02/02/2013

Le réveil de Momulk

Momulk 2.jpgDans le dernier épisode de cette série de Momulk, j’ai dit qu’après bien des semaines, des mois d’affreux tourments, de cauchemars atroces, Mirthé Maumot avait entrevu en lui-même une lumière, et que cette lumière avait pris la figure de Captain Savoy passant comme un éclair d’or devant la pleine lune.
 
Or, la nuit qui suivit, les monstres encore revinrent; mais, cette fois, ils étaient immobiles et ne riaient plus: ils le regardaient d’un air mécontent, sans rien dire. Et soudain, il entendit, dans son rêve, le son d’une cloche. Et dès lors, un homme lumineux, vêtu d’une armure dorée, et ayant au front une gemme éclatante, au dos des ailes de feu, s’avança entre les monstres - qui s’écartèrent, comme frappés de stupeur, de crainte. Ils s’estompèrent, même, peu à peu, dans les ténèbres, et seul l’être lumineux demeura devant Mirhé; et voici qu’il leva sa main et traça dans l’air, à côté de lui, des lettres d’or qui restaient suspendues dans le néant, n’étaient accrochées à rien de visible. Elles luisaient, comme si elles eussent été de feu! Et l’être angélique se tourna vers lui, le regarda, et sembla l’inviter à lire ce qu’il avait ainsi écrit.
 
Or, Mirhé s’y efforça, mais n’y parvint pas. Il voyait des lettres mais n’en saisissait pas le sens. Et à ce moment, il se réveilla.
 
Alors, cependant, tout lui revint: sa mémoire resurgit. Sa transformation en un grand monstre vert, les passions atroces qui l’avaient habité dans ce corps difforme, puis l’intervention de Captain Savoy, son combat avec lui, et jusqu’à son séjour dans l’antre énorme des gnomes, au cours duquel pourtant il avait été totalement inconscient: tout lui apparut comme au sein d’une révélation. Il fut frappé d’effroi et de stupeur, et il comprit qu’il lui était arrivé Momulk 3.jpgquelque chose d’extraordinaire. Et il se sentit soudain autre: un esprit nouveau s’était placé en lui. Et il l’entendait; car il lui parlait. Et il lui disait que dorénavant, il lui faudrait maîtriser ce monstre qui était en lui et utiliser sa force aveugle et destructrice au service du bien, de la justice, de l’humanité! Car il savait, à présent, qu’à tout moment ce monstre pourrait revenir, qu’il était au bord de sa conscience - comme tapi à ses limites!
 
Et il vit, dans son propre cœur, un dragon atroce: un ver immonde, maladif, difforme, qui se mouvait dans une sphère de lumière, et la souillait: il reconnut en lui le germe vivant et démoniaque de Momulk! Il pensa qu’il devrait le dompter, ou périr. Car il l’avait contaminé, était entré en lui, et il ne pourrait plus jamais s’en débarrasser.
 
Mais ce sont des choses plus faciles à dire qu’à faire. Et un soir, Momulk se réveilla - spectre resurgi d’entre les ombres, il s’arrachait à l’oubli dans lequel Mirhé Maumot l’avait maintenu. Mais, hélas! cela ne se passa pas comme celui-ci l’avait espéré.
 
Voici quelles en furent les circonstances. Il se promenait, pour se détendre et prendre l’air, le long de la rivière appelée Menoge, et il admirait les reflets du soleil sur l’eau, écoutait le murmure de l’onde Charles_François_Jalabert_-_Nymphs_Listening_to_the_Songs_of_Orpheus_-_wikim (1).jpgroulant entre les pierres, s’attendait à distinguer quelques nymphes dans la vapeur piquetée d’or, quand, devant lui, il vit deux jeunes élèves qu’il avait eus, et qu’il connaissait bien, et qui discutaient avec trois jeunes hommes plus grands qu’eux, et qu’il ne connaissait pas. Or, on pouvait rapidement s’apercevoir que cette discussion n’avait rien d’amical, et que les trois hommes plus âgés étaient simplement en train de voler les deux autres; car ils leur parlaient d’une façon agressive, et Mirhé crut même voir, dans les plis de la veste de l’un d’eux, briller la lame d’un couteau, que le malandrin sortait à demi pour impressionner ses deux victimes. Les enfants, eux, pleuraient, et avaient l’œil effaré, leur bouche tremblait, ils avaient l’air terrifiés, et ils regardaient tout autour d’eux, cherchant un secours qui ne venait pas; mais l’un des deux vit alors Mirhé, et aussitôt son regard se fit suppliant. Les autres regardèrent à leur tour dans sa direction, et l’un des trois brigands prit un air menaçant. Mirhé s’arrêta, et se demanda ce qu’il devait faire. Mais il décida de n’écouter que son courage. Le souvenir qu’il avait été Momulk le rendait fort et hardi - voire présomptueux, téméraire!
 
Il se planta devant le petit groupe, faisant face aux voyous qui le fixaient de leurs yeux de braise, de leurs regards haineux, et les somma de laisser ses deux élèves tranquilles.
 
Les autres se regardèrent à peine, et éclatèrent de rire. Un s’avança vers lui, pendant que les deux Momulk 1.jpgautres restaient en arrière. Il sortit son couteau de sa veste, et le montra à Mirhé. Pars tout de suite, lui dit-il, si tu ne veux pas te prendre une lame! 
 
Mirhé sentit alors une peur mêlée de rage s’emparer de lui. Un voile vert tomba sur ses yeux, et il lui sembla que la foudre irriguait son corps, se répandait dans ses membres - et noyait son âme dans une mer de ténèbres. Avant de perdre conscience au profit du monstre qui l’avait déjà remplacé une fois, il eut le temps de voir l’œil à la fois étonné et horrifié du voyou. Ce qui se passa ensuite sera dit une fois prochaine, si cela est possible.

24/12/2012

Les cauchemars de Momulk

Batman_Comics_Joker_Colour_by_TheLuridOne1885.jpgDans le dernier épisode des aventures de Momulk, je disais que Mirhé Maumot avait été emmené à l’hôpital après avoir été découvert inconscient devant la porte du collège d’enseignement où il travaillait. Or, rapidement, il reprit connaissance, et on l’interrogea. La gendarmerie vint à son chevet et lui posa plusieurs questions: savait-il quelque chose de l’accident qui avait eu lieu au CERN et sur la manière dont il l’avait subi? Et pourquoi avait-il ensuite disparu, lui-même? Comment cela se faisait-il qu'on l'eût retrouvé à plusieurs dizaines de kilomètres et qu'il ne se souvînt plus de rien? On avait du mal à le croire.
 
En vérité, les gendarmes le soupçonnaient d’avoir joué un rôle dans cet accident, - ce en quoi ils n’avaient pas tort, mais jamais ils n’eussent pu soupçonner de quelle façon! Hélas, Mirhé ne se rappelait plus de rien, et ne put leur être d’aucune utilité. Son dernier souvenir était celui d’une vapeur verdâtre s’échappant d’un des tuyaux énormes et brillants du CERN. Pour le reste, il ne lui demeurait que des bribes de cauchemars: des visages hideux et ricanants passaient dans des ténèbres effroyables, et des éclairs et de sourds grondements de tonnerre se mêlaient à des souvenirs d’enfance et de sa vie passée avec sa femme, avant son divorce. A ses yeux, rien, là, de significatif. Il se souvenait même d’une sorte d’ange éblouissant, ou d’un homme qui volait dans les airs, et dont le visage sévère semblait l’accuser, lui reprocher quelque chose. Mais il n’en tirait rien qui pût aider les gendarmes.
 
On remarqua qu’il avait une blessure à l’épaule droite, comme si la pointe d’une lame de couteau y avait pénétré, et que sa mâchoire avait été déplacée: il avait le visage marqué, comme si on lui avait donné des coups. Mais il n’y avait là rien de grave, et, après quelques soins qui ne durèrent pas, il put rentrer chez lui, même reprendre son travail, et sa vie redevint comme avant.
 
Cependant, les rêves qu’il avait faits pendant son inconscience et dont il se souvenait persistèrent et l’empêchèrent rapidement d’avoir un sommeil serein. Il eut bientôt peur de s’endormir, craignant de se yama_tibet.jpgretrouver face aux monstres innommables qui le hantaient: ils venaient à lui en riant et en tenant dans leurs mains de morceaux de chair humaine, des membres; leurs dent dégouttaient de sang, leurs yeux flamboyaient horriblement, et leurs rires en semblaient d’autant plus sardoniques! Certaines femmes apparaissaient, aussi; et elles n’étaient pas moins atroces.
 
N’y tenant plus, exténué, se croyant au bord de sa fin, il alla voir un psychologue, qui, cependant, ne put rien pour lui; puis il alla voir un prêtre, qui ne put pas davantage. Ils lui disaient que ce n’était que le fruit de son imagination, et qu’il ne fallait plus y penser. Ou qu’il devait nettoyer sa conscience de ses idées gnostiques. Mais en avait-il?
 
En vérité, lorsqu’il avait ces visions, elles lui paraissaient si réelles qu’il était vain de se dire qu’elles ne l’étaient pas, lorsqu’il était éveillé. Il était la proie de ces démons; il n’y pouvait rien, et il semblait que personne ne pût le secourir. Bientôt, même en plein jour, la fatigue aidant, il crut les voir. Il eut peur de lui-même, de ce qu’il pourrait faire aux autres s’il lui prenait de les confondre avec ces monstres!
 
Or, un soir, alors qu’il était dans le plus profond désespoir, et qu’autour de lui les chaises même semblaient se transformer et prendre la figure de créatures effroyables, il fut saisi d’une terreur quasi complète. Il se sentait devenir quelqu’un d’autre; n’était plus lui-même. Ses membres, son cerveau ne lui obéissaient plus; il devenait un véritable agent des forces du mal! Les profondeurs s'étaient emparées de lui.
 
Son corps les abritait - et son âme lui échappait.
 
Or, au cœur de cette nuit atroce, il se rappela d’une lueur violette: celle qu’il avait vu sur un anneau. Mais où était cet anneau, et à qui avait-il appartenu? Sur quel doigt avait-il été posé? Et soudain, à l’horizon obscur, par delà les montagnes - qui semblaient elles-mêmes vouloir l’écraser de leur haine titanesque -, il vit une lune énorme, pleine, rayonnante. Il la vit aussi en lui-même, grandir dans son âme. Annihilation_Silver_Surfer_Vol_1_4_Textless.jpgBientôt, à ses yeux, elle remplit tout le ciel - tout l'espace. Et voici! elle paraissait palpiter, dégager une vague lueur blonde - et lui parler.
 
Il n’entendit pas d’abord ce qu’elle lui dit; mais il savait qu’elle était une voie vers quelque chose, qu’elle lui montrait un chemin; elle tirait un fil qui était lié à son cœur.
 
Alors devant cette lune énorme passa un éclair d’or, dans lequel il distingua une forme humaine; et dans son esprit ténébreux retentit un nom étrange, qui créa comme une brusque lumière: Captain Savoy!
 
Ô que cela voulait-il dire? Et quel était ce nom ridicule?
 
Or, dans l’instant où, comme poussé par une force extérieure à lui-même - sans se rendre compte de ce qu’il faisait -, il le prononça à haute voix, un visage lui apparut: c’était l’homme dont il avait rêvé et qu’il avait pris pour un ange!
 
Cependant, l’instant d’après, cette image, qui à ses yeux avait semblé s’animer, briller, disparut. Mais dorénavant, il le savait, il n’était plus seul: quelqu’un veillait sur lui. Et il se pensa sauvé de ses horribles cauchemars, de ses abominables visions. Ce qu’il en est vraiment sera dit une autre fois, si cela est possible.

18/10/2012

Le sommeil de Momulk

Capt.jpg

Dans le dernier épisode, je disais que Captain Savoy avait déposé le corps endormi de Mirhé Maumot - l’alter ego  de Momulk - devant la porte de son lieu de travail, un collège d’enseignement classique, afin que le matin qui suivrait, il fût découvert et qu’on le prît en charge: en effet, divorcé, il vivait seul, et si le héros l’avait laissé dans son appartement privé, personne ne se serait aperçu de rien, ses blessures n’eussent pu être soignées et il eût tristement dépéri.
 
Au matin qui suivit cette incroyable aventure de la première transformation de Mirhé Maumot en Momulk, et alors que le soleil s’était levé depuis peu, celui-ci fut découvert inanimé, allongé sur le sol, devant la porte d’entrée du collège, par le Principal même! De fait, il vivait dans l’appartement de service de l’établissement, et durant la nuit - ou du moins aux aurores -, il avait vu comme un éclair à sa fenêtre et entendu comme un grondement sourd; mais naturellement, il n’avait pas soupçonné que ce pût être Captain Savoy: il crut à un orage. Il fut juste surpris de ne pas entendre la pluie tomber. Et il le fut encore plus quand - tout de même intrigué et se demandant s’il s’était réellement agi d’on orage - il poussa le rideau de la fenêtre qui donnait sur le parking, et vit une forme noire, qui avait l’air d’un homme recroquevillé, appuyée contre la porte. Mais il crut n’y voir pas clair, et alla se recoucher.
 
Cependant, il ne put fermer l’œil. Et il décida d’aller travailler un peu pour ne pas perdre son temps à ressasser de vaines pensées dans son lit. Quand il sortit, il était donc très tôt, et c’est alors qu’il découvrit l’un des professeurs de son établissement, celui-là même qui avait disparu, à la stupeur de tous, la veille lors d’une visite du CERN qu’avait accompagnée un accident - à l’issue duquel, fort heureusement, aucun élève n’avait été porté manquant. Mais personne n’avait pu retrouver Mirhé Maumot, et on se demandait ce qu’il était devenu. On avait même prévenu la police, essayé de téléphoner chez lui, en vain; et pour cause!
 
Quand il le vit sur le pas du portail, le principal du Collège fut donc abasourdi. Mais le plus extraordinaire fut ceci: il vit une forme fantomatique, à côté de Mirhé Maumot, comme si son âme se détachait de son corps; elle était dans une brume, et elle brillait faiblement. Mais en réalité, c’était l’ombre de Captain Savoy - qui savait se rendre invisible aux hommes. Il avait attendu jusqu’à ce qu’il fût sûr que Mirhé pût être pris en charge. Se voyant aperçu, dans son apparence transparente, cristalline - ou du moins diaphane - et nimbée d’une aura lumineuse pareille à une vague nuée, il s’effaça complètement, et s’élança dans le ciel. Le Principal ne le vit pas: car, croyant rêver, il se frotta les yeux, et l’instant d’après, Captain Savoy avait disparu. Le brave homme crut cependant que Mirhé Maumot était mort, et qu’il avait vu son fantôme; il était loin de comprendre ce qui s’était réellement passé.Nativite_Campin_Vierge_geertgen_tot_sint_jans_Bergers.jpg Un bref instant, une force inconnue le contraignit à tourner la tête vers le ciel, comme si on l’avait appelé depuis ces hauteurs; et il vit une chose étrange, mais qui ne lui donna pas l’impression d’avoir le moindre rapport avec Mirhé Maumot: une étoile filante qui s’en allait vers le sud et l’est. Il se demanda en souriant s’il devait faire un vœu, et puis se reprocha cette pensée, et courut voir si son cher professeur de français était bien mort, comme il le supposait. Mais il hésitait: la mort fait toujours reculer. Or, à cet instant, les paupières de Mirhé battirent, et il se mit à gémir, et à prononcer deux ou trois mots incompréhensibles pour le brave principal du Collège, M. Saumat. Il disait: Captain… Ô Captain Sav… M. Saumat crut qu’il délirait.
 
Mais au moins pouvait-il constater qu’il était bien vivant: il courut vers lui, et l’appela à voix forte: M. Maumot! M. Maumot! M’entendez-vous? Oh, Seigneur!
 
Et alors, il attrapa son téléphone portable, et passa un coup de fil à la gendarmerie, à laquelle il demanda de venir au plus vite. Il appela également les pompiers, pour qu’ils emmènent le professeur à l’hôpital. Et dès que la secrétaire apparut, il lui raconta tout. Car elle venait d’arriver et avait poussé un cri, en voyant M. Maumot allongé sur le sol. Elle avait toujours eu à son endroit une certaine affection, même si elle le trouvait fantasque et bizarre - certains de ses discours étant par trop échevelés. Mais il avait de l’humour; cela faisait parfois passer le reste. Bref, elle cria, mais M. Saumat l’apaisa en lui racontant qu’il allait bien - même s’il n’en savait rien -, et c’est sur ces mots prononcés par lui qu’arrivèrent les pompiers, qui l’emmenèrent à l’hôpital d’Annemasse, et les gendarmes, qui prirent la déposition de M. Saumat et de sa secrétaire - laquelle portait le nom de Caroline Périaps. Ce qu’il advint ensuite sera narré une autre fois à l’aimable lecteur.