quand l'Amazone céleste, dis-je, fit jaillir des foudres dorés de sa main, qui transpercèrent la tête du géant simiesque. Celui-ci s'écroula définitivement.

De son côté, la Femme-Faucon, qui avait suivi l'Amazone céleste quand elle avait rebroussé chemin, lança son faucon étincelant vers le vaisseau le plus proche, et il devint énorme et pareil à un brasier ailé. Il saisit le vaisseau dans ses serres, et il fut broyé et détruit en quelques minutes, dans un bruit atroce de fer brisé, de cris humains et d'embrasements soudains. Du tonnerre en venait, assourdi, et du souffle troublait l'air, quand était libéré le démon qui l'avait mû depuis ses fourneaux: capturé et mis en cage, c'est son feu, qui avait irrigué la machine et l'avait poussée dans les airs. Tel, effet, était le pouvoir de Malitroc. Il était un mage sans pair.

Pendant que l'oiseau qui la dédoublait sous une forme grandiose dévastait cet engin, la Femme-Faucon ne resta pas inactive, car elle et son oiseau, quoique liés dans leur âme, et unis en un seul être psychique, pouvaient agir à deux endroits à la fois d'une façon différente, comme une main qui ferait une chose, et une autre qui ferait autre chose, douée chacune de volonté propre. Elle s'était élancée vers l'autre vaisseau, le angelus_of_hope_by_jasonengle-d4xixs0.jpgplus grand et le plus dangereux, et protégé par une coque de lumière crépitante. Mais cette protection magique ne résista pas à la force de sa lance, et lorsque ses ailes la poussèrent, battant majestueusement l'air de leur azur, elle put s'enfoncer dans ce champ fait d'air durci et traversé d'étincelles, y créer une faille, puis enfoncer la pointe de son arme dans la coque métallique du vaisseau, y forant un trou qu'elle agrandit par ses propres mains, à la force incroyable, pareille à celle de vingt hommes ordinaires. L'effort tendit ses muscles, et crispa son visage de guerrière, sous son heaume au panache de plumes, mais en achevant son travail par deux autres coups de sa lance étincelante, elle put créer un orifice suffisant pour s'y glisser, les ailes repliées et étendues le long de son dos, prolongeant de leur longueur ses jambes fines. Ainsi la libellule, sortant à peine de sa nymphe, a encore ses grandes ailes le long de son corps, s'apprêtant à les déployer; de même, la Femme-Faucon, une fois entrée dans le navire, fit claquer ses ailes sur le pont de dessous, large et assez ample pour que leur envergure ne fût nullement gênée, et les étendit avec force, créant un souffle qui fit vrombir l'air. Puis elle s'éleva, ses pieds décollés du sol, et se précipita à travers les salles du bateau des vents, où s'efforçaient de l'abattre les membres de l'équipage, armés de pied en cap. Mais elle allait si vite, et ses ailes étaient si puissantes, qu'elle ne reçut jamais aucune blessure, falcon fire.jpget abattit, elle, tous les hommes qu'elle rencontra sur son passage, soit de sa lance, soit de ses ailes dont elle se servait comme de massues, soit de sa main gauche armée de serres argentées, soit de ses pieds virevoltants, dont chaque coup pouvait briser le crâne d'un adversaire, même protégé d'un casque. Elle fut si semblable à une bourrasque, dans cet endroit clos, que les membres de l'équipage, la voyant à peine à cause de sa vitesse, se demandèrent s'ils n'étaient pas victimes d'un ouragan qui se fût engouffré armé d'une boule de feu dans leur bateau volant. Mais parfois ils voyaient, droit devant eux, le visage heaumé de la belle, et ses yeux flamboyants et bleus, comme une vision, et ils l'interprétaient comme étant leur destin, le visage de leur mort, tant l'effroi qui se répandait alors dans leurs cœurs était grand!

Mais la Femme-Faucon poursuivait son carnage, ne voulant pas laisser à ces gens le temps de se reprendre et de se réorganiser, comptant sur l'effet de surprise et la peur que ses pouvoirs inspiraient, puisqu'elle était seule contre une foule d'hommes, au moins deux mille: c'était une véritable ville, que ce navire des airs; mais face à elle ils n'étaient que des gnomes, et d'ailleurs les transformations opérées sur eux par Malitroc et ses orcship.jpgmages, les hybridations provoquées par eux pour augmenter leurs pouvoirs, les avaient effectivement rapetissés et rendus tels que des nains. Ils étaient forts, mais menus, et, mêlés aux gnomes de la terre qu'avait capturés et asservis Malitroc, n'avaient de l'être humain que d'anciens reflets, ayant donné naissance à une race d'orcs efficaces lorsqu'il s'agissait de conduire un vaisseau des airs, mais défectueux au corps à corps – cela, d'autant plus qu'ils avaient perdu leur autonomie de pensée, et agissaient à la façon d'esclaves, mécaniquement, pour mieux être fondus avec l'art de diriger le vaisseau, se mettre en lien plus intime avec le démon enchaîné qui le mouvait par son souffle. Car ce bateau à cet égard était comme le précédent, qu'on n'en doute pas, et l'art de Malitroc l'avait créé de la même manière.

Mais il est temps, ô dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au suivant, quant à la suite du combat.