02/11/2015

Saint Louis et le défilé des ombres

e60c654cbad9f9c72a5ea7ccde717ef7.jpgDans le dernier épisode de cette série de pure fantasy, nous avons laissé saint Louis et cinq de ses compagnons (quatre mortels et Solcum le futur génie doré de Paris) alors qu'ils attendaient le retour d'Imbert de Beaujeau, parti escorter Robert d'Artois blessé. Solcum venait d'annoncer qu'il l'avait aperçu au loin.

Louis tourna la tête vers l'est, et d'abord ne vit rien; il songea que Solcum devait avoir de bons yeux, pareils à ceux d'un aigle. Ou s'était-il trompé?

En vérité, c'était peu probable. Et, dans la clarté du soleil levant, il lui sembla voir la forme d'un cavalier. Il reconnut Imbert - et il rit, car la lumière du soleil rayonnait autour de son crâne, comme s'il l'eût béni et couvert de gloire. Il y vit un augure.

Lorsque le chevalier fut parmi eux, tous purent voir que les deux chevaux qu'il amenait en plus du sien étaient bien tels que l'avait dit Solcum: magnifiques, élancés, semblant à peine toucher le sol quand ils couraient.

Celui qu'on donna à Charles d'Anjou, bai-brun, se nommait Rouge Tempête; celui qu'on confia à Alphonse de Poitiers, alezan, avait reçu le nom de Danseur de l'Air. Ils avaient un autre nom dans la langue du royaume, mais Solcum les traduisit, et les mortels appelèrent le premier Tempête, le second Danseur.

Dès qu'ils se furent sustentés de quelques morceaux d'un pain que les sacs donnés sur l'ordre d'Etön contenaient, ainsi que de légumes et de fruits secs, et qu'ils eurent bu une eau que Charles avait fait chauffer et mêlée à des herbes qu'il avait trouvées sur les flancs de la colline, ils montèrent tous sur leur cheval et s'apprêtèrent à affronter les périls du défilé étroit qui se tenait devant eux et que Solcum nomma du nom d'Imel Tisic - soit défilé des ombres, en sa langue étrange.

Ils s'avancèrent, et Louis put voir que ce défilé s'élevait à une hauteur prodigieuse. Une brume l'empêchait de distinguer exactement les contours de la montagne; mais quand il fut tout près, il eut la fantasy_mountain_rendering_by_jbconcept-d3g85g7.jpgsurprise de voir, de chaque côté du défilé, une statue, représentant un géant, un guerrier, mais qui avait des ailes. Lesquelles il n'avait point vues, les confondant avec des irrégularités dans la paroi rocheuse. À présent, elles lui apparaissaient clairement. Et voici, l'aile droite de celui qui était à droite, l'aile gauche de celui qui était à gauche, se touchaient et formaient une arche, comme le dessus d'une porte. Et les deux êtres ailés, vêtus d'armures, levaient la main droite pour celui qui était à droite, gauche pour celui qui était à gauche, montrant le ciel; et de l'autre ils montraient la terre, de telle sorte que l'ensemble avait la forme d'un triangle.

Un instant, Louis crut voir les yeux des deux êtres briller; mais sans doute, c'était les rayons du soleil, encore obliques, qui s'étaient refletés sur la pierre. D'ailleurs il lui sembla que, à l'endroit des yeux, des diamants étaient incrustés.

Et l'armure était en or véritable: elle avait été liée à la pierre, qui était blanche. Des pierres précieuses ornaient le pectoral, et il en était une encore à leur front, attachée à un bandeau d'or.

Mais des signes de déliquescence se voyaient: des morceaux d'armure avaient été arrachés, il manquait un doigt à l'ange de gauche, et la mousse recouvrait leur tête, et l'or était terni. Des traces de coups d'épée, ou de feu, se distinguaient çà et là sur ces prodigieuses images.

Louis demanda à Solcum qui étaient ces êtres, et qui les avait placés là. Solcum demeura silencieux un instant, contemplant les deux statues, et dit: Ce sont là Alar, le fils de Dordïn, et son neveu Ëtöl, le fils de Vurnarïm dont est issu notre roi Ëtön: car il fut le père de son père. Et c'est notre roi qui, au temps jadis, dans les temps de prospérité et de paix, fit bâtir ces statues en l'honneur des dieux. Car c'est par ce défilé qu'ils venaient visiter les immortels de la Terre.

En ce temps-là, sache-le, la Lune ne s'était pas encore levée dans le Ciel, elle n'était pas encore apparue; elle était mêlée à la Terre, de telle sorte que le royaume d'Ëtön peut être dit levé antérieurement à la Lune. Cela peut te paraître incroyable, mais il en est bien ainsi. La route entre la 1885ducthr16bjpg.jpgTerre et le Ciel n'était point coupée, alors, et un pont pareil à l'arc-en-ciel reliait les deux royaumes; et Ëtön prenait conseil des dieux, et ceux-ci lui rendaient visite.

Lorsque les dieux cessèrent de venir sur Terre, Ëtön eut pour quelque temps encore le droit de les visiter par le même chemin qu'ils avaient emprunté. Mais bientôt cette voie fut rompue: le pont fut brisé, et un gouffre s'étendit entre les deux mondes. Dès lors le déclin du royaume d'Ëtön commença, et il cessa de disposer des forces dont il avait disposé, et de pouvoir résister aux assauts d'Ornicalc.

Tu dois savoir que les hommes mortels sont issus de ceux qui, trahissant leur peuple originel, ont causé la rupture de ce lien, et permis à Ornicalc de vivre sur Terre. Mais c'est une histoire que je te raconterai un autre jour. Tu auras du reste du mal à la croire vraie, ne voyant pas le rapport avec ce que t'ont enseigné les sages de ton monde - et qui n'est pas faux, pourtant, mais ne regarde les choses que par un angle restreint.

Ornicalc vit dans l'abîme qui se tient au-delà de ce défilé, et c'est de cet abîme que ses hordes viennent, sa puissance débordant du bornal comme une marée, comme l'eau boueuse d'un puits lors des crues souterraines que l'hiver connaît. Il faut que nous y pénétrions, et que nous refermions cet abîme, ou placions du moins un mur qui empêche la puissance maléfique de déborder.

Mais cet épisode commence à être long; la suite du discours de Solcum et l'entrée dans le défilé doivent être remis à une fois prochaine!

30/08/2015

Bref repos pour Saint Louis

shadowfax__lord_of_the_horses_by_roxnsox-d2yzxf4.jpgDans le dernier épisode de cette légendaire série, nous avons évoqué le terrible combat du roi saint Louis et de ses sept compagnons - six mortels, un immortel - contre les trois atroces monstres qui les menaçaient, issus de la Lémurie. Les huit hommes étaient parvenus à tuer leurs ennemis, mais certains étaient blessés.

Après avoir aidé Solcum reconnaissant à se relever, saint Louis courut auprès d'Alphonse de Poitiers et Robert d'Artois. Les autres chevaliers le suivaient ou le rejoignirent sans tarder. Solcum vint aussi et ausculta la plaie d'Alphonse; mais il put constater qu'elle était sans gravité, et il l'oignit d'un baume qu'il portait à la ceinture en murmurant d'étranges paroles. Louis fit une bénédiction et tous prièrent Dieu de bien vouloir le rétablir au plus vite. Mais Solcum assura que la plaie se refermerait sans dommage.

La jambe de Robert était bien brisée. Il voulait poursuivre la quête avec son roi, mais celui-ci le lui interdit. Solcum lui fit une attelle solide, oignit aussi sa jambe de son baume, et on l'aida à monter sur son cheval pour qu'il retourne au palais d'Etön et s'y repose juqu'à sa guérison. Afin qu'on fût sûr qu'il s'y rendrait bien, on chargea Imbert de Beaujeu de l'accompagner et de ramener deux chevaux pour remplacer ceux d'Alphonse et de Charles, qui avaient été tués. Quant à celui de Robert, il resterait à l'écurie du Roi, en attendant que son maître, qu'il chérissait, fût rétabli. Qu'on ne s'inquiétât point, dit Solcum: Etön prêterait des chevaux, parmi les meilleurs qu'il possède, semblables à celui qu'il montait d3446401c85519cabeaaca1dbb943a3a.jpglui-même - fils de la bise et d'une jument qui encore passait l'herbe dans les prés royaux: Etön l'avait reçue en don d'un dieu, lorsqu'il s'était rendu dans son palais, au sein de la Lune: il l'avait reçue du grand Ordolün! Et le vent qui l'avait fécondée était un puissant esprit, fils de celui que les anciens Latins nommaient Eólus, mais que Solcum connaissait sous le nom de Timaldír.

Les mortels demeurèrent silencieux, après avoir entendu ces paroles de l'étrange immortel; puis, regardant son cheval, ils remarquèrent à quel point il était beau: sur sa robe blanche couraient de fins éclairs, et ils avaient déjà vu que lorsqu'il s'élançait sur la plaine, des étincelles jaillissaient de ses pieds. Et, telle une flamme, sa crinière ondoyait, éblouissante. Il était bien d'une race divine; il était bien de ceux qu'eût pu monter un ange. S'il avait parcouru les ondes de l'air, ils n'eussent pas été surpris.

Robert et Imbert s'en furent, et les héros, à quelque distance du bûcher érigé pour brûler les cadavres, s'installèrent sur une butte couverte de gazon, et attendirent le matin.

Louis demanda à Solcum plusieurs choses, et ils conversèrent assez tard dans la nuit; Solcum ne semblait aucunement marqué par la fatigue. Il révéla à Louis que les gens de son peuple dormaient peu, et s'ils dormaient c'était différemment des mortels: car leur âme s'échappait de leur corps, à eux aussi, et voyageait à travers les espaces, mais ils demeuraient conscients, tandis que les mortels traversaient les cieux sans sembler voir ce qui était devant eux, comme si leurs yeux étaient vides, ou fermés. Cela avait peut-être un rapport avec un fait étrange: les âmes des mortels gardaient avec leurs corps un lien plus ténu que les âmes du peuple d'Etön. En effet un tel lien existait, semblable à un fil star-dreamers-linda-sannuti.jpgd'or; mais chez les mortels, il s'étirait davantage, et les mortels semblaient curieusement pouvoir aller plus haut, durant leur sommeil; à tel point que Solcum et les siens devenaient incapables de les suivre de leurs yeux, qu'ils entraient dans un mystère pour eux impénétrable. Sans doute avait-on par conséquent préféré les laisser dans l'inconscience: quelle âme eût pu supporter la vision de ces lieux?

De nouveau Louis s'étonna de ces mystérieuses paroles. Il se demanda, aussi, pourquoi Solcum lui faisait ces révélations. Il n'osa penser que ce fût des mensonges destinés à jeter en lui la confusion – et à l'envoûter. Mais que cachaient ces mots obscurs? Pourquoi lui parler de cela maintenant? Cela avait-il un rapport avec sa mission, ou Solcum était-il seulement dans le cas d'aimer bavarder, et de vouloir passer le temps? Il ne répondit rien.

Il sentit le sommeil l'envahir. Quoiqu'il fût troublé des curieuses choses qu'il entendait dire, il ne put s'empêcher de se sentir glisser dans des profondeurs sombres: il se vit comme entouré d'esprits qui le berçaient et le prenaient dans leurs bras, puis s'endormit.

Lorsque le matin vint, et que le soleil se leva, éclairant la plaine et les restes du bûcher et du combat, il s'éveilla, ouvrant les yeux, et aussitôt admira la beauté du pays. Car une étendue immense d'herbe, dans un vallon entre deux montagnes, se montrait à l'est, par où les chevaliers étaient venus la veille; et des fleurs s'y voyaient, et des rochers, et trois rivières descendant les pentes et se rassemblant en bas: une au nord, deux au sud. Une rosée couvrait l'herbe, luisante. Cependant, vers l'ouest, le spectacle était différent: une couleur plus sombre entachait l'étendue de terre, et l'herbe n'était plus si verte, si unie, si belle. Un défilé étroit s'enfonçait entre deux montagnes abruptes, et lorsqu'il eut apprit mountain_pass_by_digitalhadz-d3e76yv.jpgde Solcum qu'ils devaient s'y engager, il s'inquiéta grandement. L'air dans cette direction manquait de pureté; une vapeur lourde rendaient flous les contours, et ternissait les couleurs. Le défilé était sombre, obscur, comme une bouche vague et énorme, ou comme l'ouverture d'un four.

- De mauvais esprits habitent là-bas, dit Solcum; et l'Adversaire en est devenu l'allié; mais même lui les craint. Il leur laisse le champ libre, leur demandant seulement de veiller sur ce passage, et il a passé avec eux un pacte; il les a investis d'une charge qu'ils ont acceptée, en échange de l'indépendance de leur royaume et des âmes qu'ils pourront saisir lorsqu'elles s'efforceront de gagner son domaine. Il a même promis, dit-on, que s'il n'en passait pas, il s'arrangerait pour qu'il en passe - ou en enverrait, les poussant par ses mensonges, les livrant à l'occasion par la force. Mais, sache-le, il n'est point d'autre voie.

Or, ce sont des êtres puissants et malfaisants, qu'il nous faudra affronter - dès qu'Imbert de Beaujeu sera de retour. D'ailleurs, n'est-ce pas lui, que je vois, au fond de l'horizon?

Pour savoir ce qu'il en est, néanmoins, il faudra attendre, chers lecteurs, un nouvel épisode de ces aventures étranges du roi saint Louis au pays des fées. On en saura plus la prochaine fois, je crois bien, sur les êtres terrifiants qui habitent le défilé que nos héros doivent emprunter.

19/06/2015

Saint Louis contre les monstres de Lémurie

url.jpg04.jpgDans le dernier épisode de cette épouvantable série, nous avons laissé notre héros, le roi saint Louis, alors qu'avec ses six compagnons et le divin Solcum, il s'attaquait à des monstres venus de l'antique Mû – de l'obscure cité de Lémurie. Ils étaient tels que des géants, et les flammes de l'enfer s'exhalaient de leur être.

Le premier à les atteindre, monté sur son cheval rapide, fut le vaillant chevalier Robert d'Artois, qui essaya aussitôt de frapper de sa lame celui qui des trois géants était le plus en avant; mais celui-ci leva le bras, et sa grande épée, qui étincelait, l'éblouit; le tentacule ventral du monstre frappa alors au flanc le cheval, qui tomba à terre en hennissant. Robert fut entraîné dans cette chute et sa jambe demeura coincée sous son corps; une douleur en vint, comme si elle était brisée, et il poussa un cri.

Thibaut de Bar l'avait suivi de près; et lui put abattre sa lame sur le monstre. Mais elle n'entama pas son armure luisante; elle rebondit dessus dans une gerbe d'étincelles, et avec un son terrible. D'un revers de son bras, le géant le projeta à terre, et il demeura sonné.

Pendant ce temps, Charles d'Anjou, dont le heaume empanaché luisait à la clarté du soleil couchant, s'était jeté sur le monstre à droite du précédent. Il avait tendu sa lance devant lui, et le géant avait levé son bouclier, pour se protéger; la lance se brisa, et le monstre trancha d'un seul coup de son épée nue les jarrets des pattes antérieures du cheval pommelé que Charles montait. Il s'écroula en hennissant, et le sang jaillit, couvrant la terre. Il battait l'air de ses moignons et de ses sabots postérieurs, et sa bouche écumait affreusement.

Charles, certes, avait été projeté en avant, mais il avait pu rouler sur lui-même. Bientôt il se releva, et, les larmes coulant abondamment sur ses joues, il enfonça son épée jusqu'à la garde dans le cœur de l'animal, qui souffrait plus qu'on ne saurait le dire. Son sang coula une dernière fois sur l'armure fingl.jpgécaillée d'or de Charles d'Anjou, se mêlant sur sa poitrine aux larmes et à la sueur qui ruisselaient de son front et de ses yeux.

Or, le monstre qu'il avait attaqué l'eût tué, si Imbert de Beaujeu ne lui eût donné un coup de lance. Le géant n'avait pas eu le temps de se protéger, et il prit la pointe en pleine poitrine. Il en eut le souffle coupé, et s'affaissa; mais sa peau ne fut pas percée - si dure était-elle, et si épaisse, son armure d'airain!

Saint Louis à ce moment arriva, et, de sa vaillante épée Osdirnur, bénie par l'évêque de Paris monseigneur Guillaume d'Auvergne, puis par le roi des Elfes Etön, il trancha la tête du monstre; le sang jaillit, épais et noir, comme un flot bouillonnant, et en se répandant à terre brûla les plantes qui s'y trouvaient. Car il avait en lui un feu, et il consumait toute chose. Et lorsque Louis en reçut sur le bras, il vit son armure fumer, comme si elle allait être torréfiée aussi. Mais la vertu qu'y avait placée Etön était puissante, et il n'en fut rien. Lorsque Louis scruta l'endroit où le sang avait giclé, il vit à peine terni l'or de ses mailles.

Le combat avait également fait rage entre le troisième monstre, à gauche du premier, et Simon de Nesle et Alphonse de Poitiers.

Simon, comme les autres, avait placé sa lance en avant, mais le monstre, plus vif que sa masse eût pu le laisser deviner, d'un mouvement l'évita; et le chevalier en fut immensément surpris, et cela lui fit knight.jpgperdre l'équilibre, et il tomba de cheval. Alphonse, lui aussi pris au dépourvu, prit peur, et son cheval, le sentant, se cabra en hennissant; et le monstre, ne perdant pas de temps, enfonça sa longue épée brillante dans son flanc, et le transperça, si bien que la pointe atteignit le corps d'Alphonse, et perça son armure au flanc. Mais, quoique le sang jaillît, la blessure ne fut pas profonde: le formidable coup avait été ralenti par le cheval et l'armure.

Alphonse n'en tomba pas moins, et le sang jaillit de sa plaie, et se répandit sur le sol noir. Il poussa un cri de douleur. Et le monstre allait l'achever en écrasant sa tête sous ses pieds étranges, masse informe de tentacules agglutinés, quand le vaillant Solcum intervint. Et de son épée enchantée, il transperça l'épaule du géant, qui en hurla. Il sentait dans sa chair l'éclat, la lumière d'Etön - don du Ciel, grâce des Dieux -, et cette vertu le tourmentait comme un abominable poison, lui, l'être d'ombre, de ténèbres, arraché au mal des âges perdus! Son cri était effroyable, sa voix affreuse. Solcum s'écria: Meurs, vile abomination d'Ornicalc l'Atroce! Et il enfonça l'épée ôtée de l'épaule dans le cœur endurci, dans le cœur noir du géant.

Car voici! ces trois êtres étaient tels que des morts qui avaient conservé la faculté de se mouvoir, et leurs corps étaient durs et mêlés à la terre, et non légers comme ceux des hommes. Le monstre s'écroula, mais il bougeait encore, car le cœur n'était pas sa source de vie première; alors Solcum lui coupa la tête, et il cessa ses spasmes.

Mais le premier des trois monstres à ce moment se jeta sur lui, et le renversa, en hurlant: Tu vas le payer, traître, fils de la Lune infâme, esclave du roi gâteux, serf de la dame putain! Je vais te réduire 6091967a2b3e70cb6f1fcbb9b48563f4.jpgen bouillie, et t'arracher les membres de mes mains. Et il s'apprêtait à lui enfoncer son tentacule ventral dans la bouche, afin de lui arracher la mâchoire et le cœur.

Sa rage fut son erreur; car s'il avait usé de son épée, il eût pu tuer Solcum. Mais il chercha à être cruel, car il se repaissait de la souffrance qu'il infligeait, et il était voué à la magie noire, aux arts infâmes. Saint Louis, en effet, ayant tué son monstre, accourait, suivi de Charles d'Anjou et d'Imbert de Beaujeu; et tous trois se jetèrent ensemble sur le géant, le perçant de coups, et le mettant en pièces, tranchant ses membres. Et la force de Louis durant ce combat avait paru être décuplée, et il brillait, et surtout la croix de son cœur luisait, jetait des feux autour d'elle, se répandant sur tout son corps. Et Solcum, en fut étonné, mais également réjoui, car les prédictions d'Etön semblaient s'accomplir.

Mais voici un épisode excessivement long, dont il faudra remettre la suite à plus tard. La prochaine fois seront expliquées les dispositions prises après ces morts de chevaux et ces blessures d'hommes.