11/10/2014

La chevauchée du roi saint Louis

livre-d-art-chretien-de-troyes-preraphaelites-burne-jones-chant-amour.jpgDans le dernier épisode de cette série chevaleresque, nous avons laissé le roi saint Louis et ses six compagnons, Thibaut de Bar, Simon de Nesle, Charles d’Anjou, Alphonse de Poitiers, Imbert de Beaujeu et Robert d’Artois, alors qu’ils se reposaient dans une chambre aux murs tendus de soie, servis par des demoiselles ravissantes, et que saint Louis s’était entretenu avec le chevalier Solcum sur la véritable nature des êtres qui vivaient en ces lieux.
 
Mais bientôt, un héraut entra, et annonça qu’il était temps de se vêtir et de s’armer, et que l’heure de partir sur le champ de bataille était venue, la nuit étant tombée; le Roi ordonnait qu’ils se rendissent à la porte du palais, afin de l’y retrouver, et qu’il pût les saluer avant leur départ.
 
Les sept mortels valeureux se levèrent, se rajustèrent, prirent leurs armes, mirent leurs heaumes sur la tête, et, accompagnés de Solcum, le Génie d’or, suivirent le héraut, qui les mena au seuil du palais.
Là, ils virent que les portes d’or étaient ouvertes, et que le Roi, déjà présent, regardait l’horizon: les lueurs du couchant embrasaient le ciel, et les nuages en particulier ressemblaient à des flammes, ou à des volutes de sang. Saint Louis s’approcha, et le Roi, sans tourner la tête, mais ayant appris par on ne sait quel truchement qu’il était à portée de sa voix, dit: Vois, roi Louis, les traces des combats; la puissance d’Ornicalc ne cesse de grandir, et le sang de mes hommes s’élève dans le ciel, emplissant l’horizon, mêlant sa vapeur aux souffles putrides de la bête. Toi seul peux à présent les sauver, et me sauver moi. Ne sous-estime pas tes pouvoirs. Tu possèdes un collier qui en contient un plus profond que tu ne le sais; écoute bien mes paroles. Tu croiras être perdu sur cette terre d’immortels, et pour t’aider, je te donnerai pour compagnon le vaillant Solcum, qui te guidera. Mais tu verras que ta baroque-croix.jpgpuissance est bien plus grande, qu’à ton cou pend la source d’une force particulière, qui vient des plus hautes hauteurs.
 
Alors saint Louis regarda le collier qu’il portait; il était très simple, même si les anneaux en étaient d’or, et si une croix l’ornait, également d’or, mais avec en son centre un saphir rayonnant, reflétant l’éclat des astres même la nuit; aux quatre branches étaient des rubis, pareillement luisants, et des perles entouraient le saphir. Mais elle n’était point grosse, et saint Louis la portait depuis longtemps. Il remarqua cependant que le roi des génies à présent la fixait de ses yeux étincelants, et qu’une flamme semblait en sortir. Il se produisit alors quelque chose d’extraordinaire: la croix se mit à briller, sous le feu de ce regard, et à jeter une vive lueur, à la façon d’une lampe. Les compagnons de saint Louis, étonnés, s’en rendirent compte, et firent un pas en direction de leur maître; mais l’instant d’après le roi elfique détourna le regard et la croix redevint ordinaire, cessant de diffuser cette surprenante clarté, se contentant pour ainsi dire de refléter l’éclat du ciel du soir.
 
Maintenant il faut partir, reprit le roi immortel; tes chevaux t’attendent, et il en est un huitième pour Solcum, et un neuvième pour les provisions. Adieu. Puissent les dieux te seconder dans ta chevauchée! Et ayant dit ces mots, il embrassa le roi saint Louis, puis serra la main avec chaleur de chacun de ses six compagnons. Il s’adressa à Solcum, disant: Prends bien soin d’eux, ô chevalier! Tu es vaillant, mais des épreuves t’attendent, au bout de ce chemin; puisse ton cœur ne jamais défaillir, et la beauté de la Dame que tu aimes t’éclairer dans la nuit, te guider dans les ténèbres - astre qui jamais ne s’éteindra! Solcum inclina la tête, et jura qu’il était au service du Roi et de son peuple, et qu’il ferait tout pour mener à bien cette mission. Puis il descendit les marches, et invita saint Louis et ses compagnons à le suivre.
 
Tous montèrent à cheval, et après avoir une dernière fois salué le roi immortel et ses conseillers, ils s’en furent sur le chemin, bordé de fleurs brillantes, qui faisaient comme des bandes de couleurs sur le sol.
 
Bientôt ils passèrent une rivière, et Solcum déclara: Vois, Louis, roi vaillant, l’eau qui coule ici vient de la montagne que tu vois à ta gauche; mais elle y est posée par la Voie Lactée, qui y déverse son eau propre: des fées la mettent dans un lac en la prenant dans des vases d’or; elle a de grandes vertus: 132099__art-night-nature-the-hills-the-river-the-moon-the-stars_p.jpgtout mortel s’y baignant pourra guérir de ses blessures infligées par une arme; et les immortels y retrouvent aussi l’intégrité de leur corps, s’ils appartiennent à la race des génies. Car quant aux dieux, ils n’ont pas besoin d’une telle médecine.
 
Le roi Louis répondit: C’est là pour moi une grande source d’émerveillement. Mais me diras-tu le nom de cette rivière? - On la nomme Olüdrin, fit Solcum, ce qui revient à dire: remède des âmes. Et, il faut que tu le saches, elle a une fille dans le royaume de France. - Quelle est-elle? demanda Louis. - Il s’agit, ô roi, de la Bièvre - de la rivière que vous appelez ainsi. Des gouttes s’échappent d’Olüdrin, semblables à des perles, emportées par le vent - qui à cet égard lui joue des tours -, et elles suffisent à créer chez vous cette rivière!
 
Le roi Louis fut fort étonné de cette parole; mais il ne répondit rien, et ils continuèrent leur route.
 
Ce qui advint ensuite ne pourra néanmoins être dit qu’une fois prochaine.

27/07/2014

Saint Louis et le départ pour la guerre

fantasy_castle-808758.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé saint Louis, roi de France, alors que, dans le fond de son âme, quelque chose avait été éveillé par les curieuses paroles du roi des fées, lesquelles lui avaient donné la vision d’un passé  immémorial, au sein duquel il avait vécu sous un autre nom.
 
Ramené du lointain pays de ces souvenirs obscurs, le roi de France s’adressa alors à l’autre roi: Je sens, dans tes paroles, un profond mystère, que je ne puis démêler, et qui, je le crains, ne se dévoilera à mon âme que lorsque j’aurai laissé derrière moi mon enveloppe corporelle: alors, si Dieu le veut, toute vérité m’apparaîtra dans sa nudité. Mais, pour l’heure, je n’y veux songer davantage, m’en remettant tout entier à la bonté de Jésus-Christ, et ne voulant que vous servir dans votre effort contre l’horrible démon dont vous m’avez parlé. Je me demande donc quand nous partirons au combat; est-ce ce soir? demain matin? Dites-le moi, je vous en prie.
 
Alors le roi des Elfes fit cette réponse: Tu entres, ô roi, dans le vif du sujet; il ne s’agit pas, sans doute, de se laisser fasciner par des évocations d’un autre temps, d’une autre vie.  Sache, donc, que cette nuit vous partirez. Lorsque le soleil sera couché, et que les étoiles empliront le ciel, vous vous en irez, et vous rendrez au pied de la forteresse de ce démon, que l’on appelle Ornicalc; il m’a jadis volé ce château, le conquérant sur mes guerriers, lesquels il a fait périr dans d’atroces souffrances, maudit soit-il! Et vous le provoquerez au combat. 
 
Il sera bien étonné de voir des hommes de la terre mortelle dans les rangs de ses ennemis; il les craint, car ils possèdent une qualité que lui seul possède dans ce monde éthéré: il a une prise décisive sur les choses. La terre tremble sous ses pas, et se soulève à ses cris - quand mes hommes passent légers, ployant à peine les fleurs quand ils vont dans les prés. En outre, un oracle jadis fut délivré: par des hommes mortels devrait-il être un jour vaincu! Aussi les hait-il, et en même temps exercent-ils sur lui une véritable terreur.
 
Le sage Solcum vous mènera, en compagnie de quelques-uns de mes meilleurs guerriers, des hommes qui aiment et chérissent ce héros, et lui vouent une foi sans limite. Soyez prêts, et que les dieux vous soient favorables. Nous nous reverrons ce soir, peu avant votre départ. En attendant, je vous laisse entre les mains de ce Solcum qu’un jour on appellera le Génie d’or.
 
Ayant dit ces mots, il se leva, et sa stature était haute: saint Louis le vit clairement; il était plein de majesté, et terrible de noblesse, de grandeur. Une lumière semblait être répandue sur tous ses membres, et autour de lui. Debout, il luisait, son armure jetant des feux. Une formidable puissance se dgalactus_the_devourer_of_worlds_by_eljay93-d6k2lnc.jpgégageait de son être, et saint Louis n’eut point à réfléchir pour ployer le genou et se courber devant lui: cela se fit naturellement; il sentait qu’il se tenait devant un dieu, ou, du moins, un homme qui avait avec les anges du Ciel un lien particulier, fort. Ses six compagnons aussitôt l’imitèrent; l’un d’entre eux alla même jusqu’à se prosterner, tant il était écrasé,au sein de son âme, par cette puissance: Thibaut de Bar, le vaillant, dont les terres étaient situées en Champagne.
 
Puis le seigneur immortel prit congé, disparaissant avec son conseiller par une porte située à la droite de son trône. Solcum s’approcha alors de saint Louis et de ses chevaliers, et leur annonça qu’il allait les emmener dans une salle de repos, où ils trouveraient de quoi se rafraîchir, et où des demoiselles bien apprises les attendaient pour prendre soin d’eux, leur donner du vin doux du royaume, et des mets susceptibles de leur donner des forces. En outre elles leur feraient apporter des vêtements propres, des bassines d’or contenant de l’eau pure, et répandraient du parfum et des fleurs autour d’eux, et les entretiendraient de propos suaves, et légers.
 
Et ainsi en fut-il; les demoiselles, plus belles qu’on ne saurait dire, étaient pleines de grâce, et moult bien apprises, comme il leur avait été annoncé; et, quoique sages, elles riaient gentement des mots dits par les sept guerriers. Cependant saint Louis demandait à Solcum quelle était l’origine du roi et de son peuple, et des précisions sur la nature de son royaume; mais le chevalier ne lui répondait pas d’une façon telle qu’il pût saisir l’ensemble de ce qu’il disait. IMG_0002_NEW.jpgCela paraissait mystérieux, et le roi de France s’inquiéta, à un certain moment: était-il face à des anges ou à des démons? Il se posa la question une fois de plus. Car Solcum affirmait que ce peuple était lié à la Lune, et qu’il avait créé, par l’art du Soleil, une grâce venue d’en haut, une terre divine aux confins de la terre humaine - comme située au-dessus, sur une sphère plus vaste, située à la limite de celle de la Terre et de celle de la Lune. Et saint Louis hésitait à se dire s’il s’agissait d’un miracle, ou bien d’une magie du diable. Solcum le voyait, dans ses yeux, et il ne savait que dire, pour le rassurer. En tout cas, affirma-t-il, les intentions de son roi étaient pures! Et Louis pouvait, par ailleurs, se rappeler qu’il avait à sa cour accueilli un saint du Ciel, et qu’il avait obtenu de lui qu’il vînt le quérir pour le secourir contre le mal: n’était-ce pas là une preuve? Mais Louis craignait d’avoir été l’objet de prestiges, à cet égard; ne disait-on pas que les démons vivaient dans l’air, et qu’ils savaient se donner l’apparence d’anges de lumière?
 
Toutefois les paroles, douces, pures, sans malice du Génie d’or le raffermirent dans sa confiance, et il était tout prêt à voir en eux des génies auxquels il avait été donné de se lier aux anges et de regagner la confiance de Dieu: Jésus-Christ ne pouvait-il pas faire cette grâce aussi aux immortels?
 
La suite de cette conversation et de cette histoire ne pourra être donnée qu’ultérieurement.

13/05/2014

La réponse de saint Louis au prince des Génies

Thanos_(Earth-616).jpgDans le dernier épisode de cette folle série, nous avons laissé nos héros, le roi saint Louis et ses six compagnons, alors que le roi du pays enchanté venait de leur demander de participer à une guerre au sein de laquelle une terrible entité serait leur ennemi, car il menaçait le royaume des immortels et possédait une qualité à laquelle les mortels seuls, s’ils avaient de la valeur, pouvaient faire pièce.
 
Le roi saint Louis, ébloui par ce qu’il venait d’entendre, n’hésita pas une seconde, dans la noblesse de son âme. Il accepta! Et ses compagnons firent de même avec enthousiasme: Roi, s’écrièrent-ils tous, nous sommes à présent tes serviteurs! Au nom de Jésus-Christ, nous combattrons ce monstre, et si Dieu le veut, nous le vaincrons!
 
Alors le Roi répondit: Bien! J’en suis heureux plus que je ne saurais vous l’exprimer. Sachez du reste que pour vous-mêmes il est d’un grand enjeu qu’il soit vaincu: car, maître de ce royaume, il pourrait aisément devenir celui du vôtre, et y répandre le malheur puis asservir tous les êtres humains, mettre fin à leur destin! Car ils sont appelés à de grandes choses, mais lui cherche à les assujettir, tant il les méprise, et pense qu’ils ne doivent pas agir par eux-mêmes, pas davantage que des automates. Alors nulle part l’être humain ne pourrait plus fuir. Je ne voulais pas vous le dire, de crainte que vous ne m’accusassiez de mentir, et que je ne disse cela que pour séduire. Maintenant, donc, noble roi Louis, rends-toi avec Solcum dans la salle des armes, et tu en choisiras qui te conviennent, qui soient objets.jpgnouvelles, et qui disposent de pouvoirs propres à ce monde; que tes amis en fassent de même, et ensuite celui que vous nommerez un jour le Génie d’or vous montrera vos chambres, pour que vous vous y reposiez. Enfin ce sera l’heure de dîner, et nous le ferons ensemble.
 
Il en fut fait ainsi. Or sachez que le roi de France et ses compagnons choisirent des armes vaillantes, pleines de propriétés magiques, que nous vous redirons en temps voulu: Solcum les expliquait au fur et à mesure. Et il disait qu’elles avaient appartenu à de grands guerriers, dans le passé, mais qu’ils étaient depuis partis dans les cieux divins se reposer de leurs épreuves passées, et avaient laissé leurs armes derrière eux: là où ils se rendaient, ils n’en avaient pas besoin, ou d’autres leur seraient données! Celles-ci étincelaient, et les sept mortels, ayant revêtu des hauberts luisants, s’en trouvèrent transfigurés: ils devinrent soudain plus semblables à des anges, ou à des guerriers enchantés; la grâce des immortels était descendue sur eux.
 
Puis, leurs chambres somptueuses leur furent montrées, et ils se reposèrent. Ils trouvèrent aussi de quoi se vêtir, après s’être lavés; et leurs vêtements étaient soyeux et riches à souhaits, tout de soie et de velours; et des pierreries y jetaient leurs feux.
 
Au dîner, on parla de choses et d’autres sans importance, le roi saint Louis demandant des précisions sur ce qu’il avait vu dans le palais et dehors, et s’intéressant à l’organisation du royaume. Il eut bien du mal à saisir tout ce que lui répondit le Roi.
 
Mais alors qu’un silence s’installait, celui-ci déclara: Je veux te dire encore quelque chose, Louis: nous nous sommes déjà connus. Ne le vois-tu pas, au fond de ton âme? Dans une vie antérieure, tu portais un autre nom, et nous étions amis. Tu étais déjà seigneur parmi les hommes. Je ne sais si cela te revient.
 
Une étrange sensation alors s’empara alors de Louis, qui parut se remémorer quelque chose; un nouveau temps lui apparut, plein de merveilles et de gestes héroïques. Un combat contre un dragon lui vint comme un rêve, et un guerrier fabuleux était à ses côtés, mais son visage ne lui apparaissait pas. 
2012-11-23-StGeorgeDragonRubensL.jpgOr, soudain, entre lui et ce souvenir surgirent des êtres à la fois effrayants et grandioses - dont la vision l’épouvanta, car il ne savait s’il s’agissait de démons ou d’anges. Il eut un vertige et s’appuya sur la table; le compagnon qui se tenait à ses côtés, sire Robert, se précipita pour le soutenir, et il se remit.
Le roi des génies parut comprendre ce qui se passait, et il n’insista pas; il savait ce que Louis avait vu, mais il n’en fit pas part sur le moment. Un jour la vérité apparaîtrait au vaillant roi parmi les hommes, et il se rappellerait de son nom et percevrait la nature des êtres qu’il avait perçus, se tenant entre lui et son autre vie. Pour le moment l’heure n’en était pas encore venue. Le temps du retour de vieux Diënïn n’était point celui-là! Car tel était le nom que Louis avait porté dans une existence passée… Il avait alors régné sur un pays étonnant, créé à partir d’un arbre énorme, dont les racines plongeaient dans les abîmes, et dont les branches accrochaient les étoiles. Les esprits des planètes passaient dans son feuillage, y déposant des fleurs, des fruits. Les hommes étaient abrités par son ombre, et se nourrissaient de sa lumière. C’était un temps magnifique, un temps incomparable! Mais le moment d’en parler n’est pas venu.
 
Quant à la suite de cette conversation entre les mortels et le prince des génies, cela devra être remis à une autre fois.