22/07/2017

Captain Savoy et les disciples adoubés

BDqkvxi.jpgDans le dernier épisode de cette geste fracassante, nous avons vu de quel bois exactement se chauffait Malitroc dans son empire infâme - un bois fait de la chair et du sang du peuple! Et nous avons dit de quelle façon, au sommet des montagnes et de sa base du Grand Bec, Captain Savoy, aidé par les immortels des sommets et accompagné de ses disciples, résista victorieusement durant de nombreuses lunes aux attaques du monstre. Celui-ci leur envoyait des affidés, à demi humains, à demi démons, et les braves les repoussaient!

Malitroc lui-même n'osait accompagner ses troupes, car il craignait les immortels des montagnes, alliés de Captain Savoy. Ils étaient de haute lignée! Mais il espérait capturer Captain Savoy et ses disciples et user leurs défenses par des expéditions répétées de ses guerriers infâmes.

Or les héros dominaient invariablement leurs assauts, semblant ne se fatiguer jamais, laissant libres les sommets purs, vainquant, tuant, anéantissant leurs ennemis, si du moins ils ne pouvaient faire autrement et ne parvenaient point à les persuader de rebrousser chemin ou de changer de camp! Car ils le tentaient, mais cela n'arrivait que rarement, si hypnotisés étaient-ils par le pouvoir occulte de Malitroc. Cependant les gardiens de la Savoie inlassablement réitéraient leurs demandes, ne perdant pas espoir en l'humanité, voulant scruter les âmes jusqu'à déceler en elles la part de divinité qui y réside, la lueur qui y brille dans l'ombre!

Captain Savoy avait annoncé que même si cela ne marchait pas, que même s'ils étaient contraints de tuer qui cherchait à les faire mourir, cette bonté, de leur part, leur resterait comme un don, dans l'âme, et les aiderait, dans l'autre monde, à se rattacher à la lueur enfouie en eux, à y diriger leurs pas!

Deux fois un homme consentit à rebrousser chemin, mais aucun n'accepta l'asile dans la base secrète du Grand Bec que Captain Savoy leur proposait, car, même quand leur sens du bien et du mal demeuraient, ils 79fantasy-landscape01.jpgavaient le regard corrompu, en ce qui concerne Captain Savoy, le pensant un être diabolique, monstrueux, transformé par la magie noire. Et rien de ce que put dire le héros ne les fit changer d'avis, car ses mots étaient interprétés, tordus dans un sens absurde.

Toutefois ils purent éviter de faire mourir six de leurs ennemis, qu'ils placèrent dans des geôles où effectivement, par le pouvoir de sa lance, Captain Savoy les endormit, les plaçant dans un cercueil de glace en attendant que les sortilèges de Malitroc se dissipent et qu'ils pussent ne plus être dans le cas d'avoir la raison obscurcie par sa volonté noire.

Le haut des montagnes, les sommets où nul mortel ne réside, demeura ainsi un sanctuaire inviolé, et les Disciples, au fil des mois, crûrent en sagesse et en force. Captain Savoy observa leurs progrès, et le moment vint, où il annonça qu'il en adouberait plusieurs. Les pouvoirs qui leur étaient destinés leur seraient donnés entièrement, et ils seraient considérés comme des Gardiens de la Savoie à part entière, et les égaux, en un sens, de Captain Savoy.

Or, il commença avec ceux qui avaient combattu avec lui au château d'Annecy, et qui avaient, ce jour-là, montré leur vaillance. Et c'était le Léopard des Neiges, la Femme-Faucon, le Nouvel Hanuman et l'Amazone céleste.

Dès le jour de la bataille, il avait prévu de leur confier cet honneur, et les combats ultérieurs ayant confirmé leur vaillance, il put décider de les adouber sans regret.

La cérémonie aurait lieu le jour de Pentecôte suivant. C'était deux mois plus tard. Captain Savoy espérait que l'Elfe jaune, le seul Disciple déjà adoubé, pourrait être présent, mais, en vision, durant une prière adressée aux dieux, il perçut qu'il ne le pourrait pas, et qu'il avait encore des missions à remplir, qu'il n'était toujours pas sorti du royaume d'Amariel; or, entre celui-ci et le Grand Bec, trop de garnisons de Malitroc se tenaient, et de puissants gouverneurs, qui l'empêcheraient d'accéder à la base de son maître, même soutenu par Momulk red.jpgenfin assagi et illuminé, apte à faire équipe avec un disciple de Captain Savoy!

Quand la cérémonie eut lieu, néanmoins, il y eut bien des invités inopinés. La dame du Grand Bec, Tëringmel, vint avec plusieurs guerriers et dames, et la solennité en fut grande.

Tout se passa selon les règles du mystère de l'adoubement des Gardiens de la Savoie immortelle. À la prière de Captain Savoy, une grande clarté descendit des astres, et entoura chacun des élus, les enveloppant jusqu'à les y faire disparaître complètement.

Puis la clarté s'estompa, et ils en ressortirent, comme d'une nuée, plus beaux, plus éclatants, plus forts, plus musclés. Leur costume de novices avait été remplacé, dans chaque cas, par un qui lui ressemblait, mais ne semblait pas avoir été tissé par des hommes: il semblait, comme celui de Captain Savoy, l'avoir été par des fées, et il brillait, et ressemblait à une armure, ou un haubert, autant qu'à un costume, de façon très étrange.

Les mouvements des Disciples étaient désormais plus lents, plus solennels, plus harmonieux, comme s'ils avaient acquis une sagesse nouvelle, ou comme si un nouvel esprit vivait en eux. Ils racontèrent avoir eu l'impression de vivre une longue aventure, comme un rêve, mais ne plus pouvoir dire ce qu'ils avaient vu, ou entendu. Assurément, il s'agissait de conseils donnés par des êtres grandioses, voire d'opérations étranges durant lesquelles ils virent ceux-ci se mêler à eux, ou eux se mêler à ceux-ci, ils ne savaient plus; mais c'était incertain, et ils préféraient, de toute façon, ne pas en parler, comme si, parmi les conseils donnés, avait été celui de taire les mystères auxquels ils avaient assisté.

Ils mesurèrent dès lors tout ce qui les avait séparés jusqu'alors de Captain Savoy, et même de l'Elfe jaune, et qu'ils n'avaient jamais pu croire si vaste, toute présente qu'en avait été la pensée dans leur tête. C'est directement, à présent, qu'ils le vivaient!

Mais l'épisode d'aujourd'hui commence à être long, il faut laisser la suite pour une fois prochaine: alors ce sera l'adoubement du Démon des glaces, du Noton bleu et de la Femme de Cristal, portant à huit, sur onze, le nombre de Disciples adoubés et devenus Gardiens!

17/05/2017

Captain Savoy et l'astre de Malitroc

0d3937bd4ac64a5eace84cda3f13a9e9.jpgDans le dernier épisode de cette geste insigne, nous avons laissé Malitroc alors qu'il venait de rire aux éclats en voyant le monde trembler au passage de ses troupes surarmées.

Et quand des arbres de la ville en tombèrent, bien que plusieurs hommes en fussent écrasés, cela ne fit que redoubler son hilarité satanique, de telle sorte que le peuple ne sut s'il devait vraiment s'en effrayer et que, stupidement, à la manière d'automates, il fit écho à ce rire et l'épousa de sa joie dénuée de sens, s'imaginant être heureux d'avoir à sa tête un être aussi puissant. Pourtant sa laideur ne pouvait être dissimulée à tous. Les sortilèges qu'il tissait pour se rendre beau n'étaient pas achevés, et il ne parvenait pas constamment à donner le change. Sa métamorphose n'était que superficielle et partielle.

On dit que dans ce but il se nourrissait secrètement du sang de ses prisonniers, notamment quand ils étaient jeunes: il les tuait rituellement et parvenait à saisir leur force, et leur beauté. Est-il séant d'en parler? Il est certain qu'on n'en a pas obtenu la preuve, et qu'il peut ne s'agir que de rumeurs. D'autres pratiques impies étaient chuchotées, mais leur évocation même favorise dans l'âme des hommes la venue des démons, préparant le retour de Malitroc ou d'un des siens. Il ne faut les nommer qu'avec parcimonie. Certaines du reste dépassent ce que le langage peut dire.

Depuis la base du Grand Bec, et en regardant vers Annecy, Captain Savoy et ses disciples sentaient l'épouvante se répandre comme une âcre vapeur, non seulement parmi les hommes, mais aussi parmi les bêtes, les plantes et les montagnes; les âmes qui peuplent le monde étaient toutes horrifiées.

Les ténèbres s'épaississaient, et il semblait que le soleil à son lever rebroussait chemin, tant la vision qu'il avait des méfaits de Malitroc était atroce. Sans étoiles et sans lune, sans soleil non plus, le ciel noir s'imposait, même si de temps en temps l'astre du jour osait faire un rapide passage; mais alors il marchait à toute allure.

La cité annécienne, certes, brillait, mais par la magie de Malitroc, qui avait créé un nouveau genre de lampes, et cet éclat était beau, mais non pur comme celui du ciel, qu'on ne voyait plus. Une teinte bilieuse au reste habitait cet éclat artificiel, comme si en sortant de la terre, dont elle venait, elle répandait de vagues spectres jaunes, hideux et sinistres. La lumière se diffusait en montrant les choses, mais sans apporter aucune des joies qu'apporte l'éclat du soleil, de la lune et des étoiles. Les hommes marchaient tristement courbés tout en 16508565_325207201209496_6158846405213104782_n.jpgfeignant de s'amuser et d'être heureux, car tel était l'ordre de Malitroc, celui qu'il avait donné et que ses gardes odieux avaient répandu.

Les hommes qui scrutaient le ciel étaient tout de même étonnés qu'un seul astre semblât y briller de façon persistante, et qui n'était point le soleil, mais une étoile curieusement rouge, ressemblant à Mars. Malitroc était souvent vu le contemplant, l'admirant depuis le haut de la tour du château appelée tour Perrière. Il avait d'ailleurs fait rehausser celle-ci d'une sorte de cylindre de cristal et d'acier en haut duquel luisait une pierre précieuse grosse et étrange, de couleur également rouge, ne paraissant alimentée par aucun courant électrique et dotée de son éclat propre, comme si elle eût été vivante - ou, justement, prise d'un astre. Car lorsque cette étoile paraissait, ce rubis en brillait d'autant plus vivement, semblant se réjouir, tressauter et palpiter de joie. Alors Malitroc montait en haut de la tour, et admirait l'astre, et, apparemment, lui parlait, le priait, comme s'il eût été son père, le dieu qui l'avait créé, et lui donnait vie et force.

Nous ne dirons pas quel était cet astre, afin de ne pas induire le lecteur en erreur. Mais nous dirons que lui-même le nommait du propre nom de son père, comme si celui-ci réellement y logeait, voire en était le maître; et c'était le nom de Traqëliën. Il le murmurait, et chantait de sa voix rauque et effrayante, en un air bizarre et qui donnait le sentiment qu'il chantait faux. Mais sa voix résonnait, et on l'entendait dans la ville, et il était même porté par les vagues du lac, il se répandait dans les montagnes comme un grondement sourd, si grande était la puissance de cet être maudit!

Captain Savoy ne pouvait rompre l'étau qui avait été placé sur Annecy et l'avant-pays savoisien par ce monstre. La destinée en avait décidé ainsi, et il lui fallait prendre son mal en patience, en s'appuyant notamment sur les montagnes encore hors de la portée du Maufaé et en demeurant dans sa base du Grand Bec, depuis laquelle il apercevait le peuple des sommets qui semblaient lui rendre hommage de leurs pointes scintillantes, pareilles à du cristal puisque la neige les recouvrait.

Il voyait, aussi, les nuages formant comme une mer, et laissant dépasser ces sommets comme des îles. En haut le soleil était pur, doré, et il passait lentement et noblement; en bas on le voyait à peine. Jamais il ne clouds-fantasy-landscapes-snow.jpgdissipait les nuées épaisses! C'est ce qui donnait le sentiment qu'il rebroussait chemin. Il contournait en réalité les plaines maudites que dirigeait l'effroyable Malitroc. Il est donc vrai qu'il n'y passait que brièvement.

En dessous de cette mer les ténèbres se faisaient papables, et le fond des vallées était tel qu'un abîme. Mais au-dessus le monde restait pur, et les êtres immortels attachés aux montagnes passaient sur les mers de nuages en vaisseaux d'or, que Captain Savoy saluait. Et souvent il montait avec eux sur ces nefs, et ses disciples aussi. Ils demeuraient, ainsi, à l'abri des mains griffues de Malitroc.

Pourtant nombre d'expéditions sanglantes émanaient de la plaine. Malitroc leur envoyait ses meilleurs guerriers, nés d'unions illicites entre des femmes et des monstres des profondeurs. Le combat avec ces hybrides était furieux, et rappelait celui qui avait eu lieu sur le lac d'Annecy. Les guerriers étincelants de la montagne aidaient les nobles hommes transformés, et qui dorénavant appartenaient à la race des demi-dieux, comme eux! Ils n'avaient point honte de se mêler à eux, mais les aimaient et les honoraient.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là ce terrible épisode. La prochaine fois, nous saurons comment Captain Savoy prépara ses disciples contre Malitroc, en les adoubant.

13/03/2017

Captain Savoy et l'empire de Malitroc

gate.jpgDans le dernier épisode de cette épique série, nous avons laissé Captain Savoy et la plupart de ses disciples dans la base du Grand Bec, en Tarentaise, où ils attendaient la possibilité de repartir à l'assaut du démon qu'on appelle le Fils de la Pieuvre. Le héros comptait en particulier sur l'Elfe jaune et sur son nouvel ami Momölg. Mais ils ne venaient pas, devant accomplir leur propre destinée, au royaume d'Amariel.

D'ailleurs, même avec ces deux, même avec leur force, pouvait-il vaincre le Fils de la Pieuvre? Il en doutait.

Pendant qu'il était ainsi réfugié dans le Grand Bec, qui lui servait de demeure et de temple, sa base du Roc de Chère était mise à sac: le Fils de la Pieuvre se vengeait.

Puis, une fois pillées les choses précieuses, il la réaménagea, et en fit une geôle effroyable. Il y enferma ses ennemis, les rebelles à son autorité, tous les hommes dont il découvrait qu'ils ne cédaient pas à ses sortilèges. Car il y en avait.

La plupart des mortels sous sa férule devenaient pareils à des robots, et leur âme était comme possédée par sa seule volonté. Mais certains résistaient à cette fascination qu'il exerçait, et aux charmes qu'il répandait, aux illusions qu'il tissait, aux envoûtements qu'il tressait!

La raison en est obscure. On ne sait s'ils avaient avec les dieux des liens spéciaux, qui les empêchaient d'être ensorcelés, et les protégeaient de tous les prestiges; ou s'ils avaient développé en eux, depuis plusieurs vies ou en celle-ci seulement, le pouvoir de résister au Malin, et à ses sorts.

Mais il en était bien ainsi, qu'ils résistaient. Et le Fils de la Pieuvre les fit mettre en prison, après avoir fait dresser des murs et placer des grilles de fer dans les différentes parties de la base de Captain Savoy. Là, il torturait ces hommes, alternant les menaces et les promesses, et buvant leur sang sous les yeux, aspirant leur force, se nourrissant de leur âme, ou leur inoculant des maladies, simplement en soufflant sur eux sa pestilentielle haleine.

C'était un lieu d'abomination, et quand, grâce à ses espions parmi les esprits des vents, Captain Savoy l'apprit, son cœur en ressentit une grande douleur. Des larmes coulèrent de ses yeux, et elles luisirent, semblables à des diamants. Car elles portaient en elles la lumière qui était dans ses yeux mêmes.

À cette vue, ses disciples aussi pleurèrent, et leur âme s'assombrit, en repensant aux merveilles de la base du Roc de Chère, à présent dispersées ou souillées par les pratiques impies du monstre!

Bientôt, dans le château d'Annecy, où tant de disciples de Captain Savoy avaient été élevés et éveillés à la présence divine, le Fils de la Pieuvre se fit officiellement couronner, et, à l'issue d'une cérémonie pompeuse, melkor_by_geminibrain-d9f9zfn.jpgprit le titre d'Imperator. À cette occasion, on sortit les rebelles de leur prison, et ils furent, pour ceux qui jusqu'au bout avaient résisté, mis à mort sur le haut des remparts. Les autres rampèrent aux pieds du tyran, et lui jurèrent devant tous soumission absolue. Les courtisans applaudirent, et le peuple fut commandé de s'émerveiller, et d'acclamer le nouveau prince, plus puissant que Captain Savoy et en même temps plus présent parmi les mortels. Il était dit, aussi, plus judicieux que le conseil des sages qui jusque-là avait gouverné la cité, eux qui, pourtant, avaient au milieu d'eux, lorsqu'ils méditaient, le globe de feu de la sagesse divine! Et, par sa magie, il en fit apparaître un devant lui, et tous se prosternèrent, criant au miracle.

Il rassemblait les trois mondes, affirmait-il, accomplissant les temps et les prophéties! Et dorénavant le peuple exulterait, trouvant dans la soumission à son trône la liberté et le bonheur qu'ils cherchaient depuis si longtemps, aspirant à vivre sur Terre la vie des dieux! La Terre n'était-elle pas leur maison? Pourquoi chercher ailleurs l'idéal? Or, cet idéal, lui, Malitroc, pouvait le leur donner!

Il révéla ainsi son nom, le jetant à la face du monde comme un défi. Et il se dit fils d'Acaliudh et du Géant Traqëliën! L'univers pouvait trembler, puisque la Savoie était à présent entre ses mains, et, depuis cette base arrière, il allait conquérir le monde, et se hisserait aux étoiles, et les dévorerait, ou s'en ferait des colliers, qui que cela gêne ou tourmente! Et disant ces mots, il riait, mais en même temps il criait, comme s'il fût plein de rage et que sa joie fût feinte.

Son arrogance sans limites projetait ses mots sacrilèges devant lui, et il sembla, à ceux qui étaient là, que l'air était traversé de traits enflammés, de flèches de feu sortant de sa bouche et s'élançant vers l'horizon, assaillant le soleil qui s'y abaissait, meurtrissant la lune qui se levait et se couvrait de brume rouge, blessant les montagnes qui autour de lui semblaient encore insoumises et hors de portée de ses mains infâmes: le Grand Bec notamment se faisait deviner, derrière les dents de Lanfon, radieux et puissant de sa fierté intacte, flamboyant comme un diamant. Et vers lui Malitroc jetait ses invectives, et elles étaient comme des fusées, des missiles dont il voulait le percer.

Les rares hommes de bien qui restaient en pleurèrent, et les autres furent terrifiés et d'autant plus soumis à Malitroc, dont ils étaient persuadés qu'il ne tarderait pas à abattre toutes les plus fières montagnes, à dark_army_by_chevsy-d4pme3c.jpgaplanir le monde et à égaliser le sol, à réduire à sa main toutes les divinités qui logeaient sur les sommets!

Le désespoir vint à beaucoup, mais Malitroc, le soir venu, montra ses troupes, et elles étaient armées d'armes inconnues, magnifiques et puissantes, étincelantes au soleil couchant; et certaines luisaient de leurs propres lueurs colorées, comme serties de pierres précieuses possédant leur propre éclat. Les fusils d'argent, les épées lumineuses étaient brandies par des guerriers forts et grands, au visage terrible. Et ils défilèrent devant le château et dans la cité, et le bruit qu'ils firent, en martelant le sol de leurs pieds ou des roues de fer de leurs chars, fut pareil à celui du tonnerre, et la ville en trembla, et un vent se leva, le lac s'agita, comme si les éléments mêmes s'en effrayaient. Un grondement sourd se fit entendre dans le Semnoz tout proche, et plus d'une chevelure se dressa, en entendant ce signal fatidique. Mais Malitroc ne fit qu'en rire.

Or faut-il laisser cet épisode, ô lecteur, car il commence à être long. La prochaine fois, nous connaîtrons mieux l'édifice infâme que Malitroc se construisit.