17/03/2009

Barack Obama et la rivière de glace

Official_portrait_of_Barack_Obama.jpgDans son discours d’investiture, le président Obama a évoqué l’histoire américaine: au cœur de l’hiver, les patriotes étaient confinés le long d’une rivière gelée, et l’ennemi était proche; entourés de glaces, au bord d’une rivière dont la vie était ligotée par le froid, ces pères de la nation ont éveillé leur vertu par la grâce de Dieu, et l’ont emporté, mûs par l’espoir.

Cela ne laisse pas d'évoquer l'image christique de Noël. Au plus profond de la plus longue nuit de l’année, alors que dehors le froid règne et que Marie et Joseph ne trouvent pas de logis, sinon une pauvre étable, l’enfant de l’espérance surgit, et la grâce de Dieu est en lui. Les journalistes français, qui préfèrent généralement laïciser les discours, se sont contentés de rapporter que Barack Obama s’était référé à l’histoire nationale, comme s’il était étonnant - ou très significatif, du moins - qu’il se montrât si patriote. Or, il y avait là davantage.

Rudolf Steiner a écrit des strophes à méditer le long de l’an, et celle concernée par la semaine où le discours même d’Obama a été prononcé, contient:
Es ist in diesem Winterdunkel
Die Offenbarung eigner Kraft
Der Seele starker Trieb (...).
C’est aussi une allusion à la croissance du Christ pendant l’hiver: il doit surgir au printemps, comme on ne l’ignore pas. Barack Obama a dit qu’il fallait qu’avec l’aide de Dieu, la Vertu devait briser la glace, et que la rivière devait se remettre à couler.

13/03/2009

Saint François de Sales & l'Esprit des lieux

Anselm_of_Canterbury.jpgComme je l’ai dit, saint François de Sales regardait ce que nous appellerions la xénophobie comme offensant Dieu, mais pour autant, il vouait une affection particulière aux saints locaux. Mieux encore, il conseillait à ses disciples de se mettre intérieurement en relation avec les saints du diocèse - reliant ainsi les lieux mêmes à Dieu.

Il fut en réalité très patriote, estimant que les saints protecteurs des communautés étaient d’excellents médiateurs entre l’Homme et Dieu. Il imitait en cela son compatriote Pierre Favre, qui disait que quand il arrivait dans une ville nouvelle, il priait ses patrons célestes, et que, même, quand il rencontrait une personne nouvelle, il priait son bon ange.

François de Sales voua donc un culte spécifique aux saints liés à la Savoie: Pierre Favre, bien sûr, mais aussi saint Bernard de Menthon, né près d’Annecy, et saint Anselme de Cantorbéry, natif d’Aoste. Sur le plan personnel, il agissait d’une façon comparable: il avait une dévotion particulière pour saint François d’Assise, dont il portait le nom, et comme il avait été baptisé le jour de la Saint-Augustin, il en avait aussi une pour l’ancien évêque d’Hippone.

Mais ce n’était pas du nationalisme, car il conseillait, dans ses lettres, à des dames d’Orléans ou de Lyon se lier intérieurement aux saints protecteurs de ces deux villes, saint Maurice pour la première, sainte Blandine pour la seconde. Il s’agissait réellement pour lui de créer un lien entre l’environnement naturel et Dieu. A ses yeux, celui-ci se particularisait, non sous la forme de ce qu’on voyait, mais de ce qu’on percevait spirituellement derrière ce qu’on vivait et percevait sensoriellement: et les saints et les anges avaient cette nature fondamentale.

Cela dit, son patriotisme lui a fait déclarer que les habitants des âpres montagnes du Faucigny étaient vraiment d’une dévotion spontanée merveilleuse, et digne de louanges. Il a en particulier fait l’éloge du peuple de Bonneville, ainsi que de La Roche-sur-Foron.

02/03/2009

Divorce et religion

Sainte Famille.jpgJ’ai déjà évoqué la question de la morale face à la religion en rappelant qu’au sein de la perspective religieuse, la morale n’était pas une fin en soi, mais un moyen d’union de l’âme à Dieu. On estimait que l’âme qui se préoccupait trop des choses de la terre, ou de la chair, ne pouvait pas se préoccuper assez des choses de l’Esprit saint, de Dieu. Dès lors, tout s’oriente de cette façon, et non, comme on le fait souvent croire, à partir de principes abstraits et généraux qui ne furent énoncés que pour marquer les esprits, et non pour expliquer de quoi concrètement il retournait.

De fait, un peu comme au temps de Moïse, les esprits se laissent marquer par des commandements solennels, plus que par des explications subtiles qui partent de la nature profonde de l’âme. Je ne veux pas dire par là que les lois de Moïse sont sans utilité : elles donnent un cadre à la mémoire et à l’intelligence ; mais en soi, ce qui compte, en tout cas aux yeux de saint Paul, c’est la foi, c’est à dire l’âme unie à Dieu, par le moyen de la loi. La loi trace une route : encore faut-il l’emprunter. Or, il n’y a que la force intime agissant au sein de l’âme qui puisse le faire.

Évidemment, on a le droit, à notre époque de liberté de conscience, de contester les lois traditionnelles, en disant qu’elles ne permettent pas autant qu’on croit de mener à Dieu. Mais puisque nous vivons dans une société laïque, contester un principe moral hérité de la religion d’un point de vue social, alors même qu’en rien les lois civiles ne sont soumises à une quelconque obligation religieuse, cela me paraît plutôt ridicule : le débat est ressorti du XVIIIe siècle.

Bref, ce n’est pas au nom d’un principe abstrait qu’on a tiré qu’il valait mieux que les prêtres soient célibataires et qu’on ne divorce pas. Saint Paul dit simplement que si on s’occupe de plaire à sa femme ou à son mari, on s’occupe moins de plaire à Dieu ; le cœur même n’est pas tourné vers le Christ. Or, le mariage crée l’obligation de s’aimer l’un l’autre : car contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’Église n’a jamais préconisé la contrainte, en matière de mariage. François de Sales même a constamment insisté sur la nécessité d’accomplir de bonne volonté son devoir conjugal. Saint Paul dit seulement qu’il vaudrait mieux ne s’occuper que de Dieu, comme lui-même le fait - créant ainsi une obligation implicite de célibat aux prêtres -, et que, si on brûle de désir, il faut se marier. Mais une seule fois. Car il s’agit de savoir si on peut résister à la nature ou non : pas de se soucier d’un bonheur terrestre qui, à ses yeux - à tort ou à raison -, était illusoire.

Si on ne pense pas que le bonheur terrestre est illusoire ; si on ne pense pas non plus que le bonheur peut quand même être acquis de façon dite céleste, c’est à dire sans enveloppe charnelle, on n’a pas de religiosité au sens chrétien, je pense. Dès lors, à quoi bon discuter avec le Pape ? Cela n’a guère de sens.

Quant au débat de savoir si le divorce empêche ou non le bonheur céleste, il a déjà eu lieu au temps des Réformateurs, et il est également un peu vain d’y revenir, puisqu’à notre époque, chacun a le droit d’adopter la religion qu’il veut !