05/07/2015

Momulk et la rédemption des fées

11114173_1601196473497832_2972720672029428328_n.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons raconté comment, après avoir vaincu et enchaîné Fomal, nos héros – l'Elfe Jaune, Momulk, Amariel – sont revenus auprès de l'Arbre Saint, et ont vu sortir de la forêt des demoiselles éplorées à l'appel de leur Dame.

Quand Amariel vit ses demoiselles ainsi désespérées, elle les tança d'une voix bienveillante: Venez donc, ô mes filles, dit-elle. Maintenant que Fomal est enchaîné, vous n'avez plus rien à craindre. N'eûtes-vous pas foi en mon appel, lorsque vous ordonnâtes à la forêt de vous laisser passer - après avoir commandé aux arbres de former une barrière infranchissable même pour le géant aux cornes d'or? Car c'est ce que vous fîtes, assurément, les charmes que je vous enseignai le permettant. Et en disant ces mots Amariel regardait l'Elfe Jaune du coin de l'œil, ou jetait les yeux brièvement vers lui, comme si elle avait parlé aussi pour qu'il comprenne ce qui s'était produit. Et une clarté s'alluma fugacement dans les yeux de Momulk - car il l'écoutait aussi. La reine de Vouan reprit: N'ayez pas peur, mes chéries; les deux héros que vous voyez là sont mes amis. Même le géant vert à l'horrible apparence a le cœur adouci par mes paroles, mes mains posées sur son visage, la lumière émanant du mien: ne reflète-t-il pas les étoiles et la maison des dieux? Il en contient l'éclat, en vérité.

Et Momulk la regarda, l'air étonné; et l'Elfe médita ces paroles, et il vit effectivement une gloire ceindre la face d'Amariel, et des éclairs passer sur son front. Il comprit qu'elle avait en elle le chant d'un être céleste, et qu'elle n'était pas sur Terre seulement pour prendre soin de l'arbre saint des monts.

Lors les jeunes filles s'approchèrent, les yeux baissés, et l'une d'elles, Aselmïn la blonde, fille d'Isilcar et d'Orlontë, leva la tête et demanda ce qu'elles pouvaient faire pour se racheter. Amariel répondit: Il faudra me raconter ce qui s'est passé, mais auparavant, il faut que vous couriez auprès de la porte de Mïngel, où Fomal nous a vainement attaqués, et où nous l'avons laissé sans connaissance. Car avant de partir vite auprès de l'Arbre Etolün pour guérir Etamil blessée et savoir ce qu'il était advenu de vous, à peine avons-nous songé à le lier de cordes que nous possédions, et à l'attacher à un puissant arbre, un sapin séculaire: il était trop lourd, et nous étions trop pressés pour le prendre avec nous, et nous l'avons pensé trop faible et abattu pour qu'il rompe ces liens, et même pour qu'il s'éveille avant que nous parvenions à vous, puis que vous le retrouviez. Nous l'avons traîné quelques mètres en pensant que nous pourrions l'emporter nous-mêmes, mais nous avons dû rapidement y renoncer. Or est-il temps: il faut faire vite. Vous nous narrerez à votre retour les tristes événements qui l'ont vu se délivrer de sa cage. En attendant nous allons voir si nous trouvons d'autres des nôtres ici ou là. Promptement ramenez le géant cornu, par ma foi!

Alors, elles s'empressèrent - heureuses, en vérité, de laisser derrière l'ombre de leurs peines, le souvenir du sang versé et des douleurs atroces infligées à leurs sœurs, pour faire place à l'action. Et elles se saisirent de leurs armes, éparses sur le gazon, abandonnées dans la fuite, et à quatorze coururent vers le lieu qui leur avait été indiqué. Elles trouvèrent Fomal toujours inconscient, et le ramenèrent comme on le leur avait ordonné.

Durant ce temps, Amariel envoya chercher les demoiselles égarées qui avaient fui, et elles revinrent toutes, au nombre de cent trente-trois; seules quelques-unes, qui avaient fui plus loin, demeurèrent introuvables. Certaines, disait-on, s'étaient rendues parmi les mortels - prenant leur apparence, et se mêlant à eux. Et trois ne revinrent jamais, et ne furent point revues. Les sages ont pensé qu'elles avaient épousé des hommes à la vie brève, étaient devenues pareilles à eux, et qu'elles fondèrent avec eux des familles; mais on a aussi affirmé que l'une d'entre elles au moins était devenue religieuse, dans insect_monster_by_lenuk-d5h9y4k.jpgun couvent. Et certains doutèrent de ces dires et assurèrent qu'elles avaient dû périr sous les coups des alliés secrets de Fomal, des ombres maléfiques de l'épaisse forêt - des créatures infectes qui d'habitude par peur se cachent des Immortelles, mais qui avaient pu s'armer de courage, en les voyant seules. Et de fait, d'aucunes furent attaquées par quatre d'entre ces monstres, et eurent les plus grandes peines du monde à les repousser. Ils avaient des tentacules à la place des bras, et leurs doigts étaient des dents, leurs mains des mâchoires. Leurs jambes étaient semblables à celles d'énormes insectes, et leur vue seule abattrait les âmes fragiles, si elles se révélaient au monde périssable: elles bondiraient hors du corps de chair, et le cœur cesserait de battre, tant elles inspireraient d'épouvante! Mais les fées de Vouan ne connaissaient pas ce sentiment, ayant vécu avec ces monstres dans d'autres cercles planétaires. Et lorsqu'elles eurent jeté leurs flèches sifflantes, ils s'enfuirent, car ils haïssent l'argent dont elles font leurs pointes, et aussi le bois d'aulne vert dont elles sont faites: étant bénies par Amariel, elles portent des vertus qui leur sont d'horribles poisons, qui les brûlent et les consument de l'intérieur d'une façon atroce.

Mais il est temps de laisser cet épisode, qui comporte maintes explications étranges; et de donner rendez-vous au lecteur pour une autre fois, qui verra s'élever un grand bûcher funéraire, au sein duquel des merveilles se feront voir à nos héros Momulk et l'Elfe Jaune.

16/04/2015

Momulk et la dévastation de Fomal

the_death_of_jarella_by_caveatscoti-d4amfgx.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons assisté à la colère de Momulk et de l'Elfe Jaune déclenchée par le meurtre, par Fomal l'homme-taureau, de la belle Basiclës, guerrière parmi les fées de Vouan. À la fin de cet épisode, l'Elfe Jaune avouait avoir tant admiré sa beauté qu'il en était presque tombé amoureux: d'où sa douleur.

À ces paroles, Amariel ne répondit rien. Mais elle annonça que le monstre aux longues cornes serait ligoté, et qu’on l’emporterait sous l’arbre de Vie, où une nouvelle prison lui serait donnée; et qu'elle avait hâte de savoir comment il s’était délivré de la dernière, et ce qu’il était advenu des guerrières qui devaient le surveiller.

On se dirigea donc vers le centre du royaume des fées, en emportant aussi le corps de Basiclës, et en soutenant Étamil et en la plaçant sur un brancard, tissé de branches et de feuilles. Momulk voulut porter le corps de Basiclës - quoiqu’il l’exprimât en peu de mots seulement. Mais il apprenait progressivement à parler; il réveillait en lui le langage articulé - et la pensée consciente! Il lui fut accordé de porter la malheureuse nymphe.

Quoique l’Elfe Jaune fût également blessé, il ne voulut pas qu’on l’aidât; au contraire il tint à porter le lit de branches de la belle Étamil. Il se tenait à l'arrière; et devant était une autre noble guerrière enchantée, la rapide Silistiel. Elle avait été une amie proche de Basiclës, et était aussi l'amie intime d'Etamil.

Ainsi revint-on jusqu’au pied de l’arbre sacré, où se trouvaient les loges des demoiselles, et d’Amariel même: car elles se les étaient bâties par les seules forces végétales; nul pierre n’y avait servi, et même nulle branche, nul tronc n’avaient à cette fin été tranchés: d'elles-mêmes les branches s’étaient étirées, allongées et nouées, lorsqu'Amariel les en supplia, créant des abris, et un véritable immeuble végétal. Car elle avait ce pouvoir, d’éveiller l'âme des arbres et des plantes. À son toucher, ces êtres liés au sol sentaient naître en eux une conscience, comme si le dieu qui les animait depuis les astres se glissait dans leurs feuillages. Et lorsqu'en la profondeur de leur sommeil Amariel les appelait, les invoquait, de fait, cela ressemblait à une prière: c'est aussi au dieu qui présidait à leur croissance qu'elle s'adressait; sans lui, elle le savait, rien n'était possible.

Or, les loges n'étaient point de velours, ni serties de fils d'or et d'argent, ou de pierreries: une mousse parsemée de fleurs et de fruits luisants leur tenait lieu de tapisseries, et leurs motifs n'avaient rien de d1bed0d74c391a4947a84fcb9782b5c6-djomcb.jpghasardeux: avec la conscience les arbres développaient la faculté d'œuvrer à la façon de bêtes, et de créer des formes régulières. Placés directement sous l'influence des astres, leurs ornements, au sein des loges carrées, imitaient leurs figures; et naturellement, selon l'époque de l'année, elles changeaient. Mais toujours se trouvaient restitués les êtres que les étoiles représentent dans le ciel, et ainsi leurs actions étaient-elles continuellement présentes sous les yeux des fées, qui en tiraient une grande instruction. On eût pu dire que les baies rouges, violettes, blanches, en particulier, étaient de petites étoiles forgées à partir des grandes, des morceaux de ces êtres brillants - car jusque dans la nuit elles jetaient des feux, comme si elles disposaient effectivement de leur éclat. En vérité, cet éclat venait des planètes, des étoiles mobiles; dans le jardin d'Amariel, les plantes avaient spontanément la faculté de capter leurs rayons jusqu'au point de pouvoir luire. Ce qui était plus extraordinaire était qu'entre eux ces reflets des étoiles mobiles dessinaient les figures des étoiles fixes, comme si, au-delà du quatrième ciel - qui est celui du soleil -, les cieux se mêlaient, s'accordaient, se fondaient – si grande était l'harmonie du jardin!

Cependant, l’Elfe Jaune ne vit dans toutes ces formes et ces lumières, ces couleurs, qu'un tableau somptueux, à l'ordre mystérieux mais sensible, et il se crut au milieu d'une cité en fête, traversée de guirlandes, de bouquets de fleurs, de corbeilles de fruits, de feux colorés, telle qu'on en trouve à Noël, quand les hommes d'Occident choisissent de célébrer avec faste la naissance de Notre Sauveur; et en Asie, en vérité, les cités ont fréquemment cet air de fête, et aussi les temples. Mais l'Elfe de toute façon n'eut guère le loisir d'admirer cette beauté née de l'ordre végétal même; car un air de tristesse et de malheur pesait sur le lieu, et du sang était répandu sur l'herbe vert émeraude, et coulait des loges enchantées. Autour de l'arbre, il vit une horreur qui manqua de lui briser le cœur: plusieurs demoiselles fées gisaient sans vie, tuées par le monstre cornu. Certaines avaient des membres coupés, et leurs traits étaient déformés par la souffrance. Et en dehors de cela, nul bruit, nulle rumeur, nulle voix ne se faisaient entendre: les autres demoiselles avaient sans doute pris la fuite.

Amariel n'eut pas d'autre pensée, en tout cas, lorsqu'elle se tourna vers la montagne du nord, recouverte de forêts, et se mit, pour les appeler, à chanter de sa voix claire et pure; et le langage qu'elle utilisait était celui des immortels, qui n'était que mal connu encore de l'Elfe Jaune, et pas du tout de Momulk; mais l'enchaînement de ses consonnes et voyelles créait en eux une lumière intense, et des images enfouies, comme resurgies du fond de la mémoire, ou de rêves à jamais oubliés. Le charme en était si puissant que quelque chose semblait s'ouvrir, à son écoute, dans la nappe de lumière du monde manifesté - et des créatures étranges paraissaient se mouvoir dans les profondeurs de cette faille cosmique, à la fois grandioses et effrayantes. L'Elfe Jaune reconnut en elles des divinités, semblables à images.jpgcelles qui l'avaient investi de sa puissance occulte - qui l'avaient rendu pareil aux immortels; mais de les sentir si proche l'émerveilla. Quant à Momulk, il ouvrit des yeux effarés, et demeura muet, coi, stupéfait, immobile; un monde paraissait naître dans son regard! Ses traits de nouveau s'adoucirent.

Au loin, sur la montagne, la forêt trembla, oscilla, les arbres se murent. Et au pied, là où commençaient les prés, l'Elfe Jaune vit apparaître les demoiselles, en pleurs, hésitantes. Mais elles reconnaissaient la voix de leur maîtresse, et saisissaient le sens de ses paroles rassurantes. Aussi vinrent-elles, et voici! leurs pleurs redoublèrent, et leurs gémissements, et elles se frappaient la poitrine, et leurs cheveux étaient en grand désordre; certaines se les arrachaient, de honte et de désespoir.

Mais il est temps de laisser pour cette fois ce récit.

25/01/2015

Momulk et la vengeance de l’Elfe Jaune

32d6553b6a36d8872734998af9312c71.jpgDans le dernier épisode de cette sauvage série, nous avons laissé Momulk alors qu'il avait été envoyé dans un bosquet par la voie des airs à la suite d'un coup de Fomal l'homme-taureau, et l'Elfe Jaune alors qu'il venait d'être sauvé par deux immortelles dont l'une en avait subi une cruelle mort. Il en fut horrifié!

Cependant, la honte d’avoir provoqué la mort de Basiclës, qui si bien avait chanté lorsque tous ensemble ils étaient passés par la grotte enchantée, éveilla en lui des forces nouvelles: la crête qu’il portait à la tête étincela, le panache qui était dessus flamboya, et un éclair en jaillit; aussitôt, un autre éclair sembla venir des cieux, et, en le pénétrant, habiter l’Elfe Jaune d’un éclat nouveau: sa peau devint comme transparente, à force de luminosité intérieure. De petits éclairs jaillirent de ses yeux, de son front, courant sur ses sourcils. Voici qu’il était revêtu de force, et que la puissance d’un dieu était sur lui!

Plus rapidement qu’on ne saurait le dire, il s’élança; Fomal jeta sa hache en avant, mais sans peine l’Elfe l’évita, et entra sous sa garde; là, il solidifia sa main par la pensée, se servant de son tranchant comme d’une lame, de ses doigts comme d’une pointe: car il avait ce pouvoir. Et il frappa à plusieurs reprises le monstre au flanc. Il le fit trop vite pour que Fomal pût réagir, et de plusieurs plaies son sang noir coula, et la douleur vint en lui. Lorsqu’il essaya de le saisir, ou de le frapper, il se volatilisa, et réapparut derrière lui, poursuivant son œuvre. Et il poursuivit ainsi, lui brisant même trois côtes, et le nez, faisant jaillir le sang de sa bouche - car il se matérialisait brusquement dans l’air, et le frappait plusieurs fois avant de se dématérialiser, ne donnant pas même à son corps le temps de tomber – si grande était sa célérité!

Cependant, ces blessures demeuraient superficielles: aucune d’elles ne pouvait être mortelle, pour le monstre. Assurément eussent-elles tranché en deux n’importe quel homme mortel; mais pour lui, elles ne faisaient qu’entamer la surface de sa chair!

Et voici! les yeux de Fomal étaient tels qu’ils voyaient l’ombre lumineuse de l’Elfe Jaune quand il se dématérialisait: le monde des esprits n’était pas pour lui inaccessible ni inconnu, y vivant à demi, et à la fin, il arriva ce qui devait arriver: il parvint à atteindre l’Elfe de sa main gantée, et à lui porter un coup, qui fut tel qu’une gifle, mais qui repoussa son ennemi, et lui fit jaillir le sang de la bouche! Et cela aurait hulk_print_final_lr2_by_artgerm-d6lzm9t.jpgpu mal finir pour lui, si Momulk, revenu de son évanouissement, n’avait bondi du bosquet et jeté les pieds en avant pour en frapper Fomal. Celui-ci les reçut sur le visage et la poitrine, et il en eut le souffle coupé - et un voile noir s’abattit sur ses yeux. Dès lors, il était à la merci de Momulk, qui, se relevant, lui asséna de terribles coups de poing; il lâcha sa hache, tenta de fuir, mais le géant vert le rattrapa, et le fit tomber à terre. Il le frappa encore, brisant son heaume, faisant jaillir le sang de sa bouche et de ses oreilles - et l’eût achevé, si, à ce moment, Amariel n’était arrivée près de lui, et ne lui avait ordonné d’arrêter, lui priant de laisser son ennemi en vie. D’abord, Momulk ne comprit pas, ou ne voulut pas comprendre, et il continua, plein de fureur, à le frapper; mais Amariel s’interposa, et quand il l’écarta, elle revint - et il finit par se calmer. L’Elfe Jaune d’ailleurs arriva, et s'efforça de retenir le bras de Momulk, et cela l’apaisa, car pour lui désormais cet être était un ami. Alors, écumant, les yeux rouges, pleins de feu, Momulk regarda le géant cornu, Amariel, l'Elfe Jaune de nouveau Fomal - et voici! il se tint coi.

La reine de Vouan alors parla: C’est assez, ami Momulk, le monstre est vaincu; apaise-toi, et ne laisse point la rage t’envahir, le démon en toi s’emparer de tous tes membres - et de ta raison, s’il t’en reste quelqu’une! Vois, Elfe Jaune, dit-elle en s’adressant au disciple de Captain Savoy, Fomal a cru pouvoir vaincre, mais grâce à toi et à Momulk, il a été mis hors de combat! Soyez-en mille fois remerciés. - Hélas, fit alors l’Elfe Jaune, si seulement j’avais pu l’empêcher de tuer la malheureuse Basiclës!

- Ne pleure pas sa mort, répondit Amariel; sache qu’au moment où son cœur a cessé de battre, son âme s’est envolée, brillante, apaisée – rédimée; car comme elle a donné sa vie pour combattre le mal, elle a gagné le droit de rejoindre sa patrie véritable - le monde céleste dont nous venons toutes, et que nous avons quitté jadis sur un coup de tête, ainsi que disent les hommes mortels. Mes demoiselles sont toutes prêtes à donner leur vie pour moi, et pour la justice, car elles savent que si elles le font un être aabaf4a6b6c501a7cccc6972c14cbbe8.jpgdivin viendra les chercher pour les ramener dans l'auguste royaume dont nous fûmes jadis bannies - dont la porte nous fut jadis fermée! Et c’est ce qui s’est passé, pour Basiclës: tu ne l’as point vu, sans doute; mais moi si, et j’en ai été grandement consolée: c’est ma solitude sans cette chère amie qu’à présent je pleure, mais non son malheur, et je ne maudirai jamais la destinée. Les dieux sont justes, ô Elfe Jaune; comment pourrais-tu croire que sa mort, la mort d'une si belle demoiselle, d'une si vaillante guerrière, pourrait constituer une fatale injustice? À présent, crois-le bien, elle est heureuse: je la vois qui sourit, parmi nos amis célestes; elle nous salue une dernière fois, puis se détourne, entrant dans la lumière, - et je ne la vois plus. Que son beau corps soit détruit ne doit pas te tourmenter, te désespérer: il l’a aidée à se libérer; elle en a fait le sacrifice.

- Je sais, fit alors l’Elfe Jaune, que tes mots résonnent de la sagesse des siècles, ô Amariel: ma raison me le dit, mais aussi mon cœur; car ils éveillent en moi bien des idées enfouies - que je sais être vraies parce qu’elles jaillissent des profondeurs de mon âme. Et pourtant, je ne puis faire que je ne pleure abondamment, car il me semblait que j’étais déjà presque amoureux de cette gracieuse demoiselle - comme le serait tout homme qui l’eût vue, en vérité!

C'est sur ces mots poignants que cet épisode assez long néanmoins doit finir.