21/11/2016

Saint Louis contre les chevaliers-fées

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Dans le dernier épisode de cette chevaleresque geste, nous avons laissé saint Louis alors qu'il venait d'être attaqué par des chevaliers qui portaient les couleurs d'Ëtön, son allié.

Louis s'écria alors: Mais que faites-vous, ô chevaliers? N'êtes-vous pas de la race de Solcum? Car vous portez les armes des chevaliers d'Ëtön. Or, voyez, nous avons son neveu, le vaillant Solcum, avec nous; il est blessé et comme endormi, et il n'a point besoin de votre assaut, mais de votre aide et de vos soins. Ou pensez-vous qu'il est notre ennemi, et que nous l'avons fait prisonnier?

Le chevalier inconnu répondit: Non pas. Mais nous ne pouvons plus servir un roi qui a fait appel à des mortels et a déshonoré son vaillant neveu en faisant de lui leur guide, sous prétexte de l'aider à conserver son royaume. En vérité, si celui-ci, pour être défendu, a besoin de votre immonde race, mérite-t-il de l'être? Nous avons fait le choix de devenir les chevaliers d'Ornicalc, qui n'est pas l'affreux tyran que certains ont peint, et qui est de noble race; et d'autres l'ont fait, qui ne sont point ici.

Or, la section qui a fait ce choix, et combat à présent Ëtön et ses chevaliers, nous a envoyés vers vous afin d'en finir avec votre engeance et mettre un terme au faux espoir que vous représentez pour Ëtön - et, par là, le sauver de lui-même et conserver Lënipeln pur de votre sang souillé par la Terre périssable.

Je suis heureux que Solcum ne soit pas en état de voir ce qui va se produire. Il ne peut qu'être fidèle à son oncle, cachant ses sentiments sous le vain mot de loyauté. Il nous aurait attaqués, et nous aurions dû le combattre. Or, nous l'estimons toujours. Nous espérons le gagner à notre cause, et le placer sur le trône d'Ëtön.

- Jamais! répondit Imbert de Beaujeu. Non, jamais ce noble chevalier ne trahira le roi son oncle, ni ne suivra dans leur folie des traîtres tels que vous, infâmes marauds qui voilez votre orgueil sous de belles paroles!

- Tu n'es (dit le chevalier qui avait parlé) qu'un fou, Imbert de Beaujeu, un naïf et un sot, comme le sont tous les mortels; aux secrets de Lënipeln tu n'entends rien, et nul ne doit croire qu'il soit louis.jpgséant d'essayer de t'éclairer en rien. Ce qu'il est séant de faire, avec des gens de ta race, je vais te le montrer.

Et, ayant dit ces mots, il saisit un javelot qui était à sa selle, et l'envoya, trait d'argent vif, vers Imbert. Il transperça son écu, et traversa son épaule. Il poussa un cri. Louis, très en colère, piqua son cheval pour le lancer contre le chevalier mauvais. Mais, sur sa droite, un autre vint l'assaillir de sa lance, et il eût été transpercé, si Charles d'Anjou ne l'eût arrêté en l'attaquant sur sa gauche. Il lui assena un coup d'épée puissant, et l'écu du chevalier-fée fut tranché en sa partie supérieure; mais la lame n'atteignit pas le corps.

Le chevalier-fée leva sa lance, et il s'apprêtait à l'abattre sur Charles, quand Simon de Nesle, s'élançant, para le coup de son écu. Et la bataille fut générale, tout le monde se jetant sur tout le monde. Mais les chevaliers mauvais étaient sept, et Louis et ses compagnons n'étaient plus que six. En outre, si les mortels paraissaient plus forts, les chevaliers-fées étaient plus vifs, et difficiles à atteindre.

Les hauberts des uns et des autres résistèrent bien, aidés par les écus et la dextérité de tous; mais bientôt une fine lame d'un chevalier-fée trouva un défaut dans la cuirasse d'Imbert, et son flanc fut transpercé; le sang teignit son armure, et il dut se retirer.

Louis trancha une main qui se levait sur lui, d'un chevalier grand et fort, et à l'armure étrangement teintée de bleu. Mais ce chevalier ne s'en fit pas une occasion de désespérer: à peine semblait-il avoir été marqué par cette avanie. Il plaça son écu sur l'avant-bras droit dont la main avait été coupée, et sortit de son fourreau une longue dague qu'il portait à droite. Et il eût asséné un coup mortel à Louis, enfonçant la lame à la naissance du heaume et dans son cou, s'il n'avait pas été protégé par sa cotte aux mailles finement liées.

Néanmoins il en fut blessé, et meurtri; car si la lame glissa, elle lui fit une estafilade importante, dont le sang jaillit.

Or, Imbert de Beaujeu, qui était jeune et vaillant, voyant que ce chevalier combattait alors qu'il avait perdu la main droite, eut honte de sa faiblesse, et revint au combat. Et il abattit si fortement son épée sur le heaume du chevalier manchot qu'il le brisa et enfonça la lame dans son crâne jusqu'à la bouche, le faisant mourir. Cependant, cet effort avait fait de nouveau jaillir son sang de son flanc, et il s'évanouit, tombant de cheval à la vue des autres.

Saint Louis en fut moult marri, et l'angoisse commença à opprimer son cœur.

Le chevalier enchanté qui s'était d'abord adressé à lui lui dit: Seigneur Louis, rendez-vous! Nous vous raccompagnerons à la porte de votre royaume et du monde des mortels, et vous nous laisserez louis 2.jpgrégler cette affaire entre nous. Cessez de vous mêler des affaires des immortels, partez de ce royaume qui n'est point pour vous, et où vous ne sauriez vivre, ni faire aucun bien!

Louis répondit: Non ferai.

Il savait qu'une défaite d'Ëtön serait dangereuse pour lui aussi, et se répercuterait jusque dans son royaume. Car Solcum lui avait dévoilé que la terre de Lënipeln commandait aux éléments, et qu'une défaite d'Ëtön serait suivie de grands désastres dans la terre des mortels: elle en serait bouleversée en profondeur, la vie y deviendrait difficile, et cela favoriserait la venue et le règne de l'Antéchrist. Tous les hommes s'affronteraient, pris de passions infâmes, et la Terre même tremblerait, et des crues en viendraient, la Seine emportant tout sur son passage, et détruisant Paris. Il ne pouvait l'accepter, et savait qu'il devait jusqu'au bout résister au mal et servir Ëtön dans ce monde enchanté.

Sur ces prophétiques paroles, cher lecteur, cet épisode doit s'arrêter; la prochaine fois, nous verrons comment saint Louis perdit tristement cette bataille, entamant son long chemin de croix.

20/09/2016

Saint Louis et la blessure de Solcum

2f550e9b834935075d1acee0c36d4a60.jpgDans le dernier épisode de cette geste du saint roi Louis, nous avons laissé celui-ci alors que trois guerrières montées sur des aigles d'or venaient de faire fuir trois monstres hideux qui l'attaquaient, et venaient de blesser son allié le chevalier Solcum, neveu d'Ëtön et fée.

Les trois femmes regardèrent un instant les sept compagnons, et voulurent repartir sans dire mot, mais Solcum les arrêta, et leur demanda par quelle grâce elles avaient accouru, et qui elles étaient. L'une des trois, qui disait s'appeler Talaniel, parla et déclara, d'une manière énigmatique, qu'elles y avaient été invitées par leur roi, le seigneur de Noscl, et que celui-ci avait seulement dit avoir été prévenu par Ëtön qu'un secours serait requis, et qu'il savait que ce seigneur disposait d'un ordre de femmes guerrières montées sur des phénix; or, une vieille dette liait les deux rois, et celui de Noscl, Astoldec, était convié à payer ainsi la sienne. À présent c'était fait, peut-être! Car la vie de Solcum, son neveu, et de ses amis avait été sauvée par l'intervention de ces femmes divines, de ces guerrières d'argent que portaient des phénix d'or!

Et, ayant dit ces mots, elle remonta sur le col de l'oiseau, et s'élança dans les airs, suivie de ses deux compagnes.

Solcum les regarda un instant, et demeura songeur. Se reverraient-ils un jour? Il trouvait étrange qu'une si lumineuse apparition, comme était cette Talaniel, s'en fût déjà allée, et qu'il fût possible qu'il ne la revît jamais. Dans la langue des génies, son nom signifiait Étoile d'or, et il se demanda si le ciel la montrait.

Puis il sentit, à l'épaule, une vive douleur. Il s'inclina, et posa un genou à terre. Louis se précipita.

On étendit Solcum, et on tâcha de le soigner, en suivant ses indications. Mais il déclara: Ô amis! À présent me voici diminué. Car sachez que dans l'ongle de ce doigt-lance qui s'est enfoncé dans mon épaule, était un venin immonde, un poison, une souillure qui a corrompu mon sang. Seul Ëtön pourra me soigner complètement. Je suis affaibli, maintenant. Et je ne pourrai plus guider vos pas avec la même précision et le même élan que précédemment. Même, je devrai laisser en arrière mon corps et perdre conscience, afin de limiter la progression du poison. Je serai parmi vous comme somnolent, et ne pourrai vous parler que depuis le monde du rêve. Il me deviendra impossible de combattre, ou de tenir de longs discours. Il faut que vous l'acceptiez. Dorénavant vous êtes seuls en ce pays pour vous inconnu.

Saint Louis demanda alors s'il voulait qu'ils le ramènent à Lënipeln, comme il avait été fait de Robert d'Artois son frère. Mais Solcum répondit que cela était impossible, car les monstres du défilé guettaient toujours, et les trois guerrières, sans qu'ils le vissent, avaient tracé un cercle les protégeant, mais s'ils le franchissaient, ils seraient à nouveau la proie de ces créatures immondes. Il fallait qu'il les suivît, mais il ne pouvait plus être le chef de l'expédition; il n'en avait plus la force, n'en avait plus ses moyens. Louis devait désormais assumer son rôle de roi, et guider sa troupe avec autorité, même dans ce pays d'immortels qu'il n'avait jamais vu; il devait considérer qu'il était une partie de la France, et que son sceptre y avait le même pouvoir que celui d'Ëtön. Que les peuples de ces lieux le méprisassent à cause de sa faible nature ne devait pas l'empêcher d'imposer l'éclat de son épée, de faire triompher le lys de son écu.

Or, ayant dit ces mots, et sans tomber à terre, il inclina la tête, et parut s'endormir. Car il ne dit plus rien, et était pareil à une statue. Toutefois, lorsque les hommes le relevèrent, il se laissa faire, à la façon d'un 473f2891c5cddebefbb9bba0e3b35ae3.jpgsomnambule, et se laissa hisser sur son cheval, qui l'emmena; et il se tenait normalement sur lui, mais il maintenait la tête baissée, et les yeux fermés, et ne voyait rien, n'entendait rien, ne disait rien.

Les chevaliers soupirèrent et se regardèrent angoissés, mais saint Louis, par des mots de réconfort, les encouragea à poursuivre leur route, et ils repartirent vers l'Ouest.

Ils cheminèrent quelque temps. Le défilé, derrière, s'éloignait, et les montagnes s'abaissaient, tandis que devant eux une plaine aride, en friche, mais sèche, s'étendait. Soudain, loin devant, face aux nuages rougeoyants du soleil qui à présent se couchait, ils virent cinq chevaliers montés sur des chevaux bondissants, et qui, par leurs armes et leurs insignes, mais aussi par leur manière de chevaucher, leur rappelèrent Solum et son peuple. Ils en furent heureux, pensant trouver des amis, mais étonnés aussi, car ils se demandaient pourquoi ces cinq chevaliers isolés revenaient vers l'Est, alors que la bataille au fond de l'Ouest, leur avait dit Ëtön, faisait rage. Étaient-ils des messagers? Ils ne tarderaient pas à le savoir. Les chevaliers approchaient.

Les cinq mortels de France les saluèrent, lorsqu'ils furent à portée de voix, mais les autres, au lieu de répondre, tirèrent leurs épées, qui étincelèrent à la clarté du soleil vespéral, et s'élancèrent vers eux, comme pour les combattre.

Les Français, quoique déçus et surpris, ne se laissèrent pas submerger par leurs sentiments, et tirèrent aussi leurs épées. Le premier des chevaliers étranges abattit son arme sur le heaume de Louis, qui se protégea de son blouclier, et riposta. Son épée glissa sur le haubert de l'autre sans l'entamer, mais le coup fit reculer le cheval, car il avait été vaillamment porté.

Mais cet épisode commence à être long, et il faudra attendre pour connaître la suite, et suivre la bataille furieuse qui eut lieu entre les deux camps.

17/07/2016

Saint Louis et la riposte des monstres

william_blake_-_the_great_red_dragon_and_the_woman_clothed_in_sun (2).jpgDans le dernier épisode de cette fascinante série, nous avons laissé saint Louis, Solcum et leurs compagnons français alors que, dans la terre enchantée d'Ëtön, ils combattaient un monstre effroyable, au sein d'un passage noir. Et ce monstre, de la race des Immirth, venait de se faire couper le doigt crochu par Imbert de Beaujeu.

L'Immirth hurla plus fort encore que précédemment. Et cela résonna dans tout le passage, et bien au-delà. Les cheveux des guerriers se dressèrent sur leur tête. Jamais ils n'avaient entendu la voix de l'enfer, songeaient-ils: à présent elle arrivait à leurs oreilles!

Néanmoins, pour le monstre, c'en était trop. Il décida d'aller réveiller ses frères, afin d'attaquer avec eux cet ennemi plus puissant qu'il ne l'avait jugé d'abord. Et il recula, et se fondit dans l'ombre dont il était sorti, et cette ombre repartit dans la faille dont elle avait jailli, comme mue par de lentes ailes.

Courez, s'écria Solcum, car il va revenir avec ses frères, qu'il est parti réveiller! Ne croyez pas qu'il soit seul. Il était certainement préposé à la garde du passage, et a cru pouvoir disposer de nous sans l'aide des autres, résoudre ce problème qui se posait à lui par ses propres forces. Mais il va revenir secondé par d'autres pareils à lui, soyez-en sûrs!

Les chevaliers éperonnèrent leurs chevaux, et s'en furent. Solcum les rejoignit après être remonté sur son coursier. Mais derrière lui trois ombres cette fois s'élancèrent, laissant apparaître trois monstres pareils au précédent, qui était d'ailleurs l'un des trois: il se tenait au milieu et on le reconnaissait à son doigt tranché, d'où s'écoulait un étrange sang mauve. Ils étaient furieux, et prêts à se jeter ensemble sur les chevaliers.

Solcum, sentant derrière lui leur présence, arrêta son cheval et se retourna, pour leur faire face et donner aux chevaliers francs le temps de s'échapper. Il sortit son épée du fourreau, et elle fut telle qu'un trait de feu blanc dans l'obscurité dont déjà l'entouraient ces monstres.

L'un de ceux-ci tenait une lance, qui prolongeait comme naturellement sa main, semblable à un immense doigt au bout duquel s'étirait un ongle acéré et aiguisé et rouge comme le sang; il bondit vers Solcum en pointant sur lui cette arme, et le chevalier d'Ëtön para de son épée, et des étincelles jaillirent. Le choc fut si rude que Solcum sentit un grand froid pénétrer son bras, et dut lâcher son arme.

La lame n'était point brisée, car elle venait du pays d'Ëtön – celui qu'on nomme Lënipeln. Elle avait, dit-on, été forgée par Vurnarïm dans un fer tombé du Ciel, et, d'abord offerte à Ëtön, il l'avait à son tour confiée à Warrior Fighting Archer Sword Weapon Bow Monster Fantasy HD Wallpaper Backgrounds Image Photo Picture.jpgSolcum, son cher neveu, car voici! il mettait de grands espoirs dans ses prouesses. Mais l'adversaire aujourd'hui était puissant. Il dépassait en taille et en monstruosité le précédent assaillant, qui déjà poursuivait son chemin vers saint Louis, qu'il haïssait particulièrement.

Solcum, dont le bras était gourd, allait subir un nouvel assaut de l'ennemi quand celui-ci reçut une flèche empennée de bleu. C'était Imbert de Beaujeu qui, ayant pris l'arc qui pendait à sa selle, avait jeté ce trait. Car les six chevaliers mortels s'étaient arrêtés et retournés, ne voulant point laisser Solcum entre les mains des monstres. Mais, ce faisant, n'avaient-ils point scellé leur vie?

La flèche n'arrêta le monstre qu'un instant. Il l'arracha sans peine de sa poitrine, où elle ne s'était enfoncée qu'à peine, son cuir étant dur comme du bois. Solcum s'était jeté à terre pour ramasser son épée, mais l'ignoble créature jeta devant elle son doigt long et crochu, et il eut à peine le temps de l'esquiver en bondissant en arrière. La pointe s'enfonça dans le sol, et Solcum en profita pour lui donner un coup d'épée de toutes ses forces. Une flamme blanche jaillit, et le doigt-lance fut tranché, et le monstre hurla.

Mais, ô Dieux! de la main gauche il fit soudain jaillir une semblable arme, et l'enfonça dans l'épaule gauche de Solcum, qui n'eut pas le temps de l'esquiver. Les mailles de son haubert se brisèrent et son sang, blanc comme le lait, jaillit de la plaie en jetant une sorte de clarté qui étonna fort les six mortels.

Cependant, saint Louis n'avait point le temps de s'interroger sur cette étrangeté, car les deux autres monstres étaient déjà sur lui et ses compagnons. Il s'apprêtait à résister à leur assaut du mieux qu'il th.jpgpourrait, mais, voyant blessé Solcum et connaissant la puissance de ces êtres, il désespérait quand, soudain, il entendit un cri venant d'en haut, et vit trois guerrières éclatantes, revêtues de hauberts brillants, et montées sur des aigles d'or, ou ce qui y ressemblait: Louis se demanda s'ils étaient de ces oiseaux qu'on appelle aussi phénix, car ils ressemblaient aux images qu'on lui en avait montrées, et aux récits qu'on lui en avait faits.

Rapidement elles descendirent jusqu'à terre, et lancèrent un assaut fulgurant sur les trois monstres. Ceux-ci, effarés, reculèrent. Elles avaient des épées étincelantes et des boucliers luisants, que les coups des créatures ne perçaient pas, et leurs épées, en revanche, transperçaient l'épaisse couche de cuir qui les revêtait et faisaient jaillir un sang mauve de leurs plaies hideuses.

Cette fois les monstres eurent leur compte. Ils s'enfuirent en lançant de terribles imprécations.

Mais long commence à être cet épisode, ô lecteur, et il faudra, pour connaître la suite, attendre un petit peu.