06/03/2018

L'Elfe jaune et Momülc et le message de Captain Savoy

23843532_357973134663083_749404745561909270_n.jpgDans le dernier épisode de cette anxiogène série, nous avons laissé l'Elfe jaune et Momülc, nos héros, alors qu'ils venaient de se réveiller hors du royaume immortel d'Amariel et que la vue des vallées obstruées par les fumées noires de Malitroc les avait laissés sans voix, surpris.

Soudain, l'Elfe jaune entendit résonner comme un appel: il lui semblait que quelqu'un le nommait - de loin ou de près, il ne savait. Il se retourna, regarda à droite, à gauche, derrière: personne d'autre que Momülc n'apparaissait à sa vue, et cela n'avait pas été sa voix. Il pensa avoir été victime d'une hallucination, ou de la facétie d'un gnome, mais, en sa tête, l'appel résonna de nouveau, et voici! il reconnut la voix étrange, comme étouffée et lointaine, de Captain Savoy, de son maître. D'où l'appelait-il?

Il comprit que Captain Savoy usait d'un pouvoir nouveau, qu'il ne lui connaissait pas, et qui consistait à transporter ses pensées à travers l'air, et de les placer directement dans la tête de quelqu'un d'autre. Sans doute leur avait-il donné des ailes secrètes ou, ce qui revient au même, avait-il dressé des sylphes à les porter entre leurs bras. Il savait qu'un tel pouvoir existait, chez certains êtres supérieurs, mais il ne l'avait jamais vu à l'œuvre, en tout cas pas chez Captain Savoy.

Et voici que, se matérialisant, s'étendant à partir d'un point de lumière dans l'air, la forme de son maître lui apparut. Transparente et légère, elle n'en étincelait pas moins doucement, et son chatoiement la rendait plus belle qu'aucune chose que l'Elfe jaune avait vue depuis son départ du pays des fées de Vouan. Certes, c'était il y a peu de temps; mais tant de belles choses avait-il vues en ce royaume béni! Disons alors que, parmi les hommes mortels, il avait peu vu de choses aussi belles, durant toute sa vie. Cette ombre de Captain Savoy scintillait, comme si des étoiles s'y trouvaient, et il fut heureux de retrouver son maître, au moins sous cette forme projetée de loin, depuis les forces de sa pensée.

Il commença à lui parler, et il fut tout ouïe, oubliant son étonnement, et son admiration, et ne se concentrant que sur sa mission, son devoir, sa fidélité à son maître, le gardien de la Savoie.

Or Captain Savoy lui confirma, sous cette forme, qu'il utilisait un pouvoir qu'il n'avait jamais utilisé auparavant avec lui, mais que son séjour au pays des Immortelles de Vouan l'avait rendu possible: car il l'avait ennobli, lui donnant une part de leur nature, et il communiquait ainsi avec elles, notamment Amariel, quoique l'Elfe jaune n'en sût rien. Il devait comprendre que rien, de ce qu'il y avait vécu, ne lui avait échappé, l'accueil ffb5938d413d95ab9d7eae3b6a9fbd71.jpgd'Amariel, et tout ce qu'elle avait fait, ayant été conçu d'un commun accord avec Captain Savoy. Même quand elle avait agi de son propre chef, il avait été mis au courant, et n'avait rien désapprouvé. À ces mots, sous son masque, l'Elfe jaune rougit.

Captain Savoy ajouta qu'il avait, en réalité, ce pouvoir de communication à distance depuis longtemps, et que l'art lui en avait été enseigné par Adalïn sa bien-aimée: ainsi conversaient-ils sans user de la voix, ni d'aucune machine naturellement, d'un monde à l'autre, et même de la Terre à la Lune, si cela était rendu nécessaire par les circonstances; mais alors devait-il se concentrer beaucoup, pour accomplir les rites qui le permettaient, avec le plus grand sérieux. Avec d'autres êtres encore pouvait-il communiquer de cette manière, tels que Tsëringmel, la fée du Grand Bec, ou Asagmë, la reine du mont-Blanc, ou encore ceux dont le corps est un lac, tels que Nalinë, la dame du Léman, et Solapur, le roi du lac annécien, ou enfin ceux dont les membres sont constitués d'une rivière, tels qu'Ithälun, la nymphe de la Seine, ou Ordacoth, qui règne sur le Rhône. Il ne pouvait en faire la liste, mais les immortels qui commandaient aux éléments, en Savoie ou même ailleurs, étaient en général en relation intime avec lui, qu'il ait ou non un droit de commandement, sur eux. Depuis sa métamorphose puis sa rencontre avec Adalïn, tous ces êtres étaient devenus ses frères, et il appartenait à leur peuple. Un jour l'Elfe jaune serait dans le même cas: il ne lui fallait qu'en savoir l'art. Amariel, sans doute, le lui apprendrait. Et il commanderait en particulier aux fées de Vouan et des rivières environnantes, notamment la Menoge, ou le Foron. Tel était son destin. Ce n'était pas par hasard, s'il avait affronté Momülc dans ce massif, et rencontré la reine de Vouan.

Or, voici ce qu'il avait à lui dire, pour le moment présent. Il devait lui raconter ce qui s'était passé durant son absence, plus longue qu'il ne croyait. Il lui fallait narrer l'attaque du Fils de la grande Pieuvre Malitroc, après la victoire de Captain Savoy sur sa mère, le siège de la base du Roc de Chère et la prise d'Annecy par le monsieur_cooler_by_abelvera-d7gbpyq.jpgmonstre, l'arrivée inopinée mais insuffisante de l'Homme-Cygne, béni soit-il, et le temps qu'il lui avait donné pour s'échapper et emmener avec lui ses disciples jusqu'au repaire sacré et secret du Grand Bec. D'immenses sacrifices avaient été concédés par Nalinë, la mère de l'Homme-Cygne, et l'Elfe jaune devait se le rappeler, pour lui en demeurer éternellement reconnaissant, ainsi qu'à son peuple. À présent les disciples et lui-même étaient réfugiés dans le domaine de Tsëringmel, et ils attendaient qu'une occasion se présente, pour reprendre les vallées, toutes occupées, à l'ignoble Malitroc. Il le prévenait, lui, l'Elfe jaune, afin, d'une part, qu'il ne se fasse pas prendre, d'autre part, qu'il prenne une résolution propre à secourir les siens et les Savoisiens leurs protégés. En rien, cependant, il ne voulait lui donner d'ordres: à présent qu'il était un chevalier à part entière, il devait faire ses choix lui-même. Il pouvait seulement l'assurer de sa reconnaissance, s'il lui gardait tout son amour, et que ses actions en portent la marque. Captain Savoy s'arrêta alors de parler.

À haute voix, l'Elfe jaune s'étonna, de ce que tant de choses s'étaient passées durant son absence car, quoique lui eût dit son maître, il ne concevait pas être resté à Vouan plus de trois ou quatre jours. Or, ce que lui racontait Captain Savoy paraissait avoir pris des semaines, peut-être des mois!

Mais il est temps, cher lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui verra Momülc et l'Elfe jaune décider de faire équipe pour affronter Malitroc et ses troupes où ils le pourront - en commençant, peut-être, par la vallée de la Menoge.

02/01/2018

Momülc et l'Elfe jaune et leurs divins présents

horizon-zero-dawn-ps4-new-siggraph.jpegDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé l'Elfe jaune et Momülc alors que, reconduits durant leur sommeil hors du monde des fées de Vouan, ils s'étaient réveillés dans le monde ordinaire au moment où l'aube paraissait. L'Elfe jaune avait ouvert les yeux avant son ami.

Il craignit d'avoir fait un grand rêve, mais fut rassuré quand il vit que Momülc avait toujours son armure, telle que la lui avaient donnée les fées. Puis le géant ouvrit ses yeux de rubis, et regarda l'Elfe jaune. Celui-ci se demanda s'il se souvenait de ce qui s'était passé, s'il avait conservé sa conscience accrue par les bienfaits des fées, ou s'il était retourné à sa brutalité première, et s'ils allaient devoir se battre à nouveau. Mais Momülc sourit et dit, de sa voix lourde, basse et rauque: Elfe... Ami! L'Elfe jaune à son tour sourit et répondit: Bonjour, noble Momülc. As-tu bien dormi? Le monstre ne fit que rire. Il se souleva sur un coude et prononça ces mots: Quoi faire, maintenant? Où, Amariel? Où, nos blondes amies?

- Je ne sais pas, ami, répondit l'Elfe jaune.

Il sentit soudain à son cou une chaînette, qu'il n'y avait jamais mise. Il la prit, et l'ôta de son cou en la faisant passer par la tête, et qu'il pût le faire si aisément le surprit, car il l'avait crue bien ajustée à son cou, et donc trop petite pour passer par sa tête; avait-elle la faculté de changer de taille? Il la regarda, et elle était fine et dorée. Un pendentif, dont il avait senti aussi la fraîcheur, l'ornait. Il s'agissait d'un cristal de forme ovale, légèrement aplati. Il luisait d'une pâle luminescence, en ce matin qui s'éclairait, et l'Elfe se demanda si cette nek.jpegclarté, qui émanait de son intérieur, se voyait plus distinctement la nuit; il apprendrait, la nuit suivante, qu'il en était bien ainsi, et qu'il brillait, alors, comme une lointaine étoile. Mais le jour il se voyait moins. Il regarda à l'intérieur de façon plus attentive, et crut voir le visage souriant d'Amariel; et il lui sembla qu'elle remuait la bouche, et lui parlait, mais qu'il ne comprenait pas ce qu'elle lui disait. Toutefois, il devina qu'il s'agissait d'amour. L'Elfe se sentit heureux, et fort.

Il devait apprendre que, face au danger, cette pierre, posée sur sa gorge, s'allumait d'une façon toute particulière, et décuplait ses forces. Il s'agissait, il n'en doutait pas, d'un présent d'Amariel. Ému, il le baisa, et tenta de remettre l'objet à son cou; or, de nouveau, alors que la chaînette avait paru petite, il put la faire passer aisément par sa tête. Un enchantement l'avait permis, assurément. Il glissa la pierre sous son costume-armure, afin que ce don restât secret, et que son cœur seul sentît près de lui l'image vivante de la fée. Les yeux des autres ne devaient point la souiller, les pensées viles des gens ne devaient point déflorer le mystère pur de son amour pour l'immortelle reine de Vouan.

Momülc pourtant avait eu le temps de la voir. Il dit: Beau. Art pur. Anges l'ont fait, fée l'a donné. Vouan placée l'a sur cou Elfe jaune, béni lui!

L'Elfe jaune le regarda et comprit le sens profond de ses paroles. Derrière les fées Vouan agissait, était une personne, un dieu. Son corps était sur terre, mais sa tête était dans les étoiles. Les fées étaient ses filles, et ses servantes nobles.

Momülc continua: Vois! Cadeau, moi aussi. Il détacha alors, de sa ceinture, un bâton fin et doré, pareil à un sceptre et serti de saphirs, et le leva vers le ciel. Or, à ce moment précis, le soleil se montra au-dessus de la Fantasy_staff_by_gapipro.jpgmontagne, et envoya ses rayons sur l'objet, qui en étincela, devenant semblable à la chevelure d'une comète. Sous cette merveille, les yeux vermeils du monstre scintillèrent comme jamais.

En riant l'Elfe jaune s'écria: Oui, Momülc, oui, quel magnifique présent, quel don superbe! Et quels pouvoirs sont en lui! Je les vois vibrer comme des souffles de feu. Un puissant esprit demeure en cet objet saint, confié par les fées. Lui aussi a dû être forgé en quelque astre par des anges!

Ô Momülc, ô Momülc, il faut que tu viennes avec moi, maintenant, à la cour de Captain Savoy, le gardien et le prince occulte de ce pays, afin d'utiliser tes facultés contre le mal! Qu'en dis-tu? Tu pourras y montrer ta valeur, et y faire le bien!

Momulk le regarda et dit: Oui. Bien.

Et l'Elfe: Allons-y donc! s'écria-t-il. Viens!

Et tous deux montèrent vers les hauteurs du massif, et ils regardèrent vers le sud, vers Annecy où, pensait l'Elfe jaune, devait se trouver Captain Savoy, dans sa puissante base du Roc de Chère.

Or, il s'attendait à voir la plaine illuminée par le soleil aux rayons d'or rasant, perçant les brumes et y semant des roses, pendant que les montagnes se perdraient au loin dans l'azur encore clair, mais ce qui s'offrit à ses yeux fut d'une tout autre nature. Une épaisse nuée noire encombrait les vallées et montait sur les pentes dark-paths-fog-mist-stairways-fantasy-art-tombs-1920x1080-64696.jpgcomme une marée du diable, comme un animal diffus et infâme, comme une bête de la mer, et absorbait les rayons du soleil, les buvait de ses mille fosses, de ses mille bouches, faisant disparaître la lumière aussitôt qu'elle avait paru. Une puanteur infecte semblait s'éveiller à l'arrivée de la chaleur matinale, et le tableau était celui de l'Apocalypse. Des lueurs rougeoyantes seules traversaient parfois la nappe sombre, comme si des forges étaient dessous, et le cœur de l'Elfe jaune se souleva. Qu'est ceci? demanda-t-il. Momülc évidemment ne put lui répondre.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui évoquera la communication à distance qui eut lieu entre Captain Savoy et son premier disciple, l'Elfe jaune!

24/10/2017

Momulk et l'Elfe jaune dans le monde des hommes

4526ae05ea850ae6f097558e763edf1d.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Elfe jaune alors qu'il requérait d'amour l'immortelle Amariel et que celle-ci lui ayant déclaré qu'elle ne pouvait, malgré son désir, répondre favorablement à sa demande, il insistait en s'enquérant d'une solution possible.

- Hélas! répliqua la belle immortelle, si seulement je t'avais tout dit! Mais encore est-il d'autres difficultés. Je ne dois le sceptre du royaume de Vouan qu'à ma virginité. Nous sommes toutes vierges, ici. Les nymphes de Vouan ne peuvent se marier. La loi ne peut avoir d'exception que si des circonstances extraordinaires l'exigent, et encore invite-t-elle à de grands sacrifices, que je ne te puis redire.

L'Elfe demeura songeur, de nouveau, quelques instants, puis: Accorde-moi au moins un baiser, dit-il, ô Amariel! Puisque tu dis m'aimer, que t'en coûtera-t-il?

Et il s'avança. Mais Amariel recula, et brusquement leva les mains. Des étincelles de différentes couleurs jaillirent de ses doigts, se précipitèrent vers l'Elfe, et il en fut tout ébloui et désorienté, éprouva comme un vertige. Amariel s'en fut, sans un mot, mais il ne la vit pas, perdue qu'elle était à ses yeux dans la nuée d'étincelles teintées qui l'assaillait.

Lorsqu'il se dissipa, tombant à terre comme une neige et s'y fondant, elle était loin, et marchait rapidement.

Il la vit passer un petit pont de pierre par-dessus la rivière. Il la regarda sans bouger. Une vapeur argentée s'exhalait d'elle, comme si elle captait les rayons de la Lune et en reluisait de l'intérieur. Le cœur lui poignit: il l'aimait plus que toute chose au monde.

Elle s'en fut par l'autre berge, glissant sur le sol en laissant une vague trace lumineuse, à peine perceptible mais réelle, et disparut sous les arbres, dont la cime se dressait face aux étoiles à présent plus nombreuses. L'Elfe jaune reconnut, face à lui, les Gémeaux. Ils paraissaient tout proches. Il lui semblait presque voir des visages, autour des astres, et un contour, comme si leurs corps transparents se montraient, et que les étoiles fussent des joyaux à leur front.

Il ferma les yeux, huma l'air qui palpitait encore de l'odeur douce d'Amariel, puis, les rouvrant, se dirigea à son tour, en marchant lentement, vers le pont de pierre, qui avait une forme d'arche. Il le passa et longea la rivière sur la berge fleurie, sentant l'herbe mouillée du soir.

Bientôt, au détour d'un bosquet, il aperçut l'Arbre sacré de Vouan, Ëtolün, qui luisait du même éclat étrange que sa gardienne, comme s'il était fait d'un bois crû sur la Lune.

Il s'avança vers son pied, et Amariel était invisible; il n'y avait là que des nymphes de sa suite, entourant Momulk qui riait. Mû par un instinct obscur, il leva les yeux, et distingua, dans les branches d'Ëtolün, une c57ce861a47d8ee1f6f1451ff1aee142.jpgrobe transparente, ornée de perles, qu'il reconnut être celle de la femme qu'il aimait; mais elle disparut à son tour dans les feuillages.

L'Elfe jaune soupira, et se rapprocha de Momulk et de sa troupe d'admiratrices, ou de femmes qui feignaient de l'être, du moins. Tous étaient assis à terre, sur la pelouse, et Momulk articulait des mots, et cela faisait rire les fées, et lui aussi riait. Puis, l'une d'elles le fit taire, et raconta une histoire, qu'il écouta, et sur laquelle l'Elfe jaune eut le plus grand mal à se concentrer, mais qui fit rire de plus belle toute la troupe. Il était question de Mülih et de Dorlam, princes de l'est, et de Saldur qui règne au sud, d'Olmer qui de l'ouest envoie ses feux, de Dartah au sourire de cristal, de Sapald le noble vieillard et sur eux tous planait, à entendre la nymphe, la sagesse de Vürnarïm, frère d'Alar et fils de Dordïn, mais surtout père d'Amariel.

Pendant ces récits, l'Elfe était allé s'asseoir dans le cercle, et s'était efforcé d'écouter, les noms lui rappelant plusieurs contes que lui avait faits Captain Savoy, mais sa pensée revenait sans cesse vers Amariel, et il ne retint que quelques bribes. Toutefois, l'atmosphère joyeuse du cercle lui arracha des sourires.

Il se demanda si Amariel le regardait, et, s'il avait pu la voir, il aurait effectivement constaté qu'entre les feuilles, de ses yeux brillants, elle le contemplait, un air incertain sur le visage, mêlé de tristesse et d'amour. Mais il ne la vit pas, et son doute demeura.

Des lanternes étaient suspendues aux basses branches de l'arbre, et elles éclairaient bien ceux qui étaient en bas aux yeux de ceux qui étaient en haut, mais au contraire éblouissaient ceux qui étaient en bas et, en se reflétant sur les feuilles vertes, les empêchaient de rien voir du sein d'Ëtolün, qui leur paraissait opaque. Cela empêcha l'Elfe jaune d'avoir le moindre indice sur ce que faisait Amariel, mais elle le vit parfaitement, sans qu'il pût s'en rendre compte. Elle finit néanmoins par quitter son poste d'observation, et, après un soupir, par se diriger vers ses quartiers privés. Elle gagne sa loge princière, et médita sur le passé, le présent, l'avenir, songeant à ce qui pourrait être, regrettant ce qui avait été, réfléchissant à ce qui était. Sa pensée s'en fut vers les dieux, et elle ferma les yeux, oubliant toute autre chose dans l'univers.

L'Elfe jaune et Momulk, pris dans le gai ramage des fées, se sentirent à leur tour glisser vers un pays de doux songes. Leurs paupières s'abaissaient, et les fatigues du jour et de leurs combats leur accablaient plus que jamais. Finalement, ils s'allongèrent, posèrent la tête sur des coussins amenés par les nymphes et, d'abord Momulk, ensuite l'Elfe jaune, ils s'endormirent.

Dès lors les immortelles se levèrent sans plus faire un bruit, et montèrent dans l'Arbre saint, pour rejoindre leurs sœurs et leurs loges, leurs chambres fleuries de l'Arbre saint. Un grand silence s'abattit sur Vouan, et 2fc02e56a7d6462d28c20f1c33f57152.jpgseules les sentinelles, guerrières aux yeux étincelants et à l'armure dorée, demeurèrent éveillées, aux aguets.

L'Elfe jaune se réveilla, une fois, voyant deux d'entre elles au loin, sur un tertre ou dans un arbre, et il lui sembla que les étoiles descendaient aussi à terre, et dansaient au-dessus du pré, en silence; mais il se rendormit aussitôt, comme s'il rêvait. Et peut-être était-ce le cas.

Lorsqu'il se réveilla une nouvelle fois, il faisait jour. Mais il n'était plus à l'endroit où il s'était endormi. Momulk était à ses côtés, et dormait toujours. Il regarda autour de lui, et se vit revenu dans la forêt de Vouan, près de l'endroit où il s'était battu avec ce géant vert. Les fées avaient dû les ramener durant leur sommeil, peut-être provoqué par des enchantements qu'il n'avait point vus. Il faisait frais, et les clartés du monde ordinaire étaient agréables, mais n'avaient pas les qualités de celui qu'il avait quitté.

Cependant, ô chers lecteurs, il est temps de laisser là cet épisode, et d'annoncer pour une prochaine fois la suite de ce récit, et la manière dont agiront nos deux héros, à présent qu'ils sont revenus dans le monde ordinaire, et s'ils comptent rejoindre Captain Savoy dans sa base du Grand Bec, et comment ils s'y prendront, pour ainsi faire.