13/03/2017

Captain Savoy et l'empire de Malitroc

gate.jpgDans le dernier épisode de cette épique série, nous avons laissé Captain Savoy et la plupart de ses disciples dans la base du Grand Bec, en Tarentaise, où ils attendaient la possibilité de repartir à l'assaut du démon qu'on appelle le Fils de la Pieuvre. Le héros comptait en particulier sur l'Elfe jaune et sur son nouvel ami Momölg. Mais ils ne venaient pas, devant accomplir leur propre destinée, au royaume d'Amariel.

D'ailleurs, même avec ces deux, même avec leur force, pouvait-il vaincre le Fils de la Pieuvre? Il en doutait.

Pendant qu'il était ainsi réfugié dans le Grand Bec, qui lui servait de demeure et de temple, sa base du Roc de Chère était mise à sac: le Fils de la Pieuvre se vengeait.

Puis, une fois pillées les choses précieuses, il la réaménagea, et en fit une geôle effroyable. Il y enferma ses ennemis, les rebelles à son autorité, tous les hommes dont il découvrait qu'ils ne cédaient pas à ses sortilèges. Car il y en avait.

La plupart des mortels sous sa férule devenaient pareils à des robots, et leur âme était comme possédée par sa seule volonté. Mais certains résistaient à cette fascination qu'il exerçait, et aux charmes qu'il répandait, aux illusions qu'il tissait, aux envoûtements qu'il tressait!

La raison en est obscure. On ne sait s'ils avaient avec les dieux des liens spéciaux, qui les empêchaient d'être ensorcelés, et les protégeaient de tous les prestiges; ou s'ils avaient développé en eux, depuis plusieurs vies ou en celle-ci seulement, le pouvoir de résister au Malin, et à ses sorts.

Mais il en était bien ainsi, qu'ils résistaient. Et le Fils de la Pieuvre les fit mettre en prison, après avoir fait dresser des murs et placer des grilles de fer dans les différentes parties de la base de Captain Savoy. Là, il torturait ces hommes, alternant les menaces et les promesses, et buvant leur sang sous les yeux, aspirant leur force, se nourrissant de leur âme, ou leur inoculant des maladies, simplement en soufflant sur eux sa pestilentielle haleine.

C'était un lieu d'abomination, et quand, grâce à ses espions parmi les esprits des vents, Captain Savoy l'apprit, son cœur en ressentit une grande douleur. Des larmes coulèrent de ses yeux, et elles luisirent, semblables à des diamants. Car elles portaient en elles la lumière qui était dans ses yeux mêmes.

À cette vue, ses disciples aussi pleurèrent, et leur âme s'assombrit, en repensant aux merveilles de la base du Roc de Chère, à présent dispersées ou souillées par les pratiques impies du monstre!

Bientôt, dans le château d'Annecy, où tant de disciples de Captain Savoy avaient été élevés et éveillés à la présence divine, le Fils de la Pieuvre se fit officiellement couronner, et, à l'issue d'une cérémonie pompeuse, melkor_by_geminibrain-d9f9zfn.jpgprit le titre d'Imperator. À cette occasion, on sortit les rebelles de leur prison, et ils furent, pour ceux qui jusqu'au bout avaient résisté, mis à mort sur le haut des remparts. Les autres rampèrent aux pieds du tyran, et lui jurèrent devant tous soumission absolue. Les courtisans applaudirent, et le peuple fut commandé de s'émerveiller, et d'acclamer le nouveau prince, plus puissant que Captain Savoy et en même temps plus présent parmi les mortels. Il était dit, aussi, plus judicieux que le conseil des sages qui jusque-là avait gouverné la cité, eux qui, pourtant, avaient au milieu d'eux, lorsqu'ils méditaient, le globe de feu de la sagesse divine! Et, par sa magie, il en fit apparaître un devant lui, et tous se prosternèrent, criant au miracle.

Il rassemblait les trois mondes, affirmait-il, accomplissant les temps et les prophéties! Et dorénavant le peuple exulterait, trouvant dans la soumission à son trône la liberté et le bonheur qu'ils cherchaient depuis si longtemps, aspirant à vivre sur Terre la vie des dieux! La Terre n'était-elle pas leur maison? Pourquoi chercher ailleurs l'idéal? Or, cet idéal, lui, Malitroc, pouvait le leur donner!

Il révéla ainsi son nom, le jetant à la face du monde comme un défi. Et il se dit fils d'Acaliudh et du Géant Traqëliën! L'univers pouvait trembler, puisque la Savoie était à présent entre ses mains, et, depuis cette base arrière, il allait conquérir le monde, et se hisserait aux étoiles, et les dévorerait, ou s'en ferait des colliers, qui que cela gêne ou tourmente! Et disant ces mots, il riait, mais en même temps il criait, comme s'il fût plein de rage et que sa joie fût feinte.

Son arrogance sans limites projetait ses mots sacrilèges devant lui, et il sembla, à ceux qui étaient là, que l'air était traversé de traits enflammés, de flèches de feu sortant de sa bouche et s'élançant vers l'horizon, assaillant le soleil qui s'y abaissait, meurtrissant la lune qui se levait et se couvrait de brume rouge, blessant les montagnes qui autour de lui semblaient encore insoumises et hors de portée de ses mains infâmes: le Grand Bec notamment se faisait deviner, derrière les dents de Lanfon, radieux et puissant de sa fierté intacte, flamboyant comme un diamant. Et vers lui Malitroc jetait ses invectives, et elles étaient comme des fusées, des missiles dont il voulait le percer.

Les rares hommes de bien qui restaient en pleurèrent, et les autres furent terrifiés et d'autant plus soumis à Malitroc, dont ils étaient persuadés qu'il ne tarderait pas à abattre toutes les plus fières montagnes, à dark_army_by_chevsy-d4pme3c.jpgaplanir le monde et à égaliser le sol, à réduire à sa main toutes les divinités qui logeaient sur les sommets!

Le désespoir vint à beaucoup, mais Malitroc, le soir venu, montra ses troupes, et elles étaient armées d'armes inconnues, magnifiques et puissantes, étincelantes au soleil couchant; et certaines luisaient de leurs propres lueurs colorées, comme serties de pierres précieuses possédant leur propre éclat. Les fusils d'argent, les épées lumineuses étaient brandies par des guerriers forts et grands, au visage terrible. Et ils défilèrent devant le château et dans la cité, et le bruit qu'ils firent, en martelant le sol de leurs pieds ou des roues de fer de leurs chars, fut pareil à celui du tonnerre, et la ville en trembla, et un vent se leva, le lac s'agita, comme si les éléments mêmes s'en effrayaient. Un grondement sourd se fit entendre dans le Semnoz tout proche, et plus d'une chevelure se dressa, en entendant ce signal fatidique. Mais Malitroc ne fit qu'en rire.

Or faut-il laisser cet épisode, ô lecteur, car il commence à être long. La prochaine fois, nous connaîtrons mieux l'édifice infâme que Malitroc se construisit.

25/02/2017

Le tableau cosmique de l'Homme-Météore

science fiction vehicles 1920x1080 w_www.wallpaperhi.com_1.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Homme-Météore alors qu'il venait d'avoir une vision de la véritable nature du terrible Radsal-Tör. Il l'avait perçu dans son intention, dominant la Terre comme un mage rayonnant et splendide, et exigeant en retour la soumission absolue des mortels.

Il vit plus. Il eut, en lui, le tableau de ce despote emporté dans une fusée d'argent, étincelante et sertie de pierres précieuses. Pareille à une étoile filante, elle émerveillait les hommes qui l'apercevaient, et ils croyaient à un signe divin, dans le ciel.

Or, par son moyen, il assaillait la forteresse de la Lune, et Robert assistait à son siège: de la grande fusée sortaient des vaisseaux secondaires, habités par les lieutenants de Radsal-Tör, et ensemble ils jetaient mille feux sur la forteresse lunaire aux murs de marbre, et des meurtrières de celle-ci d'autres feux jaillissaient, croisant les précédents et emplissant la vue, empêchant de voir tout autre chose. Ces feux étaient de différentes teintes, rouges, verts, bleus, jaunes, violets, et la confusion était totale, face à cette bataille cosmique. Lorsqu'ils touchaient un objet, ces traits enflammés faisaient surgir des explosions également colorées, et des vaisseaux disparaissaient ou étaient réduits en pièces, et des pans de mur se fissuraient, ou s'écroulaient.

Or, des capsules luisantes que maniaient les lieutenants de Radsal-Tör des troupes sortirent, volant dans les airs, poussés par des flammes jaillissant de leurs pieds ou de leur dos, et se jetèrent sur le château aux mille diamants. D'une porte de celui-ci l'on vit sortir les chevaliers de la Lune, montés sur d'étranges oiseaux dorés, et le combat se fit d'homme à homme, de façon rapprochée. Non seulement ils avaient des sortes de bâtons brillants qui lançaient des traits de foudre sur leurs ennemis, mais ils tirèrent bientôt de leurs ceintures des sabres étincelants, à la lame de lumière cristallisée, et ils les manièrent avec une dextérité folle.

Ils virevoltaient, et des étincelles étaient créées dès qu'ils se touchaient.

Des femmes étaient avec les chevaliers de la Lune, et leur armure était plus fine et plus élégante que celle des hommes. Elles combattaient vaillamment. Leurs hauberts renvoyaient les traits de feu lancés sur elles, artwork-concept-art-women-fantasy-art-warriors-spaceships-war.jpgcomme le faisaient ceux des hommes, et même arrêtaient les lames des sabres enflammés, jusqu'à un certain point. Les troupes de Radsal-Tör avaient des protections semblables, comme si elles en avaient arraché le secret aux hommes de la Lune.

Immergé dans cette vision, soudain devenue réelle comme s'il y assistait, Robert vit même des visages, ou du moins ce qu'il crut d'abord être tels: car les guerriers des deux camps portaient des heaumes, mais qui avaient sur eux comme des visages, qui étaient des masques. Les yeux, lumineux, étaient toutefois visibles, et Robert crut reconnaître, sur le heaume de l'un des guerriers lunaires, le regard furieux d'un être qu'il connaissait, et dont il vit jaillir des rayons, qui aussitôt transpercèrent un ennemi, un homme énorme qui semblait mâtiné de lézard, comme si on avait créé un hybride, comme si on avait donné à un homme les traits d'un lézard pour lui donner sa force. Le rayon sorti des yeux du guerrier le coupèrent en deux, et le haut du corps alla d'un côté, le bas du corps de l'autre, tandis que les entrailles se déroulaient dans le vide, et le sang aspergeait en gouttes le vent qui soufflait.

Cet être aux yeux dévastateurs était celui qui avait fait de lui le gardien doré de la ville de Paris, le protecteur secret de l'humanité, il en était sûr. Il s'avança vers un autre homme-lézard, et celui-ci, épouvanté, le supplia de ne pas l'anéantir, mais il fut sans pitié, et, brandissant son bâton d'or, il en fit jaillir, d'une gemme verte, un rayon qui transperça le monstre au cœur, et fit un trou où celui-ci avait été, tandis qu'on le voyait brûler 10367712_1275160275831559_8136120755226125871_n.jpgderrière lui, arraché de son dos. Le sang là encore bouillonna de la plaie, faisant deux rivières coulant dans le vide. Le guerrier étrange poursuivit son œuvre de mort, et décima les troupes qui, devant lui, fuyaient. Robert le perdit de vue, et son attention fut attirée par un autre guerrier étrange, dont l'allure lui dit vaguement quelque chose.

Son costume-armure se distinguait des autres parce qu'il était rouge vermillon, et barré d'une grande croix blanche dont un point d'intersection était sous le plexus solaire, l'autre au-dessus des lombes; et une croix plus petite était à son front et à l'arrière du crâne. Il portait une lance étincelante qui, ceinte d'un feu crépitant, était comme un sabre de lumière, mais en plus long, et il la maniait comme personne n'eût le faire, comme s'il fût un dieu jeteur de foudres! Or, étrangement, bien qu'il ne l'eût jamais entendu, Robert Tardivel sentit un nom monter en lui à sa vue: Captain Savoy, - Captain Savoy, l'ange de la Savoie!

Et soudain, il se sentit dans les rangs des guerriers: il était l'un d'eux. Il sut qu'il était celui qu'on avait appelé le Génie d'or, et qui était celui-là même dont il avait d'abord vu les yeux, et qu'il avait perdu de vue! Il était à présent au cœur de la mêlée, sans doute revenu de sa poursuite des lâches ennemis, et Robert ne faisait qu'un avec lui, et voici, il comprit.

Il comprit que son dédoublement était son union avec un être céleste, un guerrier de la Lune, que par lui il pouvait être dans la Lune, et que l'autre par lui pouvait agir sur Terre. Cela lui apparut en un éclair, comme une révélation; mais il eut aussi l'impression que quelqu'un le lui avait dit. Il vit, dans l'obscurité de son âme, une bouche féminine ravissante bouger les lèvres. Et il entendit qu'en sortait un chuchotement, qui s'amplifia bientôt en un murmure. Elle lui disait ce qui lui venait à l'esprit, et il lui semblait que sa voix venait de l'intérieur de lui-même, que cette bouche même était en lui. Il en fut fort surpris.

Mais il faut laisser là cet épisode, ô digne lecteur. La prochaine fois, nous saurons ce que Robert prit comme décision face aux tentations de l'ignoble Radsal-Tör!

08/01/2017

Captain Savoy et le refuge du Grand Bec

path_to_duat__osiris_funeral_by_wang2dog-d9iafd6.jpgDans le dernier épisode de cette geste magistrale, nous avons laissé Captain Savoy alors qu'il fuyait le Fils de la Grande Pieuvre vers le sud et l'est - tentant de rejoindre sa base du Grand Bec -, et l'Homme-Cygne alors qu'il venait de retourner dans le royaume des fées du Léman, où l'attendait sa mère, la reine.

Talanel et Olosmel étaient arrivés, eux aussi, et, avec les nymphes de Nalinë, et les sages dont les jours ne se comptaient plus, il s'occupa des blessés et entreprit de les soigner du mieux possible. Les morts, au nombre de cinq, furent pieusement placés dans des cercueils de cristal. Des chants furent prononcés, pour que leur âme s'en aille loin dans le ciel, et rejoigne le royaume du soleil. On les enjoignit, si elles pouvaient entendre, de suivre l'astre du jour dans sa course et rejoigne en même temps que lui le Séjour Divin.

Là, pensait-on, des fontaines d'eau pure leur rendraient la vie. Ils y seraient plongés, y seraient nettoyés de leurs péchés, et retrouveraient un corps, qui serait fait de diamants, et ajouterait à la beauté des astres. Semblables à des dieux, ils veilleraient désormais sur ceux qu'on appelle les vivants, mais qui vivent sur la Terre périssable. On leur rendrait hommage, on leur sacrifierait des chants, des pensées.

En vérité, n'avaient-ils pas été vaillants? N'avaient-ils pas péri au combat, offrant leur vie pour servir leur dame divine et aider les hommes mortels, pour secourir Captain Savoy et honorer l'amitié que lui vouait leur prince l'Homme-Cygne? Or, leurs noms étaient: Pelistë, Dolcan, Milder, Coranis, Dolcë.

Coranis était une guerrière pleine de courage, aux cheveux soyeux, aux yeux d'or. Les autres étaient des hommes braves, aux membres gracieux et à la volonté puissante, aux jambes agiles et aux bras habiles. Ils avaient porté glorieusement leurs armures, qui toujours étincelaient, même sous les nuées de l'orage, même à la clarté des étoiles.

Leurs mères et leurs pères les pleurèrent, et on fit partir leurs corps sur une rivière mystérieuse, qui, coulant du royaume de Nalinë, s'en allait vers des routes inconnues, et, pensait-on, rejoignait la lune, lorsqu'elle se levait. Et ces corps attendraient là leurs propriétaires, attendant d'être repris, pour que des actions pussent être accomplies non seulement dans le Ciel lointain, mais sur Terre.

Mais il s'agit d'énigmes profondes, et plus d'un philosophe pourrait se plaindre d'obscurités et de contradictions; aussi laisserons-nous là ce chapitre.

Nous dirons seulement ceci: Nalinë, la nuit suivante, eut une vision. Elle distingua, dans la lumière, les cinq héros, accueillis par Alar, et conduits par lui auprès de Dordïn son père, dont le règne, au sein du quatrième tumblr_nazplhYcCe1tkucflo3_500.pngciel, est sans âge. Les guerriers de sa cour, que les hommes nomment les anges, célébrèrent leur venue, et une consolation vint à leur cœur, d'avoir délaissé la Terre et la cour de Nalinë, leur cher royaume du Léman, leur claire cité genevoise!

Et, dans le Ciel, voici qu'ils virent leurs belles actions briller, et elles leur faisaient fête, à la façon de fées riantes, les enlaçant avec chaleur. Autour d'eux montèrent les larmes versées par leurs proches, lors de leurs obsèques, et elles étaient devenues des perles d'or, que leur offrirent les fées, et qui les rendirent plus glorieux encore. Sur eux elles furent des colliers, des bijoux.

Nalinë raconta encore que ces cinq eurent des places d'honneur dans le royaume de Dordïn, et que de puissants trônes leur furent donnés, et des palais splendides, et qu'ils accompagnèrent Alar dans ses chevauchées, qu'ils combattirent dans ses troupes les êtres rebelles qui tâchaient de s'emparer du Ciel, et qu'ils y firent merveille, comme ils avaient fait sur Terre!

L'on pleura, de nouveau, et on fut secrètement joyeux. Puis l'oubli vint, et les chevaliers de Nalinë vaquèrent à d'autres occupations.

Captain Savoy atteignit comme il le souhaitait sa base du Grand Bec, et s'y enferma. Là ne craignait-il nul assaut: les portes étaient trop épaisses, et trop bien gardées par les génies des montagnes. La fée du Grand Bec était son amie, commeGoat_by_Fel_X.jpg celle du mont-Blanc, et ses forces le protégeaient. Les monstres des plaines, les démons des vallées ne pouvaient point y monter.

Mais il ne pouvait pas davantage sortir de cette base qu'il ne l'avait pu de celle du Roc de Chère. Il y fut seulement plus en sûreté, et condamné à un ermitage durable. Il passerait l'essentiel de son temps à éduquer et à initier ses disciples non encore mûrs, et aussi à enseigner aux autres ce qui leur restait à apprendre. Ainsi la base du Grand Bec demeura-t-elle célèbre comme ayant été l'école initiatique de Captain Savoy.

Celui-ci se fit rapidement aider par l'Amazone céleste, qui parvint à maturité à une allure remarquable, qui l'étonna, et en même temps l'inquiéta. Car cela montrait beaucoup de feu, en elle, mais il menaçait de la consumer. Toutefois l'aimait-il, la chérissait-il d'une façon toute particulière, et enviait sa beauté et sa jeunesse, qui la faisaient pareille à une fée des sommets, n'ayant jamais laissé entrer en elle d'impureté.

Il attendait, aussi, l'Elfe jaune, son premier disciple, et comptait sur sa puissance, voire sur celle de Momölg, l'homme-bête qu'il avait éduqué et dont il avait ouvert le front - dont il avait rappelé à la surface l'humanité enfouie. Mais il le savait encore dans le royaume d'Amariel, et qu'il y subissait une initiation spécifique, dont il avait besoin: dont sa destinée lui offrait la nécessité.

Mais voici l'heure, ô lecteur, de laisser là ce chapitre, et de renvoyer au prochain, dans lequel on connaîtra l'adoubement de plusieurs disciples, qui reçurent le titre de héros, ou de chevaliers.