06/10/2016

L'Elfe jaune & les fleurs magiques

Tree Of Life_total-700.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé la reine immortelle Amariel alors qu'elle présentait à l'Elfe jaune, l'ami de Momulk, les fleurs de son royaume et leurs vertus, et qu'il venait de lui demander celle de la fleur que les immortels, dans ce règne, appellent Isten.

- Je vais te le dire, Elfe, répondit Amariel: elle peut ramener la joie dans les cœurs attristés, et la chaleur dans les membres refroidis; mais, surtout, elle chasse les ténèbres de l'âme, et rend à chacun sa claire raison, enflammée au feu de l'Esprit pur. Elle a les vertus inverses à celles d'Esil. Mais elles aussi peuvent être un poison, si on en absorbe trop: elle peut dissoudre les âmes, les porter à l'excès dans la clarté, les arracher au sol, et les rendre esclaves des démons de l'air. Ne pouvant plus se défendre, n'ayant plus d'appui, elles deviennent leur proie. Elles sont emportées comme fétus de paille par les vents de l'Esprit, et oublient qui elles sont réellement.

Esil est une force opposée, qui peut alors s'avérer bénéfique. Et les simples effluves d'Isten peuvent rendre fous les mortels, tant grande est sa puissance; elles peuvent les enivrer d'illusions effrayantes, qui les rendront orgueilleux et prompts à la bataille. Aussi gardons-nous soigneusement ces fleurs dans notre royaume des immortelles de Vouan, dans cette cité de l'Arbre Sacré que l'on nomme Tolotal, parce que l'Arbre Sacré se nomme Ötal. C'est son nom.

Il fut un être, autrefois - un être pensant -, et est ce qu'il en reste. Comme personne, il vit encore, mais on ne le voit plus - on ne voit plus son visage, on ne voit plus de lui que cet arbre.

Nous gardons soigneusement les herbes de notre prairie immortelle loin de la main des mortels, qui pourraient en faire un fol usage, et nous devons, hélas! capturer ceux qui s'en empareraient indûment, et les retenir à jamais FantasyGardenMiniII.jpgparmi nous. Mais cela arrive peu, car nous avons le pouvoir de les détourner avant de nos portes, et de les fermer à leurs pas: nous disposons de puissants sortilèges.

Lorsque tu entends des contes sur des hommes qui, attirés par nos trésors, sont capturés et happés par nos mains, et que tu prends leurs ravisseurs pour des démons, sache qu'il n'en est rien: non, ces hommes ne sont pas entraînés en enfer; il s'en faut. Ils sont accueillis ici, et invités à boire de l'eau de l'oubli. Puis, ils sont rendus, sans souvenirs, aux mortels, souvent des siècles plus tard, bien qu'ici il ne se soit passé que quelques jours. Cela dépend, sache-le, de la conjonction des astres. Ils reviennent dans la Terre périssable sous une nouvelle identité, ayant oublié l'ancienne. Et parfois d'obscurs souvenirs les font errer à nos portes, et il est arrivé que, pris de pitié, et voyant la piété de quelques-uns, nous les avons accueillis, et, cette fois, loin de les avoir plongés dans la mare de l'oubli, leur avons révélé ce qu'il en était, et en avons fait des époux, et leur avons fait le don de l'immortalité. Ainsi sont-ils devenus des elfes semblables à toi, et, revenus sur terre, des héros, des bienfaiteurs du peuple. D'autres légendes courent donc sur nous, qui sont plus bienveillantes, mais qui exagèrent nos vertus, et notre puissance: car d'aucuns nous prennent pour des déesses célestes, mais des dieux célestes, nous ne sommes que les humbles servantes.

Toutefois, il arrive qu'à nos portes, soutenus par les hordes de Mardon, des hommes mauvais, au cœur consumé de désir, fassent un siège que nous ne parvenons pas à détourner, malgré le cours des astres: ils réussissent à rester à nos portes. Alors des combats ont lieu, et nous essayons de prendre à revers les démons qui les soutiennent, les guident, les inspirent, sans lesquels ils ne sont rien. Et parfois des hommes trop corrompus en souffrent, et tombent malades, et en meurent, car ils s'étaient liés trop intimement au démon. Mais en soi, sache-le, nous ne faisons pas de mal aux hommes; parfois des sacrifices sont nécessaires, et nous devons les purifier, afin que leurs taches ne leur soient pas reprochées au commencement d'un temps nouveau. Et cette purification est violente, et ils en meurent; mais sois sûr que cela leur reste bénéfique, aussi étrange que cela paraisse. Nous n'agissons pas en méchantes, même si des contes disent le contraire, et même si, il est vrai, plusieurs d'entre nous sont passées du côté de Mardon, sont devenues ses servantes par haine des hommes voire par amour pour cet être, qui fut jadis beau, splendide, glorieux, quoiqu'il soit à présent enlaidi par ses années de forfaits.

On raconte que le repentir d'une de ces fées l'a changée en pleurs, et qu'ainsi est né le Foron qui coule vers l'Arve. Je n'en dirai pas plus: certains poètes14368674_1326822657358324_7822375546707310441_n.jpg de ta race ont évoqué des faits semblables et tu devras les consulter. Crois à leurs visions: elles ne sont pas si mensongères que les mortels ordinaires le prétendent.

Mardon veut en effet détruire notre royaume et s'emparer des fruits lumineux qui poussent sur les membres d'Ötal. Il aimerait en orner sa couronne, son collier, son plastron. Il ne dédaigne pas de s'emparer de nos herbes magiques, non plus, car elles lui rendent de la force, ou il en nourrit les êtres qu'il crée, et les éveille à la guerre; car il aime à donner un corps aux esprits impurs qui le servent, mais il se sert pour cela, souvent, des hommes morts il y a longtemps, et pour leur rendre un semblant de force, il se sert des herbes qu'il vole, au sein de notre royaume. La mission de Fomal n'était autre que de nous arracher ces herbes et ces fruits, et c'est pourquoi nous avons pris sur nous de l'enfermer, outre qu'il nous fallait le faire parce que les dieux nous le demandaient. C'était le seul moyen par lequel nous pouvions durablement rester à l'abri de ses attaques.

Or, le lecteur n'en saura pas plus, pour le moment, de ce qu'Amariel révéla à l'Elfe jaune, car cet épisode commence à être long, et il n'est pas possible d'en dire plus. La prochaine fois, nous aborderons les rives d'un lac extraordinaire, plein de visions qui bouleverseraient l'humanité, si elle parvenait à les avoir.

03/08/2016

Les jardins d'Amariel et l'Elfe Jaune

4aa5b18e046288fba5ea6f5015345aa5.jpgDans le dernier épisode de cette fameuse série, nous avons laissé Momulk alors qu'il s'ébanoyait avec les fées de Vouan et qu'Amariel leur reine venait de lui offrir un habit et de lui annoncer qu'elle lui faisait forger au haubert, pour le remercier de l'avoir aidée contre le démon Fomal et le civiliser davantage.

Amariel alors dit: En attendant, Momulk, que ton haubert soit prêt, je te confie à mes demoiselles; je veux que tu apprennes d'elles la douceur, un début de sagesse, et la science des plantes sur lesquelles inconscient tu places lourdement tes gros pieds. Écoute ce qu'elles te disent, et tu sentiras en toi la lumière venir, qui sera aussi une chaleur, et de l'amour. Et ayant entendu ces mots, et les ayant compris, Momulk s'inclina, en signe de respect.

Puis Amariel choisit de s'en aller avec l'Elfe Jaune, afin de lui faire visiter son domaine et de l'initier à quelques-uns de ses secrets.

Ils partirent vers l'Est, marchant sur un sentier bordé de fleurs qui brillaient au soleil du matin. Elle lui montra les différents arbres qui composaient la forêt entourant la clairière où l'Arbre Sacré se dressait: tous, disaient-elle, étaient ses enfants, mais davantage acclimatés à la Terre que lui, qui venait du Ciel; et ainsi s'étaient-ils affaiblis et assombris, avaient perdu de leur éclat et de leur grandeur d'antan, et commençaient à ressembler aux arbres ordinaires de la Terre où vivent les hommes. Toutefois restaient-ils, vis à vis de ceux-ci, comme des pères, des ancêtres royaux. Et voici! leurs essences, leurs fruits, leurs fleurs contenaient encore beaucoup de cette force du pays d'en haut pour laquelle le désir des mortels est si grand.

Et il en allait de même des herbes, au sol. Puissantes étaient leurs vertus pour guérir les plaies et les maux. Elle lui désigna une herbe dont les feuilles étaient dentelées et les fleurs bleues et brillantes. Vois, dit-elle, celle-ci; elle naît des rayons de l'étoile de Saturne, comme vous la nommez d'après l'un de nous qui prit ce nom, lorsqu'il séjourna parmi les Latins. Et grande est la force qui réside en elle. Elle adoucit les peines, calme les fantasy_flowers_bright_blue_glow_abstract_hd-wallpaper-1859570.jpgfureurs, transporte par son parfum et par les tisanes qu'on peut en faire dans un lointain monde bleu, enfoui et chatoyant, et ainsi répare les natures dissoutes dans la rage et l'emportement, dispersées par les excès, les passions. Elle leur redonne un fondement, une prise sur les choses. Et c'est comme une immense fraîcheur versée dans le feu qui consume les âmes.

Mais il ne faut point en prendre trop, car elle peut être aussi un terrible poison, elle peut figer le sang, et l'épaissir jusqu'à la mort. Lorsqu'elle devient pernicieuse, comme pour son maître Saturne ses effluves provoquent chez les mortels des maladies qui peuvent s'avérer mortelles et se nourrissent de leur vie, à la façon de vampires. L'initié parmi les hommes, ou l'œil naturel des immortels, y distingue des formes hideuses, caricatures des formes splendides qui normalement, et en ce pays, demeurent dans les douces senteurs de ces fleurs - et dont nous autres, fées de Vouan, sommes les copies, les visibles manifestations.

Certaines d'entre nous le sont précisément de l'âme de ces fleurs-ci - bleues et douces -, mais d'autres le sont de celle d'autres fleurs, d'autres herbes, d'autres plantes. Est-ce que tu ne t'en doutais pas? Pour moi, par exemple, je suis apparentée à cette herbe que tu vois ici, à deux coudées de la précédente, et dont les fleurs sont blanches et piquetées de pourpre. Et voici! la première herbe, nous la nommons Esil, et la seconde, nous la nommons Isten. Elles ont chacune leurs vertus, chacune aussi leurs périls; mais elles sont dangereuses surtout aux fantasy-fantasy-girl-wallpaper-digital-art-flower-pitcher-poison-ivy-girl-sitting-profile-face-hair-plants.jpgmortels. Et pour ceux que, comme toi, l'initiation a élevés au rang d'immortels, elles ne le sont pas tant. Elles ne le sont pas davantage que pour les mortels le sont les fleurs filles de celles-ci, lesquelles ils conservent parmi eux, en ornant leurs salons, et ont leur forme et leur couleur, quoique non leur splendeur.

Car ici, tu le vois, elles ressemblent aux étoiles tombées du ciel, mais dans le royaume périssable le lien avec les étoiles est devenu ténu, et les mortels ne les y reconnaissent plus. À tes pieds, elles se montrent comme émanant des rayons des astres qui pénètrent la terre et s'en revêtent, pour ensuite former des plantes: la pellicule est fine, qui les sépare de leurs formes éthérées, nobles et claires - de ces formes que tissent dans l'air les astres. Et il en est ainsi parce que la terre ici est pure et pleine de qualité céleste. Mais parmi les mortels, alourdie par leurs péchés et leurs morts, la terre plus épaisse, plus corrompue, revêt pesamment les formes pures, et le lien devient difficile à distinguer, avec les étoiles.

- Ô dis-moi, Amariel, fit alors l'Elfe Jaune, quelle vertu a cette fleur Isten, à laquelle tu es apparentée. J'aimerais le savoir!

Néanmoins le lecteur devra attendre une autre fois pour connaître la réponse de la belle Amariel, cet épisode commençant à être long.

30/05/2016

Des changements pour Momulk

HULK-FILM_PLANET-HULK_AVENGERS-3_WORLD-WAR-HULK_.jpgDans le dernier épisode de cette épique série, nous avons laissé Momulk et l'Elfe Jaune alors que leur hôtesse, la reine Amariel, venait, par un discours, de porter un dernier hommage à la malheureuse et triste Ëtilred, tombée sous les coups de Fomal et bernée par des illusions séductrices tissées pour elles par un démon ailé d'ombre.

Lorsqu'Amariel eut dit ces mots, on entendit, dans l'air, un soupir, et l'on vit une brève flamme. Dans la clairière où le bûcher avait été allumé, à l'ouest de l'Arbre Saint, le silence le plus complet régnait désormais. Tout le monde méditait ce qui avait été fait, et dit. Momulk même s'agenouilla et, gardant la tête baissée, devint pareil à un rocher; car il ne bougeait plus d'un cil. Et lorsque l'Elfe Jaune vint lui toucher l'épaule, il fut étonné: elle était froide et dure comme la pierre. Comme il tournait la tête vers Amariel, celle-ci lui dit de ne pas s'inquiéter, et qu'un charme pesait sur Momulk, mais qu'elle pourrait le vaincre, le dissiper quand le moment serait venu. Et, en attendant, elle voulait, maintenant que la cérémonie était achevée, l'inviter dans son palais, afin qu'il se repose. Et ils se reverraient le lendemain, et ses nymphes viendraient lui apporter de quoi se sustenter après lui avoir indiqué une douce couche où dormir, et une loge dans son palais érigé dans l'Arbre Sacré. Plus tard, ils parleraient, quand les ténèbres de leur cœur se seraient dissipées, et elle lui ferait visiter ses jardins, et son merveilleux domaine. Mais, maintenant, qu'il se laissât guider!

Il fut saisi alors aux bras par deux nymphes ravissantes, qui l'invitèrent à les suivre. Et la reine Amariel s'en fut de son côté, et elle avait l'air las. Mais elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil vers l'Elfe Jaune, et l'éclat de ce regard n'échappa pas à ses plus fidèles amies - en particulier à Solotal, fille de Tolconel et Palider.

L'Elfe fut conduit jusqu'à un escalier creusé dans le tronc de l'Arbre Saint - ou qui s'y était creusé naturellement, il n'eût su le dire; puis il continua sur une maîtresse branche, mais il fut rapidement perdu 94defce9.jpgdans le dédale des branches et des loges qui y avaient été bâties, comme tissées du bois même de l'Arbre. On poussa une porte, et il vit une chambre aux murs verts, et un lit et des coussins. Une demoiselle vint lui apporter un plateau de fruits, et du pain, et il fut étonné que ces aliments le sustentassent parfaitement, car ils lui avaient d'abord paru légers. Il but un peu d'une eau limpide et claire qui le rafraîchit, puis s'endormit.

Le matin suivant, de la lumière passa entre les interstices des murs de sa loge, et des rayons d'émeraude frappèrent ses yeux, l'éveillant. Il entendit, aussi, une fine cloche, une clochette d'argent, et dut faire quelques efforts pour se rappeler où il était. Il médita un instant sur ce qui s'était passé la veille, et sur ce qu'il espérait de cette journée nouvelle, vouant son âme aux dieux, puis remit les habits qu'il avait quittés, et poussa la porte de sa loge. Il s'avança sous et à travers le feuillage léger, et vit des nymphes passer devant lui en souriant, et en entendit d'autres rire. Une nuit avait chassé l'obscurité de leur cœur. Les rêves avaient été bons, disaient-elles; ils auguraient du meilleur pour les défuntes. Il ne fallait pas se tourmenter davantage pour elles.

L'Elfe Jaune fut surpris quand il s'aperçut de l'objet principal de leur amusement. Il s'agissait de Momulk. Lui aussi était réveillé, et, quasi nu, il courait sur l'herbe, riant bruyamment, poursuivant les nymphes, et feignant de ne pas parvenir à les rattraper; et quand il les saisissait, elles lui glissaient entre les doigts, et au lieu de les serrer, de refermer le poing, il les laissait faire. Tel, l'enfant qui veut se saisir des bulles qu'il a lui-même créées en soufflant dans un anneau de plastique rempli de savon, les poursuit et les fait éclater lorsqu'il les touche; mais au lieu d'en être chagrin, cela le fait rire, et ainsi était à cette heure Momulk, devenu plus humain, dans sa forme, et pareil à un grand guerrier musculeux: une certaine beauté même était désormais peinte en ses traits jadis brutaux.

Soudain, Amariel vint. Et elle dit: Paix, Momulk! et écoute-moi. Tu ne peux ainsi te promener nu dans les prés. Maintenant que tu comprends ce que l'on te dit, et que ton cœur s'est éclairci, il te faut un habit, et un habit de guerrier, des armes, un harnais. Ta grande taille le rend difficile. Mais les Nains qui œuvrent pour moi déjà sont au travail. Pour le moment, vêts cette chemise et ces braies, que mes demoiselles ont pu tisser cette nuit, pendant que les guerrières dormaient. Et elle lui fit donner ces vêtements. La chemise était ample et blanche, luisante comme de la neige sur une branche, et ses braies étaient violettes; elles se fermaient sur ses chevilles, et laissaient ses pieds libres. Une ceinture la tenait, dont la boucle dorée était ornée d'une émeraude. Momulk eut l'air fier de cet accoutrement; et il regarda Amariel et de sa voix épaisse mais douce, il dit: Merci, ô reine!

À ces mots, les demoiselles rirent, car on avait peu entendu déjà parler Momulk. Et l'Elfe Jaune lui-même sourit, mais Amariel garda toute sa gravité, et s'inclina, disant: Merci à toi, ô Momulk, car grand est le service que tu nous as rendu, en t'opposant à Fomal. Et l'émoi de ton cœur, en voyant nos amies mortes ou blessées, nous a aussi été une consolation. Tu montres que tu es sorti des ténèbres dans lesquelles t'ont initialement jeté les démons, ou que tu en sors à grands pas. Bientôt tu pourras être un guerrier du Bien, semblable aux disciples de Captain Savoy, semblable à l'Elfe Jaune le premier d'entre eux!

À ces mots Momulk rougit, sourit, et son visage s'éclaira. Il dit: Oui.

Et de nouveau on rit.

Mais il faut, pour la suite, attendre une fois prochaine, ô lecteur! Alors nous en saurons plus sur ce qu'Amariel voulait montrer à l'Elfe Jaune, au sein de son domaine.