24/09/2017

Captain Savoy et l'adoubement de la Femme de cristal

crystal_maiden_by_finalknight6-d6zhzve.jpgDans le dernier épisode de ce feuilleton cosmique, nous avons laissé Captain Savoy et ses Disciples alors que, réfugiés dans leur base du Grand Bec, en Tarentaise, le premier venait d'adouber quatre des seconds, et que la cérémonie en avait été mystérieuse.

Désormais, ainsi que nous l'avons dit, les quatre Disciples étaient les égaux de Captain Savoy et de l'Elfe jaune, et ils avaient comblé le fossé qui les avait séparés d'eux, et les avait rendus aussi éloignés d'eux que Captain Savoy l'avait été de ses premiers initiateurs, les Hommes de la Lune.

Par la suite, Captain Savoy et les quatre Égaux présents à ses côtés s'employèrent à initier les autres Disciples à leurs tâches et titres à venir. Ils se montrèrent dignes de cette attention, tant par leur vaillance que par leur sagesse, et, quelques mois plus tard, Captain Savoy put annoncer qu'on adouberait, à la Pentecôte suivante, le Démon des Glaces, le Noton bleu et la Femme de Cristal. Les trois derniers Disciples devaient encore apprendre à résister au mal, et à choisir le bien à sa place.

Mais c'était un honneur qu'on leur faisait, en éloignant d'eux le danger d'être tentés trop tôt, nourris par leur puissance, et l'orgueil et la chute qui s'ensuivrait. Ils seraient donc encore plus puissants, si cela était possible, que les Huit déjà adoubés.

La cérémonie eut lieu, semblable à la précédente. Mais la Femme de Cristal, à son issue, fut particulièrement fêtée.

Dans la montagne où brille la neige éternelle, elle était, comme on dit, dans son élément, et les êtres fées protecteurs du Grand Bec l'avaient prise en amitié, en la voyant passer aux franges de leur cité. Ils aimaient ad91473c585c91879d6fb903aea64101.jpgson port, et son attitude, face aux cristaux de neige. Elle avait constamment, en elle, un sentiment de vénération qui éclatait par tous ses gestes, ses mots, ses soupirs. Un jour, ils lui ouvrirent la porte de leur domaine, comme Amariel l'avait fait à Vouan pour l'Elfe jaune, et en firent l'une des leurs.

Parmi ce peuple enchanté du Grand Bec, il y avait autant d'hommes que de femmes; et la Femme de Cristal se lia d'amitié en particulier avec un homme, vaillant guerrier appelé Dorcumïn et qui avait des dons pour le chant et l'art de la lyre. On disait que dans les combats, étrange chose, il venait avec sa lyre et que son chant faisait jaillir, de ses cordes pincées, des rayons de feu qui transperçaient ou enserraient les ennemis, pareils à des liens de fer. Ils étaient de diverses teintes, selon la corde dont ils jaillissaient, et quand son cœur s'embrasait, tout l'arc-en-ciel était représenté. Mais il savait aussi se battre de son épée brillante, et de sa lance acérée!

À la Femme de cristal, le mariage était cependant interdit, si Captain Savoy ne le permettait pas, et elle n'osait lui dire cet amour, que d'ailleurs elle ne voulait pas, consciemment, regarder comme autre chose qu'une amitié douce et suave.

Captain Savoy n'en était pas moins au courant, la reine du peuple fée, 08-inspiring-wallpapers.jpgTëringmel, lui ayant tout révélé. Car cela n'avait pas échappé à son regard divin.

Mais Captain Savoy n'en parlait pas, laissant libre la Femme de Cristal, et attendant qu'une demande lui fût faite, par elle ou son prétendant.

On comprend que lorsque la Femme de Cristal fut adoubée, la fête eût été particulièrement grande, et que ses amis de la cité fée fussent venus en nombre, étonnant et réjouissant les Disciples de leurs chants merveilleux, redoublant l'éclat de la cérémonie précédente, où ils avaient été présents mais moins nombreux.

Le Noton bleu et le Démon des Glaces eurent aussi leurs invités propres, toutefois. S'ils ne s'étaient guère rendus dans la cité de Tëringmel, pendant les combats contre les hordes de Malitroc des amitiés s'étaient nouées, entre les guerriers, et les deux Disciples avaient de bons compagnons parmi les hommes et les femmes immortels qui présidaient à la destinée du Grand Bec. C'est aussi ce qui augmenta la fête et la joie.

Y assistèrent même des êtres jusque-là mal connus, auxquels s'était particulièrement lié, en secret et au cours de ses errances solitaires dans les profondeurs, le Noton bleu. Il s'agissait de Nains, armés d'argent et fiers.

Car il aimait à explorer les grottes et les recoins sombres de la montagne, et, un jour, il s'était rendu dans la cité aux mille diamants des Gnomes, serviteurs et amis de Tëringmel, mais vivant à part. Comme la Femme de Cristal pour les êtres fées de Tëringmel, il était devenu leur ami, et avait appris d'eux des secrets, des vishnu_by_obssydian-d7e93hc (4).jpgformules permettant de commander aux souffles des abîmes. Aussi leur roi, suivi de quelques-uns de ses proches, étaient-ils venus également à la fête, pour la plus grande joie de Captain Savoy, qui les reçut avec magnificence.

À la Femme de Cristal, Tëringmel confia un anneau orné d'un diamant qui jetait des feux étonnants, au Noton bleu, le roi des Nains offrit une amulette, se portant au cou, qui était un saphir également rayonnant, et muni de grands pouvoirs, qui lui permettraient de tenir sa mission de gardien occulte de Chambéry, plus tard. Il lui donna aussi un bâton de justice, qui serait son arme principale, et qui contenait, capté, le feu des étoiles, à ce qu'on raconte.

Quant au Démon des Glaces, il se contenta du don fait par les puissances d'en haut au cours de la cérémonie. Il n'en conçut, apparemment, nul dépit, aimant par-dessus tout la solitude. Mais plus tard, on le sait, il se lierait avec des Ogres des Bossons dont la volonté n'était point toujours pure. Toutefois lui-même ne déchoirait jamais, demeurant fidèle à Captain Savoy et à ses amis. Il en souffrit, éprouva des déchirements, mais répondit toujours présent lors des épreuves vécues par les Disciples, malgré les doutes que ceux-ci avaient, à son sujet. Il les démentirait constamment, ne semblant pas éprouver de peine à les apprendre, mais peut-être son cœur en avait-il des pincements secrets, des déchirures occultes.

Mais il est temps, ô dignes lecteurs, de laisser là cet impressionnant épisode, et de renvoyer à plus tard la suite du récit, qui présentera l'empressement de l'impatiente Amazone céleste à passer à l'action!

22/07/2017

Captain Savoy et les disciples adoubés

BDqkvxi.jpgDans le dernier épisode de cette geste fracassante, nous avons vu de quel bois exactement se chauffait Malitroc dans son empire infâme - un bois fait de la chair et du sang du peuple! Et nous avons dit de quelle façon, au sommet des montagnes et de sa base du Grand Bec, Captain Savoy, aidé par les immortels des sommets et accompagné de ses disciples, résista victorieusement durant de nombreuses lunes aux attaques du monstre. Celui-ci leur envoyait des affidés, à demi humains, à demi démons, et les braves les repoussaient!

Malitroc lui-même n'osait accompagner ses troupes, car il craignait les immortels des montagnes, alliés de Captain Savoy. Ils étaient de haute lignée! Mais il espérait capturer Captain Savoy et ses disciples et user leurs défenses par des expéditions répétées de ses guerriers infâmes.

Or les héros dominaient invariablement leurs assauts, semblant ne se fatiguer jamais, laissant libres les sommets purs, vainquant, tuant, anéantissant leurs ennemis, si du moins ils ne pouvaient faire autrement et ne parvenaient point à les persuader de rebrousser chemin ou de changer de camp! Car ils le tentaient, mais cela n'arrivait que rarement, si hypnotisés étaient-ils par le pouvoir occulte de Malitroc. Cependant les gardiens de la Savoie inlassablement réitéraient leurs demandes, ne perdant pas espoir en l'humanité, voulant scruter les âmes jusqu'à déceler en elles la part de divinité qui y réside, la lueur qui y brille dans l'ombre!

Captain Savoy avait annoncé que même si cela ne marchait pas, que même s'ils étaient contraints de tuer qui cherchait à les faire mourir, cette bonté, de leur part, leur resterait comme un don, dans l'âme, et les aiderait, dans l'autre monde, à se rattacher à la lueur enfouie en eux, à y diriger leurs pas!

Deux fois un homme consentit à rebrousser chemin, mais aucun n'accepta l'asile dans la base secrète du Grand Bec que Captain Savoy leur proposait, car, même quand leur sens du bien et du mal demeuraient, ils 79fantasy-landscape01.jpgavaient le regard corrompu, en ce qui concerne Captain Savoy, le pensant un être diabolique, monstrueux, transformé par la magie noire. Et rien de ce que put dire le héros ne les fit changer d'avis, car ses mots étaient interprétés, tordus dans un sens absurde.

Toutefois ils purent éviter de faire mourir six de leurs ennemis, qu'ils placèrent dans des geôles où effectivement, par le pouvoir de sa lance, Captain Savoy les endormit, les plaçant dans un cercueil de glace en attendant que les sortilèges de Malitroc se dissipent et qu'ils pussent ne plus être dans le cas d'avoir la raison obscurcie par sa volonté noire.

Le haut des montagnes, les sommets où nul mortel ne réside, demeura ainsi un sanctuaire inviolé, et les Disciples, au fil des mois, crûrent en sagesse et en force. Captain Savoy observa leurs progrès, et le moment vint, où il annonça qu'il en adouberait plusieurs. Les pouvoirs qui leur étaient destinés leur seraient donnés entièrement, et ils seraient considérés comme des Gardiens de la Savoie à part entière, et les égaux, en un sens, de Captain Savoy.

Or, il commença avec ceux qui avaient combattu avec lui au château d'Annecy, et qui avaient, ce jour-là, montré leur vaillance. Et c'était le Léopard des Neiges, la Femme-Faucon, le Nouvel Hanuman et l'Amazone céleste.

Dès le jour de la bataille, il avait prévu de leur confier cet honneur, et les combats ultérieurs ayant confirmé leur vaillance, il put décider de les adouber sans regret.

La cérémonie aurait lieu le jour de Pentecôte suivant. C'était deux mois plus tard. Captain Savoy espérait que l'Elfe jaune, le seul Disciple déjà adoubé, pourrait être présent, mais, en vision, durant une prière adressée aux dieux, il perçut qu'il ne le pourrait pas, et qu'il avait encore des missions à remplir, qu'il n'était toujours pas sorti du royaume d'Amariel; or, entre celui-ci et le Grand Bec, trop de garnisons de Malitroc se tenaient, et de puissants gouverneurs, qui l'empêcheraient d'accéder à la base de son maître, même soutenu par Momulk red.jpgenfin assagi et illuminé, apte à faire équipe avec un disciple de Captain Savoy!

Quand la cérémonie eut lieu, néanmoins, il y eut bien des invités inopinés. La dame du Grand Bec, Tëringmel, vint avec plusieurs guerriers et dames, et la solennité en fut grande.

Tout se passa selon les règles du mystère de l'adoubement des Gardiens de la Savoie immortelle. À la prière de Captain Savoy, une grande clarté descendit des astres, et entoura chacun des élus, les enveloppant jusqu'à les y faire disparaître complètement.

Puis la clarté s'estompa, et ils en ressortirent, comme d'une nuée, plus beaux, plus éclatants, plus forts, plus musclés. Leur costume de novices avait été remplacé, dans chaque cas, par un qui lui ressemblait, mais ne semblait pas avoir été tissé par des hommes: il semblait, comme celui de Captain Savoy, l'avoir été par des fées, et il brillait, et ressemblait à une armure, ou un haubert, autant qu'à un costume, de façon très étrange.

Les mouvements des Disciples étaient désormais plus lents, plus solennels, plus harmonieux, comme s'ils avaient acquis une sagesse nouvelle, ou comme si un nouvel esprit vivait en eux. Ils racontèrent avoir eu l'impression de vivre une longue aventure, comme un rêve, mais ne plus pouvoir dire ce qu'ils avaient vu, ou entendu. Assurément, il s'agissait de conseils donnés par des êtres grandioses, voire d'opérations étranges durant lesquelles ils virent ceux-ci se mêler à eux, ou eux se mêler à ceux-ci, ils ne savaient plus; mais c'était incertain, et ils préféraient, de toute façon, ne pas en parler, comme si, parmi les conseils donnés, avait été celui de taire les mystères auxquels ils avaient assisté.

Ils mesurèrent dès lors tout ce qui les avait séparés jusqu'alors de Captain Savoy, et même de l'Elfe jaune, et qu'ils n'avaient jamais pu croire si vaste, toute présente qu'en avait été la pensée dans leur tête. C'est directement, à présent, qu'ils le vivaient!

Mais l'épisode d'aujourd'hui commence à être long, il faut laisser la suite pour une fois prochaine: alors ce sera l'adoubement du Démon des glaces, du Noton bleu et de la Femme de Cristal, portant à huit, sur onze, le nombre de Disciples adoubés et devenus Gardiens!

17/05/2017

Captain Savoy et l'astre de Malitroc

0d3937bd4ac64a5eace84cda3f13a9e9.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé Malitroc alors qu'il venait de rire aux éclats en voyant le monde trembler au passage de ses troupes surarmées.

Et quand des arbres de la ville en tombèrent, bien que plusieurs hommes en fussent écrasés, cela ne fit que redoubler son hilarité satanique, de telle sorte que le peuple ne sut s'il devait vraiment s'en effrayer et que, stupidement, à la manière d'automates, il fit écho à ce rire et l'épousa de sa joie dénuée de sens, s'imaginant être heureux d'avoir à sa tête un être aussi puissant. Pourtant sa laideur ne pouvait être dissimulée à tous. Les sortilèges qu'il tissait pour se rendre beau n'étaient pas achevés, et il ne parvenait pas constamment à donner le change. Sa métamorphose n'était que superficielle et partielle.

On dit que dans ce but il se nourrissait secrètement du sang de ses prisonniers, notamment quand ils étaient jeunes: il les tuait rituellement et parvenait à saisir leur force, et leur beauté. Est-il séant d'en parler? Il est certain qu'on n'en a pas obtenu la preuve, et qu'il peut ne s'agir que de rumeurs. D'autres pratiques impies étaient chuchotées, mais leur évocation même favorise dans l'âme des hommes la venue des démons, préparant le retour de Malitroc ou d'un des siens. Il ne faut les nommer qu'avec parcimonie. Certaines du reste dépassent ce que le langage peut dire.

Depuis la base du Grand Bec, et en regardant vers Annecy, Captain Savoy et ses disciples sentaient l'épouvante se répandre comme une âcre vapeur, non seulement parmi les hommes, mais aussi parmi les bêtes, les plantes et les montagnes; les âmes qui peuplent le monde étaient toutes horrifiées.

Les ténèbres s'épaississaient, et il semblait que le soleil à son lever rebroussait chemin, tant la vision qu'il avait des méfaits de Malitroc était atroce. Sans étoiles et sans lune, sans soleil non plus, le ciel noir s'imposait, même si de temps en temps l'astre du jour osait faire un rapide passage; mais alors il marchait à toute allure.

La cité annécienne, certes, brillait, mais par la magie de Malitroc, qui avait créé un nouveau genre de lampes, et cet éclat était beau, mais non pur comme celui du ciel, qu'on ne voyait plus. Une teinte bilieuse au reste habitait cet éclat artificiel, comme si en sortant de la terre, dont elle venait, elle répandait de vagues spectres jaunes, hideux et sinistres. La lumière se diffusait en montrant les choses, mais sans apporter aucune des joies qu'apporte l'éclat du soleil, de la lune et des étoiles. Les hommes marchaient tristement courbés tout en 16508565_325207201209496_6158846405213104782_n.jpgfeignant de s'amuser et d'être heureux, car tel était l'ordre de Malitroc, celui qu'il avait donné et que ses gardes odieux avaient répandu.

Les hommes qui scrutaient le ciel étaient tout de même étonnés qu'un seul astre semblât y briller de façon persistante, et qui n'était point le soleil, mais une étoile curieusement rouge, ressemblant à Mars. Malitroc était souvent vu le contemplant, l'admirant depuis le haut de la tour du château appelée tour Perrière. Il avait d'ailleurs fait rehausser celle-ci d'une sorte de cylindre de cristal et d'acier en haut duquel luisait une pierre précieuse grosse et étrange, de couleur également rouge, ne paraissant alimentée par aucun courant électrique et dotée de son éclat propre, comme si elle eût été vivante - ou, justement, prise d'un astre. Car lorsque cette étoile paraissait, ce rubis en brillait d'autant plus vivement, semblant se réjouir, tressauter et palpiter de joie. Alors Malitroc montait en haut de la tour, et admirait l'astre, et, apparemment, lui parlait, le priait, comme s'il eût été son père, le dieu qui l'avait créé, et lui donnait vie et force.

Nous ne dirons pas quel était cet astre, afin de ne pas induire le lecteur en erreur. Mais nous dirons que lui-même le nommait du propre nom de son père, comme si celui-ci réellement y logeait, voire en était le maître; et c'était le nom de Traqëliën. Il le murmurait, et chantait de sa voix rauque et effrayante, en un air bizarre et qui donnait le sentiment qu'il chantait faux. Mais sa voix résonnait, et on l'entendait dans la ville, et il était même porté par les vagues du lac, il se répandait dans les montagnes comme un grondement sourd, si grande était la puissance de cet être maudit!

Captain Savoy ne pouvait rompre l'étau qui avait été placé sur Annecy et l'avant-pays savoisien par ce monstre. La destinée en avait décidé ainsi, et il lui fallait prendre son mal en patience, en s'appuyant notamment sur les montagnes encore hors de la portée du Maufaé et en demeurant dans sa base du Grand Bec, depuis laquelle il apercevait le peuple des sommets qui semblaient lui rendre hommage de leurs pointes scintillantes, pareilles à du cristal puisque la neige les recouvrait.

Il voyait, aussi, les nuages formant comme une mer, et laissant dépasser ces sommets comme des îles. En haut le soleil était pur, doré, et il passait lentement et noblement; en bas on le voyait à peine. Jamais il ne clouds-fantasy-landscapes-snow.jpgdissipait les nuées épaisses! C'est ce qui donnait le sentiment qu'il rebroussait chemin. Il contournait en réalité les plaines maudites que dirigeait l'effroyable Malitroc. Il est donc vrai qu'il n'y passait que brièvement.

En dessous de cette mer les ténèbres se faisaient papables, et le fond des vallées était tel qu'un abîme. Mais au-dessus le monde restait pur, et les êtres immortels attachés aux montagnes passaient sur les mers de nuages en vaisseaux d'or, que Captain Savoy saluait. Et souvent il montait avec eux sur ces nefs, et ses disciples aussi. Ils demeuraient, ainsi, à l'abri des mains griffues de Malitroc.

Pourtant nombre d'expéditions sanglantes émanaient de la plaine. Malitroc leur envoyait ses meilleurs guerriers, nés d'unions illicites entre des femmes et des monstres des profondeurs. Le combat avec ces hybrides était furieux, et rappelait celui qui avait eu lieu sur le lac d'Annecy. Les guerriers étincelants de la montagne aidaient les nobles hommes transformés, et qui dorénavant appartenaient à la race des demi-dieux, comme eux! Ils n'avaient point honte de se mêler à eux, mais les aimaient et les honoraient.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là ce terrible épisode. La prochaine fois, nous saurons comment Captain Savoy prépara ses disciples contre Malitroc, en les adoubant.