16/04/2015

Momulk et la dévastation de Fomal

the_death_of_jarella_by_caveatscoti-d4amfgx.jpgDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons assisté à la colère de Momulk et de l'Elfe Jaune déclenchée par le meurtre, par Fomal l'homme-taureau, de la belle Basiclës, guerrière parmi les fées de Vouan. À la fin de cet épisode, l'Elfe Jaune avouait avoir tant admiré sa beauté qu'il en était presque tombé amoureux: d'où sa douleur.

À ces paroles, Amariel ne répondit rien. Mais elle annonça que le monstre aux longues cornes serait ligoté, et qu’on l’emporterait sous l’arbre de Vie, où une nouvelle prison lui serait donnée; et qu'elle avait hâte de savoir comment il s’était délivré de la dernière, et ce qu’il était advenu des guerrières qui devaient le surveiller.

On se dirigea donc vers le centre du royaume des fées, en emportant aussi le corps de Basiclës, et en soutenant Étamil et en la plaçant sur un brancard, tissé de branches et de feuilles. Momulk voulut porter le corps de Basiclës - quoiqu’il l’exprimât en peu de mots seulement. Mais il apprenait progressivement à parler; il réveillait en lui le langage articulé - et la pensée consciente! Il lui fut accordé de porter la malheureuse nymphe.

Quoique l’Elfe Jaune fût également blessé, il ne voulut pas qu’on l’aidât; au contraire il tint à porter le lit de branches de la belle Étamil. Il se tenait à l'arrière; et devant était une autre noble guerrière enchantée, la rapide Silistiel. Elle avait été une amie proche de Basiclës, et était aussi l'amie intime d'Etamil.

Ainsi revint-on jusqu’au pied de l’arbre sacré, où se trouvaient les loges des demoiselles, et d’Amariel même: car elles se les étaient bâties par les seules forces végétales; nul pierre n’y avait servi, et même nulle branche, nul tronc n’avaient à cette fin été tranchés: d'elles-mêmes les branches s’étaient étirées, allongées et nouées, lorsqu'Amariel les en supplia, créant des abris, et un véritable immeuble végétal. Car elle avait ce pouvoir, d’éveiller l'âme des arbres et des plantes. À son toucher, ces êtres liés au sol sentaient naître en eux une conscience, comme si le dieu qui les animait depuis les astres se glissait dans leurs feuillages. Et lorsqu'en la profondeur de leur sommeil Amariel les appelait, les invoquait, de fait, cela ressemblait à une prière: c'est aussi au dieu qui présidait à leur croissance qu'elle s'adressait; sans lui, elle le savait, rien n'était possible.

Or, les loges n'étaient point de velours, ni serties de fils d'or et d'argent, ou de pierreries: une mousse parsemée de fleurs et de fruits luisants leur tenait lieu de tapisseries, et leurs motifs n'avaient rien de d1bed0d74c391a4947a84fcb9782b5c6-djomcb.jpghasardeux: avec la conscience les arbres développaient la faculté d'œuvrer à la façon de bêtes, et de créer des formes régulières. Placés directement sous l'influence des astres, leurs ornements, au sein des loges carrées, imitaient leurs figures; et naturellement, selon l'époque de l'année, elles changeaient. Mais toujours se trouvaient restitués les êtres que les étoiles représentent dans le ciel, et ainsi leurs actions étaient-elles continuellement présentes sous les yeux des fées, qui en tiraient une grande instruction. On eût pu dire que les baies rouges, violettes, blanches, en particulier, étaient de petites étoiles forgées à partir des grandes, des morceaux de ces êtres brillants - car jusque dans la nuit elles jetaient des feux, comme si elles disposaient effectivement de leur éclat. En vérité, cet éclat venait des planètes, des étoiles mobiles; dans le jardin d'Amariel, les plantes avaient spontanément la faculté de capter leurs rayons jusqu'au point de pouvoir luire. Ce qui était plus extraordinaire était qu'entre eux ces reflets des étoiles mobiles dessinaient les figures des étoiles fixes, comme si, au-delà du quatrième ciel - qui est celui du soleil -, les cieux se mêlaient, s'accordaient, se fondaient – si grande était l'harmonie du jardin!

Cependant, l’Elfe Jaune ne vit dans toutes ces formes et ces lumières, ces couleurs, qu'un tableau somptueux, à l'ordre mystérieux mais sensible, et il se crut au milieu d'une cité en fête, traversée de guirlandes, de bouquets de fleurs, de corbeilles de fruits, de feux colorés, telle qu'on en trouve à Noël, quand les hommes d'Occident choisissent de célébrer avec faste la naissance de Notre Sauveur; et en Asie, en vérité, les cités ont fréquemment cet air de fête, et aussi les temples. Mais l'Elfe de toute façon n'eut guère le loisir d'admirer cette beauté née de l'ordre végétal même; car un air de tristesse et de malheur pesait sur le lieu, et du sang était répandu sur l'herbe vert émeraude, et coulait des loges enchantées. Autour de l'arbre, il vit une horreur qui manqua de lui briser le cœur: plusieurs demoiselles fées gisaient sans vie, tuées par le monstre cornu. Certaines avaient des membres coupés, et leurs traits étaient déformés par la souffrance. Et en dehors de cela, nul bruit, nulle rumeur, nulle voix ne se faisaient entendre: les autres demoiselles avaient sans doute pris la fuite.

Amariel n'eut pas d'autre pensée, en tout cas, lorsqu'elle se tourna vers la montagne du nord, recouverte de forêts, et se mit, pour les appeler, à chanter de sa voix claire et pure; et le langage qu'elle utilisait était celui des immortels, qui n'était que mal connu encore de l'Elfe Jaune, et pas du tout de Momulk; mais l'enchaînement de ses consonnes et voyelles créait en eux une lumière intense, et des images enfouies, comme resurgies du fond de la mémoire, ou de rêves à jamais oubliés. Le charme en était si puissant que quelque chose semblait s'ouvrir, à son écoute, dans la nappe de lumière du monde manifesté - et des créatures étranges paraissaient se mouvoir dans les profondeurs de cette faille cosmique, à la fois grandioses et effrayantes. L'Elfe Jaune reconnut en elles des divinités, semblables à images.jpgcelles qui l'avaient investi de sa puissance occulte - qui l'avaient rendu pareil aux immortels; mais de les sentir si proche l'émerveilla. Quant à Momulk, il ouvrit des yeux effarés, et demeura muet, coi, stupéfait, immobile; un monde paraissait naître dans son regard! Ses traits de nouveau s'adoucirent.

Au loin, sur la montagne, la forêt trembla, oscilla, les arbres se murent. Et au pied, là où commençaient les prés, l'Elfe Jaune vit apparaître les demoiselles, en pleurs, hésitantes. Mais elles reconnaissaient la voix de leur maîtresse, et saisissaient le sens de ses paroles rassurantes. Aussi vinrent-elles, et voici! leurs pleurs redoublèrent, et leurs gémissements, et elles se frappaient la poitrine, et leurs cheveux étaient en grand désordre; certaines se les arrachaient, de honte et de désespoir.

Mais il est temps de laisser pour cette fois ce récit.

25/01/2015

Momulk et la vengeance de l’Elfe Jaune

32d6553b6a36d8872734998af9312c71.jpgDans le dernier épisode de cette sauvage série, nous avons laissé Momulk alors qu'il avait été envoyé dans un bosquet par la voie des airs à la suite d'un coup de Fomal l'homme-taureau, et l'Elfe Jaune alors qu'il venait d'être sauvé par deux immortelles dont l'une en avait subi une cruelle mort. Il en fut horrifié!

Cependant, la honte d’avoir provoqué la mort de Basiclës, qui si bien avait chanté lorsque tous ensemble ils étaient passés par la grotte enchantée, éveilla en lui des forces nouvelles: la crête qu’il portait à la tête étincela, le panache qui était dessus flamboya, et un éclair en jaillit; aussitôt, un autre éclair sembla venir des cieux, et, en le pénétrant, habiter l’Elfe Jaune d’un éclat nouveau: sa peau devint comme transparente, à force de luminosité intérieure. De petits éclairs jaillirent de ses yeux, de son front, courant sur ses sourcils. Voici qu’il était revêtu de force, et que la puissance d’un dieu était sur lui!

Plus rapidement qu’on ne saurait le dire, il s’élança; Fomal jeta sa hache en avant, mais sans peine l’Elfe l’évita, et entra sous sa garde; là, il solidifia sa main par la pensée, se servant de son tranchant comme d’une lame, de ses doigts comme d’une pointe: car il avait ce pouvoir. Et il frappa à plusieurs reprises le monstre au flanc. Il le fit trop vite pour que Fomal pût réagir, et de plusieurs plaies son sang noir coula, et la douleur vint en lui. Lorsqu’il essaya de le saisir, ou de le frapper, il se volatilisa, et réapparut derrière lui, poursuivant son œuvre. Et il poursuivit ainsi, lui brisant même trois côtes, et le nez, faisant jaillir le sang de sa bouche - car il se matérialisait brusquement dans l’air, et le frappait plusieurs fois avant de se dématérialiser, ne donnant pas même à son corps le temps de tomber – si grande était sa célérité!

Cependant, ces blessures demeuraient superficielles: aucune d’elles ne pouvait être mortelle, pour le monstre. Assurément eussent-elles tranché en deux n’importe quel homme mortel; mais pour lui, elles ne faisaient qu’entamer la surface de sa chair!

Et voici! les yeux de Fomal étaient tels qu’ils voyaient l’ombre lumineuse de l’Elfe Jaune quand il se dématérialisait: le monde des esprits n’était pas pour lui inaccessible ni inconnu, y vivant à demi, et à la fin, il arriva ce qui devait arriver: il parvint à atteindre l’Elfe de sa main gantée, et à lui porter un coup, qui fut tel qu’une gifle, mais qui repoussa son ennemi, et lui fit jaillir le sang de la bouche! Et cela aurait hulk_print_final_lr2_by_artgerm-d6lzm9t.jpgpu mal finir pour lui, si Momulk, revenu de son évanouissement, n’avait bondi du bosquet et jeté les pieds en avant pour en frapper Fomal. Celui-ci les reçut sur le visage et la poitrine, et il en eut le souffle coupé - et un voile noir s’abattit sur ses yeux. Dès lors, il était à la merci de Momulk, qui, se relevant, lui asséna de terribles coups de poing; il lâcha sa hache, tenta de fuir, mais le géant vert le rattrapa, et le fit tomber à terre. Il le frappa encore, brisant son heaume, faisant jaillir le sang de sa bouche et de ses oreilles - et l’eût achevé, si, à ce moment, Amariel n’était arrivée près de lui, et ne lui avait ordonné d’arrêter, lui priant de laisser son ennemi en vie. D’abord, Momulk ne comprit pas, ou ne voulut pas comprendre, et il continua, plein de fureur, à le frapper; mais Amariel s’interposa, et quand il l’écarta, elle revint - et il finit par se calmer. L’Elfe Jaune d’ailleurs arriva, et s'efforça de retenir le bras de Momulk, et cela l’apaisa, car pour lui désormais cet être était un ami. Alors, écumant, les yeux rouges, pleins de feu, Momulk regarda le géant cornu, Amariel, l'Elfe Jaune de nouveau Fomal - et voici! il se tint coi.

La reine de Vouan alors parla: C’est assez, ami Momulk, le monstre est vaincu; apaise-toi, et ne laisse point la rage t’envahir, le démon en toi s’emparer de tous tes membres - et de ta raison, s’il t’en reste quelqu’une! Vois, Elfe Jaune, dit-elle en s’adressant au disciple de Captain Savoy, Fomal a cru pouvoir vaincre, mais grâce à toi et à Momulk, il a été mis hors de combat! Soyez-en mille fois remerciés. - Hélas, fit alors l’Elfe Jaune, si seulement j’avais pu l’empêcher de tuer la malheureuse Basiclës!

- Ne pleure pas sa mort, répondit Amariel; sache qu’au moment où son cœur a cessé de battre, son âme s’est envolée, brillante, apaisée – rédimée; car comme elle a donné sa vie pour combattre le mal, elle a gagné le droit de rejoindre sa patrie véritable - le monde céleste dont nous venons toutes, et que nous avons quitté jadis sur un coup de tête, ainsi que disent les hommes mortels. Mes demoiselles sont toutes prêtes à donner leur vie pour moi, et pour la justice, car elles savent que si elles le font un être aabaf4a6b6c501a7cccc6972c14cbbe8.jpgdivin viendra les chercher pour les ramener dans l'auguste royaume dont nous fûmes jadis bannies - dont la porte nous fut jadis fermée! Et c’est ce qui s’est passé, pour Basiclës: tu ne l’as point vu, sans doute; mais moi si, et j’en ai été grandement consolée: c’est ma solitude sans cette chère amie qu’à présent je pleure, mais non son malheur, et je ne maudirai jamais la destinée. Les dieux sont justes, ô Elfe Jaune; comment pourrais-tu croire que sa mort, la mort d'une si belle demoiselle, d'une si vaillante guerrière, pourrait constituer une fatale injustice? À présent, crois-le bien, elle est heureuse: je la vois qui sourit, parmi nos amis célestes; elle nous salue une dernière fois, puis se détourne, entrant dans la lumière, - et je ne la vois plus. Que son beau corps soit détruit ne doit pas te tourmenter, te désespérer: il l’a aidée à se libérer; elle en a fait le sacrifice.

- Je sais, fit alors l’Elfe Jaune, que tes mots résonnent de la sagesse des siècles, ô Amariel: ma raison me le dit, mais aussi mon cœur; car ils éveillent en moi bien des idées enfouies - que je sais être vraies parce qu’elles jaillissent des profondeurs de mon âme. Et pourtant, je ne puis faire que je ne pleure abondamment, car il me semblait que j’étais déjà presque amoureux de cette gracieuse demoiselle - comme le serait tout homme qui l’eût vue, en vérité!

C'est sur ces mots poignants que cet épisode assez long néanmoins doit finir.

21/11/2014

Momulk et la mort de la Valkyrie

fight_flatFV.jpgDans le dernier épisode de cette très particulière série, nous avons laissé nos héros, Momulk et l’Elfe Jaune, alors qu’ils combattaient un monstre hideux, un homme immense muni de cornes appelé Fomal, qui venait d’envoyer dans les airs le géant vert d’un coup de son énorme poing; l’Elfe Jaune, pendant ce temps, se relevait, après avoir posé un genou à terre au moment où Fomal avait fait assez trembler celle-ci d’un coup de sa hache pour lui faire perdre l’équilibre.
 
Fomal, le voyant debout, ne prit pas le temps de souffler; il fit tourner sa longue hache vers lui, mais l’Elfe fit aussi bien qu’Amariel, qui l’avait évitée - quoique ce fût, lui, en se dématérialisant: l’arme du monstre ne rencontra que le vide. L’Elfe réapparut derrière Fomal, et comme il était d’une puissance très supérieure à la sienne, il fit sans tarder jaillir le feu de ses yeux, priant pour que ce fût suffisant, puisque ensuite il n’aurait sans doute pas la force de recommencer, ni même peut-être de se dématérialiser pour échapper à son ennemi.
 
Le jet d’énergie concentrée frappa Fomal au dos, et lui fit faire un bond en avant, en le déséquilibrant; cyclops_marvel_superheroes_comics_hd-wallpaper-1578490.jpgil fut mis à genoux, mais se rattrapa avec les mains, et aussitôt se releva, l’air terrible: à peine son armure avait-elle été enfoncée par la rafale de l’Elfe Jaune; mais une fissure aussi apparaissait, et du sang coulait, et cela eut le don de mettre l’homme-taureau plus que jamais en fureur: le feu de ses yeux devint éclatant, on eût dit un brasier: la porte de l’enfer semblait s’ouvrir, sur l’Elfe. Or, ce feu se concentra et un éclair en partit, à la plus grande surprise de ce dernier, et même à son plus grand désespoir: car sa puissance en semblait terrible.
 
Lorsqu’on est face à la mort, le temps ralentit; mille pensées traversent l’esprit; l’Elfe jaune eut celle qu’il allait être détruit, et songea à la confiance que lui avait accordée Captain Savoy; et il regardait l’éclair s’avancer vers lui comme s’il n’avait pas été rapide comme la lumière. Mais à ce moment, Amariel bondit, son épée lumineuse à la main, et vive comme la pensée, elle-même, elle asséna un c0b52aa697ffea65f4027cffde2c283a.jpgcoup à Fomal, qu’il reçut sur la tempe droite. En vérité, cela ne le tua pas, malgré la haute qualité de la lame de l’héroïne; car il avait la peau dure comme on ne peut le concevoir. Mais une entaille s’y fit, dont il jaillit du sang, et surtout, sa tête en fut tournée malgré lui, et le jet de feu n’atteignit pas l’Elfe Jaune de plein fouet: il ne reçut que le bord du rayon à l’épaule, qui en fut brûlée et où une plaie s’ouvrit - et encore fut-ce bref, puisqu’au moment de cette décharge le monstre tournait la tête. L’Elfe Jaune trouva bien ironique qu’il eût manqué de périr par la même arme qu’il avait utilisée, et qu’il pensait être le seul à posséder! Quels pouvoirs encore avait donc ce Fomal?
 
La réponse vint aussitôt: sa main soudain flamboya, et il fit jaillir une rafale d’énergie blanche, qui atteignit la princesse enchantée sur sa cuirasse d’argent. Or, un dieu l’avait forgée; un dieu l’avait bénie, plaçant sur elle un sort: nul feu, fût-ce celui du monstre cornu, ne pourrait l’entamer. Mais Amariel n’en fut pas moins violemment repoussée, envoyée au loin, et plongée dans l’inconscience. Désormais l’Elfe Jaune était seul, face à Fomal. Car les suivantes de la princesse n’avaient pas encore osé affronter l’homme-taureau, quoiqu’elles eussent vu par deux fois leur dame s’élancer contre lui; et maintenant, celles qui n’avaient pas fui s’élancèrent dans sa direction, pour voir si elle n’avait rien.
 
Cependant, deux jeunes nymphes bien armées se rendirent compte que désormais l’Elfe Jaune était seul; elles étaient parmi les plus courageuses de toutes, et se nommaient Étamil et Basiclës; la première était rousse, et sa peau était d’une éclatante blancheur; la seconde avait les cheveux entre le blond et le brun, de couleur châtain, comme on dit, et elle était moult gracieuse, belle et grande - quand l’autre était fougueuse, d’une volonté ardente. Hélas! en ce jour, leur courage ne fut point récompensé. Car pendant qu’Amariel s’était jetée sur le monstre, l’Elfe jaune avait retrouvé son Valkyrie.jpgpouvoir de téléportation; aussi, quand Fomal jeta sur lui sa hache, il ne l’atteignit pas, pour une seconde fois; mais il atteignit la belle Basiclës, qui s’était précipitée pour secourir l’Elfe. Elle en fut, comme c’est horrible à dire! mortellement blessée: car la lourde lame tomba sur son épaule, et la trancha; aussitôt le sang jaillit.
 
L’Elfe Jaune en fut horrifié; bruyamment il cria: Non! Et Étamil écarquilla les yeux, et en fut saisie d’une peine immense, et elle perçut la douleur monter en elle, mais son élan en fut d’autant plus vif, car elle se lia à la colère; Fomal la vit arriver vers lui, et il effectua un revers de main qui la projeta en arrière: elle ne mourut pas, mais son bras gauche en fut brisé, et elle ne put se relever.
 
L’Elfe Jaune s’étonnait que le sort pût être si cruel avec de si belles demoiselles; mais elles étaient des guerrières: beaucoup d’entre leurs sœurs déjà étaient tombées au combat, et elles ne se souciaient pas du désir qu’elles inspiraient aux hommes - de la beauté qu’ils leur trouvaient: elles n’en tiraient nul orgueil; elles ne vivaient que pour accomplir leur mission de suivantes de Dame Amariel.
 
Mais cet épisode ne commence-t-il pas à être trop long? La suite ne pourra être dite qu’une prochaine fois.