18/10/2012

Le sommeil de Momulk

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Dans le dernier épisode, je disais que Captain Savoy avait déposé le corps endormi de Mirhé Maumot - l’alter ego  de Momulk - devant la porte de son lieu de travail, un collège d’enseignement classique, afin que le matin qui suivrait, il fût découvert et qu’on le prît en charge: en effet, divorcé, il vivait seul, et si le héros l’avait laissé dans son appartement privé, personne ne se serait aperçu de rien, ses blessures n’eussent pu être soignées et il eût tristement dépéri.
 
Au matin qui suivit cette incroyable aventure de la première transformation de Mirhé Maumot en Momulk, et alors que le soleil s’était levé depuis peu, celui-ci fut découvert inanimé, allongé sur le sol, devant la porte d’entrée du collège, par le Principal même! De fait, il vivait dans l’appartement de service de l’établissement, et durant la nuit - ou du moins aux aurores -, il avait vu comme un éclair à sa fenêtre et entendu comme un grondement sourd; mais naturellement, il n’avait pas soupçonné que ce pût être Captain Savoy: il crut à un orage. Il fut juste surpris de ne pas entendre la pluie tomber. Et il le fut encore plus quand - tout de même intrigué et se demandant s’il s’était réellement agi d’on orage - il poussa le rideau de la fenêtre qui donnait sur le parking, et vit une forme noire, qui avait l’air d’un homme recroquevillé, appuyée contre la porte. Mais il crut n’y voir pas clair, et alla se recoucher.
 
Cependant, il ne put fermer l’œil. Et il décida d’aller travailler un peu pour ne pas perdre son temps à ressasser de vaines pensées dans son lit. Quand il sortit, il était donc très tôt, et c’est alors qu’il découvrit l’un des professeurs de son établissement, celui-là même qui avait disparu, à la stupeur de tous, la veille lors d’une visite du CERN qu’avait accompagnée un accident - à l’issue duquel, fort heureusement, aucun élève n’avait été porté manquant. Mais personne n’avait pu retrouver Mirhé Maumot, et on se demandait ce qu’il était devenu. On avait même prévenu la police, essayé de téléphoner chez lui, en vain; et pour cause!
 
Quand il le vit sur le pas du portail, le principal du Collège fut donc abasourdi. Mais le plus extraordinaire fut ceci: il vit une forme fantomatique, à côté de Mirhé Maumot, comme si son âme se détachait de son corps; elle était dans une brume, et elle brillait faiblement. Mais en réalité, c’était l’ombre de Captain Savoy - qui savait se rendre invisible aux hommes. Il avait attendu jusqu’à ce qu’il fût sûr que Mirhé pût être pris en charge. Se voyant aperçu, dans son apparence transparente, cristalline - ou du moins diaphane - et nimbée d’une aura lumineuse pareille à une vague nuée, il s’effaça complètement, et s’élança dans le ciel. Le Principal ne le vit pas: car, croyant rêver, il se frotta les yeux, et l’instant d’après, Captain Savoy avait disparu. Le brave homme crut cependant que Mirhé Maumot était mort, et qu’il avait vu son fantôme; il était loin de comprendre ce qui s’était réellement passé.Nativite_Campin_Vierge_geertgen_tot_sint_jans_Bergers.jpg Un bref instant, une force inconnue le contraignit à tourner la tête vers le ciel, comme si on l’avait appelé depuis ces hauteurs; et il vit une chose étrange, mais qui ne lui donna pas l’impression d’avoir le moindre rapport avec Mirhé Maumot: une étoile filante qui s’en allait vers le sud et l’est. Il se demanda en souriant s’il devait faire un vœu, et puis se reprocha cette pensée, et courut voir si son cher professeur de français était bien mort, comme il le supposait. Mais il hésitait: la mort fait toujours reculer. Or, à cet instant, les paupières de Mirhé battirent, et il se mit à gémir, et à prononcer deux ou trois mots incompréhensibles pour le brave principal du Collège, M. Saumat. Il disait: Captain… Ô Captain Sav… M. Saumat crut qu’il délirait.
 
Mais au moins pouvait-il constater qu’il était bien vivant: il courut vers lui, et l’appela à voix forte: M. Maumot! M. Maumot! M’entendez-vous? Oh, Seigneur!
 
Et alors, il attrapa son téléphone portable, et passa un coup de fil à la gendarmerie, à laquelle il demanda de venir au plus vite. Il appela également les pompiers, pour qu’ils emmènent le professeur à l’hôpital. Et dès que la secrétaire apparut, il lui raconta tout. Car elle venait d’arriver et avait poussé un cri, en voyant M. Maumot allongé sur le sol. Elle avait toujours eu à son endroit une certaine affection, même si elle le trouvait fantasque et bizarre - certains de ses discours étant par trop échevelés. Mais il avait de l’humour; cela faisait parfois passer le reste. Bref, elle cria, mais M. Saumat l’apaisa en lui racontant qu’il allait bien - même s’il n’en savait rien -, et c’est sur ces mots prononcés par lui qu’arrivèrent les pompiers, qui l’emmenèrent à l’hôpital d’Annemasse, et les gendarmes, qui prirent la déposition de M. Saumat et de sa secrétaire - laquelle portait le nom de Caroline Périaps. Ce qu’il advint ensuite sera narré une autre fois à l’aimable lecteur.

31/08/2012

Le rachat de Momulk

hague13_reststop.jpgOr, après avoir fait enchaîner le terrible Momulk dans les profondeurs du mont Salève, Captain Savoy resta incertain sur ce qu’il devait faire. Il se demandait s’il devait laisser le monstre dans l’éternité obscure du gouffre des gnomes, ou s’efforcer de le guérir. Au moment même où il se posait ces questions, un gnome à l’armure argentée vint le voir: la nuit était tombée, la lune brillait, et le haubert du gnome luisait d’une façon étonnante; on eût dit que les astres s'y reflétaient, comme si les mailles de métal clair eussent été serties de mille diamants possédant leur propre lumière. De l’or, aussi, semblait y être placé, ou y passer brièvement. Et le gnome aux yeux profonds et brillants lui déclara que le monstre avait changé d’apparence et avait repris celle d’un homme, ainsi que ses gardiens avaient pu le constater; et il invitait Captain Savoy à en faire l’observation par lui-même.
 
Le héros descendit du rocher sur lequel il s’était assis afin de se reposer de son dur combat, détournant les yeux du spectacle auguste qu’il avait contemplé: le soleil se couchant par delà les monts Jura, jetant ses lueurs rouges sur les nuages et la partie orientale du lac, et les villes de Genève et d’Annemasse allumant leurs lanternes dans la nuit qui tombait peu à peu, dans le soir qui emportait tout dans son manteau royal.
 
Il suivit le gnome, entra dans la grotte qui servait de portail à leur obscur royaume, et pénétra dans un palais bâti de pierreries et de cristaux.1440077.jpg Il parvient jusqu’au trône du roi nain, qu’il salua et remercia de l’avoir aidé à maîtriser Momulk; puis, tous deux allèrent ensemble voir Mirhé Maumot enchaîné, plongé dans l’obscurité, et ne saisissant rien de ce qui lui arrivait. Quant à Captain Savoy et au roi des gnomes, ils pouvaient le voir même dans la nuit, car leurs yeux éclairaient ce qu’ils regardaient, bien que ce qu’ils regardaient ne pût voir cette lumière, si ce n’est en état de clairvoyance: alors on pouvait distinguer que ces yeux brillaient comme des lanternes!
 
Captain Savoy, voyant Mirhé Maumot et constatant qu’il avait repris, pour le moment, sa nature véritable, décida de tisser autour de lui un charme destiné à l’endormir afin de l’emporter sans qu’il s’aperçoive de rien. Il le fit, Mirhé ferma les yeux, et le héros le souleva et le prit dans ses bras. Alors, il remercia une nouvelle fois le maître et roi des gnomes, lui promit une visite prochaine de l’ange de cette terre, qui devait depuis longtemps lui apporter des élixirs célestes pour prolonger la vie des gnomes et leur donner la force de forger le pont aux mille pierres précieuses qui leur permettraient de rejoindre la terre des dieux; puis, il s’en fut vers le lieu d’habitation de Mirhé Maumot, au pied des Voirons, dans une vallée d’émeraude dont le nom est resté mystérieux jusqu’à ce jour; car Mirhé demeurait dans le chef-lieu de cette vallée.2145271-silver_surfer.jpg Lequel certains ont dit être Boëge, mais je ne sais si c’est vrai. 
 
Et Captain Savoy, forgeant au sein de l’éther une planche de diamant, passa par la voie des airs pour rejoindre cette digne bourgade: il parut voler à maints mortels, et selon leur disposition de cœur, les uns le prirent pour un grand oiseau, qu’ils disaient n’être encore jamais venu dans la contrée, les autres pour un vaisseau spatial venu d’une autre planète, qu’ils appelèrent soucoupe volante; mais il ne s’agissait que de Captain Savoy portant dans ses bras le corps inerte de Mirhé Maumot!
 
Sous les étoiles il s’avançait, sa planche brillante jetant autour d'elle des feux, et il descendit bientôt jusqu’à terre; il déposa le corps du pauvre Mirhé dans l’endroit où il travaillait, car il vivait seul, et le divin héros protecteur de la Savoie et de ses dépendances ne pensait pas que quiconque pût le trouver assez tôt pour le sauver, s’il le plaçait chez lui: il dépérirait, et mourrait. A la porte de son lieu de travail - un collège au sein duquel il enseignait la littérature -, il serait découvert et pris en charge: on s’occuperait de sa santé.
 
Et c’est ce qu’il advint. Mais cet épisode commençant à dépasser la taille raisonnable, il faudra attendre une fois prochaine, pour savoir comment cela se passa vraiment.

23/03/2012

Vision de Captain Savoy, enchaînement de Momulk

3A1103_ange_fresque.JPGDans le dernier épisode de ces aventures de Momulk, j'ai dit que Captain Savoy, qui avait voulu l'arrêter de tout détruire, s'était vu jeter dans les profondeurs de la montagne par le monstre: il le lança avec une telle force que le sol s'ouvrit sous lui, et se referma après son passage!

Or, dans les ténèbres, au fond du gouffre, le silence se fit pour Captain Savoy. Et il sentit en lui monter le désespoir. Un bruit sourd lui fit à ce moment tourner la tête: il venait du bas: sous lui s'ouvrait un puits immense, qui semblait sans fond; lui-même était soutenu par les bras des êtres de l'élément terrestre qui lui avaient laissé place quand il avait été projeté par le monstre vert, mais qui à présent le tenaient, comme ne sachant s'il fallait le laisser tomber dans le gouffre ou non. Le bruit était venu des profondeurs. Captain Savoy scruta l'obscurité, mais ne vit rien. Relevant la tête, il regarda vers le ciel, qui n'apparaissait qu'au travers d'une faille dans la terre qui le recouvrait: au loin, comme au bout d'un tunnel, l'azur épaissi du soir se distinguait dans un mince cercle. Le cœur manqua au héros, et un gémissement sortit de ses lèvres noircies par l'épreuve: il avait reçu tant de coups! Un grondement sourd se fit de nouveau entendre en dessous de lui, et il scruta les ténèbres avec une attention renouvelée. Alors, une forme hideuse lui parut se dessiner sur une vague lueur rougeoyante; des flammes présentes où auraient pu se trouver des yeux brillaient d'une clarté atroce, pleine de malignité, de cruauté, de férocité, même; un rire silencieux paraissait les animer: une joie méchante, la joie du mal, leur donnait un certain éclat, qui ne dissipait pas l'obscurité, mais leur permettait d'être vus. Il était vaguement bleu, comme l'acier, mais d'un bleu terni et fade.

Une fois encore, mais plus fortement, Captain Savoy laissa échapper de sa bouche endolorie un gémissement, et tourna la tête vers le bout du tunnel vertical qui le surplombait. Il implora dans son cœur l'aide des cieux, et voici! une étoile apparut soudain au bout de ce tunnel, qu'il n'avait pas distinguée jusqu'alors.

Et puis soudain, comme née de cet astre, il vit une lumière: d'abord faible, elle grandit ensuite, et les créatures élémentaires qui le maintenaient enchaîné et pesaient sur lui de tout leur poids, assises sur ses membres écartelés, furent comme saisies d'un frémissement, et s'écartèrent pour laisser passer, lorsqu'il voulut pénétrer dans la terre, cet être rayonnant que traversaient des couleurs sonores et vives. Et il entra majestueusement dans cette sorte de grotte, descendant comme d'un escalier de cristal qui seange_peinture.jpg formait au fur et à mesure de son avancée. Puis il prit une forme distincte rappelant l'être humain, et une douce voix sortit du nimbe de clarté qui l'entourait. Or, sa douceur n'empêchait pas en elle une profonde gravité. Et lorsque le héros se fut habité à cette lumière, et au son musical de cette voix comme venue d'un autre monde, ou du fond d'un rêve, voici qu'il vit un être lumineux, qui en plus de sa forme humaine semblait disposer d'ailes, lesquelles étaient dans le même temps des flammes douces et colorées, ou des voiles de feu: il était extrêmement difficile de les définir, de saisir leur nature véritable. Et dans sa langue, que comprit le vaillant, celui-ci entendit l'être auguste lui déclarer que son heure n'était pas encore venue! Et il lui fit le reproche de n'avoir pas invoqué la force la plus secrète de son anneau: l'avait-il oubliée? Honte à lui!

Alors posa-t-il la main sur cet anneau enchanté flamboyant d'or: et il prit feu. Il s'illumina comme un soleil et, devant lui, créa un espace libre: repoussant les ombres. Les mains obscures et spectrales qui le tenaient le lâchèrent, et voici! il s'arracha à sa prison de pierre et de terre, et, dans une grande explosion, semblable à celle qui s'empare d'un volcan en éruption, il jaillit à l'air libre, s'élança dans le ciel - et il était plus puissant que jamais!

Et il regarda, et vit Momulk qui s'approchait de la ville de Genève en faisant des bonds incroyables, et qui s'apprêtait à la dévaster. Alors, nimbé d'un feu fulgurant, Captain Savoy, volant, plus léger que l'air, maître enfin des éléments, se jeta sur le monstre, le saisit par le cou, et le souleva, désormais insensible aux coups qu'il pouvait lui donner en jetant ses poings en arrière: il le tenait fermement à la nuque, et son coude était replié sous le menton du monstre, l'étranglant. Or l'emporta-t-il jusqu'au Salève, auquel il commanda de s'ouvrir: sa voix fut pleine d'autorité, et elle émit des sons étranges, ceux d'une langue que ne prononcèrent jamais les simples mortels, et qui était réservée autrefois aux mages, mais aux mages immortels de la Terre. Et le gardien secret du Salève, l'esprit qui protégeait cette montagne, maître des gnomes vivant sous sa surface, obéit, tumblr_ln4klbBIJt1qbdwwso1_500.jpgentendant dans sa voix le verbe divin, et la parole des cieux, et ce fut la prison de Momulk.

Et Captain Savoy s'écria - et on l'entendit dans tous les villages à l'entour, et même au sein de la ville d'Annemasse: Ô monstre! Retourne donc à ton élément originel des profondeurs, puisqu'en toi tout souvenir d'humanité est évanoui!

Dès lors, d'énormes masses de roche s'abattirent sur Momulk, le maintenant immobile et comme enchaîné. Il tenta bien de s'arracher de cette geôle, et cela fit trembler un peu la montagne; un pan de rocher s'en détacha, tombant avec fracas sur le sol. Plus d'une maison où vivaient des hommes mortels s'en trouva détruite. Mais bientôt, les gnomes, à l'appel de leur maître, eurent renforcé ses liens; ils eurent tôt fait de le faire, et Momulk, épuisé, ne bougea plus.

Il sentit alors monter en lui une forme de tristesse, de sentiment du malheur, et son cœur en pleurs profonds s'adoucit. Et soudain - ô miracle, ô merveilleux prodige ! - une transformation eut lieu. L'humanité revint en Momulk, et il perdit sa forme de monstre. Il reprit son apparence humaine normale - celle de Mirhé Maumot. Captain Savoy avait vaincu.

Mais Mirhé était comme enseveli, mort. Que devait-il faire? C'est ce que nous verrons dans un prochain épisode des fabuleuses aventures de Momulk!