06/01/2014

Saint Louis et le parlement du roi enchanté

paintings god king fantasy art digital art artwork loki airbrushed norse thor movie alice x zhang_wallpaperswa.com_1.jpgDans le dernier épisode de ce récit plein de merveilleux, j’ai laissé le roi saint Louis et ses six compagnons, vaillants chevaliers de France, alors qu’ils avaient pénétré dans l’enceinte d’un château mystérieux, au sein d’un pays plus proche des anges que ne l’est notre monde!
 
Laissant leurs chevaux derrière eux, ils furent guidés par un homme au teint resplendissant et à l’armure brillante jusqu’à la porte somptueuse de la grand-salle de l’édifice, au sommet de quelques marches pareilles à du marbre. Les gardes placés devant s’écartèrent, et la porte, semblable à de l’or, s’ouvrit, bien qu’on ne vît personne qui poussât les battants.
 
Une grande clarté vint de l’intérieur; les sept valeureux mortels reculèrent légèrement, surpris, et mirent le main devant les yeux. Mais bientôt une voix les invita à entrer, et elle était bienveillante, douce. La clarté s’atténua, et ils y distinguèrent des formes aux couleurs flamboyantes. Moins saisis par la peur, ils s’avancèrent, et marchèrent. Des colonnes torsadées soutenaient la toiture, et le long des murs des tapisseries étincelantes figuraient des scènes fabuleuses, qu’ils avaient du mal à reconnaître: d'anciens dieux semblaient être représentés. Leurs yeux luisaient, et paraissaient les suivre. Mille autres merveilles pouvaient être vues autour d’eux, mais ils étaient si éblouis qu’ils ne parvenaient pas à s’en faire une24870_1054353600.jpg idée claire: pour eux, tout était lumière, et il leur semblait qu’ils étaient dans un rêve. Ils voyaient avant tout le roi, assis sur un fauteuils doré, orné de gemmes, qui les fixait de son œil éclatant, traversé de feux d’astre. Il ne souriait pas; il gardait un air sévère. Mais ils ne sentaient pas en lui d’agressivité, de violence.
 
À sa droite, une femme très belle, silencieuse, se tenait sur un autre fauteuil, mais qui était d’argent; les gemmes en étaient plus froides, quoique également lumineuses: il s’agissait d’améthystes, de saphirs, d’émeraudes - quand le roi avait autour de lui des rubis, des béryls jaunes, des diamants. À la gauche de celui-ci, debout, était un homme aux yeux également scintillants, qui paraissait sage; son regard scrutait plus en profondeur les sept hommes périssables que celui de son maître, comme s’il avait perçu directement leur âme: des flèches semblaient en jaillir, dont les chevaliers se sentaient percés. Dans le regard du prince, ils distinguaient plutôt des splendeurs insondables, comme s’ils avaient reflété des lointains cosmiques et divins, comme si des anges majestueux y avaient dansé.
 
Roi, voici les fameux sept mortels, dit l’homme qui les avait amenés jusque-là. - Sois remercié de ton zèle, fit alors l’auguste homme assis sur le fauteuil, et dont le front était ceint d’une couronne; oui, Solcum, noble et sage capitaine, tu es fiable comme personne ne l’est, et ta droiture, je le crains, fera toujours peser sur toi mille tâches ingrates et difficiles: car tu te rends sur la terre des mortels à la demande, alors que l’air en est infesté d’ombres maléfiques, libérées par les péchés des hommes, et que personne, de ce royaume dont je suis la lumière, ne peut aimer séjourner dans l’autre - que dirige l’ennemi même du cosmos.
 
Un jour, hélas, je le crains, ta fidélité te placera dans ce monde infâme de façon durable, en te liant à des mortels valeureux qui voudront faire le bien sans en avoir la force, et en te donnant la tâche de les dédoubler, d’accomplir leurs désirs saints, et de leur donner ainsi l’apparence de surhommes: tels seront-ils 640x426_15520_Acheron_2d_fantasy_knight_warrior_picture_image_digital_art.jpgaux yeux de leurs semblables - qui seront rares à déceler, dans ce miracle, la main des demi-dieux que nous sommes, des génies enchantés dont nous constituons le peuple! Souvent, ingrats, ils auront la folie de croire que ces pouvoirs leur seront venus d’eux-mêmes - de leur intelligence propre, de leur dérisoire science! Hélas! hélas!  et toi, pendant ce temps, tu seras exilé dans l’ombre, sur Terre, invisible à leurs yeux, déchirant le cœur des tiens restés dans ce monde fabuleux, et qui te verront œuvrer pour ces malheureux, donner ta vie pour eux - et cela, sans jamais recevoir aucun remerciement de leur part!
 
À chaque sang que tu perdras pour leur liberté, tes amis, restés parmi nous, verseront une larme, et sentiront leur cœur se serrer. En particulier ma nièce Édolis, tu le sais bien, en subira de douloureuses peines - même si elle n’en montrera rien, pour la dignité du royaume.
 
Ô Solcum, toi qui un jour seras parmi les clairvoyants d’entre les mortels nommé le Génie d’or - toi qu’ils représenteront avec ton étoile au front et tes ailes au dos, et qu’ils placeront sur une colonne qui touchera aux nuages, ravissant nos yeux de leurs œuvres naïves mais belles, - toi qu’ils appelleront leur génie de la liberté -, sache-le, nous te bénissons, et nous bénissons d’avance les larmes que tu verseras également en silence lorsque, combattant les monstres de l’abîme pour te placer au service des hommes - affrontant les créatures immondes qui voudront les détourner de leur destinée, telle que l’ont établie les dieux -, tu souffriras de ta solitude, de ton éloignement, vivant ce sacrifice.
 
Le roi alors se tourna alors vers saint Louis pour s’adresser à lui; mais ce qu’il lui dit ne sera révélé qu’une fois prochaine.

27/10/2013

Saint Louis et le pays des songes

250px-Wei_Tuo_Bodhisattva-wt14.jpgDans le dernier épisode de cette singulière série, nous avons laissé le roi saint Louis et ses six compagnons vaillants au moment où, emmenés par un être de lumière qu’ils prirent d’abord pour saint Germain d’Auxerre, ils s’étaient retrouvés à la porte du plus merveilleux des pays. Or le temps est-il venu d’en faire la description.
 
Tout y luisait, et si rien dans les formes ne différait de ce qu’on connaît dans le monde mortel, tout était plus pur, plus coloré, plus vivant. Des nappes de brume mauve flottaient au-dessus de combes bleues et des lacs verts charriaient des perles blanches. Les formes n’étaient jamais autrement que douces et avenantes; nul angle aigu ou ligne trop droite ne heurtait l’œil. Tout semblait accessible aisément, et dans le même temps tout semblait proche des étoiles, de la lune, du soleil - qui, curieusement, brillaient ensemble dans le ciel. On eût cru qu’en montant sur les marronniers qui parsemaient la prairie, on eût pu les toucher - voire s’en saisir.
 
Le ciel paraissait fait d’une substance palpable, comme s’il eût été un plafond - ou le plancher d’un immense palais divin. L’idée qu’il était tel, et qu’avaient les anciens, ne parut jamais aussi vraie aux sept preux de France qu’en ce jour - même s’ils ne virent, dans les faits, aucun dieu, aucun être sublime fouler du pied les astres qui luisaient au-dessus de leurs yeux, ou alors les disperser de son majestueux pas! Tout au plus aperçurent-ils comme un vaisseau glissant sur les ondes dans lesquelles les étoiles semblaient flotter, et qui, pareil à de l’or, laissait derrière lui un sillon éclatant. Mais ce fut bref, et tel qu’un éclair: le passage divin, s’il avait eu lieu, avait été des plus furtifs; il n’avait fait qu’effleurer leur regard. Aussi bien, cela eût pu n’être qu’une étoile filante parmi les astres fixes!
 
Or, peut-être en sauraient-ils davantage incessamment. Car l’être lumineux qu’ils avaient cru être l’immortel Germain les entraîna bientôt au travers de chemins semés de pierres précieuses, qui étaient les véritables dalles menant au palais d’un roi. Lorsqu’ils virent celui-ci, les sept crurent se trouver devant le modèle de tous les palais du monde; sa asgard.pngforme ne saurait en être redite: elle était au-delà de toute parole mortelle; aucune langue terrestre ne pourrait en donner une idée convenable!
 
Elle ne répondait, de fait, à aucune loi connue, qu’on eût utilisée en architecture: la géométrie était défiée, et l’entrelacement des angles, des plans, des lignes, en est indescriptible. Et pourtant, rien ne paraissait plus équilibré, plus harmonieux, et un air de majesté s’en exhalait: il était couronné d’un nimbe glorieux, entouré d’une clarté qui donnait le sentiment qu’une étoile avait été capturée et placée à l’intérieur, comme cristallisée par les mages qui avaient érigé ce bâtiment, et qu’elle rayonnait de toutes les ouvertures - et même à travers les murs, qui en étaient rendus diaphanes. De cette sorte, le palais, qui était énorme, ressemblait à une montagne de cristal, mais quelque chose disait immédiatement qu’il avait été créé de façon délibérée - et non par des forces aveugles.
 
Quand ils arrivèrent devant sa porte immense, elle s’ouvrit devant eux; elle était à deux battants. Un garde apparut, qui portait une armure resplendissante. Il les regarda de ses yeux perçants, sans dire mot, et les laissa passer.
 
Ils entrèrent sous la voûte ornée de diamants, et suivirent une piste constellée de saphirs brillants, dans l’obscurité. Puis ils parvinrent à une cour dans laquelle il leur fut demandé, par des êtres au regard étrange, et aux cheveux parsemés d’éclats d’astres, de descendre de cheval et de laisser celui-ci derrière eux, à leur charge et à leurs soins; et quand Simon de Nesle demanda si leurs fiers coursiers seraient bien traités, ils sourirent, et lui dirent de ne s’inquiéter nullement; mais Louis de France pensa que ce sourire était inhabituel, et douta: n’avait-il pas été destiné à se moquer d’eux, ne cachait-il pas quelque intention malveillante? Mais il était trop tard pour y remédier en quoi que ce fût; déjà il voyait autour d’eux plusieurs chevaliers vaillamment armés, ceints de cottes de maille luisantes, protégés par de larges pans de métal argenté et lamé d’or, et semblant nobles et farouches: nulle issue n’était plus possible, s’il s’avérait que ce fût là des ennemis, et qu’il avait été trompé - s’il s’avérait qu’ils n’étaient que des démons, des anges rebelles qui s’étaient installés aux confins de la forêt de Vincennes et s’étaient fait passer pour des anges aux intentions louables pour mieux l’induire en erreur et s’emparer de son royaume!
 
Mais ce qu’il en est sera dit une fois prochaine.

01/09/2013

Saint Louis et la voie des sept teintes

silent-river-night-fantasy-landscape-image-8.jpgDans le dernier épisode de cette très curieuse série médiévale et fantastique, j’ai dit que la figure luisante de saint Germain d’Auxerre s’était présentée au rendez-vous qu’elle avait fixé, puis avait invité saint Louis et ses six compagnons à entrer dans l’eau de la fontaine qui jaillissait à proximité, afin de venir sur la rive où lui-même se tenait, et pour l’y suivre.
 
Or, voici qu’ils descendirent la berge et pénétrèrent dans l’eau, qui sembla s’écarter à leur passage. Ils remontèrent alors de l’autre côté. Aussitôt furent-ils frappés par l’éclat du gazon de cette autre rive: on eût dit de l’or, et les fleurs qui le parsemaient étaient pareilles aux pierres précieuses.
 
Les sept aperçurent le saint à l’orée d’une forêt en apparence identique à celle de Vincennes, mais qui en réalité était étrangement imprégnée d’une lumière douce et dorée, de nature magique, ainsi que bientôt cela leur apparut. 
 
C’était comme si le feuillage des arbres filtrait la lumière en l’accroissant, délivrant une clarté d’émeraude dans le bois immense. Cependant, il mêlait des teintes fantasy forest hd wallpaper.jpgrouges, blanches, jaunes, mauves, bleues, provenant des fleurs ou des fruits qui étaient suspendues aux branches, ou qui, au sein des clairières, constellaient le sol même.
 
L’être merveilleux qui les attendait passa sous la voûte des arbres et s’enfonça dans ce bois - surprenant les chevaliers par sa vivacité et son allure: bien qu’à cheval, ils avaient peine à le suivre. Ses pieds pourtant ne semblaient pas faire de nombreux pas; il glissait au-dessus du sol, comme porté par un air invisible, un flux subtil dont ils voyaient toutefois luire quelques lignes ondoyantes plus épaisses que les autres, et que marquaient à son passage de légères étincelles. 
 
Parfois, même, le saint était si rapide qu’il donnait le sentiment de passer instantanément d’un lieu à un autre!
 
Souvent pensèrent le perdre de vue les chevaliers; mais, d’une part, il laissait derrière lui une lueur, laquelle s’étirait à la façon d’un fil qu’ils pouvaient suivre; et, d’autre part, même quand ils le croyaient Solcum.jpgloin, et hors de portée de leurs yeux, soudain il apparaissait devant eux, au-devant d’un fourré, ou d’un tronc, les attendant! Puis, après avoir brièvement souri, voici! il reprenait sa route.
 
Or passèrent-ils dans des lieux que jamais ils n’avaient vus, bien qu’ils crussent connaître la forêt de Vincennes par cœur. Leur course fut si effrénée que, dans leurs yeux, les feuilles, les fleurs, les fruits, les rivières, les daims, les cerfs, les oiseaux, les clairières se mêlèrent: ils ne virent bientôt plus qu'une superposition de lignes colorées, luisantes, qui s'ordonnèrent peu à peu en sept teintes distinctes - devenant un arc-en-ciel sur lequel ils galopaient, tandis que l'air autour d'eux était devenu un nimbe doré dans lequel ils ne distinguaient plus rien.
 
Leur guide enchanté perdit alors ce qu’il avait conservé de l’apparence de saint Germain, pour devenir un être de lumière, tout semblable à une étoile. Ses membres même ne purent plus être distingués. Ils aperçurent aussi, sur les côtés de l'arc-en-ciel dont ils suivaient les lignes colorées, des êtres étranges - tout semblables à des guerriers à l’armure brillante, à l’épée nue, au bouclier brillant. Ils avaient l’apparence de gardiens de la route, et les suivaient de leurs yeux étincelants. Mais ils allaient allait trop vite pour qu'ils fussent sûrs de ce qu'ils pensaient voir, ces guerriers se mêlant aux couleurs comme à une brume.
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Soudain ils s’arrêtèrent: l’être lumineux, devant eux, avait repris une forme accessible à leurs sens; il était appuyé sur son bâton, devenu une baguette de lumière solide - de feu cristallisé. Il les regardait d’un œil malicieux. Autour de lui était une clarté qui empêchait de voir ce qui se tenait derrière.
 
Ils ralentirent leur allure, et, lorsqu’ils furent à sa hauteur, il se tourna de l’autre côté, et leur montra un pays: celui dans lequel il avait cherché à les emmener! Car les teintes et les lignes s’étiraient désormais en formes distinctes.
 
Les Sept furent émerveillés: ce royaume était d’une beauté fantastique. Il passait tous les mots ordinairement utilisés par les mortels dans leurs faibles langues.
 
Cependant, le moment est venu de finir cet épisode: la description de cette terre enchantée ne pourra avoir lieu qu’une autre fois.