10/07/2013

La bataille de l’Elfe Jaune (Momulk)

hulka13p10.jpgDans le dernier épisode de cette singulière série, nous avons dit que Momulk avait rencontré un être étrange, lumineux et beau, se disant disciple de Captain Savoy, et annonçant qu’il avait reçu de celui-ci la mission de ranimer dans le monstre la conscience enfouie, et que pour toute réponse, il avait vu le géant vert arracher du sol un hêtre et tâcher de le frapper de ce gourdin improvisé.
 
Mais au moment où il crut l’atteindre, Momulk ne rencontra que le vide. L’Elfe Jaune avait le pouvoir de se transporter instantanément d’un lieu à un autre en passant derrière le voile de la matière. Il se plaça donc à quelques mètres à droite de l’endroit où le monstre pensait pouvoir lui assener un terrible coup, et il souriait, quand Momulk, emporté par son élan, tournant sur lui-même, parvint au bord de la falaise qui surplombe la rivière de la Menoge. L’instant d’après, l’Elfe Jaune était auprès de lui; il lui donna un coup de pied d’une puissance inattendue. Car même si sa musculature était étonnamment développée, et presque égale à cet égard à celle de Captain Savoy son maître, il ne semblait pas pouvoir déployer une telle force, tant Momulk lui-même était massif! 
 
Cependant, une énergie cosmique circulait dans ses membres, sur lesquels couraient de fins éclairs: une sorte de lumière l’entourait d’une façon continuelle: un halo, et qui semblait vivant, avoir sa propre volonté. Et lorsqu’il donna son coup de pied, atteignant Momulk à la poitrine, un éclair jaillit, et celui-ci, se sentant comme frappé d’une massue, fut projeté par-delà le bord de la falaise.
 
Il tomba lourdement, et quand il toucha le sol, la terre trembla, et un bruit énorme se fit entendre. De la boue même jaillit, mêlée à une épaisse poussière, et l’Elfe Jaune cessa de pouvoir rien distinguer; or, avant même que la poussière se fût dissipée, sous ses yeux le monstre en jaillit, bondissant vers les hauteurs, s’élançant vers lui.
 
Pris par surprise, l’Elfe Jaune ne put pas totalement esquiver le coup que Momulk, vif comme l’éclair, cherchait à lui donner: il n’eut pas le temps de songer à se dématérialiser pour se transporter plus loin. Il reçut un coup de poing qui ne fut amorti que par un mouvement de retrait soudain de sa personne et par la puissance lumineuse qui l’entourait et était pour lui comme un champ de force, une armure d’éther. Mais il n’en fut pas moins projeté à plusieurs mètres, brisant au passage le tronc d’un mélèze!
 
Momulk déjà se précipitait sur lui pour le meurtrir encore, mais, cette fois, le héros put disparaître, pour se placer aussitôt derrière le monstre. Alors s’ensuivit un moment que tout autre être que Momulk diablo.jpgeût subi dans un accablement sans nom: car l’Elfe Jaune le frappait dans les côtes, dans le dos, au visage, de son poing, dès qu’il s’était matérialisé, et juste avant de se dématérialiser. Et sa force était grande, et le monstre vert ployait sous cet assaut; il vacillait, il titubait. Il était comme assailli par une nuée d’éclairs tournant autour de lui, et dès qu’il s’efforçait de répliquer, ses mains, naturellement, ne rencontraient que le vide!
 
Alors, il se produisit quelque chose de prodigieux. Car, au lieu de chercher à répondre aux coups, Momulk bientôt se tint coi, baissant la tête, fermant les yeux. En lui-même, se concentrant, il vit les déplacements par delà la matière de son ennemi: il saisissait comme une ombre lumineuse passant derrière l’obscurité de la nuit; et quand l’Elfe se matérialisait, il distinguait comme un scintillement au sein des ténèbres, et percevait comme un fin crépitement, comme si à ce moment se déchirait un voile, fractal.jpgcomme si une troupe de ces sylphes qui tissent le voile de la matière était brutalement chassée, écartée, scindée par une volonté plus forte - et qu’un sourd crissement, un cri étouffé émanait d’eux. Dans le même temps, Momulk entendait se précipiter les éléments qui constituent le corps de l’Elfe, et qui faisaient comme une brusque marée, une vague, un flot. L’instant d’après, ce corps était reconstitué.
 
Or, au moment où l’être exceptionnel qui de cette façon traversait l’espace et se riait du temps allait abattre son poing sur lui une fois de plus sur lui, croyant pouvoir agir de la même façon durant encore longtemps, sous-estimant les facultés incroyables de son adversaire, celui-ci le saisit au poignet, à son grand dam, à sa grande surprise, à son grand effroi! 
 
Car aussitôt, il sentit que l’étreinte de Momulk était assez puissante pour lui casser le bras, malgré le champ de force qui étincelait, et même jetait des étincelles, sous la pression énorme de la poigne verte. Alors, le monstre attira à lui l’Elfe Jaune, et, de sa main gauche, s’apprêta à lui donner un coup qui eût pu le tuer, s’il l’avait atteint!
 
Mais il est temps de mettre fin à cet épisode: ce qu’il advit alors de l’Elfe Jaune sera dit plus tard.

31/05/2013

Momulk et l’Elfe Jaune

Solcum 14.jpgDans le dernier épisode de cette série, j’ai laissé Momulk au moment où, à Vouan, il s’est retrouvé, alors que le soleil venait de se coucher et la lune de se lever, face à un être étrange aux yeux lumineux, dont le feu le perçait. Mais bientôt, la puissance de ce regard s’atténua, et il put distinguer la forme de l’être qui le scrutait ainsi.
 
Or, il était entièrement revêtu d’un vêtement jaune, qui était d'un tissu bien étrange, car il épousait la moindre courbe de ses muscles, et scintillait, comme s'il fût fait d'un métal inconnu à la Terre, à la fois léger et solide: il s'agissait autant d'une armure. Cependant, à ses mains et à ses pieds étaient des gants et des bottes rouges, qui semblaient être faits de bandes de métal, et qui luisaient davantage encore. Quant à son visage, il portait un masque violet, qui lui recouvrait aussi le crâne; mais, de nouveau, il épousait parfaitement ses traits, comme s’il était en symbiose avec sa chair, et, quand il ouvrait la bouche, on voyait ses dents blanches et sa langue rose, et il ne ressentait aucune gêne lorsqu’il voulait s’exprimer - comme Momulk allait bientôt s’en apercevoir! Plus étrange encore, à la place des yeux, des joyaux éclatants empêchaient de distinguer la moindre pupille; ils étaient de véritables rubis, qu’un feu mystérieux animait: de fins éclairs dorés les zébraient.
 
Sur sa poitrine était représenté un phénix stylisé, avec deux ailes vermeilles, et un topaze dans l'armure, entouré d'un collier d'or; on eût dit qu'il avait sa vie propre, qu'il disposait d'une présence occulte: un rythme était dans son éclat.
 
L’arrière et le dessus de sa tête étaient dénués de la moindre chevelure, mais une crête métallique et luisante surmontée d’un panache jaune à la forme changeante - comme s’il était fait d’une flamme toujours vive - se dressait et remplissait l’air d’un mystérieux chatoiement - y faisait comme un nimbe. Elfe.jpgParfois, d’une manière curieuse et effrayante, des traits luisants s’en détachaient, s’élançant vers le ciel; lorsqu’ils arrivaient à hauteur des nuages, un éclair jaillissait, et, dans sa lumière, une forme énorme se dessinait. Cet être merveilleux, faisant face à Momulk, était-il, par ses pensées, en lien constant avec des entités divines? On pouvait bien le croire!
 
Il était majestueux; et, derrière lui, une cape de soie rouge s’étendait, mais sans toucher le sol, comme si elle fût animée d’un mouvement propre, et douée de sensibilité: même quand aucun vent ne se faisait sentir, elle bougeait, semblant légèrement danser selon les ondes invisibles qui traversaient l’air. On la sentait prête à bondir, et à étouffer tout ennemi qui se fût présenté; et, plus encore, elle brillait, comme si elle eût elle aussi de lumière, et à peine cristallisée par l’art de quelques tisseuses enchantées. Jamais l’être qui la portait n’eût pu être gêné par elle lorsqu’il se mouvait, car elle s’accordait parfaitement avec lui, et était son alliée dans ses combats!
 
Les rayons de la Lune, en se reflétant sur lui, multipliaient leurs feux.
 
Or, pour la première fois sous sa propre apparence abjecte, Momulk s’entendit prononcer des paroles audibles! L’être étrange avait éveillé en lui la raison, sans pour autant ramener le calme du cœur qui à coup sûr lui eût rendu son humanité; car il dit: Q… q… qui… es-t… t… tu? 
 
L’être lumineux ressemblait, dans son souvenir, à Captain Savoy, le héros qui l’avait vaincu, mais il pouvait voir que ce n’était pas lui. Il l’entendit alors lui répondre d‘une voix forte et tonnante: Ah! monstre, ainsi donc, tu peux parler? Le démon qui est en toi n’a donc pas anéanti toute forme d’humanité? Eh bien, je vais te dire ce que tu veux savoir, puisque tu as fait cet effort de ramener en toi la lumière de l’intelligence, jadis éteinte par l’esprit obscur qui t’habite. On m’appelle l’Elfe Jaune, et je suis l’ami et le disciple de Captain Savoy, que tu connais, et qui m’a chargé à ton endroit d'une mission: te dompter166079_570351066337909_16657313_n.jpg et éveiller ta raison, afin que, même sous cette apparence de créature des ténèbres, tu sois en mesure de distinguer le bien du mal et d’agir en toute liberté, vainquant le mal qui est en toi et t’empêche de suivre le bien que ta pensée conçoit.
 
Captain Savoy n’a pas pu venir lui-même; il est pris par d’autres tâches - notamment celle d’une bataille contre la pieuvre immense qui s’est arrachée aux profondeurs du lac d’Annecy et s’emploie à présent à  envahir ses rivages! Comme j’eusse aimé l’aider! Car il aura fort à faire, dans ce conflit affreux: il peut même y laisser la vie. Ce monstre, doué d’une intelligence maligne, est né de l’abîme; dans ce monde, il n’a fait que se créer une enveloppe! Si donc Lacner succombe dans ce grand combat, je ne me pardonnerai jamais de n’avoir pas été à ses côtés - car il est mon père, mon mentor, mon maître et mon guide! Mais il m’a spécifié que cette mission vis-à-vis de toi était de la plus haute importance, et que l’avenir de tout un pays, voire de toute l’humanité, pouvait en dépendre. Alors j’espère que tu te montreras digne de ce don que je te fais, en ne me posant pas trop de problème! Tiens-toi comme il faut, face à moi, car Captain Savoy m’a dit comment il t’avait vaincu, il sait à présent ton point faible, et je le connais aussi: tu ne me résisteras pas longtemps, si tu décides de t’opposer à moi.
 
Et, ayant dit ces mots, il fixa son regard sur Momulk. Celui-ci, d’abord surpris de son autorité, fut bientôt irrité par son arrogance. Et ses yeux jetèrent des flammes, et il se dressa de toute sa hauteur. Il saisit un petit hêtre qui se dressait à sa gauche, et l’arracha sans effort du sol, qui en trembla; celui qui se faisait appeler l’Elfe Jaune ne fut pas trop étonné de cette réaction: il se tenait prêt. Momulk bondit et voulut asséner un coup monumental à son nouvel adversaire. Ce qu’il en advint sera dit une fois prochaine, si cela est possible.

15/04/2013

Momulk et l’énigme de Vouan

Dans le dernier épisode de cette angoissante série, nous avons raconté comment Momulk, monstre vert et abominable, fut vu courant et bondissant vers la forêt profonde de Vouan, le massif montagneux et sauvage qui domine Boëge. Nous avons évoqué l’incrédulité des esprits forts, et les certitudes des paysans qui disaient l’avoir aperçu. Or, la sagesse populaire cette fois ne fut pas démentie: car des faits étranges confirmèrent que quelque chose d’inquiétant vivait dans ces lieux farouches. En effet, rapidement, on retrouva des animaux éventrés, morts, les membres rompus; et pas d’autre blessure ne se trouvait sur leurs corps que celles qu’eussent pu faire des mains, des poings, des dents! momulk2.jpgMême les traces de griffes étaient invisibles. On crut brièvement à un lynx, certains parlèrent d’un gypaète - mais les membres rompus des sangliers le rendaient impossible.
 
Les gendarmes parcoururent le massif, effectuèrent une battue - et la rumeur naquit, que les montagnes savoyardes possédaient elles aussi leur yéti!
 
Or, un jour, deux gendarmes qui patrouillaient ensemble, à pied, sur les chemins de Vouan s’arrêtèrent, pétrifiés de terreur: devant eux, leur tournant le dos, un géant vert dévorait un daim cru - et les bruits qu’il faisait en mangeant étaient pires que ceux d’un porc! Tout autour de lui étaient répandus des flaques de sang mêlées à la terre humide, des boyaux, des entrailles, et l’un des deux gendarmes crut qu’il allait s’évanouir. Il vacilla, sentit une masse noire lui monter au cerveau, et s’appuya sur le bras de son compagnon, qui aussitôt le soutint.
 
Ils se remirent alors à regarder le monstre. Trop terrifiés pour oser parler à voix haute, ils restèrent immobiles quelques instants, la bouche béante, les yeux écarquillés, paralysés par cette vision. Puis, comme d’un commun accord, quoique sans s’être consultés, ils commencèrent à reculer. Étant momulk3.jpgparvenus à effectuer quelques pas, soudain ils se retournèrent et se mirent à courir. Mais ce fut leur erreur. Car l’ouïe de Momulk était fine: et dès qu’ils ne pensèrent plus à ne pas faire de bruit, il les entendit, se retourna, et, de son œil de braise, les vit!
 
Il les poursuivit, brisant plusieurs branches sur son passage - tant sa taille était haute! Ils eurent beau mouvoir leurs jambes de toute la vitesse dont ils étaient capables, il les rattrapa en un instant. Il sauta par-dessus eux pour se placer juste devant: quand ils le virent atterrir sur le chemin qu’ils s’apprêtaient à prendre, ils se crurent morts. Mais il les regarda, et ne fit rien. Il se contenta, après les avoir fixés des yeux un long moment, de crier en levant les bras; puis, une vague étincelle, une lueur d’intelligence sembla traverser la braise de son regard atroce - et son visage parut s’apaiser; la flamme qui brûlait dans ses prunelles devint moins forte. Alors, grognant plus faiblement, il bondit, et disparut derrière une haie de sapins.
 
Rentrés au poste, les deux gendarmes purent témoigner: ils l’avaient bien vu! Cette fois, il n’y avait plus de doute possible. Tout concordait: le monstre existait bel et bien. Et comme on montrait des photographies de Mirhé Maumot aux deux hommes, ils avouèrent un certain air de ressemblance - même si le visage du monstre était bien plus hideux. On conclut à la vérité de l’idée qu’on s’était faite contre toute vraisemblance: Mirhé Maumot s’était transformé en une créature affreuse - et peut-être était-il possédé par un esprit des profondeurs amené à la surface de la Terre par les tubes accélérateurs de particules! Et qui avait pu s’arracher à l’Abîme en passant par les failles créées dans les atomes - disaient certains amateurs invétérés d’occultisme…
 
Quoi qu’il en fût, la circulation dans Vouan fut désormais interdite au public, et le massif fut quadrillé et surveillé par l’armée. On continua à chercher le monstre, mais on ne le voyait que furtivement: en tout cas, malgré les moyens mis en œuvre - les hélicoptères, les caméras, les patrouilles -, on ne put pas même l’approcher, ni avoir de lui la moindre image; il se jouait de la technologie des hommes. À croire qu’il disparaissait à volonté dans des trous de souris! Ou que les deux gendarmes, influencés par les récits des paysans, avaient pris pour un monstre une simple souche moussue… Et certains soldats commençaient à y croire, et à en rire; ils en parlaient, s’en ouvraient.
 
Mais il n’en était rien. En vérité, un soir, Momulk fit une étrange rencontre, dans ce bois hanté. Il était allongé sur le sol, étendu sur un tapis d’épines de pin, fatigué et prêt à s’endormir, quand, soudain, il sentit auprès de lui une présence. Comme une clarté se diffusait, qui n’était pas celle du soleil qui se momoulk6.jpgcouchait, ni celle de la lune qui se levait. Il grogna, et se dressa, regarda. Deux yeux éclatants étaient fixés sur lui. Ils l’éblouissaient, lui auquel le soleil ne faisait point cligner l’œil! Et même, ils le meurtrissaient. Il se sentait comme transpercé par leurs feux: ils lui étaient comme de fines flèches qui entraient dans sa peau et le torturaient. Il grogna plus fortement, mais, étonné, surpris, face à cette prodigieuse puissance, il resta au sol.
 
Or, peu à peu, il s’habitua à cet éclat; la douleur, face aux traits de feu, s’atténua. D’ailleurs, la lumière sembla bientôt moins vive, en elle-même, comme si l’être qui la créait en avait diminué volontairement la force. Alors, derrière l’éblouissante clarté, Momulk distingua un homme à l’allure étrange. Nous le décrirons une fois prochaine, si la destinée le permet!