06/04/2009

Notre-Dame du bon Peuple

41554476.jpgJ’ai assisté l’été dernier à la messe de l’Assomption, quelque part en Savoie, et dans le sermon du prêtre, quelque chose m’a un peu surpris: il a critiqué les images de la Vierge dans le style dit de Saint-Sulpice, en faisant valoir qu’elles faisaient de la Sainte une élégante, une dame du monde, alors qu’en réalité, elle n’était qu’une humble épouse d’artisan, et qu’elle avait des problèmes très matériels, très quotidiens. Et soudain, un peu comme dans la Vie de Jésus de Renan, on s’est senti transporté dans le royaume historique d’Hérode.

Ce que ne semble pas avoir très bien compris l’auteur du sermon, je crois, c’est qu’à l’origine, on ne représentait pas Marie telle qu’elle avait été sur Terre, mais telle qu’elle était dorénavant dans le Ciel: les images étaient divinement inspirées, et non scientifiquement établies. Ensuite, bien sûr, on peut dire que l’inspiration divine est un leurre, mais il faut au moins comprendre la démarche des statuaires. Du reste, la spécificité du catholicisme ancien est d’avoir accepté - devant certainement quelque chose à l’ancienne Grèce - la possibilité, pour un simple artiste, d’avoir des visions véritables. Mais il se peut que ce temps soit fini même au sein du catholicisme!

François de Sales demeurait dans l’ancienne tendance, et il adorait les figures pieuses - l’art qui tirait l’âme à Dieu. Bien sûr, toutes les images forgées par l’homme n’ont pas cette faculté, dans les faits; mais il en admettait profondément le principe.

Pour la Vierge Marie, le réalisme historique l’eût peu touché: il s’attachait en fait à sa nature actuelle d’être céleste, et il l’assimilait à l’esprit de la Lune. Il la pensait ressuscitée à la suite du Christ et couronnée au Ciel, et il croyait en sa force effective, et non simplement à sa valeur de modèle, d'exemple pour l'intellect.

Sans doute, l’imagerie de Saint-Sulpice transposait dans l’aristocratie ce que dans les temps anciens on plaçait au Ciel; mais placer la sainte Vierge dans le bon Peuple, cela aura-t-il forcément plus de succès? Le ressort en est plus politique que mystique, à mon avis.

17/03/2009

Barack Obama et la rivière de glace

Official_portrait_of_Barack_Obama.jpgDans son discours d’investiture, le président Obama a évoqué l’histoire américaine: au cœur de l’hiver, les patriotes étaient confinés le long d’une rivière gelée, et l’ennemi était proche; entourés de glaces, au bord d’une rivière dont la vie était ligotée par le froid, ces pères de la nation ont éveillé leur vertu par la grâce de Dieu, et l’ont emporté, mûs par l’espoir.

Cela ne laisse pas d'évoquer l'image christique de Noël. Au plus profond de la plus longue nuit de l’année, alors que dehors le froid règne et que Marie et Joseph ne trouvent pas de logis, sinon une pauvre étable, l’enfant de l’espérance surgit, et la grâce de Dieu est en lui. Les journalistes français, qui préfèrent généralement laïciser les discours, se sont contentés de rapporter que Barack Obama s’était référé à l’histoire nationale, comme s’il était étonnant - ou très significatif, du moins - qu’il se montrât si patriote. Or, il y avait là davantage.

Rudolf Steiner a écrit des strophes à méditer le long de l’an, et celle concernée par la semaine où le discours même d’Obama a été prononcé, contient:
Es ist in diesem Winterdunkel
Die Offenbarung eigner Kraft
Der Seele starker Trieb (...).
C’est aussi une allusion à la croissance du Christ pendant l’hiver: il doit surgir au printemps, comme on ne l’ignore pas. Barack Obama a dit qu’il fallait qu’avec l’aide de Dieu, la Vertu devait briser la glace, et que la rivière devait se remettre à couler.

13/03/2009

Saint François de Sales & l'Esprit des lieux

Anselm_of_Canterbury.jpgComme je l’ai dit, saint François de Sales regardait ce que nous appellerions la xénophobie comme offensant Dieu, mais pour autant, il vouait une affection particulière aux saints locaux. Mieux encore, il conseillait à ses disciples de se mettre intérieurement en relation avec les saints du diocèse - reliant ainsi les lieux mêmes à Dieu.

Il fut en réalité très patriote, estimant que les saints protecteurs des communautés étaient d’excellents médiateurs entre l’Homme et Dieu. Il imitait en cela son compatriote Pierre Favre, qui disait que quand il arrivait dans une ville nouvelle, il priait ses patrons célestes, et que, même, quand il rencontrait une personne nouvelle, il priait son bon ange.

François de Sales voua donc un culte spécifique aux saints liés à la Savoie: Pierre Favre, bien sûr, mais aussi saint Bernard de Menthon, né près d’Annecy, et saint Anselme de Cantorbéry, natif d’Aoste. Sur le plan personnel, il agissait d’une façon comparable: il avait une dévotion particulière pour saint François d’Assise, dont il portait le nom, et comme il avait été baptisé le jour de la Saint-Augustin, il en avait aussi une pour l’ancien évêque d’Hippone.

Mais ce n’était pas du nationalisme, car il conseillait, dans ses lettres, à des dames d’Orléans ou de Lyon se lier intérieurement aux saints protecteurs de ces deux villes, saint Maurice pour la première, sainte Blandine pour la seconde. Il s’agissait réellement pour lui de créer un lien entre l’environnement naturel et Dieu. A ses yeux, celui-ci se particularisait, non sous la forme de ce qu’on voyait, mais de ce qu’on percevait spirituellement derrière ce qu’on vivait et percevait sensoriellement: et les saints et les anges avaient cette nature fondamentale.

Cela dit, son patriotisme lui a fait déclarer que les habitants des âpres montagnes du Faucigny étaient vraiment d’une dévotion spontanée merveilleuse, et digne de louanges. Il a en particulier fait l’éloge du peuple de Bonneville, ainsi que de La Roche-sur-Foron.