17/07/2016

Saint Louis et la riposte des monstres

william_blake_-_the_great_red_dragon_and_the_woman_clothed_in_sun (2).jpgDans le dernier épisode de cette fascinante série, nous avons laissé saint Louis, Solcum et leurs compagnons français alors que, dans la terre enchantée d'Ëtön, ils combattaient un monstre effroyable, au sein d'un passage noir. Et ce monstre, de la race des Immirth, venait de se faire couper le doigt crochu par Imbert de Beaujeu.

L'Immirth hurla plus fort encore que précédemment. Et cela résonna dans tout le passage, et bien au-delà. Les cheveux des guerriers se dressèrent sur leur tête. Jamais ils n'avaient entendu la voix de l'enfer, songeaient-ils: à présent elle arrivait à leurs oreilles!

Néanmoins, pour le monstre, c'en était trop. Il décida d'aller réveiller ses frères, afin d'attaquer avec eux cet ennemi plus puissant qu'il ne l'avait jugé d'abord. Et il recula, et se fondit dans l'ombre dont il était sorti, et cette ombre repartit dans la faille dont elle avait jailli, comme mue par de lentes ailes.

Courez, s'écria Solcum, car il va revenir avec ses frères, qu'il est parti réveiller! Ne croyez pas qu'il soit seul. Il était certainement préposé à la garde du passage, et a cru pouvoir disposer de nous sans l'aide des autres, résoudre ce problème qui se posait à lui par ses propres forces. Mais il va revenir secondé par d'autres pareils à lui, soyez-en sûrs!

Les chevaliers éperonnèrent leurs chevaux, et s'en furent. Solcum les rejoignit après être remonté sur son coursier. Mais derrière lui trois ombres cette fois s'élancèrent, laissant apparaître trois monstres pareils au précédent, qui était d'ailleurs l'un des trois: il se tenait au milieu et on le reconnaissait à son doigt tranché, d'où s'écoulait un étrange sang mauve. Ils étaient furieux, et prêts à se jeter ensemble sur les chevaliers.

Solcum, sentant derrière lui leur présence, arrêta son cheval et se retourna, pour leur faire face et donner aux chevaliers francs le temps de s'échapper. Il sortit son épée du fourreau, et elle fut telle qu'un trait de feu blanc dans l'obscurité dont déjà l'entouraient ces monstres.

L'un de ceux-ci tenait une lance, qui prolongeait comme naturellement sa main, semblable à un immense doigt au bout duquel s'étirait un ongle acéré et aiguisé et rouge comme le sang; il bondit vers Solcum en pointant sur lui cette arme, et le chevalier d'Ëtön para de son épée, et des étincelles jaillirent. Le choc fut si rude que Solcum sentit un grand froid pénétrer son bras, et dut lâcher son arme.

La lame n'était point brisée, car elle venait du pays d'Ëtön – celui qu'on nomme Lënipeln. Elle avait, dit-on, été forgée par Vurnarïm dans un fer tombé du Ciel, et, d'abord offerte à Ëtön, il l'avait à son tour confiée à Warrior Fighting Archer Sword Weapon Bow Monster Fantasy HD Wallpaper Backgrounds Image Photo Picture.jpgSolcum, son cher neveu, car voici! il mettait de grands espoirs dans ses prouesses. Mais l'adversaire aujourd'hui était puissant. Il dépassait en taille et en monstruosité le précédent assaillant, qui déjà poursuivait son chemin vers saint Louis, qu'il haïssait particulièrement.

Solcum, dont le bras était gourd, allait subir un nouvel assaut de l'ennemi quand celui-ci reçut une flèche empennée de bleu. C'était Imbert de Beaujeu qui, ayant pris l'arc qui pendait à sa selle, avait jeté ce trait. Car les six chevaliers mortels s'étaient arrêtés et retournés, ne voulant point laisser Solcum entre les mains des monstres. Mais, ce faisant, n'avaient-ils point scellé leur vie?

La flèche n'arrêta le monstre qu'un instant. Il l'arracha sans peine de sa poitrine, où elle ne s'était enfoncée qu'à peine, son cuir étant dur comme du bois. Solcum s'était jeté à terre pour ramasser son épée, mais l'ignoble créature jeta devant elle son doigt long et crochu, et il eut à peine le temps de l'esquiver en bondissant en arrière. La pointe s'enfonça dans le sol, et Solcum en profita pour lui donner un coup d'épée de toutes ses forces. Une flamme blanche jaillit, et le doigt-lance fut tranché, et le monstre hurla.

Mais, ô Dieux! de la main gauche il fit soudain jaillir une semblable arme, et l'enfonça dans l'épaule gauche de Solcum, qui n'eut pas le temps de l'esquiver. Les mailles de son haubert se brisèrent et son sang, blanc comme le lait, jaillit de la plaie en jetant une sorte de clarté qui étonna fort les six mortels.

Cependant, saint Louis n'avait point le temps de s'interroger sur cette étrangeté, car les deux autres monstres étaient déjà sur lui et ses compagnons. Il s'apprêtait à résister à leur assaut du mieux qu'il th.jpgpourrait, mais, voyant blessé Solcum et connaissant la puissance de ces êtres, il désespérait quand, soudain, il entendit un cri venant d'en haut, et vit trois guerrières éclatantes, revêtues de hauberts brillants, et montées sur des aigles d'or, ou ce qui y ressemblait: Louis se demanda s'ils étaient de ces oiseaux qu'on appelle aussi phénix, car ils ressemblaient aux images qu'on lui en avait montrées, et aux récits qu'on lui en avait faits.

Rapidement elles descendirent jusqu'à terre, et lancèrent un assaut fulgurant sur les trois monstres. Ceux-ci, effarés, reculèrent. Elles avaient des épées étincelantes et des boucliers luisants, que les coups des créatures ne perçaient pas, et leurs épées, en revanche, transperçaient l'épaisse couche de cuir qui les revêtait et faisaient jaillir un sang mauve de leurs plaies hideuses.

Cette fois les monstres eurent leur compte. Ils s'enfuirent en lançant de terribles imprécations.

Mais long commence à être cet épisode, ô lecteur, et il faudra, pour connaître la suite, attendre un petit peu.

14/05/2016

Saint Louis et la bataille du passage noir

02.jpgDans le dernier épisode de cette effrayante série, nous avons laissé nos héros (saint Louis, Solcum et leurs compagnons) alors que, dans le passage noir menant au champ de bataille contre Ornicalc, ils se trouvaient devant un monstre hideux.

Solcum prononça avec force plusieurs mots dans une langue étrange, que saint Louis ne connaissait point. Ce n'était ni du latin, ni du grec, ni de l'allemand, ni aucune autre langue qu'un homme mortel eût pu parler; car les sons en étaient curieusement fluides, harmonieux, presque comme de la musique. Et la bête le regarda en sifflant, car dans ces mots était un commandement, rappelant la royauté d'Ëtön.

Louis espéra que cela suffirait à la dompter, et à la faire rentrer dans son terrier, mais ce ne fut pas le cas: elle resta devant eux, droite et grande, et ses yeux brillaient d'un éclat intense, en fixant le fils de Segwän. Et ils ne clignaient point, et le feu sembla redoubler de force; une haine sans doute pénétrait l'être immonde, au souvenir d'Ëtön et des siens.

Pourtant, ces mots de Solcum semblèrent repousser les ténèbres qui entouraient la bête comme une brume. Et Louis et ses cinq compagnons sentirent leur cœur s'alléger. Une main qui pesait sur eux avait comme desserré son étau.

Les plus vaillants, outre Louis, étaient Alphonse et Charles, car la force de leurs chevaux les maintenait courageux eux-mêmes, comme s'ils la leur eût communiquée. Sentant leur monture rester ferme, ils étaient plus hardis.

Ils tirèrent leurs épées du fourreau; Louis fit de même. À leur tour Simon, Imbert et Thibaut firent briller dans leurs mains les lames qu'avait bénies l'évêque de Paris, Guillaume d'Auvergne. Les lettres gravées sur elles, chères à leur cœur, vouaient leurs épées à leur saints de prédilection; et ils les virent s'allumer, et leur courage revint. Le monstre alors cligna des yeux et les tourna vers eux, comme si l'éclat de ces lames The-Thing-Christopher-Shy.jpgl'offusquait. Et sa bouche s'ouvrit grande, devint énorme, et voici! six serpents en sortirent, qui s'élancèrent vers les six hommes mortels: Solcum avait été excepté, protégé, peut-être, par les mots qu'il avait prononcés, et son titre d'homme d'Ëtön.

Les six vaillants de France levèrent leur écu pour empêcher les serpents, qui étaient noirs et féroces, de les saisir. Mais ils s'enroulèrent aussitôt autour de leur bras et de l'écu. Et, malgré les mailles et la broigne de peau de cerf, ils sentirent, lorsque les serpents touchèrent leurs bras, comme une brûlure atroce, et ils eussent durement souffert, si Solcum ne s'était élancé, et, plus vif que l'éclair, faisant tournoyer son épée, n'eût tranché la tête de trois de ces serpents, ceux qui étaient parvenus à s'enrouler autour des bras, quittant l'écu. Les trois autres étaient maintenus par celui-ci, et la lame vive des chevaliers. Or l'épée de Solcum avait été si éclatante, dans son mouvement rapide, que Louis crut qu'elle s'était changée en feu.

Il était l'un des trois qui étaient parvenus à maintenir leur serpent sur l'écu, sans qu'il progressât sur le bras ou vînt sur le cou, comme c'était son but. Il s'était produit quelque chose d'étrange. Dès que le serpent avait touché l'écu, la croix suspendue au cou du roi de nouveau s'était mise à luire, et le serpent avait eu un mouvement de recul et d'horreur, et, précautionneux, comme s'il craignait ce bijou, ondulait sur l'écu en poussant des sifflements, attentif au coup qui lui serait donné et se préparant à l'esquiver. Une crainte mêlée de colère était en lui, donnant à ses mouvements des coups saccadés qui trahissaient son excitation. Dès lors Louis put lui trancher la tête de sa bonne épée Sédrilen.

Imbert et Charles se débattaient avec leur ennemi, et le premier put s'en débarrasser comme l'avait fait Louis, étant jeune et plein de vigueur, mais Louis dut venir en aide à son frère, et il donna un coup d'épée qui arracha le serpent de l'écu et le fit tomber à terre. Or, le cheval de Charles alors bondit et le piétina, le faisant url.jpg69.jpgmourir et le déchirant de son sabot étincelant.

Le phénomène étrange qui s'était déroulé lorsque la croix de Louis s'était illuminée n'avait pas échappé au monstre, ni à Solcum. L'Immirth en parut surpris, et, soudain, inquiet; l'œil de l'homme d'Ëtön s'alluma, comme si un espoir était né en lui.

Mais cela ne dura qu'un instant; le monstre chassa apparemment de son esprit la pensée qui y était venue, car aussitôt il se déploya et étendit ses ailes et ses bras, qui étaient au nombre de six, mais qui ne différaient pas de ses jambes, de telle sorte qu'il était pareil que les araignées, en ce qu'il avait huit bras. Sa rage semblait décuplée par la résistance des chevaliers.

Or, il était si furieux, et si surpris par la vaillance de ces mortels, qu'il en oublia Solcum, qui se tenait à sa droite. Et celui-ci, qui déjà avait rencontré quelques-uns de ses pareils, ne lui laissa pas le temps de lancer devant lui ses ongles semblables à des lanières de feu. Il bondit, et asséna sur son dos noir un coup de son épée étincelante.

Un cri terrifiant sortit de la gueule énorme du monstre. Il jeta deux mains vers Solcum, qui, protégé par son armure, ne fut pas transpercé par les longs ongles, mais projeté sur le mur derrière lui, son cheval tombant à terre.

Cependant, Imbert, n'écoutant, comme on dit, que son courage, s'élança à son tour, et abattit son épée sur le bout d'une de ses mains gauches, à la base d'un des ongles-lanières. Et le coup fut si vigoureusement asséné qu'il trancha le doigt infect.

Sur ces mots, chers lecteurs, il faut laisser là cet horrible récit de bataille.

08/03/2016

Saint Louis et le monstre du passage noir

whelan-wall.jpgDans le dernier épisode de cette terrifiante série, nous avons laissé saint Louis et ses six compagnons alors qu'ils avaient commencé à traverser un dangereux passage que des monstres hantaient.

Les parois de pierre étaient lisses, noires, ruisselantes, et très rapprochées. Elles ressemblaient à des murs que le temps, en les usant, eût rendu tels que des falaises naturelles. Comme le passage était étroit, les chevaliers étaient contraints d'aller les uns à la suite des autres, en une file; s'ils s'arrêtaient, deux pouvaient se mettre côte à côte, mais lorsque les chevaux avançaient, ce n'était point possible, car ils se fussent gênés.

Le chemin n'était pas droit; il ondulait entre des pierres écroulées, et il fallait contourner des morceaux des parois qui s'étaient détachés, ou parfois passer par dessus, en grimpant, ou en sautant. Alors ils devaient prendre quelque élan.

Le long des murs, bientôt, ils virent des ouvertures, à présent irrégulières, mais qui avaient été, jadis des arches soigneusement découpées. Des traces d'ornementation se voyaient encore.

Saint Louis regarda avec étonnement ces sortes de puits latéraux, et Solcum se retourna vers lui et plaça le doigt sur la bouche, afin qu'il ne s'enquière pas de ce qu'il en était, et que nulle parole ne franchît la porte de ses lèvres. Louis pensa qu'il s'agissait sans doute des loges destinées aux gardiens qui se tenaient là au temps glorieux où les Immortels du Ciel et les Immortels de la Terre se rencontraient en passant par cette route. Il se demanda si elles contenaient encore quelque chose, du mobilier, ou des êtres, et si c'est là que vivaient les êtres malfaisants dont avait parlé Solcum. S'il en avait été autrement, du reste, eût-il reçu l'injonction de ne pas prononcer un mot? Il sentit une angoisse pénétrer dans son cœur; un silence pesant régnait en ces lieux. À présent, il lui semblait, même, que le pas de ses chevaux était étouffé, comme s'il s'était posé sur de la terre meuble, ou qu'un brouillard épais empêchât les sons de se répandre. On voyait pourtant clairement devant soi; mais l'air réellement s'était épaissi. Les hauteurs de la montagne paraissaient se rapprocher, à leur sommet, et former un poids sur ses épaules et celles de ses amis.

Il se sentit scruté; un regard fiévreux jetait d'en haut ses flèches. Louis eut de la peine à faire avancer son cheval, qui ralentissait; il n'osait bouger, pour le frapper de ses éperons. Un sort avait dû lui être jeté. Il tenta de se recueillir en lui-même, et d'y trouver la force qui lui avait été ôtée. Il songea à saint Martin, dont les vertus avaient si souvent secouru les rois. Sa puissance rayonnait-elle encore, dans ce pays étrange? Hélas! comment pouvait-il en douter? Ne la tenait-il pas de Jésus-Christ, le roi du monde?

Soudain, d'une des ouvertures latérales vint une odeur infecte, qui bientôt devint insupportable. L'air en fut saturé, et une ombre descendit sur l'âme de Louis. Une obscurité se fit autour des sept braves. Et d'une ouverture, une ténèbre plus noire encore s'exhala. Il sembla au fils de Blanche que l'ombre s'était cristallisée, 6256ab013539c11f94cf674a7f239ebb.jpgsolidifiée, qu'elle avait pris forme et s'était épaissie, pareille à une fumée qu'eût mue une volonté propre. Son cheval recula, hennit, frappé de terreur. Les autres chevaux venus de France eurent la même réaction; seuls les trois chevaux venus des écuries d'Ëtön, et que montaient sire Solcum, sire Charles et sire Alphonse, se tinrent calmement sur leurs pieds, étant de nature fée. Déjà sans doute ils avaient croisé et combattu ces êtres incertains, nés de l'abîme. Et puis n'étaient-ils pas nés de Timaldír, seigneur du vent d'Ouest?

Louis maîtrisa son fidèle coursier, qu'il nommait Crin de Neige, parce qu'il était blanc, et qui était, tout de même, l'un des plus courageux et vaillants de tous les chevaux mortels, et, de la nuée sombre, il crut voir une forme distincte apparaître, qui le fit se plier en deux. Car dans son ventre s'était créé à cette vue un vide; un froid était entré.

Quatre points flamboyants, rouges et ardents, s'allumèrent au sommet de l'apparition; il s'agissait sans doute d'yeux.

Les contours du corps ne ressemblaient à rien de ce que Louis avait vu sur Terre, ni aux monstres qu'il avait déjà combattus et dont les jambes étaient des tentacules. C'était pourtant un trait commun avec cet être-ci; mais la silhouette générale était différente, et les jambes, effilées, n'étaient point posées sur le sol mais suspendues dans l'air proche.

Au-dessus de ses épaules des jets continus de feu noir figuraient des ailes. Et quand sa bouche s'ouvrit, Louis la vit immense, et luisant d'une lueur de braise, en ses profondeurs.

Avait-il des bras? Il se dilatait sur les côtés en tentacules effilés, qui ne semblaient point avoir une forme régulière. S'agissait-il de ses ongles? Au bout, comme de longues lanières brillantes fouettaient l'air.

Dans ses ailes déployées il vit bientôt des reflets bleus, comme si une puissance secrète les habitait, qui ne fût pas simplement de l'ombre. Un reste de grandeur, de la gloire passée, hantait cette forme qui respirait la haine, le dépit, le goût du sang. Car pour elle, il faut le savoir, les races qui avaient succédé à la sienne n'étaient rien; elles devaient seulement la nourrir, l'alimenter, la maintenir en vie. Et les temps qui l'avaient plongée dans les ténèbres et donné le gouvernement du monde aux hommes immortels étaient injustes, et marquaient la volonté de dieux faux, de dieux traîtres, qu'un jour le destin ferait disparaître. Aussi était-elle sans pitié.

Mais cet épisode commence à être long; la prochaine fois, nous assisterons à une furieuse bataille avec cêt être!