04/04/2014

Momulk et l’Elfe Jaune sur le chemin de Féerie

2013_Spring_ApsaraMera2_613x463.jpgDans le dernier épisode de cette série qui mêle l’histoire et la légende, j’ai laissé Momulk et l’Elfe Jaune alors qu’ils venaient d’accepter la proposition d’Amariel la fée de l’accompagner dans son fabuleux royaume, au cœur de Vouan - dans sa partie inaccessible aux mortels -, afin de guérir le monstre et ramener dans son âme la flamme de la conscience.
 
Guidés par les demoiselles enchantées, ils s’en allèrent au pied d’une falaise, au-dessus de la Menoge, en passant par un chemin abrupt. Ils pénétrèrent alors sous un porche naturel, dans une sorte de large grotte, au fond de laquelle ils virent des cavités rondes: là, pense-t-on, les paysans anciens taillaient des meules, pour leur farine. L’Elfe Jaune se demanda où cela allait les mener.
 
Soudain, il vit apparaître, à un geste étrange d’Amariel, une porte ornée, au sein d’une arche creusée dans le roc. Une lumière en rayonnait. Pourtant, lorsque, à un mot prononcé par la reine dans une langue qu’il ne reconnut pas, elle s’ouvrit, de l’autre côté, il ne vit qu’obscurité, ténèbres.
 
Riant une fois encore, les demoiselles et leur maîtresse le regardèrent au moment d’y pénétrer, voyant qu’il hésitait; car Momulk sans hésiter déjà s’engageait sur leurs pas. L’Elfe à son tour les suivit.
 
Une fois passé le seuil, qui brillait d’une étrange lumière, douce et chatoyante, il fut étonné de voir que le chemin qu’il avait cru obscur était en réalité éclairé: une ligne de diamants bleus était au sol, semblables aux cailloux qu’eût disposés un ange! 
 
Ils constituaient un fil qu’il fallait suivre. Sur les parois rocheuses, plus espacés, des diamants blancs firent aussi leur apparition, éclairant le chemin. Car ces pierres brillaient d’elles-mêmes, diffusant leur propre clarté ainsi que des lampes: une vie semblait être en elles, qui palpitait.
 
Longtemps ils marchèrent, et les fées se mirent à chanter, dans leur langue obscure et de leur voix mélodieuse, belle, enchanteresse. Au début, l’Elfe Jaune pensa ne pas comprendre ce qu’elles disaient, DeesseFlutePan.jpgmais bientôt, des images vinrent en lui, qui semblaient sortir de leurs bouches - ou de leur chœur, comme si l’ensemble de leurs voix formait une coupe dont des figures colorées retombaient en flottant. À vrai dire, il lui parut d’abord que ces images ne signifiaient rien; mais il les vit bientôt s’ordonner, et il put les traduire en mots. Et lorsque plus tard il s’efforça de rendre ce qu’il en avait saisi, il composa ce poème, que l’on considérera en vérité comme celui que chantaient ces demoiselles du mont Vouan:
 
Yo! yo! nous cheminons sur la piste aux étoiles,
Nous posons nos pieds fins sur le cristal brillant
Taillé par ce dieu mâle au marteau scintillant
Qui des astres saisit l'éclat pur dans ses voiles:
 
Vurnarïm! Vurnarïm! ton bras faisait frémir
Le cœur trop tendre au sein des nymphes des montagnes,
Mais tu travaillais dur, comme on fait dans les bagnes;
Nul n’entendait jamais dans ta bouche un soupir!
 
Hélas! hélas! plus d’une a senti dans son âme
Monter un feu pouvant embraser un pays,
Quand entre tes mains d’or tu saisissais les plis
Dans lesquels les pouvoirs d’en haut posaient leur flamme!
 
Béni! béni! le jour où tu fis ces cadeaux
À notre reine auguste, à notre dame aimée,
Car depuis cet instant sa couronne est semée
Des rayons qu’y fait luire un bouquet de joyaux!
 
Dieux! dieux! par là put-elle égaler les déesses
Et devenir sur terre incomparable ainsi
La_chute_des_anges_rebelles.jpgQu'au sein du ciel le sont les dieux dans les récits
Qu'en livrent nos aînés quand les prend la tristesse.
 
De fait! de fait! de nos parents le temps récent
Les a vus fréquenter la gent de l’empyrée
- Mais un désir les prit, la voûte chamarrée
D’étoiles s’éloigna de leur œil frémissant.
 
Pourtant! pourtant! le don divin du seigneur fèvre
A rendu le chemin plus lisse à nos pieds fins
- Et nous voici soudain arrivés aux confins
Du pays d’or alors finissons ce chant mièvre!
 
Et à ces mots, elles rirent encore, puis se turent. Et de fait, la troupe était parvenue à la borne du pays enchanté.
 
Mais quelle apparence il avait, cela ne pourra être dit qu’une fois prochaine.

30/01/2014

Momulk et l’Elfe Jaune parmi les Fées

970603_10151541711568105_840336009_n.jpgDans le dernier épisode de cette série mouvementée, nous avons laissé l’Elfe Jaune au moment où il venait d’être lâché par Momulk, lequel l’avait tenu de sa ferme poigne jusqu’à ce qu’une pointe d’or dépasse sous ses yeux de son épaule droite, enfoncée par la reine des fées de Vouan Amariel par l’omoplate. Elle avait été appelée par l’Elfe: il en avait reçu le pouvoir de Captain Savoy.
 
Une telle blessure n’avait encore jamais été infligée au monstre vert, métamorphose de Mirhé Maumot: il en fut comme stupéfait. Pour la première fois une peur se lut dans ses yeux.
 
Il voulut se retourner pour voir qui l’avait frappé, mais déjà la belle reine des fées était passée devant lui, suivie de ses nymphes, qui étaient moins grandes qu’elle, mais vaillantes aussi, et pas moins magnifiques, dans leurs armures d’argent.
 
Amariel était majestueuse; elle rappelait l’antique déesse Diane, ou Minerve. À son image, elle avait au frminerva_spranger.jpgont, à la naissance des cheveux, un croissant d’argent qu’ornaient des diamants luisants. Ses yeux étincelaient, et un éclair courait le long de ses sourcils blonds. Elle portait une cuirasse renforcée d’écailles brillantes, également d’argent. Ses longues bottes dorées remontaient au-delà de ses genoux, et une courte robe de soie bleue flottait, attachée à sa taille par une ceinture blanche, dont le nœud laissait tomber deux pans. Elle tenait à la main un long poignard dont la garde était ornée de pierreries, et déjà une de ses suivantes lui donnait un nouveau javelot, qu’elle prit de l’autre main. Ses cheveux blonds volaient derrière son crâne comme une flamme, bien que le vent fût doux; on eût dit qu’ils étaient animés de sa propre fureur.
 
Or, Momulk eut alors une réaction des plus étonnantes: la beauté de ces êtres, et en particulier de la reine, éveilla visiblement en lui un souvenir enfoui; son œil s’alluma, et il demeura coi.
 
La belle Amariel alors parla: Hé bien, monstre, tu ne dis ni ne fais plus rien? Mon petit javelot t’a-t-il meurtri à ce point? fit-elle. Momulk tenta de répondre: Belle… fée… Étoiles… faites… femmes…, l’entendit-on prononcer obscurément.
 
L’Elfe Jaune lui aussi avait été frappé par la beauté de ces immortelles, la première fois qu’il les avait vues - et encore aujourd’hui il en était charmé, comme ébloui, le souvenir ne rendant qu’à peine le vif éclat qui les ceignait; aussi comprenait-il ce qui se mouvait en Momulk. Elles le comprirent aussi, ayant déjà eu l’occasion de constater l’effet qu’elles produisaient sur les mortels auxquels elles se montraient. Soudain, la clarté, la lumière qui s’exhalait d’elles avait rejeté dans les ténèbres profondes - à la faveur aussi du choc du javelot - le mauvais esprit qui était dans le monstre vert, et laissé la conscience de Mirhé Maumot revenir un tant soit peu à la surface, fait place à une part de son esprit véritable, jusque-là totalement exilé dans les limbes.
 
Elles s’approchèrent, Amariel à leur tête. Et quand celle-ci prit en main le javelot qu’elle avait enfoncé dans sa chair en passant derrière lui, comme subjugué par elle, et soumis à son parfum, il la regarda, 426px-pallasetlecentaure1.jpgd’un air effaré, sans rien faire. Elle retira le trait de son épaule - et il glissa sans effort, étant enchanté, et pouvant comme se dématérialiser en partie, ou à volonté s’assouplir.
 
Ô Momulk, fit alors la reine immortelle, tu as du bon en toi: tu perçois encore, au fond de ton abîme, la beauté des filles de la Lune! Tu n’es pas totalement perdu, pas complètement damné! Viens dans mon royaume et nous te soignerons, t’apprendrons de nouveau l’humanité, ramènerons ton esprit enfoui à la surface, si nous le pouvons: nous possédons pour cela des remèdes!
 
Momulk ne dit rien, mais il sembla plus adouci encore, comme s’il approuvait ce qu’il venait d’entendre, comme s’il en ressentait du plaisir, comme si la perspective de se rendre dans ce pays merveilleux apportait en lui un immense souffle d’air frais. Il parut heureux, et on s’attendait à ce qu’il accepte l’invitation. De fait, il fit entendre un faible: Oui, au sein d’un vague grognement. - Bien! dit Amariel, et les nymphes qui l’entouraient esquissèrent un sourire. Et toi, Elfe Jaune, qui nous as appelées, veux-tu venir aussi avec nous, afin de surveiller le monstre, au cas où sa fureur se déchaînerait à nouveau, et parce que ton maître Captain Savoy t’a demandé de t’occuper de lui? Nous t’y invitons pareillement.

L’Elfe Jaune écouta ces paroles avec émotion: la voix de la reine de Vouan était d’une douceur ineffable, et en même temps une autorité profonde l’habitait. Qui eût pu lui dire non, même parmi les hommes qui avaient acquis une nature d’elfe, de génie, de demi-dieu, étaient, comme lui devenus, par la grâce d’entités cosmiques grandioses, égaux aux immortels? Il dit, d’une voix claire: Oui! La reine alors sourit. Et énonça: Hé bien, allons-y! Ses nymphes rirent.
 
L’Elfe Jaune brièvement se demanda pourquoi.
 
Mais la suite ne pourra être narrée qu’une autre fois.

20/11/2013

L’appel aux fées de l’Elfe Jaune (Momulk)

2931966-earth2_mister_miracle.jpgLors du dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé le super-héros nommé l’Elfe Jaune au moment où les mains de Momulk s’apprêtaient à le saisir et à l’écraser - alors qu’il n’en pouvait plus de fuir, sa vigueur étant trop ténue, face à celle du monstre!
 
Or savait-il qu’il ne pouvait compter sur Captain Savoy, son maître, son ami; - car il était pris par d’autres affaires, d’autres batailles. D’ailleurs, ne l’avait-il pas laissé devant son destin, ne l’avait-il pas à cet égard prévenu? Lorsqu’il lui avait confié sa mission, il le lui avait dit: à lui seul de l’accomplir cette fois; il était mûr, et il avait vu qu’il s’en sortirait. Car Captain Savoy, qui l’ignore? était doué de prescience.
 
Mais l’Elfe Jaune ne voyait pas du tout d’issue, si ce n’est en demandant l’aide d’autres êtres à demi divins, avec lesquels il était lié d’une autre manière: ses dons l’avaient, en effet, apparenté à des Immortels de la Terre, moins grandioses que ceux fréquentés par Captain Savoy sur l’arc de la Lune, mais de la même famille, de la même race. Ils en étaient une branche détachée qui avait choisi de demeurer sur Terre, et qui avait tissé un charme magique pour se protéger de ses effluves mortels. Dans ce cercle enchanté qui était leur royaume, ils avaient bâti une cité fabuleuse, qui brillait de mille feux, et qui avait fait croire à nombre d’hommes qu’elle recelait un immense trésor. Là en tout cas le temps passait cent fois plus lentement que parmi les simples mortels, et les enchantements qui y avaient été tissés faisaient dire aux anciens bergers qu’il s’agissait du pays des fées de Vouan.
 
tn_4001_list_547956-adam-warlock-super-1353923259.jpgOr, le disciple de Captain Savoy avait été métamorphosé par une puissance céleste: jadis, il n’avait été qu'un homme; désormais, il était un elfe - était devenu comparable par sa nature aux Fées. Un charme était également tissé autour de lui qui jusqu’à un certain point le protégeait des affres du Temps. Cela était advenu à la suite de l’initiation que lui avait fait suivre Captain Savoy, et quand il avait été jugé prêt, une entité cosmique avait surgi, et l’avait transformé, le couvrant d’une grâce lumineuse qui avait fait de lui l’Elfe Jaune. Il s’agissait d’un ange porteur de la force des dieux!
 
Sachez-le, ces êtres dits fées n’étaient pas, comme on croit souvent, tous des femmes; mais de fières guerrières habitaient parmi eux, et elles tendaient l’emporter sur les hommes. Adoratrices de la Lune, jadis appelées prêtresses de Diane, elles avaient une grande vénération pour Adalïn, fille d’Ordolün et propre épouse de Captain Savoy; parmi elles régnait, au nom de cette princesse céleste, qui l’avait nommée pour la représenter parmi ses sœurs, une dame nommée Amariel - preuse entre les preuses parmi les immortels de la Terre!
 
Depuis sa métamorphose, l’Elfe Jaune sentait toujours leur présence, quand elle était proche: il n’avait pas besoin de les voir, ou de les entendre. Il avait reçu cette grâce.
 
Il les connaissait, les ayant déjà rencontrées une fois en compagnie de Captain Savoy et de quelques autres de ses disciples - dont la fameuse Amazone Céleste, la plus valeureuse d’entre les élèves féminins du Héros.
 
L’Elfe Jaune se souvenait bien d’elle: elle avait été si heureuse, de rencontrer ce jour-là de vaillantes guerrières, dignes d’elle! Elle l’avait pris comme une récompense, et avait chevauché en leur compagnie pour les chasses aux monstres auxquelles elles s’adonnaient: ainsi avait-elle appris son art 625955-gladiator02.jpgd’héroïne!
 
Or, à présent, l’Elfe percevait justement l’éclat de ces filles d’or: il luisait entre les arbres, au loin; et comme il avait besoin d’elles - qu’il était sur le point de mourir, écrasé par les mains de Momulk comme par un étau cosmique -, il les appela, sous la forme d’une prière ailée, d’une pensée qu’il vit distinctement s’élever dans les airs - et qui était pareille à une flamme. Arrachée à son panache, elle avait désormais une existence propre - et sa volonté la portait vers les fées!
 
Leur parviendrait-elle? La liraient-elles? Leur écrirait-elle en lettres de feu le message qu’il voulait leur porter?
 
En principe, il devait en être ainsi; mais c’était la première fois que l’Elfe Jaune usait de ce moyen pour les requérir: d’ordinaire, il laissait faire Captain Savoy - dont la voix, en vérité, portait à des milliers de lieues, et traversait les mondes!
 
Si elles l’avaient ouï, elles n’en manifestaient pour l’instant aucune marque; l’Elfe Jaune demeurait seul face au monstre.
 
Et soudain, celui-ci, après l’avoir longuement poursuivi, put le saisir par le bras gauche! Aussitôt, l’Elfe se retourna et donna le plus vaillant coup de poing qu’il était en mesure de donner. 
 
La créature verte trembla, vacilla, et le sol sous ses pieds se fissura: le choc avait été monumental! Ce poing l’avait heurté tel un marteau.
 
Mais le répit fut bref; il lança aussitôt sa main droite autour du cou de l’Elfe, cherchant à le briser.
Un éclair jaillit, suivi d’un tonnerre, et le monstre vit, à sa grande surprise, une pointe de lance d’or jaillir de son épaule: on la lui avait plantée dans le corps par derrière.
 
C’était Amariel elle-même, reine des fées du mont Vouan, qui avait enfoncé de toute sa force son javelot enchanté à cet endroit, afin de le bloquer. Et ce que la reine manquait en vigueur, elle y avait suppléé par la précision de son coup, placé juste sous l’omoplate, de façon à ne rencontrer aucun os, ce qui lui avait été permis également par la finesse de son arme.
 
Momulk lâcha l’Elfe, et ce qui s’ensuivit sera dit une autre fois.