12/08/2014

Momulk et l’Elfe Jaune face au monstre-fée

792.jpgDans le dernier épisode de cette poétique série, nous avons laissé Momulk et le disciple de Captain Savoy l’Elfe Jaune au moment où, venant d’entrer dans le monde des immortelles d’Amariel, ils en contemplaient les merveilles; l’Elfe, étonné de saisir des mystères qui étaient invisibles au sein du monde périssable, s’entendit répondre par la dame du lieu qu’il en avait reçu le don, en y pénétrant.
 
Il se souvint alors de l’ange se tenant sur le seuil du royaume enchanté. Sur le moment, il ne l’avait pas vu; plongé dans ses pensées, ébloui par les merveilles qu’il entrevoyait, ravi par la beauté du chant des Immortelles, il s’était avancé comme dans un rêve, et tout lui apparaissait comme dans un brouillard. Mais, à présent, l’être étincelant rejaillissait dans son souvenir - avec sa verge pareille à un rayon de Soleil et touchant ses yeux, ses oreilles, y posant des éclairs!
 
Quant à Momulk, bien qu’il ne distinguât qu’un ensemble riche de couleurs, comme s’il se fût trouvé au cœur d’un arc-en-ciel - son regard n’ayant pas l’acuité de celui de l’Elfe Jaune -, il en tirait l’image d’un grand calme, d’une profonde paix, d’une harmonie illimitée - et en lui il sentait son âme devenir douce, son feu se faire moins ardent, et la lumière croître. Son œil, naguère tel qu’une braise, se remplissait d’une lueur d’or, et les traits de son visage lui redonnaient une apparence d’homme, l’éloignaient de la monstruosité: de nouveau réguliers, ils étaient presque beaux. Pourtant, il ne reprit pas tout à fait ceux de Mirhé Maumot, aussi étrange que cela paraisse: il restait grand, large, musclé, vert, et conservait un air sauvage.
 
D’ailleurs, quand, soudain, sur la droite, apparut une grande ombre, et que les demoiselles firent entendre leurs cris, l’œil de Momulk, devinant le péril, lança une flamme. Puis il se tourna pour regarder - tout comme l’Elfe, qui sentit, en découvrant ce dont il s’agissait, son poil se hérisser. Car goliath_by_mabuart-d5g50dm.jpgvoici! venait vers eux un guerrier énorme, un géant, portant une armure de bronze, et maniant une hache; et, quoiqu’il eût un heaume, l’Elfe ne put pas ne pas s’apercevoir que les cornes qui en dépassaient ne lui étaient aucunement liées, qu’elles émanaient du front même de l’être hideux. Il s’agissait d’un homme-taureau, et il avait aussi des yeux pareils à ceux de l’animal sauvage: ils ne contenaient pas de blanc. Cependant, une étincelle était en leur centre, qui grandissait quand il se mettait en fureur.
 
La colère s'empara d'Amariel: Par Dordïn le dieu aux mille éclairs, s’exclama-t-elle, qui a libéré ce monstre? Quelle est l’imprudente qui, en mon absence, à délivré de sa prison l’ignoble Fomal? Il était clair qu’elle savait bien qui il était; l’Elfe comprit rapidement qu’il était un de ces êtres maléfiques, venus jadis avec les génies sur terre, qui s’étaient tournés contre les hommes et avaient défié le Christ et ses anges, avaient pris le parti du roi maudit de l’abîme - Mardôn -, et s’étaient dressés contre les dieux justes qui aimaient les hommes. Comme il devait l’apprendre plus tard, Fomal était un des plus fameux guerriers de cette lignée honnie: il avait fauché de sa hache bien des hommes et bien des elfes - bien des mortels et bien des immortels vivant sur Terre. Un jour, Amariel et ses guerrières vaillantes l’avaient pris au piège, puis enchaîné, et placé dans une cage, au pied de leur arbre sacré; mais apparemment, il s’était libéré, était parvenu à séduire une nymphe laissée seule, ou à briser les barreaux de sa cage. Encore Amariel jugeait-elle cette dernière idée impossible, car elle avait été forgée par Vürnariïm lui-même, le forgeron des dieux! Elle en saurait davantage sans doute une fois vaincu ce monstre. Mais le vaincrait-elle? Car il les prenait par surprise, et les deux mortels dotés de pouvoirs miraculeux ne seraient pas de trop, s’ils voulaient l’aider; et encore doutait-elle qu’ils pussent en venir à bout. Car Fomal était puissant, et les années d’emprisonnement avaient décuplé sa force en accroissant sa rage. Il avait soif de vengeance, et de son être s’exhalait une vapeur sombre, jetant autour de lui une forme d’épouvante sourde.
 
Elle jeta sans tarder un javelot luisant vers lui, mais avait-il reforgé son armure? Il rebondit sur la cuirasse à la façon d’une épingle. Le monstre vers elle abattit sa hache, et à peine eut-elle le temps de bondir sur le côté, pour l’éviter; cependant, en frappant le sol et en s’y enfonçant, l’arme énorme créa une onde de choc, un petit tremblement de terre qui la fit choir, et qui contraignit l’Elfe Jaune à poser un genou dans l’herbe verte qui sous lui s’étendait. Les suivantes de la reine aussi churent, et seul Fight_the_Minotaur_boss_2d_fantasy_battle_minotaur_archer_mage_warrior_picture_image_digital_art.jpgMomulk, bien campé sur ses deux jambes puissantes, et d’une taille assez haute pour le rendre moins infime face à Fomal que les autres, put se maintenir debout.
 
En le voyant, le monstre voulut le pulvériser, et il arracha sa hache du sol, et il s’apprêtait à l’abattre sur l’autre moi de Mirhé Maumot, mais celui-ci fut plus vif: il bondit et frappa de son poing, semblable à un marteau, le visage du géant, protégé par un heaume; or, celui-ci sauta, et Fomal eut la tête découverte. Il en fut fort étonné: jamais il n’eût cru qu’un mortel, même doté par les dieux, pût avoir une telle vigueur. Mais sa colère en revint d’autant plus forte; et, de sa main gauche, il asséna un coup de poing, lui aussi, à son adversaire, l’envoyant à plusieurs dizaines de mètres à travers les airs - jusqu’à un bosquet, qui se trouvait près; et Momulk disparut parmi les arbres.
 
Pendant ce temps, l’Elfe Jaune avait eu le temps de se relever.
 
Mais ce qu’il advint alors doit être réservé pour une fois prochaine.

05/06/2014

Momulk et l’Elfe Jaune parmi les Immortelles

flag_of_gondor.jpgDans le dernier épisode de cette étrange série, nous avons dit de quelle façon Momulk et l’Elfe Jaune, disciple de Captain Savoy, avaient, invités par les Fées de Vouan, pénétré dans un mystérieux souterrain, jusqu’à ce que, ayant marché quelque temps, ils fussent arrivés au bout.
 
De l’autre côté, une vallée ensoleillée s’étendait; elle était enserrée de montagnes. Un souvenir du temps où le paradis était sur Terre semblait, là, être demeuré. On y voyait tout ce qu’on peut découvrir quand on monte au sommet d’une montagne et qu’un lieu béni semble se tenir dans ces hauteurs, mais avec plus d’éclat, de lumière, comme si d’eux-mêmes les objets avaient lui. Et le fait est que, curieusement, on n’était pas ébloui par le Soleil, qui ne brillait dans le ciel que comme une pomme d’or; on pouvait le scruter, comme si ses rayons avaient rencontré un obstacle venant de la Terre, et des formes colorées étranges semblaient l’entourer. Mais surtout, l’on percevait également les étoiles, dans le ciel, et derrière le Soleil, semblables à de lointaines lanternes! Elles n’étaient d’ailleurs pas aussi froides, aussi éloignées qu’elles le paraissent depuis le monde des mortels; elles rappelaient davantage les fenêtres d’or des maisons éclairées de l’intérieur, la nuit! Quels êtres tenaient, allumaient ces lampes, il était difficile de le voir; mais on les pressentait avec force, et l’Elfe Jaune croyait parfois distinguer de vagues silhouettes, transparentes dans l’azur piqueté d’or. Mieux encore, la Lune, encore dans son croissant, était visible aussi, vers le nord, suspendue au-dessus d’un sommet, et y déposant son argent habituel, mais sous la forme d’une poudre brillante que l’Elfe Jaune crut brièvement voir tomber d’une main. Les étoiles, le Soleil, la Lune étaient ensemble dans le ciel, et c’était de toute façon une chose assez extraordinaire pour que l’Elfe Jaune s’en émerveillât. À une remarque qu’il fit, Amariel lui dit qu’il ne fallait pas s’en étonner, qu’il en était constamment ainsi dans son merveilleux royaume.
 
Devant lui, au loin, le disciple de Captain Savoy vit cependant un arbre gigantesque: les arbres arbrejournuit.jpgordinaires étaient pour lui ce que sont pour eux des brins d’herbe, et son tronc faisait bien vingt mètres de diamètre. Sa cime se perdait dans l’azur, et semblait toucher la voûte étoilée; le Soleil et la Lune devaient passer entre ses branches, sans doute! Et l’Elfe se demanda comment il était possible qu’un arbre si monstrueux ne pût être vu depuis le monde des mortels, car il dépassait de ses branches les plus hautes les montagnes les plus massives.
 
Amariel sembla, alors, deviner sa pensée, et le regardant elle dit: Ô Elfe Jaune, vaillant disciple de Captain Savoy, fils de Jean Tarcaz d’Annecy, tu contemples cet arbre et te demande comment il est possible qu’il n’ait jamais été vu par les yeux des mortels. Sache qu’il leur faudrait des yeux spéciaux, une clairvoyance singulière, pour l’apercevoir, lorsque le Soleil éblouissant place devant eux un voile de clarté! Car il est fait d’une matière plus fine que la lumière, qu’aucun instrument prolongeant et renforçant la vision ne pourrait déceler. Il est une cristallisation de forces. Mais ici tout ce qui est réel derrière les apparences, tout ce qui agit derrière le rideau tissé de rayons de lumière se dévoile. Les êtres qui, captant ces rayons, mettent sous l’œil des mortels l’illusion qui l’entoure, sont en ce lieu moins puissants: mes gardiennes les maintiennent à distance. Et cet arbre, que tu vois, continuellement agit, formant la terre, l’air, la lumière; mais les hommes ne peuvent rien voir au-delà justement de ce qu’il crée, et qui s’impose à leurs sens. Tel est le fond obscur de cette énigme.
 
Alors l’Elfe Jaune demanda: Ô Amariel, puits de sagesse, mère des hommes, comment se fait-il, en ce cil_570xN.116688859.jpgas, que mes yeux à présent le voient? Amariel répondit: Je pourrais te dire que, ayant reçu des dieux une nature d’Elfe - les êtres célestes t’ayant fait cette grâce -, tes yeux se sont assez transformés pour l’apercevoir tel qu’il est vraiment; mais il te reste encore trop de temps d’initiation pour qu’il en soit pleinement ainsi. En vérité, en passant par le seuil de mon royaume, tu as reçu le don de seconde vue, et cette fois ton œil enchanté s’est complètement ouvert.
 
Il faut pourtant que tu saches que Momulk, ici présent, ne distingue pas comme toi ce grand arbre: pour lui il est comme une montagne se tenant au centre de ce vallon. Et la raison en est que s’il a reçu la grâce du Seuil, si l’ange posté à cet endroit a allongé sa baguette jusqu’à ses yeux, ceux-ci, encore peu accoutumés à la clarté véritable, ne distingue dans les objets de ce monde que des masses grossières. Réjouis-toi, donc, et remercie ton maître et les dieux - ainsi que les anges qui sont venus te métamorphoser, te donner ta nature d’elfe, aussi douloureux ce moment soit à ton souvenir: car, n’est-ce pas, ce jour-là, tu t’es senti mourir!
 
L’Elfe Jaune ne répliqua rien, car il savait qu’elle disait les choses comme elles étaient, et il s’étonnait, même, qu’elle en sût autant sur son compte; il pensait que ce qui lui était arrivé appartenait au plus grand secret, que seuls Captain Savoy et les êtres célestes étaient au courant.
 
La suite de cette curieuse histoire ne pourra cependant être donnée au lecteur qu’une fois prochaine.

04/04/2014

Momulk et l’Elfe Jaune sur le chemin de Féerie

2013_Spring_ApsaraMera2_613x463.jpgDans le dernier épisode de cette série qui mêle l’histoire et la légende, j’ai laissé Momulk et l’Elfe Jaune alors qu’ils venaient d’accepter la proposition d’Amariel la fée de l’accompagner dans son fabuleux royaume, au cœur de Vouan - dans sa partie inaccessible aux mortels -, afin de guérir le monstre et ramener dans son âme la flamme de la conscience.
 
Guidés par les demoiselles enchantées, ils s’en allèrent au pied d’une falaise, au-dessus de la Menoge, en passant par un chemin abrupt. Ils pénétrèrent alors sous un porche naturel, dans une sorte de large grotte, au fond de laquelle ils virent des cavités rondes: là, pense-t-on, les paysans anciens taillaient des meules, pour leur farine. L’Elfe Jaune se demanda où cela allait les mener.
 
Soudain, il vit apparaître, à un geste étrange d’Amariel, une porte ornée, au sein d’une arche creusée dans le roc. Une lumière en rayonnait. Pourtant, lorsque, à un mot prononcé par la reine dans une langue qu’il ne reconnut pas, elle s’ouvrit, de l’autre côté, il ne vit qu’obscurité, ténèbres.
 
Riant une fois encore, les demoiselles et leur maîtresse le regardèrent au moment d’y pénétrer, voyant qu’il hésitait; car Momulk sans hésiter déjà s’engageait sur leurs pas. L’Elfe à son tour les suivit.
 
Une fois passé le seuil, qui brillait d’une étrange lumière, douce et chatoyante, il fut étonné de voir que le chemin qu’il avait cru obscur était en réalité éclairé: une ligne de diamants bleus était au sol, semblables aux cailloux qu’eût disposés un ange! 
 
Ils constituaient un fil qu’il fallait suivre. Sur les parois rocheuses, plus espacés, des diamants blancs firent aussi leur apparition, éclairant le chemin. Car ces pierres brillaient d’elles-mêmes, diffusant leur propre clarté ainsi que des lampes: une vie semblait être en elles, qui palpitait.
 
Longtemps ils marchèrent, et les fées se mirent à chanter, dans leur langue obscure et de leur voix mélodieuse, belle, enchanteresse. Au début, l’Elfe Jaune pensa ne pas comprendre ce qu’elles disaient, DeesseFlutePan.jpgmais bientôt, des images vinrent en lui, qui semblaient sortir de leurs bouches - ou de leur chœur, comme si l’ensemble de leurs voix formait une coupe dont des figures colorées retombaient en flottant. À vrai dire, il lui parut d’abord que ces images ne signifiaient rien; mais il les vit bientôt s’ordonner, et il put les traduire en mots. Et lorsque plus tard il s’efforça de rendre ce qu’il en avait saisi, il composa ce poème, que l’on considérera en vérité comme celui que chantaient ces demoiselles du mont Vouan:
 
Yo! yo! nous cheminons sur la piste aux étoiles,
Nous posons nos pieds fins sur le cristal brillant
Taillé par ce dieu mâle au marteau scintillant
Qui des astres saisit l'éclat pur dans ses voiles:
 
Vurnarïm! Vurnarïm! ton bras faisait frémir
Le cœur trop tendre au sein des nymphes des montagnes,
Mais tu travaillais dur, comme on fait dans les bagnes;
Nul n’entendait jamais dans ta bouche un soupir!
 
Hélas! hélas! plus d’une a senti dans son âme
Monter un feu pouvant embraser un pays,
Quand entre tes mains d’or tu saisissais les plis
Dans lesquels les pouvoirs d’en haut posaient leur flamme!
 
Béni! béni! le jour où tu fis ces cadeaux
À notre reine auguste, à notre dame aimée,
Car depuis cet instant sa couronne est semée
Des rayons qu’y fait luire un bouquet de joyaux!
 
Dieux! dieux! par là put-elle égaler les déesses
Et devenir sur terre incomparable ainsi
La_chute_des_anges_rebelles.jpgQu'au sein du ciel le sont les dieux dans les récits
Qu'en livrent nos aînés quand les prend la tristesse.
 
De fait! de fait! de nos parents le temps récent
Les a vus fréquenter la gent de l’empyrée
- Mais un désir les prit, la voûte chamarrée
D’étoiles s’éloigna de leur œil frémissant.
 
Pourtant! pourtant! le don divin du seigneur fèvre
A rendu le chemin plus lisse à nos pieds fins
- Et nous voici soudain arrivés aux confins
Du pays d’or alors finissons ce chant mièvre!
 
Et à ces mots, elles rirent encore, puis se turent. Et de fait, la troupe était parvenue à la borne du pays enchanté.
 
Mais quelle apparence il avait, cela ne pourra être dit qu’une fois prochaine.