18/07/2011

Momulk contre Captain Savoy

crop.jpgOr donc, lors du dernier épisode des aventures fabuleuses de Momulk, j'ai dit qu'un formidable combat s'était engagé entre celui-ci et le sublime Captain Savoy. Il commença par un coup de lance: celui que le héros à l'émeraude éclatante assena sur le dos du monstre, au moment où il s'apprêtait à faire du mal à un pauvre enfant qui n'avait jamais fait que s'amuser de Mirhé Maumot, l'alter ego de Momulk, quand il lui paraissait qu'il était ridicule. Le colosse à la peau verte se retourna, et dès qu'il vit le héros - luisant, superbe, flottant dans les airs -, il rugit et s'élança brutalement sur lui, pour lui donner le plus terrible coup qu'un être vivant pût donner. Captain Savoy s'attendait à une telle attaque. Il pensait qu'elle serait vive. Mais il ne croyait pas qu'elle fût aussi rapide, qu'il y eût, dans les forces infraterrestres qui nourrissaient les muscles du monstre, autant de vigueur; car il naviguait, en vérité, dans les hauteurs lumineuses de la Grâce, au sein desquelles souvent on oublie la puissance de la Terre, bercé qu'on est par les flots de couleurs qui circulent en ondoyant dans l'éther cosmique: on se laisse aisément griser.

Il ne put, par conséquent, éviter ce terrible coup, et fut envoyé au travers du mur du bâtiment, le brisant une seconde fois: car, pour y entrer, il avait déjà dû y ouvrir une brèche, mais délicatement, de sa lance à la pointe brillante, pareille à une braise: il n'eût pas eu le temps d'intervenir, s'il était passé par la porte!

Cette fois, cependant, la brèche n'eut rien de délicatement tracé: il la brisa de son corps et de ses bras d'acier, propulsé par le monstre, et tout le bâtiment trembla. De plusieurs lieues à la ronde, on entendit le bruit comme d'une explosion, et comme Captain Savoy était flamboyant et rutilant, comme ses coups de lance eux-mêmes se confondaient avec des éclairs, beaucoup d'hommes crurent à une explosion ordinaire, à un accident survenu dans le centre de recherche atomique, et ne surent jamais ce qu'il en avait réellement été, que des êtres pensants, sentants et voulants s'étaient affrontés, dans ce déluge de feu!

Michel.jpgMomulk n'en avait néanmoins pas encore fini, avec Captain Savoy: par la même brèche créée dans le mur, mais en l'agrandissant à son passage, il bondit à la suite du héros, afin de l'achever. Déjà Captain Savoy se relevait, essuyant de sa manche gantée la salive qui avait jailli de sa bouche sous le coup de massue qu'il venait de recevoir, et il guettait l'arrivée du monstre, prévoyant qu'il ne s'arrêterait pas de sitôt, et que, dans ses ténèbres, il n'aurait de cesse qu'il ne l'eût réduit en poudre, anéanti. Alors, vif comme la lumière même, Captain Savoy, serrant les dents et bandant ses muscles, brandit sa lance, et en donna un tel coup à son ennemi qu'il lui transperça l'épaule, et qu'un jaillissement d'éclairs, ceint d'une nuée d'étincelles, survint, créant un souffle qui balaya plusieurs maisons proches et souleva plusieurs voitures automobiles qui passaient sur la route également proche. La terre trembla légèrement, et la terreur s'empara des hommes mortels.

Ce qu'il advint ensuite sera rapporté dans un épisode ultérieur des aventures fabuleuses du terrible Momulk.

04/06/2011

La destinée de Momulk

world-war-hulk-most-powerful-superhero.jpgNous avons laissé, dans le dernier épisode des aventures de Momulk, le monstre face à un élève pour lequel Mirhé Maumot éprouvait de l'antipathie et qui, par conséquent, était dans le plus grand péril qu'on pût concevoir. Car spontanément, dans sa nature devenue immonde, Momulk éprouvait désormais, hélas! le désir de réduire en miettes ce pauvre enfant entre ses mains énormes - d'en faire une bouillie affreuse, à présent que tout éclat, au sein de sa conscience, s'était éteint: le mal l'habitait tout entier.

Toute proportion gardée, cela n'est pas sans rapport avec ce qui agita le crâne de Jean Valjean, lorsque ce héros de Victor Hugo posa son pied de géant sur la pièce brillante de ce petit Savoyard qu'il spolia de la manière la plus méchante. Mais l'issue, orientée vers le salut du forçat, sera-t-elle la même, en ce qui concerne l'atroce Momulk, c'est à présent ce que nous devons scruter. Et pour cela, il nous faut continuer à explorer les marais d'abîme dans lequel désormais rampait l'esprit de Momulk, en même temps que nous rapportons ses actions.

Car, n'écoutant que ses impulsions les plus bestiales, il commença par avancer d'un pas, en tendant ses mains monstrueuses, effroyables, difformes, vers sa proie. Alors, le pauvre élève (qui se nommait, de son prénom, Oscar) sentit ses cheveux se dresser sur sa tête et, dans les yeux rouges et flamboyants, pareils à la braise, de Momulk, il vit sa mort arriver: Mar-Vell.jpget voici! elle était ceinte d'épouvantables flammes. Il voulut crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Comme si le temps s'était figé, il voyait arriver avec une infinie lenteur, vers lui, le monstre horrible. Déjà celui-ci allait le toucher quand, soudain, il sentit, dans son dos, comme une intense piqûre: il rugit, à la fois surpris et saisi de douleur, et se retourna brusquement: devant lui, debout sur sa planche de lumière, suspendu au-dessus du sol, éclatant, semblant faiblement osciller - comme s'il était sur un lac, dans une barque -, se tenait, prêt au combat, Captain Savoy!

La piqûre que le monstre avait sentie avait été produite par la lance du héros, du chevalier du ciel à l'armure éclatante. Car je dois dire que, depuis l'époque évoquée dans le cycle de ses aventures, il avait modifié son costume, y ajoutant des parties renforcées, pour mieux affronter les moyens d'armement modernes de ses ennemis; et désormais, il portait une armure aux teintes diverses, et elle luisait, reflétant la lueur constante de sa pierre verte, de l'émeraude qu'il portait à son collier. A la fois fort et léger, Captain Savoy, dont le visage et la posture demeuraient impassibles, aussi sereins et inexorables que la Justice même, avait quelque chose de clair, comme si ses longs cheveux, qui flottaient dans les airs, contenaient la clarté des étoiles - et ses yeux aussi, qui brillaient d'un éclat fabuleux, et une sorte de lumière était répandue sur lui, comme s'il eût été un ange. Cependantgeorges 2.jpg, ses membres étaient solides comme le roc, voire davantage encore.

Momulk rugit une seconde fois, et un combat formidable s'engagea. Car il est inutile de redire comment Captain Savoy avait pu être au courant qu'un drame effroyable se dessinait: il avait le don de Seconde Vue, il lisait dans l'avenir, et un esprit divin lui montrait le Chemin; il voyait, dans le regard d'un ange ou dans l'éclat de son aile, les événements avant qu'ils n'advinssent: nous en avons parlé ailleurs.

Mais comment se passa ce terrible combat, et s'il resta ensuite quelque chose des bâtiments du Centre d'étude et de recherche nucléaires appelé vulgairement CERN (car on se doute qu'une telle puissance libérée par une telle bataille ne put pas laisser tout intact, autour des combattants), c'est ce dont nous parlerons la prochaine fois.

07/05/2011

La pulsion du Momulk

der_tod_auf_einem_ermatteten_pferd.jpgJ'ai laissé, la dernière fois, le terrible Momulk, à peine apparu de la métamorphose du professeur Maumot, face à un élève que sa raison enfouie ne lui permettait plus d'identifier comme un être humain à part entière, et que ses pulsions, qui désormais le commandaient tout entier, le portaient même à regarder comme un être franchement hostile; mais comment cela est-il possible?

L'image que, dans son subconscient, le professeur Maumot avait élaborée de cet élève n'était pas des plus flatteuses: pourquoi le dissimuler? A tort ou à raison, notre ami trouvait cet élève pénible. Naturellement, en homme civilisé qu'il était, il n'en avait jamais rien laissé paraître; il avait toujours tâché de conserver sa plus grande bienveillance et sa pleine et entière ouverture d'esprit, à son égard, combattant son propre penchant vicieux, et se dévouant à son métier et à ces enfants qu'il était censé élever intérieurement par une science accrue et propre à leur nourrir l'âme. Il avait donc immolé, sur l'autel de sa conscience, son mouvement spontané - l'avait réprimé. Mais, à présent, il resurgissait, et il déformait la perception qu'avait Momulk de ce tout jeune homme, car il ne voyait pas tel qu'il était réellement: Momulk avait de lui une image née de son antipathie, ne distinguant plus qu'à peine ses traits physiques, lesquels se mêlaient à la figure brume.jpgintérieure qu'il avait de cette personne. Alors, hélas, un affreux sentiment de haine le submergea; car si Momulk apparaissait monstrueux à autrui, sa malédiction était qu'à son tour il percevait les autres à la façon d'êtres hideux, monstrueux, et de n'avoir de soi que l'image la plus normale qu'on puisse imaginer, aussi étrange cela puisse-t-il paraître. Car non seulement la perception de Momulk était totalement déformée, mais il avait, en outre, perdu toute faculté critique, sa faculté de penser ayant été engloutie dans les profondeurs de son âme obscurcie par sa transformation.

Le lecteur pourra peut-être se demander comment, en ce cas, j'ai pu dire, dans un précédent épisode, que l'élève qui avait suivi le professeur Maumot jusqu'au cylindre percé et traversé de flammes vertes lui était lié par la destinée - ce que les Orientaux appelleraient le karma. Mais c'est un de ces mystères de la destinée qui ne sont pas accessibles à tous. Car cet élève adorait embêter son professeur justement parce qu'il l'aimait, et l'aimait, par surcroît, sans savoir pourquoi: il habitait continuellement ses pensées, et il croyait, naïvement, et avec l'orgueil qui caractérise la jeunesse, que c'était parce qu'il était trop idiot. Mais en réalité, il avait à son égard une affection aussi profonde qu'elle était inconsciente, et il en avait honte. Il refusait de se temple_of_the_emerald_buddha.jpgl'avouer.

Quand il l'avait suivi jusqu'au cylindre d'acier, il avait été saisi d'un sentiment spontané, auquel il n'avait pas d'abord donné de sens; dès qu'une idée put surgir dans son esprit, il se dit qu'il allait pouvoir se gausser encore de l'attitude loufoque de son professeur, et en parler ensuite à ses camarades, pour les faire rire abondamment des bizarreries et incongruités de M. Maumot le fou - comme il disait. Mais la vérité est que, à la source, il l'avait suivi machinalement, mû par la curiosité et une affection spontanée, intéressé qu'il était d'emblée par tout ce que faisait son maître, lequel l'intriguait au plus haut point: il sentait souvent derrière ses actions apparemment incompréhensibles et ineptes une sorte d'énigme qui s'adressait d'une manière toute particulière à lui, qui l'appelait, comme si une voix, depuis une obscurité profonde, avait chuchoté son nom de la manière la plus étrange qui fût, comme si cela était sorti d'un rêve. Lui-même n'était pas conscient qu'il en était ainsi, ni à quel point.

Ce qu'il en advint pour lui, à présent qu'il se trouvait dans le péril le plus important de son existence, sera dit, si j'en ai la possibilité, une fois prochaine.