10/11/2015

La technologie comme rhétorique (science-fiction)

steampunk people machines science fiction 1831x1082 wallpaper_www.wall321.com_38.jpgLa science-fiction reprend des archétypes mythologiques dans la foulée du romantisme, mais comme celui-ci n'est pas parvenu à répandre sa philosophie propre, comme le rationalisme des Lumières a persisté, elle a cherché à justifier ces archétypes par les machines. La technologie était censée réaliser les rêves des poètes, leur donner une substance.

Cela n'est pas sans rapport avec un fait remarquable: en Allemagne le romantisme a pénétré les sciences; ailleurs, il a été confiné dans les arts. Isolée, l'Allemagne a vu le rationalisme scientifique lui revenir, et, en Europe de l'ouest et en Amérique du nord, ce même scientisme a au contraire pénétré les arts, servant de socle théorique aux imaginations de la poésie.

Mais ce qui trahit l'inanité, à mes yeux, de ce scientisme lorsqu'il s'agit de mythologie et de poésie, c'est que les auteurs de science-fiction, pour se justifier, affirment que la logique du romantisme, qui est celle des anciennes mythologies, est obsolète. Quelle certitude en ont-ils? Quand on énonce assez en dogme une conception pour éprouver le besoin de rabaisser les autres, c'est bien qu'on a moins de fondement dans le réel qu'on voudrait.

Et effectivement, il n'y a pas de fondement, dans la conception matérialiste de l'univers, aux rêveries de la science-fiction. Il n'y a pas de preuve qu'il existe des extraterrestres, ou que la vie soit d'origine physique: ce ne sont que des postulats. L'idée qu'on puisse voyager dans le temps est des plus bizarres et invraisemblables, puisque le corps est lui-même soumis au temps: le passé n'est que le présent de la the_voyage_of_life-_childhood-1842-thomas_cole.jpgmémoire, disait saint Augustin; en lui-même, il n'est pas. Le voyage dans le temps n'est qu'une prérogative d'esprits sans corps - comme les nommait Pierre Corneille.

Il en résulte que les plus grands écrivains de l'imaginaire sont ceux qui ont suivi une logique jugée obsolète par les idéologues de la science-fiction: et en particulier, J.R.R. Tolkien. Il est bien celui qui s'est montré le plus convaincant, dans ses mondes inventés. Et pourquoi? Quand on connaît sa pensée, cela apparaît immédiatement: il croyait réellement au monde des esprits, et qu'ils pouvaient se matérialiser à volonté, et que les éléments leur étaient soumis. Il lui était dès lors facile de créer un monde dans lequel des êtres magiques se déplaçaient sur Terre et vivaient, comme il disait, dans deux mondes à la fois, et disposaient de magie. En cela, il faisait suite au Goethe de Faust, à Novalis. Il avait une philosophie qui entretenait avec son imagination une cohérence.

Rudolf Steiner disait que la qualité d'une philosophie se prouvait à l'expérience, selon ce qu'on accomplissait quand on la partageait. L'ami de Tolkien C.S. Lewis ne croyait pas comme lui que le Mythe exprimait des vérités spirituelles: il pensait plutôt qu'il était allégorique, qu'il exprimait des vérités intellectuelles; on peut se demander si son univers de Narnia est plus convaincant que celui de Tolkien: il est évident pour moi que non.

Une autre preuve par l'expérience est donnée à mes yeux par l'écrivain de science-fiction Gérard Klein. Quand il était jeune, il était plein de feu, plein d'imagination; et il se sentait plus ou moins obligé de justifier ses inventions par de la science, mais une science plutôt occulte, qui disait que les étoiles pouvaient avoir une conscience, et les lunes animer les êtres vivants à distance. Plus tard, devenu directeur de collection, il a rédigé de la théorie; et comme il lui a fallu être clair, il a émis l'idée que la sternennymphekallisto.jpgscience-fiction devait forcément s'appuyer sur des hypothèses officiellement admises par les savants. Mais restait-il dès lors de la place pour l'âme des étoiles, pour la vitalité cosmique? Gérard Klein n'a plus créé de fictions fabuleuses.

L'auteur qui a créé le monde imaginaire le plus convaincant, en France, c'est Charles Duits. Certains, persuadés que la science moderne est toujours nécessaire à la solidité d'un monde fictif, croyaient qu'il avait des pensées sur les univers parallèles, qu'il se nourrissait de science moderne; loin de là: il la honnissait, la rejetait, il était l'ennemi irréductible du matérialisme théorique, et sa philosophie était ésotérique et mystique.

Un autre aveu implicite est celui de Serge Lehman dans son roman graphique La Brigade chimérique: les super-héros y sont des archétypes à la mode de Jung, mais ne se matérialisent qu'à la faveur de la radioactivité. Or, l'auteur admet lui-même qu'il n'a utilisé ce radium que pour se placer dans la perspective du merveilleux scientifique, mais qu'il ne croit pas réellement que la radioactivité puisse créer un monde plus beau, ou des surhommes. Mais les créateurs des super-héros, eux, y croyaient. Et quand ils ont cessé d'y croire, qu'ont-ils fait? Qu'a fait Jack Kirby? Il a créé des héros d'un nouveau genre, plus près des anciens dieux, dotés par la providence de facultés grandioses. Des X-Men il est passé aux New Gods.

Est-ce que Serge Lehman n'a pas compris que les auteurs de science-fiction donnaient des causes issues de la science moderne à leurs merveilles parce qu'ils voulaient être crus d'un public matérialiste et nourri au sein du scientisme contemporain - d'un public qui vénère naïvement les machines, et qui, à cet égard, est crédule? Les auteurs pouvaient y croire aussi: tous ne sont pas à même de développer une philosophie qui leur soit propre. Tous ne sont pas Goethe. Ils pouvaient vouloir se convaincre eux-mêmes.

Mais la mythologie n'a de sens que si la logique en est spirituelle, et de leur point de vue les philosophes de Paris ont eu raison de rejeter la science-fiction, et de n'y voir que la mythologie traditionnelle extérieurement justifiée par le culte populaire et spontané de la technologie. Agnostiques, ils savaient que la science-fiction au bout du compte retombait sur les anciennes fables, voire les anciennes religions, aboutissant à l'Esprit - comme chez le grand maître du genre, Olaf Stapledon. Est-ce que Teilhard de Chardin ne le prouvait pas? L'imagination aboutit toujours à l'Esprit: c'est fatal, parce qu'elle-même est déjà esprit.

25/10/2015

Joseph de Maistre, Mme Guyon, Révolution

Joseph-de-Maistre.jpgDans le onzième entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg, Joseph de Maistre affirme que les disciples protestants de Louis-Claude de Saint-Martin et de son maître Martinès de Pasqually lui étaient sympathiques parce qu'ils pratiquaient, dans le but d'accéder au monde spirituel, François de Sales, Fénelon et madame Guyon. Il reprochait au protestantisme son manque de perspective mystique, et finalement il se félicitait que l'illuminisme en eût ramené une.

Il ne dit pas que lui-même, à Chambéry, s'était ennuyé avec les catholiques traditionnels, et qu'il avait cherché à approfondir le christianisme mystique en se rendant à Lyon chez ces francs-maçons illuminés, et en devenant l'un d'eux.

Plus tard néanmoins il pensa qu'ils allaient trop loin, recherchaient trop l'extraordinaire, et qu'il fallait se fier à la raison, et au sens qu'avaient les prêtres des vices et des vertus. Mais à l'époque de Calvin, les théologiens réformés reprochaient aussi aux catholiques leur goût pour le merveilleux, l'extraordinaire.

Joseph de Maistre faisait par ailleurs d'amères critiques au gallicanisme et à Bossuet, qui justement avait fait enfermer madame Guyon à la Bastille par l'intermédiaire de Louis XIV. On a pu dire qu'avec cet emprisonnement la France renonçait officiellement au mysticisme chrétien. Or, au dix-neuvième siècle, l'archevêque de Chambéry Alexis Billiet parlait des gallicans, dans une lettre à son ami André Charvaz, comme étant orientés vers le rationalisme à la façon des protestants, notamment lorsqu'il s'agissait de la sainte Vierge: ils ne voudraient pas croire en son Immaculée Conception.

Plus troublant encore est le souvenir que la devise Liberté, Égalité, Fraternité, a vu le jour dans un écrit de Fénelon, qui était le maître et le soutien de madame Guyon, et qui se verra exilé à Cambrai après avoir critiqué la politique royale. On serait presque tenté de dire que, obscurément, c'est le souvenir de l'embastillement de madame Guyon qui a particulièrement fait vivre l'idée de l'arbitraire monarchique. On pourrait parler de Diderot, des encyclopédistes; mais en plaçant madame Guyon en prison, les prêtres français ne sciaient-ils pas la branche qui les soutenait? Car ce qui fonde l'ordre social chrétien, c'est les inspirations mystiques chrétiennes, les perceptions du monde spirituel tel que le conçoivent les chrétiens. À l'époque médiévale, on disait l'ordre social calqué sur l'ordre divin: la hiérarchie humaine reproduisait celle des anges. Or madame Guyon a consacré plusieurs pages à cette hiérarchie qu'elle concevait et vivait en images: les saints terrestres s'y mêlaient de façon ordonnée aux êtres célestes.

Mais la lecture de Saint-Simon montre que, pour Louis XIV, il fallait ne voir de dieu qu'en lui seul: toute imagination déployant des êtres divins indépendants de sa personne était subversive. Est-ce pour cela que Joseph de Maistre eut d'abord le sentiment que la Révolution était un châtiment qui n'était pas injuste en soi? Plus tard, Victor Hugo développera ce providentialisme, montrant l'ange de la Liberté anéantissant le démon de la Bastille. Et lui aussi voudra évoquer la hiérarchie céleste au-delà des interdits lancés par la religion officielle.

Peut-être est-ce aussi pour cela que les tragiques français hésitaient à pratiquer le merveilleux. On prétend souvent qu'ils ne l'aimaient pas; mais Corneille l'a au contraire défendu, dans un poème sur la fable, et s'est plaint qu'on voulût supprimer celle-ci dans la poésie. Et Racine a dit que la fable participait francois-fenelon.jpgde la poésie; et dans la préface à sa dernière pièce, Athalie, il s'excuse presque d'avoir placé sur scène un homme saisi par l'esprit divin et prophétisant. Ce ne sont pas tant les tragiques français qui rejetaient le merveilleux, que la critique académique. Étaient-ils d'accord avec le Roi pour dire que lui seul devait apparaître comme un être semi-divin? Je ne le sais pas. Mais je suis persuadé que le rejet des super-héros en France est venu largement de ce que la surhumanité était confisquée par les figures politiques, De Gaulle ou Staline.

Le romantisme, au-delà de la Révolution, ne fut-il pas une réaction contre cette prétention du système politique à représenter exclusivement le monde spirituel, à le matérialiser? En créant des héros masqués, Alexandre Dumas n'était-il pas à l'origine des super-héros, et ne montrait-il pas qu'ils étaient à la marge du pouvoir, de ce qui était officiel?

La Révolution ne vint pas forcément de ce qu'on était dans le rationalisme pur; obscurément, le bannissement de Fénelon, la mise à la Bastille de madame Guyon, le rejet du merveilleux dans la religion et la littérature ont pu aussi provoquer le rejet de la royauté, qui, en vidant l'imaginaire, détruisait le socle sur lequel elle s'était bâtie.

Plus qu'on ne croit, par delà les partis, il y a une logique dans l'histoire. Son évolution a un sens. Ce qui apparaît comme déperdition de vie morale donne l'occasion de créer de nouvelles figures, et de s'émanciper de ce qui a cherché à tuer les anciennes.

23/09/2015

Charles Duits: la Seule Femme Vraiment Noire

charles-duits.jpgÀ la fin de sa vie, Charles Duits (1925-1991), l'auteur de Ptah Hotep (1971), écrivit La seule Femme Vraiment Noire, une sorte d'essai plein d'images mythologiques. Il lui était inspiré, disait-il, par une voix mystérieuse, celle pour lui de la déesse Isis. Il n'a pas réussi à le publier, mais il a été mis en ligne, et je l'ai lu. J'ai été impressionné. Il a confirmé que pour moi il était l'un des meilleurs écrivains francophones de son siècle.

Il y pourfend le rationalisme, qu'il lie au pôle masculin de l'esprit, et y défend la vision d'une divinité essentiellement féminine. Il défendait l'émancipation de la femme, mais rejetait l'idée que l'homme et la femme fussent identiques: pour lui, cette idée était le moyen d'aliéner la femme et de l'assimiler à l'homme. Il disait: La révolution sexuelle a mis un terme à l'oppression matérielle du Principe féminin. Elle n'a pas mis un terme à son oppression spirituelle, bien au contraire. Le concept de l'égalité représente celui de l'identité, lequel se manifeste sous la forme du pénis hallucinatoire ou de la mitraillette infiniment freudienne que le Cruel Maître Blanc suspend au pubis de la Belle Esclave Noire quand, avec un bon sourire stalinien, il l'invite à participer aux viriles délices de la guerilla.

Son expression hiératique et symbolique ne traduit pas en langage vulgaire les idées: se donnant immédiatement en images, elle est propre à pénétrer les mystères.

L'intellect objectif, de nature masculine, ne saurait comprendre un univers créé en réalité selon les principes de la subjectivité féminine: « Ce que je ne comprends pas, personne ne peut le comprendre » : telle est la conviction la plus intime du Principe masculin. Elle est la cause de toutes ses erreurs et, ajoute la Langue infiniment rose, de tous ses crimes. L'agnosticisme, ou la théorie qu'il existe une limite extérieure à la connaissance, est abstraite, et donc masculine par essence; la femme ne pose rien en principe, elle explore avec sa sensibilité le monde même dans ses parties obscures.

La machine était pour Duits la matérialisation du principe masculin: La méthode scientifique se fonde explicitement sur la négation de la subjectivité humaine. Or cette méthode produit continuellement de nouvelles inventions, de nouvelles découvertes qui, en apparence du moins, justifient le Bibendum aux Cheveux d'Or quand il identifie la Divinité avec une machine que règle la nécessité, que dérègle le hasard.

Les figures symboliques n'ont pas ici de traduction explicite; il faut les saisir par soi-même. Elles naissent des sentiments profonds de l'auteur. Mais rappelons que le Bibendum était une figure de I-B-doc3_bibendum_fontaine.jpgl'entreprise Michelin.

Mieux encore, Duits s'en prend à l'idée que la société soit le but de l'homme; pour lui, l'individu compte d'abord et avant tout. Non l'individu égoïste, enfermé dans son corps et sa matérialité, mais ouvert à l'univers et à ses forces cachées, à ce qui des confins cosmiques s'exprime en son âme: Si je comprends, Isis affirme que seule la société est horrible, et que ses représentants, lorsqu'ils nous apprennent que seule la mort est horrible, détournent notre attention du Mal et du Pire, du Diable et des formes innombrables qu'il revêt afin de nous tromper, de nous séduire, de nous posséder et, finalement, de nous détruire.

La société cherche à anéantir l'individualité profonde en la faisant s'arrêter à la mort: le salut n'est pour elle que dans l'esprit de groupe. Duits se dresse contre elle, en digne élève du Surréalisme.

Il proteste contre la propagande qui nie l'intérêt de la question de l'immortalité personnelle: L'aspiration à l'immortalité personnelle est un fait, ce fait est indépendant du jugement que porte sur lui la raison, c'est-à-dire des efforts que nous multiplions afin de nous persuader que la coupole de l'Académie est le Giron maternel et que l'habit vert est l'unique représentation logique de l'immortalité. Il s'inscrit en faux contre l'immortalité créée par les institutions, par l'État. Ce faisant, consciemment ou non, il s'oppose à tout ce qui demeure de l'ancienne Rome.

Loin d'avoir affranchi l'humanité, le dogme matérialiste n'a fait que remplacer le dogmatisme catholique: Lorsque nous remplaçons le Pape par le Génial Camarade, nous ne faisons que remplacer stal.jpgune idole, c'est-à-dire une caricature de la Divinité, par une autre. Il en va de même lorque nous remplaçons le Génial Camarade par le Colonel Messianique, et l'anus de l'Homosexuel Absolu par le Dollar Transcendantal. Mais pourquoi ? Justement parce que l'homme sans religion est une invention de la mentalité primitive, que la conscience humaine et la conscience religieuse sont une seule et même chose, et que nous ne pouvons les séparer l'une de l'autre sans les tuer l'une et l'autre.

L'Homosexuel Absolu est le Père éternul, le dieu unique qui est un homme et n'a pas d'amour pour sa création, tel qu'il apparaît dans le rationalisme, y compris chrétien. Duits rappelle que toute conscience est spontanément religieuse, et qu'il est fallacieux de séparer la culture de la religion. Et ce qui le prouve est que la femme, dont le corps donne la vie, est spontanément portée à croire à l'immortalité personnelle, aux forces évolutrices; si elle s'écoute dans sa nature et met en accord son esprit et son âme, elle ne peut croire autre chose, elle ne peut pas être matérialiste: elle ne peut croire qu'elle donne naissance à un être qui est destiné à mourir. Le matérialisme est donc une invention masculine.

Pour imposer le matérialisme, la société crée une forme de peur, l'instille dans les âmes: Pour formuler une proposition tout aussi pénible dans un style tout aussi pénible, les représentant officiels du Sérieux font, à l'instar de tous les snobs, un usage particulièrement efficace de l'intimidation.

De la sorte, ils empêchent leur lecteur de se demander quel intérêt l'« élite intellectuelle » a-t-elle d'insister comme elle le fait sur l'horreur de la condition humaine, de répéter jour et nuit que l'homme est un singe qui se prend pour un homme, une machine qui se prend pour un singe, une nullité, un trou du cul sans cul, un zéro, que nous n'avons strictement rien à attendre de l'avenir hormis de nouveaux médicaments susceptibles soit de prolonger notre existence, soit de nous soulager et de nous tranquilliser durant ce que les spécialistes appellent avec une significative pudibonderie la « période terminale ».

Le moment n'est pas encore venu de nous interroger sur les mobiles occultes des autorités contemporaines. Nous avons seulement à considérer les résultats d'une propagande inlassable, qui se diffuse par tous les moyens que met à la disposition des autorités l'informatique, et dont l'unique but discernable est de nous humilier, de nous mortifier, de nous angoisser, de nous désespérer, de nous précipiter dans la folie, la violence ou le suicide. Cette propagande se justifie toujours en invoquant la lucidité incomparable des autorités contemporaines, leur courage, leur amour lilial et pharamineux de la vérité. Ses résultats sont évidents: personne n'ose plus avouer ouvertement qu'il conserve la moindre illusion au sujet de la mort. Allons plus loin: nous n'osons plus nous avouer à nous-mêmes l'horreur que nous inspire la perspective de perdre notre identité affective et intellectuelle, et de la perdre lentement, 11212368_611497775654252_453502884_n.jpgdurant les années de notre vieillesse, les mois de notre ultime maladie et les semaines d'une agonie dont la prolongation est, semble-t-il, le principal souci de la science médicale.

Que se passe-t-il alors? Au lien de mettre en doute l'autorité dont jouit l'Esprit de Prose, nous refoulons, dans l'acception freudienne du verbe, notre aspiration à l'immortalité, exactement comme un enfant refoule ceux de ses souvenirs qui menacent de perturber la représentation qu'il se fait de ses parents.

Les images de la décrépitude physique, répandues par la culture moderne, amplifiées par la rhétorique, ont pour but d'effrayer l'être humain et de le détourner des pensées sur son immortalité. Duits croyait à une sorte de complot contre l'Esprit.

Et il n'est pas faux que la culture officielle est fondée sur la peur de l'avenir; l'État apparaît alors comme un recours, une voie de salut. De Gaulle ne disait-il pas: C'est moi ou le chaos? Le pouvoir s'exerce avec plus de force sur celui qui a peur, et avec moins de netteté sur celui qui croit en un salut individuel, indépendant du corps social. Rousseau a même donné raison aux anciens Romains d'avoir persécuté les chrétiens à cause de cela.

Bref, Duits était un grand homme.