29/08/2009

Le destin du dinosaure

Dinosaures.jpgOn admet généralement que les dinosaures ont été tués par une météorite. Mais je suis perplexe: pourquoi, lorsque la vie a repris, lorsque les êtres ont de nouveau évolué, n’ont-ils pas pu atteindre la même taille qu’eux?

Au musée d’histoire naturelle de Paris - où je me suis souvent rendu, notamment quand j’étais petit, car j’ai d’abord habité en Île-de-France -, j’ai un jour lu que les dinosaures n’avaient pas survécu parce que la taille n’était pas une vraie marque d’évolution: elle atteste, disait la pancarte, d’une direction de l’Évolution qui va dans un sens erroné, fondé sur la force, plus que sur l’intelligence.

Ce providentialisme plutôt poétique a pu être supprimé depuis; mais il pose, indirectement, un vrai problème. D’instinct, tout le monde perçoit qu’il n’est possible qu’aux petits animaux de voler. Les cygnes ont du mal, les autruches n’y parviennent pas. Or, il est avéré qu’à l’époque des dinosaures, il existait de gros animaux volants: les ptérodactyles. Mais actuellement, les conditions sont telles qu’il paraît impossible de s’appuyer musculairement sur l’air si on a un poids trop important.

Que faut-il en penser? Logiquement, on en tire que la pesanteur terrestre s’est accrue; la Terre - avec tout ce qu’elle porte - est devenue plus solide, moins molle: elle s’est alourdie.

Cela apparaît comme une cause générale: une terre qui s’alourdit prive peu à peu de mouvement les animaux trop gros - et les fait mourir. Comment même se reproduire si on ne peut plus soulever son corps?

Archimède.jpgLe plus étrange est que la science admet que la Terre était, du temps des dinosaures, bien plus tropicale - c’est à dire molle et humide - qu’à présent. Mais cela signifie que les organismes, moins portés par la force d’Archimède, s’alourdissent eux aussi. Le poids d’une chose n’a rien d’absolu: il faut nécessairement la placer dans un environnement, si on veut avoir une perception juste de son poids. Le cerveau ne pourrait pas être porté, s’il ne flottait pas dans du liquide! Et la force ne s’accroît pas proportionnellement à l’alourdissement du corps: il existe une limite aux possibilités du vivant, à cet égard. Donc, si la Terre, comme je le crois, s’est durcie, il est devenu impossible aux gros animaux de voler, et aussi de survivre - car le diplodocus était déjà bien plus gros que le ptérodactyle: les animaux volants ont toujours été plus petits que les autres, en moyenne.

Les causes accidentelles, placées dans l’enchaînement mécanique des faits, plaisent parce qu’elles sont claires, et qu’elles respectent le matérialisme ambiant; mais je crois que seuls des faits plus globaux peuvent porter en eux une vraie valeur causale. Au demeurant, ils ont l’avantage de ne pas fixer l’imagination, de la laisser libre: car mille faits particuliers peuvent découler d’une cause globale saisie. Rien de pire que l’imagination ligotée par la recherche des causes matérielles. C’est comme la limiter dans une tradition religieuse. Mais même François de Sales disait qu’à l’intérieur de la doctrine officielle, chacun devait pouvoir trouver les images qui convenaient à sa sensibilité. Une science qui ne devient pas un dogme, mais reste vivante et évolutive, doit s’inspirer de ce principe, je crois.

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02/05/2009

Divisions de la Savoie

Voltaire.jpgL’attraction exercée par Genève sur la Haute-Savoie est en grande partie due à la création même du département de Haute-Savoie, en 1860. En coupant les Savoyards du nord de Chambéry, la France de Napoléon III a mis fin, en Haute-Savoie, à l’attraction exercée traditionnellement par la noblesse de robe de la capitale savoyarde.

Parallèlement, l’évêque d’Annecy avait perdu son titre prestigieux de prince de Genève: il ne régnait plus guère, sur le plan temporel. Les magistrats de Bonneville, cité qui dépendait de sa juridiction, étaient tournés vers Genève, où ils étaient reçus dans des loges maçonniques, y développant des idées libérales, proches de celles de Voltaire: la Révolution avait ôté au clergé local son vieux pouvoir.

La grande zone franche, imitée de celle du Pays de Gex, laquelle avait été instaurée par Voltaire, allait renforcer l’état d’esprit radical en Haute-Savoie. Les maçons de Samoëns, dont j’ai parlé, ont travaillé avec Voltaire: ils l’ont connu. Or, il est notoire d’un fort courant radical et libéral, lié aussi à la franc-maçonnerie, se développa à Samoëns sous leur influence.

Aujourd’hui, lorsqu’on parle de réunir à nouveau les deux départements savoyards, les élus du nord font valoir que leur économie est liée à celle de Genève, tandis que le sud est lié à Grenoble. On ne fait plus référence aux magistrats de Chambéry, et au duché de Savoie: c’était une autre époque.

Était-il dans l’intention de Paris que l’influence économique de Genève prenne le pas, en Haute-Savoie, sur l’autorité de Chambéry? Naturellement non: il s’agissait seulement de limiter l’influence de Chambéry. Le problème de l’influence de Genève s’est posé ensuite, et il a conduit Paris à supprimer la grande zone franche. Il n’est jamais facile, apparemment, d’administrer un territoire dont les limites s’enfoncent vers l’étranger!

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11/04/2009

Genève, rive gauche

200px-Francis1-1.jpgLe traité de Cateau-Cambrésis, en 1559, rendait les États de Savoie au duc de Savoie, après qu’ils avaient été occupés durant plus de vingt ans par la France de François Ier, lequel, fils de Louise de Savoie, avait attaqué le Duché à la faveur de l’assaut donné au nord du Léman par les Bernois, et sous prétexte que, par sa mère, il eût dû recevoir la Bresse et le Faucigny en héritage: ces deux seigneuries, en effet, pouvaient se transmettre par les femmes.

Ce traité, néanmoins, laissait à la Suisse ses conquêtes: les Valaisans gardaient la partie du Chablais qu’ils avaient annexée, les Fribourgeois faisaient de même pour le comté de Gruyère et les quelques autres cités issues du Pays de Vaud, les Bernois gardaient le reste du Pays de Vaud et le Chablais situé sur la rive droite du Rhône et du lac - Vevey et Chillon, pour l’essentiel.

Le duc de Savoie étant regardé comme le successeur du roi des Allobroges, on lui laisse donc la rive gauche du Rhône et du lac, qu’on regarde comme liée au monde latin, et la rive droite est laissée à ceux qu’on appelait les Allemands. Le problème demeurait, pour Genève.

Le flou du traité, en effet, permit aux seigneurs du duché de Genevois de prétendre pouvoir récupérer la cité de Calvin. Sous Emmanuel-Philibert, le duc qui avait récupéré ses États, le nord de la Savoie est dans une situation pour lui difficile: le protestantisme répandu dans le Chablais met à mal son autorité, liée à l’Église romaine et à l’Espagne. Son successeur Charles-Emmanuel Ier décide de mettre fin à cette sorte de désordre, et charge l’évêque dit de Genève de regagner à la foi catholique Thonon et la rive gauche du Léman. On connaît le succès que connaîtra François de Sales lors de cette mission.

Cependant, la question de Genève est également militaire, puisque François de Sales ne peut pas y entrer, non plus qu’aucun prélat du diocèse dit de Genève. L’assaut est donc lancé en 1602, et il échoue, comme on sait. Le traité de Saint-Julien, en 1603, précisera clairement les choses, pour ce qui concerne la république de Genève. Certes, la ville était issue des Allobroges; pour autant, le duc de Savoie n’avait aucun pouvoir sur elle.

Peut-être est-ce de cette façon que les princes de Savoie ont pensé pouvoir devenir rois d’Italie, abandonnant peu à peu l’idée allobroge qui avait longtemps présidé à leur destinée.

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