10/06/2018

Captain Savoy & la bataille des Quatre Disciples

fiendslayer-paladin1.pngDans le dernier épisode de cette majestueuse geste, nous avons laissé le Léopard des Neiges, quatrième disciple de Captain Savoy, alors que, parti avec trois autres pour reconquérir Chambéry, il était attaqué, dans son petit vaisseau spatial, par un monstre énorme sorti de terre.

Il bondit de la cabine, pendant que dans ses deux mains le monstre broyait sa nef des vents. Il sortit, à nouveau, son sabre de lumière, et ce ne fut pas trop tôt, car, pendant que ces choses advenaient, les trois bateaux de l'air qui l'avaient attaqué débouchaient des nuées noires, et, s'approchant de lui, tiraient vers lui des salves de feu épaissi, qu'il ne put parer de sa lame de lumière qu'à grand-peine, tant leur puissance était grande, et les salves rapides.

Le géant, dans le même temps, se précipitait vers lui et s'apprêtait à l'écraser de son pied, et le Léopard des Neiges n'eut que le temps de sauter de côté et de rouler, pour échapper à la fois à cette masse et au tir nourri des vaisseaux. Celui-ci cependant s'arrêta, car ils n'avaient pas, comme la nef du Léopard l'avait eue, Symbaroum-0003.jpgla faculté de rester sur place, et ils étaient passés au-dessus de lui, tâchant maladroitement de tirer sur lui depuis leurs canons d'arrière. C'est alors, cependant, qu'un tir toucha le monstre à la cuisse, qui le fit rugir de colère, et bondir vers le vaisseau qui avait commis l'erreur. Sa stupide rage l'amena à donner un coup sur la poupe du bateau, qui eut aussitôt des mouvements erratiques.

Profitant de ce moment d'incertitude pour l'ennemi, le Léopard des Neiges effectua un formidable bond, qui le plaça sur le cou du monstre. Il s'y tint en plantant ses griffes dans sa chair, ce qui fit hurler la bête, puis enfonça son épée dans la nuque du géant, qui cependant n'en mourut pas, malgré le sang noir qui jaillit de la plaie soudaine. Il attrapa le Léopard de sa main droite, et s'apprêtait à le broyer malgré sa douleur, quand l'Amazone céleste, que le Léopard des Neiges n'avait pas vue arriver, mais qui, elle, l'avait vu en mauvaise posture depuis les hauteurs (après que, ayant scrupule à l'avoir lancé dans l'aventure sans veiller sur lui, elle était revenue en arrière) - quand l'Amazone céleste, dis-je, fit jaillir des foudres dorés de sa main, qui transpercèrent la tête du géant simiesque. Celui-ci s'écroula définitivement.

De son côté, la Femme-Faucon, qui avait suivi l'Amazone céleste quand elle avait rebroussé chemin, lança son faucon étincelant vers le vaisseau le plus proche, et il devint énorme et pareil à un brasier ailé. Il saisit le vaisseau dans ses serres, et il fut broyé et détruit en quelques minutes, dans un bruit atroce de fer brisé, de cris humains et d'embrasements soudains. Du tonnerre en venait, assourdi, et du souffle troublait l'air, quand était libéré le démon qui l'avait mû depuis ses fourneaux: capturé et mis en cage, c'est son feu, qui avait irrigué la machine et l'avait poussée dans les airs. Tel, effet, était le pouvoir de Malitroc. Il était un mage sans pair.

Pendant que l'oiseau qui la dédoublait sous une forme grandiose dévastait cet engin, la Femme-Faucon ne resta pas inactive, car elle et son oiseau, quoique liés dans leur âme, et unis en un seul être psychique, pouvaient agir à deux endroits à la fois d'une façon différente, comme une main qui ferait une chose, et une autre qui ferait autre chose, douée chacune de volonté propre. Elle s'était élancée vers l'autre vaisseau, le angelus_of_hope_by_jasonengle-d4xixs0.jpgplus grand et le plus dangereux, et protégé par une coque de lumière crépitante. Mais cette protection magique ne résista pas à la force de sa lance, et lorsque ses ailes la poussèrent, battant majestueusement l'air de leur azur, elle put s'enfoncer dans ce champ fait d'air durci et traversé d'étincelles, y créer une faille, puis enfoncer la pointe de son arme dans la coque métallique du vaisseau, y forant un trou qu'elle agrandit par ses propres mains, à la force incroyable, pareille à celle de vingt hommes ordinaires. L'effort tendit ses muscles, et crispa son visage de guerrière, sous son heaume au panache de plumes, mais en achevant son travail par deux autres coups de sa lance étincelante, elle put créer un orifice suffisant pour s'y glisser, les ailes repliées et étendues le long de son dos, prolongeant de leur longueur ses jambes fines. Ainsi la libellule, sortant à peine de sa nymphe, a encore ses grandes ailes le long de son corps, s'apprêtant à les déployer; de même, la Femme-Faucon, une fois entrée dans le navire, fit claquer ses ailes sur le pont de dessous, large et assez ample pour que leur envergure ne fût nullement gênée, et les étendit avec force, créant un souffle qui fit vrombir l'air. Puis elle s'éleva, ses pieds décollés du sol, et se précipita à travers les salles du bateau des vents, où s'efforçaient de l'abattre les membres de l'équipage, armés de pied en cap. Mais elle allait si vite, et ses ailes étaient si puissantes, qu'elle ne reçut jamais aucune blessure, falcon fire.jpget abattit, elle, tous les hommes qu'elle rencontra sur son passage, soit de sa lance, soit de ses ailes dont elle se servait comme de massues, soit de sa main gauche armée de serres argentées, soit de ses pieds virevoltants, dont chaque coup pouvait briser le crâne d'un adversaire, même protégé d'un casque. Elle fut si semblable à une bourrasque, dans cet endroit clos, que les membres de l'équipage, la voyant à peine à cause de sa vitesse, se demandèrent s'ils n'étaient pas victimes d'un ouragan qui se fût engouffré armé d'une boule de feu dans leur bateau volant. Mais parfois ils voyaient, droit devant eux, le visage heaumé de la belle, et ses yeux flamboyants et bleus, comme une vision, et ils l'interprétaient comme étant leur destin, le visage de leur mort, tant l'effroi qui se répandait alors dans leurs cœurs était grand!

Mais la Femme-Faucon poursuivait son carnage, ne voulant pas laisser à ces gens le temps de se reprendre et de se réorganiser, comptant sur l'effet de surprise et la peur que ses pouvoirs inspiraient, puisqu'elle était seule contre une foule d'hommes, au moins deux mille: c'était une véritable ville, que ce navire des airs; mais face à elle ils n'étaient que des gnomes, et d'ailleurs les transformations opérées sur eux par Malitroc et ses orcship.jpgmages, les hybridations provoquées par eux pour augmenter leurs pouvoirs, les avaient effectivement rapetissés et rendus tels que des nains. Ils étaient forts, mais menus, et, mêlés aux gnomes de la terre qu'avait capturés et asservis Malitroc, n'avaient de l'être humain que d'anciens reflets, ayant donné naissance à une race d'orcs efficaces lorsqu'il s'agissait de conduire un vaisseau des airs, mais défectueux au corps à corps – cela, d'autant plus qu'ils avaient perdu leur autonomie de pensée, et agissaient à la façon d'esclaves, mécaniquement, pour mieux être fondus avec l'art de diriger le vaisseau, se mettre en lien plus intime avec le démon enchaîné qui le mouvait par son souffle. Car ce bateau à cet égard était comme le précédent, qu'on n'en doute pas, et l'art de Malitroc l'avait créé de la même manière.

Mais il est temps, ô dignes lecteurs, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au suivant, quant à la suite du combat.

02/06/2018

Saint Patrice, apôtre d'Irlande

st_patrick_statue2.jpgComme je compte me rendre incessamment en Irlande et que je lis tous les jours du latin, j'ai résolu de pratiquer des textes en latin d'Irlande, pour mieux m'imprégner de la tradition locale. La première chose qui me soit venue à la connaissance, à cet égard, est le Livre d'Armagh, qui contient: deux vies de saint Patrice, évangélisateur de l'Irlande (au cinquième siècle), écrites par des moines irlandais; deux textes de la main même de Patrice, assez courts; un dialogue qu'il aurait eu avec un ange; et des extraits du Nouveau Testament. J'ai lu les cinq premiers textes, qui sont tout à fait plaisants. Il est peu d'écrits catholiques anciens aussi remplis de merveilleux.

Le catholicisme s'est rempli progressivement de merveilleux, mais l'influence irlandaise à cet égard est probable, voire certaine.

Saint Patrice était un Breton insulaire emmené très tôt en captivité en Irlande et qui, selon ses propres dires, se serait échappé en suivant une voix, dont il ne savait si elle était intérieure ou extérieure: alors qu'il priait sur une colline, elle lui a ordonné de se rendre au bord de la mer, où, disait-elle, un navire l'attendait! Il s'y rend, mais le capitaine ne veut pas de lui. Il est surpris, tourne les talons, mais on le rappelle; et ainsi sera-t-il emmené en Bretagne.

Plus tard, il fréquentera, en Gaule, saint Germain d'Auxerre, restant auprès de lui trente années. Puis, appelé par une autre voix, et contre l'avis de ses supérieurs, il retourne en Irlande pour convertir le peuple. Les Irlandais, considérés comme situés au-delà de l'Empire romain, n'avaient pas besoin d'être convertis, pour le clergé romain. Patrice en décide autrement.

Il dit être visité chaque semaine par un ange appelé Victoricus, avec lequel il s'entretient. Le Livre de l'Ange s'appuie sur ce dialogue pour justifier une propriété, l'ange étant censé avoir désigné un territoire comme devant être à Patrice et à ses successeurs.

Selon ses hagiographes, les pouvoirs du saint sont extraordinaires. Car aussitôt arrivé, il est attaqué par les druides qui entourent les rois - et que les textes appellent mages. (Cela, je pense, rappelle étroitement la façon dont les rois thaïs et khmers sont entourés de brahmanes.) Ils veulent le tuer, mais il se défend en levant la main au ciel et en demandant l'aide de Dieu, et le meneur est foudroyé. Les autres se convertissent et deviennent les premiers disciples de Patrice.

Cela pourrait donner lieu, ces affrontements de mages, à de grandes épopées, éventuellement filmées!

À vrai dire, la lutte entre les mages des divinités terrestres et ceux des êtres célestes existe aussi dans le monde asiatique, et les récits consacrés sur Milarépa montrent comment lui, moine bouddhiste, a vaincu les prêtres du bön, relatif aux esprits élémentaires. La ressemblance est frappante. Milarépa accuse ses ennemis de ne frayer qu'avec des divinités terrestres (ce que les chrétiens appelaient des démons). Mais il faut avouer que l'opposition entre Patrice et les druides est plus icon_13.jpgrude, plus sanglante, plus radicale. Peut-être cela vient-il de l'esprit de conquête de Rome. Ou de ce que l'Occident œuvre par oppositions tranchées. Mais le fait est là. Il faut quand même savoir que Patrice, jeune, avait été captif d'un druide, selon la tradition.

Malgré ses victoires et les conversions, il reste constamment en danger, et des princes continueront longtemps à tuer ou à vendre comme esclaves (selon le sexe) des nouveaux baptisés. Patrice s'en plaint directement.

Il échange également avec des défunts, éveillés de leur tombe pour l'occasion, tirant d'eux des révélations, et vide les fontaines sacrées pour montrer qu'elles ne contiennent aucun roi divin. De fait, la confusion entre le spirituel et le matériel se répandait, ou s'approfondissait, et les chrétiens voulaient séparer les deux rigoureusement.

Dans sa Confessio, Patrice est l'auteur d'un merveilleux bien moins populaire, placé dans les secrets les plus élevés du ciel biblique. Il reprend en effet la tradition du Fils consubstantiel au Père, et par qui celui-ci a créé le monde. Il était déjà là à l'origine; Jésus n'a fait que l'incarner. C'est assez grandiose. Un peu abstrait. Mais Patrice était sensible au merveilleux.

Il dit lui-même que le latin n'était pas sa langue maternelle, et qu'il l'a apprise sur le tard; il en a un peu honte. Il avait à sa naissance un autre nom, breton, Suchet. Patricius était en réalité un titre. Il évoque les Gaulois et les Romains comme s'ils étaient plus civilisés que les Irlandais, et d'une haute morale. Mais il ne le fait pas pour le prouver, mais pour enjoindre un méchant roi à imiter les princes gaulois et romains dans leurs 7351cce91814bd4ebc8191dc988053f3.jpgbonnes actions; il s'exprime en fait comme si les Irlandais eux-mêmes admettaient la supériorité des Romains.

La conversion de l'Irlande la rattacha à l'Empire d'Occident par le biais du seul clergé, comme souvent les pays du nord: le Pape prolongeait l'action de l'Empereur. En France, on le sait, la conversion est antérieure à l'effondrement du pouvoir romain. Cela change beaucoup de choses. L'adoption du latin comme langue commune est évidemment impensable pour les Irlandais (dont la langue avait des rapports avec le gaulois, comme on sait). La conversion ne s'accompagne pas au même degré d'une colonisation culturelle.

Le résultat est que le catholicisme irlandais restera très marqué par l'ancienne mythologie, qu'il christianisera sans la supprimer. On mesure peu, en effet, la confusion entretenue entre le christianisme occidental et le rationalisme, voire le matérialisme des anciens Romains, seuls Occidentaux à pratiquer une histoire plutôt dénuée de merveilleux. Les Irlandais en étaient loin: si leur histoire était également en prose, elle était pleine des immortels de la Terre ou de héros fabuleux. Même en latin, cela se ressent évidemment.

Or, lorsque, convertis, les druides irlandais se rendront à leur tour en Gaule, en Italie et en Germanie, ils auront une influence profonde, ravivant en réalité le sentiment du monde spirituel, en deçà des concepts qui, dans la théologie latine, représentaient ce même monde spirituel. Les concepts en ce temps-là parlaient encore au cœur, et saint Augustin l'atteste; mais depuis la tête, pour ainsi dire. Les Irlandais chrétiens se rendant sur le continent enflammeront plus profondément les âmes, régénérant le christianisme et y créant, pour une large part, son merveilleux spécifique - tel que Dante le fit triompher dans sa poésie.

Comme je compte lire des écrits sur et de saint Colomban, j'aurai peut-être l'occasion d'en reparler.

25/05/2018

L'Homme-Météore combat violemment les malfrats

a7582aa3ea24d2d40fe44f1e9c10bdd8.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable geste, nous avons laissé l'Homme-Météore, nouveau gardien de Paris, alors qu'il venait de se poser sur le toit d'un immeuble parisien dont le rez-de-chaussée abritait des malfrats, marchands de femmes et trafiquants de drogue.

L'homme qui était parti avec une femme revint en remettant sa chemise dans son pantalon, puis en rajustant sa cravate, et on ne fit mine de rien, quand il s'assit, huitième, avec les cinq autres. On lui donna des cartes, car la partie précédente venait de s'achever. Son voisin de gauche le regarda du coin de l'œil, par dessous, et sourit; l'homme resta de marbre, comme si rien ne s'était passé. On avait entendu la femme gémir. Le voisin continuait de le regarder fixement, et il finit par sourire aussi. Il partit même d'un grand rire, comme si les cartes qu'on lui avait données étaient excellentes; les autres rirent aussi. On se resservit de champagne. Une nouvelle bouteille fut demandée à une autre femme, et elle l'apporta. Puis, elle retourna derrière la pièce, où se tenait la femme qui avait été emmenée par le brigand.

Aucune des deux ne reparut, et, quand dix minutes se furent écoulées, Jacques Tamblotin, d'un air mécontent, les envoya chercher. L'homme qu'il avait envoyé, à son retour, lui murmura quelque chose à l'oreille; le chef laissa échapper une injure, mais n'ajouta rien. À travers la porte restée ouverte, on entendait pleurer, et des chuchotements comme de consolation. Tamblotin ordonna qu'on la fermât.

Il s'écria qu'il avait cette fois un bon jeu, et que les autres allaient souffrir, même si ce pauvre fou de Molter ne verrait pas la différence! Et l'on rit encore - y compris celui qui avait été nommé. Tamblotin allait placer sur la table plusieurs cartes valeureuses, mais elles n'atteignirent pas le bois, quoiqu'elles fussent tombées de sa main: soudain la table fut frappée par un violent éclair.

Une rafale de feu était sortie de la main de l'Homme-Météore, surgi d'on ne sait quelle porte du mur, que personne n'avait jamais vue, et qu'on ne savait pas exister. Il l'avait ouverte, et la table avait bondi sur ses pieds, avant de se disloquer et de s'écrouler, mises en pièces. Stupéfaits, les bandits reculèrent d'un coup, en Horrible-Gangster-With-Gun-Design-By-Filip-Acovic.jpgcriant. Deux tombèrent, de surprise. Trois d'entre eux, plus vifs et plus aguerris, sortirent aussitôt leurs pistolets, et tirèrent vers l'Homme-Météore. Les balles rebondirent contre son plastron d'or, en y faisant jaillir des étincelles: il était à l'épreuve de leur impact.

Sans effort apparent, l'Homme-Météore souleva le premier homme qu'il trouva à sa portée, et qui tentait de lui donner un coup de couteau, et l'envoya contre la vitre de la fausse boutique, qui se brisa au choc: il retomba sur le trottoir parmi les morceaux de verre. De son pied soulevé, l'Homme-Météore frappa un homme qui était à sa gauche, et qui, sous le coup, fut projeté à travers la porte qu'on venait de fermer, la défonçant et laissant passer le son non seulement des pleurs, des sanglots, et des murmures d'apaisement, mais aussi de cris, les deux femmes interrompant leur deuil pour laisser exprimer leur peur.

L'Homme-Glu et Jacques Tamblotin restaient cois, surpris, mais le second, à l'âme endurcie par le meurtre, hurla un ordre à ses hommes indemnes, qui étaient quatre, et tous ensemble ils se jetèrent sur l'Homme-Météore. Celui-ci les battit tous au poing et au pied, virevoltant plus vite qu'ils n'avaient jamais vu personne le faire. L'instant d'après, les quatre étaient à terre, gémissants ou assommés. L'un d'entre eux, à la mâchoire déplacée, était peut-être mort: du sang coulait de sa bouche et de ses oreilles. L'Homme-Météore n'en savait rien; il se souvenait seulement l'avoir frappé d'un crochet violent du droit. L'homme s'était aussitôt écroulé.

Pendant ce temps, néanmoins, Tamblotin avait saisi une cognée qui était derrière le chambranle de la porte, et il en asséna, avec une force peu commune, un coup sur la tête heaumée du guerrier. Celui-ci fut projeté en avant, mais le heaume ne se brisa pas; une légère entaille laissa seulement passer un rayon d'or, qui surprit le malfrat: il s'était attendu à du sang, voire à de la cervelle, et il se demandait quelle sorte d'être c'était là, s'il s'agissait d'un robot, tel qu'en montraient les films. Il n'eut pas le temps de recevoir une réponse à sa question. Son ennemi, sans réfléchir, se retourna, et, comme pour se protéger, ou par réflexe, lui jeta un rayon de sa main, qui lui transperça la poitrine comme une lame. Il s'effondra. Il était mort.

L'Homme-Glu, quant à lui, n'avait toujours pas bougé. Il regardait l'Homme-Météore sans lever les yeux, par dessous, comme s'il comprenait à qui il avait affaire. La femme qui était partie dans l'autre pièce pour consoler la pauvre victime de la perversité du joueur que l'Homme-Météore avait projeté à travers la fenêtre Iron-Man-Fan-Art-12.jpgrevint, après avoir enjambé le corps de celui qui avait été lancé sur la porte écroulée et arrachée de ses gonds. En vérité, elle était amoureuse de Jacques Tamblotin, et elle avait eu le temps de voir l'Homme-Météore tuer celui-ci. Sans hésiter, comme en transe, poussée par une colère folle, quoique son amoureux ne lui eût jamais été bien fidèle, elle se dirigea vers un fusil mitrailleur posé sur le canapé où elle-même restait quand on ne lui demandait rien, fumant et sirotant du vin de Champagne, contre le mur de gauche. Elle s'en saisit, ôta la sécurité, et commença à tirer en criant.

Les balles du fusil, dans l'ombre, faisaient des jets de flamme, et atteignirent l'Homme-Météore sur toutes les parties du corps, le forçant à reculer. Quoique les balles ne traversassent pas son armure, leur impact ne pouvait se maîtriser aisément. Mais il ne tomba pas. Or, comme l'arme dans les mains de la femme commençait à chauffer, elle la lâcha. Elle regarda, en larmes, le résultat stérile de son assaut, et l'Homme-Météore, sans rien dire, la regarda à son tour, et ses yeux, voilés de cristal d'or, s'allumèrent. Et voici que des rayons de feu en sortirent, et enflammèrent le fusil, aux pieds de la femme. Celle-ci cria, et s'enfuit. Il ne restait plus que Damien Molter, l'Homme-Glu. Il était toujours assis sur sa chaise, sans table devant lui, à observer l'Homme-Météore du coin de l'œil.

Le nouveau gardien de Paris se tourna vers lui, lentement. Il percevait, au-dessus de sa tête, une flamme noire qui obscurcissait la vue. Le malfrat doué de pouvoirs surhumains leva enfin le visage, et dit: Je ne sais qui tu es, et si Radsal-Tör te connaît, mais peut-être que, moi, je ne te suis pas inconnu!

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, renvoyant au prochain le combat terrible de Robert Tardivel contre Damien Molter, sous leur forme occulte d'Homme-Météore et d'Homme-Glu!