13/05/2014

La réponse de saint Louis au prince des Génies

Thanos_(Earth-616).jpgDans le dernier épisode de cette folle série, nous avons laissé nos héros, le roi saint Louis et ses six compagnons, alors que le roi du pays enchanté venait de leur demander de participer à une guerre au sein de laquelle une terrible entité serait leur ennemi, car il menaçait le royaume des immortels et possédait une qualité à laquelle les mortels seuls, s’ils avaient de la valeur, pouvaient faire pièce.
 
Le roi saint Louis, ébloui par ce qu’il venait d’entendre, n’hésita pas une seconde, dans la noblesse de son âme. Il accepta! Et ses compagnons firent de même avec enthousiasme: Roi, s’écrièrent-ils tous, nous sommes à présent tes serviteurs! Au nom de Jésus-Christ, nous combattrons ce monstre, et si Dieu le veut, nous le vaincrons!
 
Alors le Roi répondit: Bien! J’en suis heureux plus que je ne saurais vous l’exprimer. Sachez du reste que pour vous-mêmes il est d’un grand enjeu qu’il soit vaincu: car, maître de ce royaume, il pourrait aisément devenir celui du vôtre, et y répandre le malheur puis asservir tous les êtres humains, mettre fin à leur destin! Car ils sont appelés à de grandes choses, mais lui cherche à les assujettir, tant il les méprise, et pense qu’ils ne doivent pas agir par eux-mêmes, pas davantage que des automates. Alors nulle part l’être humain ne pourrait plus fuir. Je ne voulais pas vous le dire, de crainte que vous ne m’accusassiez de mentir, et que je ne disse cela que pour séduire. Maintenant, donc, noble roi Louis, rends-toi avec Solcum dans la salle des armes, et tu en choisiras qui te conviennent, qui soient objets.jpgnouvelles, et qui disposent de pouvoirs propres à ce monde; que tes amis en fassent de même, et ensuite celui que vous nommerez un jour le Génie d’or vous montrera vos chambres, pour que vous vous y reposiez. Enfin ce sera l’heure de dîner, et nous le ferons ensemble.
 
Il en fut fait ainsi. Or sachez que le roi de France et ses compagnons choisirent des armes vaillantes, pleines de propriétés magiques, que nous vous redirons en temps voulu: Solcum les expliquait au fur et à mesure. Et il disait qu’elles avaient appartenu à de grands guerriers, dans le passé, mais qu’ils étaient depuis partis dans les cieux divins se reposer de leurs épreuves passées, et avaient laissé leurs armes derrière eux: là où ils se rendaient, ils n’en avaient pas besoin, ou d’autres leur seraient données! Celles-ci étincelaient, et les sept mortels, ayant revêtu des hauberts luisants, s’en trouvèrent transfigurés: ils devinrent soudain plus semblables à des anges, ou à des guerriers enchantés; la grâce des immortels était descendue sur eux.
 
Puis, leurs chambres somptueuses leur furent montrées, et ils se reposèrent. Ils trouvèrent aussi de quoi se vêtir, après s’être lavés; et leurs vêtements étaient soyeux et riches à souhaits, tout de soie et de velours; et des pierreries y jetaient leurs feux.
 
Au dîner, on parla de choses et d’autres sans importance, le roi saint Louis demandant des précisions sur ce qu’il avait vu dans le palais et dehors, et s’intéressant à l’organisation du royaume. Il eut bien du mal à saisir tout ce que lui répondit le Roi.
 
Mais alors qu’un silence s’installait, celui-ci déclara: Je veux te dire encore quelque chose, Louis: nous nous sommes déjà connus. Ne le vois-tu pas, au fond de ton âme? Dans une vie antérieure, tu portais un autre nom, et nous étions amis. Tu étais déjà seigneur parmi les hommes. Je ne sais si cela te revient.
 
Une étrange sensation alors s’empara alors de Louis, qui parut se remémorer quelque chose; un nouveau temps lui apparut, plein de merveilles et de gestes héroïques. Un combat contre un dragon lui vint comme un rêve, et un guerrier fabuleux était à ses côtés, mais son visage ne lui apparaissait pas. 
2012-11-23-StGeorgeDragonRubensL.jpgOr, soudain, entre lui et ce souvenir surgirent des êtres à la fois effrayants et grandioses - dont la vision l’épouvanta, car il ne savait s’il s’agissait de démons ou d’anges. Il eut un vertige et s’appuya sur la table; le compagnon qui se tenait à ses côtés, sire Robert, se précipita pour le soutenir, et il se remit.
Le roi des génies parut comprendre ce qui se passait, et il n’insista pas; il savait ce que Louis avait vu, mais il n’en fit pas part sur le moment. Un jour la vérité apparaîtrait au vaillant roi parmi les hommes, et il se rappellerait de son nom et percevrait la nature des êtres qu’il avait perçus, se tenant entre lui et son autre vie. Pour le moment l’heure n’en était pas encore venue. Le temps du retour de vieux Diënïn n’était point celui-là! Car tel était le nom que Louis avait porté dans une existence passée… Il avait alors régné sur un pays étonnant, créé à partir d’un arbre énorme, dont les racines plongeaient dans les abîmes, et dont les branches accrochaient les étoiles. Les esprits des planètes passaient dans son feuillage, y déposant des fleurs, des fruits. Les hommes étaient abrités par son ombre, et se nourrissaient de sa lumière. C’était un temps magnifique, un temps incomparable! Mais le moment d’en parler n’est pas venu.
 
Quant à la suite de cette conversation entre les mortels et le prince des génies, cela devra être remis à une autre fois.

19/03/2014

Le discours du roi d’or au roi saint Louis

518px-Piero,_Sigismondo_Pandolfo_Malatesta_before_Saint_Sigismund_03.jpgDans le dernier épisode de cette série propre à laisser perplexe plus d’un esprit rassis, un roi étrange avait reçu saint Louis et ses six compagnons dans son merveilleux palais, et curieusement commencé par remercier un chevalier qui les y avait amenés, le disant droit et fiable, loyal et juste - annonçant aussi qu’il viendrait un jour parmi les hommes pour y faire régner la justice sous le nom de Génie d’or! Il s’adressa alors à Louis dans ces termes:
 
Entends-tu, ô roi parmi les hommes mortels? Voici un être qui ne lésinera pas sur les services qu’il rendra à tes descendants, à ton peuple, quand le moment sera venu! Les astres l’indiquent: à cet égard ils sont formels. C’est lui, qu’on appellera parmi les tiens le Génie d’or, ou l’ange de la liberté!
 
Or te demandé-je de garder bien cela en mémoire, afin de le transmettre à des héritiers, que tu initieras à ce mystère, afin que, dans la nuit des siècles qui s’annonce, la mémoire ne s’en perde pas tout à fait, et que des hommes demeurent qui sauront la vérité et resteront aptes, lorsque je l’enverrai ou lorsque mon successeur l’enverra parmi vous, à lui donner son titre et son nom véritables, par-delà les illusions que les mortels se font sur eux-mêmes et leurs capacités, qu’ils croient ou croiront prodigieuses! Car dans l’avenir les hommes seront pleins d’orgueil, différents de ceux de maintenant, qui s’en remettent aux anges, aux saints du ciel, comme ils disent - bien qu’ils haïssent déjà volontiers les génies, qui pourtant peuvent leur servir d’intermédiaires. Mais il est vrai qu’il en est également de fourbes, qui peuvent les induire en erreur, et je comprends cette méfiance.
 
Sache pourtant que le seigneur Solcum, sage entre les sages, est celui qui t’a amené ici, et qui invita saint Germain, entre les astres, à venir l’aider à de convaincre de le faire: la nef que tu as vue glisser sur les étoiles ramenait chez lui cet ange. Mais c’est Solcum qui a fait en sorte qu’il vienne parmi vous, qui s’est donné corps et âme pour le permettre. En échange de son sacrifice, je vais te demander à présent quelque chose: car dans mon royaume il est un mal que seuls des hommes peuvent guérir. Eux Thanos.JPGseuls ont la nature de pouvoir le faire, parce qu’ils ont la solidité, dans leurs membres, qui permet de résister aux assauts du monstre qui assaille ce royaume que je gouverne. Car il fut créé jadis par un ange déchu à partir des forces de la Terre et introduit ici pour me nuire, et même m’abattre. Il dévore ma terre sous ses dents comme une ombre, un rêve, une fleur de cristal!
 
Tu es, sache-le, le dernier homme mortel que je pourrai jamais invoquer à mon aide: car ceux qui vivront plus tard seront trop impurs pour ne pas apporter au monde des génies, si jamais ils y viennent, la corruption et la destruction, vivant constamment avec des spectres immondes qu’ils ne verront pas, qu’ils ne repousseront pas, dont ils s’accommoderont, qu’ils assimileront même à leur propre esprit, souvent. Tant fous seront-ils! Toi, tu es encore pur dans ton cœur, car les pratiques religieuses qui sont les tiennes maintiennent à distance ces mauvais esprits qui vivent dans les membres de l’homme; tu te voues chaque matin à ton ange, qui les domine, les gouverne, les tient en bride. Ta volonté bonne le permet! Et tes compagnons sont pareils à toi, sur ce glorieux chemin ils te suivent! Vous pouvez donc agir - ce que vous ferez, naturellement, avec ce guide étincelant, le vaillant Solcum, le Génie d’or, lumière de la liberté, dont le nom signifie qu’il est né du soleil et reste lié à lui, qu’il tire de lui sa force, ses armes, qu’il y a des protecteurs saints et puissants, fantasy_knight_gold__forever_unfinished__by_conmana-d5olwry.pngque des gens l’y aiment! Jamais il n’a rompu avec cette noble origine de mon peuple, contrairement à d’autres, voués plus sombrement à la Lune.
 
Regarde, dans son fourreau, l’épée qui brille de l’éclat de l’astre d’or. Elle y a été forgée, on la lui a apportée depuis ce monde divin! Il a reçu cette grâce. Ne t’étonne pas, si tu la vois lancer des rayons, elle est d’une telle nature! 
 
Mais toute cette puissance n’est pas encore suffisante, quoiqu’elle soit très méritante, contre le monstre dont je t’ai parlé: elle le ralentit, l’arrête, parfois, le repousse, plus rarement, mais n’empêche pas ses progrès inexorables. Seul un homme maniant une arme comparable peut l’empêcher de s’imposer. C’est pourquoi il te faudra recevoir de telles armes, des armes forgées par les nains célestes, par Vurnarïm en personne! Car tu n’ignores sans doute pas qu’il a avec lui des nains pour accomplir ses volontés. Ce qu’il veut est accompli par eux.
 
Dès lors, tu seras l’égal de Solcum, sage entre les sages. Et tu chevaucheras avec lui, et avec tes amis, au combat contre le monstre de l’ange déchu! De ton écu jaillira une lumière, de ton épée des flammes, et tu pourras, peut-être, venir à bout de l’ennemi! Qu’en dis-tu?
 
Hélas, pour connaître la réponse du bon roi Louis, il faudra, je le crains, attendre une autre fois.

06/01/2014

Saint Louis et le parlement du roi enchanté

paintings god king fantasy art digital art artwork loki airbrushed norse thor movie alice x zhang_wallpaperswa.com_1.jpgDans le dernier épisode de ce récit plein de merveilleux, j’ai laissé le roi saint Louis et ses six compagnons, vaillants chevaliers de France, alors qu’ils avaient pénétré dans l’enceinte d’un château mystérieux, au sein d’un pays plus proche des anges que ne l’est notre monde!
 
Laissant leurs chevaux derrière eux, ils furent guidés par un homme au teint resplendissant et à l’armure brillante jusqu’à la porte somptueuse de la grand-salle de l’édifice, au sommet de quelques marches pareilles à du marbre. Les gardes placés devant s’écartèrent, et la porte, semblable à de l’or, s’ouvrit, bien qu’on ne vît personne qui poussât les battants.
 
Une grande clarté vint de l’intérieur; les sept valeureux mortels reculèrent légèrement, surpris, et mirent le main devant les yeux. Mais bientôt une voix les invita à entrer, et elle était bienveillante, douce. La clarté s’atténua, et ils y distinguèrent des formes aux couleurs flamboyantes. Moins saisis par la peur, ils s’avancèrent, et marchèrent. Des colonnes torsadées soutenaient la toiture, et le long des murs des tapisseries étincelantes figuraient des scènes fabuleuses, qu’ils avaient du mal à reconnaître: d'anciens dieux semblaient être représentés. Leurs yeux luisaient, et paraissaient les suivre. Mille autres merveilles pouvaient être vues autour d’eux, mais ils étaient si éblouis qu’ils ne parvenaient pas à s’en faire une24870_1054353600.jpg idée claire: pour eux, tout était lumière, et il leur semblait qu’ils étaient dans un rêve. Ils voyaient avant tout le roi, assis sur un fauteuils doré, orné de gemmes, qui les fixait de son œil éclatant, traversé de feux d’astre. Il ne souriait pas; il gardait un air sévère. Mais ils ne sentaient pas en lui d’agressivité, de violence.
 
À sa droite, une femme très belle, silencieuse, se tenait sur un autre fauteuil, mais qui était d’argent; les gemmes en étaient plus froides, quoique également lumineuses: il s’agissait d’améthystes, de saphirs, d’émeraudes - quand le roi avait autour de lui des rubis, des béryls jaunes, des diamants. À la gauche de celui-ci, debout, était un homme aux yeux également scintillants, qui paraissait sage; son regard scrutait plus en profondeur les sept hommes périssables que celui de son maître, comme s’il avait perçu directement leur âme: des flèches semblaient en jaillir, dont les chevaliers se sentaient percés. Dans le regard du prince, ils distinguaient plutôt des splendeurs insondables, comme s’ils avaient reflété des lointains cosmiques et divins, comme si des anges majestueux y avaient dansé.
 
Roi, voici les fameux sept mortels, dit l’homme qui les avait amenés jusque-là. - Sois remercié de ton zèle, fit alors l’auguste homme assis sur le fauteuil, et dont le front était ceint d’une couronne; oui, Solcum, noble et sage capitaine, tu es fiable comme personne ne l’est, et ta droiture, je le crains, fera toujours peser sur toi mille tâches ingrates et difficiles: car tu te rends sur la terre des mortels à la demande, alors que l’air en est infesté d’ombres maléfiques, libérées par les péchés des hommes, et que personne, de ce royaume dont je suis la lumière, ne peut aimer séjourner dans l’autre - que dirige l’ennemi même du cosmos.
 
Un jour, hélas, je le crains, ta fidélité te placera dans ce monde infâme de façon durable, en te liant à des mortels valeureux qui voudront faire le bien sans en avoir la force, et en te donnant la tâche de les dédoubler, d’accomplir leurs désirs saints, et de leur donner ainsi l’apparence de surhommes: tels seront-ils 640x426_15520_Acheron_2d_fantasy_knight_warrior_picture_image_digital_art.jpgaux yeux de leurs semblables - qui seront rares à déceler, dans ce miracle, la main des demi-dieux que nous sommes, des génies enchantés dont nous constituons le peuple! Souvent, ingrats, ils auront la folie de croire que ces pouvoirs leur seront venus d’eux-mêmes - de leur intelligence propre, de leur dérisoire science! Hélas! hélas!  et toi, pendant ce temps, tu seras exilé dans l’ombre, sur Terre, invisible à leurs yeux, déchirant le cœur des tiens restés dans ce monde fabuleux, et qui te verront œuvrer pour ces malheureux, donner ta vie pour eux - et cela, sans jamais recevoir aucun remerciement de leur part!
 
À chaque sang que tu perdras pour leur liberté, tes amis, restés parmi nous, verseront une larme, et sentiront leur cœur se serrer. En particulier ma nièce Édolis, tu le sais bien, en subira de douloureuses peines - même si elle n’en montrera rien, pour la dignité du royaume.
 
Ô Solcum, toi qui un jour seras parmi les clairvoyants d’entre les mortels nommé le Génie d’or - toi qu’ils représenteront avec ton étoile au front et tes ailes au dos, et qu’ils placeront sur une colonne qui touchera aux nuages, ravissant nos yeux de leurs œuvres naïves mais belles, - toi qu’ils appelleront leur génie de la liberté -, sache-le, nous te bénissons, et nous bénissons d’avance les larmes que tu verseras également en silence lorsque, combattant les monstres de l’abîme pour te placer au service des hommes - affrontant les créatures immondes qui voudront les détourner de leur destinée, telle que l’ont établie les dieux -, tu souffriras de ta solitude, de ton éloignement, vivant ce sacrifice.
 
Le roi alors se tourna alors vers saint Louis pour s’adresser à lui; mais ce qu’il lui dit ne sera révélé qu’une fois prochaine.