30/01/2014

Momulk et l’Elfe Jaune parmi les Fées

970603_10151541711568105_840336009_n.jpgDans le dernier épisode de cette série mouvementée, nous avons laissé l’Elfe Jaune au moment où il venait d’être lâché par Momulk, lequel l’avait tenu de sa ferme poigne jusqu’à ce qu’une pointe d’or dépasse sous ses yeux de son épaule droite, enfoncée par la reine des fées de Vouan Amariel par l’omoplate. Elle avait été appelée par l’Elfe: il en avait reçu le pouvoir de Captain Savoy.
 
Une telle blessure n’avait encore jamais été infligée au monstre vert, métamorphose de Mirhé Maumot: il en fut comme stupéfait. Pour la première fois une peur se lut dans ses yeux.
 
Il voulut se retourner pour voir qui l’avait frappé, mais déjà la belle reine des fées était passée devant lui, suivie de ses nymphes, qui étaient moins grandes qu’elle, mais vaillantes aussi, et pas moins magnifiques, dans leurs armures d’argent.
 
Amariel était majestueuse; elle rappelait l’antique déesse Diane, ou Minerve. À son image, elle avait au frminerva_spranger.jpgont, à la naissance des cheveux, un croissant d’argent qu’ornaient des diamants luisants. Ses yeux étincelaient, et un éclair courait le long de ses sourcils blonds. Elle portait une cuirasse renforcée d’écailles brillantes, également d’argent. Ses longues bottes dorées remontaient au-delà de ses genoux, et une courte robe de soie bleue flottait, attachée à sa taille par une ceinture blanche, dont le nœud laissait tomber deux pans. Elle tenait à la main un long poignard dont la garde était ornée de pierreries, et déjà une de ses suivantes lui donnait un nouveau javelot, qu’elle prit de l’autre main. Ses cheveux blonds volaient derrière son crâne comme une flamme, bien que le vent fût doux; on eût dit qu’ils étaient animés de sa propre fureur.
 
Or, Momulk eut alors une réaction des plus étonnantes: la beauté de ces êtres, et en particulier de la reine, éveilla visiblement en lui un souvenir enfoui; son œil s’alluma, et il demeura coi.
 
La belle Amariel alors parla: Hé bien, monstre, tu ne dis ni ne fais plus rien? Mon petit javelot t’a-t-il meurtri à ce point? fit-elle. Momulk tenta de répondre: Belle… fée… Étoiles… faites… femmes…, l’entendit-on prononcer obscurément.
 
L’Elfe Jaune lui aussi avait été frappé par la beauté de ces immortelles, la première fois qu’il les avait vues - et encore aujourd’hui il en était charmé, comme ébloui, le souvenir ne rendant qu’à peine le vif éclat qui les ceignait; aussi comprenait-il ce qui se mouvait en Momulk. Elles le comprirent aussi, ayant déjà eu l’occasion de constater l’effet qu’elles produisaient sur les mortels auxquels elles se montraient. Soudain, la clarté, la lumière qui s’exhalait d’elles avait rejeté dans les ténèbres profondes - à la faveur aussi du choc du javelot - le mauvais esprit qui était dans le monstre vert, et laissé la conscience de Mirhé Maumot revenir un tant soit peu à la surface, fait place à une part de son esprit véritable, jusque-là totalement exilé dans les limbes.
 
Elles s’approchèrent, Amariel à leur tête. Et quand celle-ci prit en main le javelot qu’elle avait enfoncé dans sa chair en passant derrière lui, comme subjugué par elle, et soumis à son parfum, il la regarda, 426px-pallasetlecentaure1.jpgd’un air effaré, sans rien faire. Elle retira le trait de son épaule - et il glissa sans effort, étant enchanté, et pouvant comme se dématérialiser en partie, ou à volonté s’assouplir.
 
Ô Momulk, fit alors la reine immortelle, tu as du bon en toi: tu perçois encore, au fond de ton abîme, la beauté des filles de la Lune! Tu n’es pas totalement perdu, pas complètement damné! Viens dans mon royaume et nous te soignerons, t’apprendrons de nouveau l’humanité, ramènerons ton esprit enfoui à la surface, si nous le pouvons: nous possédons pour cela des remèdes!
 
Momulk ne dit rien, mais il sembla plus adouci encore, comme s’il approuvait ce qu’il venait d’entendre, comme s’il en ressentait du plaisir, comme si la perspective de se rendre dans ce pays merveilleux apportait en lui un immense souffle d’air frais. Il parut heureux, et on s’attendait à ce qu’il accepte l’invitation. De fait, il fit entendre un faible: Oui, au sein d’un vague grognement. - Bien! dit Amariel, et les nymphes qui l’entouraient esquissèrent un sourire. Et toi, Elfe Jaune, qui nous as appelées, veux-tu venir aussi avec nous, afin de surveiller le monstre, au cas où sa fureur se déchaînerait à nouveau, et parce que ton maître Captain Savoy t’a demandé de t’occuper de lui? Nous t’y invitons pareillement.

L’Elfe Jaune écouta ces paroles avec émotion: la voix de la reine de Vouan était d’une douceur ineffable, et en même temps une autorité profonde l’habitait. Qui eût pu lui dire non, même parmi les hommes qui avaient acquis une nature d’elfe, de génie, de demi-dieu, étaient, comme lui devenus, par la grâce d’entités cosmiques grandioses, égaux aux immortels? Il dit, d’une voix claire: Oui! La reine alors sourit. Et énonça: Hé bien, allons-y! Ses nymphes rirent.
 
L’Elfe Jaune brièvement se demanda pourquoi.
 
Mais la suite ne pourra être narrée qu’une autre fois.

20/11/2013

L’appel aux fées de l’Elfe Jaune (Momulk)

2931966-earth2_mister_miracle.jpgLors du dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé le super-héros nommé l’Elfe Jaune au moment où les mains de Momulk s’apprêtaient à le saisir et à l’écraser - alors qu’il n’en pouvait plus de fuir, sa vigueur étant trop ténue, face à celle du monstre!
 
Or savait-il qu’il ne pouvait compter sur Captain Savoy, son maître, son ami; - car il était pris par d’autres affaires, d’autres batailles. D’ailleurs, ne l’avait-il pas laissé devant son destin, ne l’avait-il pas à cet égard prévenu? Lorsqu’il lui avait confié sa mission, il le lui avait dit: à lui seul de l’accomplir cette fois; il était mûr, et il avait vu qu’il s’en sortirait. Car Captain Savoy, qui l’ignore? était doué de prescience.
 
Mais l’Elfe Jaune ne voyait pas du tout d’issue, si ce n’est en demandant l’aide d’autres êtres à demi divins, avec lesquels il était lié d’une autre manière: ses dons l’avaient, en effet, apparenté à des Immortels de la Terre, moins grandioses que ceux fréquentés par Captain Savoy sur l’arc de la Lune, mais de la même famille, de la même race. Ils en étaient une branche détachée qui avait choisi de demeurer sur Terre, et qui avait tissé un charme magique pour se protéger de ses effluves mortels. Dans ce cercle enchanté qui était leur royaume, ils avaient bâti une cité fabuleuse, qui brillait de mille feux, et qui avait fait croire à nombre d’hommes qu’elle recelait un immense trésor. Là en tout cas le temps passait cent fois plus lentement que parmi les simples mortels, et les enchantements qui y avaient été tissés faisaient dire aux anciens bergers qu’il s’agissait du pays des fées de Vouan.
 
tn_4001_list_547956-adam-warlock-super-1353923259.jpgOr, le disciple de Captain Savoy avait été métamorphosé par une puissance céleste: jadis, il n’avait été qu'un homme; désormais, il était un elfe - était devenu comparable par sa nature aux Fées. Un charme était également tissé autour de lui qui jusqu’à un certain point le protégeait des affres du Temps. Cela était advenu à la suite de l’initiation que lui avait fait suivre Captain Savoy, et quand il avait été jugé prêt, une entité cosmique avait surgi, et l’avait transformé, le couvrant d’une grâce lumineuse qui avait fait de lui l’Elfe Jaune. Il s’agissait d’un ange porteur de la force des dieux!
 
Sachez-le, ces êtres dits fées n’étaient pas, comme on croit souvent, tous des femmes; mais de fières guerrières habitaient parmi eux, et elles tendaient l’emporter sur les hommes. Adoratrices de la Lune, jadis appelées prêtresses de Diane, elles avaient une grande vénération pour Adalïn, fille d’Ordolün et propre épouse de Captain Savoy; parmi elles régnait, au nom de cette princesse céleste, qui l’avait nommée pour la représenter parmi ses sœurs, une dame nommée Amariel - preuse entre les preuses parmi les immortels de la Terre!
 
Depuis sa métamorphose, l’Elfe Jaune sentait toujours leur présence, quand elle était proche: il n’avait pas besoin de les voir, ou de les entendre. Il avait reçu cette grâce.
 
Il les connaissait, les ayant déjà rencontrées une fois en compagnie de Captain Savoy et de quelques autres de ses disciples - dont la fameuse Amazone Céleste, la plus valeureuse d’entre les élèves féminins du Héros.
 
L’Elfe Jaune se souvenait bien d’elle: elle avait été si heureuse, de rencontrer ce jour-là de vaillantes guerrières, dignes d’elle! Elle l’avait pris comme une récompense, et avait chevauché en leur compagnie pour les chasses aux monstres auxquelles elles s’adonnaient: ainsi avait-elle appris son art 625955-gladiator02.jpgd’héroïne!
 
Or, à présent, l’Elfe percevait justement l’éclat de ces filles d’or: il luisait entre les arbres, au loin; et comme il avait besoin d’elles - qu’il était sur le point de mourir, écrasé par les mains de Momulk comme par un étau cosmique -, il les appela, sous la forme d’une prière ailée, d’une pensée qu’il vit distinctement s’élever dans les airs - et qui était pareille à une flamme. Arrachée à son panache, elle avait désormais une existence propre - et sa volonté la portait vers les fées!
 
Leur parviendrait-elle? La liraient-elles? Leur écrirait-elle en lettres de feu le message qu’il voulait leur porter?
 
En principe, il devait en être ainsi; mais c’était la première fois que l’Elfe Jaune usait de ce moyen pour les requérir: d’ordinaire, il laissait faire Captain Savoy - dont la voix, en vérité, portait à des milliers de lieues, et traversait les mondes!
 
Si elles l’avaient ouï, elles n’en manifestaient pour l’instant aucune marque; l’Elfe Jaune demeurait seul face au monstre.
 
Et soudain, celui-ci, après l’avoir longuement poursuivi, put le saisir par le bras gauche! Aussitôt, l’Elfe se retourna et donna le plus vaillant coup de poing qu’il était en mesure de donner. 
 
La créature verte trembla, vacilla, et le sol sous ses pieds se fissura: le choc avait été monumental! Ce poing l’avait heurté tel un marteau.
 
Mais le répit fut bref; il lança aussitôt sa main droite autour du cou de l’Elfe, cherchant à le briser.
Un éclair jaillit, suivi d’un tonnerre, et le monstre vit, à sa grande surprise, une pointe de lance d’or jaillir de son épaule: on la lui avait plantée dans le corps par derrière.
 
C’était Amariel elle-même, reine des fées du mont Vouan, qui avait enfoncé de toute sa force son javelot enchanté à cet endroit, afin de le bloquer. Et ce que la reine manquait en vigueur, elle y avait suppléé par la précision de son coup, placé juste sous l’omoplate, de façon à ne rencontrer aucun os, ce qui lui avait été permis également par la finesse de son arme.
 
Momulk lâcha l’Elfe, et ce qui s’ensuivit sera dit une autre fois.

17/09/2013

Bref répit pour l’Elfe Jaune (Momulk)

2428998749_small_1 (1).jpgDans le dernier épisode de cette épique série, nous avons laissé Momulk et son adversaire l’Elfe Jaune au moment où celui-ci, après avoir tenté de se jouer du monstre, avait lui-même été attrapé et saisi, et était sur le point de se faire pulvériser.
 
Mais il n’en fut pas ainsi: car des yeux de l’Elfe jaillirent deux rayons vermeils qui avaient une formidable puissance, et que le héros n'utilisait que le moins possible: ils avaient le pouvoir de tuer, anéantir, consumer totalement les êtres ordinaires qui subissaient leur feu, et il ne voulait pas que cela advînt. De surcroît, ils lui étaient venus d’un don spécial qu’il n’entendait pas galvauder, et dont l’auteur appartenait à un monde autre, supérieur. C’est lui qui avait fait de lui un elfe, après qu’il avait été un homme…
 
D’abord avait-il, à dire vrai, suivi l’initiation voulue pour lui par Captain Savoy; puis ce héros l’avait mis en relation avec cet être fantastique, afin qu’il lui donne ses pouvoirs.
 
Mais cela sera raconté un autre jour. Pour le moment, il faut seulement savoir que l’Elfe Jaune ne pouvait lancer ces rayons oculaires à tout instant, que cela lui demandait une grande énergie, laquelle il devait puiser dans sa propre âme: elle n’était pas illimitée.
 
Cependant la minute était grave; il risquait sa vie. Et, de fait, la puissance de ce feu vermeil était telle hulk_fire_by_libre_comme_lart.jpgque Momulk hurla et lâcha le poing de l’Elfe, qu’il recula. Ses cheveux même furent brièvement en feu. Mais le monstre y passa la main et l’éteignit.
 
Dans ses yeux, toutefois, un doute survint. Une vague angoisse monta en lui, qui ramena un semblant d’humanité: car sinon, d’ordinaire, seules les forces les plus enfouies de l’abîme l’habitaient - et elles sont insensibles au doute et à la peur, ayant renié absolument la vérité et la clarté, la vie et la chaleur, la bonté et l’amour: n’ayant plus rien à perdre, elles se moquent de tout; elles sont dans l’état de folie qu’on attribue à ceux qui n’ont pas peur sans avoir pour autant aucun courage! La peur est le début de la sagesse, en ce sens qu’elle est faite pour être surmontée: car elle est le sentiment qu’un éclat, qu’une chaleur, qu’une vie pourraient être perdus, et qu’il s’agit de quelque chose de précieux - comme c’est le cas -, et qu’il faut s’efforcer de le regagner. En quelque sorte, on peut l’appeler un signal de la divinité.
 
Mais bientôt la nature de Momulk reprit le dessus: à nouveau il se mit en colère, et son œil, plus ardent que jamais, parut habité d’une flamme obscure. Il s’élança une fois de plus contre l’Elfe Jaune, qui sentit que les choses désormais seraient pour lui bien difficiles: Momulk était d’une puissance qu’il avait sous-estimée, malgré les nombreuses mises en garde de son maître et ami Captain Savoy. On n’accorde jamais assez de force à la Terre, et à ses profondeurs: on la croit dénuée d’âme, alors que depuis toujours les sages en ont fait une déesse. Et même si en Momulk les puissances démontéléchargement.jpgiaques se déchaînaient particulièrement, elles se mêlaient à celles de la divinité même, et en tiraient leur force propre - la lui volant, la lui arrachant. C’est parce qu’on ne mesure pas la présence de l’esprit cosmique dans l’abîme, n’y regardant que ce qui a trait au diable, et pensant celui-ci absolu, en même temps que totalement indépendant de Dieu, qu’on se laisse toujours prendre par surprise par la puissance du mal, plus large qu’on ne croit justement parce qu’elle a ses racines dans les profondeurs de l’univers. Car il ressortit au mystère, et n’est pas tout d’une pièce: ses ressorts secrets rendent sa teinte incertaine; dans l’obscurité sourde il se mêle souvent du bleu, et des éclairs d’argent!
 
L’Elfe Jaune ensuite eut beau se déplacer instantanément d’un lieu à un autre: Momulk le retrouvait fingon_and_gothmog1.jpgtoujours; il n’avait même plus besoin , pour cela, de se concentrer, de fermer les yeux: il saisissait ce que se passait au-delà des apparences tout en agissant; cela lui était devenu aussi clair que les apparences mêmes: celles-ci n’étaient à ses yeux qu’une vitre, et il parvenait à distinguer les deux pans du réel.
 
L’Elfe Jaune lui échappait toujours de justesse, et, naturellement, il n’avait pas le temps d’ajuster au monstre de véritables coups: car même lorsqu’il y parvenait, ils n’avaient point la puissance qu’il eût fallu.
 
Bientôt fuir lui devint impossible: l’eût-il voulu, il n’eût pas pu; il était, pour cela, trop tard. Momulk bondissait à l’endroit où il se matérialisait après s’être dissous lui-même, et il ne pouvait faire, dans la strate invisible située derrière la matière, de longs trajets: le monstre le rattrapait sans peine, bien qu’il dût emprunter la voie des éléments; mais il les dominait et les écartait d’un geste, faisant fuir devant lui les êtres de l’air.
 
Ce qu’il advint alors ne pourra cependant être dit qu’une fois prochaine.