02/01/2018

Momülc et l'Elfe jaune et leurs divins présents

horizon-zero-dawn-ps4-new-siggraph.jpegDans le dernier épisode de cette incroyable série, nous avons laissé l'Elfe jaune et Momülc alors que, reconduits durant leur sommeil hors du monde des fées de Vouan, ils s'étaient réveillés dans le monde ordinaire au moment où l'aube paraissait. L'Elfe jaune avait ouvert les yeux avant son ami.

Il craignit d'avoir fait un grand rêve, mais fut rassuré quand il vit que Momülc avait toujours son armure, telle que la lui avaient donnée les fées. Puis le géant ouvrit ses yeux de rubis, et regarda l'Elfe jaune. Celui-ci se demanda s'il se souvenait de ce qui s'était passé, s'il avait conservé sa conscience accrue par les bienfaits des fées, ou s'il était retourné à sa brutalité première, et s'ils allaient devoir se battre à nouveau. Mais Momülc sourit et dit, de sa voix lourde, basse et rauque: Elfe... Ami! L'Elfe jaune à son tour sourit et répondit: Bonjour, noble Momülc. As-tu bien dormi? Le monstre ne fit que rire. Il se souleva sur un coude et prononça ces mots: Quoi faire, maintenant? Où, Amariel? Où, nos blondes amies?

- Je ne sais pas, ami, répondit l'Elfe jaune.

Il sentit soudain à son cou une chaînette, qu'il n'y avait jamais mise. Il la prit, et l'ôta de son cou en la faisant passer par la tête, et qu'il pût le faire si aisément le surprit, car il l'avait crue bien ajustée à son cou, et donc trop petite pour passer par sa tête; avait-elle la faculté de changer de taille? Il la regarda, et elle était fine et dorée. Un pendentif, dont il avait senti aussi la fraîcheur, l'ornait. Il s'agissait d'un cristal de forme ovale, légèrement aplati. Il luisait d'une pâle luminescence, en ce matin qui s'éclairait, et l'Elfe se demanda si cette nek.jpegclarté, qui émanait de son intérieur, se voyait plus distinctement la nuit; il apprendrait, la nuit suivante, qu'il en était bien ainsi, et qu'il brillait, alors, comme une lointaine étoile. Mais le jour il se voyait moins. Il regarda à l'intérieur de façon plus attentive, et crut voir le visage souriant d'Amariel; et il lui sembla qu'elle remuait la bouche, et lui parlait, mais qu'il ne comprenait pas ce qu'elle lui disait. Toutefois, il devina qu'il s'agissait d'amour. L'Elfe se sentit heureux, et fort.

Il devait apprendre que, face au danger, cette pierre, posée sur sa gorge, s'allumait d'une façon toute particulière, et décuplait ses forces. Il s'agissait, il n'en doutait pas, d'un présent d'Amariel. Ému, il le baisa, et tenta de remettre l'objet à son cou; or, de nouveau, alors que la chaînette avait paru petite, il put la faire passer aisément par sa tête. Un enchantement l'avait permis, assurément. Il glissa la pierre sous son costume-armure, afin que ce don restât secret, et que son cœur seul sentît près de lui l'image vivante de la fée. Les yeux des autres ne devaient point la souiller, les pensées viles des gens ne devaient point déflorer le mystère pur de son amour pour l'immortelle reine de Vouan.

Momülc pourtant avait eu le temps de la voir. Il dit: Beau. Art pur. Anges l'ont fait, fée l'a donné. Vouan placée l'a sur cou Elfe jaune, béni lui!

L'Elfe jaune le regarda et comprit le sens profond de ses paroles. Derrière les fées Vouan agissait, était une personne, un dieu. Son corps était sur terre, mais sa tête était dans les étoiles. Les fées étaient ses filles, et ses servantes nobles.

Momülc continua: Vois! Cadeau, moi aussi. Il détacha alors, de sa ceinture, un bâton fin et doré, pareil à un sceptre et serti de saphirs, et le leva vers le ciel. Or, à ce moment précis, le soleil se montra au-dessus de la Fantasy_staff_by_gapipro.jpgmontagne, et envoya ses rayons sur l'objet, qui en étincela, devenant semblable à la chevelure d'une comète. Sous cette merveille, les yeux vermeils du monstre scintillèrent comme jamais.

En riant l'Elfe jaune s'écria: Oui, Momülc, oui, quel magnifique présent, quel don superbe! Et quels pouvoirs sont en lui! Je les vois vibrer comme des souffles de feu. Un puissant esprit demeure en cet objet saint, confié par les fées. Lui aussi a dû être forgé en quelque astre par des anges!

Ô Momülc, ô Momülc, il faut que tu viennes avec moi, maintenant, à la cour de Captain Savoy, le gardien et le prince occulte de ce pays, afin d'utiliser tes facultés contre le mal! Qu'en dis-tu? Tu pourras y montrer ta valeur, et y faire le bien!

Momulk le regarda et dit: Oui. Bien.

Et l'Elfe: Allons-y donc! s'écria-t-il. Viens!

Et tous deux montèrent vers les hauteurs du massif, et ils regardèrent vers le sud, vers Annecy où, pensait l'Elfe jaune, devait se trouver Captain Savoy, dans sa puissante base du Roc de Chère.

Or, il s'attendait à voir la plaine illuminée par le soleil aux rayons d'or rasant, perçant les brumes et y semant des roses, pendant que les montagnes se perdraient au loin dans l'azur encore clair, mais ce qui s'offrit à ses yeux fut d'une tout autre nature. Une épaisse nuée noire encombrait les vallées et montait sur les pentes dark-paths-fog-mist-stairways-fantasy-art-tombs-1920x1080-64696.jpgcomme une marée du diable, comme un animal diffus et infâme, comme une bête de la mer, et absorbait les rayons du soleil, les buvait de ses mille fosses, de ses mille bouches, faisant disparaître la lumière aussitôt qu'elle avait paru. Une puanteur infecte semblait s'éveiller à l'arrivée de la chaleur matinale, et le tableau était celui de l'Apocalypse. Des lueurs rougeoyantes seules traversaient parfois la nappe sombre, comme si des forges étaient dessous, et le cœur de l'Elfe jaune se souleva. Qu'est ceci? demanda-t-il. Momülc évidemment ne put lui répondre.

Mais il est temps, ô lecteur, de laisser là cet épisode, pour renvoyer au prochain, qui évoquera la communication à distance qui eut lieu entre Captain Savoy et son premier disciple, l'Elfe jaune!

24/10/2017

Momulk et l'Elfe jaune dans le monde des hommes

4526ae05ea850ae6f097558e763edf1d.jpgDans le dernier épisode de cette étonnante série, nous avons laissé l'Elfe jaune alors qu'il requérait d'amour l'immortelle Amariel et que celle-ci lui ayant déclaré qu'elle ne pouvait, malgré son désir, répondre favorablement à sa demande, il insistait en s'enquérant d'une solution possible.

- Hélas! répliqua la belle immortelle, si seulement je t'avais tout dit! Mais encore est-il d'autres difficultés. Je ne dois le sceptre du royaume de Vouan qu'à ma virginité. Nous sommes toutes vierges, ici. Les nymphes de Vouan ne peuvent se marier. La loi ne peut avoir d'exception que si des circonstances extraordinaires l'exigent, et encore invite-t-elle à de grands sacrifices, que je ne te puis redire.

L'Elfe demeura songeur, de nouveau, quelques instants, puis: Accorde-moi au moins un baiser, dit-il, ô Amariel! Puisque tu dis m'aimer, que t'en coûtera-t-il?

Et il s'avança. Mais Amariel recula, et brusquement leva les mains. Des étincelles de différentes couleurs jaillirent de ses doigts, se précipitèrent vers l'Elfe, et il en fut tout ébloui et désorienté, éprouva comme un vertige. Amariel s'en fut, sans un mot, mais il ne la vit pas, perdue qu'elle était à ses yeux dans la nuée d'étincelles teintées qui l'assaillait.

Lorsqu'il se dissipa, tombant à terre comme une neige et s'y fondant, elle était loin, et marchait rapidement.

Il la vit passer un petit pont de pierre par-dessus la rivière. Il la regarda sans bouger. Une vapeur argentée s'exhalait d'elle, comme si elle captait les rayons de la Lune et en reluisait de l'intérieur. Le cœur lui poignit: il l'aimait plus que toute chose au monde.

Elle s'en fut par l'autre berge, glissant sur le sol en laissant une vague trace lumineuse, à peine perceptible mais réelle, et disparut sous les arbres, dont la cime se dressait face aux étoiles à présent plus nombreuses. L'Elfe jaune reconnut, face à lui, les Gémeaux. Ils paraissaient tout proches. Il lui semblait presque voir des visages, autour des astres, et un contour, comme si leurs corps transparents se montraient, et que les étoiles fussent des joyaux à leur front.

Il ferma les yeux, huma l'air qui palpitait encore de l'odeur douce d'Amariel, puis, les rouvrant, se dirigea à son tour, en marchant lentement, vers le pont de pierre, qui avait une forme d'arche. Il le passa et longea la rivière sur la berge fleurie, sentant l'herbe mouillée du soir.

Bientôt, au détour d'un bosquet, il aperçut l'Arbre sacré de Vouan, Ëtolün, qui luisait du même éclat étrange que sa gardienne, comme s'il était fait d'un bois crû sur la Lune.

Il s'avança vers son pied, et Amariel était invisible; il n'y avait là que des nymphes de sa suite, entourant Momulk qui riait. Mû par un instinct obscur, il leva les yeux, et distingua, dans les branches d'Ëtolün, une c57ce861a47d8ee1f6f1451ff1aee142.jpgrobe transparente, ornée de perles, qu'il reconnut être celle de la femme qu'il aimait; mais elle disparut à son tour dans les feuillages.

L'Elfe jaune soupira, et se rapprocha de Momulk et de sa troupe d'admiratrices, ou de femmes qui feignaient de l'être, du moins. Tous étaient assis à terre, sur la pelouse, et Momulk articulait des mots, et cela faisait rire les fées, et lui aussi riait. Puis, l'une d'elles le fit taire, et raconta une histoire, qu'il écouta, et sur laquelle l'Elfe jaune eut le plus grand mal à se concentrer, mais qui fit rire de plus belle toute la troupe. Il était question de Mülih et de Dorlam, princes de l'est, et de Saldur qui règne au sud, d'Olmer qui de l'ouest envoie ses feux, de Dartah au sourire de cristal, de Sapald le noble vieillard et sur eux tous planait, à entendre la nymphe, la sagesse de Vürnarïm, frère d'Alar et fils de Dordïn, mais surtout père d'Amariel.

Pendant ces récits, l'Elfe était allé s'asseoir dans le cercle, et s'était efforcé d'écouter, les noms lui rappelant plusieurs contes que lui avait faits Captain Savoy, mais sa pensée revenait sans cesse vers Amariel, et il ne retint que quelques bribes. Toutefois, l'atmosphère joyeuse du cercle lui arracha des sourires.

Il se demanda si Amariel le regardait, et, s'il avait pu la voir, il aurait effectivement constaté qu'entre les feuilles, de ses yeux brillants, elle le contemplait, un air incertain sur le visage, mêlé de tristesse et d'amour. Mais il ne la vit pas, et son doute demeura.

Des lanternes étaient suspendues aux basses branches de l'arbre, et elles éclairaient bien ceux qui étaient en bas aux yeux de ceux qui étaient en haut, mais au contraire éblouissaient ceux qui étaient en bas et, en se reflétant sur les feuilles vertes, les empêchaient de rien voir du sein d'Ëtolün, qui leur paraissait opaque. Cela empêcha l'Elfe jaune d'avoir le moindre indice sur ce que faisait Amariel, mais elle le vit parfaitement, sans qu'il pût s'en rendre compte. Elle finit néanmoins par quitter son poste d'observation, et, après un soupir, par se diriger vers ses quartiers privés. Elle gagne sa loge princière, et médita sur le passé, le présent, l'avenir, songeant à ce qui pourrait être, regrettant ce qui avait été, réfléchissant à ce qui était. Sa pensée s'en fut vers les dieux, et elle ferma les yeux, oubliant toute autre chose dans l'univers.

L'Elfe jaune et Momulk, pris dans le gai ramage des fées, se sentirent à leur tour glisser vers un pays de doux songes. Leurs paupières s'abaissaient, et les fatigues du jour et de leurs combats leur accablaient plus que jamais. Finalement, ils s'allongèrent, posèrent la tête sur des coussins amenés par les nymphes et, d'abord Momulk, ensuite l'Elfe jaune, ils s'endormirent.

Dès lors les immortelles se levèrent sans plus faire un bruit, et montèrent dans l'Arbre saint, pour rejoindre leurs sœurs et leurs loges, leurs chambres fleuries de l'Arbre saint. Un grand silence s'abattit sur Vouan, et 2fc02e56a7d6462d28c20f1c33f57152.jpgseules les sentinelles, guerrières aux yeux étincelants et à l'armure dorée, demeurèrent éveillées, aux aguets.

L'Elfe jaune se réveilla, une fois, voyant deux d'entre elles au loin, sur un tertre ou dans un arbre, et il lui sembla que les étoiles descendaient aussi à terre, et dansaient au-dessus du pré, en silence; mais il se rendormit aussitôt, comme s'il rêvait. Et peut-être était-ce le cas.

Lorsqu'il se réveilla une nouvelle fois, il faisait jour. Mais il n'était plus à l'endroit où il s'était endormi. Momulk était à ses côtés, et dormait toujours. Il regarda autour de lui, et se vit revenu dans la forêt de Vouan, près de l'endroit où il s'était battu avec ce géant vert. Les fées avaient dû les ramener durant leur sommeil, peut-être provoqué par des enchantements qu'il n'avait point vus. Il faisait frais, et les clartés du monde ordinaire étaient agréables, mais n'avaient pas les qualités de celui qu'il avait quitté.

Cependant, ô chers lecteurs, il est temps de laisser là cet épisode, et d'annoncer pour une prochaine fois la suite de ce récit, et la manière dont agiront nos deux héros, à présent qu'ils sont revenus dans le monde ordinaire, et s'ils comptent rejoindre Captain Savoy dans sa base du Grand Bec, et comment ils s'y prendront, pour ainsi faire.

23/08/2017

Le désir de l'Elfe jaune

fast.jpgDans le dernier épisode de cette mélancolique série, nous avons laissé l'Elfe jaune et la belle Amariel alors qu'ils se retrouvaient après un sommeil visionnaire du premier. Ayant surgi de l'ombre bleue d'un bosquet, la seconde se dirigeait vers lui, et les deux se fixèrent des yeux tendrement, mais brièvement.

Parvenue à sa hauteur, elle lui mit la main sur le cœur, et il battait avec force; elle dit, de sa voix douce: Remets-toi. Rétablis-toi. Viens.

Elle n'avait que murmuré et pourtant, aux oreilles de l'Elfe, cela avait été comme un coup de tonnerre dans le silence du soir.

Secouant sa torpeur, il demanda dans un souffle: Qu'est-il arrivé? Elle répondit: Je ne saurais le dire.

Ou ne le voulait-elle pas? La pensée traversa l'esprit de l'Elfe jaune.

Viens, répéta-t-elle. Nous allons rentrer.

Mais auparavant nous passerons par un endroit que j'aime, et que je voudrais te montrer.

Elle lui prit la main, et l'attira vers les arbres. Ils passèrent dessous, et elle lui lâcha la main, comme si elle ne l'avait tenue que pour tirer l'Elfe jaune, mais il tint à reprendre la sienne, et elle se laissa faire, en émettant toutefois un petit rire.

Elle le tirait toujours, et il semblait à l'Elfe qu'ils passaient dans des lieux mystérieux, qu'il n'avait jamais vus, et qui semblaient plus annoncer qu'ils ne montraient. Une tonnelle se tint au-dessus de leurs têtes, et elle avait de grosses fleurs blanches qui semblaient luire dans la pénombre, mais d'autres plus petites étaient rouges, jaunes, bleues et violettes. La vue en était magnifique et l'Elfe jaune était étonné de les voir si aisément, alors que la nuit tombait, que le ciel occidental achevait de rougeoyer, et que la lune n'était pas encore apparue. Il lui parut qu'une luminescence secrète était répandue dans le lieu enchanté.

Comme il était émerveillé et que ses yeux brillaient, Amariel se tourna vers lui en souriant, et il rougit; puis elle se retourna, pour continuer son chemin, et la retenant, il lui mit la main sur l'épaule. Elle s'arrêta en baissant la tête, et lorsqu'il voulut l'embrasser, elle détourna le visage pour que cela fût impossible. Il réessaya, mais elle demeura ferme.

Soudain, elle se dégagea et s'élança, courant ou allant aussi vite que si elle courait; car l'Elfe ne voyait guère ses jambes se mouvoir: à peine semblait-elle marcher. Mais sa vitesse était phénoménale, comme si elle glissait sur l'air, et, de fait, en celui-ci, entre ses pieds et le sol qu'ils ne touchaient pas, de fines étincelles s'allumèrent, comme si un feu mystérieux la portait.

Il tenta de la suivre, mais, malgré sa rapidité, il ne gagna pas un pouce sur elle. Il se téléporta donc, comme il en avait le pouvoir, en se mettant devant elle et en lui faisant face. Mais on était sorti de la tonnelle, et on se trouvait au bord d'une rivière, qui scintillait à la clarté des premières étoiles. Elle changea de direction instantanément, sans effort apparent, et l'Elfe jaune ne put la saisir: elle allait trop vite pour ses bras mêmes - pareille à une étoile filante.

Il tenta deux fois encore ce procédé, mais il échoua.

Il était épuisé. Il s'appuya contre un arbre. Il n'eut que la force de l'appeler, demandant pourquoi elle ne voulait pas de son amitié, ou pour mieux dire de son amour! Devant lui, elle s'arrêta, luisante sous le feuillage qui faisait un dais au-dessus de la rivière. Ses yeux brillants le regardaient. Elle parla, et dit qu'il ne devait pas chercher à la saisir contre son gré. Il se tint coi, et elle avança vers lui, lentement et usant cette fois matériellement de ses jambes. Elle avait dû utiliser un enchantement, auparavant. L'Elfe vit que ses mains étaient pleines d'un feu étrange, qui peu à peu s'éteignait. S'en était-elle servie pour se suspendre au-dessus du sol? C'était très vraisemblable. Captain Savoy lui avait parlé de tels pouvoirs, parmi les immortels de la Terre.

Une fois plus proche, Sache, ajouta-t-elle, ô homme insolent, ô hardi mortel, qu'il ne m'est point permis de me marier, ni de connaître les joies de l'amour! Et souviens-toi que tu as toi-même une mission! Captain Savoy ton maître avait prévu que tu pourrais m'aimer. Et, je ne dois pas te le cacher, quand il me peignit tes immenses vertus, il me sembla que je t'aimais aussi. Je me fis une image de toi qui n'avait rien que de très flatteur, et tu te réjouiras peut-être en apprenant que de t'avoir rencontré ne m'a pas fait changer d'avis. Mais pour le moment cet amour est impossible. Le lit conjugal m'est proscrit pour un long temps encore, et Captain Savoy m'ayant 5eebb5b04d517c742262e9889b445883.jpgfait jurer que je ne te détournerais pas de ta mission, il l'est en particulier avec toi! Les flambeaux ne pourront pas, avant de nombreuses années, éclairer nos pas posés en cadence, ô Elfe! Les anges nuptiaux n'ont pas encore, sois-en sûr, fixé le jour de leur chant harmonieux, qui portera nos deux noms noués ensemble. Aucun arbre ici n'a tressé de couronne, pour nous, ni aucun dieu caché, aucun nain, aucune nymphe! Ils sont immobiles, attendant que je te renvoie à ton maître pour qu'en compagnie de Momulk rédimé tu le secoures contre Malitroc. Car les choses sont telles qu'ils lui obéissent à lui, et ne me servent que si je lui suis fidèle en parole. Les dieux n'ont-ils pas fait de lui le maître de toute la Savoie, quoiqu'il n'ait été qu'un mortel, avant sa métamorphose? Cela peut te faire saisir quelques secrets du temps, ô Elfe!

À ces mots, l'Elfe jaune demeura quelques instants interdit. Ses yeux étaient sombres, et ses joues pâles. À la fin il s'écria: Vraiment, n'y a-t-il pas de solution?

Mais il n'est que trop temps, ô lecteur, de laisser cet épisode. La prochaine fois, nous saurons tout de ce que répondit Amariel à l'Elfe jaune.