02/02/2018

Captain Savoy et la reconquête de Chambéry

1672702-2_15_2011_8_04_31_pm (2).jpgDans le dernier épisode de cette geste sur blog, nous avons laissé Captain Savoy alors que ses disciples nouvellement adoubés s'impatientaient de son inaction, et qu'il venait d'écouter en particulier l'Amazone céleste le presser d'entrer en guerre.

En tout cas elle-même n'en pouvait plus de rester à rien faire, et elle était bien décidée à agir, seule s'il le fallait.

À ces mots Captain Savoy eut encore dans l'œil un vif éclat. Puis il soupira. Il lui déclara qu'il l'avait bien entendue, et bien écoutée. Mais il fallait qu'elle patientât encore, que le moment n'était plus loin, qui serait à l'action propice! Qu'elle ne s'inquiétât pas de l'Elfe jaune: ce n'est pas lui qui était la cause de cette attente. Qu'elle ne le crût pas découragé, non plus. Mais les ressorts de la destinée devaient demeurer secrets, et le signe de l'action, que lui seul connaissait, n'avait pas encore brillé.

Il ne se trompait pas: il n'attendait pas en vain. Qu'on lui fît confiance; car, s'il ne pouvait rien dire, la science de ces choses dépassant encore les capacités des Disciples, il ne parlait pas dans le vide, mais s'appuyait sur des mystères relevant de la volonté des dieux. Il fallait encore patienter, même si louable était l'intention du Noton bleu: le trône occulte que Chambéry lui réservait se forgeait dans l'ombre, et quand l'heure de s'y asseoir aurait sonné, il le pourrait. Pour le moment, qu'il demeurât dans le Grand Bec, guettant le signe céleste!

L'Amazone céleste, à ces mots, se sentit d'abord décontenancée; mais bientôt elle sentit une sourde colère monter en elle. Toutefois, quand il eut fini de parler, elle s'inclina, et s'en fut.

Or, plusieurs semaines passèrent, sans que rien advînt. Captain Savoy, même, ne se montrait plus!

Un matin, excédée, l'Amazone céleste alla voir les Disciples, et leur déclara que, autorisée ou non par le maître, elle tenterait un coup d'éclat, avec ceux qui le voudraient, s'il en était. Une discussion eut lieu, et trois disciples déclarèrent qu'ils accepteraient de la suivre: le Léopard des Neiges, toujours ardent à combattre, le tech_valkyrie_by_jorsch-d7bdkn1.jpgNoton bleu, qui brûlait du désir de libérer Chambéry, et la Femme-Faucon, qui vouait à l'Amazone céleste une affection sans limite. La disciple non adoubée qui devait s'appeler la Femme-Comète voulut se joindre à eux mais l'Amazone céleste en eut scrupule, et refusa. Elle lui intima l'ordre de rester auprès de Captain Savoy tant que, non adoubée, elle ne pourrait pas se dire une Égale. La Femme-Comète dut obtempérer.

Les quatre Disciples s'armèrent, et, après avoir obtenu des autres la promesse qu'ils ne préviendraient Captain Savoy de leur entreprise que le soir, ils s'en furent sous les coups de midi. L'Amazone céleste et la Femme-Faucon pouvaient voler, le Noton bleu se déplaçait à la vitesse de la lumière, et le Léopard des Neiges emprunta à Captain Savoy une de ses nefs des vents, par lesquelles il est possible de parcourir les airs et même, par un dispositif spécial, rejoindre l'orbe lunaire. Mais de ce dispositif, le Léopard des Neiges ne connaissait point le mystère. Il avait seulement appris à piloter l'engin dans les limites de l'air, ce qui n'était pas si simple qu'on pourrait croire, car il s'agissait de commander directement aux esprits des vents, et de faire porter la nef par les sylphes. Mais à cela aidait une grâce de lumière, et voici! la nef laissait derrière elle un sillon d'or. Dans le ciel, elle était pareille à un char de feu, et, la nuit, elle était prise pour une étoile filante.

En vérité, la puissance des étoiles avait été placée dans ses flancs dorés, et il s'agissait, pour son pilote, de la maîtriser; mais le Léopard des Neiges en avait la faculté. Il pouvait même la faire jaillir, afin que des rayons de feu, pareils à des flèches, éventuellement s'attaquent aux ennemis!

Les quatre se donnèrent rendez-vous à la porte occidentale de Chambéry, et partirent. La Femme-Faucon et l'Amazone céleste volèrent ensemble, pendant que, à terre, le Noton bleu, passant comme une flamme à nova.jpgtravers les brumes noires répandues depuis la gueule de Malitroc, courait en faisant jaillir de ses membres de temps en temps des éclairs. Quant au Léopard des Neiges, il suivait de loin le vol souple et rapide des deux femmes, et ce fut lui le premier attaqué.

Car les femmes étaient fines et agiles et les gardes ailés de Chambéry ne les virent d'abord pas, cachées qu'elles étaient dans les nues. Ils avaient beau disposer d'yeux de braise qui voyaient à distance les mouvements et les corps chauds, les femmes enchantées leur échappaient, comme si leur armure avait réfracté les rayons de leur regard, les rendant invisibles. Mais tel ne fut pas le cas de la nef de l'homme-léopard, et bientôt deux hommes dont le dos avait de grandes ailes de peau ainsi que des chauves-souris, et les mains des fusils lançant des jets de flamme concentrée, s'élancèrent pour venir à sa rencontre.

Leurs heaumes noirs avaient des orbes rouges à l'endroit des yeux, et des pierres bleues et vertes les ornaient, à l'éclat tremblant. Leur vol était mâle, et ils allaient droit - mais il manquait de souplesse. Toutefois la nef de l'homme-léopard était dans le même cas, et il ne pouvait espérer les éviter.

Il caressa une gemme rouge, pareille à un rubis, et des êtres élémentaires se jetèrent sur les deux gardes, portant avec eux le feu de leur maître céleste. Les gardes les évitèrent et tirèrent des coups de leurs propres armes.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode: nous verrons la prochaine fois comment le Léopard des Neiges se sortit de ce pas.

25/01/2018

L'amour comme aspiration à la suprême beauté

Paolo_Uccello.jpgJoseph de Maistre affirmait que les plus grands miracles n'étaient pas les plus spectaculaires, et qu'il n'y en avait pas de plus significatif que celui consistant, quand on est un jeune homme, à ne pas avoir l'esprit troublé lorsqu'on croise une belle femme. Il condamnait l'attente qu'on avait de merveilles extérieures, quand la victoire intérieure sur ses propres pulsions était la vraie bataille gagnée contre le Dragon. Le merveilleux était avant tout une figuration de la vie de l'âme, et il échappait à la psychologie ordinaire parce que, pour Maistre, les pulsions érotiques émanaient d'êtres réels, d'esprits agissant dans le monde élémentaire. Il s'agit de s'arracher au matérialisme.

Cela en effet dépeint parfaitement ce qui habite l'homme face à la beauté de la femme. Trop souvent on feint de croire que l'homme choisit de s'intéresser ou non à une femme: que cela émane de son intelligence, et que ses pulsions viennent de son cerveau. Elles viennent plutôt de l'estomac. Ensuite seulement il parvient à les surmonter, ou non. Mais il ne peut pas les supprimer simplement en le voulant. S'il fait pression sur elles, il ne les supprime pas, mais les retourne contre soi. Il lui faut donc les conduire, comme on dirige des flux d'énergie, pour faire le bien, et non le mal. Car si l'énergie en soi en existe, et ne peut être anéantie, elle n'a pas pour butée obligatoire la possession charnelle. Ce qui fait croire le contraire est aussi une forme de matérialisme qui considère que l'image sexuelle est la vraie source de l'énergie qui habite l'organisme humain. Freud avait de telles pensées erronées, et il participe à l'oscillation des hommes entre la répression des pulsions intimes qui crée les maladies nerveuses, et le comportement agressif qui fait du mal aux autres. Ceux qui pensent comme Freud croient n'avoir pas d'autre alternative: les uns, plutôt à Paris, se vierge.jpgrongent intérieurement pour rester civilisés et prennent des médicaments, les autres (plutôt en Amérique à ce qu'on entend dire) assument leur sauvagerie. Or, Freud se trompait.

L'énergie de la pulsion peut être réorientée en force de travail, ou en enthousiasme pour un idéal, voire en sentiments mystiques. Mais cela ne fonctionne que si une image belle, rutilante, poétique est formée - que si l'objet du mysticisme est une Vierge cosmique, que si l'idéal politique semble cristalliser la forme d'une fée (telle qu'est Marianne, patronne de la France), que si l'entreprise initiée semble réaliser une statue belle comme la Vénus antique. Sinon, on reste obsédé par la femme qu'on a croisée. Le corps de la femme, en effet, a aussi une beauté céleste. Mais si on détache cette beauté, cette forme, du corps physique, on peut aussi la placer à l'horizon moral, comme le fit Dante dans sa Divine Comédie, et en faire à la fois la reine des anges, la fée des cités et la déesse de l'art.

Or cela s'applique également à la vie amoureuse. La possession n'est pas le véritable aboutissement de la vie amoureuse même au sens charnel. Il ne suffit pas de posséder charnellement. Quand le moment l'autorise, tout, alors, commence. Ce n'est qu'un début. Non une fin.

Il s'agit en réalité de rencontrer, par le biais de l'union sexuelle, l'âme de l'autre, la personne enfermée dans le temple du corps. Pour posséder la beauté, il faut toucher au principe dont elle émane, et cela n'est mont.jpgpossible que si on dépasse l'enveloppe charnelle. Comment s'y prendre? Comment, pour ainsi dire, atteindre le véritable sommet du mont-Blanc, que les alpinistes n'atteignent pas et où vit la bonne fée de la Savoie?

Les concepts mystiques peuvent aider; en soi ils ne sont rien.

Le corps touche au monde élémentaire, et on ne rejoint l'ange qu'en passant par les nuées d'êtres élémentaires qui l'entourent et lui servent pour ainsi dire de vêtement. Il faut aussi, comme le disaient les vieux poètes, rendre hommage, en passant, au dieu Éros. L'ange est derrière. Les amours lui font une couronne qui le laisse invisible.

J'ai déjà évoqué plusieurs procédés pleins d'art par lesquels selon la sagesse indienne on parvient à le rejoindre. Il faut s'imprégner du corps de l'autre d'abord par la main et la bouche, sans pour autant s'attarder grossièrement sur des muqueuses, comme le font les matérialistes. Il faut que, comme le dit Paul Éluard, la femme acquière la forme des mains qui la caressent - qu'une fusion soit réalisée par ce biais. Alors seulement on est bien préparé.

Le souffle aussi compte; il doit être serein. Or, il l'est par des talents propres, mais aussi quand une confiance profonde existe, qui dépend d'une affinité spirituelle, ou intellectuelle. Si elle n'est qu'intellectuelle, cela peut marcher déjà bien; si elle est spirituelle - c'est à dire qu'on dépasse une philosophie abstraite commune pour entrer dans une communauté qui ressortit, il faut le dire, au religieux -, la vérité est que cela fonctionne encore mieux, et, à cet égard, on méconnaît la force de la religion sur l'épanouissement sexuel. Si on vénère le même dieu, le même ange que son conjoint, le bonheur est plus profond. On assimile l'union du couple à cet être supérieur vénéré en commun, et on touche à lui en s'unissant.

Cela est vrai de l'homme, et de la femme, et c'est ce que ne comprennent pas les féministes matérialistes qui reprochent à certaines femmes de choisir une religion qu'ils estiment humiliante pour elles. On peut le regretter en théorie; mais la vie amoureuse gagne en intensité si on partage la religion du conjoint, même Ardhanarishwar.jpglorsque le dieu adoré est excessivement masculin - au lieu d'unir les deux sexes, comme le voulait Charles Duits (parlant à cet égard de la sublime Gynandre).

Le féminisme matérialiste se trompe, lorsqu'il prétend résoudre ce problème en s'attaquant aux religions. En amour, on ne peut que promouvoir une religion d'un genre nouveau, dans laquelle la femme sera l'égale de l'homme. Charles Duits l'a théorisée en la ramenant au vrai christianisme, au-delà de la persistance, dans la tradition, des mœurs de l'ancienne Rome. Il est en effet raisonnable d'estimer que c'est Jésus-Christ qui a instauré le concept d'égalité universelle.

Malheureusement, l'humanité tend à se diviser entre religions traditionnelles et matérialisme triomphant, et l'amour le plus profond ne peut pas se déployer aisément. La solution au problème humain s'y trouve pourtant.

Mais c'est que l'amour ne doit pas être d'abord une science ou un culte, mais un art. Là est la voie médiane qui concilie le bas et le haut, le métaphysique et le physique, et suit l'axe central de l'Évolution, comme eût dit Teilhard de Chardin. L'amour a d'abord partie liée avec la Poésie.

17/01/2018

L'Homme-Météore aux aguets de l'Homme-Glu

godfather_by_henryz.jpgDans le dernier épisode de cette série cosmique, nous avons laissé l'Homme-Météore, alias Robert Tardivel, alors que, sous sa forme humaine - mais doué de la seconde vue de son alter ego vivant en lui -, il venait de distinguer, dans Paris, les foyers du Mal, et qu'il s'était promis de les éradiquer un à un, pour faire sortir de sa tanière leur source commune, l'ignoble Radsal-Tör.

Il fixa des yeux intérieurs le foyer qui l'attirait le plus, il n'eût su dire pourquoi. Il luisait dans un bâtiment de la rue Paradis, dans le dixième arrondissement. Là, à l'arrière de bureaux apparemment anodins, se trouvaient en réunion des hommes à la mine patibulaire, et, tendant l'oreille psychique, Robert Tardivel entendit ce dont ils parlaient. Et voici! ils faisaient commerce de femmes, qui étaient enlevées dans des banlieues déshéritées, séduites par de fausses promesses, ou recueillies quand elles avaient fugué, ou bien encore acheminées dans ce quartier depuis des pays pauvres. On les confiait à des hommes violents et impies, et ils s'employaient à les soumettre, à les droguer, à les prostituer. Radsal-Tör favorisait ce commerce parce qu'il livrait les corps aux forces obscures et enfermait les âmes dans des geôles souterraines, et il guidait à distance les hommes qui l'effectuaient, tissant aussi pour eux des rêves de puissance, des pulsions de mépris, des élans d'orgueil.

Dans le groupe d'hommes qui à présent discutaient de leurs revenus et de leurs répartitions territoriales, un visage apparut à l'Homme-Météore au sein de la nuée qui nimbait ceux qu'il distinguait à kings.jpgdistance: il portait sur le front la marque de Radsal-Tör, signe qu'il appartenait à sa secte. Et s'il ne semblait pas être le chef déclaré de ce groupe, il était toujours écouté quand il prenait la parole, et, entre les mots, des flammes pénétraient leurs cerveaux, par leurs oreilles, et les captaient à son profit. Il avait appris cela de son maître obscur. L'union entre cet homme et le sorcier était telle que le premier servait d'apparence au second, qui parlait par sa bouche: tout œil clairvoyant l'eût vu, et c'est ainsi que son front en portait la marque, comme d'un œil tiers, rouge et fumant.

Cet homme, appelé Damien Molter, passait pour en savoir extrêmement long sur l'art d'asservir les donzelles, qu'il prétendait pouvoir dresser comme des oiseaux. Sa science maléfique était étendue, et il faisait figure d'intellectuel, citant souvent, dans un ricanement significatif et énigmatique en même temps, le marquis de Sade, Éliphas Lévi et André Pieyre de Mandiargues. Il avait de singuliers mouvements de mains, quand il parlait, comme s'il s'employait à séduire ses interlocuteurs par des mouvements occultes, des rituels étranges. Cela représentait une danse, dans l'air, qui semblait dessiner des formes; mais les autres n'y voyaient qu'une originalité plaisante, Damien Molter exerçant sur eux une influence d'autant plus profonde et diffuse qu'il ne prétendait jamais commander, et ne prenait jamais de décisions claires, laissant les autres les prendre pour lui, vaniteux qu'ils étaient, persuadés d'être les véritables chefs de l'organisation.

Robert savait que Molter était le vrai danger, qu'il avait des pouvoirs cachés, et que les autres, même avec les pistolets et les couteaux qu'ils portaient sous leur veste et leur chemise, cachés, n'étaient pas de taille à Hobie_Brown_(Earth-616)_0005.jpgrésister à l'Homme-Météore comme était Damien Molter, dont les mains jetaient une glu transparente mêlée d'acide, et qui, sous son apparence vraie, dans le costume pour ainsi dire qu'il portait sous ses habits ordinaires et sous son masque, était un super-vilain appelé l'Homme-Glu.

Il avait déjà agi, avant l'apparition de l'Homme-Météore, dans Paris, repoussant les âmes portées au bien, asservissant les faibles, anéantissant celles qui résistaient. Il ne distinguait point encore nettement son apparence, lorsqu'il se révélait pour le suppôt de Radsal-Tör qu'il était, mais il ne tarderait pas à la découvrir. Pour le moment, une fumée dissimulait son authentique visage, qui créait pour les mortels l'image d'un homme normal. Robert savait que c'était là son masque.

Au-dessus de lui, invisible à ses compagnons, se distinguait la forme spectrale de Radsal-Tör, unie par le bas, qui s'effilait en une queue de serpent, jusqu'à l'arrière du crâne de Damien Molter l'Homme-Glu. De temps en temps, entrait dans la pièce une ou deux femmes légèrement habillées, pour servir à boire aux hommes. Elles étaient jeunes, et leurs maîtres feignaient de les ignorer, jusqu'à ce que l'un d'eux brusquement se levât, et suivît l'une d'elles, en la prenant par le bras. Elle le regarda de son œil craintif, et il l'emmena. Il ne devait revenir que de longues minutes plus tard.

Il faut savoir que, pour l'Homme-Météore vivant en Robert Tardivel, le temps passait différemment: des heures défilaient devant ses yeux comme s'il s'agissait de secondes, et il prenait connaissance de mille faits qu'il eût fallu des semaines, des mois à des hommes ordinaires pour réunir en un tableau rétrospectif. Robert eût pu scruter, par le biais de cet alter ego, ce qui s'était passé avec la femme, mais il refusa d'y attarder son regard: il n'y avait rien, là, qu'on ne pût trouver dans mille écrits vulgaires assimilant l'animalité à l'amour. Et lorsque notre récit abordera le sujet d'une union amoureuse de l'Homme-Météore, nous verrons tout autre chose; car le coït d'un être surhumain nimbe de lumière, et donne des ailes de feu.

Détournant l'œil de ce spectacle pitoyable des voluptés égoïstes dont l'homme tire orgueil, Robert concentra son attention sur Damien Molter, dont il s'attendait, à demi inquiet, à ce qu'il le distingue à travers la brume des apparences. De fait, il leva les yeux vers lui, les plissa, mais son pouvoir était inférieur à celui de son double, en ce qui concerne la vision. Il ne vit, par-delà les nuées sombres, qu'un vague éclat, comme une Oncle_Boonmee_celui_qui_se_souvient_de_ses_vies_anterieures (2).jpgétoile derrière les nuages, et, par bonheur pour lui et sa famille, ne vit point le visage de Robert, ni ne sut depuis quel lieu il le scrutait. Son identité demeurée secrète le protégerait, ainsi que sa mère.

Mais il était temps de s'assurer une autre protection, et d'agir. Robert se leva, joignit les mains et inclina la tête, comme s'il se recueillait. Se concentrant, il ferma les yeux.

Il pria silencieusement l'ange qui l'avait revêtu, pour la première fois dans les catacombes, de son armure palpitante, et visualisa cet être qui était le Génie d'or libéré de la Terre mais revenu pour lui, et l'aider à combattre dans Paris le Mal!

Et voici qu'apparut, autour de ses membres, sur son corps, le costume rutilant de l'Homme-Météore dans une grande clarté, et un fin nuage d'or. Dans la pièce adjacente, où la mère de Robert dormait toujours, on entendit faiblement gémir.

Mais cet épisode très long doit voir sa suite remise à une autre fois: nous assisterons alors au combat contre l'Homme-Glu, rue de Paradis!