19/11/2015

Momulk et la libération de Fomal

doctor-who-flesh-and-stone_angel-in-forest.jpgDans le dernier épisode de cette stupéfiante série, nous avons laissé nos héros, Momulk et l'Elfe Jaune, alors qu'ils assistaient à la crémation des demoiselles immortelles de Vouan assassinées par Fomal, l'Homme-Taureau; et nous disions que, selon les sages, leur âme, sous forme d'étincelles splendides, avaient été accueillies par les dieux.

Car de ces faits des visions furent acquises, qu'il convient de mêler à ce à quoi l'Elfe Jaune lui-même assista, ainsi que Momulk. Quel motif aurait-on de nier ce que les uns ont vu en rêve, si l'on doit croire à ce que les autres ont vu de leurs yeux? Mais n'entrons pas, pour aujourd'hui, dans de telles matières.

On reforgea la prison de Fomal, et elle était plus puissante et plus solide qu'elle ne l'avait été, et on apprit ce qui s'était passé. L'histoire en est triste et amère, et elle fera verser des larmes à de nombreuses gens, j'en suis persuadé.

Tout était venu d'une trahison, et d'un leurre.

Sachez que la prison était gardée en alternance par les membres d'un corps qu'on appelait Aslanïm - c'est à savoir Gardiennes du Monstre. Amariel même avait choisi les guerrières, qui étaient au nombre de sept. À leur désignation, une cérémonie avait présidé - et, du ciel, une lumière s'était successivement posée sur les vierges. Sur leur front un feu avait lui, et leurs yeux brièvement s'étaient rendus éclatants.

Or, l'une d'elles, que l'on nommait Ëtilred, gardait au cœur une souffrance. Elle avait, dans les temps anciens, aimé un jeune guerrier, étincelant et beau, qui avait péri sous les coups des Maufaés - les abominables war-fantasy_00414752.jpgguerriers de Mardon, ses serviteurs. Et depuis ce jour elle entretenait une tristesse qui la rongeait. À la chasser de son âme, elle ne parvenait point.

Et des espions de Mardon étaient venus à elle, en passant par le feuillage épais des hêtres - et ils lui avaient dit, en chuchotant, qu'elle pourrait revoir son aimé, si elle le voulait! Il suffisait qu'elle laissât derrière elle le service d'Amariel et qu'elle partît à la recherche de cet elfe radieux, nommé Ostolcün. Un guide lui serait donné, qu'elle n'en doutât point: il lui serait envoyé par celui dont elle chérissait la mémoire. Eux-mêmes, qui lui disaient ces mots, étaient ses amis, et ils accomplissaient une mission qu'il leur avait donnée.

Un être étrange, angélique, lui apparut et lui souffla ces mensonges, alors qu'elle errait dans les bois à la limite du royaume de Vouan et se souvenait avec tristesse des moments heureux passés avec l'aimé. Elle pensa qu'il ressemblait beaucoup à ce dernier, et voulut le saisir, mais au moment où elle s'apprêtait à le toucher, il disparut, et elle ne saisit qu'une vague brume, qu'éclairait le soleil. Alors des larmes roulèrent sur ses joues, et elle sentit son cœur se serrer, et un grand froid lui pénétrer dans l'âme. Un vide se créa, par où entra le Malin.

Quand elle gardait seule la cage de Fomal, les mots pernicieux de l'être énigmatique lui revenaient et tournaient dans sa tête et rongeaient son cœur, desséchant ses os. La bénédiction de l'Arbre saint, sous lequel elle demeurait, bientôt ne suffit plus à lui conserver la paix; elle sentait en elle s'affronter des esprits, et le sommeil la fuyait.

Bientôt l'être étrange revint, et il était plus net que la fois précédente; il sortait du fourré de l'est. Au début ses traits ne lui furent guère distincts, mais plus il s'approcha, plus il prit l'apparence claire d'Ostolcün. Et il souriait, et quand il fut tout près, elle le reconnut.

Soudain, il eut l'air de souffrir. Il sembla crier à l'aide, sans qu'aucun son ne sortît de sa bouche. Il tendait vers elle ses bras, et ses yeux étaient suppliants. Ëtilred entendit un soupir passer entre les branches de l'Arbre saint, et elle crut distinguer la voix de son aimé: il gémissait, au loin, comme si sa voix eût été étouffée. Elle ne saisit pas ses paroles. Mais il lui sembla qu'il prononçait son nom.

Alors elle se leva, avança d'un pas, comme mue malgré elle. Mais une inquiétude la prit, et elle cligna des yeux; aussitôt l'être disparut. Il lui parut néanmoins ouïr, dans le creux de son oreille, les mots que l'ombre mountains castles fantasy art artwork drawings rivers 2560x1600 wallpaper_www.wallpaperhi.com_67.jpgavait cherché à proférer, et qu'elle n'avait pu comprendre. Il la suppliait de venir le délivrer, de laisser là la vaine garde de Fomal, et de l'arracher à ses tourments, dans la fortesse de Mardon, dans les profondeurs de la Terre, au-dessous de la montagne qu'on appelle le Môle - et qui était le haut de son ancienne citadelle, jadis ruinée par les immortels célestes, Alar en tête, avec son épée fulgurante; et il était suivi de Vürnarïm, et l'auguste guerrière Alidrïn, sous son éclatante armure, marchait avec eux. Libérant leur sœur Estalüd, prisonnière du Démon, ils la placèrent sur le trône laissé vacant de l'Ignoble, et elle devint à son tour une reine sainte; quant à sa prison, elle fut détruite, mais il en resta une immense ruine, qui aux yeux des hommes eut la forme d'une montagne.

Cependant cet épisode commence à être long, et il faudra, pour connaître la suite, attendre une autre fois; alors sera sue la manière dont Fomal s'est délivré.

15/09/2015

Momulk et le bûcher funéraire

Dans le dernier épisode de cette curieuse série, nous avons laissé nos héros, Momulk et l'Elfe Jaune, alors que trois nymphes de Vouan étaient SB-pyre.jpgparties chercher Fomal - qu'on avait attaché à un arbre parce qu'il était trop difficile à transporter -, et que les autres revenaient de la forêt où elles s'étaient cachées.

Lorsque toutes les Immortelles sauf ces trois furent de retour, Amariel fit placer sur un bûcher les corps rassemblés des victimes de l'Homme Cornu, et elle leva les mains vers les astres - et les yeux aussi, et éleva la voix. Elle entonnait une prière pour que ses mots portassent les âmes de ses sœurs vers le Ciel, où elles avaient vécu: c'était leur patrie vraie, dont elles étaient jadis descendues pour se revêtir d'un corps fait de matière terrestre. Et elle dit:

Montez, montez, âmes de mes servantes!
Que le feu pur de l'amour en vos cœurs
Vous porte haut vers les lueurs brillantes
Dont les rayons vos faces frémissantes
Vont caressant pour en sécher les pleurs;
Et que des mains vous attirent tremblantes
Vers des des pays où luiront cent bonheurs
Se succédant au son de vos clameurs.

Ne jetez point les yeux en bas des pentes
Où vous grimpez parmi mille rumeurs
Pour accéder aux montagnes luisantes
Dont les sommets des maisons étonnantes
Vont dévoilant aux mortels pleins de peurs;
Et que vos pieds vers les éblouissantes
Mers d'or qui vont balançant leurs fureurs
Aux plus hauts cieux, vous mènent sans sueurs.

Loin de ce monde et des hordes rampantes,
Détournez-vous de vos anciens malheurs,
Et conservez le regard vers ces tentes
Qui vont dressant leurs toiles scintillantes
Pour abriter nos immortels Seigneurs.
Ne pensez plus, dans vos envolées lentes,
À mon royaume, à moi, ni à vos sœurs
- Mais découvrez vos vrais libérateurs.

Telles sont les paroles qu'elle chanta, rendues en notre langue; car elle usait de la sienne, mille fois plus belle, et celle des mortels ne peut rendre qu'à peine ce qui alors s'éleva de sa bouche.

Or faut-il savoir que les fées de Vouan ne portent qu'un corps léger – épousant délicatement les plis de leur âme, à la façon d'un vêtement. Il échappe, ainsi, aux démons qui habitent la Terre - et 323_nymphes.jpgen particulier au plus âpre et au plus grand de tous, le terrible Mardon - qui souille depuis l'aube des temps tout ce qui croît ici-bas, et à cause de qui les hommes ont perdu leur antique immortalité; car, par ses mensonges, il a ouvert une porte qui lui a permis de se glisser dans le corps des mortels, et de créer un écart entre lui et l'âme: il a distendu le lien entre l'essence et l'apparence, et s'est emparé, par le biais de ses gens, du corps terrestre.

Mais les Immortels ont su conserver leur corps intact de son emprise, et ils viennent de la Terre telle qu'elle était avant qu'il n'y intervienne. (Si on dit qu'ils viennent du Ciel, c'est parce que la partie de la Terre qu'il n'a pas pu toucher a été celle dont les astres ont été faits - aussi étrange cela puisse-t-il paraître. À l'origine en effet tous les corps cosmiques étaient mêlés, ne faisaient qu'un.)

L'Elfe Jaune comprenait bien ces choses, car à lui-même, un nouveau corps avait été donné, à l'issue de ses épreuves initiatiques; et il épousait idéalement les plis de son âme, était à l'image de ce qu'il avait 6091967a2b3e70cb6f1fcbb9b48563f4.jpgen lui. Ayant été formé au Ciel et tissé dans l'éther, épaissi par sa descente sur Terre, il demeurait à l'abri du Mal. Il était incorruptible. Mais il n'en était pas moins matériel et visible, palpable.

Le premier, Captain Savoy avait vécu cette transformation, et l'Elfe Jaune le second - étant son premier disciple. C'est là un des mystères de la véritable nature des Treize. Ils étaient devenus les congénères des Immortels et pouvaient les fréquenter, quoiqu'ayant reçu une mission terrestre ils ne pouvaient converser qu'avec ceux qui étaient sur Terre. (Seul Captain Savoy avait été autorisé, à titre exceptionnel, à rendre visite régulièrement au roi Ordolün de la forteresse lunaire, où il avait pris femme.)

Le feu du bûcher ne fit que caresser les corps des demoiselles; il les effleura, et elles furent libérées, et l'on vit s'échapper, du brasier, des étincelles qui, au lieu de redescendre, s'élevèrent dans les étoiles, portées par la voix, le regard, les mains d'Amariel. Et elle tenait un sceptre, bâton de coudrier revêtu d'or, et une lumière jaune en sortait, notamment du topaze qui sertissait l'extrémité supérieure. Et cette lumière poussait les étincelles vers les hauteurs - car certaines avaient du mal, apparemment, à s'élever très haut; et l'Elfe Jaune crut voir des ombres regarder avec tristesse vers la Terre et vers Amariel même, comme si elles ne voulaient point renoncer à ce séjour qu'elles aimaient. Mais Amariel continuait à œuvrer, et sa puissance à les soutenir. Et dans un soupir, ces groupes d'étincelles dessinant comme des corps, ou du moins des parties supérieures de corps, et y ajoutant des ailes, s'élancèrent à la fin vers le ciel, et s'y perdirent, se mêlant aux étoiles. Celles-ci prirent un éclat nouveau, comme si elles accueillaient ces filles avec joie - et de fait, elles furent accueillies dans le palais de Dordïn, et Alar sourit en les voyant, selon ce que les sages ont rapporté.

Mais il est temps de laisser pour cette fois ce récit, et d'annoncer pour une prochaine fois la révélation de ce qui s'était passé lorsque Fomal l'Homme-Taureau avait été délivré.

05/07/2015

Momulk et la rédemption des fées

11114173_1601196473497832_2972720672029428328_n.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons raconté comment, après avoir vaincu et enchaîné Fomal, nos héros – l'Elfe Jaune, Momulk, Amariel – sont revenus auprès de l'Arbre Saint, et ont vu sortir de la forêt des demoiselles éplorées à l'appel de leur Dame.

Quand Amariel vit ses demoiselles ainsi désespérées, elle les tança d'une voix bienveillante: Venez donc, ô mes filles, dit-elle. Maintenant que Fomal est enchaîné, vous n'avez plus rien à craindre. N'eûtes-vous pas foi en mon appel, lorsque vous ordonnâtes à la forêt de vous laisser passer - après avoir commandé aux arbres de former une barrière infranchissable même pour le géant aux cornes d'or? Car c'est ce que vous fîtes, assurément, les charmes que je vous enseignai le permettant. Et en disant ces mots Amariel regardait l'Elfe Jaune du coin de l'œil, ou jetait les yeux brièvement vers lui, comme si elle avait parlé aussi pour qu'il comprenne ce qui s'était produit. Et une clarté s'alluma fugacement dans les yeux de Momulk - car il l'écoutait aussi. La reine de Vouan reprit: N'ayez pas peur, mes chéries; les deux héros que vous voyez là sont mes amis. Même le géant vert à l'horrible apparence a le cœur adouci par mes paroles, mes mains posées sur son visage, la lumière émanant du mien: ne reflète-t-il pas les étoiles et la maison des dieux? Il en contient l'éclat, en vérité.

Et Momulk la regarda, l'air étonné; et l'Elfe médita ces paroles, et il vit effectivement une gloire ceindre la face d'Amariel, et des éclairs passer sur son front. Il comprit qu'elle avait en elle le chant d'un être céleste, et qu'elle n'était pas sur Terre seulement pour prendre soin de l'arbre saint des monts.

Lors les jeunes filles s'approchèrent, les yeux baissés, et l'une d'elles, Aselmïn la blonde, fille d'Isilcar et d'Orlontë, leva la tête et demanda ce qu'elles pouvaient faire pour se racheter. Amariel répondit: Il faudra me raconter ce qui s'est passé, mais auparavant, il faut que vous couriez auprès de la porte de Mïngel, où Fomal nous a vainement attaqués, et où nous l'avons laissé sans connaissance. Car avant de partir vite auprès de l'Arbre Etolün pour guérir Etamil blessée et savoir ce qu'il était advenu de vous, à peine avons-nous songé à le lier de cordes que nous possédions, et à l'attacher à un puissant arbre, un sapin séculaire: il était trop lourd, et nous étions trop pressés pour le prendre avec nous, et nous l'avons pensé trop faible et abattu pour qu'il rompe ces liens, et même pour qu'il s'éveille avant que nous parvenions à vous, puis que vous le retrouviez. Nous l'avons traîné quelques mètres en pensant que nous pourrions l'emporter nous-mêmes, mais nous avons dû rapidement y renoncer. Or est-il temps: il faut faire vite. Vous nous narrerez à votre retour les tristes événements qui l'ont vu se délivrer de sa cage. En attendant nous allons voir si nous trouvons d'autres des nôtres ici ou là. Promptement ramenez le géant cornu, par ma foi!

Alors, elles s'empressèrent - heureuses, en vérité, de laisser derrière l'ombre de leurs peines, le souvenir du sang versé et des douleurs atroces infligées à leurs sœurs, pour faire place à l'action. Et elles se saisirent de leurs armes, éparses sur le gazon, abandonnées dans la fuite, et à quatorze coururent vers le lieu qui leur avait été indiqué. Elles trouvèrent Fomal toujours inconscient, et le ramenèrent comme on le leur avait ordonné.

Durant ce temps, Amariel envoya chercher les demoiselles égarées qui avaient fui, et elles revinrent toutes, au nombre de cent trente-trois; seules quelques-unes, qui avaient fui plus loin, demeurèrent introuvables. Certaines, disait-on, s'étaient rendues parmi les mortels - prenant leur apparence, et se mêlant à eux. Et trois ne revinrent jamais, et ne furent point revues. Les sages ont pensé qu'elles avaient épousé des hommes à la vie brève, étaient devenues pareilles à eux, et qu'elles fondèrent avec eux des familles; mais on a aussi affirmé que l'une d'entre elles au moins était devenue religieuse, dans insect_monster_by_lenuk-d5h9y4k.jpgun couvent. Et certains doutèrent de ces dires et assurèrent qu'elles avaient dû périr sous les coups des alliés secrets de Fomal, des ombres maléfiques de l'épaisse forêt - des créatures infectes qui d'habitude par peur se cachent des Immortelles, mais qui avaient pu s'armer de courage, en les voyant seules. Et de fait, d'aucunes furent attaquées par quatre d'entre ces monstres, et eurent les plus grandes peines du monde à les repousser. Ils avaient des tentacules à la place des bras, et leurs doigts étaient des dents, leurs mains des mâchoires. Leurs jambes étaient semblables à celles d'énormes insectes, et leur vue seule abattrait les âmes fragiles, si elles se révélaient au monde périssable: elles bondiraient hors du corps de chair, et le cœur cesserait de battre, tant elles inspireraient d'épouvante! Mais les fées de Vouan ne connaissaient pas ce sentiment, ayant vécu avec ces monstres dans d'autres cercles planétaires. Et lorsqu'elles eurent jeté leurs flèches sifflantes, ils s'enfuirent, car ils haïssent l'argent dont elles font leurs pointes, et aussi le bois d'aulne vert dont elles sont faites: étant bénies par Amariel, elles portent des vertus qui leur sont d'horribles poisons, qui les brûlent et les consument de l'intérieur d'une façon atroce.

Mais il est temps de laisser cet épisode, qui comporte maintes explications étranges; et de donner rendez-vous au lecteur pour une autre fois, qui verra s'élever un grand bûcher funéraire, au sein duquel des merveilles se feront voir à nos héros Momulk et l'Elfe Jaune.