21/02/2009

Morale & dévotion

Paul_de_tarse_rembrandt.jpgLes débats qui ont accompagné la visite de Benoît XVI en France ont surtout porté sur la question des mœurs. Or, en principe, dans la religion, y compris catholique, la conduite morale est un moyen, pour l’âme, de s’unir à Dieu, et non une fin en soi. De fait, dans la tradition catholique, la vie terrestre opposait des obstacles à l’union céleste avec Dieu, qui se faisait surtout dans l’éternité suivant la mort. Ces obstacles étaient surmontés par une certaine disposition morale. Mais la fin n’était pas forcément l’amélioration de la société : ce n’était là qu’un effet heureux, mais indirect, de l’attitude des dévots.

Sans doute, bien des catholiques peuvent tomber dans cette sorte d’idolâtrie morale qui consiste à vénérer des figures pour elles-mêmes, à voir des attitudes morales comme relevant directement de la divinité et à tâcher de les imiter, un peu comme on adorait dans l’Antiquité les statues des héros : ils peuvent ne pas voir le dieu qui leur donne force, et n’admirer que l’intention pieuse des saints, comme s’ils tenaient leur force d’eux-mêmes. A vrai dire, traditionnellement, autrefois, on disait cela des protestants, qu’ils assimilaient les vertus morales directement à la divinité, au lieu de les concevoir comme chemin d’unité avec Dieu, parce que les vertus mêmes n’émanent que de Lui. Mais c’était surtout vrai des anciens Romains, au fond.

Mais dès que précisément on entre dans un débat sur la morale qui ne tient pas compte de cet aspect fondamental de la morale vue comme un moyen d’union intime avec Dieu, et qu’on fait semblant de croire que l’union intime avec Dieu fut au contraire un moyen inventé par l’Église pour faire progresser moralement la société, on marque simplement son refus de discuter de cette morale en se situant sur le plan religieux ; dès lors, ce qu’on peut dire n’a plus de valeur argumentative : cela témoigne plutôt d’une absence de religiosité. Or, si on n’a pas de sensibilité religieuse, à quoi bon discuter avec les représentants de la religion ? Cela n’a pas vraiment de logique. En tout cas, c’est le sentiment que j’ai.