20/11/2020

Marie-Madeleine, les fées et la Bible

000000.jpgBeaucoup d'apparitions de saints et de saintes ne manifestent pas réellement, de mon point de vue, le retour sur Terre des personnages de la Bible et de la Légende dorée. Elles sont plutôt des interprétations spontanées de visions ou d'hallucinations que les anciens assimilaient à des personnes qu'ils appelaient Diane, Apollon, Mercure, Minerve...

Dans la mythologie française traditionnelle, on les appelle ordinairement fées, et j'avoue tendre à croire que, par exemple, à Lourdes, c'est cette sorte d'être, assimilée par sainte Bernadette à la vierge Marie, qui lui est apparue dans la grotte.

Il n'y a pas, pour moi, de contradiction avec le christianisme. En aucun cas je ne dis cela pour rabaisser celui-ci. Les fées peuvent effectivement prendre le visage de la vierge Marie, non comme une tromperie, mais parce qu'elles vivent dans l'idée qui l'habitait, parce qu'elles en sont pour ainsi dire les suivantes sublunaires. Elles en sont les représentantes, ou les manifestations dans le monde élémentaire.

Or, nombre de visions relatives à Marie-Madeleine la présentent comme s'étant rendue au pied des Pyrénées, et dans le pays dit cathare. On sait déjà qu'une nymphe de la mer vivant en Provence dans une grotte à la façon de Calypso fut assimilée à cette même Marie-Madeleine, et du reste elle n'était pas seule, elle avait avec elle deux amies qui lui ressemblaient beaucoup, comme peuvent se ressembler toutes les nymphes aux yeux des hommes. Il pouvait aussi s'agir de celles que les anciens appelaient les Trois Grâces, et leur lien avec la mer suggère un lien avec Vénus. Et pour les chrétiens, la grâce s'était historiquement incarnée dans trois femmes portant le nom de Marie, il était donc normal qu'ils assimilent ces trois nymphes à ces trois femmes. Mieux encore, les nymphes ont en 000000000.jpgréalité un visage indistinct: il est mobile et lumineux, insaisissable, et comme la nature humaine a horreur du vide, quand un homme en voit une, il ramène spontanément en lui le souvenir d'un visage qui pour lui a signifié la grâce, et le colle subjectivement à l'apparition divine. Ce n'est pas que tout soit hallucination; mais que le besoin d'avoir des formes, des lignes claires suscite une image tirée de la mémoire, même livresque. Il en était également ainsi dans l'antiquité, car il ne faut pas croire que Vénus ou Diane aient eu le visage que les sculpteurs et les peintres leur prêtaient: ils sculptaient ou peignaient selon le souvenir diffus d'êtres gracieux qu'ils avaient connus, d'êtres dont le visage exprimait directement l'amour ou la virginité, la force de Vénus ou celle de Diane, sans bien sûr que les femmes réelles aient eu forcément des qualités divines, aient eu en quelque sorte la qualité de leurs visages. Car pour ainsi dire le visage est créé par les dieux par une grâce spéciale, et les êtres humains agissent librement, et souvent contre la tendance imprimée à leur apparence par l'univers. On le sait bien: on cite des femmes ravissantes qui étaient cruelles et sans pitié, et des monstres qui avaient un cœur immense. Il y a souvent opposition entre l'âme et le corps, car le corps vient du passé, et l'âme est tournée vers l'avenir.

Les idées que j'énonce, je le répète, ne sont pas dans l'esprit de contestation propre aux protestants ou aux néopaïens: je n'entends pas utiliser ce que j'estime être la vérité contre le catholicisme, que j'aime et respecte. De fait, je considère que réellement de saintes nymphes sont ou ont été vouées au Christ, qu'elles ont une nature proche des anges, même si quelque chose en ces derniers fait qu'ils apparaissent souvent comme des femmes aux hommes qui les voient, parce que justement leur beauté les ramène à la gent féminine, à leur forme éthérée. Au reste il est également possible que, parfois, l'esprit d'un saint ou d'une sainte, ayant fusionné avec celui des anges, soit présent, sous une forme sublimée, dans les apparitions. Mais l'adjectif est ici important: la forme sublimée empêche en principe qu'on les reconnaisse, et si on perçoit en eux un visage distinct, c'est qu'il remonte à la mémoire. Il est possible 0000.jpegque, comme Marie-Madeleine reconnaissant Jésus, après sa résurrection, non justement à son visage, mais à ses paroles et à ses actions, on tombe parfois juste, et que le souvenir corresponde à la réalité. Mais je pense que cela n'arrive pas aussi souvent que l'Église catholique l'a voulu, et que cela justifie ou au moins explique l'esprit de moquerie qui s'est emparé de ceux qui ont considéré avec sévérité le culte des saints.

De toute façon, la force morale vivante et autonome qui se manifeste alors est ce qui réellement compte. Et que l'assimilation de cette force sans visage distinct à un personnage historique de la Bible soit une ruse, une illusion ou une divination, l'important est que le lien se fasse entre l'être humain et ce rayon moral vivant qui tombe du ciel, et soit intime et profondément ressenti. Il n'était donc pas gênant, dans l'esprit des Jésuites, que l'assimilation à tel ou tel saint soit une illusion, car en tamisant la lumière divine, elle la rendait accessible à l'esprit humain, et donc la faisait entrer dans le cœur. Cependant, il n'est pas mauvais non plus de livrer à l'intelligence des rapports plus subtils, avec cette lumière divine, surtout à une époque de plus grande exigence rationnelle. Car si on ne le fait pas, les plus intelligents pourront toujours se moquer, et rire à l'hallucination illusoire, à la superstition. En un sens, ils ont raison. Mais ce n'est pas si simple, que cela doive conduire à tout nier, et au nihilisme – à l'athéisme, ou même à une forme de religiosité abstraite qui en fait n'engage à rien, parce que les vertus amenant à la divinité ont été noyées dans cette lumière divine, tandis que les figures au moins les montrent, parce qu'elles les ont manifestées durant leur vie. Elles en ont donc eu une part, et à ce titre c'est bien les personnes concernées qui reviennent dans ses rayons diffractés.

Mais qu'il apparaît qu'il en est bien ainsi que je l'ai dit se vérifie avec l'époque qui donne aux anges les visages non des personnages de la Bible, en général, mais d'extraterrestres, voire de cosmonautes. Le culte des machines et des conjectures dites rationnelles – des hypothèses – a amené ce surgissement d'images nouvelles pour des phénomènes qui au fond sont de nature similaire. Il est difficile d'en douter.

19/10/2020

L'apparence ordinaire de Captain France – et ses pouvoirs, et sa vie

00000000.jpgDans un précédent billet – alternant avec mes diverses séries merveilleuses – j'ai évoqué la naissance du véritable Captain France (ou Capitaine France, si on préfère), fils de Charles de Gaulle et de la Marianne vivante, fée du pays et dame de nos cœurs, immortelle souriante aux bonnes âmes, tant d'ici que d'ailleurs: car il ne faut pas croire que les frontières politiques la touchent beaucoup, elle est surtout sensible à la langue qu'on parle, ayant dans sa jeunesse inspiré justement la langue de Jean Racine aux hommes.

Or, ce héros, parvenu à l'âge adulte après avoir été élevé par sa mère fée (un peu comme Achille par Thétys – ou Lancelot par la Dame du Lac, même si celle-ci n'était pas officiellement sa mère), ce héros, dis-je, s'est penché sur le sort des hommes, et son cœur s'est ému, il a voulu les aider. La belle Marianne alors lui a forgé une armure qui était telle qu'un costume de super-héros – a suit, comme disent opportunément les Anglais (puisqu'il peut s'agir à la fois d'une armure et d'un costume). Elle lui a aussi donné des armes incorporées à ce costume, qui ainsi a légitimement le nom d'armure. Je vais maintenant présenter ce costume et ces armes.

D'abord, parlons de son apparence – toute en beauté, car rien ne peut être fait par une fée qui ne soit profondément beau, même si elle l'a fait dans un esprit d'utilité. Mais, le savez-vous? l'utilité réelle de ce qui est laid est nulle, car c'est dans la beauté qu'est la force spirituelle, et donc la force tout court. C'est pourquoi le maître Jack Kirby a su créer de si jolis costumes – mais il ne fut pas le seul. Gil Kane fut un grand maître, à cet égard, et d'autres le furent aussi. C'est sans doute Stan Lee qui avait compris l'importance de cette beauté, car les Marvel Comics se distinguent surtout par là des DC Comics – le souci esthétique apporté aux costumes. Detective Comics ne se souciait guère que du symbolisme; mais qu'est-ce qu'un symbole, sans la beauté? Rien du tout, puisque, encore une fois, c'est dans la beauté qu'est la force spirituelle. Un symbole juste émane de l'art, et non de la pensée abstraite. Un symbole laid ne contient jamais que l'envers de ce qu'il prétend représenter: le dieu refuse d'y venir, et à la place sont des fantômes qui ont pris son apparence, des singes du monde spirituel. Peu importe que le symbole soit ou non conforme à une prétendue Tradition. L'important est sa beauté. Et j'essaierai de le monter, donc, avec le costume de Captain France.

Son masque était blanc, pareil au lys; et justement des fleurs de lys stylisées, mais en argent, ornaient chaque côté de son front – une à droite, une à gauche. Au cœur de cette fleur, un singulier petit diamant brillait, ayant la forme d'une étoile, et qui s'effaçait quand on essayait de le regarder de plus près. Les yeux de 00000.jpgCaptain France n'étaient pas directement visibles, car une coquille dorée les cachait, fine et ayant la forme des yeux mêmes – et elle aussi luisait, jusque dans la nuit: par eux il voyait dans les ténèbres comme en pleine lumière, et même, dit-on, à travers les murs. Plusieurs l'auraient vu faire jaillir, de ces yeux métalliques, des rayons meurtriers, pour les ennemis les plus irréductibles.

Contrairement à ce qu'il en est pour Captain America, le masque n'était pas coupé au-dessus du nez pour laisser la bouche libre; mais, curieusement, il épousait la forme de la bouche et la laissait libre, et de même pour le nez et les oreilles – il ne bouchait pas les orifices mais lui créait comme une seconde peau. C'était l'effet de l'art de la fée; car si un simple mortel avait taillé dans un tissu ordinaire un costume, il n'en eût pas été ainsi. Mais qu'attendre d'une fée, sinon la capacité, quand elle crée un costume, de donner à celui qui le porte une seconde peau? Les traditions à ce sujet sont formelles: quand un être fée donnaient la peau d'un loup ou d'un phoque à un homme, il devenait un loup ou un phoque. On en a des exemples dans la chanson de geste de Huon de Bordeaux, avec les dons de nain Obéron, issu de la mythologie germanique.

Les cheveux de Captain France, du reste, ne disparaissaient pas sous le masque lui recouvrant le crâne. Il se passait, pour eux, quelque chose de très curieux, qui nous rappelait à quel point Captain France n'était qu'à moitié de ce monde – à quel point il était plus qu'un homme. Car s'il avait souvent une apparence d'homme ordinaire – lui permettant de se mêler aux autres hommes et de passer inaperçu, de vivre une vie anodine sous une identité empruntée –, il restait constamment fils d'une fée et, en remettant son costume de super-héros, il retrouvait cette nature enchantée qui était peut-être vraiment la sienne, comme s'il avait tenu plus au fond de sa mère que de son père. Car dans ce costume tissé par sa mère, il avait véritablement des traits impossibles, inouïs, miraculeux – défiant les lois de la science, comme on dit –, et qui faisait facilement croire en lui à une origine extraterrestre. Et qu'on me pardonne cette nouvelle digression, mais c'était à la fois faux et vrai, puisque même sa mère vivait sur Terre, où il était né: elle vivait, seulement, dans une dimension parallèle. 000000.jpgCependant, il était vrai qu'elle était issue d'une lignée solaire, qu'elle appartenait à un peuple né sur le soleil, ou sur terre à l'époque où celle-ci et le soleil ne faisaient qu'un: on s'exprimera comme on voudra. Elle était née, peut-être, peu après leur séparation; mais d'un peuple qui avait gardé en lui les qualités solaires, et était resté sur terre pour accomplir une mission – justement y conserver les vertus solaires. C'est ce qu'on appelle la suite du dieu Yahvé, en vérité.

Les cheveux de Capitaine France, donc, ne semblaient pas pleinement implantés dans son crâne; on voyait le masque épouser la forme ronde de la tête qui lui permet de refléter les étoiles à toute heure du jour et de la nuit. Mais au-dessus il y avait comme une nuée de cheveux mouvants, lumineux, pareils à des herbes ondoyant dans l'eau claire, et dont la taille semblait curieusement varier selon les mouvements que faisait Captain France même. Ils avaient quelque chose de vivant, comme doués de volonté propre, et parfois des étoiles semblaient s'y accrocher – des éclats scintillants y vivaient, comme au sein d'une forêt. Là encore était un grand pouvoir, sur lequel je reviendrai une autre fois, car, à cause de mes digressions importunes, cet article est venu à sa fin canonique avant que j'aie pu décrire entièrement notre héros. Je renvoie le lecteur à ce qui sera en principe publié ici dans seize jours.

03/10/2020

Histoire de l'union de Charles de Gaulle avec le génie féminin de la France aux ailes de lumière

otherlandcityofgoldenshadows.jpgJ'ai, dans un précédent article, assuré que la relation coïtale avec le génie national, pour un prince pieux, était possible. J'ai dit que l'imagination pouvait en être assez vive pour être vécue comme réalité.

Au Cambodge, à l'époque d'Angkor, le roi khmer était réputé, chaque lune, monter dans une tour dorée, et y passer la nuit avec la fille du roi des Nagas, véritable maître occulte de la terre khmère. Elle l'initiait, mais cela prenait la forme d'une union sexuelle – comme dans le tantrisme avec la radieuse Shakti.

Il est curieux que Charles Duits, dans La Seule Femme vraiment noire, ait à la fois glorifié Charles de Gaulle comme s'étant mis en relation intime avec la Maison Animique qu'est la France (ce sont ses mots), et décrit des unions très charnelles avec des déesses à la peau noire – l'esprit féminin du monde qui était, disait-il, Isis. Or, selon les occultistes, celle-ci est aussi la patronne de Paris, à laquelle les chrétiens ont ensuite donné le visage de sainte Geneviève, puis de sainte Marie. Peut-être, d'ailleurs, l'esprit d'Isis habitait-il vraiment sainte Geneviève, dont on dit qu'elle a initié Clovis aux mystères parisiens – participant, au moins, à son illumination, à l'ouverture de son âme à la vraie divinité du pays, et du monde. Mais de cela, Charles Duits ne parle pas, n'étant pas féru d'histoire médiévale et de christianisme ancien.

Il a été assez hardi pour mêler l'érotisme et la mythologie – pour ne pas dire la pornographie et la mythologie, car les actes sexuels qu'il décrit relativement à sa déesse noire sont très crus, même s'ils ne sont qu'imaginés, il le précise bien: cela fait partie du mystère, que ces relations sexuelles ne se déroulent que dans le monde qu'Henry Corbin disait imaginal.

Serait-ce ainsi blasphématoire de décrire l'union sexuelle de Charles de Gaulle avec la fée de la France – avec le génie féminin de la France dans un monde parallèle, où De-Gaulle-affiche.jpgd'emblée ce génie est nu? On pourrait l'imaginer se retrouver, une nuit, dans un étrange pays, et rencontrer une dame ravissante, qui l'attirerait dans sa maison au fond des bois, et qu'il aimerait comme on aime une femme de chair, et qu'il comblerait de ses caresses, tandis que lui serait comblé des siennes. Tout le monde sait comment ces choses se passent, plus ou moins. Car il faut tenir compte de ceci, que de Gaulle devrait être décrit comme un bon amant – quitte à être guidé en cela, et dans les préliminaires nécessaires, par la fée de la France, et qu'elle possède des ailes de lumière qui dans l'acte le recouvriraient progressivement, jusqu'à l'envelopper et l'éblouir, lui faire perdre conscience de lui-même.

Et lorsqu'il se réveillerait, il serait dans son lit, à Colombey-les-deux-églises. Étonné. Le songe paraissait si vrai! Et de fait, il s'en souvient, signe d'alliance éternelle, la fée lui a donné, dans ce rêve, un anneau, et voici que maintenant, pour la première fois de sa vie, il le voit dans sa main: il est bien réel. Et ses pieds sont tachés par de la terre et de l'herbe écrasée, et il est nu, alors que d'ordinaire il ne s'endort jamais sans son pyjama. Mais celui-ci reste introuvable – ce n'est pas seulement que, somnambule qu'anime le désir, il l'aurait retiré en dormant, mais que, entrant dans le monde parallèle où la France est une femme aux ailes d'or, il l'y a laissé derrière lui, distrait par l'intensité de son séjour.

Elle le lui a retiré pour prendre son organe génésique dans la main et le guider jusqu'à elle, et il l'a oublié, ensuite, au pied du lit enchanté au doux bois odorant de la belle. Qui sait si, une fois qu'il est revenu dans le monde périssable, elle n'a pas émue ramassé la tendre flanelle, charmée par le souvenir de son odeur à lui, et de sa chaleur d'homme? Nous ne le saurons pas, puisque cela s'est CrDYxFKXgAAwi1R.jpg_small.jpgforcément passé en dehors de tout rêve du sauveur de la France.

Mais on peut également imaginer, merveille étrange, qu'un enfant est de cette union. Et qu'est-ce que cet enfant, sinon un super-héros, vivant dans les deux mondes à la fois, mais pouvant apparaître et disparaître à volonté de la vue des mortels, et agissant dans l'ombre pour affaiblir les méchants et renforcer les bons – pour combattre les démons qui font le mal et soutenir les anges qui font le bien, sans que personne s'en aperçoive.

Car, sur un autre plan d'existence, ces choses sont réelles, elles existent! Les symboles qui font s'affronter les vertus et les vices décrivent une réalité. Ce que l'être humain a dans son âme n'est pas fait de fantasmes purs et simples, son âme n'est qu'un miroir de forces existant objectivement, et la traversant.

D'une certaine façon, les pensées humaines sont des êtres, et ces êtres s'affrontent, car il y a les sombres et les lumineux, les chauds et les froids, les vivifiants et les mortifères – ou les anges et les démons, les elfes et les orcs, les super-héros et les super-vilains!

Bref, de Gaulle a engendré, en la fée de la France, un homme qu'on peut appeler Captain France, et qui est plus grand que lui-même – quoiqu'il partage avec lui bien des traits, puisqu'il est son fils, puisqu'il est issu de lui. On peut même dire, paraphrasant Pierre Teilhard de Chardin, qu'il est plus lui que lui-même, quoiqu'il soit autre! C'est dans l'avenir que l'homme se trouve dans son individualité profonde et vraie, disait le célèbre jésuite sondeur fiable de l'Inconnu. Et que lisait, d'ailleurs, Charles de Gaulle: c'est historique.

Pourquoi Captain? demanderont les puristes. Ne sommes-nous pas en France? Cela ne se dit-il pas en français capitaine? C'est vrai. Va pour Capitaine France.

Mais je voudrais faire remarquer deux choses. La première est que le mot anglais captain vient du mot français capitaine tel qu'il se prononçait au Moyen Âge, et que ce sont les savants qui depuis Paris ont imposé la prononciation moderne, par l'entremise de l'administration militaire. On sait, en effet, que l'Angleterre médiévale parlait français, notamment à la Cour, et je trouve consternant que les savants académiciens aient rejeté l'ancien français, et réjouissant que bien des mots de l'ancien français (si 0dr9f2lf0ll01.pngnaturel, si pur, si peu compassé) reviennent à présent par le biais de l'anglais, bien plus francisé et latinisé qu'on a l'air de s'en rendre compte. Car, même, beaucoup de mots anglais sont de simples latinismes que le français n'a pas adoptés – les latinismes n'étant pas vraiment moins nombreux en anglais qu'en français.

La seconde chose est que les Français, je veux dire leurs écrivains, se sont montrés incapables de cristalliser le sentiment du super-héros, le restreignant dangereusement à l'expression symbolique du scientisme, et omettant de rattacher à lui le monde spirituel – les égrégores, les génies nationaux – comme les Américains l'ont très tôt fait avec Superman, génie de Métropolis, Batman, ange de Gotham, et Captain America, secret protecteur de l'Amérique entière – entendez, de ses États-Unis. La dimension mystique était assumée, et c'est de cette façon que (notamment par Jack Kirby, Joe Simon et Stan Lee) le mot captain a été consacré.

Un autre jour, peut-être, je donnerai l'apparence ordinaire de Captain France. Car dans le monde occulte, le costume est une seconde peau, un attribut fondamental. Pour aujourd'hui, c'est assez de ces folies, qui apparaîtront à beaucoup comme absurdes, ridicules, voire sacrilèges.