06/05/2016

Petrusmok, de Malcolm de Chazal

48778069.jpgMalcolm de Chazal (1902-1981) était un poète mauricien compagnon de route du Surréalisme qui en a été écarté sans doute parce qu'il faisait appel explicitement à la divinité et au Christ. L'un de ses livres les plus importants est le volumineux et touffu Petrusmok (1951), qui présente le Mythe de l'île Maurice. L'auteur personnifie les montagnes, et croit y voir des entités symboliques. Elles peuvent apparaître successivement sur les mêmes montagnes, soit que l'auteur rectifie sa vision, soit qu'il affirme que selon l'angle de vue la figure change: les montagnes en contiennent plusieurs.

Il a aussi des visions dans son lit, qu'il interprète comme des signes.

Et de somptueuses imaginations mythologiques, la plus belle présentant des anges et le Christ marchant sur les vagues de la mer et venant sur l'île sacrée. Mais il a aussi la révélation des Lémuriens qui y vivaient à l'aube des temps et y accomplissaient des cérémonies sacrées. Ce sont eux, dit Chazal, qui ont sculpté les montagnes pour y faire apparaître des symboles vivants.

Dans son enthousiasme quasi oriental Chazal veut ne voir le monde spirituel que de façon positive, et il affirme que les anges déchus sont une invention du christianisme dévoyé, et que le mal est créé seulement par l'homme.

Or, cela rend sans doute sa mythologie statique: elle est faite de visions successives, mais elle n'a pas de dynamique interne, car le récit n'y est pas possible; aucun drame ne s'y joue. Les êtres spirituels sont rendus semblables à des symboles figés, s'exhalant du paysage comme d'emblématiques statues. C'est davantage l'histoire de Malcolm de Chazal découvrant l'esprit des éléments par la voie imaginative que celle de l'île Maurice incluant l'action des dieux - la hiérohistoire chère à Henry Corbin. S88466806_o.jpgomme toute, dans ce livre, les anges non déchus aussi semblent venir des hommes, puisque leur image même vient d'anciens sculpteurs. Or, il n'est pas complètement précisé s'ils avaient des entrées privilégiées dans le royaume divin.

H. P. Lovecraft (1890-1937) rebondissait sur les humanités antérieures pour aller vers les Grands Anciens, auxquelles elles étaient organiquement liées, et faisait déboucher sur un monde autre, qui avait son histoire propre. Chazal ne va pas jusque là. Blaise Cendrars (1887-1931), dans Le Lotissement du ciel (1949), parle aussi d'hommes anciens, mais en les dotant d'un organe de vision clairvoyante, et apercevant le créateur des îles de l'Océan. Cela le rend plus proche de Lovecraft, plus impressionnant, peut-être. Cela dit Chazal suggère que ses Lémuriens étaient bien dans le même cas, et qu'ils avaient un lien avec les puissances cosmiques; mais ce n'est pas dit explicitement.

Néanmoins il m'a plu quand il décrivait des femmes qu'il voyait s'exhaler des fleurs: des fées. C'était à la fois exotique et beau, comme du Clark Ashton Smith ou du Lord Dunsany.

Il était de ma ligne, quand il disait: Le Mythe, c'est la poésie au dernier cran, où la correspondance est devenue matière, et l'analogie substance de vie. Le fondement du romantisme originel est dans cette phrase, qui reste néanmoins un peu abstraite. Le monde élémentaire, dans lequel les choses sont liées indépendamment de l'espace, ne peut être peint qu'imaginativement, et c'est en ce sens que l'analogie, l'imagination et le mythe sont liés. Cependant, parfois, la correspondance donne l'occasion à des développements métaphysiques incertains, à des discours spéculatifs douteux. On y mêle des préjugés, des idées qui font plaisir - comme est, à mes yeux, celle que le mal ne renvoie pas à des anges déchus, mais seulement à l'être humain. Il s'agit d'un point de vue spiritualiste un peu naïf, pour moi, un manichéisme pratique lorsqu'on n'aime pas la société et qu'on a choisi de vivre seul, sans implication avec les autres.

À vrai dire, par ce biais, Chazal rappelle son lien avec le Surréalisme, qui tendait à aimer les images et les hallucinations pour elles-mêmes. Mais pour créer une mythologie, la mosaïque d'images grandioses ne suffit pas: il faut aussi qu'en leur sein il y ait une logique, une cohérence. Or, Chazal semblait s'y refuser, malgré sa volonté de lier ces images à une divinité authentique. Il était plus mystique, en un sens, que mythologique.

Symptomatique est sa condamnation de l'idée catholique de l'Assomption de la Vierge Marie: il ne veut pas d'une chair qui deviendrait spirituelle, dit-il; c'est pour lui le sommet du matérialisme. Il ne fait travailler le Lebrun-Assomption-cherb copie.jpgmythe que par allégorie: la matière n'est pas spiritualisée par lui; elle ne sert que d'exemple. Il dit dégager la Matière de l'Esprit, et laisser la Matière telle quelle. Mais dans la mythologie, on se trouve dans un monde intermédiaire qui fait se rencontrer les hommes et les anges, et les fait agir les uns avec les autres. L'ange devient dès lors un homme spiritualisé, l'homme devient un ange matérialisé, la rencontre se fait dans les deux sens. D'ailleurs, comme admettre la résurrection du Christ si on rejette l'idée d'une chair spiritualisée? La conception du Christ qu'a Malcolm de Chazal paraît abstraite. Ce n'est pas seulement le récit de la chute des anges que fait saint Pierre dans sa lettre du Nouveau Testament, qu'il rejette, mais aussi, qu'il en soit conscient ou non, celui des évangélistes qui parlent d'un Jésus revenu sous une forme sublimée. Il a au moins en commun avec le Surréalisme ce rejet du christianisme traditionnel. J. R. R. Tolkien (1892-1973) affirmait que là se trouvait pourtant l'essence du conte de fées: dans la rencontre entre le Mythe et l'Histoire que figuraient les Evangiles. Le monde intermédiaire de la chair spiritualisée et de l'esprit matérialisé est l'imaginal de Corbin, et c'est bien là que vit la Vierge Marie après sa mort. La substance s'en saisit durablement: elle est comme cristallisée dans l'éther de lumière.

Est-ce que l'île Maurice du reste avait besoin de l'art des Lémuriens pour refléter la divinité? La distinction entre l'impression laissée par les dieux sur la matière, et ce que font les hommes pour que la matière soit ennoblie dans sa forme, n'est pas nette. Si Chazal avait saisi dans son espace propre le monde imaginal, il aurait pu la rendre davantage telle. Là où se rencontrent les anges descendus du ciel et acquérant une forme, et les saints montés de la terre et acquérant un corps sublime, le voyant perçoit l'ouvrage des siècles.

Sans doute, Chazal a pensé que les Lémuriens servaient d'intermédiaires, et rapprochaient le Ciel et la Terre, diminuaient leur distance, créaient un pont. Il avait raison. H. P. Lovecraft, Blaise Cendrars, Robert E. Howard ont eu cette réflexion, et ils en ont démontré la validité. Mais peut-être que son propos était trop extatique, qu'il ne suivait pas assez le fil clair d'une pensée se mouvant dans le spirituel, tel un corps de vierge en état d'assomption! Il préférait l'émotion, le surgissement de l'impression, voire de la sensation. 

Cela dit, parce qu'il a lié les images du Surréalisme à l'Esprit pur; parce qu'il a tenté de donner un sens mystique aux visions, aux hallucinations, il est bien parvenu, par fragments, à créer du Mythe, à tisser de glorieux symboles. Il évoque également des légendes locales très convaincantes, qui ont une dynamique traditionnelle mais belle, sur laquelle il aurait pu davantage s'appuyer. En bref, c'est plutôt un bon livre.

04/04/2016

L'épopée franque de Grégoire de Tours

a77a6b50a13c7bda812f0bf3c310a6cf.jpgDepuis de nombreuses années, je me promettais de lire l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, mais aucune traduction complète n'existant dans le commerce, j'ai dû attendre d'acquérir assez de latin pour le lire dans le texte, en m'aidant d'une traduction édulcorante parue chez Gallimard: les informations seules y sont, la vie en est partie.

C'est, d'un point de vue moderne, une énorme épopée, bien qu'elle soit en prose et s'appuie sur l'histoire, car le merveilleux y est omniprésent, et il accompagne la fondation du royaume des Francs. Il s'agit de merveilleux chrétien, essentiellement des miracles, opérés par des saints hommes vivants, ou par des saints d'autrefois encore plus grandioses, en particulier saint Martin, qui est regardé comme un dieu par les Francs et Grégoire de Tours même, comme l'esprit céleste qui protège la Gaule et plus spécifiquement la Touraine. Face aux saints, parfois, des sorciers et des hommes possédés par le diable.

De surcroît des prêtres ont des visions, et les rois aussi, notamment le grand Gontran, que l'histoire méconnaît, mais qui fut canonisé, et que Grégoire de Tours présente comme sage: il a intégré la sagesse chrétienne et fait sortir son peuple de la barbarie.

Car les Francs au départ se comportent comme d'affreux brigands, asseyant leur autorité sur le meurtre et la peur, et trahissant allègrement la parole donnée. Mais Clovis commence à se civiliser en se convertissant au christianisme.

Cet ouvrage montre qu'il est faux, comme on le raconte souvent, que la France n'a pas la fibre épique. Car c'est, somme toute, le premier grand texte littéraire français, et l'histoire y est continuellement traversée par les manifestations de la Providence, par l'action des êtres célestes qui veillent sur elle, ou par celle des démons qui corrompent les âmes.

La langue y suit des habitudes fixes, voire figées, et elle n'est pas difficile, les mêmes mots et les mêmes tournures revenant souvent. Si on la compare avec le latin classique, il apparaît aisément qu'elle est à l'origine du français médiéval, dont au fond Grégoire de Tours est le père.

Il était le conseiller des rois, lesquels apprenaient le latin, et le savaient. Il évoque l'un d'entre eux, et le peint comme un nouveau Néron. Il dit qu'il avait composé en latin des livres de poésie, mais qu'il se trompait sur la longueur des syllabes et que sa versification était remplie de fautes. Néanmoins, on sait 800px-Basilica_Saint-Sernin_-_Simon_Magus.jpgque le français ne différencie pas les syllabes selon leur longueur. Comment douter que ce latin des rois francs et de leurs conseillers, les évêques gaulois, est à l'origine du français?

Grégoire de Tours commence son texte en reprenant les faits évoqués dans la Bible. Mais il y ajoute des détails fantastiques ou ésotériques qui font de son récit d'emblée une épopée. Il évoque Zoroastre et dit qu'il fut un sorcier, et surtout assure que Néron avait dans son entourage le magicien noir Simon, et qu'il le tirait vers le mal.

Les anges peuvent aussi être présents, dans les visions des prêtres, belles et poétiques. L'assemblée céleste apparut un jour devant une brume dans laquelle se cachait l'indécelable divinité. Néanmoins, il faut avouer que ces visions sont moins colorées et fantastiques que celles relatées par Bède dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais: sans doute cela est-il dû à l'influence irlandaise, très importante dans l'Angleterre primitive. Il ne faut pas s'imaginer pour autant que les Gaulois étaient déjà rationalistes, car Grégoire de Tours montre constamment le contraire. Ce n'est qu'une question de degré.

Une foule de faits fascinants, et fondateurs pour la France future, se trouvent dans son magnifique ouvrage. Un me reste en mémoire. Grégoire était originaire d'Auvergne: Clermont-Ferrand était alors une cité de première importance, qui d'ailleurs se nommait Arverne. Il raconte que s'y tenait un grand temple voué à une divinité locale, et il donne son nom en celte: Vasso Galate. Il dit qu'il a été détruit de fond en comble par les Alamans, dont le chef est peint par lui comme cruel et possédé par le mal. Peut-être aussi voit-il cette destruction comme une action de la Providence: il n'en parle pas. Il est également possible qu'il ait regretté cette destruction, et qu'il ait été sensible aux vieilles traditions gauloises, qui étaient celles de ses ancêtres.

La brutalité des Francs, telle qu'il la peint, a quelque chose qui tient au récit de bandits, et la fameuse m079489_006883_p.jpghache qui était leur arme préférée revient souvent dans les exécutions sommaires, préparées par des paroles mielleuses pour mieux abattre l'ennemi. Des tortures horribles sont également évoquées. Et l'importance de Paris commence à paraître. Ce sont les Francs qui en ont fait une grande capitale: c'est bien la marque qu'ils ont changé le visage de la Gaule.

Je suis étonné que le texte de Grégoire de Tours ne soit pas plus facilement disponible: il est clairement fondateur. Mais les intellectuels préfèrent se référer au classicisme antique, sautant par dessus Grégoire de Tours et les Francs. Leur rationalisme n'a rien de bien français; il s'enracine chez les anciens Romains.

Grégoire de Tours, lui, est la source de l'esprit qui règne dans les poèmes carolingiens, dont j'ai déjà parlé, et aussi dans les Chansons de Geste. Mais à la Renaissance, on a renié cet héritage, pour en appeler à l'empereur Auguste, à la Rome païenne. Trait pas spécifiquement français: toute l'Europe a procédé ainsi. L'Italie est la première à l'avoir fait, à l'époque de Dante et de Pétrarque. Mais si la France ne l'a fait qu'ensuite, cela a été avec l'énergie que les Francs avaient à l'époque de Grégoire de Tours. Ils en mirent jusque dans leur conversion au catholicisme et leur référence à la Rome de Constantin. Mille ans plus tard, leurs descendants eurent celle de défendre avec force, avec passion, le rationalisme issu des anciens Romains. Ce qui impressionne, chez les Francs, jusque face aux autres Germains, en particulier les Goths et même les Burgondes, c'est, en effet, leur vigueur, leur courage, leur vitalité. Un trait français, peut-être.

29/02/2016

Pouvoirs des saints: merveilleux et science-fiction

27996290.jpgDans son Histoire d'une âme, Thérèse Martin (1873-1897) - appelée autrement sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus - raconte comment, selon elle, elle parvenait à deviner les pensées des autres: elles lui étaient livrées par l'intermédiaire de Dieu, non directement. Car elle avait ce don, pensait-elle, mais dans ses écrits elle le justifiait canoniquement, selon la doctrine admise: Dieu seul fait les miracles; sinon ils viennent du diable. Elle devinait les pensées, dit-elle, quand c'était pour le bien de tous.

En principe l'âme se lie à un corps et ne déborde pas sur celui d'un autre: les pensées de cet autre restent donc inaccessibles. Mais Rudolf Steiner (1861-1925) était de ceux qui pensaient qu'en cas de constitution inhabituelle, anormale, des facultés particulières pouvaient se développer. Les mystiques, en réprimant leurs pulsions intimes, s'efforçaient autrefois de gagner le monde spirituel; mais c'était dangereux pour leur santé, et leurs facultés se développaient souvent au détriment de celle-ci. Le fait est que Thérèse Martin est morte très jeune, mais je ne peux dire si cela a un rapport.

La doctrine de l'Église, en un certain sens, avait quelque chose de sain. Elle établissait l'image d'un ange qui transportait les pensées d'une âme à l'autre pour effectuer des miracles utiles et approuvés de la divinité, à la suite de prières expresses de saints. Dès lors, il n'y avait plus de déréglement particulier, ni de dons de la nature: cela restait une exception, et un événement mythologique, passant par la volonté divine. On passait consciemment par les anges et dans un but forcément louable, non pour acquérir personnellement des biens, satisfaire des sentiments égoïstes.

Je me souviens que dans La Légende dorée de Jacques de Voragine, une vie de saint m'avait particulièrement frappé par son merveilleux plein de beauté: celle de saint Benoît. Il y était dit que ce noble fondateur de saint-benoit-de-nursie-par-fra-angelico.jpgl'ordre qui porte son nom avait développé une telle élévation intérieure qu'il pouvait commander d'un seul regard aux objets inanimés: il en éveillait l'âme et les contraignait à se déplacer. Je ne sais plus pour quelle sainte raison il parvint ainsi à contraindre une corde à libérer celui qu'elle tenait lié. Il commandait aux éléments.

On pensait que les saints pouvaient aussi commander aux eaux. Jacques Replat (1807-1866) en donne des exemples, dans Bois et vallons: des prêtres arrêtaient des orages ou des torrents. C'est ce qu'on appelle la télékinésie: commander les objets à distance, comme dans La Guerre des étoiles: les chevaliers Jedi, maîtrisant la Force, cet élément universel qui traverse et baigne toute chose, meuvent les objets, pour le bien ou le mal selon le côté clair ou obscur qu'ils ont rejoint. Car La Légende dorée ne nie pas que par la magie noire on puisse obtenir des résultats comparables; mais c'est par d'autres voies, immorales, et donc ce ne sont plus les saints anges, qui interviennent, mais les méchants démons. Par eux, pensait-on, on pouvait commander aux esprits élémentaires. Dès lors, peut-être, il devenait vraisemblable que Moïse eût commandé à la Mer Rouge.

Olaf Stapledon (1886-1950), dans Last and First Men et Star Maker, affirmait qu'il viendrait un jour où des sortes d'êtres pourraient envoyer leurs ondes cérébrales à travers le temps et l'espace, et que le don de prophétie venait d'hommes du futur parlant en secret à l'âme des hommes du présent par un moyen que, je crois, il concevait d'une façon plutôt matérialiste, sur la base des ondes électromagnétiques. D'un autre côté, il fallait bien qu'il fût plus que cela, s'il permettait de faire voyager la pensée dans le temps. Le langage était matérialiste et scientiste, mais comme il croyait à une entité cosmique absolue et dénuée de corps, il est possible qu'il ait entendu que les facultés psychiques des hommes du futur dussent passer par un seuil spirituel. Cependant il n'a jamais parlé d'esprits sans corps; pour lui l'esprit était dans les choses, même apparemment inanimées (par exemple les étoiles). Il n'a parlé de l'esprit indépendamment des choses que pour le dieu unique et absolu, incompréhensible de la tradition chrétienne. Toutefois, il évoluait, à la façon gome-galadriel.jpgd'un être vivant: il devenait alors une sorte d'ange créateur. Mais il n'est pas entré dans une quelconque hiérarchie spirituelle, contrairement à J.R.R. Tolkien (1892-1973), qui présentait bien des êtres à même de communiquer directement par la pensée: les puissances spirituelles célestes, mais aussi les êtres terrestres profondément liés à elles - tels Gandalf et Galadriel qui, à la fin de The Lord of the Rings, conversent par ce biais et sont pris pour des statues par les mortels qui les croisent.

Isaac Asimov (1920-1992) opposa aussi des êtres doués de télépathie par une forme d'anomalie et des êtres qui les combattaient après avoir volontairement développé leurs pouvoirs, par une discipline qu'il n'explicite pas, mais qui est mise au service de la civilisation.

À son tour H.P. Lovecraft (1890-1937) évoqua des êtres d'une civilisation antérieure, atlantéenne, doués de télépathie. C'est récurrent. Les dieux de l'Olympe, du reste, avaient-ils besoin de prononcer des sons avec une bouche pour communiquer leurs pensées, ou d'oreilles pour entendre celles du monde? L'être humain aspire donc, comme chez Stapledon, à posséder un tel pouvoir.

Encore faut-il que cela soit dans un but louable. Sur ce point les chrétiens médiévaux avaient raison. La science-fiction n'offre pas toujours ces illustrations morales. Dans le catholicisme, c'est à force de sainteté et d'amour que l'homme acquérait des facultés spéciales, concédées par la divinité: qu'il se transformait et se spiritualisait. Dans le transhumanisme, c'est simplement en créant des machines par l'intelligence froide, et en apprenant à mieux connaître les manifestations physiques du psychisme.

Peut-être faut-il voir les êtres humains comme ces insectes qui se transforment dans leurs cocons lorsqu'ils ont accompli leurs saints devoirs durant une vie: ils renaissent métamorphosés, parvenus enfin à l'état parfait, qui serait angélique, et donc permettrait de communiquer directement d'âme à âme.

La perspective en est toujours riche, en littérature; la poésie en est toujours importante, même maladroitement rendue. Elle comble un désir secret.