03/06/2015

Le Génie d'or contre les spectres parisiens (Intermède)

10394068_1548008758816604_2144874071782424876_n.jpgL’électricité est à la fois plus et moins spirituelle qu'on pourrait croire: elle contient des esprits, mais purement terrestres, qui créent parmi les hommes de fausses cités du ciel. Elle place entre les maisons de fausses étoiles.

Un soir, à Paris, j’eus une vision de démons dans la nappe lumineuse artificielle, comme des ombres noires dans l’épaisseur jaunâtre. Et je vis leur visage armé de dents, et ils me firent peur. Je fermai les yeux, et me concentrai sur la lune, qu'on apercevait faiblement, au travers de ce voile de lumière fausse. Et il me sembla qu'une porte s'ouvrait, que le voile de clarté artificielle se déchirait. Et je vis paraître le héros que j'ai nommé depuis le Génie d'or, ou Génie doré de Paris, et dont j'ai dit qu'il avait été le double spectral de Charles de Gaulle. Il était là en personne.

Il s'avança, et l'éclat pur qu'il jetait montrait qu'il apportait avec lui celui des étoiles. À travers son heaume, par des ouvertures laissées à son regard, la pure lumière de la lune, telle qu'on la voit depuis le haut d'une montagne, et plus brillante encore, envoyait des rayons qui repoussaient la lumière jaunâtre. Elle se mêlait de bleu pur - de ce bleu qui orne la robe de la sainte Vierge dans les églises, ou dont on ornait, en les constellant de points d'or, les plafonds de ces mêmes églises dans les vieilles campagnes de France.

Lorsque le Génie fut tout près, je crus voir, dans la lumière qui sortait de son heaume, ses yeux: ils étaient d'une infinie bonté, et une tristesse était également en eux; mais un vague air de reproche et de sévérité s'y mêlait. Je m'inclinai, face à la beauté de cet être, surtout quand je vis le sceptre qu'il tenait, orné d'un saphir rayonnant.

Or, les spectres que j'avais vus auparavant s'agitaient, se démenaient, montraient les dents, les faisant basilic-un-legendaire-et-monstrueux-serpent_119328_w460.jpggrincer, et laissant éclater leur colère: la présence seule du Génie d'or avait cet effet, car ils pensaient être les maîtres incontestés du lieu. Et on les voyait écumer et siffler, et je perçus qu'ils avaient une nature de serpents. Et leurs yeux jetaient des éclairs, et je compris que c'est d'eux qu'était née la légende du basilic. Car leurs yeux jetaient des éclairs au sens propre: c'était comme de petits foudres, formant des traits lancés sur le Génie d'or.

Mais voici! celui-ci, plus vite qu'on ne saurait le dire, les para de son bâton cosmique que munissait la force des astres: il sembla les absorber, ou, en les renvoyant, leur faire perdre toute leur vigueur. Et bientôt, il fit partir de son sceptre, à son tour, des jets de feu bleu, qui les atteignirent et les dissipèrent, les blessèrent, les meurtrirent, faisant couler sur eux leur sang noir. Ils refluèrent, laissant le terrain libre à ce divin Sage, à cet être que certains appelèrent Solcum, affirmant qu'il était venu du ciel pour garder Paris du mal, voire y rétablir le vieil éclat, ramener le feu dont la ville naquit à l'aube des temps. Car c'est d'une flamme placée dans la terre que la cité poussa, ainsi qu'un grand arbre, dont vint une forêt. Les tours naissaient comme des courges, et les toits s'étendaient comme des feuillages, que constellaient les fleurs pareilles à des pierres précieuses. C'était alors le temps de l'immortel Diënïn.

Les monstres promirent au Génie d'or de revenir en force, et qu'il n'avait eu qu'un répit. Le héros les regarda, et quand ils eurent disparu, il me regarda moi. Je sentis son feu m'emplir, et il était doux et bienfaisant. Puis il s'éleva dans les airs, toujours ceint de sa clarté blanche mêlée de bleue, tandis que lui-même brillait d'un éclat d'or, et la lumière artificielle revint et se referma sur lui, ou sur moi. Ma 6939912-space-nebula-planet-moon-stars-art.jpgdernière vision de l'être auguste fut un trait scintillant, semblable à une comète, s'élançant vers les étoiles - et, en particulier, vers la Lune: car il fit une courbe semblant y mener. Un dernier point brillant m'apparut sur la face de neige de l'astre des nuits, puis tout disparut. Ce fut la fin de ma vision.

Mais elle me fit naître une connaissance nouvelle; et c'est ainsi que je pus raconter les aventures du Génie doré de Paris, qui m'ont été enseignées par lui à distance - ou alors en une fulgurance, lors de sa venue auprès de moi. Il me sembla même que, brièvement, il m'avait touché de son bâton cosmique, et qu'un éclair m'avait alors traversé. J'avais senti sur mon visage son haleine, d'une ineffable douceur, et des mondes s'étaient révélés.

Il était bien un ange ayant pris l'apparence d'un extraterrestre ou d'un super-héros: je ne pouvais en douter!

01/04/2015

Saint Louis à l’assaut des monstres

67269834.jpgDans le dernier épisode de cette effroyable série, nous avons laissé saint Louis, ses six compagnons et le vaillant Solcum, alors qu’ils venaient d’apercevoir au loin trois monstres hideux; et il fut dit par Solcum qu'ils étaient propres à jeter dans la folie tout homme les contemplant de près.

Alors saint Louis demanda: Mais s’il en est ainsi, ô Solcum, comment ferons-nous pour les combattre sans nous jeter à terre d’épouvante? Solcum répondit: Ô roi, il faut qu’à présent, je passe sur tes yeux un baume préparé par les fées d’Etön - elles-mêmes dirigées par sa fille, la belle dame dont je suis et resterai éternellement amoureux, celle qu’on nomme Ithälun. Car il te permettra de distinguer ce que ces monstres sont au-delà de leur apparence; alors tu ne verras en eux que folie, misère, égarement, désespoir, rage immonde, tu perceras le voile de l’éthérique et verras l’astral, comme qui dirait; et à ce moment le combat pourra avoir lieu. Sans doute, le baume n’a pas d’action parfaite; comme à travers un brouillard tu percevras leur forme effroyable. Mais elle ne t’apparaîtra plus comme épouvantable, comme aussi effroyable qu’elle te le paraîtrait sans cela. Tu entreras en quelque sorte dans leur monde, le monde d’un passé formidable, immémorial - d'un passé où, en réalité, tu vécus toi-même, quoique sous un autre visage, et où ces gens étaient tes maîtres directs: et ils ne te faisaient pas si peur, quoique tu les prisses pour des dieux, à l’image de tous les hommes. Souviens-toi, ô Louis: tu étais alors leur prêtre, leur serviteur de premier rang; souviens-toi que moi-même j’étais là, sous une autre forme - également moins humaine, moins familière à tes sens. Mais j’ai abandonné cette apparence quand les dieux l’ont ordonné, et ils m’en ont donné une autre, plus belle - celle que tu me vois à présent. Et toi tu en avais aussi une autre, celle qu’avaient alors les hommes mortels - à cette époque semblables à des larves aveugles, en vérité; mais la lumière et la chaleur des dieux les baignaient, et ce qu’ils touchaient projetaient en eux des images grandioses, qui les amenaient à assimiler les êtres qui les gardaient à des dieux, parce qu’ils les gardaient au nom de ceux-ci.

tumblr_mu2kjovs8Q1qcdh6qo8_1280.jpg- Tu dis des choses bien étranges, s'exclama le roi Louis; on les dirait science païenne, que seul possède le diable.

- Ne crains rien à cet égard, roi Louis, répondit Solcum: il s'agit de choses vraies, qui arrivèrent avant le Déluge - et même avant l'écroulement de l'antique Lémurie; mais elles ne doivent être connues que de quelques-uns, car elles troubleraient l'esprit du peuple, s'il les savait. Or, il doit échapper à ces maîtres du passé, aujourd'hui devenus mauvais, et se tourner vers le soleil sprituel, le Christ. Mais pour toi il est nécessaire que tu saches ces choses, afin de mieux les combattre. Quoi qu’il en soit, arrêtez vos chevaux, mes amis, car je vais procéder à l’office qui m’est dû.

Et Solcum s’approcha et leur passa le baume sur les yeux. Il leur dit qu’il était fait de la salive d’un dieu sur laquelle avait soufflé une déesse - son épouse -, mêlée à la terre la plus pure des jardins d’Etön. Et quand ils ouvrirent les yeux après la pose de ce baume, le monde leur apparut différent. Ils voyaient devant eux les géants comme des êtres qui rayonnaient, qui certes étaient terribles dans leur arrogance, mais qui n’étaient plus hideux et incompréhensibles extérieurement, qui étaient mus par un orgueil qu’ils saisissaient, des pulsions morales qui leur étaient accessibles. Ils surent alors qu’ils appartenaient au peuple dit des mauvais anges, et qu’ils allaient devoir les combattre. Leurs armes bénies par Etön leur apparurent éclatantes, et propres à trancher les rayons et la clarté dont étaient constitués les êtres se tenant devant - et la croix de saint Louis luisait aussi, jetant ses couleurs devant elle. Les êtres prirent une forme humaine, et à leurs mains étaient des épées, ils devenaient tels qu’on pouvait les combattre! Ils restaient néanmoins d’une haute taille, et très forts, vêtus d’armures éclatantes, d’airain, tel le grand Goliath, dont la Bible parle.

Or leur tentacule ventral restait visible, et s’agitait; et leurs jambes restaient diffuses, comme si elles fussent faites de plusieurs tentaculefantasy battle magic the gathering god weapons giant armor digital art artwork eldrazi 1920x1080_www.wall321.com_45.jpgs pressés les uns contre les autres. Saint Louis les voyait tels qu’ils étaient, mais il n’en était plus effrayé; ou il ne l’était pas plus du moins que face à des ennemis ordinaires. D'eux s'exhalait un feu noir, et leurs yeux étaient cruels, l'orgueil les ayant corrompus et livrés à l'abîme.

Ils étaient trois, comme je l’ai dit, et les sept chevaliers et Solcum se jetèrent dans leur direction. Tandis que les sept criaient: Montjoie et saint Denis! Solcum disait: Par Etön le roi et Ethälun la belle! Et ils tenaient leur bouclier à leur bras gauche, et l’épée à la main droite, pointée en avant.

Ce qu’il advint alors ne pourra néanmoins être révélé qu’une fois prochaine.

24/12/2014

Saint Louis et les géants

callrev1.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons laissé saint Louis et ses six compagnons alors qu’ils étaient emmenés par le chevalier Solcum, vassal du roi des Elfes Etön le Vieil, vers le front, vers le champ de bataille où Ornicalc et ses hordes étaient aux frontières toujours plus étroites du royaume enchanté, et qu’ils venaient de passer une rivière.
 
Bientôt le roi saint Louis vit une lueur rougeoyante, et, devant, une ombre énorme, telle une statue; et puis il en distingua deux autres, se tenant juste derrière la première. Il demanda alors à Solcum s’il s’agissait là du champ de bataille, si cette lueur le signifiait, ou alors si ces statues étranges, à la forme incertaine, étaient comme le seuil du royaume; mais à cela Solcum répondit: Non pas! Je crains bien, ô roi, que des hommes d’Ornicalc soient passés au travers de nos lignes, et qu’ils surveillent les alentours du palais d’Etön mon roi - puisque tel est son nom -, dont nous ne sommes pas très loin, afin d’empêcher les guerriers d’en sortir et de rejoindre le gros de nos troupes. Ils ont dû emprunter des tunnels, ou passer par la forêt touffue, sombre, de Tanitrode, vers le nord, c’est-à-dire à notre droite.
 
Louis alors regarda vers l’étoile polaire, qui venait de se lever, et elle lui parut incroyablement proche, comme si elle était un joyau sur le front d’une reine immense des cieux qui lui sembla ressembler à la sainte Vierge, à Marie la mère de Notre-Seigneur; mais aussitôt la vision disparut, et il regarda également la terre, et vit des collines s’étendre et s’échelonner, se multiplier et s’entasser à mesure qu’elles s’éloignaient, et se couvrir de forêts de plus en plus épaisses. Si vers l’est, d’où ils venaient, elles s’aplatissaient et se couvraient de prés, autant que dans la nuit il pouvait s’en apercevoir (car elle était claire et les étoiles l’enluminaient comme autant de flambeaux, à un tel point qu’il voyait la terre starry_sky_by_shironiji-d5wq8no.jpgnon point comme en plein jour, mais presque), si vers l’est, dis-je, elles s’aplatissaient en direction du palais d’Etön, enfonçant même leurs pieds dans un lac qui en reflétant les étoiles scintillait, - vers l’ouest, leur obscurité était toujours plus profonde, à mesure qu’elles s’amoncelaient - et les étoiles au-dessus des dernières semblaient voilées par une vapeur. Or, au nord, il n’en était point ainsi: là, la limite des collines, au bout de l’horizon, montrait les étoiles innombrables qui les contemplaient d’en haut, l’air étant limpide et comme balayé par un vent certes froid, mais pur - ami de l’intelligence des astres et de leur claire vision!
 
Saint Louis demanda alors si ces êtres qui barraient leur chemin avaient une forme humaine, car ils lui paraissaient de haute taille, et plutôt hideux; et Solcum répondit qu’effectivement, ils n’étaient pas comme Louis pouvait le souhaiter. Car, venus d’un passé immémorial, jaloux de leur noblesse, de leur ancienneté, ils s’étaient mis au service d’Onicalc, pour se venger des races qui leur avaient succédé et les chasser, mais ils avaient justement la forme des êtres des temps immémoriaux, dits antédiluviens, que le langage humain aurait peine à décrire, et qui semblerait hideux à tous les hommes - même dans le cas où elle contiendrait des cœurs purs, comme elle avait pu le faire à une certaine époque, au sein de laquelle la Terre produisait naturellement ce type de créatures. Mais à présent ils n’étaient qu’une relique infâme de ce temps, ayant comme refusé de partir dans les contrées que leur avaient réservées les dieux et préférant se mettre au service de l’ange déchu, d’Ornicalc! Il fallait que saint Louis et ses cthulhu-590x330.jpgcompagnons sachent que ces êtres n’avaient pas deux bras et deux jambes, comme eux - comme Solcum même -, mais qu’ils avaient un tentacule qui descendait de leur cou, devant eux, et qui était leur membre le plus puissant, et que leurs jambes étaient telles que des serpents se regroupant et se déployant pour les faire avancer. Quant à leur visage, il n’avait que des yeux à peine visibles, pareils à du charbon enflammé, et de leur bouche jaillissait également du feu. Leur front avait quatre cornes, deux au-dessus de chaque tempe, et au sommet de leur crâne était une crête hideuse, qui se prolongeait le long de leur échine, jusqu’à s’estomper aux lombes: dure et hérissée de pointes, elle empêchait qu’on les meurtrisse en montant sur leur dos - quoiqu’elles ne fussent pas nées sur leur corps pour cette raison, mais pour capter les forces de feu qui autrefois descendaient du Ciel, et leur donner l’énergie dont ils avaient besoin. À présent cependant cela n’advenait plus, et ils devaient, pour acquérir cette même énergie, dévorer des hommes vivants. Aussi terrorisaient-ils le peuple. Ils étaient à la fois ogres et dragons, serpents, taureaux, béliers, éléphants, assemblage repoussant, innommable, insupportable à l’œil de l’homme - et en vérité tout ce qui peut être dit à leur sujet ne peut rendre qu’imparfaitement ce qu’ils sont vraiment. L’épouvante seule étreindrait celui qui les regarderait d’assez près pour les décrire en détail - et avec elle viendrait la folie!
 
Mais ce qu’il advint alors ne pourra être révélé qu’une fois prochaine.